[Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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[MJ] Vivenef
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Message par [MJ] Vivenef »

  • Désèle avait haussé un sourcil interrogateur, face à la totalité des dires que pouvait lui asséner Irène.

    «Que je sache, Loredo n’était pas vraiment l’une de nos filles, il me semble. Pour le reste, dis-toi que je ne l’appréciais plus, ou que je lui devais beaucoup d’argent. Cela te rassure-t-il ? »

    La matrone ne cilla pas, et son regard d’acier empoignait celui de la catin. Etait-ce là la vérité, cachait-elle quelque chose, ou s’agissait-il d’une erreur de jugement ? Quoi qu’il en fût, Irène pouvait sentir que le sujet devenait plus que dangereux. Par la suite, Irène ne put constater de l’effet qu’eut son éclat de rire sur sa patronne, tandis qu’elle lui tournait le dos et s’en allait.
    ***

    Le visage de l’homme s’illumina quelque peu comme Irène se collait soudainement contre lui. Il semblait ne pas véritablement se rendre compte de sa bonne fortune, et hésita avant de profiter de ce qui venait de lui être conféré. Tandis qu’elle montait, une série de ricanements mesquins accompagna la jeune femme, ainsi que différents commentaires stipulant que « c’était bien de son niveau ». Elle fut payée sept sous, cette nuit-là, et n’apprit pas grand-chose, si ce n’était qu’il était dit que le boulanger du quartier avait été lapidé pour soupçon de mutation, que plusieurs taudis avaient été dévalisés, et qu’une patrouille d’égoutiers avaient disparu dans les égouts.


    ***


    Soirée du lendemain.
    Désèle avait été très claire ; les catins se devaient d’être impeccables, attifées, et parées de leurs plus beaux atouts. Les bassines avaient été en de nombreuses reprises remplies d’eau pour être déversées par la suite et remplies de nouveau en même temps que les filles y sortaient et y rentraient. Tout le monde avait été réquisitionné pour un nettoyage de fond en comble de la grande salle et des différentes chambres ; les meubles avaient été lustrés, l’on avait ravaudé le moindre accroc des oreillers ou des coussins des canapés, et l’on avait changé toutes les bougies et chandelles, donnant une symétrie et une égalité parfaite aux sources de lumière. Les lieux avaient été enfumés d’encens aux roses, les âtres avaient flamboyé d’une vive chaleur, et régnait désormais une ambiance de plénitude et de calme, confortable, agréable, prête à la relaxation et au laisser-aller voluptueux.

    Dans ces lippées mondaines, les filles en étaient réduites à eux-mêmes ; Serge’ et Lena ne patrouillaient plus dans l’établissement, mais faisaient le guet à l’entrée, contrôlant les invitations afin de ne laisser passer que les convives. Elles devaient subvenir au moindre désir de leurs invités, et se comporter en parfaites hôtesses de maison, à cela près qu’elles assuraient eux-mêmes le service, de la cuisine aux tables montées spécialement pour l’occasion, entre les canapés et fauteuils qui composaient les différents recoins et parties de la grande salle.

    Quelques convives étaient déjà là. Dans une stature quelque peu pompeuse, ils tranchaient allégrement avec le commun des mortels qui composait d’ordinaire la principale clientèle des Plaisirs Terres. Il ne s’agissait certes pas du haut-gratin de Nuln, non, mais la qualité de leur vêture témoignait d’une certaine richesse. Entrant l’un après l’autre, ils s’arrêtaient parfois au milieu de la grande salle, observait d’un œil intéressé les catins qui circulaient en leur sein, leur présentant des chatteries et des pâtisseries d’un air accort, des boissons et différents vin d’Estalie, de Tilée, ou de l’Empire même. Certains leur souriaient, plaisantaient avec, d’autres n’avaient en tête que de profiter allégrement de cette chair qui leur était proposée bien davantage que des victuailles qu’elle transportait comme d’autres, au contraire, n’en avaient cure, préférant de bien loin langueyer avec l’un de leur confrère tout juste rencontré. Visiblement, des groupes se formaient de part et d’autre de l’ensemble du conviviat, s’essayant de concorde dans ces regroupements de canapés. L’hypocrisie était au rendez-vous, et les blandices urbainement envoyées rebondissaient aussitôt à l’envoyeur dans des trésors de fausse courtoisie. Il y avait, toutefois, quelques nobles pour parler très franchement, partir de concert dans des grands éclats de rire sympathiques, se remémorant le bon vieux temps ou les coups tordus qu’ils avaient pu fomenter à l’académie de Nuln. Et d’autres, toujours, qui se balançaient des regards noirs et qui s’ignoraient ostensiblement.

    Toujours plus de monde. Les catins étaient approchées, subtilement ou non ; l’on glissait çà et là un discret compliment, dialoguaient convenablement avec elles, ou les prenait par la main, les envoyant sur un canapé pour quelque discussion d’un ordre autrement plus intime. Irène, au milieu de tout cela, louvoyait au milieu des requins, tenant dans ses mains un plateau composé d’un assemblage de douceurs et de friandises. Elle le sentait, les gens l’observaient avec un certain intérêt, une drôle de curiosité, et leurs regards effleuraient souvent son cou et ses marques bleutées ainsi que les quelques égratignures qu’elle arborait encore, quand bien même le temps avait-il fait une partie de son travail, les estompant au fur et à mesure que celui-ci passait. Personne ne venait toutefois à elle ; c’était la jeune femme elle-même qui devait diligemment porter son plateau jusqu’aux invités. Les regards n’en étaient pas pour autant moins inquisiteurs, soupçonneux.

    Il y en eut enfin un, bien plus insistant que les autres, qui se braqua sur sa personne. Un individu richement vêtu, à l’attitude très hautaine, à sa manière. Solidement campé sur ses deux jambes, le dos droit et mains croisées derrière celui-ci, il ne se dérangeait aucunement pour l’observer. Ses yeux se plissèrent. Ils se plissèrent que plus encore, et, de l’autre côté de la salle, l’homme vint tout droit sur elle.

    Image

    «Hmm hmm, danger droit devant. » Une voix chaude venait de murmurer à l’oreille de la jeune femme, tout contre elle ; une voix qu’elle put reconnaître d’entre toute. Erwan d’Ablaÿ venait de se glisser dans son dos, et ne comptait pas en rester là. Par souci de possession, peut-être, ou par simple jeu, l’homme vint entourer la catin de ses bras, effleurant sa taille, glissant jusqu’à son ventre où ses deux mains se joignirent. Il eut une petite pause, tandis qu’ils observaient tout deux l’homme avancer dans leur direction, et qui venait d’avoir un pas d’arrêt, remarquant le petit jeu d’Erwan, avant de continuer sa route. Son regard sévère s’était arqué dans une moue vaniteuse et interrogative. Irène sentit la respiration du jeune homme à la base de son cou, comme si celui-ci se mettait à fleurer son parfum.

    «Permettez que je vous enlève, damoiselle, et que je vous conduise dans quelque endroit reculé, à l’écart de tout ceci ? »

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Irène Rosewen
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Message par Irène Rosewen »

Désèle, fidèle à son habitude, fut insupportable durant l’organisation et le nettoyage de l’établissement pour la soirée noble. Lâchant des directives à tout va dans un empressement professionnel, soucieuse que tout soit prêt pour l’heure prévue, les filles qui manquèrent à leurs obligations se prirent des remarques acerbes. Mais nous avions l’habitude de ce genre d’évènement, et nous savions toutes ce que nous avions à faire. La maison close fut récurée avec soin ; les meubles, les lustres, les chandeliers, les canapés, les tables, les chambres, tout y passa. Si notre bordel était en général toujours en bon état, lors du passage de nobles importants, c’était presque si nous refaisions tout à neuf, et le moindre écart aurait tôt fait de vous faire subir le regard acéré de la matrone.
Une fois le grand ménage terminé, éprouvées et en sueur, nous passâmes toutes par les bains. Une certaine fièvre courait entre les filles ; une telle soirée était toujours le moyen de récolter de nombreux ragots, ou se faire remarquer par les plus grands. Il suffisait parfois de se mettre un sang-bleu dans la poche, et celui-ci pouvait par la suite revenir très régulièrement renflouer la bourse de la catin qui l’avait séduit. Ainsi, avoir la faveur d’un noble était toujours l’un de nos objectifs principaux.

Partageant la liesse générale, l’évènement eut le mérite de me faire oublier les derniers problèmes que j’avais pu avoir, et après m’être lavée avec le plus grand soin, je montai me préparer dans ma chambre, où je restai un bon moment. Ma robe au corsage déchiré traînait encore sur ma chaise, et je la rangeai au fond de mon placard, effaçant de ma vue et de celle de mes futurs clients ce tas de tissus irrécupérable. Deux robes perdues en deux jours, c’était bien ma veine. J’allais devoir en racheter, mais le sort s’était acharné contre moi : devoir dix couronnes à Désèle, cela me laissait sans aucun revenu personnel pour un mois au moins. Peut-être un peu moins, si les nobles venaient à être généreux en cette soirée ; mais si on se basait sur mes revenus classiques, je ne gagnais pas dix couronnes en deux parties de jambes en l’air, loin de là.
Mettant ma robe ruinée hors de ma vue, j’hésitai durant quelques minutes sur ma tenue, pour me décider enfin sur une robe bustier vert émeraude qui possédait quelques liserés argent. La robe en elle-même terminait jusqu’à mi-cuisse, mais un long voile de gaze descendait jusqu’au sol, lui, laissant entrevoir mes jambes par transparence. Sensuelle mais pas vulgaire. Enfin… tout dépendait les points de vue, probablement. J’imaginais que les femmes nobles qui feraient partie des festivités feraient sûrement les gros yeux à voir des jambes ainsi dévoilées, mais je n’en avais que faire ; j’étais là pour séduire les hommes, et non pas les femmes.
Une fois en tenue, je me maquillai d’un trait de khôl, comme toujours, et m’efforçai de masquer les bleus délavés de mon cou ainsi que les petites coupures de mon visage avec un peu de poudre. Je pris également des boucles d’oreille et un collier couleur argent. Si le résultat fut meilleur, les impuretés ne furent pas totalement effacées, malheureusement ; je devrais faire avec. Mes cheveux, quant à eux, furent relevés en une élégante coiffure qui découvrait ma nuque, laissant seulement quelques mèches éparses retomber çà et là.

Ainsi parée, je descendis dans la grande salle lorsqu’il fut temps. Les derniers préparatifs se terminaient, et les premiers clients se montrèrent. Transportant un plateau de mignardises, je proposais le tout aux divers nobles qui se connaissaient déjà tous plus ou moins. Virevoltant entre les divers groupes de discussion qui s’étaient déjà formés, coulant des regards par-dessous mes cils avec mon plateau, repartant avec un sourire élégant lorsqu’un noble se servait en me renvoyant un coup d’œil, je continuai ainsi durant une petite heure au moins ; temps qu’il fallut pour que la majorité des invités soient arrivés.
La grande salle était devenue une vraie petite cour royale : aux rivalités qui pouvaient exister entre certaines catins, s’ajoutaient les rivalités et l’hypocrisie noble. Voir certains sang-bleus régler leurs différends par la conquête d’une catin qu’ils convoitaient tous les deux était assez comique ; ils n’en rataient jamais une pour se ridiculiser les uns les autres en public, le tout avec une telle bienséance et hypocrisie mièvre qu’il était parfois difficile de discerner les réelles politesses des piques à moitié dissimulées. Le temps n’était pas non plus à l’orage, et certains nobles s’entendaient parfaitement bien ; ils étaient en général repérables à leur bonne humeur et leurs grands éclats de rire. A vrai dire, j’aimais beaucoup ce genre d’ambiance. Il y avait toujours des éléments intéressants à noter, et Désèle en personne participait aux mondanités, là où on la retrouvait d’ordinaire cloîtrée dans son bureau.
Participant tranquillement à quelques conversations, allant regarnir mon plateau qui s’était rapidement vidé, j’étais bien occupée, me faisant aussi séduisante que possible. L’on soulevait un sourcil interrogateur à la vue des marques sur ma gorge, mais je n’eus aucune remarque déplacée ; les gens se contentaient de m’observer curieusement, jusqu’à ce que j’aie disparu derrière d’autres canapés pour servir d’autres nobles. Au moins, l’on ne pouvait pas dire que je n’attirais pas l’attention, et cela ne m’était pas forcément préjudiciable, ce soir-là.

Quoique. Je venais simplement de penser ces mots que je remarquai un homme, richement vêtu, qui m’observais avec une expression curieuse. Je jaugeai un instant celle-ci, essayant de déterminer s’il avait envie de l’une des friandises que mon plateau recelait. Mais, les yeux plissés, c’était bien mon visage qu’il examinait : notre regard se croisa, et il sembla se diriger vers moi, quittant la position droite et sévère qu’il avait arborée jusqu’à présent. Je cherchai des yeux une collègue ; je voulais savoir si elle connaissait le nom de l’homme qui avançait vers moi à grands pas à travers la salle – connaître le nom de son interlocuteur alors même que c’était la première rencontre, cela donnait toujours bonne impression. Aucune des autres filles ne passa à mon côté cependant, mais je n’eus pas à m’en préoccuper plus longtemps : l’on vint soudain attraper délicatement ma taille, dans mon dos, et je reconnus le ton des murmures qui chatouillèrent mon oreille. Passée la surprise, qui m’avait fait légèrement sursauter, je sentis son souffle soulever quelques frissons dans mon cou.

- « Danger droit devant »… ? Messire d’Ablaÿ craindrait-il la concurrence ?

Passant mon plateau dans une seule main, je tournai légèrement entre ses bras, un sourire aux lèvres, de façon à ce que ses mains liées ne soient plus sur mon ventre, mais désormais sur mon flanc, que je puisse voir son visage. Notre dernière conversation n’avait pas été des plus joyeuses, et un certain pincement de honte me traversa en y repensant. Trop occupée à servir les convives, je n’avais pas même fait attention à son arrivée ; et cela valait peut-être mieux. Gênée par notre dernière entrevue, peut-être aurais-je pris soin de l’éviter, si je l’avais remarqué en cette soirée. Cependant, désormais prise sur le fait, et ayant – une fois de plus – retenu son attention, ce fut avec un air amusé que je continuai.

- Déjà lassé de ces mondanités ? La bienséance voudrait que vous vous amusiez avec vos confrères, que vous ourdissiez des complots ou organisiez des alliances, que sais-je encore, plutôt que de disparaître aussitôt en bonne compagnie. Mais vous semblez savoir quoi faire au milieu des loups, alors…

Sans autre forme de préambule, jouant le jeu qu’il avait voulu nous donner, je vins quérir ses lèvres des miennes. Seulement, ce ne fut pas là un baiser chaste comme ce qu’il m’avait accordé la semaine précédente. Je le fis durer, osant jusqu’à glisser ma langue contre sa lèvre inférieure ; complètement indifférente à ce noble inconnu qui fondait toujours sur nous. Les rôles étaient inversés, cette fois-ci ; mes collègues jaseraient peut-être encore, mais ce cher Erwan était en présence de nobles, lui. Que dirait-on de lui, en ce cas présent ?

Le regard pétillant, un chouia railleur, je rompis l’échange.

- Je vous permets.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 26 juin 2015, 19:09, modifié 1 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • « Craindrais-je la concurrence ? C’est mal me connaître ; je savais bien que vous ne pourriez me résister, ma chère Irène. » Si cette dernière lui sourit, il le lui retourna. Elle pivota sur le côté, et ses mains s’arrêtèrent au niveau de son flanc. Il lui fit un petit clin d’œil complice en affirmant sa dernière phrase, et l’une de ses mains vint se perdre dans la gaze de sa robe, agrippant le véritable tissu pour le remonter par-dessus les fesses et lui administrer une petite tape bien osée. La jeune femme ne put le constater, mais une petite partie de la salle put s’apercevoir de la partie callipyge de son corps.

    «Rassurez-vous ; les complots sont déjà bien ourdis, et bien des cabales sont actuellement en train d’être fomentées céans-même. Je laisse cela aux bons soins des nobles, quand bien même y fais-je partie, et vous aussi, à présent. Nous ne sommes que des pions, après tout. »

    Elle l’embrassa véritablement, dans une étreinte qui n’avait rien à voir avec celle qu’ils avaient pu échanger la dernière fois. Erwan, plutôt que de s’y soustraire, y répondit bien volontiers, y mettant autant d’ardeur que n’en exprimait la catin. Il lui retourna son sourire railleur, une étincelle victorieuse dans le regard.

    «Allons-y, alors. »
    Ignorant ostensiblement le noble qui arrivait sur eux, Erwan lui tourna le dos, accompagnant Irène qui fut contrainte de faire de même. Elégamment, il lui prit la main comme tout gentilhomme l’eût fait à propos d’une dame de noble naissance, lui proposant courtoisement son bras. Et, d’un pas souple et assuré, ils s’éloignèrent du noble au regard sévère. Ce qu’il fit, ils ne purent s’en apercevoir, mais le couple nouvellement former pu s’imaginer, en absence de toute exclamation ou petite tape sur les épaules, qu’il avait déjà abandonné la poursuite.

    S’engageant au milieu des nobles, dont certains leur accordèrent une attention curieuse, mais limitée, ils louvoyèrent entre les couples, les groupements mondains, les assemblements de canapés. Irène avait juste déposé son plateau quand ils arrivèrent à destination. Mais plutôt que d’entrer dans une alcôve intime et privée qu’eussent formée les meubles, il s’agissait là d’un espace assez grand et ouvert, composé de fauteuils, de divans et de causeuses, situé contre un mur, au niveau du centre de la pièce. Et Irène y trouva et du monde, et une conversation déjà engagée, qui s’interrompit aussitôt qu’ils furent en ligne de mire.

    «C’est elle, tu l’as ramenée ? » Un noble plutôt costaud d’ossature et de traits leva un regard intéressé en direction d’Irène. Un chapeau noir surmonté d’une plume blanche, une tunique à manches bouffantes et aux pans brodés de fourrure, un pourpoint brocardé d’or et de rouge ; voilà ce qui caractérisait l’homme, en plus d’une grande barbe qui lui mangeait la moitié du visage et la totalité du cou.

    Image

    «C’est elle, assurément. Cette jolie damoiselle, répondant au nom d’Irène, a failli se faire accoster par Alfred von Niebetz, qui paraissait l’avoir reconnue. »

    Le noble qui avait pris la parole en premier grimaça à la simple évocation du nom qui venait d’être cité.
    «Ça, fallait s’en douter. Mais ce fils de pute ne mettra pas la main dessus avant que je ne l’eusse fait moi-même. Bien joué, Erwan. Son visage se fit plus sympathique, se tournant vers Irène, comme Erwan inclinait légèrement le chef.
    Alors, si fait, c’est bien toi qui a fait office de figurante pour «Le dernier soupir ?
    » Il la contempla de bas en haut, de haut en bas, n’hésitant pas à faire peser son lourd regard inquisiteur et bourru sur son corps et ses formes. Je l’ai bien mémorisé, le tableau, je connais tout. Et, ma foi, tu sembles très bien correspondre à la femme qui s’y fait culbuter. Cette position, cet air sur ton visage, l’autre, derrière, qui chope un de tes gros nibards, comme ça, là… ! Bordel, un régal, cette toile, un régal. Allez, viens là ma jolie –Irène, c’est ça ? »

    Et, sans attendre de réponse, le noble la prit par la taille d’un bras vigoureux, et se rassit brutalement sur le canapé, emportant de son propre poids la jeune femme qui atterrit sur ses genoux. L’homme partit d’un rire tonitruant, là où ses compagnons de table affichèrent un petit sourire.

    «Une putain ; tout ça pour Alfred ?, s’étonna l’un des nobles aux alentours avant de hausser des épaules d’un air navré. Enfin… Tu pourrais avoir l’obligeance de te présenter, Karsten.
    - Ouais, tout ça pour cette sous merde, et je préfère autant pas que l’on revienne sur le sujet. Mais tu as raison. Bha, Karsten von Drash, si tu ne l’avais pas encore devine. C’est moi qui ai organisé toute cette petite sauterie
    », déclara-t-il à l’attention de la jeune femme, désormais prisonnière de ses bras puissants et trapus.

    «Mmh.. Dis-moi, une nana dans ton genre, ça fait quoi, et pour quel prix ? »

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Il savait bien que je ne pourrais lui résister ? Quelle arrogance dans ces paroles. Son audace me fit sourire néanmoins ; mais je haussai par la suite un sourcil face à sa remarque à propos des nobles et des pions. Une étrange façon de voir les choses. Quand bien même n’étais-je pas noble, je ne voulais en aucun cas être un pion ; probablement la raison pour laquelle j’avais réagi aussi férocement à mon retour des Taudis envers Désèle.

Assez satisfaite d’aller passer une partie de la soirée en sa compagnie dans un coin plus calme et privé, j’arborais un sourire de bonne humeur alors que nous traversions la salle, hochant la tête envers divers nobles pour les saluer telle que le voulait l’étiquette. Curieuse sur le sujet dont voulait possiblement m’entretenir Erwan, à l’abri des oreilles indiscrètes, lorsqu’il me mena dans un recoin occupé par un groupe de nobles en pleine conversation, une pointe de déception me traversa le cœur. Un endroit privé, intime ? Que nenni. D’après les propos que je saisis, Erwan n’était venu m’accoster que pour me mener à son supérieur, et ils parlèrent de moi les premiers temps comme si je n’étais pas là. Tel un morceau de viande, l’on m’avait amenée à l’abattoir, décidant de mes propres fréquentations, même, quand il fut clair qu’ils avaient voulu m’empêcher de rencontrer ce qui s’avérait être le commanditaire de la toile pour laquelle j’avais posé la semaine précédente. Si j’avais su ce qu’il était, sûrement aurais-je au moins échangé des mots de politesse pour le remercier de cette expérience qui m’avait plu. Hélas, l’on en avait décidé autrement à ma place, me menant face à Karsten von Drash lui-même, et il semblait difficile de contester quoi que ce fut.

Dans un élan de bonne humeur, ce dernier m’arracha au bras d’Erwan, et j’atterris sur le canapé avec lui dans un grand rebondissement. Un instant confuse par toute cette situation, assez déçue voire blessée que messire d’Ablaÿ n’eut au final aucun intérêt personnel pour ma personne ; je regardai ce dernier avec une pointe de désappointement et de peine visible. Cet instant fut bref, fugace, et s’il nota quelque chose dans le regard que nous échangeâmes, je récupérai ensuite mon masque de bienséance, et concentrai mon attention pour le fameux Karsten, comme si me trouver devant lui avait été une chose tout à fait prévue.

- Merci à vous pour avoir accordé votre confiance à notre établissement, messire von Drash, c'est un grand honneur de réserver notre maison close à des éminents tel que vous, répondis-je dans un sourire poli, désormais installée sur ses genoux. Oui, c’est bien moi qui ai posé pour la toile. J’ignorais le nom de l’œuvre en revanche, elle n’était pas encore finalisée la dernière fois que je l’ai vue. Le dernier soupir, ce titre correspond bien ; Francesco Di Laterra est vraiment un très bon artiste. Contente que la toile vous ait plu, en tout cas.

Après quoi, il demanda ce pour quoi j’étais habilitée. La question me parut étonnante ; n’était-il jamais venu dans un bordel ? La question devait être plus spécifique, ainsi, et peut-être demandait-il si nous faisions tout.

- Je fais beaucoup de choses, comme vous pouvez vous en douter. Certaines catins font des choses que d’autres ne font pas, et inversement, mais je vous assure que, si toutes ne font pas tout, il y aura forcément une femme qui correspondra à vos attentes aux Plaisirs Terrestres. Nous offrons de tout, et les désirs de n’importe quel homme pourraient y être satisfaits, même les plus étranges. Si vous me précisiez vos préférences, là, tout de suite, je serais capable de vous désigner lesquelles de nos filles dans cette salle seront en mesure de vous satisfaire.

Je désignai une fille qui plaisantait actuellement un peu plus loin en compagnie d’un autre groupe.

- Cette femme, par exemple, c’est Isis. Son corps n’est pas le seul témoin de ses origines orientales ; elle a gardé pour elle de nombreuses traditions, et vous épaterait avec de la simple cire chaude ou du miel bien sucré… Juste à côté, Adélaïde, une apparente dominatrice faite pour se plier à vos envies, même les plus sadiques et douloureuses – prends ça, pétasse. Là-bas, c’est Evae ; aussi impétueuse que le vent et la marée, elle ravit tous les hommes qui aiment les femmes entreprenantes.

Après ce petit tour rapide, j’eus un geste distrait de la main, signifiant que je pouvais continuer encore longtemps.

- Quant à moi… eh bien, il faudra le découvrir, je ne dévoile pas tous mes secrets si vite. Petit clin d’œil de circonstance, et je continuai pour répondre à sa seconde question. Le prix… eh bien, tout dépend. L’on reçoit en général cinq pistoles pour un moment classique, ici. Si l’on veut que le service soit mieux que « classique », il suffit d’allonger la monnaie. Votre cher confrère Alfred, que vous semblez porter en grande estime, avait accordé cinq couronnes à son peintre pour me payer. Mais peut-être tout le monde ici n’a pas les moyens de faire de même.

Et, m’appuyant nonchalamment contre mon hôte actuel, je jetai un regard à la ronde, observant la réaction de chaque noble alentour face à ma dernière phrase, destinée à attiser les egos. Je venais de mentir légèrement à propos du prix. J’avais été payée environ deux couronnes, les deux séances comprises ; mais je ne perdais rien à renflouer les statistiques. Les nobles avaient pour eux cette caractéristique de vouloir toujours faire mieux que leur voisin, alors, quoi de mieux pour moi de les tenter de m’accorder une somme rondelette, si l’envie leur prenait de monter avec moi ?

- Et vous, dîtes-moi, dans quel domaine excellez-vous ? Les nobles ont pour eux l’avantage d’avoir beaucoup de loisirs. La musique ? L’équitation ? Les joutes ? Les intrigues ? La séduction ? Ou l’enseignement, peut-être ? Nous avons beaucoup de grands orateurs à Nuln, grâce à notre académie ; et si fait, beaucoup de manipulateurs.

Je relevai le regard vers Erwan d’Ablaÿ à ce mot, une unique et rapide seconde, mais suffisante pour qu’il le note à visée personnelle ; avant de revenir m’intéresser, l’air de rien, à Karsten. Et, fidèle à mon rôle d’hôtesse, j’entretins la conversation encore un peu plus longtemps :

- Je ne voudrais pas être indiscrète, mais quels griefs entretenez-vous avec messire von Niebitz ? Je ne connais de lui que son goût pour l’art, mais n’est-ce pas là une qualité ?
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 27 juin 2015, 15:35, modifié 1 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Si Irène se sentit quelque peu trahie pour avoir été manipulée de la sorte par le jeune homme qui l’avait éconduite en ces lieux, elle ne le montra pas vraiment, et, jouant les bonnes maîtresses de céans, remercia ses invités de leur venue. Elle jeta toutefois un petit regard désapprobateur en direction d’Erwan, et celui-ci le remarqua. En dépit des circonstances, il lui répondit, affichant sur son visage une petite expression contrite et désolée, laquelle ne dura pas bien longtemps ; le message était passé, et, tout comme Irène, il reprit un air bien plus sérieux. Le petit discours dithyrambique sur la précision et la maîtrise de Francesco Di Laterra fut énoncé.

    «Ah, ça ! Je ne connaissais rien de cet artiste, comme bon nombre d’entre nous, à vrai dire, mais l’on doit tous avouer qu’il a une patte merveilleuse, en sus d’avoir très bon goût. Quel malheur, cela dit, qu’il se fût acoquiné avec Alfred… » La seule mention de ce nom semblait lui donner la nausée, et, sitôt qu’il était évoqué, son air devenait maussade, voire méprisant.

    «Ce qu’il était fier lorsqu’il nous a tous invités chez lui pour nous montrer la toile, par Sigmar ! Il fanfaronnait comme un coq au milieu d’une basse-cour, affichait ses sourires hautains et milieux, et affirmait même avoir pris en mécénat le meilleur peintre que l’on avait jamais vu depuis un petit siècle au moins à Nuln. Bha voyons ! Etrange, cela dit, que le peintre se soit tiré avant d’avoir pu lui révéler ton nom, hein ma jolie ? Arharharh. »

    Il écouta la description des Plaisirs Terrestres et de ses filles en caressant distraitement les hanches de la jeune femme. Son regard suivit la main d’Irène, qui désignait çà et là les différentes catins à mesure qu’elle les nommait et qu’elle explicitait leurs particularités. Lorsqu’elle arriva à Adélaïde, Erwan tenta difficilement de réprimer un grand sourire. En vérité, il ne le put pas, et Karsten le remarqua.

    «Adélaïde, hein ? Oui, s’il fallait nommer deux filles du bordel, d’après mon cher Erwan, ça serait sans hésiter une certaine Irène et une certaine Adélaïde. Je me demande pourquoi, tiens. » De nouveau, il partit d’un grand rire amusé, comme Erwan fronçait les sourcils, bien que quelque peu amusé lui aussi, tout de même. Il était fort possible que ces deux nominations n’eussent pas que porté sur le physique des deux jeunes femmes.

    La petite présentation d’Irène concernant ses propres talents et son propre tarif le divertit, là aussi, beaucoup.
    «Eh bien, petite, tu ne manques pas d’air. Tenter de me faire allonger la monnaie de cette manière ? Me prendrais-tu pour un béjaune ? Arharharh. Pas même besoin de ça. Tiens, ça me fait plaisir ! »

    Délaissant l’une des hanches de la jeune femme, il s’empara de son escarcelle, et, la tendant par-dessus le corsage de la jeune femme, se mit à y déverser une petite pluie de couronnes entre ses seins.

    «Ça tombera où ça tombera, eh ! T’en fais pas, va, je t’aiderai à venir récupérer tout ça »
    Il lui balança une grosse claque sur l’épaule qui l’envoya se projeter quelque peu en avant sous la poussée, davantage que par le choc. Quelques piécettes s’égarèrent çà et là, sortant de son corsage et de sa vêture.

    «Attends, tu permets ! » Mal installé, l’homme, encore assis, la souleva par la taille comme s’il s’agissait d’un vulgaire fétu de paille, et croisa et décroisa ses jambes dans l’autre sens avant de remettre Irène sur ses genoux. Là encore, quelques piécettes prirent la fuite dans l’opération. Une fois correctement installé, il la rabattit fortement contre lui, bras nonchalamment croisés autour de son ventre.

    Lorsqu’Irène avait balayé les environs de son regard pour juger des nobles, elle avait rencontré un visage qui ne lui semblait pas inconnu, en-dehors du cercle d’hobereaux de Karsten. Un regard gris acier, traversé d’une cicatrice, et celui-ci lui s’était fendu d’un clin d’œil moqueur à son attention. Enfin, lorsque le terme « manipulateur » avait été lâché et qu’un échange avait été effectué entre Erwan et Irène, Karsten, de nouveau, éclata de rire, l’ayant remarqué.

    «Ah, ça ! Oui, Erwan est très doué en la matière, surtout lorsque cela concerne la gent féminine. Il suffit que je repère une jeune femme bien gaulée, et je sais que je peux compter sur lui pour me l’amener sans même qu’elle s’en doute. Hein, Erwan ? »
    L’intéressé ne sourit pas véritablement, lançant au contraire un regard noir au noble pitre qui ne s’en esclaffa que davantage encore.

    «Arharharh. Eh bien, mon cher, je ne te connaissais pas si soupe au lait, eh ! Non, je plaisantais. Moi, où j’excelle, mes activités ? Ah, cela me regarde, ma petite. Mais si tu veux savoir, et si cela t’intéresse, le bon-vivre, ça, ça me connaît. Bien manger, bien se fendre la gueule, bien boire, bien baiser ; j’ai quelque fortune, autant que ça me serve, non pas ? »

    Toute sa bonne humeur et sa bonhomie s’évaporèrent soudainement lorsque la question d’Alfred von Niebitz fut posée. Autour de la taille de la jeune femme, les bras se crispèrent aussi bien que ne le fît la mâchoire de l’homme, son ton chuta d’un coup, et son regard s’éteint, animé de mauvaises attentions. Sa grosse paluche fit pression sur la nuque de la catin, juste de quoi lui faire tourner la tête afin qu’elle le regardât.

    «Là, ma grande, tu deviens carrément indiscrète, si. » Il vrilla ses prunelles dans les siennes, et la menace s’avéra fort présente, bien que silencieuse. Le noble relâcha une respiration que trop longtemps retenue, dans un grondement sourd émanant de sa gorge. Autour d'eux, l'ambiance se relâchait progressivement, passant d'un sérieux de sang-bleu à une relâche menant à une certaine débauche. Le conviviat s'enflammait petit à petit ; les catins se montraient plus entreprenantes, à l'image des hobereaux et de leurs mains de plus en plus baladeuses, et certaines se dénudaient de plus en plus à mesure que coulaient les pièces d'or. Dans les alcôves, les corps se rapprochaient, s'enlaçaient, et de petits murmures indiscrets se faisaient entendre. Le frémissement du tissu se mêlaient aux encouragements égrillards de certains hommes qui scandaient et tapaient du pied, le regard définitivement tourné en direction d'une Evaë qui se trémoussait sur une table, la vêture beaucoup plus courte, mais les prunelles cérulées non moins flamboyantes et captivantes. D'autres, en revanche, préféraient aux femmes la compagnie de la boisson, buvant et buvant encore, s'abreuvant d'alcool par le biais de quelques jeux ou concours qui auraient fait rougir un marin. Karsten von Drach prit la température de la salle, englobant l'ambiance générale d'un simple regard, avant de le reporter sur Irène.

    «Bref. Tu m’as énervé, malgré toi, mais quand bien même. A toi de me calmer, de la façon que tu sais faire. Ici. Allez, allez. Je t’ai payée, bien plus que ce que tu gagnes, semblerait-t-il. »

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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Un détail dans la conversation que nous tenions à propos de la peinture attira mon attention, et me laissa un instant étonnée.

- Messire Di Laterra n’est plus à Nuln ? Je clignai des yeux. C’est curieux, il me semblait qu’il souhaitait percer dans l’Empire, et cette toile paraissait être un bon tremplin pour son succès naissant. Pourquoi partir sans profiter des retombées de la renommée apportée par le tableau… ?

Ma description des quelques autres catins en vue sembla plaire, et Karsten m’écouta avec intérêt. Il partit dans un grand rire à l’évocation d’Adélaïde, tout comme Erwan dont la ligne de ses lèvres trembla pour finalement former un sourire fort amusé. Je ne compris pas la raison d’une telle hilarité.

- Ah, vraiment… ? Vous me flattez, mais je ne savais pas que messire d’Ablaÿ s’était renseigné autant en profondeur sur nos filles.

Le fait qu’il ait pu recommander ma rivale à son supérieur me refroidit dans une attitude typiquement féminine. J’ignorais s’il avait pu coucher avec une catin ; la possibilité qu’Adélaïde l’ait eu comme client n’était pas à écarter, j’avais été absente longtemps, avec mon passage dans les Taudis et mon enfermement punitif.
Par la suite, le baron agrippa la bourse accrochée à sa ceinture, et, sans même prendre le temps de compter ce qu’il voulait m’accorder, il déversa une pluie d’or dans mon corsage, visiblement indifférent à la quantité qui s’en échappait. Une vraie rivière d’or s’engouffra entre mes seins, pour finir par déborder et glisser le long de ma robe et du canapé. Quelques pièces tintèrent en tombant au sol, et certaines roulèrent jusque sous les fauteuils des autres nobles en compagnie du baron.

- Eh bien, monsieur ne lésine pas sur les moyens, à ce que je vois… Je dois avouer que vous battez à plates coutures tous vos prédécesseurs ; je n’ai pas souvenir d’avoir reçu autant en une seule fois. Un nouveau clin d’œil flatteur à son attention. Je vous remercie.

S’installant plus confortablement, il me fit bouger quelques instants, et je croisai là le regard acier d’un homme dont je n’avais aucun désir de voir là. Mon sourire se figea quelque peu, me demandant s’il était normal que Marwen l’Esbigneur se trouve dans notre établissement. Désèle était-elle-même au courant ? Perturbée pour quelques secondes, je me reconcentrai sur la conversation bon gré mal gré, alors qu’il était sujet d’Erwan, à nouveau.

- Oui, je crois voir cela. Un bon appât que voilà, je dois le dire, déclarai-je sans m’étaler plus longtemps, évitant désormais de revenir sur l’intéressé.

Karsten von Drash n’apprécia pas ma question sur Alfred. Pas du tout. J’eus l’impression d’avoir lancé un froid dans notre conversation, et même les nobles de notre groupe s’étaient arrêtés, connaissant l’animosité que portait le baron pour son rival.

- Pardonnez-moi, je n’ai jamais voulu me montrer désobligeante.

Le soudain silence entre nous nous fîmes nous rendre compte de l’ambiance au-delà de notre petit groupe à l’écart, et nous n’étions pas les seuls à converser agréablement. L’ambiance dans la grande salle était parfaite, et Désèle devait très probablement être satisfaite à l’heure actuelle. Eva dansait sur une table non loin, d’autres jouaient aux cartes avec de grands rires, certaines filles avaient déjà les épaules dénudées ; bref, tout se passait parfaitement bien.
La conversation et les bons procédés semblaient être terminés, et le baron, profitant de l’accalmie actuelle, me demanda que je lui apporte une autre forme de satisfaction. J’aurais préféré que l’on monte dans ma chambre, pour être tout à fait franche. Je l’avais déjà fait moult fois, de satisfaire devant tous des hommes dans les grandes orgies de la sorte ; mais je me rendis compte cette fois-là qu’il me gênait de faire cela sous l’œil inquisiteur d’Erwan. Cet homme avait la faculté de me rendre mal à l’aise devant des situations qui d’ordinaire faisaient partie de mon quotidien.

Il n’y avait pas vraiment moyen de se refuser au baron von Drash, néanmoins. Quelle fille serait assez sotte pour se refuser au plus gros poisson de la soirée ? Ainsi, ignorant les regards curieux qui se dirigeraient bientôt vers notre couple provisoire, je m’exécutai.
Je me tournai, de manière non pas à être assise sur ses genoux, mais à être à califourchon au-dessus de lui. Mes mains jouèrent avec le tissu de son pourpoint, avant de glisser jusqu’à l’ouverture de ses chausses. Après quelques caresses langoureuses de mes doigts, je terminai par me reculer et faire disparaître mon visage entre ses cuisses, et quelques pièces de mon corsage vinrent chatouiller ses attributs désormais exposés en glissant de mon décolleté sous l'angle imposé.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 27 juin 2015, 20:46, modifié 1 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Tandis qu’Irène jouait avec lui dans des préliminaires faussement hésitants, le baron Karsten von Drash se mit à l’aise ; son corps se détendit, son dos s’appuya davantage contre le dossier moelleux du canapé, et ses jambes s’écartèrent imperceptiblement, comme s’il devinait déjà les intentions premières de la jeune femme. Et lorsqu’elle lui prodigua ses premières activités, l’homme bascula la tête en arrière, et lâcha de nouveau sa respiration dans un mouvement de contentement. Il eut un petit sourire, et si Irène releva quelque fois le visage afin de constater du plaisir de son client, elle put également remarquer que tous les regards étaient rivés sur eux.

    «Vous pouvez regarder si cela vous chante, messieurs. Mais certainement pas toucher. Ce soir, cette jeune femme est à moi. » Il rétablit son assiette, déplaça son séant de plusieurs pouces, trouvant là une position plus confortable, adaptée, et glissa sa main dans la chevelure de la jeune femme. Erwan, de son côté, tentait de détourner le regard, mais ne pouvait s’empêcher malgré lui de fixer les lèvres d’Irène et la partie callipyge de sa personne, présentement bien exposée par une robe retroussée.

    «Allons, messieurs, faites donc tourner ce commerce, et prenez-vous des filles ; nous sommes là pour ça. » A vrai dire, certains n’avaient point attendu son bon vouloir pour mettre le grappin sur deux ou trois catins de passage dans les parages, et celles-ci gisaient déjà sur les genoux ou à côtés de ces messieurs, développant çà et là des sourires éclatant qui s’en allaient se perdre dans les cous ou autre part.

    «Je n’ai pas encore touché l’une de ces filles, je ne commencerai pas aujourd’hui.
    - A ta guise, mon cher Erwan, à ta guise. T’es bien bizarre, parfois, mais bon. Ça en fera davantage pour nous, héhé !
    »

    Soudainement, Irène sentit la main de l’homme quitter l’arrière de son crâne. Il s’étalait de tout son long, bras écartés sur le dossier du canapé, dans une attitude des plus posées.

    «Mon cher Alfred von Niebitz ! Je suis fort aise de constater votre présence céans-même.
    - Le plaisir est partagé
    , répondit une voix calme, grave. Je me dois de vous remercier pour votre invitation à cette petite fête. J’y prends beaucoup de plaisir.
    - Je constate, je constate, et moi donc ! Et je dois vous remercier, moi, de m’avoir fait connaître cette petite perle qui s’agite ici-bas.
    Toujours affairée, Irène perçut la main de Karsten qui lui tapotait gentiment le crâne.
    - Je constate tout autant. Toujours dans votre style le plus flamboyant ; débraillé et la queue à l’air.
    - Et vous dans le vôtre ; austère, le genre qui se marre seulement quand il se brûle. Vous joindrez-vous à nous pour tenter d’égayer cette triste face ?
    - C’est bien aimable à vous, mais je me dois de refuser ; je ne voudrais en aucun cas risquer de briser votre bel entourage de joyeux benêts par ma simple personne. A défaut de faire étalage de ma virilité, je sais faire fonctionner mon cerveau ; j’ai encore quelques affaires à régler.
    - Arharharh. Belle tournure de phrase que voilà ; bonne journée à vos petits garçons !
    - Bonne journée à votre femme.
    »

    Quelques pas retentirent, s’éloignant tranquillement des lieux, comme la main de Karsten se crispait sur Irène.
    «Fils de pute », lâcha-t-il tout bas.

    Tout autour d’eux, un petit silence s’était fait. Les nobles des alentours n’étaient sans doute pas sans savoir que ces deux hommes-là ne pouvaient parvenir à la moindre entente, et leur rencontre assurait toujours un spectacle bien divertissant. Verre à la main, fille sous le bras, l’on s’était arrêté en pleine action –surtout pour les messieurs, afin de compter les points, et quelques petits sourires amusés plutôt que de plaisir s’étiraient à présent sur les lèvres.

    «Devrais-je lui casser quelques dents afin de le forcer à s’excuser ?
    - Non, non, ça ira, je ne serai pas celui qui franchira le pas.
    Il soupira. Et bordel, prends-toi en une, Erwan, merde ! T’es dans une maison close, que veux-tu faire d’autre !
    - Assurer votre sécurité, pardi, monsieur. Et celle de votre virilité, semblerait-il.
    »

    Un sourire amusé envahit son visage, décochant un rapide coup d’œil à Irène comme le noble ricanait doucement, lui assurant que tout se passait à merveille.

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

- Messire von Drash se révèle-là bien possessif.

Un sourire, un léger souffle sur ses attributs, et je repris ma tâche. Mes lèvres et ma langue s’activaient, changeant régulièrement de rythme et de pression. Le baron continuait la conversation alentour comme si de rien n’était, et moi, rendue muette, ne pouvais qu’écouter sans participer. L’arrivée de son rival ne le gêna pas d’un pouce alors qu’il était affalé sur le canapé, recevant mes attentions ; mais c’était probablement là sont but le plus cher. Un instant, je me demandai même s’il n’avait pas organisé cette soirée pour la simple opportunité de pouvoir obtenir la catin figurante sur Le dernier soupir, et ce sous le nez même du mécène de ladite toile.

Karsten était bien sympathique, mais grossier, et je ne pus m’empêcher de trouver certaines remarques d’Alfred véridiques, lors de la joute verbale entre les deux protagonistes. Moi, je n’en avais cure, j’étais habituée à être payée pour cela. Mais si j’avais été noble, une chose était sûre : m’exhiber vulgairement devant mes comparses dans un souci de supériorité n’aurait pas fait partie de mes objectifs. Et, même en tant que catin, je me serais bien plus amusée si j’avais pu rester à ses côtés, peut-être légèrement dénudée à recevoir quelques caresses de ses mains, mais pouvant continuer à échanger. Satisfaire les hommes, je le faisais tous les jours, alors pouvoir changer un peu mon quotidien lors des grandes cérémonies nobles, à palabrer plutôt qu’à écarter les cuisses, était assez rafraichissant. Ainsi, la passer en compagnie de ce fameux Alfred, bien plus noble d’apparence, aurait sûrement été plus agréable. Je regrettais quelque peu d’avoir cédé si facilement à la demande d’Ablaÿ.
D’autant plus que les attentions d’un ordre plus sexuel, les accorder en privé était toujours plus agréable, à mon sens. Et en présence d’un Erwan, qui de plus restait chaste, un certain malaise m’envahit. Pour la première fois depuis bien des années, j’eus honte de ma condition ; et si mes joues étaient rouges ce soir-là, c’était bien à cause de cette sensation, et non pas d’une quelconque excitation que je pouvais ressentir. Karsten n’avait rien de séduisant, mis à part ses couronnes sonnantes et trébuchantes, et je faisais courir mes lèvres sur son membre sans aucune émotion particulière.

Erwan et Karsten plaisantaient bien tous les deux, à mes dépends. Lorsque la pression des regards – en fait, un seul en particulier – me fut insoutenable, je vins décrocher l’épingle qui maintenait ma coiffure, et mes cheveux retombèrent tels une rivière sur le côté de mon visage, formant un rideau à travers lequel il n’était plus possible d’observer ma bouche faire sa besogne. Si l’on s’interrogea sur mon geste, nul doute que chacun pensa que c’était fait là pour satisfaire mon client, désireux de mêler ses doigts à ma chevelure éparse durant l’action.

Et je continuai ainsi jusqu’à ce que le baron ne veuille arrêter les réjouissances ou ne les mène jusqu’au bout.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 28 juin 2015, 01:30, modifié 1 fois.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Irène ne put rien voir, eu égard à son action, mais, lorsqu’elle décrocha son épingle pour détacher ses cheveux et laisser couler ses mèches rebelles devant son visage, le masquant aux regards extérieurs, peut-être put-elle sentir un sourire que plus amusé encore. Ou n’était-ce là que les effets de son imagination, et l’intense embarras qu’elle éprouvait ? Si son client s’était révélé loquace, voilà qu’il venait de perdre sa volubilité à mesure que la jeune femme lui prodiguait ses attentions ; bientôt, il ne put faire autrement que de se concentrer sur son bas ventre et sur les ondées de plaisir qui lui traversaient le corps. La catin le sentit bien aussi bien au niveau de sa virilité que du rythme de sa respiration. Vint ensuite la délivrance, le moment fatidique, qu’il expulsa dans des râles ridiculement tonitruants, rauques et retentissants par-delà le canapé. Etait-ce un dernier signe envoyé à Alfred von Niebitz ? Quoi qu’il en fût, bien des personnes furent au courant de ce qu’il se passait, et les rumeurs commencèrent à courir ; oui, cette jeune catin, là, celle-là même qui avait posé pour un tableau, savait manier sa langue et ses lèvres comme pas deux, et avait cette capacité de vous faire jouir en trois secondes à condition que vous remplissiez son corsage de pièce donne. Etonnant.

    Désèle papillonnait de partout, volant de groupes en groupes, butinant les couples et les esseulés, cherchant à vérifier si tout allait bien. La matrone semblait ravie du bon déroulement de la soirée, et un petit air satisfait venait éclairer ses traits d’ordinaire si sévères. Autour d’Irène, la rangée de noble s’activait, chacun à sa manière, débraillé, vêtu, allongé, à genoux, dans un sens comme dans l’autre, et ainsi se comportaient également leurs catins respectives.

    «Tiens, vous êtes le premier à avoir terminé, Karsten.
    - Arharharh. Taggle ; je suis aussi le premier à avoir commencé. Puis je l’avais depuis suffisamment longtemps dans la tête pour ne pas craquer rapidement. Depuis le temps, eh !
    » Bras et corps ballant, le noble demeura un instant dans sa position initiale, sans pudeur aucune, et considéra Irène. Il reprit quelque peu sa respiration, avant de poursuivre.

    «Dis-moi, petite ; qu’est-ce que toutes ces marques autour de ta gorge ? Ça m’a interpellé, tout à l’heure, mais je n’avais pas trop l’esprit aux disquisitions. C’était pas sur la toile, ça, mmh… ? »

    Ile baron attendit une réponse de la jeune femme, remontant ses chausses et se redressant sur le canapé. Il considéra son entourage d’un air cauteleux, se rinçant l’œil là où il le pouvait –un peu partout. Puis, après avoir regardé sur la table, à gauche et à droite, de l’air de celui qui cherche quelque chose, Karsten s’adressa une nouvelle fois à Irène.

    «Fait grand soif, ici ! Va donc me chercher de quoi me sustenter quelque peu, tiens. Ah, et j’entends à ce que tu ne frayes pas trop avec les autres nobles. Tu disais que j’étais bien possessif ? Bha je vais te le prouver ; tu te fous à poil pour personne, entendu ? Et les galipettes habillée, c’est du pareil au même. Allez, va ! »

    Joignant le geste à la parole, il lui administra une petite tape sur les fesses avant de se tourner vers l’un de ses confrères pour lui parler, ignorant totalement le fait qu’il s’essayait, avec sa putain, à la position de la belette frétillante, particulièrement réussie, pour le coup.
    Irène, quant à elle, louvoya en direction des cuisines, à l’opposé de sa position. Elle croisa bien du monde qui l’observa, sans pour autant tenter de se faufiler à elle ; la petite altercation entre Alfred et Karsten semblait connue de tout le conviviat, et de là découlait l’appartenance de la jeune femme à ce dernier. Quelques-uns s’y essayèrent, pourtant.

    «Ma demoiselle ?
    - Irène, c’est ça ?
    - Un tableau tout à fait réussi, félicitation.
    - Combien pour une pipe ?
    - Soirée vomie, soirée réussie !
    »

    A noter que ce dernier, là, n’en voulait aucunement au corps de la catin. Ivre, il chancelait de droite à gauche, vacillant d’un pied à un autre dans une démarche de marin venant de retrouver le plancher des vaches.
    Sans quoi, la soirée battait son plein. Evaë ne portait plus rien de décent, si l’on comptait que sa vêture l’eût un jour été, et un homme avait quitté son canapé pour rejoindre sa table. La catin se tenait à lui pour effectuer quelques figures artistiques et aguichantes, comme si l’homme en question n’était pas autre qu’une barre de fer reliant le sol au plafond. Çà, un hobereau gisait sur le dos d’une autre table, chausses à moitié ouvertes, et ronflaient bruyamment ; là, un jeune godelureau charmait une noble magnifique ; là-bas encore, deux types s’adonnaient au bras de fer, et de part et d’autre de leur coude gisaient les cadavres de quelques gobelets présentement vides. Une nouvelle manche s’engagea, les muscles se contractèrent, et, imbriaque et révulsé par l’effort soudain, un des belligérants rendit le contenu de son estomac, bien plus liquide que solide. Plus loin, Alfred conversait droitement avec un noble au regard d’acier barré d’une cicatrice, et, à l’opposé, Adélaïde marchandait le prix de ses formes auprès d’un groupe de jeunes gens qui tenaient bien davantage de l’étudiant que du noble mondain. La cuisine se trouvait tout droit.

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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Désormais masquée par mes cheveux, ma propre vision périphérique étant obscurcie, je pus mieux me concentrer sur ma tâche, et celle-ci ne dura pas plus que quelques minutes avant que le baron ne déverse sa satisfaction. Jouissant dans des râles que je soupçonnais volontairement bruyants, cela ne m’étonna pas vraiment du personnage. Voulait-il asseoir sa domination sur les autres nobles de la soirée en s’affichant ostensiblement avec la figurante de la fameuse toile qui avait tant fait parler ? C’était assez puéril, en un sens ; mais bien masculin, comme comportement. Celui-ci ne me dérangea pas plus que cela néanmoins, car cela servait ma réputation. Si d’autres nobles par la suite étaient disposés à me payer aussi généreusement que lui, mes économies seraient florissantes, et peut-être ne s’agirait-il que d’une question de temps pour qu’elles soient nécessaires pour construire une autre vie, loin du bordel.

Non sans un sourire amusé à l’entente de l’échange entre Erwan et Karsten à propos de l’endurance de ce dernier, j’étais occupée à renouer mes cheveux correctement et à ramasser les couronnes qui s’étaient échappées, lorsque le baron me questionna à propos des bleus sur mon cou. Mon sourire se figea quelque peu, et j’eus grand mal à ne pas chercher des yeux le bandit responsable, qui, en fait, se trouvait dans cette même pièce.

- Certains clients ne sont pas aussi… raffinés que d’autres. J’eus un sourire triste. Il suffit d’un verre de trop pour attiser les comportements les plus violents ; et ce client-là était très en colère, lorsque j’ai eu le malheur de me montrer devant lui. Il faut croire que notre activité a aussi ses dangers. Je ramassai les dernières couronnes que je rangeai correctement dans mon décolleté, qui me faisait toujours office de sac provisoire. Enfin, c’est terminé maintenant ; je suis toujours là, c’est l’essentiel.

Avec ces derniers mots, je signifiai que je ne donnerais aucun détail supplémentaire, et que le sujet était clos.

Les nobles alentour étaient somme toute assez occupés également. La plupart étaient désormais en bonne compagnie, et ceux qui préféraient la présence de leur collègue étaient déjà bien avinés ou absorbés dans des conversations personnelles. Seul Erwan restait assez sobre, parmi nous ; et une interrogation s’imposa à mon esprit : qu’était-il réellement ? La facture de ses vêtements, ses bonnes manières, tout laissait penser qu’il était noble, et c’est ce que j’avais cru jusqu’à tout récemment. Ce soir-là, en revanche, il passait plus pour un homme engagé par Karsten. Une sorte d’intendant ou garde personnel, je ne savais pas vraiment. Mais probablement quelqu’un de haut placé parmi les domestiques, à la vue de sa qualité de vie certaine ; le simple fait de sa présence ici, également, témoignait d’une certaine position.

- Très bien, répondis-je après les nouvelles demandes de Karsten. Je vais vous chercher une carafe.

Et, sans m’attarder plus longtemps, je me mis en quête d’aller lui chercher du vin, tâchant de ne pas être longue. L’on m’aborda à plusieurs reprises, et, sentant quelque part l’œil inquisiteur de mon client qui noterait certainement tout échange langoureux avec un autre homme, je déclinai toute invitation qui supposait autre chose qu’une simple conversation. « Oui ? » « Irène, c’est bien moi » « Merci pour le tableau, il est vrai que l’artiste en a fait une merveille » « Navrée, je suis déjà réquisitionnée pour la soirée » « Non non, pas ce soir ». Mes déclinaisons retentirent longuement, et j’eus l’impression qu’il s’était déroulé une éternité avant que je puisse revenir avec une lourde carafe de vin rouge de Tilée.
En chemin, je notai la présence d’Alfred avec… Marwen. J’eus un pas d’arrêt, sceptique. Cet homme était-il réellement un noble qui folâtrait dans les égouts dans des affaires illégales, ou était-ce un imposteur qui s’était déguisé ce soir-là ? Il était difficile d’imaginer qu’un vulgaire brigand possède les us et coutumes des manières nobles pour pouvoir se fondre dans la masse. J’étais désireuse de l’éviter, mais mon désir de saluer Alfred surpassa ma répugnance. Ainsi, faisant un léger détour avec ma carafe, j’avançai vers messire von Niebitz.

- Bonsoir, messire. La carafe dans les mains, je m’inclinai légèrement telle que le voulait l’étiquette. Je suis navrée, si j’avais su que vous faisiez partie de cette soirée, je serais certainement venue vous saluer plus tôt. Je voulais vous remercier d’avoir envoyé votre peintre parmi nous ; ce fut un réel plaisir de poser pour lui. N’hésitez pas à le renvoyer ici, s’il a besoin de modèles.

Je conversai avec lui selon les dispositions qu’il eut pour me répondre, puis je terminai, assez rapidement :

- Vous m’en voyez navrée, mais je dois aller servir mon client ; je ne puis m’absenter plus longtemps. Je montrai la carafe avec une petite grimace contrite. Ce fut un réel plaisir de faire votre connaissance. Messire von Niebitz, messire…

Le dernier mot était désigné au « noble » Marwen à ses côtés, et ne sachant pas comment le nommer, je terminai avec un simple messire.

Puis, me faufilant à travers le labyrinthe de fêtards, je revins vers le canapé pour servir Karsten.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 29 juin 2015, 23:09, modifié 1 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
Profil: For 9 | End 10 | Hab 11 | Cha 13 | Int 11 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65
Lien Fiche personnage : Ici
Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage

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