Pas de soucis =)
Lorsqu’elle actionna la poignée et exerça une pression sur cette dernière dans le but de l’ouvrir, Ombeline s’aperçut que l’auberge était fermée quand la porte refusa obstinément de bouger. La jeune femme resta un moment en plan sur le parvis du bâtiment, quelque peu surprise et décontenancée par cette nouvelle difficulté. Si elle se doutait bien que la forge et la mercerie dormaient encore, elle ne pensait pas pareil en ce qui concernait l’édifice devant lequel elle se trouvait. L’aube n’allait certes pas tarder à se lever, mais elle aurait pensé que le bâtiment serait encore ouvert pour les différents voyageurs intrépides qui sillonnaient les routes et qui désiraient prendre un peu de repos, et ce à n’importe quelle heure et pour des raisons qui ne regardaient qu’eux. Exactement et en tout point comme elle.
D’un autre côté, il était vrai que le tenancier devait à un moment ou à un autre abandonner toute lutte contre la fatigue qui le tiraillait, et par la même occasion son commerce le temps de s’accorder quelques instants de repos. Son auberge se retrouvait ainsi sans personne pour s’occuper du service, sans surveillance ce qui pouvait mettre à mal la sécurité de ses clients si une personne mal intentionnée jetait son dévolu sur la taverne.
Mais dans ce cas, si jamais un client se présentait à une heure inconvenante, alors que le propriétaire des lieux était en train de dormir, comment annoncer sa présence ? Le tenancier ne pouvait pas non plus laisser de potentiels clients dans le froid de la nuit, seul et isolé, alors qu’au dehors rodaient des dangers dont il valait mieux taire le nom. Ombeline songea que si elle le voulait, elle pouvait se faire remarquer pour que quelqu’un lui ouvrât, en tant que pauvre voyageuse errante sur les sentiers de l’Empire. Il suffisait de tambouriner à la porte, ou bien de crier à la fenêtre pour que l’actuelle auberge qui lui affichait sa porte de bois en guise d’accueil ne se transformât en refuge empli sûreté et de quiétude face à l’astre diurne.
Encore que montrer ostensiblement sa présence au tenancier lui attirerait forcément quelques questions, sur ses origines, sa route, et aiguiserait d’autant plus sa curiosité qu’elle voyageait seule et de nuit. Des questions indiscrètes qui pouvaient s’avérer être fâcheuses aux vues de ses vêtements de qualités qu’elle arborait, et qui, bien que déchirés, ne seyaient pas à une simple marchande.
Les premiers voyageurs qui sortiraient pour continuer leur périple, et qui ouvriraient ainsi les portes du bâtiment ne le feraient qu’une fois que le soleil aura commencé à darder l’horizon de ses rayons lumineux. Une heure à laquelle les commerces devraient en théorie s’ouvrir également. Elle qui souhaitait justement attendre dans l’auberge, en se cachant des faisceaux solaires, que la mercerie ouvrât afin d’acheter quelques vêtements plus passe-partout voyait son plan tomber à l’eau.
Désormais, elle n’avait pas autre choix que d’attendre à l’extérieur que l’aube se levât. Il lui fallait donc trouver un endroit sûr sous lequel se protéger de son ennemi quotidien et naturel, un refuge où elle pourrait également savoir le moment où les petits commerces s’ouvriraient. Ombeline repensa aux granges qu’elle avait aperçues la premier fois que le hameau lui été apparu. Ne s’étant jamais particulièrement intéressée à la paysannerie, elle ne connaissait pas réellement l’utilité de ces remises, mais se doutait que certaines devaient servir à entreposer les outils dont les villageois s’empareraient lorsque le temps d’aller aux champs serait venu.
Certains de ces bâtiments étaient réellement en piteux état, aussi Ombeline doutait que les granges les plus atteintes par les intempéries ne servissent encore. Elle trouva les vestiges d’une de ces constructions dont le toit crevé ne protégeait plus son contenu contre les bourrasques de vent et la pluie. Le mortier s’étant effrité, de nombreuses pierres manquaient à l’appel, et celles qui demeuraient encore étaient en partie couvertes d’une mousse verte et légèrement humide. Un lierre invasif attaquait lentement mais sûrement les murs au rythme de sa croissance naturelle mais destructive, s’employant à déchausser les pierres de leurs joints sous son étreinte enchevêtrée.
La porte avait depuis longtemps disparu, et les seuls vestiges qui témoignaient de sa présence d’autrefois n’étaient que deux gonds de métal rouillé à moitié arraché. De l’entrée de l’ancienne remise ne substituait ainsi plus qu’un grand trou noir qui béait sur l’extérieur du village, et dont la régularité des contours s’émoussait au fur et à mesure de la destruction des murs. A l’intérieur, Ombeline ne trouva là que les restes d’une charrette défoncée ainsi qu’une charrue corrodée dont le versoir avait été démis depuis longtemps.
Si l’endroit était loin d’être confortable, il permettrait au moins à la jeune femme de s’abriter des regards et du soleil. Par les interstices entre les pierres, elle serait en mesure d’observer tout à son aise le village, et également d’avoir vent de l’ouverture de la mercerie sur laquelle elle avait une vue imprenable de sa cachette.
Au moment où elle aurait le moindre signe d’une quelconque activité, elle sortirait sans être vue de la grange par la porte dérobée menant sur l’extérieur du village et se précipiterait dans le bâtiment qu’elle convoitait.