- Elsa sembla satisfaite des compliments élogieux qui lui furent adressés, et, tout en rougissant une énième fois, les gratifia d’une petite courbette, tout en s’emparant des coupelles désormais vides et de disparaître les ranger en cuisine.
Un repas bretonnien, oui, pourquoi pas ? songea la jeune femme. Elle doutait d’avoir jamais dégusté les mets locaux du pays de son sigisbée, et n’était-ce pas là une bonne façon de s’y essayer, en plus de ravir l’homme si tel était son souhait ? Cela dit, la baronne espéra toutefois que cela ne le rendrait pas nostalgique. Elle l’avait, du coin de l’œil, déjà surpris à quelques rêvasseries mélancoliques qui transparaissaient tristement sur ses traits, et s’inquiétait du fait que cette attitude pût devenir récurrente. Sa terre natale lui manquait-elle tant que cela ? C’était parfaitement compréhensible, quand bien même n’eût-il pu jamais hériter ses possessions de son père, elle savait, de par ces discussions sur l’oreiller passées dans ces plus ou moins charmantes tavernes qu’ils avaient fréquentées tout au long de leur périple, que le jeune homme y avait passé de très bons moments. Arzhvael lui avait fait partager ces instants magiques qu’il avait vécus avec Ceyl dans les grandes plaines vallonnées de Bretonnie, où l’herbe verte et haute s’inclinait sous la caresse du vent et sur le passage du hongre. Il lui avait aussi fait part de la description de ses parents, de l’histoire de son enfance, et Lucretia pouvait l’imaginer en train de faire ses premières passes d’arme dans la cour du château, ou encore en train d’apprendre à lire et à écrire, son visage alors enfantin plongé dans toutes ces enluminures aux couleurs vertigineuses.
Et son temps religieux également. Cette Dame dont il suivait les préceptes aveuglément, sans se poser de question, parce qu’ils lui avaient été distillés ainsi tout au long de son éducation. L’entité n’était, aux yeux de la maîtresse de céans, qu’une bagasse en robe blanche qui, en dépit de toute la signification de la teinte du tissu, n’avait pas choisi autre voie que celle de se faire trousser par le Roy de l’époque, et de tout cela en avait-on édifié une divinité. Le chevalier ne lui en était pas moins fidèle pour autant, et à chacune de ses obsécrations la noble grinçait des dents. N’avait-il pas, tout à l’heure, psalmodier quelques mots avant de manger à l’attention de cette putains ?
Un jour, peut-être, arriverait-elle à lui faire renier ce semblant de déesse probablement mort des centaines d’années avant sa naissance. Lucretia n’acceptait pas qu’une gueuse lui tînt tête, et si Arzhvael voulait vénérer une personne, libre à lui de le faire, mais à la seule condition qu’il s’agît de son propre nom à Elle.
Et cette nuit, la jeune femme comptait bien y parvenir.
« Moi aussi, j’ai quelques idées en tête, pour très prochainement », lui déclara-t-elle en le frôlant sans le regarder, mutine, et faisant écho à sa question précédemment posée, tant que sa camérière n’était pas dans les parages.
Celle-ci ne tarda pas à la rejoindre dans sa chambre, alors qu’Ombeline s’était séparée provisoirement du chevalier qui venait de regagner la sienne.
« Puis-je entrer, Madame ? », demanda Elsa en entrouvrant la porte, pendant que sa maîtresse peignait distraitement sa chevelure en l’attendant. Et sur un signe de la dame, elle entra.
« Desserre-moi juste ces lacets dans mon dos que, tout serrés qu’ils sont, je ne puis délier par moi-même. » Ce disant, la baronne se leva de son lit, et, tout en tenant sa crinière cuivrée par-dessus son épaule, présenta son dos dénudé de tout cheveux à la servante. A mesure que cette dernière délassait le vêtement, le coutil se décompressait, s’élargissait lentement au niveau du ventre et du buste de Lucretia, et respirer, processus qu’elle avait depuis longtemps pris l’habitude d’exécuter continuellement, devint une tâche presque aussi facile à accomplir que d’ordinaire.
« Ça ira comme cela, Elsa, je te remercie. Je m’en sortirai bien toute seule, pour ce qu’il en reste. Je gage que tu dois être encore plus fatiguée que je ne le suis, moi qui ne me suis pour ainsi dire pas dépensée véritablement de la journée. Tu peux aller te coucher. » Et surtout, ne t’avise pas de me déranger ! pensa-t-elle pour elle-même.
Lorsque la domestique quitta les lieux sans un mot, peut-être que trop heureuse de pouvoir trouver un sommeil bien mérité plus tôt que prévu, Ombeline resta un petit moment immobile, guettant le bruit des pas de la servante qui s’amenuisait au fur et à mesure qu’elle s’éloignait. Loin, loin dans le manoir, l’ouïe particulièrement aiguisée de la jeune femme lui permit d’entendre sa suivante entrer dans sa chambre, et de faire frémir le bois de son lit sous son faible poids. Et, si l’on exceptait les stridulations et le chant de certains insectes nocturnes, ainsi que les hululements encore plus lointain de quelques hiboux, le silence se fit.
Alors, en futile tapinois, la baronne se glissa en-dehors de la pièce, franchit le couloir qui séparait sa chambre de celle d’Arzhvael, et s’y glissa en retour.
Dans la pénombre vespérale, alors que les rideaux restés de chaque côté des fenêtres n’occultaient pas encore la clarté lunaire, le Sieur de Bastogne l’attendait dans son lit. Les mots ne valaient plus la peine d’être prononcés, et dans un accord tacite, après ces secrètes promesses mêlées d’impatience, leurs lèvres se trouvèrent, et après chaque baiser enflammé en vint un nouveau, plus fougueux encore. Les mains de Lucretia se glissèrent en-dessous de la tunique de son amant, glissant sur son torse, appréciant la fermeté de son corps et la chaleur de sa peau. En en voulant toujours, pressée contre le jeune homme, elle l’aida à retirer ladite tunique qu’elle trouvait soudainement bien gênante, redoublant entre deux d’embrassades et de caresses brûlantes. Et il sentait si bon, là, à peine sorti de son bain, tout autant à vrai dire que ces draps si frais en comparaison de ceux, miteux, des tavernes, que son esprit fiévreux s’envola vers des ardeurs et des pratiques bien moins communes à l’aristocratie.
Sa trajectoire déviant vers le bas, ses lèvres quittant leurs jumelles, l’attention d’Ombeline fut tout attirée par ce pantalon couleur crème à partir duquel elle lui libéra frénétiquement le bassin. Puis, à renfort de cajoleries et de nouvelles caresses, elle ne tarda pas à son tour à accaparer la concentration du chevalier, dont le souffle devenait de plus en plus rauque à mesure que les crins cuivrés de la chevelure de la noble lui chatouillaient l’intérieur des cuisses. Et quand elle le sentit sur le point d’abandonner cette lutte qu’il lui était impossible de gagner, elle releva le visage, croisant son regard, et cessa toute activité.
« Allons, me permettrez-vous également que je puisse en profiter ? minauda-t-elle, féline. Mais délivrez-moi tout d’abord de cette robe qui m’opprime encore. »
Se faisant, elle présenta une nouvelle fois son dos, et sentit les doigts habiles d’Arzhvael effleurer sa peau, alors que son cœur adoptait un rythme de battements plus placides, se remettant pour le moment de ses émotions, quand bien même ne les avait-il pas encore expurgés. Alors que, se tenant derrière elle, il l’embrassait dans le cou, les lacets de son corsage louvoyèrent entre les œillets, et la fraicheur de la pièce embrassa à son tour les épaules de la belle, maintenant délivrées du vêtement. Après s’être enfin extirpée de l’ensemble, elle se détendit pleinement, s’allongea sur le dos dans un grand soupir de bien-être, soulagée, dans sa nudité, d’avoir quitté ce carcan. Ombeline se massa délicatement la poitrine, libérant les tensions de ses formes comprimées pendant des heures par le corset, avant d’inviter les mains du jeune homme à faire de même, les remplaçant dans leur tâche. Et au corps du chevalier, si fait, de se ragaillardir, tout frustré qu’il était de ne pas s’être pleinement jusqu’alors exprimé. Sentiments et envies partagés, la baronne le saisit par les hanches, l’amenant délicatement au-dessus d’elle dans la pâleur de la nuit.
Elle se livra alors à lui, doucement, timidement, mais à la fin plus aucun gémissement n’en fut atténué. N’était-elle pas dans son propre manoir, chez elle, sur ses terres ? Il s’agissait de son domaine, son lit ; rien à avoir avec ceux qu’ils avaient partagé lors de brèves escales dans l’un de ces tournebrides tenus par un cabaretier vérolé dont l’ignoble face vous restait dans la tête plusieurs heures ; rien à voir non plus avec ces lits branlants et grinçants habillés de leur couverture moisie et puante. Ici, pas de mur en bois, aussi épais qu’une tige de roseau et laissant filtrer le moindre bruit, rien que des murs de pierre, des couloirs et des étages qui les séparaient de la chambre, éloignée, d’Elsa. Et quand bien même la camérière les entendrait-elle, Lucretia, dans l’instant, était à des lieux de s’en préoccuper. Elle était dans sa demeure, tout simplement, et, cette sensation d’accoisement décuplant son désir, elle en profita de tout son soûl.
Enfin le silence se fit, et les respirations saccadées mais décroissantes furent pleinement audibles, à peine troublées par les stridulations continues provenant de l’extérieur. Là, dans ce lit frais aux couvertures froissées et défaites, ils reposaient tous deux, immobiles, et Ombeline caressait doucement le torse de son amant. Le chevalier s’apaisait doucement, sa fougue l’ayant subitement quitté après ce dernier effort. Elle n’en avait pas l’envie, ne le ressentait nullement, mais savait qu’elle devait quitter sa couche, récupérer ses vêtements, et regagner sa propre chambre. Elsa ne devait pas, pour le moment du moins, les surprendre à deux sous les mêmes draps. Pas encore.
Mais il lui restait une dernière tâche à accomplir, et non des moindres.
La dernière fois, la jeune femme l’avait réalisée juste après l’acte, alors que son sigisbée ne s’était pas encore endormi. Probablement en avait-il retiré une vive douleur, sur le coup, bien que par la suite, il fût amené à oublier sa souffrance dans les tourments de l’ivresse procurée par la morsure. Cette fois-ci, elle attendrait que son esprit soit bercé par de doux rêves avant de procéder. Et l’homme venait justement de s’assoupir, aussi vulnérable qu’un nouveau-né. Un voile sombre passa devant les yeux de la noble, guère enchantée de commettre cet acte, mais elle s’y résigna tout de même. Ce n’était pas la première fois qu’elle le faisait, et ce ne serait sûrement pas la dernière ; elle y était habituée, et savait pertinemment pour quelles raisons elle agissait de la sorte. Inutile de tergiverser là-dessus.
Le plus délicatement possible, la Lahmiane planta ses canines dans la chair tendre du cou du chevalier. Le tranchant acéré coupa avec une précision chirurgicale la peau au niveau de la jugulaire, incisant sans aucune difficulté les tissus en deux petites fentes très étroites qui laissèrent pourtant, sous la pression, filtrer le sang. Et celui-ci s’écoula doucement mais sûrement dans la gorge de la vampire, qui n’en perdit pas une miette. Cela dura certes longtemps, mais lui permit de ne pas l’obliger à pratiquer une plaie trop importante et trop visible sur le corps du jeune homme, tout en ne mettant pas sa vie en danger et en réduisant la douleur qu’eût provoqué une section plus prononcée de la chair. Rien ne pressait, elle avait tout son temps. Le sang affluait lentement, et la bête qui couvait en elle en réclamait toujours plus, attisée par l’arôme métallique dont elle raffolait. Et pourtant, au prix d’un violent effort, elle s’affranchit de cette dépendance une fois qu’elle eût jugé de plus avoir besoin de d’avantage de ce liquide carmin. Après tout, l’équivalent d’une petite coupe de sang suffisait amplement à lui faire tenir plusieurs semaines de privation sanguine ; inutile, dès lors, de ne trop en ponctionner.
Elle se redressa sur la couche, essuyant de sa langue les dernières gouttes de sang qui coloraient ses lèvres de vermeil, et son index se posa sur la blessure légère, la comprimant légèrement. Inutile également d’en tacher l’oreiller. Et pour stopper la faible hémorragie tout autant que pour masquer son crime, elle attira à elle l’Aethyr stagnant naturellement autour d’elle. En puisant çà et là sans faire de différence, la jeune femme rassembla la quantité magique nécessaire à l’élaboration d’un sortilège très simple, capable de refermer les menues blessures. Sous son doigt la plaie disparut sous la force de sa volonté, ne laissant pas même une empreinte visible à la surface de la peau. Et elle se replongea une nouvelle fois dans le tumulte Aethyrique, appelant à elle tous les vents apaisants, les envoyant couvrir le corps du chevalier afin de lui procurer un sommeil plus réparateur et plus reposant que la normale. Puis, son méfait camouflé, elle récupéra ses vêtements qui jonchaient le sol, et sans un bruit, laissa derrière elle la respiration tranquille du chevalier.
[Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
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- Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
Modifié en dernier par Lucretia Von Shwitzerhaüm le 08 juin 2012, 14:03, modifié 1 fois.
- Arzhvael de Bastogne
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Re: [Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
L’attente ne fut pas longue et Arzhvael de Bastogne fut rapidement rejoint par Lucretia, dont son sourire enjôleur n’avait d’égal que son corps aux formes parfaites et dont le chevalier ne put s’empêcher d’admirer durant de longues secondes. Le jeune homme l’avait attendu pendant une longue et interminable demi-heure, mais il savait qu’elle viendrait…
Elle s’avança vers lui, sensuelle et provocante, le sourire du jeune homme s’agrandissant tandis que celle-ci se rapprochait de lui. Cette première journée au manoir était fabuleuse.
Arzhvael exultait, elle était magnifique, sensuelle, joueuse, excitante… Et surtout entreprenante, très entreprenante et avant même qu’il eut le temps de parler, le jeune chevalier sentit les lèvres de sa compagne posées contre les siennes. Tout d’abord il fut surpris, non pas que l’acte était désagréable au contraire, mais c’était si soudain qu’il ne s’y attendait pas. Mais rapidement le plaisir domina le moindre de ses réflexes et c’est avec délice qu’il succomba au deuxième baiser de la Baronne.
Il sentit alors que les mains de la jeune femme s’évertuaient à un tout autre ouvrage. Arzhvael fut bientôt délesté de sa ceinture, et un par un, les boutons de son pantalon sautèrent. Lorsque que la jeune femme ôta le dernier morceau de tissu, Arzhvael ne put s’empêcher de lâcher un petit soupir.
Difficile de décrire la vague de plaisir qui envahit le chevalier au moment où la jeune femme libéra son désir de sa douloureuse prison de tissu. Et que dire quand, joueuse, Lucretia commença à doucement s’approcher de cette zone si sensible, tournant autour telle une prédatrice encerclant sa proie. Elle jouait avec comme une virtuose de son instrument. Le jeune homme ferma les yeux se concentrant sur les plaisantes sensations que lui prodiguait sa compagne. Et quand il sentit le contact de ses lèvres, la douce chaleur de sa bouche, il contracta tous ses muscles un peu comme si un courant venait de traverser tous son corps.
Imperceptiblement il redressa son bassin, réclamant encore les divines caresses qu’elle lui prodiguait. Laissant échapper de nombreux soupir, empoignant les draps de ses deux poings.
Mais si la jeune femme continuait ainsi, le chevalier ne pourrait plus se contrôler très longtemps. Aussi il devait calmer les ardeurs de la demoiselle avant qu’il atteigne le point culminant de son plaisir.
Le jeune homme se releva alors que ses propres mains commençaient à s’en prendre aux attaches qui maintenaient la robe, outrageusement provocante, de Lucretia. Même si la robe laissait entre-apercevoir des formes aux combiens gourmandes, les découvrir dans leur intégralité provoqua un émoi facilement décelable chez Arzhvael. Les courbes de sa compagne étaient superbes...
Tout en se mordant la lèvre inférieure, doucement il passa ses mains sur les seins de la jeune femme, caressant ses courbes avec une certaine application. La peau de Lucretia était douce et agréable. La sensation était si plaisante que ses mains furent rapidement accompagnées de ses lèvres. Il déposa d’abord de timides petits baisers sur ses excitantes rondeurs. Mais au fur et à mesure qu’il s’approchait de leurs pointes la timidité occultée, remplacée par une ardeur grandissante et ses petits baisers devinrent plus long, plus passionnés.
Et c’est de cette manière que la soirée se poursuivit, jusqu’à que les deux amants sombrèrent dans le sommeil, exténués…
Elle s’avança vers lui, sensuelle et provocante, le sourire du jeune homme s’agrandissant tandis que celle-ci se rapprochait de lui. Cette première journée au manoir était fabuleuse.
Arzhvael exultait, elle était magnifique, sensuelle, joueuse, excitante… Et surtout entreprenante, très entreprenante et avant même qu’il eut le temps de parler, le jeune chevalier sentit les lèvres de sa compagne posées contre les siennes. Tout d’abord il fut surpris, non pas que l’acte était désagréable au contraire, mais c’était si soudain qu’il ne s’y attendait pas. Mais rapidement le plaisir domina le moindre de ses réflexes et c’est avec délice qu’il succomba au deuxième baiser de la Baronne.
Il sentit alors que les mains de la jeune femme s’évertuaient à un tout autre ouvrage. Arzhvael fut bientôt délesté de sa ceinture, et un par un, les boutons de son pantalon sautèrent. Lorsque que la jeune femme ôta le dernier morceau de tissu, Arzhvael ne put s’empêcher de lâcher un petit soupir.
Difficile de décrire la vague de plaisir qui envahit le chevalier au moment où la jeune femme libéra son désir de sa douloureuse prison de tissu. Et que dire quand, joueuse, Lucretia commença à doucement s’approcher de cette zone si sensible, tournant autour telle une prédatrice encerclant sa proie. Elle jouait avec comme une virtuose de son instrument. Le jeune homme ferma les yeux se concentrant sur les plaisantes sensations que lui prodiguait sa compagne. Et quand il sentit le contact de ses lèvres, la douce chaleur de sa bouche, il contracta tous ses muscles un peu comme si un courant venait de traverser tous son corps.
Imperceptiblement il redressa son bassin, réclamant encore les divines caresses qu’elle lui prodiguait. Laissant échapper de nombreux soupir, empoignant les draps de ses deux poings.
Mais si la jeune femme continuait ainsi, le chevalier ne pourrait plus se contrôler très longtemps. Aussi il devait calmer les ardeurs de la demoiselle avant qu’il atteigne le point culminant de son plaisir.
Le jeune homme se releva alors que ses propres mains commençaient à s’en prendre aux attaches qui maintenaient la robe, outrageusement provocante, de Lucretia. Même si la robe laissait entre-apercevoir des formes aux combiens gourmandes, les découvrir dans leur intégralité provoqua un émoi facilement décelable chez Arzhvael. Les courbes de sa compagne étaient superbes...
Tout en se mordant la lèvre inférieure, doucement il passa ses mains sur les seins de la jeune femme, caressant ses courbes avec une certaine application. La peau de Lucretia était douce et agréable. La sensation était si plaisante que ses mains furent rapidement accompagnées de ses lèvres. Il déposa d’abord de timides petits baisers sur ses excitantes rondeurs. Mais au fur et à mesure qu’il s’approchait de leurs pointes la timidité occultée, remplacée par une ardeur grandissante et ses petits baisers devinrent plus long, plus passionnés.
Et c’est de cette manière que la soirée se poursuivit, jusqu’à que les deux amants sombrèrent dans le sommeil, exténués…
Voilà, une zolie manière de clôturer une aventurePeut-on utiliser nos xp's ?
- [MJ] La Reine d'Hiver
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Re: [Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
La nuit tomba avec la douceur d'un voile de satin, s'accordant aux ébats des deux nouveaux maîtres du domaine. A l'une des fenêtres, un insomniaque de passage aurait pu apercevoir le visage austère de Carl qui, dérangé par les désagréments de la vieillesse, ne trouvait pas ce repos qu'il ne convoitait plus vraiment à son âge. Le labeur et la droiture l'avaient rendu plus raide qu'une branche de saule, mais son coeur était assez souple pour qu'on puisse y fourrer beaucoup de choses ; et tandis qu'il affichait le sourire léger des anciens - celui qui leur retrousse à peine les lèvres, si bien qu'on se demande si on n'imagine pas leur amusement - le majordome contemplait la voûte encrée. Et ce soir, il lui semblait qu'une toute nouvelle étoile s'était nichée dans ces cieux qu'il connaissait maintenant si bien.Résolution du suçon de vampirette :
dégâts d'une dague (anciennement 6, remis au goût du jour) : 12 + 1d6 (6) (pour ce cas précis, je n'ajoute pas la force d'Ombe et n'enlève pas l'endurance d'Arzhvael, la première ne cherchant pas vraiment à frapper et l'autre, en retour, n'encaissant pas vraiment non plus) : - 18 PV (plutôt grave pour une simple morsure, mais c'est surtout dû à la perte de sang - je précise ça car ça influe sur le temps de récupération).
Lancement du sortilège de soin :
13, réussite, regain de 1d10 (6). Perte finale de 12 PV.
Lancement du sortilège de repos :
12, réussite.
***
La magie n'est jamais qu'un autre sens pour ceux qui la pratiquent, égal à la vue ou à l'ouïe. Ombeline n'était pas si familière de la magie des morts, dans le sens où la vampire n'était pas habituée à la manipulation des os et de la chair morte, cet art sombre qui permettait à ses consoeurs de lever des foules de serviteurs décérébrés. De fait, elle n'était pas si focalisée sur la nécromancie et quelque part, c'est peut-être cette ouverture qui lui permit de déceler ce lointain sortilège. Lointain, finalement, elle n'en avait aucune idée ; mais il lui apparaissait comme tel, soit effectivement parce que la distance entre elle et le magicien que la Lahmiane avait perçu était immense, soit parce qu'il avait fait preuve d'une grande discrétion dans son commandement à l'Aethyr. Quoiqu'il en soit, au moment précis où l'horizon pâlit sous la venue prochaine de l'aurore, Ombeline pu ressentir une perturbation n'ayant strictement rien de naturel.
[/b]
Quant à Arzhvael, il dormait encore, plongé dans ce sommeil réconfortant quoique coupable pour certains chevaliers en quête, qui était celui de se reposer entre quatre murs dans les bras de l'être aimé, à se bercer de l'illusion doucereuse d'être coupé de tout péril.
Tu te réveilles en sursaut, frappé par un sentiment étrange. Tout semble calme et paisible... mais ça l'est trop. La chambre est silencieuse, et rien ne bouge ; chose normale dira-t-on. Mais tu as l'impression désagréable que ce monde qui t'entoure est une eau qui dort, ou plutôt qui feint le sommeil. Qui feint la mort. Qu'un prédateur invisible se cache dans la quiétude de ces parages... Tu as assez manié l'épée pour deviner que ce qui fait semblant d'avoir péri a généralement l'intention de tuer, et si auparavant tu étais un chevalier solitaire ayant abandonné sa lance dans sa quête du Saint Graal, tu es désormais un homme amoureux qui a découvert quelque chose de bien plus précieux à protéger que sa propre vie : celle de cette femme qui dort auprès de toi, soufflant paresseusement dans son repos.
Tu as à peine le temps de poser des yeux tendres sur la silhouette de l'endormie que la chose te frappe comme l'évidence - instinctive, venue du plus profond de ton ventre. Le danger n'est pas dans le décor figé, dans la luxure des tapis ou des livres chargeant les étagères : il est juste à côté de toi, dans ton propre lit, prêt à plonger son poignard insidieux dans tes côtes.
La dangereuse dormeuse s'agite et, saisi par un intense éclair de panique et de lucidité, tu remarques que ses cheveux sont d'un geais profond.
Le noble bretonnien se réveilla, et pour de bon cette fois, dans un sursaut encore plus terrible que celui qu'il avait eu dans son cauchemar. Un coup d'oeil suffit à vérifier qu'il était bien seul dans la pièce, sa maîtresse ayant probablement vidé les lieux au cours de la nuit.
Les mèches d'ébène de la femme de ton rêve te reviennent en mémoire, et subitement ce noir te paraît hideux, abominable, comme une lampée amère et boueuse bloquée dans la gorge. Il était impossible de les comparer à la crinière cuivrée de Lucretia...
[/b]
Tandis que le chevalier s'extirpait de son songe, dans la chambre de la vampire se firent entendre des heurts nerveux et anarchiques toquant au battant de la porte, et la voix d'Elsa filtra au travers :
- Madame ? Êtes-vous levée ? Je viens pour votre toilette...
C'est lorsque la neige tombe, que le vent hurle, que vous vous abritez dans vos maisons juste auprès du feu crépitant joyeusement... que vous vous racontez ces histoires fabuleuses, celles que vous n'auriez pas l'idée de narrer en une autre saison ; c'est alors que les Contes vivent vraiment ! L'Hiver est magie.
Et je suis l'Hiver.
Et je suis l'Hiver.
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Re: [Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
- Aussi silencieuse et légère qu’une brise matinale, la jeune femme se glissa par l’interstice offert par la porte qu’elle venait d’ouvrir. S’immobilisant dans le couloir, elle referma doucement le battant. Une quiétude apaisante régnait dans le manoir, dans ce corridor où elle se tenait, nue, la robe à la main, ce qui n’empêcha pas la bachelette de sourire en s’imaginant croiser Elsa, là, maintenant, dans cet état, pour une raison ou pour une autre. Si cela la fit sourire en cet instant, c’était que cette rencontre ne se déroulait que dans son imagination ; en réalité, l’aurait-elle croisée qu’aucune brillante excuse ne se serait imposée à son esprit pour justifier un tel comportement. Mais là, dans la clarté vespérale, en direction de sa chambre, elle se détendit pleinement, appréciant pleinement ce sentiment d’accoisement qui s’emparait d’elle, sans qu’elle sût l’expliquer. Cette sensation que vous offraient parfois la nuit et ses mystères, lorsqu’aucun fastidieux labeur n’était demandé, et que dans la continuité du lendemain, tout allait pour le mieux, sans heurt.
Parvenue dans sa chambre, la baronne rangea l’habit quelque peu froissé par les derniers agissements, et en profita pour retirer de la commode une nuisette en soie blanche de Cathay, et s’en vêtir. Elle eût très bien pu attendre ainsi, attendant que l’aurore vînt la cueillir afin de démarrer une nouvelle journée sur ses propres terres, mais profita de sa solitude momentanée, en cette pièce, pour se livrer à des activités plus occultes. S’avançant vers sa bibliothèque, Ombeline délogea, de derrière une pile d’autres volumes, ce traité de nécromancie qui l’avait jusqu’alors toujours accompagnée depuis sa fuite éperdue de Steingärt. Lorsqu’elle tenta de se remémorer la dernière fois où elle y avait plongé son nez, elle eut l’impression que cela faisait écho à des temps immémoriaux, dès années auparavant suite à la foultitude d’éléments qui s’étaient déroulés entre deux, alors que la dernière fois qu’elle avait tenu l’ouvrage dans les mains remontait à un petit mois, tout au plus.
A vrai dire, la jeune femme ne voulait pas tenter le diable, à lire pareil ouvrage en compagnie de son sigisbée, et cela même alors qu’il était assoupi et qu’elle disposait de toute la nuit pour s’en imprégner l’âme. Il suffisait qu’il ne se réveillât qu’une seule et unique fois, la découvrant plongée dans cet amphigouri de schémas malsains, morbides, et d’écritures cabalistiques ponctuées d’empreintes sanglantes, vestiges de rituels obscurs, et de traces de griffures, laissées par des mains cadavériques dont elle ne préférait ne pas même imaginer la forme, pour émettre quelque doute quant à la légitimité de cette préoccupation. En vérité, elle avait bien tenté d’essayer de se concentrer à la fois sur sa lecture, et sur les battements reposés que manifestait le cœur du chevalier, guettant la moindre accentuation du martèlement sanguin annonciateur d’un réveil prochain, mais force lui était de reconnaître qu’elle nourrissait une telle curiosité perverse pour cette violation de l’âme et de l’humanité que son esprit ne pouvait s’en détacher, faisant abstraction de tout ce qui l’entourait. Tant et si bien, à proprement dire, que Lucretia avait renoncé au fait de courir ce risque inconsidéré, renonçant par la même occasion à ses lectures sibyllines.
Cette nuit, en revanche, rien ne viendrait la troubler dans ses occupations ésotériques. Ce genre de tâche demandait un travail constant que la noble ne pouvait malheureusement pas s’offrir, et elle découvrait à chaque lecture d’un passage pourtant lu une nouvelle façon de procéder, une nouvelle manière de briser l’Aethyr sous sa volonté. Tout nouveau déchiffrage apportait son lot de connaissances obscures ; tout nouveau passage une nouvelle manière de les employer, et Ombeline s’en rendait bien compte : n’eût été-t-elle pas dotée de son esprit alerte et émérite, conféré par sa nature, qu’elle n’aurait jamais pu comprendre ces affinités aethyriques avec autant de facilité et en aussi peu de temps, eu égard à la difficulté de l’art noir ainsi qu’à la concentration et à la volonté qu’il requérait.
Et les heures passèrent imperceptiblement, tandis qu’elle demeurait figée dans le marbre, tout à la contemplation de ces écrits, et que ciel, dépouillé de ses rares nuages, s’abeausissait. La nuit laissait lentement mais sûrement la place à l’aube, et à l’horizon, lointain, l’on voyait croître l’ébauche d’un demi-disque flavescent azurant la voute céleste.
Et Lucretia Von Shwitzerhaüm releva brusquement la tête.
Si les heures et les minutes s’égrenaient doucement, imperceptiblement, quelque chose d’autre faisait de même, et la maîtresse de céans avait manqué de ne pas le remarquer. Ce qu’il se tramait, elle ne le savait pas, pas plus, même, que de la façon dont elle s’en était aperçue. Un léger vrillement à l’extrême bord de sa conscience, une sensation fugace s’échappant dans les airs, non loin d’elle, une déformation impondérable de la réalité… Ou un « tout » rassemblant toutes ces choses, infimes, qu’elle avait pues éprouver. Si elle avait d’abord pu penser que son esprit s’altérait de ses lectures impies, et que ses sens en devenaient momentanément perturbés, la détractation presque indiscernable de l’Aethyr, tout proche, l’en dissuada bien vite, et d’autant plus que ce ressenti perdura longtemps après qu’elle eût refermé et rangé l’ouvrage. Carl n’avait jamais fait remarquer la présence d’un mage, et qui d’autre, sinon l’un de leurs ressortissants, pouvait manipuler ainsi les vents de magie ? Il lui faudrait se renseigner à ce sujet.
Toujours fut-il qu’elle regarda par la fenêtre, autant par réflexe que par la futile conviction qu’il existait, en tout, une chance minuscule, pour qu’elle aperçût dans la cour ou le jardin la personne agissant aussi étrangement. Mais si s’offrirent à ses yeux le petit étang cérulé, le grand chêne ancestral, les écuries, ainsi que les bâtiments des gardes et du personnel, rien de ce qu’elle souhaitât voir ne fit acte de présence.
S’engouffrant silencieusement dans le couloir, elle inspecta minutieusement les pièces de la demeure, si ce n’était les chambres d’Arzhvael et d’Elsa, cherchant un elle-ne-savait-quoi pouvant lui mettre la puce à l’oreille. Ce sentiment étrange que quelque chose clochait et se tramait, cette sensation dérangeante que seule la magie pouvait vous coller au fond des entrailles ; tout cela l’alarmait, bien même après qu’il se fût atténué pour finir par disparaître totalement. Le petit monde de Bratian dormait encore lorsqu’elle eût terminé ses recherches, qui se révélèrent être vaines. Et pourtant, la baronne présentait que soit le mage se trouvait non loin d’ici, soit que l’objet de son méfait se situait dans le manoir… Ou peut-être les deux en même temps. Et si la sensation, à son tout début, avait été des plus légères, était-elle la seule qui l’avait perçue ?
Sceptique, la noble regagna sa chambre, mine renfrognée, et s’allongea sur le lit, dont elle défit les draps bordés pour que l’on s’imaginât qu’elle y avait dormi. Et attendit patiemment que tout ce petit monde ne s’éveillât.
Enfin, au bout d’un moment qui lui parut interminable, divers petits bruits caractéristiques du matin vinrent chatouiller l’ouïe si sensible de la jeune femme, et qui ne tarda pas à reconnaître, plusieurs minutes après, les petits pas d’Elsa se dirigeant vers sa chambre. La camérière toqua de façon assez frénétique à la porte, lui demandant si elle pouvait entrer, et Ombeline vint rapidement lui ouvrir.
« Fais donc, Elsa, entre, » lui répondit-elle, refermant la porte une fois que la domestique fût entrée. Et pendant que cette dernière s’occupait d’elle, la noble posa une question de pure courtoisie, dont la réponse ne l’intéressait probablement pas, avant d’embrayer sur une tout autre interrogation, plus spécifique.
« As-tu bien dormi ? Tiens, j’y pensais, j’oubliai de le demander à Carl ; en cas de maladie ou de blessure, qui s’occupe de ces aléas ? Y aurait-t-il une personne disposée à ce genre de tracas à Bratian, un herboriste, une shallayenne, un mage… ? Sait-on jamais. »
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Re: [Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
Le vent hivernal fouettait la cime des immenses pins et les rafales de neige tourbillonnaient follement. Les rayons de lune baignaient d’une étrange lueur le paysage emmitouflé de blanc, perçant ça et là le toit des arbres et les ténèbres opaques pour venir caresser le sol.
Là, filant à travers la forêt, zigzaguant désespérément entre les piliers des troncs, courant et trébuchant sur le sol accidenté, s’élançait une silhouette. C’était celle d’un homme vêtu d’une fine chemise en soie de couleur crème et d’un pantalon en peau de daim, laissant choir dans sa fuite une épée.
Derrière lui, se faufilant dans le labyrinthe des arbres et le pistant grâce à un flair infaillible, il y avait autre chose. Une chose plus noire que la nuit, plus cruelle que le froid arctique et plus menaçante que le spectre de la famine au plus fort de l’hiver.
L’homme continua sa course. Il ne pensait qu’à une chose : la créature qui le poursuivait. Par-dessus le sifflement déchirant de son propre souffle, issu d’une gorge brûlée par le froid, il l’entendait crier. Etouffé par la neige et les arbres, son hurlement prenait une autre sonorité presque éthérée. Arzhvael n’osa pas se retourner pour jeter un coup d’œil furtif à son poursuivant, craignant ce qu’il risquait de voir. Il ne savait pas ce qu’il était au juste et il n’en avait cure. Il savait simplement qu’il ne devait pas le laisser le rattraper.
A travers les silhouettes sombres des pins géants, il perçut la faible lueur des lanternes du domaine d’Hoppkruffen. C’est alors qu’il se prit le pied dans une racine dissimulée par la neige. Une douleur atroce explosa dans sa cheville et il s’effondra. Paniqué, Arzhvael tenta gauchement de se remettre sur pieds, mais sa cheville tordue protesta violemment. Il en eut le souffle coupé et aspira une grande goulée d’air glacial qui lacéra ses poumons à vif. Il était à l’agonie : sa cheville ne supporterait plus son poids désormais.
La nuit glaciale fut déchirée par un hurlement aigu, présage d’une mort violente. La terreur pure glaça le cœur du chevalier bien plus encore que le gel de l’hiver le plus rude. La frayeur l’emportant sur la douleur, il réussit tant bien que mal à reprendre la marche d’un pas chancelant, enchaînant des enjambées mal assurées. Chaque boitillement le rapprochait du domaine. Encore soixante mètres et il serait en sécurité. Mais à chacune de ses foulées désespérées, le sifflement de la créature se rapprochait.
Il n’avait pas encore réalisé à quel point il était proche quand il fut happé en arrière dans une brusque secousse. La créature lui plongea ses griffes dans le mollet. Hurlant, l’écuyer s’étendit de tout son long dans la neige gelée et eut le souffle coupé en découvrant la créature… Lucretia von Schwitzerhaum ! Sous ses traits déformés par une brutalité sauvage, Arzhvael pouvait reconnaitre sa dulcinée. Celle-ci plongea sur lui et planta violement ses crocs dans son cou…
Sans comprendre le pourquoi du comment, Arzhvael de Bastogne se retrouva à nouveau dans son lit. Le chevalier posa son regard sur Lucretia qui dormait à ses côtés et un sentiment étrange l’assaillit. Comme si cette femme représentait un danger.
"Méfie-toi de l’eau qui dort ! " Telles furent les paroles qui résonnèrent dans la tête du jeune homme.
Et alors qu’il détournait à nouveau son regard sur le visage de sa bien-aimée, ce dernier était en train de se transformer ; reprenant ses traits bestiaux tandis que de longs crocs dépassaient de sa bouche.
Arzhvael hurla et se réveilla en sursaut…
Le chevalier se réveilla d’un bond, haletant. Le rêve s’estompa doucement et il se laissa retomber en arrière. Il ferma les yeux et adressa une prière silencieuse à la Dame du Lac. Pourquoi celle-ci décidait de lui envoyer de telles images ? Lucretia représentait-elle un réel danger ?
Après avoir réfléchi ainsi, il se décida à se lever et passa une tunique de soie noire. Mais alors qu’il passait sa tête dans le col de la tunique, Arzhvael ressentit une violente douleur au niveau de son cou, là où Lucretia l’avait mordu durant son rêve. Le noble se plaça devant le miroir qui trônait dans sa chambre et abaissa le col de sa tunique, révélant une chair blafarde.
Pas de sang. Pas de blessures ouvertes. Il voyait bien une petite cicatrice, des traces de coupures, mais rien de dramatique. Comment était-ce possible ? Arzhvael passa les doigts dessus, se demandant si son esprit ne lui jouait pas des tours : la peau nouvellement cicatrisée était lisse, les nerfs encore sensibles, mais il était entier. Quelque chose de bizarre se tramait ici…
Le matin venait de se lever et il commençait à entendre des bruits d’activité à l’intérieur du manoir. Ces bruits se firent plus présents quand il descendit l’escalier qui menait à l’étage inférieur. Le jeune chevalier ne savait pas ce qu’il devait faire, lui qui avait l’habitude de galoper toute la journée pour prouver sa bravoure. .L’aventure lui manquait…
Arzhvael décida de se rendre dans les cuisines, peut-être que Lucretia y serait elle aussi.
Là, filant à travers la forêt, zigzaguant désespérément entre les piliers des troncs, courant et trébuchant sur le sol accidenté, s’élançait une silhouette. C’était celle d’un homme vêtu d’une fine chemise en soie de couleur crème et d’un pantalon en peau de daim, laissant choir dans sa fuite une épée.
Derrière lui, se faufilant dans le labyrinthe des arbres et le pistant grâce à un flair infaillible, il y avait autre chose. Une chose plus noire que la nuit, plus cruelle que le froid arctique et plus menaçante que le spectre de la famine au plus fort de l’hiver.
L’homme continua sa course. Il ne pensait qu’à une chose : la créature qui le poursuivait. Par-dessus le sifflement déchirant de son propre souffle, issu d’une gorge brûlée par le froid, il l’entendait crier. Etouffé par la neige et les arbres, son hurlement prenait une autre sonorité presque éthérée. Arzhvael n’osa pas se retourner pour jeter un coup d’œil furtif à son poursuivant, craignant ce qu’il risquait de voir. Il ne savait pas ce qu’il était au juste et il n’en avait cure. Il savait simplement qu’il ne devait pas le laisser le rattraper.
A travers les silhouettes sombres des pins géants, il perçut la faible lueur des lanternes du domaine d’Hoppkruffen. C’est alors qu’il se prit le pied dans une racine dissimulée par la neige. Une douleur atroce explosa dans sa cheville et il s’effondra. Paniqué, Arzhvael tenta gauchement de se remettre sur pieds, mais sa cheville tordue protesta violemment. Il en eut le souffle coupé et aspira une grande goulée d’air glacial qui lacéra ses poumons à vif. Il était à l’agonie : sa cheville ne supporterait plus son poids désormais.
La nuit glaciale fut déchirée par un hurlement aigu, présage d’une mort violente. La terreur pure glaça le cœur du chevalier bien plus encore que le gel de l’hiver le plus rude. La frayeur l’emportant sur la douleur, il réussit tant bien que mal à reprendre la marche d’un pas chancelant, enchaînant des enjambées mal assurées. Chaque boitillement le rapprochait du domaine. Encore soixante mètres et il serait en sécurité. Mais à chacune de ses foulées désespérées, le sifflement de la créature se rapprochait.
Il n’avait pas encore réalisé à quel point il était proche quand il fut happé en arrière dans une brusque secousse. La créature lui plongea ses griffes dans le mollet. Hurlant, l’écuyer s’étendit de tout son long dans la neige gelée et eut le souffle coupé en découvrant la créature… Lucretia von Schwitzerhaum ! Sous ses traits déformés par une brutalité sauvage, Arzhvael pouvait reconnaitre sa dulcinée. Celle-ci plongea sur lui et planta violement ses crocs dans son cou…
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Sans comprendre le pourquoi du comment, Arzhvael de Bastogne se retrouva à nouveau dans son lit. Le chevalier posa son regard sur Lucretia qui dormait à ses côtés et un sentiment étrange l’assaillit. Comme si cette femme représentait un danger.
"Méfie-toi de l’eau qui dort ! " Telles furent les paroles qui résonnèrent dans la tête du jeune homme.
Et alors qu’il détournait à nouveau son regard sur le visage de sa bien-aimée, ce dernier était en train de se transformer ; reprenant ses traits bestiaux tandis que de longs crocs dépassaient de sa bouche.
Arzhvael hurla et se réveilla en sursaut…
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Le chevalier se réveilla d’un bond, haletant. Le rêve s’estompa doucement et il se laissa retomber en arrière. Il ferma les yeux et adressa une prière silencieuse à la Dame du Lac. Pourquoi celle-ci décidait de lui envoyer de telles images ? Lucretia représentait-elle un réel danger ?
Après avoir réfléchi ainsi, il se décida à se lever et passa une tunique de soie noire. Mais alors qu’il passait sa tête dans le col de la tunique, Arzhvael ressentit une violente douleur au niveau de son cou, là où Lucretia l’avait mordu durant son rêve. Le noble se plaça devant le miroir qui trônait dans sa chambre et abaissa le col de sa tunique, révélant une chair blafarde.
Pas de sang. Pas de blessures ouvertes. Il voyait bien une petite cicatrice, des traces de coupures, mais rien de dramatique. Comment était-ce possible ? Arzhvael passa les doigts dessus, se demandant si son esprit ne lui jouait pas des tours : la peau nouvellement cicatrisée était lisse, les nerfs encore sensibles, mais il était entier. Quelque chose de bizarre se tramait ici…
Le matin venait de se lever et il commençait à entendre des bruits d’activité à l’intérieur du manoir. Ces bruits se firent plus présents quand il descendit l’escalier qui menait à l’étage inférieur. Le jeune chevalier ne savait pas ce qu’il devait faire, lui qui avait l’habitude de galoper toute la journée pour prouver sa bravoure. .L’aventure lui manquait…
Arzhvael décida de se rendre dans les cuisines, peut-être que Lucretia y serait elle aussi.
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Re: [Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
Les mots les plus vides que l'on lâche au détour d'un haussement d'épaule peuvent pourtant être source de joie dans le coeur d'autrui. C'est pourquoi certains ont déjà déclaré qu'il fallait se méfier, toujours, de ceux manipulant les paroles comme d'autres se jouent d'un instrument. Pourtant, croire ces paroles, c'est accorder foi aux dires d'individus maîtrisant également la rhétorique, assez du moins pour en percevoir l'influence lorsqu'utilisée devant eux. De cette pensée, on n'avait guère de conclusion à tirer, sinon que malgré toute sa logique l'être humain restait terriblement sensible à l'affection, véritable ou d'apparence, qu'on pouvait lui décerner ; c'est ainsi qu'un sourire plus tard, Elsa répondait avec sa spontanéité coutumière :
- Très bien dormi, madame ! Il fait bon de savoir que le domaine est de nouveau entre de bonnes mains...
Néanmoins, son visage poupin se modifia subtilement au fil des mots de sa maîtresse, évoluant de la mine intéressée et enthousiaste qu'on lui connaissait vers une expression plus mitigée, où se mélangeaient étroitement l'incompréhension et le doute. Dire que tout ceci se référait à des pensées coupables aurait été un rien présomptueux, et pourtant, aux yeux limpides de la Lahmiane, il était clair que l'humaine n'était pas tranquille.
Mais, après tout, chez quelqu'un d'aussi spontané et turbulent que cette camériste, la chose n'était pas forcément très significative...
- Vous sentez-vous mal, madame ? D'ordinaire, nous allons demander conseil auprès d'Olga, qui est guérisseuse en ville.
Si jamais Lucretia avait eu besoin de respirer, elle aurait probablement été gênée par le fait qu'Elsa serra subitement son corset un peu trop fort - maladresse n'étant ni la première, ni la dernière, que la vampire aurait à constater de la part de sa servante.
Lorsqu'Arzhvael pénétra dans la cuisine, il n'y trouva que le silence fragile qui semble régner dans les pièces vides de bon matin, où la lumière hésite encore à investir l'intérieur des demeures. Sa nuit, tout du moins la fin, n'avait pas été franchement agréable et l'on pouvait comprendre que sa seule envie eût été de retrouver son aimée, afin de se nourrir de sa présence en bon soupirant - ainsi qu'un noyé aspire à retrouver l'air libre et la tendre caresse du soleil dont les flots l'ont privé.
Un petit moment après que le chevalier soit entré, des bruits de pas se firent entendre et une autre personne entra à pas vifs dans la cuisine. Ce n'était toutefois pas la jeune femme si ardemment désirée qui se présenta devant lui, mais bien Carl Ferembach. Les traits marqués du vieux majordome étaient toujours sereins, mais l'éclat de ses prunelles glacées attestaient de sa concentration en cet instant.
- Ah, monsieur ! Je vous cherchais justement ; il semble que le maire de Bratian soit au courant de l'installation de madame et vous-même en ces murs, et souhaite vous adresser personnellement ses hommages. Il attend présentement à l'entrée du domaine.
L'homme eut une petite mimique désolée.
- Il n'a pas souhaité pénétrer dans la demeure, probablement désireux de vous voir avant d'accepter votre hospitalité...
- Très bien dormi, madame ! Il fait bon de savoir que le domaine est de nouveau entre de bonnes mains...
Néanmoins, son visage poupin se modifia subtilement au fil des mots de sa maîtresse, évoluant de la mine intéressée et enthousiaste qu'on lui connaissait vers une expression plus mitigée, où se mélangeaient étroitement l'incompréhension et le doute. Dire que tout ceci se référait à des pensées coupables aurait été un rien présomptueux, et pourtant, aux yeux limpides de la Lahmiane, il était clair que l'humaine n'était pas tranquille.
Mais, après tout, chez quelqu'un d'aussi spontané et turbulent que cette camériste, la chose n'était pas forcément très significative...
- Vous sentez-vous mal, madame ? D'ordinaire, nous allons demander conseil auprès d'Olga, qui est guérisseuse en ville.
Si jamais Lucretia avait eu besoin de respirer, elle aurait probablement été gênée par le fait qu'Elsa serra subitement son corset un peu trop fort - maladresse n'étant ni la première, ni la dernière, que la vampire aurait à constater de la part de sa servante.
Lorsqu'Arzhvael pénétra dans la cuisine, il n'y trouva que le silence fragile qui semble régner dans les pièces vides de bon matin, où la lumière hésite encore à investir l'intérieur des demeures. Sa nuit, tout du moins la fin, n'avait pas été franchement agréable et l'on pouvait comprendre que sa seule envie eût été de retrouver son aimée, afin de se nourrir de sa présence en bon soupirant - ainsi qu'un noyé aspire à retrouver l'air libre et la tendre caresse du soleil dont les flots l'ont privé.
Un petit moment après que le chevalier soit entré, des bruits de pas se firent entendre et une autre personne entra à pas vifs dans la cuisine. Ce n'était toutefois pas la jeune femme si ardemment désirée qui se présenta devant lui, mais bien Carl Ferembach. Les traits marqués du vieux majordome étaient toujours sereins, mais l'éclat de ses prunelles glacées attestaient de sa concentration en cet instant.
- Ah, monsieur ! Je vous cherchais justement ; il semble que le maire de Bratian soit au courant de l'installation de madame et vous-même en ces murs, et souhaite vous adresser personnellement ses hommages. Il attend présentement à l'entrée du domaine.
L'homme eut une petite mimique désolée.
- Il n'a pas souhaité pénétrer dans la demeure, probablement désireux de vous voir avant d'accepter votre hospitalité...
C'est lorsque la neige tombe, que le vent hurle, que vous vous abritez dans vos maisons juste auprès du feu crépitant joyeusement... que vous vous racontez ces histoires fabuleuses, celles que vous n'auriez pas l'idée de narrer en une autre saison ; c'est alors que les Contes vivent vraiment ! L'Hiver est magie.
Et je suis l'Hiver.
Et je suis l'Hiver.
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Re: [Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
- Tout en hochant distraitement de la tête, suite aux premiers dires d’Elsa, la baronne s’aspergea le visage d’une eau fraiche reposant depuis peu dans un baquet. La froideur du contact sur sa peau la revigora tout autant qu’elle lui remit les idées au clair, lui apportant, presque, cette chair de poule qu’elle avait éprouvée en sentant cet insidieux courant de magie se glisser non loin d’elle. Voilà un fait qui la perturbait assurément, alors qu’elle venait tout juste de prendre possession de son domaine. Et cela, impossible de l’oublier ou de cesser d’y penser, même momentanément ; cette sensation, ce souvenir, venait se rappeler à elle bien trop souvent à son goût, la chatouillant à la limite de la perception de son esprit, perpétuellement.
L’Aethyr n’avait qu’un sens, une impression indélébile qu’elle ne laissait qu’à ceux qui savaient l’employer. Certes, ces courants magiques vous entouraient constamment, sans même que vous vous en rendiez compte, et il ne tenait qu’à Lucretia ou à tout autre adepte de cet art occulte pour la majeur partie de la populace d’avoir l’aptitude d’émettre quelque jugement à son encontre. Et pour cause, récemment, l’on s’était employé à utiliser l’Aethyr, tout près, mais à quelle fin ? Un acte qui était d’autant moins ordinaire que la camérière de la noble assurât qu’il n’y avait point de mage dans les environs… A moins qu’elle n’eût pas véritablement perçu le sens implicite qu’avait mis la jeune femme dans sa question. La reposer plus clairement ? Non, la voilà qui s’inquiétait déjà de savoir si un mal, aussi futile fut-il, la rongeait, et qu’une nouvelle interrogation portant sur ce sujet ne ferait qu’amplifier l’anxiété que pouvait ressentir Elsa ; pourquoi sa maîtresse portait-elle tant d’intérêt à un éventuel mage ? Hors de question de lui signaler qu’elle avait ressenti une manipulation de l’Aethyr, sans quoi, si Lucretia avait effectivement cette capacité, la domestique se poserait à nouveau des questions.
Une guérisseuse… Est-elle magicienne, en plus de cela ?, se demanda la baronne. Qu’elle le fût sans être déclarée et que l’on s’en aperçût, et Lucretia serait peut-être amenée à prendre des mesures. Oui, ce petit sortilège, éventuellement insignifiant, était susceptible d’être une source de problèmes, ou au contraire, de notoriété, ou de récompense.
Toute personne pratiquant la magie mais n’étant pas titulaire d’une autorisation en provenance des Collèges de Magie était considérée comme étant hors-la-loi. Si la jeune femme parvenait à mettre la main dessus, peut-être pourrait-elle la dénoncer contre une certaine récompense, ou encore pourrait-elle l’assouvir sous sa volonté, menaçant de l’exposer aux yeux de tous ce qu’elle était réellement. Ou de l’éliminer purement et simplement, en toute discrétion, si elle se révélait être trop compromettante, ou si elle nourrissait quelques doutes quant à la véritable identité de l’aristocrate.
La dénommée Olga pouvait-elle réellement manipuler l’Aethyr, cachant son jeu depuis des années ? Voilà qui était fort possible, encore que Lucretia en demeurait sceptique.
« Une petite migraine, ce genre d’inconvenances qui, malheureusement, me harcèlent de temps à autre… Mais rien de grave, ne t’en fais pas. » Là-dessus, la jeune femme ne put s’empêcher de grimacer légèrement lorsqu’Elsa resserra fortement le laçage du corset, déstabilisant, par la même occasion, le rythme de sa respiration. Bien qu’elle ne fût pas obligée de respirer, c’était bien là une habitude qui l’habitait depuis toujours ; depuis qu’elle était née, à vrai dire, et comment pouviez-vous, alors que vous ne le souhaitiez pas, cesser de faire un geste aussi simple pratiqué depuis la naissance ? C’était comme se forcer à ne plus cligner des yeux ; impossible. Cela pouvait même être douloureux, la propriétaire des lieux l’avait appris à ses dépens, lorsqu’elle avait plongé dans ce typhon tumultueux et continué de respirer… Des mois auparavant, une autre vie…
Et à ses confrères et consœurs qui morguaient ceux pratiquant encore et toujours ces réflexes humains, elle irait rire devant leur bûcher lorsqu’ils se feront prendre pour une erreur aussi triviale.
Lorsque Lucretia Von Shwitzerhaüm fut fin prête, la question de savoir quoi faire se posa d’elle-même, alors qu’elle venait d’acquérir une valeur perdue depuis longtemps : la liberté. Depuis sa fuite éperdue, sa vie s’était résumée à cheminer continuellement à l’aveuglette, parcourant les routes et les sentiers en quête d’un meilleur jour. Là où elle était, avant, soumise à la monotonie des grands chemins, aujourd’hui n’avait-elle plus que l’embarras du choix. Libre de faire ce qu’elle voulait, ce qui lui plaisait sur ces terres qui lui appartenaient désormais.
Avant de sortir, elle regarda distraitement par la fenêtre, voulant connaître si le temps était aux beaux jours, puis, passant sa porte, l’idée lui vint de sécuriser un tant soit peu les lieux à sa manière, et elle commencerait par sa propre chambre. Se plongeant discrètement dans l’Aethyr, la jeune femme tissa un léger sortilège qui lui permettrait de pressentir la présence d’un intrus s’invitant dans sa pièce. Toute personne apportant avec elle de mauvaises intentions lui serait ainsi signalée d’une manière qu’elle seule percevrait. Pas qu’elle fût habitée de paranoïa, mais l’on était jamais trop prudent, et sûrement reporterait-elle ce même enchantement dans d’autres pièces. La chambre d’Arzvhael, pour commencer, et le hall d’entrée du manoir. Pour la suite, elle aviserait.
En s’engageant dans l’escalier, l’ébauche d’une conversation lui parvint, et, curieuse, alla voir de quoi il en retournait. Elle découvrit ainsi et premièrement son sigisbée, puis Carl, venu l’entretenir de quelques mystérieuses affaires.
« Messires, les salua-t-elle, souriante, lorsqu’ils levèrent les yeux en sa direction à son arrivée, comment allez-vous ; vous êtes-vous donc bien reposés ? Carl, dites-moi, que nous vaut le plaisir de votre présence, de si bon matin ? »
Je regarde le temps qu'il fait et je lance le sortilège d'alarme au niveau deux dans ma chambre (j'imagine que cela reste discret). S'il n'y a pas de fait particulier, et si Arzvhael n'y voit pas d'inconvénient alors que Carl ou ce premier m'aura dit pourquoi l'intendant était ici, alors peut-être pourrions-nous aller voir le maire. Et j'en profite pour demander à Carl des informations sur le maire, depuis combien de temps il occupe sa fonction, comment il est, s'il est apprécié, ses humeurs, toussa-toussa...
Et j'en profiterai, alors que nous passerons la porte, pour jeter ce même sortilège de second niveau dans le hall d'entrée (toujours discrètement, bien entendu).
Oh, et s'il y a un échec critique, j'utilise l'amulette, et si il y en a encore un, la grâce Mjiesque. Si ça rate, tout simplement, sans échec critique cependant, je relance (valable pour ma chambre comme pour le hall o/).
Oh, et puis, je vais lancer le sort de vérité (toujouurs discrètement) sur Carl, et sur le maire, si jamais tu le fais discourir dans le prochain post ; je veux savoir si je peux me fier dans mes gens. =D
Modifié en dernier par [MJ] Bonnepierre le 03 nov. 2012, 23:07, modifié 1 fois.
Raison : 6xp (donc 198/198?)
Raison : 6xp (donc 198/198?)
- [MJ] Bonnepierre
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Re: [Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
Au dehors, une fine bruine tombait, et de fait très peu de soleil filtrait des nuages. Un temps de chien pour les hommes, mais fort agréable pour un vampire n’est-il pas ?Lancement du sort « Alarme niveau 2 » dans la chambre : 2 et 2, réussi
Lancement du même sort dans le hall d’entrée du Manoir : 3 et 2, réussi (et ben, le solveur de dés est sympa ce soir^^)
Convenons que dans ta chambre, l’alarme retentira si quelqu’un d’autre qu’Elsa, Carl ou ton fiancé y viennent… Et dans le hall, si une personne autre qu’un des habituels du Manoir (ça ne marche pas avec les intentions belliqueuses, comme demandé dans ton rp)
Discrétion pour le sortilège de vérité face à Carl: 10 pour toi, 12 pour lui, sans problèmes
Lancement du sort : caché
Du peu que dit Carl, le maire, Helmut Rosen, était un homme jovial et bon vivant, bien que peut-être un peu pingre en ce qui concernait les dépenses du village qui ne l’intéressaient ou ne lui rapportaient pas… Mais au final, cela restait un homme très ouvert, même si parfois de mauvaise foi.
Lucrétia ne vit nul mensonge dans ces mots.
Non plus que dans le discours que lui adressa le maire à l’entrée du domaine. Il parut bien tel que Carl l’avait décrit : ventripotent, rieur, flatteur… Il était venu en carriole, accompagné d’un assistant, et ce qu’il raconta n’eut d’autre intérêt que de louanger sa nouvelle baronne… Chose dont il n’eut pas à se forcer, par ailleurs, car comme tout un chacun il tomba sous le charme de la somptueuse Lahmiane.Lancement du sortilège vérité sur le maire : caché
Si des demandes ou des instructions lui furent données par cette dernière, il opina à tout, assurant de son entière et servile coopération…
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Ensuite, les jours passèrent sur le domaine Hopperkruffen. Il y eut d’abord un franc soleil, peut-être un peu trop risqué pour promener longuement, puis cela devint plus nuageux, mais guère…
Elsa restait la touchante et ingénue servante que l’on savait. Tomas devenait toujours pivoine en présence de sa maîtresse. En sommes, la vie suivit son cours au Manoir, paisible… Lucrétia ordonna peut-être quelques changements, et réfléchit à ses projets. Peut-être fit-elle quelques achats, ou se perfectionna t-elle dans divers domaines…
Durant cette période, son beau Chevalier de Bastogne s'en fut sur son cheval, mais cela pour des raisons qui d’eux seuls étaient connues…
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Enfin, un matin, Lucrétia fut réveillée par cette étrange sensation déjà perçue quelques jours plus tôt : le fait que l’on usait de magie, pas loin, dans la région, voire dans son domaine… Cela faisait deux fois que ceci s’imposait à elle. Il ne pouvait plus s’agir d’un simple caprice de l’Aethyr…
- Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
- La présence de Carl s’expliquait par le fait que le maire souhaitait se présenter à la maîtresse de céans de si bonne heure, alors même qu’ils n’avaient pas encore pris le temps de grignoter un petit quelque chose histoire de tenir jusqu’à midi. Et l’homme, non content de les déranger en cette heure matinale, épouvanta la baronne lorsque cette dernière, après un rapide coup d’œil par une des fenêtres qui éclairaient le manoir, apprit que le temps n’était pas aux beaux jours.
«Mais c’est qu’il attend sous la pluie ! », s’écria-t-elle alors. Et à eux trois d’aller se couvrir rapidement tandis que l’on fit quérir une berline afin de les protéger du petit déluge qui sévissait dehors, et qui devait, sûrement, tremper le bougre qui n’avait pas osé pénétrer le domaine. Mettant un premier pied dehors, se faisant sitôt fait agresser par ces nombreuses gouttelettes qui s’écrasaient sur elle, la jeune femme pesta. Au diable la pluie et son humidité qui vous trempaient jusqu’aux os et abimaient le tissu fin tissu de vos habits ; un simple ciel couvert, pommelé de nuages, représentait le juste milieu entre un soleil aveuglant et brûlant et une averse aussi désagréable, et convenait, dès lors, bien mieux.
Après quelques minutes passées à rejoindre la frontière de son domaine, bien à l’abri dans le petit carrosse, ils arrièrent à destination. Helmut Roisern avait cependant eu la bonne idée d’aller se réfugier, en compagnie de son assitant, dans le petit baraquement de pierres et de tuiles délimitant la limite entre Bratian et le manoir Hopperkruffen, et les deux hommes discutaillaient avec le garde qu’ils avaient aperçu la veille, celui-ci étant bien trop heureux d’avoir, pour une fois, quelqu’un à qui parler. Sur le chemin, derrière, l’on pouvait apercevoir la carriole vide du maire, qui serait cependant sous la protection dudit garde une fois que les deux hommes auraient quitté le petit édifice.
Le maire n’hésita toutefois pas à se précipiter dans le véhicule lorsqu’il arriva à portée, et après un demi-tour laborieux, l’on rentra au manoir. Sur les ordres de sa maîtresse, Elsa prépara quatre tasses de thé et des petits gâteaux qu’elle servit à Carl, Lucretia, Arzhvael et au nouveau venu que représentait le maire de Bratian. Si la jeune femme avait demandé davantage de renseignements sur leur invité auprès de son majordome, alors ce que ce dernier lui rapporta s’avéra être vrai au fil de leur entrevue. L’homme, qui devait, eu égard à son ventre bedonnant, mener une vie de cocagne ou ce qu’il s’en rapprochait le plus en ces lieux, jaspinait ouvertement et avec un certain entrain sur les différents sujets qui lui étaient proposés. L’on pouvait, par ailleurs, que noter sa franchouillardise pour avoir daigné quitter son véhicule pour aller converser avec le soldat du baraquement, délaissant un abri chaud au profit d’un autre bien plus froid et humide. Des manières ostentatoires, de grands mouvements de la main pour appuyer ses propos, et une abondance de compliments déversés sur la baronne, voilà ce qui le caractérisait lors de cet entretien. Il fallut même recharger la batterie de gâteaux proposée, sous le regard quelque peu réprobateur d’une Elsa qui, lèvres légèrement pincées et gênées, alla en chercher de nouveaux.
Helmut Roisern entretint Lucretia sur la situation de Bratian, à la manière dont Carl l’avait fait la veille, précisant çà et là différents chiffres fournis par son assistant. Un aperçu général, afin de ne pas trop rentrer dans de laborieux détails pour une première visite, fut donné, quelques projets élaborés avec Ingo Jallbrey, le haut-commissaire de Talabheim représentant la Comtesse en la disparition du baron von Blitzer, lui furent indiqués, et ils auraient tout le temps nécessaire par la suite pour s’y plonger avec davantage d’implication.
Sur ces faits, une fois que tout le monde fut présenté, que l’on eut bien dégoisé et que le tour du sujet fut effectué, le maire et son assistant s’inclinèrent, prenant congé. On les raccompagna à la limite du domaine, procéda à un nouvel échange de carriole, et ce fut tout pour la journée.
Sitôt le lendemain arrivé que la baronne ne perdit pas un instant, prête à s’aventurer au-delà des limites de son domaine, et à aller faire le tour de son village. Elle se leva de bonne heure, plein d’entrain, fit sa toilette et s’habilla rapidement seulement pour s’apercevoir que le soleil brillait haut et fort dans le ciel azuré. Depuis la veille, le temps s’était abeausi, et dans cette matinée éclatante, la température, en l’absence de nuages, était encore bien fraîche. N’en suivit qu’une altération du caractère de la jeune femme qui grinça des dents, ne pouvant décemment pas risquer de faire se bronzer sa peau opaline comme l’eût fait la dernière des souillons et, tempêtant en silence, elle passa son temps le nez plongé dans les livres de la bibliothèque. Ce fut aussi en cette journée, raconta-t-on au manoir, que le Sieur Arzhvael de Bastogne quitta les lieux en compagnie de son fidèle Ceyl. Le chevalier n’était finalement peut-être pas fait pour la vie paisible de castel, tout habitué à l’aventure qu’il était et à ses racines qui le poussaient sans cesse à aller chercher le Graal, tandis que Lucretia, en cette journée, demeurait d’une humeur massacrante, endiguée dans une mauvaise foi que sa fierté condescendante refusait de reconnaître. Une attitude qu’elle regretterait certainement à l’avenir, mais, le soir venu, seuls les massages prodigués par une Elsa dévouée mais craintive commencèrent, lentement mais sûrement, à apaiser la belle. Et la soirée se prolongea dans un calme soudain suivant la tempête, petite accalmie après les dernières foudres tombées…
- Il fallut attendre un jour de plus pour que ni la pluie, ni le soleil ne vînt la déranger de par leurs rayons trempés ou brûlants. De simples nuages gris, un petit vent balayant le faîte des arbres, arrachant les plus faibles feuilles de leurs branchages et les clouant au sol, voilà ce qui lui convenait. Si fait, l’on apprêta une carriole, et Lucretia, accompagnée de trois gardes et de leur capitaine, Hans Grosfeld, fit une petite excursion dans son propre village.
La curiosité se lisait sur tous les visages qu’elle croisait ; qui était donc cette nouvelle baronne que personne ne connaissait, comment était-elle, quel était son tempérament ? Etait-elle aussi avisée que feu le baron von Blitzer ou allait-elle tout diriger d’une main de fer dans le but de s’enrichir davantage, au dépend de la population sur laquelle elle était censée veiller ?
Sur le passage du véhicule arborant les armoiries de la maisonnée –qu’elle devrait peut-être songer à changer un jour ou l’autre-, l’on se tournait, l’on murmurait, l’on échangeait des coups d’œil intrigués, et lorsque la dame sortit enfin de son véhicule, les murmures reprirent de plus belle au milieu des quelques badauds qui avaient la chance de se trouver là, et les expressions changèrent en circonstance.
Voilà une femme d’une sacrée trempe, pensaient quelques habitants. Charmante, parfaitement séduisante, lorsque certains iraient jusqu’à utiliser le mot appétissante. Au vu de son visage pâle et innocent, mais non pas moins dénué de toute vanité, l’on pourrait assurément manipuler cette petite baronne sans qu’elle s’en rende compte, en manigançaient d’autres. Une simple pute aux grands airs, et l’on ne doutait pas qu’elle avait dû sucer quelques queues pour en arriver là, si l’on s’attardait un tant soit peu sur sa vêture, renchérissaient les derniers. Suspicion, admiration, dégoût, désir, envie ou neutralité, chacun y allait du sien en cette première apparition, et l’on devinait déjà quel serait le sujet de conversation au repas du soir.
Habituée au meilleur comme au pire des ragots, Lucretia se contenta simplement de prendre des nouvelles des artisans du village et de faire connaître. Amusée, elle les regarda se répandre en excuse quant à leur humble demeure qui ne pouvait décemment pas accueillir une personne de sa stature, quand bien même, continuaient-ils, les couvrait-elle d’honneur de par sa simple présence. Elle les interrogea sur leur nom et prénom, et se promit de les retenir. Aussi visita-t-elle, entourée de son escorte, le moulin de Karl Strier, les docks du contremaître Rupert Kauffman, le bûcheron Anton Holz, qui s’avéra également être le chef de la milice locale, et la taverne du Sanglier Bleu, dont le tavernier Peter Schmit mettait un point d’honneur à tenir son établissement propre et rangé.
Simples visites de courtoisie et de présentation qui eurent cependant un effet positif, semblait-il, sur des villageois sensibles au fait que l’on s’intéressât un tant soit peu à leur sort, comme eût très certainement agi l’ancien baron. Restant polie et aimable du haut de sa suffisance, accordant par-ci par-là ses sourires enjôleurs et recueillant leurs doléances, l’aristocrate rassura les villageois qui, pour certains, se commencèrent à se confier à elle. Le principal problème, si elle devait les croire, consistait à cette peur ambiante du Chaos qui, en dépit de leur défaite apparente, faisait encore planer son ombre ténébreuse sur la région, et également ses conséquences. De nombreux réfugiés en provenance de l’Ostland arpentaient les routes à l’est et venaient s’entasser dans les différents villages qu’ils croisaient. Dans le grand village de Bek, par exemple, l’on dénotait plus d’un millier de réfugiés, à tel point que cette population parasite était par deux fois supérieure à la population locale, et de nombreuses rixes éclataient sans cesse entre les riverains et les mendiants.
A Bratian, si l’on regardait d’un œil emplit de compassion ces pauvres hères qui cheminaient les routes au hasard, les habitants ne souhaitaient pas que de pareils problèmes vinssent perturber l’équilibre du village, et certains pressèrent la baronne d’agir avant qu’il ne fût trop tard. A renfort de sourires et d’acquiescements de la tête saupoudré d’une expression des plus attentives et des plus bienveillantes, Lucretia promit qu’elle ferait le nécessaire pour éviter ce genre de tracas capables de mettre en pièce la paix régnant sur le village. Elle se concerterait avec le maire et son intendant, ici depuis bien plus longtemps qu’elle, afin de savoir quelle serait la meilleure des décisions possibles, affirmait-elle, et déjà percevait-on des regards réjouis et un embellissement de la mine autrefois inquiètes des bratians.
Le maire aussi eut à nouveau droit à une visite de sa part dans le but de converser davantage sur le projet dont il l’avait rapidement entretenue dès son arrivée. L’économie du village, lui disait-il, était fortement concentrée sur l’export des quelques produits que parvenaient à produire en ces temps durs les habitants de Bratian. Bois, tuiles, charbon et produit de la pêche, le tout était envoyé à d’autres hameaux ou village par le cours du Talabec qu’empruntaient de nombreuses péniches, l’un des moyens de transport et de voyage les plus sûrs que l’on connaissait. Beaucoup de transits s’effectuaient ainsi au niveau des docks, aussi bien par voie maritime que par voie terrestre ; à partir des ateliers et des carrières, il fallait bien acheminer les différents produits jusqu’aux quais.
Helmut Roisern prévoyait ainsi d’améliorer et de rafistoler quelque peu les quais datant d’une autre époque. Le bois craquait lugubrement lorsqu’une charrette un peu trop remplie s’engageait sur le ponton, et l’on craignait fortement qu’un accident n’arrivât. Le système de chargement, de nos jours obsolète, serait aussi à revoir et à changer, lui confia-t-il ; le port de Talabheim comprenait de nombreux et d’ingénieux petits dispositifs d’affrètement, et il n’en suffirait que d’un seul céans-même pour gagner peut-être une heure sur chaque chargement. De quoi faire des économies, et l’on pouvait encore mieux faire pour peu que l’on prît le temps de s’intéresser au sentier menant à l’appontement. La région était fort pluvieuse, et le chemin de terre se transformait rapidement en un bourbier sur lequel aucune charrette ne pouvait s’engager. Lorsque la péniche hebdomadaire s’arrimait à Bratian, l’on perdait énormément de temps et d’argent lorsqu’il était impossible de charger l’embarcation. Il arrivait même, endêva le maire, que le capitaine perdît patience et qu’il larguât les amarres sans plus tarder. Le sentier se devait d’être pavé à l’image des routes menant au village.
La jeune femme le considéra du regard après qu’il se fût arrêté à la fin de son discours enflammé. L’avant-veille, après avoir manipulé l’Aethyr, elle n’avait rien décelé de suspect ni dans son comportement ni dans son esprit ; tout prêtait à croire qu’il était franc et cherchait véritablement à faire prospérer le village qu’elle possédait. Et pourquoi en aurait-il autrement ? Il était certes un peu pingre et pointilleux sur quelque détail qui pût lui faire gagner de l’argent, mais il agissait ainsi pour le bien commun, le leur comme pour celui des habitants. D’une façon comme d’une autre, qu’il tentât de la fourvoyer, et il s’en mordrait assurément les doigts. Si fait, elle lui donna l’autorisation afin d’utiliser une légère partie des fonds récoltés du village pour effectuer ces travaux.
Elle demanda également à voir de ses propres yeux la vingtaine de mousquets généreusement envoyée par la Comtesse. Elle fut conduite à la caserne où reposaient les armes, au milieu de ces paires d’yeux masculines qui, sitôt qu’elle fit son apparition dans le bâtiment, ne la quittèrent plus. Ce fut le bûcheron et milicien Anton Holz qui lui en présenta une. Un beau fusil à la crosse de chêne, capable de fracasser le crâne d’un homme, et ingénieux de complexité. L’homme, trop heureux d’expliquer son savoir à la belle, lui montra comment fonctionnait le mécanisme d’allumage, et le fit si bien que la jeune femme ne put que vouloir l’essayer pour de vrai. Si un imperceptible flottement dura l’espace d’un instant entre les différents hommes qui peuplaient la salle, la plupart étant au courant de l’instabilité potentielle de ce genre d’arme et des dégâts qu’elles pouvaient causer à leur utilisateur, le ton qu’employa Lucretia et son air déterminé ne laissa plus aucune place à l’interrogation.
Bien qu’intransigeante, ses yeux smaragdin pétillaient de malice et de curiosité lorsqu’elle sortit, altière du baraquement, et bon nombre de personnes s’arrêtèrent en chemin, contemplant l’étrange spectacle que proposait leur nouvel baronne fièrement armée d’un mousquet. Dehors, au-devant d’un petit muret se tenaient trois mannequins d’osier encore tout détrempés du déluge de l’avant-veille, quand bien même le temps s’était-il abeausi le jour d’avant. Comme l’avait indiqué Carl, les hommes du Talabecland n’étaient pas forcément habitués à ce genre d’armement si nouveau, eux qui étaient habitués depuis leur prime jeunesse à chasser dans les bois à l’aide d’un arc de chasse, et il fallait, ainsi, que chacun pût apprendre à se servir d’une arme à feu en cas d’escarmouche. Après qu’on lui eût expliqué la façon concrète de s’en servir, vint au tour de Lucretia d’appliquer ce qu’elle venait d’apprendre. Dans une autre vie, elle s’était déjà essayée au tir à l’arc en compagnie de soldats qui n’avaient d’yeux que pour elle, et elle devait avouer que les résultats avaient été pour le moins pitoyables. Mais il s’agissait d’une autre vie ; il était certain que, désormais, la jeune femme n’était plus celle qu’elle avait été autrefois.
Tenant l’arme à bout de bras, se retenant, pour une fois, de respirer, la noble parée de bijoux et vêtue, pour certains, si légèrement, présentait un spectacle des plus étonnants. Mais alors qu’elle pressait la gâchette et que la petite roue dentée tournait contre une plaque métallique, produisant des étincelles qui virent enflammer la poudre, une déflagration retentit et les regards se détournèrent vivement de cette nuque adorable et de ce décolleté plongeant pour contempler le mannequin et s’assurer de la précision de la noble. En vérité, la silhouette n’avait pas été touchée, bien qu’il s’en fallût de peu, mais au moins l’arme avait-elle fonctionné convenablement, laissant l’intégralité de son corps à Lucretia. Rassuré, l’on s’extasia alors, la complimentant sur sa dextérité, jusqu’au moment où, ne pouvant rester sur un échec de la sorte, elle demanda à ce que l’on rechargeât l’arme pour un nouvelle essai. C’était qu’elle trouvait cette arme fascinante et incroyablement bien conçue.
Une fois le mousquet rechargé, l’on pria de nouveau pour que tout allât bien, et l’étonnante faculté d’adaptation de la jeune femme prit le relai. Son esprit des plus vifs lui permit promptement de déterminer la façon dont il fallait viser et où était susceptible de partir le projectile. Nouvelle déflagration, et la balle partit cette fois-ci se ficher dans l’épaule du mannequin. Certes, le tir était loin d’être parfait, mais pour une personne n’ayant jamais fait usage d’une arme à poudre de cet acabit, le résultat demeurait des plus louables. Il était certain, lui confia-t-on, qu’il ne tenait qu’à elle pour qu’elle devînt rapidement, à force de pratique, une experte en la matière. Lucretia hésitait sur l’attitude à adopter, oscillant entre la petite fille pétillante, très contente et satisfaite de ce qu’elle venait de faire, ou la femme hautaine détachée de tout et de tous, sachant pertinemment que rien ne lui était impossible. Ce fut finalement un étrange mélange des deux, et, sur quelques sourires réjouis et plusieurs remerciements courtois, assura qu’elle s’arrêterait là pour aujourd’hui.
La vie poursuivait son cours alors qu’elle se livrait au fil des jours à ces différentes activités, alternant entre lecture, bain paresseux, repas simples ou prestigieux, et entrevues politique ou sociale, lorsqu’elle ne se promenait pas tout simplement dans la forêt en compagnie d’un Tomas chaque jour plus rougissant auprès de sa maîtresse. Les jours s’égrenaient un par un, tranquillement, placidement, jusqu’à ce matin-là où elle se réveilla à l’aube, animée d’une désagréable impression. Celle-ci se tarit rapidement, mais la sensation déplaisante, elle, perdura, lui donnant la chair de poule. Son sixième sens, si sensible au courant Aethyrique, ne pouvait lui mentir. L’on venait d’user de la magie non loin d’ici, et l’impression était telle qu’elle donnait sa main au feu qu’il ne s’agissait pas d’un sortilège primaire de bas-étage, mais bien de quelque chose de plus menaçant, sans quoi n’eût-elle pas été réveillée de la sorte. Pire encore, cela faisait la seconde fois qu’elle le ressentait. Quelque chose ne tournait pas rond dans les environs.
Cogitant dans son lit, elle ne put retrouver le sommeil, déjà si difficile à atteindre en temps normal. Elle fit mander Elsa pour sa toilette habituelle, et, une fois prête et repue d’un petit plat concocté par les soins de sa camérière, décida, si le temps n’était ni trop pluvieux ni trop nuageux, d’aller caracoler quelque peu dans la forêt en compagnie de Tomas et de deux soldats. Peut-être, à dos de cheval, pourrait-elle trouver plus facilement la source de cette anormale manifestation de l’Aethyr, ou tenter d’en savoir davantage sur sa localisation ou sa nature.
Bon, eh bien voilà, en matière de lâchage... J'espère que cela n'est pas de trop ; je ne pensais pas en faire autant ni écrire aussi tard mais l'inspiration me vint. o/
Concernant cette drôle de sensation, je tente d'identifier sa provenance et sa nature, et, si le temps le permet, pousser ces investigations (si je le peux) dans la forêt (enfin, dans la forêt si jamais ça provient de la forêt ; en fait, si jamais je parviens à trouver que cela provient du village, j'irai au village. n_n)
Je prendrai donc avec moi Tomas ainsi que deux gardes, sait-on jamais !
Modifié en dernier par [MJ] Bonnepierre le 06 nov. 2012, 02:05, modifié 3 fois.
Raison : 8xp/8xp (juste pour être plus généreux qu'Aborash^^ - et bon, parce que ça mérite clairement, évidemment)
Raison : 8xp/8xp (juste pour être plus généreux qu'Aborash^^ - et bon, parce que ça mérite clairement, évidemment)
- [MJ] Bonnepierre
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Re: [Arzhvael et Ombeline] Noble désordre
Il n'était certes pas aisé de sortir sous le ciel pour une personne qui n'appréciait ni le soleil ni les grandes pluies, cependant le mauvais temps eut cela de bon qu'il obligea notre Lahmiane à s'occuper en intérieur, et que ce faisant, elle perfectionna considérablement ses talents, ainsi que sa connaissance du pays par les livres de la bibliothèque.
Bon, bien sûr, nul n'est parfait.
Bien que tout à fait serviable, Karl Strier parut un brin niais à Lucrétia lors de la viste de son moulin. Le contremaître Kauffman, sous des dehors charmant avec elle, abusivement sévère et colérique avec ses dockers. Anton Holz, un colosse, à la fois bûcheron et chef de milice, un peu trop porté sur la bouteille et trop fier de lui. Ou encore Schmitt, le tavernier, maniaque et sexiste (mais pas avec elle, bien sûr!)
Il faut de tout pour faire un monde, comme on dit. Mais ne voyons pas seulement le mal. Ces gens apparaissaient tout à fait capables, et honorés de servir au mieux une si aimable maîtresse.
Mais terminons donc la visite. Le cas des réfugiés de l'Ostland fut évoqué. Il est vrai que tous ces miséreux, inutiles, traînes savates, faisaient un peu tâche... Quand Lucrétia vint revoir le maire, celui-ci, bien trop occupé à mendier des pécunes pour ses chers quais - qui rapportaient, eux! - n'eut que quelques mots vagues au sujet des "perdus de l'Ostland", comme on les appelait ici: "ils sont accueillis chez le père Fritz et son nouvel acolyte de Sigmar," dit-il. Sur le coup, Lucrétia réfléchissait à autre chose et ne releva pas cette question. Cependant, se souvint-elle ensuite, le Temple était fermé lors de sa visite, et ce fut alors qu'un soleil gênant l'avait poussée à rentrer au Manoir plutôt que de s'ennuyer avec des bondieuseries sans doute sans intérêt.
Mais n'allons pas trop vite. Il convient de ne pas passer sous silence la formidable impression que fit notre Baronne en usant par deux fois d'un mousquet sous les yeux ébahis de ses sujets... ça, elle fit sensation! Une dame qui tire au fusil! En voilà une qui a du chien! Il est clair qu'elle marqua les esprits. Des points, comme on dit, du moins ceux de la gent masculine qui savait compter... Mais celle-là, de gent, ne lui était-elle pas déjà totalement acquise, alliciante comme elle était?
Cependant, bien qu'ayant touché le mannequin d'osier, elle-même le savait, cela n'avait été qu'un joli coup de chance en vérité. Car cet outil bruyant était d'une grande difficulté à manier, il n'avait rien de la finesse légère d'un arc et son recul était fort handicapant... Il n'était clairement pas sûr qu'elle eût fait mouche sur, disons, cinq autres tirs encore.
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Talabecland, Bratian. Automne de L'An XXX
Un matin, dans la chambre de la Baronne Von Schwirtzerhäum.
Cette sensation... Une deuxième fois. De la magie, quelque part. Forte, bien présente... indue... comme si on voulait qu'elle la perçoive... Car jusqu'à ce jour Lucrétia n'avait jamais été particulièrement réceptive à l'Aethyr, hormis lorsqu'elle incantait elle-même un sortilège... Alors pourquoi? Qu'était-ce?
A peine plus tard, prenant sa collation matinale, elle regarda par la fenêtre pour aviser du temps qu'il faisait. Nuageux? Pluvieux? Soleil honni?
Et c'est là qu'elle la sentit de nouveau. Comme un arc dans l'Aethyr qui traversait son être! Puissant, presque douloureux... et incompréhensible.
Et c'est alors qu'elle la vit.
Cette femme sans âge. Vêtue de fourrures, nue en dessous, elle avait deux andouillers dressés sur sa calotte de cuir et ses longs cheveux gris dégringolaient sur sa poitrine. Des sortes d'entrelacs de ronces lui enserraient avant-bras et tibias. Elle n'avait pas de chaussures et tenait droit un long bâton bourgeonnant surmonté d'un crâne de cerf, faisant écho à sa propre coiffe.
Et cette femme, là bas, loin, vue par la fenêtre derrière le portail du Manoir, cette femme la regardait droit dans les yeux. Malgré la distance, Lucrétia en fut sûre, même si cela défiait la logique et jusqu'à ses sens vampires... Et ses yeux étaient de glace, impitoyables.
L'instant d'après la femme n'était plus là.
La Lahmiane avait-elle cligné de l'oeil? Avait-elle eut une hallucination? Toujours étant, que toutes les recherches qu'elle fit éventuellement par la suite, pour expliquer ce mystère, furent vaines...
Toutefois, Lucrétia n'eut en ce matin que très peu de temps à s'y employer... Il y a des jours, il ne se passe rien, d'autres où tout arrive en même temps... Le ciel était nuageux, agité d'une très fine bruine, qui ne mouillait presque pas. Très peu de temps après cet évènement, où que la belle se trouvât - dans son jardin en train de chercher une chimère cornue? Ailleurs? - Carl lui amena une lettre:
"Le messager est venu ce matin, Madame."
Le symbole de cire noire qui la scellait, un arbre sous la lettre "H", Lucrétia le reconnut comme étant celui d'un de ses nobles voisins: Le Baron Himmergriff. Elle avait lu son nom et vu ce symbole en lisant distraitement un ouvrage dans la bibliothèque, récemment. A part que le village de Beck était sur son domaine, du reste, elle ne savait rien.
L'instant d'après, Erwingar Olgart - le garde le plus abruti des trois - arriva en trottinant:
-M'dame la Baronne, M'dame la Baronne! Y'a des gens au portail! Il eut une moue bête: Pis pas des manants! Ils ont un calèche qui carrosse, et ils sont sacrément bien blasonnés!... hem, des beaux habits, enfin, heu...
Que Lucrétia allât voir d'elle-même, se renseignât auprès de ce demeuré, ou envoya Carl ou un autre lui faire un compte-rendu, voilà ce qu'il en ressortit:
Sous la bruine qui cessait, au portail attendait un carrosse luxueux, orné de deux griffons encadrant une lame d'or. Ainsi qu'une chariotte de serviteurs. Étaient sortis du noble véhicule pour se dégourdir les jambes, sous des pare-pluies tenus par des domestiques, les personnages suivants:
-Un homme brun, un peu rondouillard, mais aussi celui vêtu avec le plus de classe. Tout en pourpoint noir fileté d'or, débordant de dentelles fines. Sa coiffe était à la dernière mode et son visage poupin légèrement poudré.
-Tout près de lui, un jeune chevalier en armure immaculée, décorée de motifs floraux. Ses cheveux châtains étaient coupés au bol mais son visage grave était on-ne-peut-plus gracieux. Il avait épée et bouclier.
-Un mage de l'Ordre Flamboyant, tout de rouge vêtu sous sa capuche qui gardait sa figure dans l'ombre. Un bâton surmonté d'un rubis à la main.
-Un bel elfe en habits ostentatoires, exagérés, d'argents et de bleus, rapière à la ceinture, lyre en mains et fleurs dans les cheveux.
Et, donc, des domestiques à la pelle - huit, pour être exact - et encore six gardes aux blasons impériaux.
Deux somptueux destriers, un bai et un noir, était attaché à l'arrière du convoi...
