En ce qui concerne le novle von Stafferg, c'est mon MJ précédent qui m'a donné le nom et les détails familiaux, sachant que, helena, vu son ancienne profession, a bien connu la noblesse du coin là-bas, et était donc au fait de ce genre de récits...
Helena faillit s’en mordre les lèvres de frustration. Ce lourdaud imbécile insistait de manière tout à fait déplaisante. Elle aurait du s’y attendre, les laquais faisant parfois montre d’une servilité protectrice aussi têtue qu’idiote envers leurs maitres. Mais tout de même, il aurait pu s’en abstenir avec elle, ne serait-ce que par galanterie. Les hommes étaient décidément des créatures grossières et sans la moindre once de subtilité.
Néanmoins, elle avait prévu le coup. Toujours avoir un plan. Et, dans son cas, un plan à l’intérieur de son plan, englobé dans un autre plan, et avec encore un plan en plus si le premier échouait, prévoir ce qu’il fallait faire si le second ne prenait pas. Tout reposait sur la planification et la réflexion, sur la puissance de la pensée et la possibilité de mystifier les esprits faibles, comme le faisait un artiste de rue qui faisait apparaitre des lapins et des foulards sous les yeux ébahis des badauds crédules. Aller plus vite que leurs esprits embourbés de certitudes, leur montrer ce qu’ils s’attendaient à voir, en un tour de passe-passe mental qui les blufferaient sans coup férir.
Et c’est donc sans montrer plus de doutes ou de d’hésitation qu’elle enchaina avec une impressionnante conviction sur l’étape supplémentaire, celle qui était sensée définitivement lui assurer la victoire sur ce rustre.
Elle n’avait même pas eu à réfléchir énormément à ce qu’elle allait faire, c’est cela qui était le plus beau. Garder un plan simple était le meilleur moyen de lui assurer un maximum de chances de succès. Lorsque l’on veut se faire passer pour quelqu’un que l’on n’est pas, pour renforcer la possibilité d’être cru, il fallait que l’histoire soit crédible. Dans le cas plus particulier des nobles, cela impliquait d’utiliser le nom d’une famille existante. Ce qui était toujours dangereux, tout autant qu’efficace. Un nom connu ouvrait des portes, mais un nom connu impliquait des gens qui connaissent celui que l’on usurpe.
Enfin, cela, c’était vrai la plupart du temps. Si usurpé l’identité d’une des dix familles les plus puissantes de la province lui assurait de lui ouvrir bien des portes, cela l’assurait aussi de rencontrer des gens qui sauraient parfaitement qu’il s’agissait d’une fraude.
Non, en réalité, si l’on se faisait passer pour noble, le mieux était de viser les petites familles de campagne, celles dont seuls les titres les différenciaient des paysans qui travaillaient sur leurs terres. Ils étaient cordialement méprisés par tout ce que l’Empire comptait comme puissants, mais ils étaient néanmoins nobles. Nobles et nombreux. Et le nombre assurait l’anonymat. Ce qui lui convenait comme un gant. Personne ne regardait la petite noblesse. Selon que l’on était noble ou manant, on la méprisait presque autant que le restant de la populace, ou on la haïssait avec la même force que les grands de l’Empire. Une position guère confortable, lorsque l’on était coincés dedans, mais parfaite pour quelqu’un dans sa situation.
Et, par chance, elle connaissait en plus une famille qui lui convenait parfaitement. Son ancienne vie de courtisane avait fait plus que lui apprendre à jouer la comédie. Ayant eu la chance de ne pas travailler dans une taverne à soldat, mais dans une maison qui était réservé à la haute société de Pfeildorff, les conversations des clients s’étaient toujours révélées riches d’enseignements, enseignements parfois monnayable pour ceux qui désiraient obtenir aisément des informations confidentielles. Et c’est ainsi que, sans pour autant la fréquenter ouvertement, Helena avait connu pas mal des dessous de la cour de Pfeildorff, avec ses noms et ses intrigues, les familles et les richesses. Il ne lui avait donc pas été difficile de trouver un nom lorsqu’il lui avait fallu en trouver un : Johann Von Stafferg. Il y avait d’ailleurs peu à dire sur le sujet, mais cela lui convenait parfaitement.
Johann Von Stafferg possédait un petit domaine en-dehors de Pfeiltdorff, juste assez près pour que la cité en soit assez proche pour être dans son influence, trop lointain et trop insignifiant cependant que pour représenter la moindre importance aux yeux des dirigeants de la ville.
Mais ce n’était pas son seul avantage. Johann Von Stafferg avait aussi été doté par la nature d’une nombreuse parentèle composée d’oncles, de tantes, de cousins, de frères et de sœurs.
Visiblement, sur le domaine Von Stafferg, il y avait peu de choses avec lesquelles s’occuper, ce qui expliquait la taille de la famille. Taille que Johann et ses frères et sœurs s’étaient eux aussi mis en devoir d’augmenter dans des proportions généreuses.
Ce qui avait conduit à la naissance d’un nombre absolument admirables de jeunes Von Stafferg, progéniture que Johann se chargeait d’aller présenter chaque année à la cour, emmenant avec lui les plus jeunes de la familles lorsqu’ils atteignaient 17-18 ans, afin qu’ils aient vu la cour et aient été présenté comme il se doit à leur suzeraine. Après cela, en général, ils retournaient s’enterrer sur leurs terres jusqu’à ce que la guerre n’en fasse sortir les hommes, et le mariage, n’en fasse sortir les femmes. Certes, de temps en temps, l’un d’eux partait a la découverte de l’Empire, mais c’était là des exceptions. Enfin, cela importait bien peu, en réalité.
La seule chose vraiment importante, à ses yeux, c’est qu’elle disposait là d’une famille tout à la fois suffisamment peu connue que pour ne pas risquer d’être démasquée par un proche des Von Stafferg, avec un nombre important de membres, pour lui permettre de se noyer dans la masse, et avec des revenus suffisamment faibles que pour que ses vêtements et son train de vie soient en concordance avec le niveau de vie d’une quelconque nièce de Von Stafferg.
Elle n’aurait de plus qu’à balancer un prénom quelconque, et elle pourrait être quasi-certaine qu’au moins une des filles Von Stafferg le porterait. Et puis, de toute façon, qui se donnerait la peine de vérifier ? Une des nombreuses nièces indigentes d’un nobliau campagnard perdu aux fins-fonds de l’Empire n’attirerait l’attention que des seules mâles désireux de voir un joli minois leur sourire, et eux ne regarderait que cela (et sa poitrine), sans prêter attention, ni à son nom, ni à sa place. Les puissants l’ignoreraient, sauf si ils désiraient coucher avec elle. Mais ils ne s’intéresseraient pas à elle pour autant.
Et elle n’en avait aucune envie. Son désir était bel et bien de quitter le Wissenland au plus vite. Et si ce petit passage à la cour lui permettait de trouver un moyen de voyager rapide et sur, elle ne s’en porterait que mieux. Elle avait déjà commencé à préparer cela dès lors qu’elle avait repéré le bretonnien et le Hérault de Clara de Pleitdorf en grande discussion.
Il lui fut donc aisé de répondre du tac au tac à la question qu’on lui posait.
« J’ignore si nous nous sommes déjà rencontrés. En réalité, je saluais en vous la fonction : Je suis Hanna Von Stafferg, et mon oncle est Johann Von Stafferg, baron de Von Stafferg. La famille Pfeildorff est notre famille suzeraine depuis des générations, et comme j’ai accompagné mon oncle, ainsi que certains de mes parents à la cour il y a quelques années pour qu’il nous y introduise, il m’a été aisé de reconnaitre sur vous le blason de nos suzerains. Cependant, force m’est de reconnaitre que j’ignore si vous étiez présent lorsque nous sommes venus. »
Agissant comme si c’était réglé, elle se tourna vers le bretonnien qui accompagnait le Hérault, avec un sourire timide:
« Et, lorsque je m’y suis rendue la dernière fois, je n’avais pas eu non plus le plaisir d’y rencontrer un des glorieux fils de la Dame. Nous avons bien rarement, il est vrai, la visite des valeureux chevaliers de Bretonnie. Puis-je m’enquérir, si ce n’est point trop indiscret, de la noble quête qui nous offre la chance de vous rencontrer ici ?
Voyez-vous, j’ai tant entendu parler des prouesses des preux chevaliers du Royaume de Bretonnie dans mon enfance qu’en rencontrer un est pour moi une surprise des plus agréables. Dites moi, est-il vrai que nombre d’entre vous se dédient a chasser et pourfendre le mal partout où il se trouve, négligeant le pouvoir que pourrait leur offrir leur position, ou les plaisirs d’une famille ?»
Helena avait particulièrement mis l’emphase sur les mots « pouvoir » et « plaisir ». Les hommes avaient toujours des idées qui leur traversaient la tête en entendant ces mots, et un homme qui a des idées est un homme qui devient aussi manipulable et naïf qu’un gamin de six ans.
Et en évoquant ainsi la gloriole ridicule des chevaliers bretonniens, elle espérait exaltés chez son nouvel interlocuteur la fanfaronnade et les rodomontades innées à chaque nobliau. Si cet imbécile pompeux se mettait en devoir de lui narrer les milles et uns contes sur les chevaliers bretonniens affrontant des monstres qui grandissait en proportions à chaque fois que l’histoire était récitée, elle serait à l’abri de toute nouvelle question du Hérault : il n’oserait jamais interrompre un invité noble en pleine parade. C’était ce genre de chose qui pouvait conduire au bâton ou au fouet. Et si il y avait une chose dont Helena était sure, c’est que la première préoccupation des domestiques, s’étaient bel et bien la protection de leur petite personne. Questionner une petite noble de campagne issue d’un trou perdu devait déjà être à la limite de ce qu’ils considéraient comme étant toléré chez eux. S’immiscer dans une conversation entre deux nobles serait beaucoup plus risqué. Surtout si il ne parvenait pas à situer exactement l’importance qu’avait le bretonnien dans la hiérarchie féodale bretonienne.
Et puis, bien qu’elle ne tienne pas réellement à faire long feu en ville, si jamais, par chance, le seigneur de Roquevault repartait rapidement, elle pourrait bien se permettre d’attendre un jour ou deux, car, curieusement, sa route propre route serait comme par hasard parallèle à celle du Bretonnien. Après tout, la seule chose qui comptait pour elle à l’heure actuelle, c’était quitter le Wissenland, peu importe pour où.
Et si elle parvenait à se dégotter un compagnon de route qui, non content d’être largement capable de la protéger, pourrait également, de par son identité incontestable, se porter garant pour elle, et bien voilà qui lui garantirait un voyage des plus tranquilles. Sachant que lui-même serait au-dessus de tout soupçon, elle n’aurait guère à s’inquiéter d’être soupçonnée de quoique ce soit : son compagnon serait une garantie rien que par sa seule présence.
Elle eut un nouveau sourire en pensant au degré de perfection inégalé de son plan : du fait de la présence du bretonnien, le Hérault hésiterait surement à la questionner de trop près (quant bien même il n’eusse point été convaincu par la petite histoire d’Helena), ce qui ne pourrait que confirmer son statut de noble auprès de Messire de Roquevault, lequel, à son tour, contribuerait à répandre l’idée qu’elle était bel et bien noble, même si pas de la plus haute naissance.
Et encore une fois, le fait d’être une femme l’aiderait grandement. Là où un petit nobliau aurait très certainement été snobé par le bretonnien, la galanterie lui interdirait de faire de même avec une demoiselle. Il y avait cela et puis, reconnut Helena avec un petit sourire intérieur, un physique avantageux l’aiderait bien aussi. Avec un corps et un visage valant mille fois celui de la fille de taverne moyenne, elle savait que, peu importe son statut, peu d’hommes l’auraient ignorée complètement. En s’affichant comme noble, elle donnait simplement une bonne excuse à ces hommes pour lui parler et la considérer : ils ne s’adresseraient pas à une fille de ferme, mais bien, si pas à une égale, du moins à une paire.
Et c’est cela, surtout, qui comptait. Une fois introduite et acceptée par certains, elle le serait par tous. Certes, elle ne serait jamais au premier plan. Mais, étant donné qu’elle usurpait une identité qui n’était pas la sienne, et au vu de sa nature réelle, cela était préférable, et de loin. Un proverbe de son village disait : « pour vivre heureux, vivons caché ». Elle ne l’avait jamais autant compris qu’à ce moment précis, où il lui était devenu essentiel de se dissimuler. De cacher ses origines, de cacher son passé, mais aussi de cacher sa nature. Il lui fallait désormais vivre dans une série de mensonges permanents, qui s’imbriquaient les uns les autres, couche de mensonges sur couches de mensonges, une demi-vérité à l’intérieur d’une contre-vérité, dans un mensonge, comme ces poupées que les kislévites vendaient soi-disant.
Et la meilleure place pour un mensonge était l’obscurité, là où nul ne pourrait jamais le découvrir, et encore moins le percer. Si elle se cachait derrière les noms, les titres et les autres, ce serait pour elle le meilleur moyen de dissimuler ces mensonges, de les noyer dans une brume de feintes et de distractions qui éloignerait les autres de la vérité.
Et le plus admirable là-dedans, c’est qu’elle ne ferait qu’initier le processus. D’autres, après, répandrait ce mensonge comme une vérité, et leur statut comme leur sincérité en ferait LA vérité. Un mensonge crut pas suffisamment de personnes restait-il un mensonge ?
Mais il n’était point encore temps d’épiloguer plus avant sur le sujet : il lui fallait penser au temps présent, s’appliquer à passer pour ce qu’elle prétendait être, une fille de la petite noblesse à moitié sotte et complètement innocente, et concentrer les assauts de son charme sur le bretonnien : le Hérault ne comptait pas. Et pire encore : quand bien même elle lui prêterait attention, ce serait sortir de son rôle de noble, qui ne traite avec le peuple que lorsque c’est absolument nécessaire.
Battant légèrement des yeux, et souriant d’un air franc et joyeux, elle attendit de voir comment le sire de Roquevault réagissait à sa tirade louangeuse sur ces pitoyables bouffons engoncés dans leur ferraille. Et dire qu’ils trouvaient que cela leur donnait un air valeureux et noble, et irrésistible auprès des filles. L’idée était tellement saugrenue que son sourire s’élargit encore. Ha, plier cet homme au moindre de ses caprices serait tellement délicieux qu’elle pouvait à peine attendre que cela soit fait. Et le meilleur, c’est que, du début à la fin, il serait volontaire. Pleinement et totalement volontaire….