[Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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[MJ] Vivenef
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  • Irène et Evaë s’expliquèrent quant à leur petite escale à la Jeune Jouvencelle, laquelle avait tout de même duré une bonne partie de l’après-midi. L’on passa outre les moments de flottements et de doutes, les parties de jeu de hasard et les foucades d’Evaë que pour mieux se concentrer sur l’essentiel ; la perle rare de l’établissement, et la nouveauté que ce dernier préparait à pour ses clients.

    «Je vois. Pourquoi pas, si les quelques pistoles que vous aurez dépensées chez eux peuvent se transmuter en investissements à plus long terme, et bien plus fructueux. »
    Désèle écouta donc le rapport d’Irène sur la catin qu’elle avait aperçue dans le bordel concurrent, et son visage trahit un certain scepticisme, un certain étonnement. Non pas qu’elle doutât de ce qu’avaient pu remarquer les deux catins –elles étaient deux, justement, à avoir vu la même chose-, mais des suppositions qu’elles en rapportèrent, et du jugement qu’elles donnèrent.

    «Un pli au niveau de l’œil ? Mais c’est que cela doit être affreux ; comment pourrait-on trouver cela agréable d’apparence ? Enfin, vous me direz, ce n’est pas de cela qu’il faut s’étonner, si vraiment il y a de quoi s’étonner. Les hommes ont des désirs bien peu recommandables, parfois, et je ne serais pas surprise si, un jour, la mascotte fétiche de tel ou tel établissement s’avérerait être une biquette. »

    Son petit sourire s’était mué en une expression dédaigneuse.

    «Une mutation, vous dîtes ? Peut-être, je ne saurais que dire. Ou peut-être une malformation de naissance ; je gage que ce genre d’aléas puisse très bien arriver. Et les hommes se l’arrachent… Je me demande bien d’où elle provient, et même comment elle aura pu rester en vie aussi longtemps. »

    Vint le moment où elles abordèrent le sujet des hommes, et Désèle s’étonna quelque peu.

    «Des hommes ? Effectivement, voilà qui n’est pas courant, et, pour que je ne sois pas déjà au courant, cette décision doit être toute récente. Eh bien, voilà un certain progrès dans l’affaire… Après tout ; pourquoi que des femmes ? Je me demande, tout de même… Tenez, pendant que je vous ai sous la main, que pensez-vous d’une telle proposition ? Si je décidais, comme cela, de rechercher des hommes en tant que catins, et que j’en implémentais aux Plaisirs Terrestres de Désèle, qu’en penseriez-vous ?

    J’hésite, pour ma part, quand bien même l’idée m’a déjà effleuré l’esprit. De la jalousie ou rivalité entre hommes et femmes –il y en a déjà assez entre vous, les filles, pour aggraver que plus encore la situation, et cela ne ferait qu’empirer si l’on y rajouter des histoires de cœur.
    Certains nobles, peut-être, rechigneraient aussi à venir, après cette nouvelle, de peur de passer pour des mondains aux penchants délinquants, voire interdit. Et, là encore, je n’ai point envie de me retrouver au pied du mur après que les répurgateurs se fussent un peu trop penchés sur notre établissement. J’ai comme l’impression que, des femmes avec des femmes, ils puissent être enclins à fermer les yeux. Mais dès que l’on parle d’hommes qui s’enculent, là, tout de suite, ça fait déjà plus tache, non pas ?
    »

    Elle eut un petit sourire mesquin à la simple évocation de cette idée.
    « Quant au reste… ? Dîtes-moi donc ; je n’encourage pas vraiment nos gens à fréquenter l’établissement, mais, dans la mesure où cela est déjà fait pour vous, autant récolter le maximum d’informations. La nourriture, le prix, la propreté des lieux, ce que l’on y propose, la taille des chambres, le confort des matelas et des sommiers… Tout ce genre de chose. »

    Désèle eut un certain regard, comme si elle soupçonnait, ou prenait pour acquis, une possible liaison entre Evaë et Irène. Après tout, cela arrivait, parfois, dans un tel milieu, et la brutalité et le désir brute des hommes se voyaient être remplacés par la douceur et la tendresse d’une âme féminine.

    Par la suite, lorsque l’entretient fut arrivé à son terme, Irène et Evaë purent rejoindre leur chambrée respective. Et la première en profita pour verser toutes ses économies dans le petit coffre qu’elle venait d’acheter, qu’elle verrouilla à l’aide d’une de ses deux clefs. Car le coffret avait été vendu avec un double, au cas où. A elle que de bien cacher et le petit coffret, et cette seconde clef, si elle conservait la première sur sa personne.

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Irène Rosewen
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- C’est assez perturbant de prime abord, il est vrai, répondis-je à propos des yeux si étranges de la catin de la Jeune Jouvencelle. Mais cela lui apporte un certain charme, même s’il serait difficile de vous décrire cela ; le plus simple serait que vous la voyez vous-même.

Vint ensuite le sujet des hommes, et la matrone nous demanda notre avis.

- Mmh… Des hommes dans notre établissement, je ne sais pas. De la rivalité, je ne suis pas réellement sûre que cela en apporterait vraiment ; car les clients qui voudraient des hommes ne seraient pas ceux qui souhaiteraient passer leur temps avec des femmes. Pas de clients volés à d’autres, si fait. Ainsi, je ne pense pas que ce genre de conflits apparaîtrait avec des hommes, mais je ne pense pas spécialement que cela soit une bonne idée non plus. Rares sont les femmes qui viennent dans une maison close ; qu’il y ait des hommes proposés n’y changera pas grand-chose, à mon humble avis. Quant aux hommes qui aimeraient le faire, les plus folles rumeurs courraient bientôt sur eux. Selon moi, ce n’est donc pas forcément une bonne idée, à moins que le service soit discret et proposé aux plus fidèles uniquement. A voir néanmoins comment cela tourne chez la Jeune Jouvencelle, ajoutai-je en haussant les épaules, me tournant vers Evaë pour écouter son avis, si elle en avait un.

Par la suite, le regard de Désèle et les quelques questions qu’elle nous posa à propos du service me donna l’impression qu’elle supposait quelques éléments à notre sujet.

- Oh, nous n’y sommes pas allées pour le service « principal », pas du tout ! J’eus un petit rire. Comme si nous n’étions pas déjà assez habituées ici. Non, ce fut une simple curiosité générale. Nous ne savons donc rien à propos des chambres et des lits. L’espace restauration et jeu sont assez agréables, en revanche, il serait hypocrite de le nier. Notre repas a été fort copieux, avec des produits de qualité, le tout pour un peu plus d’une pistole, ce me semble.

La soirée touchant à sa fin, l'entretien une fois terminé, je filai dans ma chambre. Mon nouveau coffret, il fut entreposé bien au fond de mes étagères, sous mes vêtements. Je n’avais pas beaucoup de meubles de toute manière. Quant à la seconde clé, ce fut sous une latte du plancher qu’elle termina. Après quoi, je me couchai après cette longue journée, et mes rêves furent un entrelacs de jeux de dés, de blondinets et de balafrés effrayants.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 15 sept. 2015, 20:21, modifié 1 fois.
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[MJ] Vivenef
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  • « Je ne pensais pas véritablement à ce genre de rivalité sur fond de travail, plutôt jalousie sur le plan émotionnel et sentimental, et, cela, d’un côté comme de l’autre. Le travail qui peut s’avérer pénible, les possibles difficultés rencontrées, ce serait là des choses que vous comme les hommes vivriez, et cela vous rapprocherait d’autant plus que vous cohabiteriez ensemble, sous un même toit. Et c’est plus précisément ces histoires qui en découleraient qui m’inquièteraient. Mais qu’importe. Il est vrai que cela ne me semble pas très prudent de prime abord.

    - Oh, quel dommage. Je suis sûre qu’il y a pourtant matière à s’amuser
    , minauda Evaë.
    - Voilà, c’est exactement ce que je souhaite éviter », termina Désèle en levant les yeux au ciel, imaginant déjà toute une foule de complications engendrées par des Evaë-like, ignorant même le fait que la jeune femme aurait pu plaisanter en disant cela.

    Désèle prit encore quelques notes en écoutant le rapport d’Irène sur La Jeune Jouvencelle, et sembla presque déçue, voire mécontente ; l’établissement rival affichait donc une belle carte, de belles possibilités, et cette maison close n’avait aucunement à rougir si d’ordinaire elle devait être confrontée aux Plaisirs Terrestres. Elle remercia toutefois les deux jeunes femmes pour leurs précieux renseignements, et leur souhaita la bonne nuitée.



    ***



    Comme d’habitude, le lendemain matin, Irène se réveilla. Mais ce n’était pas l’une de ces dernières journées qui commençaient, plus tranquillement que d’ordinaire, avec ces soirées mondaines, ses invitations galantes, et ses rendez-vous avec d’importants nobles, non. Il fallait se remettre au travail, avec le bas-peuple et l’intermédiaire. Gagner une somme bien moins importante que cet amas de couronnes gagnées presque par inadvertance, comme tombées du ciel.
    Et plus que cela encore ; dans l’après-midi, il allait y avoir une visite médicale.

    Désèle venait tout juste de faire passer le mot après avoir rassemblé les filles que cela déclencha comme un torrent de stupéfaction et d’agitation dans l’assemblée de putains. Certes, toutes étaient habituées à pareille entrevues, c’était là leur lot commun, mais il s’agissait également d’une certaine épreuve à passer, à sa manière, laquelle pouvait vous mettre sur la sellette si vous y échouiez. Un seul jugement, une mauvaise note, une maladie insidieuse développée dans l’ombre du corps, après un contact prolongé d’un client porteur, et la malheureuse risquait de se retrouver à la rue. Un sacrifice nécessaire pour ne pas ternir la réputation de l’établissement. Et le pire était peut-être de penser qu’une réussite ne vous accorderait non pas une belle récompense, mais juste un peu de répit supplémentaire. Toutefois, certaines catins voyaient cela comme un mauvais jeu de hasard, et, bien que cela pût leur retomber dessus, le médecin les désignant comme grandes perdantes, elles pariaient déjà, dans quelque sourire mesquin, sur leurs homologues qui seraient les premières à partir.
    En attendant, les clients arrivaient déjà.

    Et l’un des clients avait déjà aperçu Irène, se dirigeant lentement vers elle, avec une certaine contenance qui dissimulait une belle assurance. Il se coula dans son dos, glissa une main sur la croupe de la jeune femme, et l’autre sur sa poitrine, sans gêne aucune. Et ces étranges mouvements n’étaient pourtant pas sans rappeler à la catin une scène déjà vécue ; celle du Dernier Soupir.

    «Je crois que j’y prendrai toujours goût. Bonjour, Irène, » lui souffla Erik au creux de l’oreille.

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Irène Rosewen
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Message par Irène Rosewen »

La vie devait reprendre son cours. Après la compagnie des nobles, l’ambiance au bordel était retombée, même si l’on pouvait toujours noter une certaine ivresse sur le visage des catins. Certaines avaient obtenu les faveurs d’hommes d’intérêt, et espéraient peut-être les voir traverser les portes de l’établissement à nouveau, les escarcelles pleines de pièces sonnantes et trébuchantes.
Un autre évènement avait été annoncé cependant, bien plus sinistre qu’une soirée mondaine. Une nouvelle visite médicale se profilerait l’après-midi, détectant les filles qui avaient attrapé quelque chose. C’était toujours un moment de grande inquiétude ; un seul germe suspect et nous pouvions perdre notre métier du jour au lendemain. J’étais certaine de n’avoir rien, mais je n’étais jamais à l’abri d’une maladie qui ne se serait pas encore manifestée, mais qui serait repérable par l’œil avisé d’un médecin. J’étais donc un minimum stressée, au même titre que les autres.
Toutes dans l’attente de l’arrivée des guérisseurs, nous devions pourtant assurer le service. Dans la matinée, un visage familier se présenta à ma personne : Erik, mon compagnon figurant pour la toile qui avait tant fait parler.

- Bonjour, Erik, répondis-je en me tournant face à lui, mon corps se languissant contre le sien. Je me demandais, à peine quelques jours plus tôt, quand aurais-je des nouvelles de mon collègue du Dernier soupir. Je vins jouer avec le col de sa chemise à mesure que je parlais, le laissant jouer de ses mains baladeuses. La notoriété de la toile a-t-elle pu aider vos affaires ? J’ai cru comprendre qu’elle avait été grandement appréciée chez nos amis sang-bleus. Nul doute que messire Di Laterra doit être heureux de son succès.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 15 sept. 2015, 20:21, modifié 1 fois.
Raison : 6 xp (parce que je ne fais pas mieux, et que c'est de ma faute si tu ne peux que moins rp : 60 xp
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Erik fut enchanté de retrouver la catin, et ne s’offusqua d’aucune manière lorsqu’elle vint se lotir contre lui. Mais, pour lui répondre d’une façon plus facile, il se détacha quelque peu d’elle. Dans un premier temps, son sourire fut chaleureux, franc.

    «Ma foi, je vais très bien, et suis là pour vous apporter ces nouvelles… Entre autre. La vie continue son cours, et je vis convenablement des dernières recettes récoltées par le Dernier Soupir. L’on m’a demandé, effectivement, pour différents tableaux où je compte bien poser. Savez-vous, que, du coup, quelques autres artistes se sont lancés dans ce genre de portraits ? Il eut un petit sourire amusé tout en lui lançant un petit clin d’œil. Bien que je ne doute pas faire une rencontre aussi détonante et mémorable que la vôtre, ma chère Irène, je sens que je vais avoir… De quoi m’amuser quelque peu. »

    Il ne fit que peu de cas de ces confidences alors même qu’il était justement avec une femme, mais celle-ci n’étant pas autre qu’une catin, il y avait peu de chances qu’elle en prît ombrage.
    En revanche, lorsqu’Irène aborda le thème de Francesco di Laterra, son visage se ferma quelque peu, et ses sourcils se foncèrent. Il décida de faire quelque pas, montant l’escalier en compagnie de la jeune femme ; désireux de l’avoir pour lui tout seul ?

    «Francesco… Eh bien, oui, sa renommée est montée en flèche, comme vous pouvez le deviner. Il a été invité personnellement chez son mécène, Alfred von Niebetz, mais… Son visage se fit que plus sombre encore, alors qu’il observait les alentours dans quelques œillades frénétiques. Je ne sais pas ce qui se trame avec précision là-bas, mais il a aussitôt déguerpi, en vrai. Il m’a juste dit, avant de quitter Nuln sur le champ, d’éviter autant que faire se peut le personnage. Qu’il avait vu des choses que… Comment a-t-il tourné la phrase… ? Qu’il ne fallait pas voir, il me semble. J’ai, bien entendu, cherché à en savoir davantage, mais le peintre m’a rétorqué au, au moins j’en saurai, au mieux je me porterai. Vraiment. Et il a filé, le bougre. »

    Il secoua la tête, dans un air de dépit, avant de changer de sujet.

    «Mais je ne suis pas venu pour vous filer du mauvais coton. Engageons-nous plutôt sur un dialogue plus plaisant, non ? »

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Erik s’avéra de fort bonne humeur, et cela se refléta sur ma personne également. Il était toujours agréable de retrouver une connaissance avec qui l’on avait partagé des instants qui sont plaisants à se remémorer, et l’inauguration d’une toile au succès fulgurant avec de quoi nous lier d’une certaine manière. Ses informations à propos de sa nouvelle notoriété en tant que modèle et tous les avantages que cela allait lui apporter me firent sourire.

- Eh bien, cela sera un plaisir pour moi que de voir les futurs tableaux sur lesquels vous apparaîtrez à nouveau, Erik. Une petite moue amusée traversa mon visage. De mon côté aussi, les affaires ont été florissantes ces derniers temps, grâce à cette toile, je dois l’avouer. Certains sont venus exprès pour voir « la fille du Dernier soupir ». Une chance que nos chemins se soient rencontrés, vraiment.

Alors que nous montions les longues marches rouges vers l’étage, tranquillement, le ton de son discours se modifia subrepticement. Il se faisait discret, tout à coup, désireux que je sois la seule à entendre ses mots, bien que nous étions seuls sur les escaliers. A mesure que ses paroles franchissaient ses lèvres, je pris une expression préoccupée également. Une fois encore, le nom d’Alfred von Niebitz ressortait dans des rumeurs inquiétantes. Après l’avoir vu en compagnie d’un des gros contrebandiers de la ville – ce qui avait été stupide de sa part de s’afficher publiquement avec lui, en y repensant –, messire Di Laterra avait quitté le pays après une entrevue dans ses appartements ? Quelle affaire sordide pourrait forcer un peintre à vouloir fuir sa renommée grandissante en partant par-delà les frontières étrangères ?

- Vraiment… ? Je pris une expression inquiète et concernée. Ce n’est pas la première fois que d’étranges choses semblent tourner autour de ce von Niebitz, vous savez… Pensez-vous qu’il serait bénéfique d’aller en avertir quelqu’un ; les autorités de la ville, peut-être… ? J’espère que messire Di Laterra ne s’est pas attiré d’ennuis, en tous les cas, et qu’il est en lieu sûr.

Je continuai à le guider vers ma chambre, jouant de tout mon charme et notre relation plus ou moins amicale pour tenter d’en savoir plus, si jamais il avait vraiment quelques éléments potentiellement intéressants. J’avais l’impression d’être liée indirectement à cette affaire, même si elle me dépassait certainement. Seulement, j’avais actuellement des liens indirects avec Marwen l’Esbigneur, Erwan d’Ablaÿ, Karsten von Drash… et tous semblaient s’intéresser de près ou de loin à cet Alfred. Désormais qu’un peintre avait fui la ville, après que j’aie appris l’existence d’un trafic d’esclaves dans les tréfonds de Nuln, rien n’était pour me rassurer. J’avais la sensation d’être immergée dans une intrigue sans pouvoir remonter à la surface.
Arrivés devant la porte de ma chambrée, que j’ouvris doucement, je revins sur les dernières paroles d’Erik.

- Un dialogue plus plaisant, dîtes-vous ? Je ne suis pas sûre que vous soyez venu pour cela, du moins… pas que pour ce genre de d’échange, je me trompe ?

Le poussant doucement sur mon lit, je vins me placer à califourchon au-dessus de lui, entamant les réjouissances en faisant glisser avec une lenteur calculée le tissu de ma robe. Il serait sûrement mon dernier client possible avant la visite médicale ; j’avais ainsi tout mon temps pour le satisfaire et lui faire lâcher de bonnes pistoles.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 15 sept. 2015, 20:22, modifié 1 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • «Je n’en doute pas une seule seconde, reprit-il à l’énonciation du succès d’Irène. Et, plus que de vous voir encore, je suis certain qu’il y en a qui se sont essayés à reproduire en votre compagnie la scène du tableau. » Puis il eut une mine sceptique et pas franchement rassurée lorsque la catin évoqua le fait d’appeler la soldatesque et la milice pour se débarrasser du problème.

    «Mmh… Je doute que ce soit une mesure efficace, ou faudrait-il être bardé de preuves pour oser s’attaquer à un homme aussi influent. Bardé de preuves, et avoir des amis qui seraient tout aussi influents que l’incriminés. Car je ne pense pas que les autorités se risqueront à pareil affrontement judiciaire. Pour le pouvoir qu’il détient, sa richesse, et parce que ce n’est sûrement pas le premier scandale que l’on essaye de lui refourguer sur le dos… Que les précédents fussent vrais ou non. Et… Oui, j’espère comme vous. »

    Par la suite, il s’avéra que l’homme n’avait plus grand-chose à dire, et, après les paroles, préféra de loin passer aux actes. Attirant Irène sur lui comme elle se glissait au-dessus de lui, il posa ses mains sur ses fesses, l’embrassa, avant de la faire basculer sur le lit.


    ***


    La totalité des filles étaient rassemblée dans la grande salle. Le silence n’était pas au rendez-vous ; l’on se parlait, ricanait, souriait et s’observait, mais, au travers de chaque expression, de chaque rire, ou de chaque regard échangé, l’on pouvait percevoir une certaine appréhension, et tout moyen de communication n’était qu’une maigre tentative pour tenter de dissiper et sa peur, et celle des autres. En ce début d’après-midi, chaque fille s’était adonnée comme lors de sa première rencontre amoureuse, si la vie le leur avait permis, à cela près que leur galant ne serait pas autre qu’un médecin aux allures si étranges. Mais ce n’était pas tant leurs vêtures qui faisaient forte impression, mais bien les poudres et les fards, les crayons et le khôl, et les parfums de savon et de rose qui flottaient allégrement dans les airs et enveloppaient le bordel d’une fragrance forte et capiteuse.

    Il fallait paraître en bonne santé. Et était-on en bonne santé qu’il fallait alors paraître en excellente santé. Rien n’avait été laissé au hasard, pour ces jeunes femmes dont, peut-être, l’avenir allait se jouer dans les prochains instants. Elles ne s’étaient pas bien démenées, surtout après ce bain auquel l’on pouvait accéder après une longue file d’attente, bien plus conséquente que d’ordinaire. Et pas question de se mettre à effectuer le moindre travail par la suite, à se mettre à suer quelque peu, de peur de faire penser à quelque maladie, ou d’avoir le visage et le front trop luisant. Fraîche et fringante ; voilà ce qu’il fallait démontrer, comme Désèle les observait toutes en train de jaspiner d’impatience.

    Enfin, la porte s’ouvrit, pour laisser passer le personnage qu’elles attendaient toutes, et il ne les déçut pas. Endimanché dans une grande cape grise, il ressemblait à un prêtre de Morr, tout en austérité et en sévérité. A cela près que son visage n’était pas visible ; un masque pourvu d’un long bec légèrement incurvé vers le bas dissimulait ses traits, et il était impossible de lui donner un âge ou quelque autre caractéristique physiologique. Pesamment, il entra dans la salle avec toute l’autorité sanitaire qu’il représentait, connaissant déjà bien son droit de vie ou de mort sur le plus vieux métier du monde. Désèle le reçut diligemment, et il fut question de choisir une salle isolée ou les catins passeraient les unes après les autres. Le médecin alla s’installer dans la salle qui lui avait été administrée, et, quelques minutes plus tard, la première fille entra.

    Ce fut le début d’une longue attente pour la plupart des putains ; elles trépignaient, piaillaient, et ne déparlaient pas. Certaines, ne pouvant tenir sur place, marchaient de long en large au travers de la pièce, de plus en plus énervées. Enfin, la porte s’ouvrir, laissant passer la première fille. Tout un attroupement vola sur elle pour savoir de quoi il en retournait. En vérité, elle ne savait pas ; il faisait des tests, auscultait, mais ne disait rien à la fin. Apparemment, il donnerait le tout à Désèle qu’une fois que toutes les catins seraient passées, afin de limiter les dégâts et que tout se passe bien lors de sa journée.
    Après une petite série, ce fut au tour d’Irène.

    Le médecin l’attendait, comme il avait attendu de nombreuses autres catins auparavant. Il lui désigna la table.

    «Assieds-toi dessus. »

    Sa voix sonnait étouffée sous le masque, et il demeurait tout aussi difficile de le percer à jour.

    «Dis-moi ton prénom, ton nom, si tu en as un, ton âge. Combien de temps tu exerces dans le métier, si tu as déjà eu des petits soucis, des maladies, des indispositions. A quand remonte ta dernière visite médicale. Dis-moi l’ordre dans lequel tes appendices travaillent le plus, du plus sollicité au moins usité ; bouche, main, poitrine, vagin, anus. Quelles sont les positions que tu pratiques le plus, quel est ton type de client, et quel est ton gain moyen par client. »

    Le médecin avait déjà en main une plume qu’il venait de tremper dans l’encre, et, à côté, se tenait un parchemin sur lequel il s’apprêter à écrire les indications que lui fournirait la jeune femme.

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Petit post, navrée, encore une fois :roll:
Erik ne m’apporta rien de plus au sujet de l’exil de Francesco et des rumeurs à propos de von Niebitz, à ma grande déception. Mais je le servis comme à mon habitude, puis le temps de la visite médicale arriva.
Retrouvant Eva dans la grande salle en compagnie de toutes les autres catins qui attendaient dans une ambiance assez fébrile, je me demandais quel genre de guérisseur nous allions rencontrer cette fois-ci. N’échappant pas à la volonté d’être propre pour me faire examiner, je pris un bain comme la grande majorité de mes collègues, et j’attendis comme les autres. Quelques regards froids furent échangés avec Adélaïde, comme à l’accoutumée lorsque nous avions le malheur de nous croiser.
Le guérisseur arriva enfin, vêtu de gris et solennel dans son masque qui empêchait de voir un seul centimètre de sa peau. La première fille passa ; et l’attente fut longue, même si elle était entrecoupée de détails à chaque catin qui sortait du bureau et qui distrayait les autres toujours en attente. Malgré leurs impressions et leur ressenti sur le personnage, aucune n’avait été mise au courant sur son verdict ; le flou était complet, et l’attente incertaine toujours de mise, ainsi.

Puis ce fut mon tour. Ma première impression fut que l’homme était lugubre et austère. M’asseyant sur la table qu’il m’avait désignée, je pus observer avec minutie son accoutrement, ainsi que ce masque si particulier qui faisait frémir à peine on l’apercevait, tant il était synonyme de mort et de contagion à tout instant. Mis à part ce malaise général, un certain respect m’habitait pour cet homme ; et je fus tout à fait disposée à répondre à ses questions… jusqu’à ce qu’elles me parurent en aucun cas professionnelles. Quelles parties de mon corps j’utilisais le plus lors de mes ébats ? Quelle position, quel type de client, et mon gain moyen ? Et puis quoi encore ? Ces questions m’apparaissaient plus de l’ordre de l’indiscrétion, voire de l’enquête judiciaire, qu’un réel intérêt médical. Savoir combien je gagnais ne lui apporterait strictement rien pour détecter une éventuelle maladie contractée. Et c’est ce que je lui fis savoir, avec plus ou moins de tact.

- Irène Rosewen, vingt-deux ans. J’exerce depuis environ six ans ; je n’ai jamais eu de souci de santé particulier, à part quelques infections urinaires. La dernière visite… mmh… il y a six mois, je crois. Je ne sers que des hommes ; quant au reste, je suis certaine que vous saurez déterminer ce qui est le plus usagé à votre simple coup d’œil.

Je gardais un œil sur sa plume et son parchemin, comme si j’étais capable de pouvoir déchiffrer ce qu’il allait noter à mon sujet.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 14 oct. 2015, 20:13, modifié 2 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Le médecin avait posé sa question, et c’était à Irène que d’y répondre. Si, au début, les réponses apportées par la catin lui convinrent, il y eut rapidement un petit instant de flottement, uniquement appréciable par un mouvement qui se suspendit dans le temps, et son visage au masque crochu qui se releva de façon presque imperceptible. L’homme eut un vague mouvement de la main ennuyé, tributaire de ces mêmes questions qu’il posait sans arrêt, inlassablement, à toutes ces filles ; questions dont on lui apportait parfois ce genre de réponses évasives, voire hostiles.

    «Il s’agissait de questions portant sur ton type de clients, sur leur classe, ce qui permet d’évaluer plus rapidement les potentiels dégâts, tout en t’épargnant certaines inspections, en fonction de tes pratiques. Mais qu’importe ; nous allons donc tout vérifier. Ouvre la bouche. »

    Dans des gestes assez brusques, sans trop prendre de gants ni même s’adapter à la sensibilité de sa cliente récalcitrante, il força de temps à autre les ouvertures. Il ne négligea aucun détail, observant son front, la racine de ses cheveux, ses yeux, sa bouche, ses dents, ses gencives, son cou, dans une auscultation médicale. Puis, avec une toute autre douceur, il s’attela à la suite.
    Ce fut presque dans une certaine langueur qu’il ouvrit lui-même la robe de la jeune femme, découvrant son décolleté, desserrant les liens qui le fermaient. Dévoilant sa poitrine, il la tint dans ses mains, la soupesa, la pétrit, comme s’il recherchait quelque masse douteuse à l’intérieur de ses chairs. Il lui expliqua, si jamais, qu’il recherchait de potentielles métamachins qui, si elles étaient déclarées, annonceraient de graves et néfastes conséquences sur la jeune femme. Mais tout ce charabia ésotérique ne lui dit rien, et il eût aussi bien pu être totalement inventé que véridique. Ce petit manège dura un certain temps avant qu’il ne passât à la prochaine étape, observant le sillon que formaient ses seins, vérifiant le grain de la peau entre et sous ces derniers. Le nombril ne fut pas non plus occulté.

    Vinrent encore d’autres endroits que la décence comme la dignité de la catin voulurent que l’on épargnât, mais qui, selon les dires de l’homme au bec d’oiseau, durent être vérifiés. Il remonta les jupes par-dessus la taille, fit d’étranges mélanges à l’aide de mixtures toutes aussi étranges, et, après en avoir imprégné une vessie de porc qu’il avait enfilée sur deux de ses doigts, usa de ces derniers dans le corps d’Irène. Il vérifia les humeurs et les réactions que seul lui connaissait, notant le tout sur un rouleau. La jeune femme dut se mettre dans des positions indécentes dans un cadre médical, mais qui ne l’étaient peut-être pas tant que cela si elles avaient été effectuées dans le cadre charnel, à l’abri derrière la porte close d’une chambrée. Elle n’eût pas véritablement l’occasion de protester, car la menace plana aussitôt, si jamais elle se rebiffa :

    «Laisse-moi simplement faire mon travail ; je peux aussi bien te noter malade et contagieuse, dans le doute. »

    Les doigts, les ongles, les mains, les jambes, les pieds et même leur plante… Enfin, ce fut terminé.

    «Tu peux te rhabiller et y aller », lui annonça-t-il en gribouillant quelques dernières annotations sur le parchemin, sans même la regarder. Elle ne sut pas, encore, si l’on avait détecté quelque chose chez elle.
    En sortant, Evaë se précipita à sa rencontre, elle qui n’était pas encore passée.

    «Alors, tu sais, il t’a dit quelque chose ? »
    Elle s’inquiétait tout autant que ses consœurs, dans l’expectative de son propre passage dans cette pièce qui revêtait soudainement de bien sombres augures, pour peu que l’on eût peu de chance. Et la procession de femmes s’enchaîna, rentrant et sortant, jusqu’à ce que toutes fussent passées.
    Lorsque la dernière hétaïre quitta la pièce, précédée du médecin, le silence se fit. L’on attendit l’annonce et les résultats, mais l’homme s’engagea simplement dans le couloir qui menait jusqu’au bureau de Désèle. S’ensuivit une autre attente, encore, avant qu’il ne ressortît et quittât les lieux. A la matrone que d’annoncer le résultat.

    «Eh bien, cela va être rapide, lança-t-elle à l’assemblée de femme, tout en tenant le long parchemin que le médecin lui avait laissé. Vous êtes toutes aptes à continuer d’exercer céans-même. »

    Un long soupir de soulagement, de ceux que l’on retient des heures durant, fut finalement relâché, toutes les catins de concorde. Il y eut peut-être quelques déceptions, car il était toujours bon de voir s’éclipser une rivale, rongée par la chaude-pisse ou quelque mal que ce fût, mais, globalement, l’humeur était au soulagement. Et à de certaines interrogations.

    «C’était le même que d’habitude ?
    - Comment veux-tu qu’on le sache, avec son masque ?
    - En tout cas, il était plus doux qu’avant.
    - Tu trouves ?
    - Oui, la façon dont il m’a touchée et m’a vérifiée… C’était presque agréable !
    - C’est normal que pour vérifier que je n’ai rien, il ait utilisé son propre chibre ?
    - Quoi ?!
    »

    S’en suivirent de nombreuses prises de parole du même acabit ; chacune avait un petit truc à raconter sur les agissements de ce médecin aux manières peu orthodoxes, agréables pour certaines, totalement déplacées pour d’autres, et un gros débat fut lancé. Il n’en résultat rien de concret, si ce ne fut une moue de plus en plus perplexe et sceptique de la part de Désèle.
    Mais, en fin de compte, la perspective de continuer son métier aux Plaisirs Terrestres prit le dessus, et la vie reprit son cours. Le soir même, et le bordel ouvrait de nouveau, en grande pompe ; aucune catin n’avait été perdue.

    Irène reprit possiblement des clients, à l’instar d’autres de ses collègues. Et ce fut peut-être par l’intermédiaire d’un de ses mêmes clients, ou bien d’un autre homme de ses consœurs, mais elle put entendre, à un moment, le discours d’un bougre, un garde, apparemment.

    «Ouais, une sacrée journée. Mais bien marante, cela dit. T’sais quoi ? On a retrouvé, ce matin, un mec à poil, ligoté et bâillonné, refoulé dans un coin d’une vieille rue. Quand on l’a détaché et demandé ce qui lui était arrivé, le voilà qui s’excite comme une puce en tapant du poing, en braillant qu’il était médecin, et qu’un type, probablement un étudiant de l’Université de Nuln, l’avait assommé et détroussé de ses affaires. Ben voyons, tu m’en diras des nouvelles ! Encore un pauvre crétin qui traficotait dans son coin et qui a marché dans les platebandes d’une guilde à qui valait mieux pas chercher des noises, ouais ! »

    Et au garde de ricaner devant le mensonge éhonté de la prétendue victime.

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Enervement, lassitude ; ce fut difficile pour moi de déterminer ce qu’avaient entraîné mes paroles sur le médecin, au vu de son masque au bec courbé. Seul un mouvement de la main passablement las et indifférent répondit à mon refus de répondre aux dernières questions. Il s’attela à un examen minutieux – très minutieux, même, selon mon point de vue –, s’attardant sur des détails que je n’aurais même pas cru utiles (la racine des cheveux, sincèrement ?). Le tout fut assez médical, néanmoins, jusqu’à ce qu’il s’attarde sur ma poitrine, où j’aurais cru pouvoir jurer qu’il prenait bien son temps, et qu’il y avait là les gestes d’un homme plutôt que ceux d’un médecin. Il justifia ses palpations par des éléments auxquels je ne pouvais qu’acquiescer sans comprendre : c’était là un peu trop de justifications pour quelqu’un d’honnête, non pas ?

L’examen dura plus que je ne le voulus, dans des interminables attouchements que je subissais, passive, attendant la fin. Toujours aussi méticuleux, peut-être même plus que les anciens médecins qui étaient déjà passés au bordel pour les mêmes analyses, il ausculta mon entrejambe avec des mixtures fort odorantes qui me firent plisser le nez. Mais son avertissement me laissa silencieuse, le nez froncé ; je ne comptais pas être notée malade, certainement pas, et je restai donc compliante pour les soins nécessaires.
Un dernier trait d’encre sur son parchemin, et mon examen était terminé. Un sourcil levé, je jetai un œil à sa plume et aux lettres qu’il avait formées, sans ne voir là qu’une suite de symboles indéchiffrables. Pourrais-je un jour écrire des lettres ? Savoir garder contact avec des connaissances, même parties au bout du monde ? Lire des manuscrits et conter des histoires sans avoir besoin de les avoir en tête ? Laisser un message à une conquête sur le bord d’une table de nuit ? Cela pouvait paraître futile pour ceux qui savaient lire et écrire depuis leur plus tendre enfance, mais c’était toujours une chose qui m’avait fascinée.

Sans connaître mon verdict, une certaine appréhension au ventre, je quittai donc le bureau du médecin pour rejoindre les autres catins. Eva me posa pleins de questions, mais je n’en savais au final pas plus qu’une autre. Je lui contai le déroulement de la séance, et nous continuâmes à échanger jusqu’à ce que ce fusse son tour, puis qu’enfin, Désèle n’arrive avec la décision finale.

- Toutes ? Je clignai des yeux, surprise, mais soulagée. Il était rare qu’aucune n’ait rien attrapé en plusieurs mois.

Suite à l’annonce et la levée de l’attente, l’ambiance générale revint à son apogée, et l’on s’attarda allègrement sur les détails et ragots à propos du médecin. Néanmoins, la conversation dériva sur des éléments surprenants et forts suspects quant au sérieux du guérisseur. Et quand vint le soir les racontars d’un garde à propos d’un médecin volé et ligoté, la coïncidence me parut tout autant étrange ; me faisant douter sincèrement des compétences de l’homme qui nous avait auscultées tout l’après-midi. Et si cela avait été réellement un étudiant qui était venu s’amuser à tripoter des catins gratuitement ? Il n’y avait aucun moyen de le retrouver malheureusement, il avait déjà disparu depuis un bon moment.

Je continuai donc la soirée en prenant « soin » de mes clients, et lorsqu’il fut temps pour moi d’aller me coucher, alors que je commençais à enfiler ma chemise de nuit, mes yeux se posèrent sur la robe appartenant à la maison von Drash que je n’avais point encore eu le temps de rapporter. J’interrompis mes gestes, pensive, me disant qu’il me faudrait la ramener le lendemain… lorsque le souvenir de certaines paroles – plus moins sages – d’Eva me vint à l’esprit. Qu’il fallait « foncer » avec ce cher messire Erwan, mmh ? Quoi de mieux que me présenter en début de nuit, c’est-à-dire, tout de suite ? Comportement certainement puéril, mais ô combien féminin.

J’entrepris donc de me préparer correctement – sans trop en faire non plus pour que cela n’en devienne pas flagrant –, et partis en quête du manoir von Drash, en cette fin de soirée, armée de leur robe galamment prêtée.
Je me présente donc au manoir pour ramener la robe ; si c'est un domestique qui m'accueille, je dépose la vêture, et demande d'un air innocent si messire d'Ablaÿ est disponible. :mrgreen:
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 25 oct. 2015, 18:04, modifié 1 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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