[Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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[MJ] Vivenef
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  • Esla considéra la catin d’un œil expert, tournant autour d’elle en replaçant tissu et lacets, jugeant de sa présentabilité. Elle eut une moue appréciatrice tout en hochant la tête.

    «Oui, ça ira. Venez, je vais vous conduire à la chambrée de messire Karsten. »

    Ouvrant une porte annexe, elle s’engouffra dans un autre de ces longs couloirs qui s’enfonçaient vers le fond du manoir. Quelques pas plus tard, un escalier à la belle rampe de bois poli se présenta à elles, escalier qu’elles gravirent. En haut, toujours, un autre couloir, et, après quelques portes, une autre, qui s’ouvrit sur les appartements propres du noble.

    Il s’agissait d’une belle et grande chambre, peut-être encore plus spacieuse et opulente que celle réservée pour quelque invité. Un grand lit à baldaquin, aux rideaux de couleur pourpre trônait contre le mur, devant une gigantesque tapisserie qui en recouvrait la totalité. Une scène de chasse à courre y était représentée, dans une multitude de détails et de couleurs et de soieries en tout genre que masquaient partiellement deux petites tables de nuit encadrant l’alcôve. Le sol, constitué de lattes de chêne finement agencées, parfaitement lisses et poncées, supportait plusieurs commodes, semainiers, coffres, bibliothèques, armoires et un guéridon sur lequel reposaient une coupelle remplie de raisin, et une carafe de vin aux côtés de deux verres cristallins. Devant une grande fenêtre pouvant être dissimulée par un grand et lourd rideau vermeille, tombant de chaque côté de l’ouverture en deux pans ondulants, siégeait un bureau aux gravures tout aussi riches que l’ensemble des autres meubles. Une cheminée se découpait dans le mur, à l’opposé du lit, faîtée par un riche tableau représentant, dans un soupçon d’orgueil, Karsten von Drash, noble et digne, ainsi qu’un adolescent, lequel lui ressemblait trait pour trait. Dans un coin, Irène découvrit un miroir, plus grand encore que celui qu’il y avait à la maison close ; une psyché inclinable à loisir, montée sur un châssis somptueusement décoré, finement ciselé de motifs en tout genre. Enfin, les poutres soutenant le toit avait été recouvertes par un plafond de bois fin sur lequel se découpaient des motifs à losanges.

    «Bien, veuillez attendre ici, je vous prie ». Elsa lui assura un petit signe de la tête avant de tourner les talons, tout en refermant la porte derrière elle. La jeune femme eut le temps d’observer de plus quelques éléments de la chambre si elle le désirait, d’en faire rapidement le tour, jusqu’au moment où son client arriva.

    «Désolée de vous avoir fait attendre, ma mie. Ah, les affaires, les affaires… C’est qu’il faut toujours se précipiter pour ne pas qu’elles vous soient volées, en la présence de tous ces rapaces qui rôdent autour… Et dont je fais assurément partie ! » Il s’avança jusqu’au guéridon, où il se servit un verre de vin.

    « Du bon vin. Mon vin, même, celui que mes bourgeois et mes gens produisent et vendent à partir de mes vignobles et des terres que je possède dans les environs de Nuln. En voulez-vous quelque peu ? »

    Un vin qui s’avéra très bon, effectivement, si elle y goûta. Sans quoi, l’homme n’en prit pas ombrage, et gobelotta son verre tranquillement, avant de passer aux choses sérieuses. Irène semblait avoir quelques possibles appréhensions lorsqu’il s’approcha d’elle, appréhensions mêlées à une certaine curiosité. Glissant ses mains à sa taille, il se contenta de l’embrasser. Par le jeu de ces mêmes mains, il alla un peu plus loin, parcourant le corps de la jeune femme qu’il tenait contre lui-même, et ses caresses l’enflammèrent quelque peu.

    «A cette petite sauterie, je n’ai eu qu’un petit aperçu de vous-même. Je souhaite en découvrir bien davantage, à présent. »

    N’avait-il pas dit qu’il adorait arracher le papier révéler le cadeau ? C’est ce qu’il fit, mais, lorsqu’il avait prononcé ladite phrase, celle-ci était issue d’une métaphore bien particulière. En vérité, point de geste brusque et violent, de vêture déchirée, et de coups brutaux sur les tissus, de façon à faire éclater les coutures, non pas. Il délaça comme il le put, à l’aveugle, les liens qui resserraient le corsage d’Irène, fit glisser ses doigts dans l’échancrure qui s’ouvrit davantage. Béant légèrement, le corps de la catin commença à nager dans la vêture, et chaque mouvement le rendait plus désordonné, libérant çà et là quelques parcelles de peau supplémentaires. Avec force envie et passion, l’homme lui maintint la taille, puissamment, dans cette même volonté de la faire sienne, et entreprit de la guider à reculons vers le sommier.

    Là, il la coucha sur le matelas, et ses lèvres accompagnèrent ses gestes à mesure qu’il s’arrangeait pour que le tissu supérieur descendît sous la poitrine de l’hétaïre, et que les coutures inférieures remontassent au-dessus de ses hanches. Jeux de caresses, pression, embrassades, attouchements ; l’homme prit tout son temps. Et lorsque le moment fatidique arriva, dans ces badinages charnels, il n’en fut pas autrement.

    En vérité, Irène put le sentir ; Karsten fit tout son possible pour que l’ébat –les ébats, même- durèrent le plus longtemps possible, comme s’il désirait consommer la jeune femme jusqu’au petit matin, comme s’il voulait se repaître totalement de son corps, comme s’il voulait, également, rentabiliser au maximum l’investissement qu’il avait engagé. Il y eut quelques pauses, des alternations d’activité, et beaucoup de positions différentes, à croire que l’homme avait coutume de tout cela.

    Enfin, au prix de quelques soupirs, extases, et jouissances retentissantes, Karsten s’immobilisa, et, dans leur immobilité, comme ils reprenaient leur souffle, le lit et ses draps plus que défaits eurent des allures d’un tableau de Francesco.
    Ah, et si le noble s’endormait de la sorte, alors allongé sur Irène, nul doute qu’Erwan se serait révélé très perspicace.

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Irène Rosewen
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Elsa m’observa sous toutes les coutures, donnant son approbation sur ma tenue, s’assurant que tout était en place ; le tout avant de me conduire directement dans les appartements du noble. Je ne croisai donc pas les trois larbins précédemment vus dans le vestibule, et la raison de leur présence dans le manoir me resterait certainement à jamais inconnue.
Je suivis la camérière, silencieuse et les yeux furetant toujours partout ; sur les cadres, les liserés des meubles, les tapisseries, les carpettes, le plancher, les chandeliers. Cet univers, si différent de la maison close dans laquelle j’avais vécu durant toutes ces années, m’apportait une fraîcheur nouvelle. S’il était possible de renouveler l’expérience et d’être louée régulièrement chez divers sang-bleus, cela pourrait certainement s’avérer sympathique.
La chambrée de messire von Drash s’avéra tout autant luxueuse que le reste du manoir. Me retrouvant seule après un dernier signe de tête d’Elsa, j’observai les lieux tranquillement. Notant mon reflet dans le somptueux miroir, je réarrangeai ma coiffure et mon corset une dernière fois, avant de venir regarder le tableau dépeignant Karsten et un jeune garçon. A en juger la ressemblance, il devait être son fils. En voyant cette toile, je me rendis compte encore une fois que je ne savais pas grand-chose de l’homme que je servais. Peut-être avait-il un autre fils, voire des filles ? J’en ignorais tout. Toujours dans la contemplation du tableau, Karsten termina par franchir la porte de ses appartements, me trouvant là, debout devant sa cheminée.

- Oh, je n’ai pas attendu longtemps, ne vous en faites pas. Mais ces messieurs sont bien incongrus, de se présenter à une telle heure. Vous êtes déjà bien magnanime d’être allé les recevoir.

M’approchant de lui, j’attrapai le verre de vin qu’il me proposait.

- Oui, merci beaucoup. Est-ce là votre fils ? demandai-je en désignant le tableau. Il vous ressemble énormément.

La conversation était polie, tranquille, mais elle ne s’éternisa pas éternellement. Nous savions tous deux pourquoi j’étais là, et le moment où Karsten posa son verre pour se rapprocher de moi ne fut pas bien long à venir. Ses mains devinrent baladeuses, ses lèvres entreprenantes, et je me fendis d’un sourire pour répondre à ses paroles.

- Et vous en verrez bien plus, soufflai-je à son oreille alors qu’il me guidait en direction de son lit, mon corset désormais béant.

A mon étonnement, le noble se montra bien plus doux et patient que ce que j’avais imaginé. Chez Désèle, il s’était montré exubérant, grossier, indifférent aux regards que son comportement de goujat pouvait lui apporter. Je m’étais attendue à ce qu’il ait quelques exigences particulières, ou qu’il me consomme de façon bourrue, pour son plaisir propre et rapide. Cela ne fut pas le cas. Tendre, il se perdit dans de nombreux gestes lents destinés à découvrir et profiter de chaque centimètre carré de ma peau. Je ne savais si son exubérance s’effaçait d’ordinaire dans l’obscurité privée de son lit, ou si j’étais une rare privilégiée pour profiter ainsi d’une tendresse inattendue. En tous les cas, la nuit s’avéra agréable, et ne fut pas une corvée comme cela l’était parfois. Dans les entrelacs des draps, la fièvre de Karsten parvint à m’atteindre un minimum, et je le servis du mieux que je pus. Je fus réceptrice, lui offrant de nombreux soupirs et frissons à mesure que ses doigts et ses lèvres parcouraient mes formes ; et lorsque les rôles s’inversaient et qu’il était le sujet de mes caresses, je gardai le même rythme lent et charnel qu’il avait eu pour moi, non sans parfois accélérer mes attentions, tels que le nécessitaient les besoins des hommes.

Nos ébats durèrent une bonne partie de la nuit, et une fois les réjouissances terminées, alors que je sentais le noble s’endormir doucement dans cette quiétude qui suivait l’orgasme, je me tournai légèrement de façon à échapper quelque peu au poids de son corps, avant de m’endormir également, mettant un terme à cette longue et, ma foi, mémorable soirée.
***

- Puis-je garder cette robe le temps pour moi de rentrer aux Plaisirs Terrestres ? Je vous la ferais revenir dès que possible – celle que je portais la veille n’est plus réellement présentable, déclarai-je le lendemain matin à un Karsten qui émergeait doucement des brumes du sommeil. J’espère en tout cas que messire gardera un bon souvenir des services offerts par notre maison close cette nuit… ?

D’ordinaire, il m’importait peu que mon client soit satisfait, tant qu’il me payait. Mais lorsqu’il s’agissait d’un homme d’influence, les enjeux étaient toujours complètement différents que s’il était question d’un simple roturier. Ainsi, j’essayais de jauger sa satisfaction.
Je me tins à la disposition de Karsten s’il souhaitait quoi que ce soit. Quelles que soient les circonstances, qu’on me congédia aussitôt ou qu’on m’invita à d’autres activités, lorsqu’il fut temps pour moi de quitter le manoir, je me mis d’abord en quête d’Erwan. Avant de les quitter définitivement, je ressentais le besoin de faire quelque chose ; et après avoir retourné le sujet dans ma tête de toutes les manières possibles durant les longues minutes parmi lesquelles Karsten avait ronflé cette nuit, j’étais décidée. Ainsi, lorsque je croisai le premier domestique qui passa à ma portée, je demandai où je pouvais rencontrer messire d’Ablaÿ. J’avais retenu certains couloirs et embranchements, et j’étais certainement capable de revenir au vestibule principal pour sortir de la maisonnée ; mais pour ce qui était du lieu des différentes chambrées et autres pièces, je restais totalement ignorante.
Je suivis l’itinéraire que l’on m’indiqua, ignorant si cela allait me conduire aux appartements personnels d’Erwan, d’un bureau ou d’un salon. Peu m’importait, tant que je pouvais croiser le blondinet. Celui-ci s’avéra aussi frais qu’à son habitude, déjà pimpant et rasé de près depuis ce qui semblait être un bon moment. Il fallait dire qu’avec la nuit que nous venions de passer, Karsten et moi, nous ne nous étions pas levés de bonne heure.

- Bonjour. Monsieur a-t-il passé une nuit agréable ?

Un léger sourire amusé, un regard en coin, et quelques autres plaisanteries furent certainement échangées, avant que mon visage ne prenne un air un tantinet préoccupé.

- En fait, si je suis venue ici, ça n’est pas que pour votre jolie bouille – bien qu’elle soit toujours aussi plaisante à regarder –, vous m’en excuserez, messire d’Ablaÿ. Je jetai un regard vers la porte, comme pour m’assurer que nous étions bien seuls. Je dois vous avouer que je n’ai pas été très sincère avec vous hier soir. Vous vous souvenez probablement de la question que vous m’avez posée à propos d’hommes portant un tatouage de serpent.

Je fis une pause, observant le visage de mon interlocuteur, attendant d’avoir toute son attention.

- Ma plaisanterie n’en était en fait pas une, mais j’ai préféré vous laisser dans votre certitude que cela n’était qu’une boutade. Je n’étais pas à l’aise, car l’un de ces hommes était bien dans cette pièce, à portée de regard. Seulement, je suis liée à lui d’une certaine manière, et j’en sais assez sur lui pour savoir que si l’on marche sur ses plates-bandes, il faut s’attendre à un revers de manche. Alors, avant de vous donner plus de détails, j’aimerais avoir quelques assurances. J’aimerais savoir pourquoi vous recherchez des hommes tatoués de la sorte ; un minimum de détails, sans pour autant m’expliquer toute l’affaire si vous ne le souhaitez pas. De plus, je ne veux pas que mon nom soit cité dans l’obtention de l’information, ni mon activité, ni rien à mon sujet, si vous devez en rendre compte à quelqu’un. Enfin, un certain dédommagement ne serait pas de refus, pour tout avouer, car ce n’est pas sans crainte que je dénonce cet homme.
Pour Erwan, j'ai supposé qu'il était seul (et présent au manoir, bien évidemment). Si jamais il était occupé, ou en compagnie de quelqu'un d'autre, j'attends donc de pouvoir me retrouver seule avec lui avant de lui dire tout cela. Et si jamais il s'avère finalement absent, j'éditerai, mais j'ai voulu avancer un petit peu, donc voilà :P
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • S’il fallait revenir sur une chose, la veille, c’était bien sur la question qu’avait posé Irène à propos du fil de Karsten, et plus encore sur la réponse de ce dernier. Il s’était tourné vers le tableau, visage grave, amer.
    «Mon fils ? Oui, je gage que j’en ai eu un, un jour. »

    Il ne souhaita pas s’attarder sur cette interrogation, et continua dans ce qui devait constituer le restant de la soirée.


    ***

    Au petit matin, tous deux émergèrent des brumes vaporeuses du sommeil, les yeux encore lourds, mais bien reposés. Apparemment, la nuit avait été galvanisante, car, à peine la catin était-elle en train de s’étirer que le noble, après avoir posé les yeux sur elle, fut pris d’une soudaine envie. Ce qui s’était déroulé la veille dans ce lit se déroula une fois de plus au petit matin, dans des jeux, toutefois, qui se révélèrent bien plus courts et rapides. Par la suite, ils s’habillèrent et, lorsque la jeune femme demanda si elle pouvait conserver la robe, ne serait-ce que sur le trajet du retour, elle obtint sa réponse.

    «Fais donc, fais donc, je n’y vois pas d’inconvénient. Ah, c’est que je serai bien venu te la reprendre moi-même ! Mais, hélas, les obligations avant tout. »

    Finissant de lasser ses chausses et d’enfiler une tunique, il continua.

    « Arharharh. Et j’espère que madame gardera tout autant un bon souvenir des services offerts par la maison von Drash ! Non pas que j’ai coutume de me prostituer, bien entendu. »

    Une façon d’éluder la question, ou une simple plaisanterie qui découlait d’une bonne humeur, laquelle pouvait effectivement laisser à penser que les services proposés avaient été à la hauteur de l’expectative ?
    Quoi qu’il en fût, si, dans certaines maisonnées, l’on pouvait difficilement concevoir la présence d’une catin passée une certaine heure matinale, la trouvant déplacée, immorale, et la congédiant par ce simple fait, dans ce manoir même, où elle se trouvait actuellement, l’on fit peu de cas de la question, et Irène fut invitée, si elle le désirait, à se sustenter quelque peu avant de repartir aux Plaisirs Terrestres de Désèle. Karsten, quant à lui, ne la suivit pas, se penchant sur son bureau, dans quelques affaires qui ne concernaient pas la catin.

    Mais cette dernière avait une idée en tête. Errant dans les couloirs, où demandant simplement à la cuisinière qui lui donna de quoi manger en cette heure qui approchait de l’après-midi, l’on indiqua à Irène la chambrée de messire d’Ablaÿ. Celle-ci se trouvait non loin de l’entrée, pas loin de ce vestibule où elle avait rencontré les trois gredins qui l’avaient reluquée. Après qu’elle eut toqué à la porte, la voix d’Erwan l’informa qu’elle pouvait rentrer.

    Aussi frais qu’à son habitude, le jeune homme l’était effectivement, et peut-être même plus encore ; il venait tout juste de sortir d’une grande cuve remplie d’eau, et s’exhibait à présent en royal peignoir, venant, apparemment, de venir de se raser. La décence eût souhaité que l’homme ne s’affichât pas dans une telle vêture, qui, par ailleurs, aurait pu être davantage fermée au-dessus de sa taille, mais Irène se trouvait bel et bien dans la maisonnée des Karsten. Ou s’agissait-il simplement du naturel du maître d’arme si « dégourdi » à la rapière, lequel aimait à s’affranchir de toutes ces convenances ?

    «Très agréable, oui ; j’ai eu tout le loisir d’observer le lustre que vous voyez-là osciller d’un côté comme de l’autre, en fonction des divers coups de bassin donnés. Et je crois bien avoir touuut entendu, à croire que, si la maison semble bien bâtie, les murs comme le plafond sont faits d’un crépis tout à fait ridicule. »

    Grand sourire, comme toujours. Il s’approcha de la jeune femme.

    «Et vous, de votre côté ? Joueur, il s’empara délicatement du menton d’Irène, le soulevant légèrement pour observer son cou. Pas de suçon apparent, et… » Plus encore, il glissa quelques doigts dans le corsage de la jeune femme, à l’image de Karsten, pour le faire béer afin d’y jeter un coup d’œil. Peut-être même que sa main s’enfonça plus que nécessaire, si l’on pouvait véritablement parler de nécessaire, au sein du sillon que formaient les formes d’Irène, effleurant sa peau.

    « … Et là non plus. Mmmh… Oubliez, j’ai sûrement dû rêver tout ce que j’ai cru entendre. Ce n’est pas le Karsten que je connais là, » termina-t-il dans une petite grimace foncièrement exagérée et jouée.

    Par la suite, un sujet ô combien plus important fut discuté, et l’expression d’Erwan s’embellit de tout le sérieux du monde.

    «Oui, je m’en souviens très bien. »

    Il écouta très attentivement les conditions de la jeune femme, et son regard se plissa, songeur, face à tout ce qu’elle pouvait révéler. Il pesa le pour et le contre, pourpensa quelque temps sur ce qu’il allait répondre, avant de le faire pour de bon.

    « C’est entendu. Votre nom ne sera pas cité. Cela n’est aucunement nécessaire vu que nous ne comptons, de toute façon, pas monter de procès, ou quoi que ce soit, pour le moment. Si nous recherchons de telles personnes, c’est parce que nous savons qu’elles sont liées à quelque trafic exécrable, incluant, parfois, de la chair humaine obtenue… Totalement au hasard, de la manière la plus interlope qui soit. Disons que, pour Karsten, réussir à mettre en branle un tel marché pourrait le propulser directement vers l’Altestadt, et lui faire franchir ce fameux mur intérieur qui sépare la plèbe des plus hautes sphères mondaines. Quant à un certain dédommagement, je gage que cela devrait être possible. Qu’attendez-vous, véritablement ? »

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

La voix d’Erwan avait retenti à travers la porte, m’autorisant l’entrée. Et, le voyant debout, enveloppé dans un grand peignoir, sortant du bain, tout beau tout lisse, j’eus un pas d’arrêt curieux. Avait-il pour habitude de recevoir ainsi accoutré ? Il n’avait eu aucun moyen de savoir que c’était moi, ce qui supposait qu’il aurait ouvert à n’importe qui en pareille tenue. Certes, il était chez lui, après tout…
Mon regard se posa sans pudeur aucune sur la peau de son torse qui dépassait d’entre les pans ; il s’affichait ainsi, je n’avais donc aucun scrupule à apprécier la marchandise. Quant à son humeur, elle s’avéra fort bonne, et toujours aussi amusante.

- Vous me faites marcher. Les lieux ne sont tout de même pas assez vétustes pour entendre de pareils échos jusqu’à l’étage inférieur, quand bien même votre chambre se trouverait-elle juste en-dessous, mmh… ? Si tel est vraiment le cas, néanmoins, que vous ayez tout de même passé une nuit agréable malgré toutes ces nuisances sonores en dit long sur votre… état. Nul besoin de m’excuser, donc, déclarai-je avec mon plus grand sourire railleur.

Là, il vint ausculter la surface de ma peau, guettant d’éventuelles marques bleutées caractéristiques. Son approche apporta avec lui les effluves parfumés de son bain récent, et je n’eus aucun mouvement de recul, bien qu’un de mes sourcils se levât suite à ses doigts qui écartèrent mon corset.

- Ma nuit a été agréable, je ne le nierais pas. Pas de lustre qui oscillait, pas de bruit impromptu. Petit clin d’œil de circonstance. Mais vous semblez connaître beaucoup les habitudes de votre supérieur en la matière, notai-je avec une petite note particulière. Est-il assez indiscret pour vous décrire tous ses ébats, ou avez-vous l’habitude de passer derrière "manger dans la gamelle" pour remarquer certains détails ?

J’avais repris sciemment les propos des trois malotrus de la nuit, lorsqu’ils m’avaient vue en compagnie du blondinet, arborant le même sourire destiné à le houspiller. Ne me retenant pas non plus là où il ne s’interdisait rien, tout contre lui, je jouai doucement avec la ceinture de son peignoir, tirant tranquillement dessus, mes fantasmes allant jusqu’à l’imaginer nu suite à la chute du tissu sur le sol. Mais j’arrêtai mon geste au dernier moment, à l’instant où il n’aurait fallu qu’une pression supplémentaire pour que le nœud ne cède et que les deux pans du peignoir ne s’écartent définitivement. J’étais venue ici pour une raison, en premier lieu, et elle n’était pas très joyeuse. M’écartant donc de lui, je m’installai sur un fauteuil de la pièce, reprenant mon sérieux, malgré le fait que mon interlocuteur ne soit pas vraiment vêtu pour un sujet important. Sa vêture ne semblait en rien le gêner, néanmoins, et il me répondit avec tout le sérieux qu’il possédait suite à l’explication des raisons de ma visite.

- Je vois, commentai-je distraitement à l’entente des raisons d’une telle recherche à propos d'hommes tatoués.

Les rumeurs d’un trafic d’esclaves était venu aux oreilles de Karsten, et la maison cherchait donc à percer à jour les malfrats. L’évocation de trafic de chair humaine me laissa silencieuse quelques secondes, et mon regard se voila un instant alors que les souvenirs encore frais de ces égouts puants me revenaient à l’esprit. Oui, j’avais bien vu une porte ouverte sur un couloir qui menait à de nombreuses cellules où beaucoup d’hommes et de femmes étaient enfermés. Cela avait été rapide, et j’avais été extrêmement perturbée par la mort de Loredo et la poigne de Marwen sur mes cheveux, mais j’avais bien eu la vision de captifs pas forcément en bonne santé.

- A propos du dédommagement, eh bien, une somme d’argent me suffira, j’imagine. Je ne vois pas ce que vous pourriez m’apporter de plus actuellement. N’est pas encore venu le temps où je pourrai m’affranchir des Plaisirs Terrestres. J’eus un sourire navré et lucide concernant ma situation. Je suppose néanmoins que vous êtes motivés pour cette affaire. Je pense qu’il en faudra, de la motivation, ainsi que beaucoup de prudence.

Un certain silence passa, à nouveau. Je pesais encore le pour ou le contre, même s’il serait stupide de me raviser à un tel instant.

- Soit. Je ne sais pas grand-chose sur cet homme, à vrai dire. Je ne le connais que depuis très récemment, en plus. Il faisait partie de l’un de nos fournisseurs pour la soirée organisée par messire von Drash lui-même, et j’ai eu l’occasion de le rencontrer. Son tatouage se trouve… juste au-dessus de l’aine. Je passai très vite sur ce détail, ne souhaitant pas préciser comme j’avais pu le voir, car bien qu’étant catin, les circonstances n’étaient réellement pas à mon avantage, cette fois-ci. J’ignore pourquoi il se trouvait à la soirée hier ; s’il faisait partie des invités de votre supérieur, ou si Désèle a accepté sa présence du fait qu’il soit un partenaire commercial important. En tous les cas, d’après ce qu’on m’a dit, il se prénomme Marwen l’Esbigneur, et c’est celui-là même qui a conversé longuement avec messire von Niebitz hier soir. Des yeux gris, une cicatrice qui traverse l’œil gauche et un coin de sa bouche. Je ne sais pas si vous voyez.

Je fis une pause, observant la réaction d’Erwan au sein de ses prunelles.

- Je crains de vous avoir dit tout ce que je sais. Il possède un repère dans les égouts de la ville, aussi, mais je serais bien incapable de vous en désigner le chemin. Tout au plus une estimation grossière de la zone où cela pourrait se trouver. Mais, vraiment… n’y allez pas, ajoutai-je, un pli entre les sourcils. Surtout après avoir vu votre dextérité à la rapière.
Petite touche d’humour pour tenter de relever ce sujet désormais bien sérieux, mais mes dernières paroles sonnèrent comme un avertissement à la fois sincère et soucieux. S’il y avait bien une personne dont je ne souhaitais pas qu’elle devienne la victime de ce malfrat puant, c’était bien Erwan d’Ablaÿ.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 29 juil. 2015, 14:39, modifié 1 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Un énième petit jeu de répartie et de sensualité venait de se lancer entre ces deux-là.

    «Ma fois, j’en sais pas mal, effectivement. Nous sommes très confidents, et, parfois, pas très égoïstes l’un vis-à-vis de l’autre. Quelle situation préféreriez-vous ? »

    Petit sourire entendu, qui ne s’agrandit que plus encore lorsqu’Irène s’attarda du côté de la ceinture qui liait les deux pans de son peignoir. Elle tira dessus, lentement, avec cette langueur que seuls les amants connaissaient bien, s’arrêtant juste à temps. Erwan ne put s’empêcher d’ironiser la chose, par la suite.

    « Vous n’êtes pas venue pour ma jolie bouille, mmh… ? Je vous crois plus que jamais. »

    Peu après, en revanche, les choses prirent un tournant autrement plus sérieux. Le jeune homme observa les réactions d’Irène à mesure qu’il lui dévoilait les raisons pour lesquelles il se mettait en traque du malfrat. Son silence en disait long, et, effectivement se rétracter à un tel moment n’aurait mené à rien. La question du dédommagement, pour le moment, restait suspendue.

    «Soit. Et a combien estimez-vous ledit dédommagement ? »

    Vinrent alors la description de l’homme, faits révélés par la catin. Si Erwan avait pu faire le moindre commentaire à propos de la localisation du tatouage et des connaissances d’Irène en la matière, celui-ci s’abstint d’en faire, pour une fois. En vérité, il était facile d’imaginer les circonstances de la découverte. Lorsqu’il apprit que le malfrat se trouvait à la soirée, non loin d’eux, il en parut très étonné.

    «Un noble ferait-il partie de cette organisation clandestine ? C’est plus grave que ce que l’on pensait de prime abord… Voilà qui risque de nous mettre des bâtons dans les roues. Juger un clandestin, un voleur ou truand est chose aisée, mais un sang-bleu… Il soupira, l’air songeur, avant de reprendre. Comment avez-vous dit ? Marwen l’Esbigneur ? Un nom qui n’est assurément pas noble, c’est certain, et je ne connais aucun mondain portant une telle appellation. Ainsi, je ne vois pas comment il aurait pu être invité à la soirée ; nous nous sommes nous-mêmes occupés des invitations. Il a dû rentrer avec une falsification… Et, pour ce faire, il lui en fallait une vraie. On l’aura aidé. »

    Distraitement, il referma les pans de son peignoir sans même y penser.

    «Ce qui me gêne le plus, dans cette histoire, c’est la mention de von Niebitz. S’il s’avère qu’il fomente en sa compagnie… Petit rire nerveux. Karsten n’en sera que trop heureux de l’apprendre. Cela dit, Alfred est un noble aussi influent que Karsten ; le faire tomber sera bien difficile ; il faudrait des preuves, et ce d’autant plus que l’inimitié entre ces deux personnages est connue de tous. Bon, nous voilà dans une impasse, pour le moment. Mais je crois que votre signalement me dit quelque chose. »

    Il releva les yeux vers Irène, avec un brin d’ironie.

    «Mademoiselle s’inquièterait-elle pour moi ? Hélas, je me dois de pourfendre son petit cœur de la pointe acérée et ô combien douloureuse de la vérité ; si je dois y aller, j’irai, dussè-je succomber face au malfrat l’Esbigneur…
    »

    Cela lui donna comme une idée.

    « Mais, ma dame, permettez si jamais je me meurs
    Que, du fond de mon cercueil, j’emporte avec moi
    Non pas la souvenance de votre désarroi
    Mais la remembrance de vos seins envouteurs.
    »

    Il venait, à tout hasard, de réciter quelques vers de la dernière tragédie que l’on jouait dans les théâtres de Nuln et qui remportait un franc succès. En fait, cela l’amusait beaucoup. En fait, il partit même dans une franche rigolade. A la grande déception d’Irène, il était malheureux de constater qu’il avait, il n’y avait de cela pas un instant, resserré sans le remarquer les pans de son peignoir, lesquels étaient de nouveau mis à rude épreuve. Un indécrottable plaisantin, même lorsque l’on parlait d’un non-retour.

    «Mmh.. Je vous serai tout de même gré, afin d’assurer mes chances de survie –sait-on jamais-, de me spécifier ce que vous savez à propos de ce repère. Vous semblez y être allée. QU’avez-vous vu, combien sont-ils ? »

Les rimes à deux balles, je crois que je ne m'en lasserai jamais. #Cyrielle. :mrgreen:

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

J’eus une petite moue désapprobatrice jouée.

- Je vois. Très confidents, et vous vous partagez parfois même vos femmes... Quel dommage, moi qui imaginais déjà le maître d’arme de la maison piquer en secret les femmes de son supérieur, ayant l’audace de fricoter avec les conquêtes de ce dernier sans son accord. Des relations interdites au gré des alcôves, des regards discrets échangés dans les couloirs, des mains baladeuses lorsque messire Karsten a le dos tourné… J’étais toujours en train de tirer sur la ceinture alors que ces paroles sortaient de ma bouche. Mais non, il faut croire que vous vivez moins dangereusement, terminai-je avec le même sourire qui nous animait toujours lorsque nous conversions tous les deux.

Plus tard, le badinage était terminé, et nous étions tous deux très sérieux, dans une ambiance quelque peu figée dans sa chambre.

- Je vous retourne la question, répondis-je à propos du sujet du dédommagement. A combien estimez-vous l’importance d’une telle information ? Honnêtement. Je plantai mon regard dans le sien. Je n’ai pas envie de marchander avec vous, ainsi, je prendrai ce que vous me donnerez, quand bien même vous vous montreriez pingre.

J’avais retrouvé tout mon sérieux à cet instant. Je ne voulais pas avoir l’audace de marchander avec lui, ni d’imposer un prix arbitraire. Je voulais savoir s’il était prêt à me payer selon ce que je considérais comme une somme proportionnelle à l’information donnée, ou s’il chercherait le meilleur moyen de m’arnaquer. Les affaires étaient aussi un bon aperçu du caractère d’un homme. Je ne comptais donc pas marchander avec lui, ni hausser le ton s’il me sous-payait. Je constaterais juste.

- Je me suis posé la même question, à vrai dire. Je ne sais pas s’il est noble et s’il utilise un pseudonyme pour ses autres activités clandestines, ou s’il a réussi à s’inviter autrement, par une falsification, comme vous le dîtes. Il faudrait pouvoir se renseigner sous quel nom il s’est présenté hier soir. Je n’en sais pas plus à ce sujet. Après réflexion, il faudrait peut-être que je demande à Désèle si sa présence était normale… Je me grattai l’arrière de la tête, l’air songeur. Que cet homme puisse pénétrer sans aucun souci dans mon lieu de travail ne me rassurait en rien. J’avais l’impression de n’être en sécurité nulle part, et qu’il pouvait me tomber dessus partout. Peut-être devriez-vous vous entretenir avec la matrone à ce sujet, d’ailleurs. Il est possible qu’elle sache plus de choses que moi, je ne suis qu’un entremetteur pour les commandes du bordel après tout.

Je ne notai pas le lien entre Désèle et Marwen ; son ancienne noblesse, son recueil par le malfrat. Cela ne le regardait pas vraiment, mais avec cela, je savais donc que Désèle possédait sûrement plus de détails que moi concernant les affaires du brigand, si elle avait vécu avec lui pendant quelques temps.

- Concernant Alfred, je ne sais pas. Cet homme, Marwen, vend beaucoup de marchandises diverses, et peut-être le noble ne commande-t-il que des produits courants, sans se douter que son fournisseur trempe dans d’autres activités. Qu’est-ce que cela apporterait à un noble de marchander avec un esclavagiste ? Le marché humain apporte possiblement beaucoup d’argent, mais les nobles ne sont pas réputés pour en manquer. Je haussai les épaules. En tous les cas, je ne doute pas que les affaires du contrebandier sont toutes illégales. Même les bijoux qu’il vend doivent sûrement être des biens volés. Je ne suis pas sûre que tous ses acheteurs le sachent.

La suite des paroles d’Erwan, et son petit poème inattendu, me plongea dans un grand rire incrédule, et je tins la plaisanterie jusqu'à lui répondre.

« Ah, monseigneur me lance une pique en plein cœur,
A ainsi déjà parler de malheur.
Dois-je donc cacher à sa vue mes vertus,
Si, sans les avoir aperçues,
Il serait mieux enclin à repousser sa fin ? »


Puis je repris mon sérieux, cessant là la répartie pleine d’humour. Je n’étais pas sûre que c’étaient là les vers exacts, mais je connaissais un peu cette pièce, pour avoir entendu beaucoup de clients en réciter quelques passages.

- Oui, j’y suis allée ; mais j’ai été guidée, je serais incapable de retrouver le chemin par moi-même, déclarai-je par la suite, redevenue très calme et sérieuse. Je me massai le cou, à l’endroit de mes bleus quelque peu estompés. Je n’en garde pas un très bon souvenir, et je réitère mes propos. Vous ne devez pas y aller, non. Ils tuent quiconque dont la présence n’est pas prévue. Et, à ce que j’ai vu, ils sont bien trop nombreux pour que vous puissiez vous lancer dans une exploration, tout seul. Je ne sais pas combien ils sont exactement, je n’ai pas visité toutes les pièces. Une vingtaine, une trentaine ? Peut-être même plus. C’est une vraie fourmilière là-dessous, un vrai réseau avec beaucoup d’hommes, et ils sont armés. Le fameux Marwen constitue le chef de la bande. Ce repère-là, si vous voulez le démanteler, il faut amener toute une garnison armée pour faire une arrestation surprise, à mon avis. Y aller seul, quand bien même vous vous débrouillez bien, c’est du suicide, et mon inquiétude n’est pas exagérée, je vous assure. Quant au reste… J’ai vu beaucoup de marchandises ; des animaux, des vêtements, des bijoux, des armes, des objets en tout genre, un vrai marché. Et j’ai pu entrapercevoir des hommes et femmes captifs, il est vrai.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 29 juil. 2015, 19:43, modifié 1 fois.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • «Très bien. »

    Erwan réfléchit quelque peu, évaluant les tenants et aboutissants de toute cette histoire, et la valeur de la rétribution qui concernait Irène.

    «Je gage que vous ne recevez pas forcément grand-chose de vos clients coutumiers, à la maison close. Quelques pistoles, tout au plus ? Cela vous permet toutefois de vivre, et de vous constituer un petit pactole. Je gage aussi que vous avez dû gagner bien davantage en compagnie de Karsten, lequel vous a louée pour ses services. A combien s’élève cette somme s’élève-t-elle ? Je vous en donne le double, ce qui devrait être, je le crois, fort confortable vis-à-vis de ce que vous gagnez d’ordinaire. »

    Il écouta par la suite les hypothèses de la catin quant à l’identité volée de l’Esbigneur.
    « Désèle pourrait effectivement connaître la réponse à notre question, effectivement. Bien, je suivrai votre conseil, et irait m’entretenir avec elle. »

    Pour la suite, laquelle concernait Marwen et ses produits volés, il n’avait rien d’autre à ajouter. Il agréait aux propos tenus par la jeune femme.

    Il éclata de rire, de nouveau, lorsqu’Irène lui rétorqua la suite des vers de la pièce.
    «Tiens donc, sommes-nous donc friands de théâtre, aux Plaisirs Terrestres de Désèle ? Certains clients auraient-ils comme fantasme cette fameuse scène où la gente et jeune damoiselle se donne, pour la première et dernière fois, à son beau chevalier, jusqu’avant que celui-ci ne parte affronter son rival qui le tuera dans une odieuse embuscade ? »

    Il écouta tout autant le rapport de la catin sur le repère de l’Esbigneur. Hochant la tête de-ci de-là au gré de son récit, il ne fit pas de commentaire tant qu’elle n’eut pas terminé.

    «Je ne comptais pas véritablement y aller seul, à vrai dire, si cela peut rassurer votre petit cœur inquiet. Non, comme vous le dîtes, je pensais plutôt m’y aventurer –si je devais vraiment me rendre dans pareil endroit- en compagnie de quelques hommes d’armes, afin d’investir les lieux et de le purger de tous ces malfrats. Et puis, esseulé, je n’aurais pas assez de bras pour rapporter tout ce que ces salles contiennent, d’après vos paroles, et encore moins, si fait, vous en rapporter quelques bijoux. Clin d’œil de circonstance, lui aussi. De toute façon, nous ne savons pas om se trouve cette cache, hélas. Cela attendra, je gage. »

    Vlam !

    La porte s’ouvrit à la volée, en grand, dans le dos d’Irène, sans que personne n’eût prévenu. Le courant d’air généré par le battant s’engouffra quelque peu sous le peignoir du jeune homme, faisant voler un pan, desserrant sa ceinture, qu’il rattrapa in extremis avant la grande ouverture finale, mouvement que ne rata sûrement pas Irène.
    Une demi-seconde plus tard, Karsten apparut.

    «Erwan ? Son regard s’arrêta sur son maître d’arme, lequel se tenait la ceinture et les pans de son peignoir, lesquels semblaient avoir été un peu trop ouvert, puis sur Irène, qui se tenait juste devant lui. La situation était des plus confondantes.

    «…Mmh, ouais, je peux savoir ce que vous faîtes ? »

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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

- Karsten aura déboursé quinze couronnes au total, hier soir. Effectivement, c’est largement plus que ce que je gagne à l’accoutumée ; et je remercie grandement la maison von Drash à ce sujet. Et… merci pour votre offre.

Je restai silencieuse quelques instants, quelque peu éberluée face à l’annonce d’Erwan, même si je ne montrai rien. Il s’engageait à m’offrir le double pour les informations ? Trente couronnes ? C’était une somme que je n’avais jamais, ô grand jamais, touchée jusqu’à présent. C’était énorme ; et, en remerciement, je ne lésinai donc pas sur les détails concernant cette affaire. Je n’omis rien, si ce n’était le passage de l’agression du malfrat envers ma personne. Cela ne lui apporterait pas rien. Je me rendis compte néanmoins à quel point le marché des informations pouvait être lucratif ; surtout chez les sang-bleus. Combien gagnaient donc les espions mondains ?

- Bon courage, en tout cas. Désèle peut s’avérer parfois être un vrai dragon, ajoutai-je, non sans une certaine amertume.

Quant à la pièce de théâtre et ses vers, elle nous amusa tous deux.

- Oh, oui ; une pièce dont on parle dans toute la ville, l’on en entend forcément parler aux Plaisirs Terrestres. Certains, un peu trop imbibés, s’amusent parfois à parodier les différentes scènes dans la salle principale. Pas uniquement les scènes intimes, comme se le plait à croire monsieur, ajoutai-je avec un petit sourire. Quant au reste… repris-je avec un petit froncement de sourcils, je ne suis pas sûre que « quelques hommes d’armes » suffiraient. Je vous l’ai dit, ils sont au moins une vingtaine. Mais je pense vous connaître assez, désormais, pour savoir que vous ne joueriez pas aux têtes brûlées dans de pareilles circonstances. Alors, je ne vais pas m’étendre plus que nécessaire sur le su…

Soudainement, la porte s’ouvrit avec grand fracas, nous surprenant tous les deux. Un courant d’air tgcm passa dans la pièce, perturbant quelque peu la vêture du blondinet, qui referma par réflexe ses doigts sur son peignoir et sa ceinture, dans un geste qui porta grandement à confusion. Car, du point de vue du nouvel arrivant, Karsten lui-même – que je vis en tournant la tête –, nul doute que cela donnait l’impression d’une vêture refermée à la va-vite après que la femme présente à ses côtés lui ait accordé quelques attentions. Bref, tout portait à croire qu’il venait là d’interrompre quelque chose. C’était techniquement le cas, mais pas vraiment ce à quoi le sang-bleu pouvait présentement penser, au vu de la question qu’il nous posa. Cet homme était-il en train de pousser sa possessivité jusqu’à mal apprécier que sa dernière catin puisse batifoler avec un autre ? C’était ma foi un comportement étrange, sachant les activités que je reprendrais, aussitôt revenue au bordel. Mais il m’avait expressément interdit de servir un autre homme durant ma location cette nuit ; et me voir – en apparence – séduire un autre homme alors que je n’avais pas même encore quitté son manoir n’était pas réellement à mon avantage, et je me surpris à vouloir m’assurer qu’il était en train de se fourvoyer lourdement.

- J’étais en train de m’entretenir avec messire d’Ablaÿ au sujet de quelque chose qui vous intéressera sûrement, monseigneur. Mais j’aimerais autant que le sujet ne soit pas abordé maintenant que la porte est ouverte, si vous le voulez bien ; je tiens à conserver un certain anonymat, comme il vous l’expliquera.

Je baissai la tête dans ce qui se voulait être un salut poli et une excuse, espérant qu’il ne prenne pas mal mon refus de répondre expressément. En tous les cas, moi qui voulais qu’Erwan seul connaisse mon identité, et ne cite pas même mon nom à son supérieur, c’était raté, pour le coup. J’espérais bien en tout cas que cette bévue ne s’étendrait pas à d’autres personnes ; il n’y avait pas plus bavard que les domestiques.

- Il vaudrait mieux dresser votre maître d’arme, en tous les cas. C’est la première fois de toute ma vie que l’on me reçoit en peignoir. Est-il toujours comme ça ?

Je retins un rire moqueur envers le concerné, agissant de façon à détendre l’atmosphère. Par la suite, j’attendis qu’Erwan me fournisse la somme promise, et saluai les deux hommes.

- Messieurs, je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Merci à vous deux, car j’ai passé une très agréable soirée à vos côtés. Je repasserai certainement dans la semaine… pour la robe, précisai-je, non sans me retenir de zieuter du côté d’Erwan.

Avais-je fait exprès de demander à garder la robe, juste pour avoir l’occasion de repasser une nouvelle fois ? Qui sait.
***

Je rentrai tranquillement à la maison close, profitant de ce début d’après-midi. Les épaules laissées dénudées par mon bustier, j’attirai quelques regards, mais les rumeurs de la soirée aux Plaisirs Terrestres avait dû s’étendre, et je supposai que l’on ne s’étonna pas qu’il restât quelques personnes encore vêtues joliment dans les alentours. Une fois arrivée au bordel, la première chose que je fis fut d’aller m’enquérir de Désèle, ignorant les regards curieux que l’on me lança.

- Bonjour Désèle, annonçai-je doucement après avoir frappé à la porte de son bureau.

Je lui devais quelques transactions.

- Monsieur Karsten vous a déjà fourni votre part à propos du supplément pour la nuit au manoir, mais je n’avais pas encore eu l’occasion de vous donner ce que j’avais gagné un peu plus tôt au cours de la soirée. Il m’avait déjà fourni dix couronnes ; ainsi…

Je déposai la moitié, cinq couronnes, sur son bureau.

- Et puisque je vous dois des dédommagements pour la Poussière d’Etoile… Je rajoutai les cinq couronnes restantes, ainsi que les deux couronnes et cinq pistoles que j’avais reçues pour la nuit au manoir. Ainsi, il ne me resterait que deux couronnes et cinq pistoles à lui fournir pour être exempte de tout remboursement. Finalement, je n’avais rien gagné à titre personnel, cette nuit. Si l’on mettait de côté, bien évidemment, le supplément d’Erwan concernant mes informations. Mais, ça, c’était personnel, et je ne comptais pas le lui préciser. Ces couronnes m’appartenaient ; et je prendrais le temps de la rembourser plus tard. Voilà. Les quelques couronnes qui manquent, j’espère être rapide pour vous les rembourser. Je pense que messire von Drash est globalement satisfait, en tous les cas… Peut-être serait-il possible qu’il repasse de temps à autre, si ses obligations nobliales ne le prennent pas trop.

Je conversai avec elle autant que cela fut nécessaire, et, par la suite, après avoir rangé précieusement mon argent donné par Erwan dans ma chambre, je redescendis dans la grande salle pour prendre un peu la température. M’étant préparée chez Karsten, j’étais déjà toute pimpante. Quelques catins se détendaient sur les canapés, en cette journée de repos qui suivait toujours les locations. L’établissement avait été nettoyé déjà, le temps de mon retour, et l'ambiance était au repos, le temps que la maison close ne rouvre ses portes pour la soirée. Je repérai Eva dans un coin, et m’empressai d’aller la voir. Je lui contai ma soirée et ma nuit : les boutades échangées avec Erwan, la description de Karsten – non sans parler ouvertement de manière à ce que touutes les jalouses ici présentes entendent touut ce que je racontais à propos du noble, dans une volonté purement mesquine. En omettant tout ce qui concernait Marwen et les tatouages de serpent, bien évidemment. Et je restai là, demandant à Eva comment cela s’était déroulé, de son côté.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 30 juil. 2015, 17:39, modifié 2 fois.
Raison : 6 xp / 62 xp - 50xp (+2 CHA) = 12 xp. -10 co pour Désèle, + 30 co pour toi.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • La porte venait de s’ouvrir sur un Karsten qui s’embarqua dans un étrange quiproquo situationnel. Aussi intéressé que curieux, son regard oscillant entre Erwan et Irène, il écouta les explications de cette dernière. Lorsqu’elle décida que l’entretien était terminé, et qu’elle affirma qu’elle désirait quitter les lieux, non sans insister sur un certain mot vis-à-vis du maître d’arme, le noble eut un petit sourire en coin.

    «Je vois. Sacré Erwan. Mais je suis certain que cela est déjà fait, notamment grâce à ton intervention, non pas, Irène ? Arharharh. Petit coup d’œil perfide lancé en direction de son garde du corps. Non, pas toujours comme ça. En fait, pour certaines personnes, surtout la gent féminine, en fait, il peut aussi être carrément à poil. » Lorsqu’il s’avisa de l’air déconfit du jeune homme, lequel souhaita commenter l’intervention sans pour autant trouver ses mots, Karsten éclata de rire.

    « Bien, bien. J’ai donc hâte d’écouter tout cela… mmh, bonne journée à toi également. Et n’oublie pas la robe, oui. »

    Ce fut une catin somme toute plutôt confuse qui s’esbigna alors de la chambre d’Erwan, après avoir empoché trente couronnes d’or, s’en allant retrouver sa chère maison close qui lui avait sûrement manqué.


    ***



    De retour aux Plaisirs Terrestres, Irène se faufila facilement dans la grande salle, sentant parfois sur ses épaules le poids de quelques regards intrigués. Directement, la catin s’en alla frapper à la porte de Désèle, laquelle lui ordonna d’entrer.

    «Ah, te voilà de retour, Irène. J’espère que ta soirée en aparté s’est bien déroulée, et que messire von Drash s’est montré satisfait de tes services. »

    La matrone récupéra les couronnes que lui tendit la fille de joie.

    «Merci d’y avoir pensé. Je ne me fais pas de souci pour le prochain remboursement. Quant à la suite, tu l’auras déjà remarqué, les Plaisirs Terrestres récupèrent de la veille, en sus du fait que certains verraient d’un mauvais œil, je gage, que l’on se voue au stupre et la luxure dès le lendemain d’un décès, dans le même établissement. Elle pinça les lèvres à l’évocation de ce souvenirs. Ainsi, j’en ai également profité pour faire venir les shalléennes, afin qu’elles emportent Ambre au sein de leur temple. L’établissement sera donc fermé pour le restant de la journée. »

    Une fois sortie du bureau de Désèle, Irène trouva une Evaë toute fraîche et resplendissante. Elle sembla fort heureuse de revoir Irène.

    «Aah, voilà la plus belle, qui, en plus de se taper pour de bon un noble, se voit carrément invitée cher lui ! Alors, raconte ! »

    Et Irène lui raconta donc ce qu’elle voulait bien lui révéler, et, à mesure qu’elle expliquait ce qu’il s’était passé, en même temps qu’elle haussait la voix, de façon à bien se faire entendre et à jouer les pimpantes, quelques autres catins tendirent l’oreille, et se rapprochèrent plus ou moins en catimini. D’autres encore, vinrent jusqu’à former un petit cercle, se joignant à la discussion. Et ça paillait dans tous les sens.

    «Il est comment, Karsten ?
    - C’est quoi, le fantasme d’un noble ?
    - Tu as vu Erwan ? C’est bien son agent, non ?
    - Erwan ? Oooow, il est trow bô ! *w*
    - Tellement, je pense que je ne le ferai même pas payer, lui. Tout gratuit !
    - Il t’a payée, lui aussi ?
    - Vous avez fait des trucs à trois ?
    - C’est un noble, il est forcément égoïste et garde tout pour lui, crois-tu !
    - C’est comment, chez Karsten ?
    - Sûrement grand, bien agencé, et plein de meubles, j’imagine.
    »


    Ce fut à Evaë raconter la façon dont s’était déroulée la suite de la soirée, lorsqu’Irène venait de partir.

    «Nous, l’ambiance a été quand même pas mal plombée après la mort du gros bourgeois. Ça a mis un peu de temps à s’en remettre, mais les gens ont tout de même continué à faire la fête, à boire, et à nous payer pour coucher. Alors, imagine un peu quand les prêtres de Morr sont arrivés, tout austères et tout, avec leurs grandes robes noires toutes simples !
    - C’était tellement macabre, comme procession, avec leur cercueil qu’ils ont ramené ici, à l’intérieur !
    - Bha, ça n’a pas empêché quelques-uns de continuer, clairement, devant eux et tout !
    - Vous savez ce qu’a dit Isis à un prêtre ? Elle lui a demandé si ça l’intéressait pas de passer la soirée en meilleure compagnie qu’avec celle d’un mort. Mais bon, elle était totalement ivre.
    - Noon, elle a pas fait ça ?
    - Siiii ! Et vous savez ce que le prêtre lui a dit ? « Ma fille, avec vous, et un corps comme le vôtre, je n’aurais même plus de travail ; de quoi faire bander les morts et les réveiller. Une autre fois, peut-être ? » Et il lui a fait un clin d’œil.
    - Nooon, d’où les Corbeaux peuvent… Sont… Enfin, voilà, quoi !
    - Bha, avec leur métier, faut bien qu’ils savent s’amuser aussi, quand même
    , reprit Evaë, avant de continuer. Je n’ai pas vu tout ça, moi. J’étais avec un noble, un certain von Schiller, je crois. Bref, on était un peu ailleurs. Et regarde ce qu’il m’a donné ! »

    Elle montra à Irène une belle bague en argent finement ciselée dans son contour, faîtée d’une belle améthyste. Evaë en était toute fière, et l’exhibait, alors même que l’objet entourait déjà l’un de des doigts.

    « Quoi, von Schiller ? Moi, il ne m’a donné que sa queue toute molle !
    - Ah bha ça, ma belle, faut savoir donner pour recevoir !
    »

    Bien trop fière, et légèrement vaniteuse. Evaë dans toute sa splendeur.

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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

J’appris le rapatriement définitif d’Ambre hors de l’établissement, et de ne pas l’avoir aperçue une dernière fois me fit quelque peu redescendre de mon petit nuage. J’avais passé une très bonne soirée, et ma bourse s’en était retrouvée plus renflouée que jamais ; mais le temps poursuivait son cours, et avec lui, le retour à la réalité fut inévitable. Après m’être fait la réflexion qu’il faudrait que j’aille visiter Ambre dans son nouveau refuge – pour une raison en grande partie égoïste, moi qui voulais recevoir des éléments à propos de Marwen pour me protéger moi-même –, je terminai donc par m’installer dans la grande salle, en compagnie d’Eva, et d’autres filles qui se joignirent à la conversation. Cela pouvait paraître totalement puéril, mais ce petit instant de pur commérage me fit grand bien. Entre les derniers soucis que j’avais pu avoir, qu’ils soient en dehors ou l’intérieur même de la maison close, j’avais l’impression que mon dernier moment de détente remontait à une décennie.

- Karsten ? Comme beaucoup ont pu le remarquer au cours de la soirée, il est très exubérant, et peut se montrer grossier. Mais il a beaucoup d’humour et se montre très bon vivant, et toujours de bonne humeur, tant qu’on n’aborde pas des sujets fâcheux. Quant à son fantasme… eh bien, il s’est montré assez classique, pour tout dire. Même si très endurant, car il ne m’a pas lâchée jusqu’au petit matin, et les premières lueurs du jour pointaient à travers les volets quand j’ai enfin pu m’endormir.

Je répondais à chacune des filles et leurs questions, me tournant successivement vers les concernées.

- Erwan ne m’a pas payée, non ; Karsten a voulu me garder pour lui, effectivement. Et en fait, monsieur d’Ablaÿ a refusé toute relation dans la salle hier soir.

- Quoi ? Trop rabaissant de se taper une catin, c’est ça ? Il pèterait pas plus haut que son cul, ton hobereau ?

Certaines, au contraire, s’en extasièrent encore plus.

- Ah, un homme avec des principes ! soupira une blonde. Peut-être attend-il le grand amour, le vrai…

- Ou alors, il est déjà pris, et reste fidèle. Un vrai chevalier.

- Pfff, les hommes, ce sont tous les mêmes, je vous assure que ça ne devrait pas être bien difficile de le faire craquer, d’une façon ou d’une autre !

- Surtout si on ne le fait pas payer,
renchérit une dernière.

Je les laissai dans leurs suppositions amusantes, gardant pour moi le fait que je prenais grand plaisir à flirter avec ledit homme « trow bô » et « avec de beaux principes de chevalier », et je continuai à répondre aux autres questions.

- Monsieur von Drash vit dans un grand manoir, très luxueux, oui. Des meubles, des tapis, des lustres, des tables en bois, des tapisseries... Même les domestiques sont, ma foi, vraiment pas mal vêtus. Et les portraits, n’en parlons pas, j’ai dû au moins voir les trois générations précédentes de la famille immortalisées dans toute la maisonnée… Un certain détail me vint à l’esprit, et je me tapotai les lèvres du bout de l’index, réfléchissant. D’ailleurs, aucune d’entre vous ne saurait quelque chose à propos de la famille von Drash et la situation familiale ? A-t-il un fils, une fille ? Ou même une femme ? Je n’ai croisé que lui et messire d’Ablaÿ là-bas, au final, si on exclut les serviteurs.

Le sujet tourna encore un moment autour du noble von Drash, puis vint leur tour de raconter ce que j’avais raté. Eva se lança dans la description des évènements, qui avaient été quelque peu perturbés par la mort du bourgeois. L’image de la procession triste, austère et rigide, au milieu d’une soirée où les centimètres carrés de peau visible étaient supérieurs à ceux des tissus, me fit rire.

- Désèle n’était pas trop pincée, de voir toutes ces robes noires dans son établissement ? J’imagine que si… commentai-je, visualisant parfaitement la scène alors même que je n’y étais pas.

Par la suite, Eva exhiba sa toute nouvelle bague d’un cachet certain.

- Oh, très joli, ajoutai-je. Le noble von Schiller ? Cela ne me dit rien. A quoi ressemblait-il ? Quelqu’un saurait qui était cet homme balafré qui conversait avec le grand messire Niebitz, d’ailleurs ? Il m’a lancé des clins d’œil toute la soirée alors que j’étais déjà avec Karsten…

J’avais profité d’être entourée de toute une petite procession pour poser la question, affichant une curiosité qui tenait du pur ragot.
Les commérages durèrent un temps encore ; probablement plus d’une bonne heure, puis chacune des filles s’éparpilla à ses activités personnelles. Je restai avec Eva, où nous continuâmes une conversation plus intimiste, caractéristique d’une amitié qui durait depuis un bon moment, puis je terminai par lui proposer une petite sortie.

- Puisque l’établissement est fermé pour le reste de la journée, cela te dirait que l’on aille faire quelques emplettes ? Il me faudrait un nouveau coffret pour y ranger mon salaire.
- Et moi, il me faut de nouvelles robes ! Allons-y, oui.


Et nous partîmes ainsi, armées de plusieurs couronnes, dans les rues marchandes de Nuln, chacune en quête d’objets différents, observant les étalages en plein air ou pénétrant dans les petites boutiques. J’aidai Eva à choisir ses robes, commentant la coupe et la courbe que chacune donnaient à ses formes ; quant à moi, je m’offris un coffret cadenassé destiné à mieux protéger mon argent, dont le montant s’était retrouvé largement plus conséquent en une nuit à peine.
Après avoir assez flâné dans les ruelles, nous étions sur le chemin du retour lorsque nous passâmes dans une rue assez animée, dont la devanture d’un certain établissement attirait les regards.

- Oh, j’avais oublié que la Jeune Jouvencelle se tenait ici, commenta Eva. Il parait qu’ils ont une nouvelle fille qui fait tourner des têtes, en ce moment.

Elle sembla réfléchir quelques instants, puis me proposa que nous nous y arrêtions un instant.

- Tu sais parfaitement bien que je n’ai pas ces penchants-là, répondis-je. Les hommes me suffisent très bien.

- Mais non, bécasse. Pas clientes en ce sens-là. On s’arrête, on prend un repas tout en observant la concurrence. Elle me lança un clin d’œil par-dessus les paquets de ses emplettes qu’elle tenait entre ses bras. Je suis curieuse de voir la perle rare dont les rumeurs parlent. Je suis sûre qu’elle ne vaut rien, en comparaison de ce qu’on propose !

Je levai les yeux au ciel.

- D’accord. Mais pas de bêtises, mmh ?

Et c’est ainsi que nous pénétrâmes dans le bordel concurrent, demandant à être servies pour manger. Plus tard, forte de mes couronnes fraîchement gagnées la nuit précédente, j’en mis trois en jeu dans un pari de cartes à qui voulait bien s’y frotter.

- Alors ? A-t-on des joueurs chez la Jeune Jouvencelle ?
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 31 juil. 2015, 14:03, modifié 1 fois.
Raison : 6 xp / 18 xp
Rosewen Irène, Voie de la courtisane
Profil: For 9 | End 10 | Hab 11 | Cha 13 | Int 11 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65
Lien Fiche personnage : Ici
Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage

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