- Yeux dans les yeux, bien trop proche pour qu’elle se sentît à l’aise. Il répondit, facétieux.
«Non, tu n’as pas l’air stupide. Une belle petite tête, et qui semble remplie, en sus de cela. Davantage que celle d’Ambre. C’est rare, ça, de nos jours. Alors, tu comprends également que, même si j’attendais une certaine forme de réponse, il s’agissait là de questions rhétoriques. »
L’homme sentait les émotions qui traversaient la jeune femme qu’il avait en face de lui, et, effectivement, cela l’amusait quelque peu, et il en jouait. Il était celui qui torturait par le biais de chaque nouvelle disquisition, et elle, celle qui devait répondre à toute interrogation, cherchant tant bien que mal où pouvait bien se trouver le piège, la mauvaise réponse qui en finirait une fois pour toute avec elle. Lorsqu’elle lui déclara qu’elle ne voulait pas d’arrangement avec lui, avec une morgue retrouvée, une détermination qui tentait à dissimuler quelques relents de peur, il se redressa, haussant un sourcil aussi interrogateur que moqueur. Il ne l’interrompit toutefois pas, curieux de connaître les pensées profondes de cette belle petite tête bien remplie.
Il écouta patiemment ce que la jeune femme avait à lui dire, sur ses hommes, son entrepôt, ses possibles désirs. Il écouta le ton endêvé de sa vis-à-vis, ses récriminations injurieuses à l’encontre de Désèle, la rage qui découlait de son nouveau statut de martyre, sacrifiée sur l’autel des obligations et des Plaisirs Terrestres. Tout cela le fit sourire, de nouveau. Avec un tempérament et une décontraction qu’il était difficile de lui attribuer, il secoua nonchalamment la tête, et vint s’asseoir à côté d’elle, sur le bureau, jambes ballantes pendant dans le vide comme s’ils étaient soudainement de vieux amis à la conversation habituelle.
«Ouais, mais non. Déjà, je connais très bien Désèle, et je sais qu’elle n’est pas magicienne. Elle ne peut pas faire repousser une langue, ni apprendre à écrire à Ambre en quelques secondes. En partant de ce postulat, comment veut-tu qu’elle sache ce qu’il s’est vraiment passé ici ? Elle a juste vu qu’Ambre n’avait pas le paquet demandé, et qu’elle avait plus vraiment capable de communiquer. Fin de l’histoire. Après, pourquoi ne t’a-t-elle rien dit ? Il ricana. Je vais te le dire ; c’est simplement une putain de couarde, rien de plus. Elle a peur de moi. Elle se donne des airs de grande duchesse, là, avec son maquillage tracés de noir, un semblant de sévérité naturelle, et des plumes de paon dans les cheveux. Très noble, comme apparence, ouais. Mais c’est tout. »
Alors à ses côtés, toujours, le bandit venait de glisser un bras autour de la jeune femme, ceignant sa taille en passant par la cambrure de son dos. Puis, dans un geste précis, sachant avec rigueur la localisation de sa cible, il s’empara de la petite dague de la jeune femme, et la jeta négligemment dans un coin de la pièce.
«Ça, tu n’en auras pas besoin, ici. Je doute que tu l’utilises contre moi –tu n’as pas l’air stupide, mais, sait-on jamais, je préfère m’épargner l’indisposition d’une petite plaie tributaire d’un coup de dague, tu vois. C’est pas agréable, et ça gratte beaucoup quand ça cicatrice. Bon, où en étais-je ? Ah ouais. Tiens, j’ai envie de foutre le bordel dans ton établissement qui en est déjà un. Tu n’as aucunement besoin de le savoir, mais je vois que tu nourris une grande rancune à l’égard de notre bien-aimée Désèle. Alors alors… »
Décontracté, tel était le mot, et c’était probablement là sa véritable nature lorsque rien ne venait le contrarier. Loquace, malicieux, et plein d’assurance ; ainsi était ce bandit dans son milieu naturel, et son regard gris étincelait souvent d’une lueur d’intelligence et de perpétuelle ironie, prêt à s’en remettre au simple risque du jeu.
«Désèle… Désèle von Essah. Eh ouais. Sale histoire, hein ? Mais bon, elle n’a dû rester noble que quelques années, à la fleur de son adolescence, car son père l’a déshéritée en apprenant qu’elle s’était entichée du garçon d’écurie. Et aussi après qu’elle eût découvert que la paille permet de faire plein de trucs chouettes que les Sigmarites réprouvent souvent, ces rabat-joie. Et devine sur qui elle tombe, là, en pleurs, errant sans but dans les rues, les fesses encore toutes rouges de la rossée de papa ? Arharharh. Là où je me suis planté, par contre, c’est que je pensais pouvoir faire usage de sa noblesse pour mon propre intérêt, mais bon. Tu vois ce qu’elle est devenue aujourd’hui ; ça n’a pas autant payé que je l’escomptais. Mais bon, je me suis tout de même arrangé pour en retirer une situation profitable. »
Il avait également écouté la fin du discours de la jeune femme, lorsque toute témérité l’avait subitement quittée, et que la dure réalité l’avait rattrapée. Voix chétive, voix entrecoupée d’hésitation et de peur, voix qui se brisât. Il sauta souplement au sol avant de se remettre en face d’elle.
«Finir égorgée ? Non, j’en doute. Mais, si c’était vraiment le cas, alors cela justifie pleinement mon choix ; je préfère que ce soit toi plutôt qu’un de mes gars, tu vois ? Il lui caressa la joue. Ce serait un beau gâchis, je le répète, au même titre que pour Ambre, mais… C’est la vie. Quant au fait de te démolir… »
Il agita sa dague sous le nez de la jeune femme, et la pointe acérée traça un sillon blanchâtre autour de ses lèvres, sans pour autant la couper. Puis, de ce même mouvement nonchalant avec lequel il avait désarmé Irène, il jeta au loin la lame.
«Non, comme je te l’ai dit, je n’en ai pas vraiment envie, sauf si tu y tiens vraiment par l’objet d’un refus. Je vais simplement remettre les choses aux clairs ; oui, je vais donc t’obliger à faire ce que je t’ai demandé, c’est-à-dire, une ou deux fois par mois, revenir ici, passer la commande de Désèle, récupérer la marchandise, et te tirer fissa. Tu continueras de travailler au bordel, de vider les bourses de ces messieurs pour remplir la tienne, bref, le tracas quotidien. Je vais donc, effectivement, te laisser partir, avec le paquet de notre amie commune. Mais d’abord… »
Il laissa planer un instant, avant de désigner les cuisses de la jeune femme d’un petit mouvement de la tête, comme si c’était là l’évidence même.
«Remonte le bas de ta robe. Jusqu'à la taille. »
[Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
Toute apeurée que j’étais, l’homme avait bien dû comprendre qu’il ne gagnerait rien à être plus violent. Il changea d’attitude, d’une façon qui me surprit voire m’effraya encore plus, me rendant le personnage imprévisible. Il s’assit soudain à côté de moi, écoutant mes paroles pour mieux y répondre, conversant comme s’il n’était pas l’auteur des ecchymoses qui déjà commençaient à tâcher ma gorge. Dans un réflexe, mon corps s’arqua de façon à m’écarter ; je continuai à lui répondre néanmoins.
- Qu’elle sache ou non ce qui s’était passé, elle savait qu’Ambre revenait d’ici, que la transaction ne s’était pas déroulée comme prévu, et qu’une de ses filles – accessoirement – était rentrée une langue en moins. C’est le genre d’information que j’aime à connaître avant de plonger dans la gueule du loup, marmonnai-je, plus pour moi-même qu’autre chose.
Pour la suite, Désèle avait beau avoir peur ou non de ce bandit dont j’ignorais encore le nom, je n’en avais que faire ; surtout lorsque l’affirmation venait du bandit lui-même. Il était facile de se vanter d’effrayer une personne, et jusqu’à présent, bien que la matrone venait de me décevoir grandement en m’envoyant dans ce guet-apens, je la voyais mal effrayée de quoi que ce soit, l'ayant connu toujours droite, sévère et impartiale.
Là, l’homme glissa sa main dans mon dos, tel un amant amouraché, mais je sentis ma dague se détacher de ma taille, ce qui me fit sursauter. Je réprimai mon envie de l’arrêter dans son geste. Avoir toujours ma dague sur moi m’avait indirectement rassurée, en cas d’attaque trop violente de sa part. Mais il l’avait vue, et désormais, je ne l’avais plus ; je l’entendis rebondir au sol à l’autre bout de la pièce, me sentant encore plus vulnérable, si c’était possible.
Les révélations concernant Désèle me laissèrent de marbre, ou presque. J’en fus étonnée, mes yeux s’agrandirent légèrement, mais mes conditions actuelles n’étaient pas celles qui me permettaient de m’y intéresser comme je l’aurais fait si je m’étais trouvée dans un canapé molletonné, un verre de vin à la main. J’étais trop préoccupée par la présence du malfrat à mes côtés, et je n’avais qu’un seul désir, à présent : quitter au plus vite ce trou à rats. Sans compter que la mort de Loredo et la révélation de l’état d’Ambre étaient encore trop présentes ; cet afflux soudain d’informations toutes aussi horribles les unes que les autres commençaient à me faire saturer.
Oui, enfin, elle s’en est mieux sortie que toi, visiblement, ne pus-je m’empêcher de penser en faisant référence à sa condition de vulgaire contrebandier. La maquerelle d’un bordel avait une situation bien plus avantageuse, à mon sens.
Prestement, l’homme se releva, ramenant ma crainte au premier plan. Je fermai les yeux lorsqu’il fit courir la pointe de sa lame autour des reliefs de ma bouche, mais je ne sentis pas la morsure de la dague. Celle-ci voltigea au même titre que la mienne, et ses ordres tombèrent, sèchement.
Je plantai mon regard humide dans le sien durant quelques secondes, de longues secondes. Je répugnais à lui obéir. Ecarter les cuisses, je faisais cela tous les jours ; mais jamais contrainte.
Je terminai par m’exécuter. Quittant le bureau, je me remis sur mes pieds, faisant soupirer doucement le tissu de ma robe le long de mes jambes, jusqu’à ce que celles-ci soient entièrement découvertes. Quand il esquissa un geste pour venir caresser ma peau, sûrement, j’attrapai son poignet pour l’arrêter dans son mouvement, attendant confirmation à propos de quelque chose.
- Cela fait partie des transactions, ça aussi ; ou puis-je au moins prétendre à mon salaire habituel sur le temps perdu à te satisfaire ?
Le prendre pour nouveau client régulier ou être troussée gratuitement tel un vulgaire mouchoir était nettement différent. Dans le premier cas, cela était faire mon travail et cela rentrait dans mes aptitudes. Quel que soit le client, tant qu’il me payait, je n’étais en général pas en mesure de protester ; à moins d’avoir une bonne raison pour cela. Dans le second cas, c’était me prendre complètement pour une esclave, à sa portée simplement car je mettais un pied dans son entrepôt. Car, dans les faits, aller servir un client en récupérant une certaine marchandise pour Désèle, je n’aurais rien eu à y redire, si cela avait été fait dans les normes. C’est-à-dire, avec des informations données clairement et honnêtement, qui auraient évité et la mort de Loredo, et mon agression, et le grand danger pour ma vie. Et ce fut avec un ressentiment sourd, et une amertume lourde, qui auraient bientôt fait de prendre racine au plus profond de mon être, que je laissai faire.
Comme d’habitude.
- Qu’elle sache ou non ce qui s’était passé, elle savait qu’Ambre revenait d’ici, que la transaction ne s’était pas déroulée comme prévu, et qu’une de ses filles – accessoirement – était rentrée une langue en moins. C’est le genre d’information que j’aime à connaître avant de plonger dans la gueule du loup, marmonnai-je, plus pour moi-même qu’autre chose.
Pour la suite, Désèle avait beau avoir peur ou non de ce bandit dont j’ignorais encore le nom, je n’en avais que faire ; surtout lorsque l’affirmation venait du bandit lui-même. Il était facile de se vanter d’effrayer une personne, et jusqu’à présent, bien que la matrone venait de me décevoir grandement en m’envoyant dans ce guet-apens, je la voyais mal effrayée de quoi que ce soit, l'ayant connu toujours droite, sévère et impartiale.
Là, l’homme glissa sa main dans mon dos, tel un amant amouraché, mais je sentis ma dague se détacher de ma taille, ce qui me fit sursauter. Je réprimai mon envie de l’arrêter dans son geste. Avoir toujours ma dague sur moi m’avait indirectement rassurée, en cas d’attaque trop violente de sa part. Mais il l’avait vue, et désormais, je ne l’avais plus ; je l’entendis rebondir au sol à l’autre bout de la pièce, me sentant encore plus vulnérable, si c’était possible.
Les révélations concernant Désèle me laissèrent de marbre, ou presque. J’en fus étonnée, mes yeux s’agrandirent légèrement, mais mes conditions actuelles n’étaient pas celles qui me permettaient de m’y intéresser comme je l’aurais fait si je m’étais trouvée dans un canapé molletonné, un verre de vin à la main. J’étais trop préoccupée par la présence du malfrat à mes côtés, et je n’avais qu’un seul désir, à présent : quitter au plus vite ce trou à rats. Sans compter que la mort de Loredo et la révélation de l’état d’Ambre étaient encore trop présentes ; cet afflux soudain d’informations toutes aussi horribles les unes que les autres commençaient à me faire saturer.
Oui, enfin, elle s’en est mieux sortie que toi, visiblement, ne pus-je m’empêcher de penser en faisant référence à sa condition de vulgaire contrebandier. La maquerelle d’un bordel avait une situation bien plus avantageuse, à mon sens.
Prestement, l’homme se releva, ramenant ma crainte au premier plan. Je fermai les yeux lorsqu’il fit courir la pointe de sa lame autour des reliefs de ma bouche, mais je ne sentis pas la morsure de la dague. Celle-ci voltigea au même titre que la mienne, et ses ordres tombèrent, sèchement.
Je plantai mon regard humide dans le sien durant quelques secondes, de longues secondes. Je répugnais à lui obéir. Ecarter les cuisses, je faisais cela tous les jours ; mais jamais contrainte.
Je terminai par m’exécuter. Quittant le bureau, je me remis sur mes pieds, faisant soupirer doucement le tissu de ma robe le long de mes jambes, jusqu’à ce que celles-ci soient entièrement découvertes. Quand il esquissa un geste pour venir caresser ma peau, sûrement, j’attrapai son poignet pour l’arrêter dans son mouvement, attendant confirmation à propos de quelque chose.
- Cela fait partie des transactions, ça aussi ; ou puis-je au moins prétendre à mon salaire habituel sur le temps perdu à te satisfaire ?
Le prendre pour nouveau client régulier ou être troussée gratuitement tel un vulgaire mouchoir était nettement différent. Dans le premier cas, cela était faire mon travail et cela rentrait dans mes aptitudes. Quel que soit le client, tant qu’il me payait, je n’étais en général pas en mesure de protester ; à moins d’avoir une bonne raison pour cela. Dans le second cas, c’était me prendre complètement pour une esclave, à sa portée simplement car je mettais un pied dans son entrepôt. Car, dans les faits, aller servir un client en récupérant une certaine marchandise pour Désèle, je n’aurais rien eu à y redire, si cela avait été fait dans les normes. C’est-à-dire, avec des informations données clairement et honnêtement, qui auraient évité et la mort de Loredo, et mon agression, et le grand danger pour ma vie. Et ce fut avec un ressentiment sourd, et une amertume lourde, qui auraient bientôt fait de prendre racine au plus profond de mon être, que je laissai faire.
Comme d’habitude.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 21 juin 2015, 20:51, modifié 1 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage
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- [MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
- Le dilemme, lisible dans les prunelles marine de la jeune femme, amusa le bandit, et ce fut un long regard qu’ils échangèrent. L’homme, toutefois, savait qu’il ne pouvait faire autrement que de le gagner, et que la catin devait se soumettre à sa volonté. Elle n’était aucunement en position de force, et encore moins en position de lui refuser quoi que ce fût. Avec lenteur, elle se leva enfin, et, mettant ses mains à hauteur de sa taille, joua de ses doigts pour remonter le tissu. Chaque mouvement remontait toujours plus la robe, dévoilant de belles jambes fuselées, et le bandit ne manqua pas une miette du spectacle. Il se rapprocha d’elle, esquissa un geste. Il fut aussitôt interrompu.
«Demanderais-tu un salaire, là, alors que je ne te dois rien ? Tu n’es pas en mesure que de l’imposer. Il s’en amusa, encore, toujours. Nonobstant cela, ainsi que je l’ai déjà dit, oui, tu y trouveras ton compte comme j’y trouverai le mien. Je te paierai bien. »
L’idée qu’elle eût pu quitter le bureau sembla lui déplaire, et, de nouveau, il l’accula contre le bois, jusqu’à ce qu’elle s’assît de nouveau. Magnétisé par les formes d’Irène, il conduit naturellement ses mains à l’intérieur de son corsage déchiré, s’emparant fermement de sa poitrine, la soupesant, la pétrissant doucement.
«Tu sous-entendais que je pouvais avoir toutes les filles que je souhaitais, dans les alentours. Si ce n’est pas tout à fait vrai, cela comporte son lot de vérité. Mais… J’ai comme l’impression que tu n’as pas souvent fréquenté cette engeance-là. Ici, les gens n’ont plus de bouche, que des uniques chicots noirâtres qui leur pendent sur le côté ; les filles sont hâves et maladives, leurs corps sont malingres, et elles perdent leurs cheveux tout en ayant des chancres suppurants autour de la bouche. »
Ses mains continuaient de parcourir la poitrine de la jeune femme, d’effleurer sa peau, de titiller ses extrémités de ses ongles et de ses doigts. Une certaine ardeur s’emparait de son corps, et ses mouvements devenaient plus brusques sans pour autant être violents. La pression de ses doigts sur sa peau s’intensifia légèrement à mesure qu’Irène le sentait bouillir intérieurement.
«Alors, tu imagines bien, lorsque je vois une fille comme toi, une putain des beaux quartiers de la Neuestadt, je peux difficilement résister. Je l’avoue, comme bien des hommes, je puis être faible à la rousseur de ta chevelure, au grain de ta peau, à la perfection de tes courbes, à ton ventre qui reste plat, et non pas squelettique, et à la douceur sans défaut de ton bas-ventre. »
L’excitation du brigand devenait de plus en plus palpable et visible comme il se lançait dans son discours. Bientôt, toutefois, il dut s’arrêter de parler ; il plongea son visage dans le décolleté d’Irène, entre les pans déchirés, au cœur de son giron. Là, elle put sentir le souffle de l’homme contre sa peau, entre ses seins, ses mains qui la palpaient, qui bombaient que plus encore ses chairs, et, l’instant d’après, des lèvres qui se refermaient sur l’un de ses mamelons.
Dans le même temps, l’une de ses mains quitta l’endroit pour se diriger, lentement mais sûrement, vers son ventre ; à travers le vêtement, sa route toute tracée put être facilement suivie et sentie par la catin. Elle caressa ses flancs, s’abreuva de sa peau, erra sur son nombril. Cette même main, toujours, se retourna doucement ; poignet vers le haut, doigts qui pointaient vers le bas, en direction de son bas-ventre, et qui y glissèrent avec ardeur. S’insinuant doucement sous le dernier vêtement de la jeune femme qui dissimulait encore son intimité, le bandit prodigua de légères caresses, lesquelles tranchèrent avec la passion et l’envie qui l’habitaient. Patiemment, il contourna l’entrejambe de la damoiselle, effleurant l’intérieur de ses cuisses. Son visage, lui, demeurait au même endroit, et ses lèvres butinaient encore et toujours les charmes de la catin. La pression qu’il exerçait sur son ventre et sa poitrine obligeait Irène à se courber davantage, de plus en plus ; ce fut d’abord ses propres mains qui, de chaque côté de son corps, légèrement reculées, la maintenaient encore plus ou moins droite. Bientôt, elle n’eut pas d’autres replis que ses avant-bras et ses coudes, posés à même la table.
Les hommes qui se comportaient de la sorte en compagnie des putains étaient bien rares, très rares, même ; Irène ne le savait que trop bien. La grande majorité de ses clients ne venaient la voir que pour assouvir leurs propres besoins sexuels, à leur manière. Point d’état d’âme ou de douceur qui tinssent ; que de la brutalité expédiée, motivée par une ardeur indéfectible qui s’évanouissaient sitôt qu’ils jouissaient. Pas de caresses languissantes cherchant à amener l’autre vers la douce pente du plaisir, non, rien que le minimal requis, et une excitation brute. Ils s’emparaient du corps de la catin qu’ils avaient acheté pour une demi-heure, la troussaient, et s’en allaient aussitôt leur désir satisfait.
Là, collé contre son corps à moitié dénudé, la jeune femme avait un bandit qui l’attouchait, et ses manières contrastaient amplement avec les attentions dont il avait accaparés Ambre. Des manières rustres, une excitation bestiale, une possession dominante, voilà ce qui l’eût caractérisé à merveille. Pas cela. A la place, l’homme se comportait plutôt comme un amant énamouré, la caressant avec passion, certes, mais sensualité et douceur. Se pouvait-il qu’il se fût entiché d’une catin qui ressemblait, selon lui, énormément à celle à qui il se liait autrefois ? Qu’un homme de sa trempe pût voir son cœur attendrit de la sorte, tranchant net avec les cicatrices qu’il arborait sur le visage, avec sa façon de menacer autrui, de jouer avec les autres ? Ou, justement, était-il en train de jouer avec elle ?
Elle ne le connaissait que depuis une heure à peine, mais l’hypothèse n’était pas à écarter pour autant. Il se pouvait très bien qu’il agît de cette façon-là afin de faire naître des sentiments contradictoires dans l’esprit de sa captive. Elle ne l’aimait pas, cela se sentait, mais les réactions propres de son corps demeuraient bien distinctes de celles du cœur. L’obliger à ressentir des émotions, des sentiments de désir ; se sentir vaciller au bord d’un certain plaisir lorsqu’elle se le refusait, par possible dignité, ego. Réussir à briser les murailles frigides que le métier de catin renforçait à chaque nouveau client.
Pouvait-elle percevoir, là, engoncé entre ses seins, un visage amusé, ironique ? Pouvait-elle deviner un petit rictus moqueur peint sur des lèvres butineuses ?Tu voulais développer la psychologie, alors je t’offre ce test (au cas où, en plus d’avoir décrit tout cela. 8D)
Test d’opposition.
Brigand : moyenne d’Hab et de cha : 13.5, élevé à 14.
Bonus sur Irène : 1 (il possède Dressage des animaux).
…
Non, j’déconne.
Pas de modificateur.
Résultat : 10 ; réussi de 4.
Irène :
END : 10
Modificateur : 1 (volonté de fer)
Résultat : 16 – 1 = 15 ; raté de 5.
Qu’importaient les raisons ou ses motivations ; Irène avait beau tenter d’ignorer tout cela, de conserver un stoïcisme impérial, cela lui était de plus en plus impossible. L’homme savait s’y prendre, et le corps de la jeune femme réagissait en conséquence. En dépit de son métier, de ses simulations qu’elle lançait parfois pour accompagner un client et le conforter dans sa virilité, elle sentait, pour de bon, un certain désir qui l’envahissait, une certaine chaleur qui venait délicieusement rosir ses joues, sa respiration qui se raccourcissait, devenant plus profonde et dense. L’extrémité de sa poitrine qui se durcissait, contre son gré, son bassin qui se mettait à osciller, doucement. Et, pire encore, d’inavouables pensées qui s’emparaient de son esprit, et qui l’aguichaient que mieux encore. C’en fut presque criant de vérité lorsque la main du brigand se fit plus insidieuse et entreprenante que jamais.
Et, si elle en doutait encore, ses doutes furent balayés ; le sourire de l’homme fut plus sarcastique que jamais, juste avant qu’il vint lui cueillir les lèvres des siennes.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
- Tu ne me dois rien ?
Je répétai ses propres mots, presque incrédule de faire face à de tels propos. Il avait tué mon garde du corps, manqué de m’étouffer, et comptait bientôt abuser de moi, et il ne me devait rien ? L’arrogance de cet homme était si profonde qu’elle ressemblait à s’y méprendre à celle d’un noble.
Il me ramena contre le bureau, où je dus m’asseoir à nouveau, écartant les jambes pour qu’il se place debout entre elles. Son envie était déjà palpable à travers ses chausses. Je détournai le visage alors qu’il glissait ses doigts sous mon corsage écorché, écoutant ses palabres sur les filles maladives des mauvais quartiers. Ce n’était pas difficile à imaginer, que nous étions vues comme des trésors féminins ; pourtant, nous n’avions rien de plus que les autres, si ce n’était une hygiène de vie supérieure.
- Eh bien, dans ce cas, qu’est-ce qui t’empêche de venir profiter, comme n’importe quel homme, de notre établissement ? Des filles telles que tu les décris, nous en avons plein.
Je disais cela en désespoir de cause. Tel qu’il était parti, il ne s’arrêterait pas ; il allait me prendre sur ce bureau, c’était certain. D’autant plus que je ne désirais pas vraiment voir un malfrat tel que lui pénétrer aux Plaisirs Terrestres ; je n’osais pas imaginer la terreur d’Ambre – et la mienne – de le voir passer le seuil.
Alors qu’il parlait, il laissait ses doigts dessiner des arabesques invisibles sur la peau de mes seins. Ma respiration était toujours rapide ; j’ignorais encore de quelle façon il comptait me traiter, et cette première approche, bien qu’elle fut douce, ne m’amadoua pas. J’avais encore la sensation de ses doigts refermés sur ma gorge jusqu’à l’étouffement, je revoyais l’ire irrationnelle qui l’avait pris à la simple vue de Loredo, j’imaginais ce qu’avait subi Ambre. Je ne pouvais pas comprendre comment un homme pouvait mettre à mort un autre et profiter d’une femme quelques minutes après à peine. A chaque instant, je m’attendais à un retournement de situation, à ce qu’il agrippe mes cheveux pour me faire m’allonger brusquement sur la surface du bureau et à ce qu’il me pénètre violemment. Etait-ce sur ce même bureau qu’il avait l’habitude de faire ses affaires avec Ambre ? Sur ce même bureau qu’il l’avait tabassée, avant de la traîner devant ses hommes ? Peut-être sa langue arrachée trainait-elle dans l’un des tiroirs ?
Ce fut durant toutes ces pensées que l’homme avait enfoui son visage dans l’ouverture de mon corsage, dégustant les formes de ma poitrine de ses lèvres et de sa langue. Ses gestes se faisaient progressivement plus brusques, plus passionnés, mais contrairement à mes attentes, jamais il ne devint violent. De plus en plus entreprenant, je fus rabattue contre le bureau doucement, obligée de m’allonger face à la pression constante de ses gestes. L’une de ses mains descendit, non pas pour ouvrir ses chausses, mais pour se glisser entre mes jambes et y laisser quelques ardeurs, déterminé, visiblement, à me rendre humide. Pas de violence, pas de douleur, pas d’égoïsme.
Ce comportement me laissa dans une confusion des plus extrêmes. La tendresse apparente de ces gestes, suite au comportement qu’il avait eu avec moi, cela ne collait pas du tout. Il y avait forcément un piège quelque part. Et, lorsque je vis son sourire, un sourire sarcastique, victorieux, alors que mon corps réagissait positivement à ses caresses ; je compris. Il ne s’agissait qu’une question d’ego masculin ; celui de réussir à faire grimper aux rideaux une femme qui n’avait pas même souhaité lui offrir son corps. Et, quand l’évidence de ce fait s’imposa à mon esprit, alors qu’il venait de m’embrasser, collant ses chausses tendues contre mon bassin, je ne pus m’empêcher de ricaner ; ricanement qui bientôt se transforma en fou rire incontrôlable, brisant notre baiser.
- Par les neuf, tu es si fier de toi que cela ? De donner du plaisir à une catin qui a été façonnée pour ? Es-tu si mauvais d’habitude, pour que cela t’enchante à ce point ?
Il ne serait pas le premier ni le dernier à m’en donner, du plaisir. La plupart de mes clients se contrefoutaient de mon plaisir physique, mais sur le nombre important d’hommes que je croisais chaque semaine, il y en avait toujours quelques-uns un minimum doués ou bien équipés pour pouvoir faire frémir les filles, même malgré eux. Notre vie n’était pas rose, et souvent, il nous arrivait d’avoir mal, l’entrejambe tellement irritée que les onguents arrivaient à peine à calmer la douleur. Nous étions difficile à satisfaire, car les hommes défilaient, rendant les caresses et les gestes de tendresse anodins, réduisant les préliminaires à des banalités qui avaient de plus en plus de mal à nous émouvoir. Tout devenait mécanique, la symbolique d’un acte d’amour entre un homme et une femme ayant tout simplement disparu. Il était d’ailleurs courant que même les catins qui réussissaient à sortir de leur condition, complètement désillusionnées à propos des hommes, finissent leurs jours vieilles filles.
Tout n’était pour autant pas noir. Nous mettions parfois bien de la volonté pour certains clients ; car ils nous apportaient plaisir et évasion. Rien de tel qu’un bon orgasme pour oublier ses soucis quotidiens, n’était-il pas ? A l’évidence, l’homme semblait ignorer que je préférais prendre du plaisir plutôt qu’être troussée violemment et sans respect, repartant boiteuse. Le choix ne me paraissait pourtant pas très compliqué.
Peut-être s’était-il trop accoutumé à Ambre et à son orgueil et sa dignité bien élevées pour une fille de joie. Celle-ci, peut-être, s’était mordue la langue à de nombreuses reprises pour ne pas laisser échapper un seul signe de complaisance – avant de la perdre. Je n’étais pas Ambre. Le pauvre bougre allait devoir s’y faire.
Ainsi, refoulant mes griefs envers le bandit derrière ma condition de putain, je resserrai mes jambes autour de lui, rapprochant nos deux corps. Le fait que les circonstances actuelles étaient différentes d’un contrat habituel entre un homme et une hétaïre, je le savais. Seulement, cette information fut enfouie bien loin dans un coin de ma tête. Après la trahison de Désèle, la mutilation d’Ambre, la mort de Loredo, mon esprit ne pouvait pas supporter plus d’horreurs sans se briser. Alors, mon cerveau altéra tout simplement l’information. Il n’abusait pas de moi ; je le servais en tant que catin, comme ce que je faisais tous les jours. Et, une fois ce fait corrompu assimilé dans ma tête, tout blocage, toute culpabilité, toute dignité entachée me quitta. Si je devais servir ce bandit régulièrement à partir de ce jour, il fallait que je m’y fasse. Je me jurai quelque chose, néanmoins, lorsqu’il termina par glisser son membre tendu au sein de mon intimité.
Je le tuerais un jour.
- Je récupère ma dague.
Après notre affaire terminée, alors que j’étais occupée à me rendre à nouveau convenable, je l’avertis de ce fait, histoire qu’il ne croit pas que je sois en train de tenter quelque chose. Repartir au bordel et traverser les Taudis sans une lame comme moyen de défense, c’était du suicide, il ne pouvait pas me refuser ça.
Comme promis, il me paya – un bon pactole, même : une couronne d’or et cinq pistoles. Plutôt aisé, le contrebandier. Et, en plus de la paye, je repartis avec le paquet tant convoité de Désèle.
Quittant le bureau, repassant dans le grand entrepôt où beaucoup me lorgnèrent d’un œil avide, je m’arrêtai devant le dallage où s’était trouvé le cadavre de mon garde.
- Où est Loredo ?
Ma voix tremblait de rage. Je souhaitais récupérer son corps et lui offrir une sépulture décente. L’on me toisa avec des airs amusés et cruels, et l’un des hommes qui traînait là me répondit :
- Déjà dans les égouts, à nourrir les rats.
Le cœur au bord des lèvres, plus chagrinée que jamais, je repartis vers l’entrée, où un autre passeur me servit de guide dans le dédale des égouts jusqu’au Goret Aveugle.
Je n’eus pas de mésaventure dans les ruelles crasseuses à mon retour. Tenant les pans déchirés de ma robe contre moi, je me dirigeais vers les Plaisirs Terrestres. Au plus je m’éloignais de ce repaire de contrebande, au plus ma peur disparaissait, laissant en moi une adrénaline nouvelle parcourir mes veines. J’étais sortie vivante de ce merdier. Vivante. Et, plus ma peur disparaissait, là, loin du danger, plus mes pas me rapprochaient du bordel, et plus la rage imprégnait mon cœur. A tel point que lorsque je ne fus plus qu’à une ruelle de l’établissement, j’avais atteint un état d’ire comme jamais dans ma vie je n’avais atteint.
Avant de pénétrer dans le lupanar, je me redressai, et rabattit la capuche de ma pèlerine sur mes épaules, ainsi que mes cheveux en arrière. Je cessai de maintenir mon corsage déchiré, et, le port digne, indifférente aux énormes bleus de strangulation visibles sur mon cou, et à ma poitrine à moitié dévoilée, je pénétrai dans l’établissement. Je voulais que l’on me voit, que l’on jase, que l’on s’offusque, que l’on ait peur de ce qui venait de m’arriver, au même titre que pour le retour d’Ambre la veille.
L’animation des lieux était, comme à son accoutumée, à son paroxysme, à cette heure de la nuit. Et, ne trouvant pas la personne que je souhaitais voir des yeux, ignorant la bienséance, ignorant les regards qui déjà se déportaient vers moi, je hurlai :
- OU EST DESELE ?!
Quand l’une de mes collègues, stupéfaite, me signifia un « dans son bureau », je fusai vers le lieu, traversant les canapés et les tables, disparaissant dans le corridor qui menait jusqu’aux appartements de la matrone ; corridor qui bientôt serait perturbé par les échos de ma crise de nerfs. Avançant un grands pas, tel un buffle enragé, j’entrai dans le bureau sans m’être annoncée. Quoi que fut en train de faire la maquerelle, quand bien même était-elle en train de prendre un bain derrière son paravent, je m’imposai pour déverser tout ce que j’avais sur le cœur. Toute mon impuissance accumulée lors de mon passage dans les égouts se déploya d’un coup.
- Loredo est mort, crachai-je sans autre préambule. Mort. Et vous allez m’expliquer pourquoi il est mort, et pourquoi j’ai été envoyée en offrande telle une chèvre sur l’autel. Pourquoi je suis arrivée en présence de ce malfrat des enfers, ignorant le sort d’Ambre avant moi, ignorant que me présenter en présence d’un garde aurait presque fait de me tuer. L’état de ma vêture et de mon cou parlait de lui-même. Ignorant que j’allais être contrainte à participer à des transactions régulièrement dans ce quartier bouseux, ET A ME TAPER LEDIT BANDIT !
Mon cri m’arracha une plainte de douleur dans la gorge, qui n’était pas encore remise complètement de la poigne du malfrat. Je repris de façon un peu plus calme, malgré moi :
- Vous êtes… décevante, Désèle. Vous m’avez envoyée parce que j’avais « une certaine expérience des Taudis », n’est-ce pas ? Eh bien, mon expérience, elle me dit que vous avez été stupide et d’une terrible naïveté de débutante. Si vous avez un travail délicat à me fournir ; vous me précisez tous les tenants et aboutissants de l’affaire, vous ne m’envoyez pas au casse-pipe comme ça ! Je ne comprends simplement pas pourquoi j’ai été envoyée en ignorance totale de la situation, risquant ma vie pour un foutu paquet de drogue ! J’eus un ricanement mauvais. Ah, oui, le paquet. J’oubliais. Je sortis l’objet de sous ma pèlerine, agrippant le sac à une main. De l’autre, j’attrapai ma dague. Ce paquet que vous vouliez tant, ce paquet si désirable qu’il vaut mieux que la vie d’une de vos filles ou de vos gardes.
Plantant la lame jusqu’à la garde dans le paquet, j’abaissai mon poignet pour y faire une ouverture béante, et, remettant ma dague à ma ceinture, j’entrepris ensuite de déverser le contenu sur le sol, cruellement, faisant apparaître un petit tas de poudre blanche sur le carrelage.
- La voilà, votre marchandise. La transaction ne s’est pas effectuée comme prévu, vous m’en excuserez.
Et, sur ces derniers mots, ne lui laissant pas même le temps d’en placer une, ignorant ses rappels s’il y en eut, je disparus du bureau. Je n’étais pas en état de parlementer, et il valait mieux pour elle comme pour moi que l’on fasse cela plus tard. Cela lui laisserait la nuit pour réfléchir, accuser le coup des nouvelles concernant la transaction et la mort de mon garde, et à moi pour me calmer.
Filant à l’étage, ignorant les lourds regards qui me suivirent, je ne pris même pas le temps d’aller dans ma chambre. De la même manière que je l’avais fait avec Désèle, j’entrai dans la chambre d’Ambre sans ménagement. Là, la trouvant encore effondrée sur son lit à se morfondre, je fondis sur elle, lui attrapant le menton pour lui ouvrir la bouche de force. Et, voyant la terrible vérité, cette bouche désormais mutilée et sans langue, regardant ma collègue dans les yeux, je craquai.
- Mais bon sang… qu’est-ce qui t’a pris, Ambre ?
Là furent mes seuls mots, désespérés, las, pleins d’une soudaine émotion. M’effondrant dans les bras de ma collègue, lui expliquant la situation qu’elle ne devait pas saisir, me voyant débouler comme ça dans sa chambre, je lui contai tout. Elle était la seule qui pouvait me comprendre ce soir-là ; et Eva n’aurait probablement jamais vent de mes nouvelles « attributions ».
Je répétai ses propres mots, presque incrédule de faire face à de tels propos. Il avait tué mon garde du corps, manqué de m’étouffer, et comptait bientôt abuser de moi, et il ne me devait rien ? L’arrogance de cet homme était si profonde qu’elle ressemblait à s’y méprendre à celle d’un noble.
Il me ramena contre le bureau, où je dus m’asseoir à nouveau, écartant les jambes pour qu’il se place debout entre elles. Son envie était déjà palpable à travers ses chausses. Je détournai le visage alors qu’il glissait ses doigts sous mon corsage écorché, écoutant ses palabres sur les filles maladives des mauvais quartiers. Ce n’était pas difficile à imaginer, que nous étions vues comme des trésors féminins ; pourtant, nous n’avions rien de plus que les autres, si ce n’était une hygiène de vie supérieure.
- Eh bien, dans ce cas, qu’est-ce qui t’empêche de venir profiter, comme n’importe quel homme, de notre établissement ? Des filles telles que tu les décris, nous en avons plein.
Je disais cela en désespoir de cause. Tel qu’il était parti, il ne s’arrêterait pas ; il allait me prendre sur ce bureau, c’était certain. D’autant plus que je ne désirais pas vraiment voir un malfrat tel que lui pénétrer aux Plaisirs Terrestres ; je n’osais pas imaginer la terreur d’Ambre – et la mienne – de le voir passer le seuil.
Alors qu’il parlait, il laissait ses doigts dessiner des arabesques invisibles sur la peau de mes seins. Ma respiration était toujours rapide ; j’ignorais encore de quelle façon il comptait me traiter, et cette première approche, bien qu’elle fut douce, ne m’amadoua pas. J’avais encore la sensation de ses doigts refermés sur ma gorge jusqu’à l’étouffement, je revoyais l’ire irrationnelle qui l’avait pris à la simple vue de Loredo, j’imaginais ce qu’avait subi Ambre. Je ne pouvais pas comprendre comment un homme pouvait mettre à mort un autre et profiter d’une femme quelques minutes après à peine. A chaque instant, je m’attendais à un retournement de situation, à ce qu’il agrippe mes cheveux pour me faire m’allonger brusquement sur la surface du bureau et à ce qu’il me pénètre violemment. Etait-ce sur ce même bureau qu’il avait l’habitude de faire ses affaires avec Ambre ? Sur ce même bureau qu’il l’avait tabassée, avant de la traîner devant ses hommes ? Peut-être sa langue arrachée trainait-elle dans l’un des tiroirs ?
Ce fut durant toutes ces pensées que l’homme avait enfoui son visage dans l’ouverture de mon corsage, dégustant les formes de ma poitrine de ses lèvres et de sa langue. Ses gestes se faisaient progressivement plus brusques, plus passionnés, mais contrairement à mes attentes, jamais il ne devint violent. De plus en plus entreprenant, je fus rabattue contre le bureau doucement, obligée de m’allonger face à la pression constante de ses gestes. L’une de ses mains descendit, non pas pour ouvrir ses chausses, mais pour se glisser entre mes jambes et y laisser quelques ardeurs, déterminé, visiblement, à me rendre humide. Pas de violence, pas de douleur, pas d’égoïsme.
Ce comportement me laissa dans une confusion des plus extrêmes. La tendresse apparente de ces gestes, suite au comportement qu’il avait eu avec moi, cela ne collait pas du tout. Il y avait forcément un piège quelque part. Et, lorsque je vis son sourire, un sourire sarcastique, victorieux, alors que mon corps réagissait positivement à ses caresses ; je compris. Il ne s’agissait qu’une question d’ego masculin ; celui de réussir à faire grimper aux rideaux une femme qui n’avait pas même souhaité lui offrir son corps. Et, quand l’évidence de ce fait s’imposa à mon esprit, alors qu’il venait de m’embrasser, collant ses chausses tendues contre mon bassin, je ne pus m’empêcher de ricaner ; ricanement qui bientôt se transforma en fou rire incontrôlable, brisant notre baiser.
- Par les neuf, tu es si fier de toi que cela ? De donner du plaisir à une catin qui a été façonnée pour ? Es-tu si mauvais d’habitude, pour que cela t’enchante à ce point ?
Il ne serait pas le premier ni le dernier à m’en donner, du plaisir. La plupart de mes clients se contrefoutaient de mon plaisir physique, mais sur le nombre important d’hommes que je croisais chaque semaine, il y en avait toujours quelques-uns un minimum doués ou bien équipés pour pouvoir faire frémir les filles, même malgré eux. Notre vie n’était pas rose, et souvent, il nous arrivait d’avoir mal, l’entrejambe tellement irritée que les onguents arrivaient à peine à calmer la douleur. Nous étions difficile à satisfaire, car les hommes défilaient, rendant les caresses et les gestes de tendresse anodins, réduisant les préliminaires à des banalités qui avaient de plus en plus de mal à nous émouvoir. Tout devenait mécanique, la symbolique d’un acte d’amour entre un homme et une femme ayant tout simplement disparu. Il était d’ailleurs courant que même les catins qui réussissaient à sortir de leur condition, complètement désillusionnées à propos des hommes, finissent leurs jours vieilles filles.
Tout n’était pour autant pas noir. Nous mettions parfois bien de la volonté pour certains clients ; car ils nous apportaient plaisir et évasion. Rien de tel qu’un bon orgasme pour oublier ses soucis quotidiens, n’était-il pas ? A l’évidence, l’homme semblait ignorer que je préférais prendre du plaisir plutôt qu’être troussée violemment et sans respect, repartant boiteuse. Le choix ne me paraissait pourtant pas très compliqué.
Peut-être s’était-il trop accoutumé à Ambre et à son orgueil et sa dignité bien élevées pour une fille de joie. Celle-ci, peut-être, s’était mordue la langue à de nombreuses reprises pour ne pas laisser échapper un seul signe de complaisance – avant de la perdre. Je n’étais pas Ambre. Le pauvre bougre allait devoir s’y faire.
Ainsi, refoulant mes griefs envers le bandit derrière ma condition de putain, je resserrai mes jambes autour de lui, rapprochant nos deux corps. Le fait que les circonstances actuelles étaient différentes d’un contrat habituel entre un homme et une hétaïre, je le savais. Seulement, cette information fut enfouie bien loin dans un coin de ma tête. Après la trahison de Désèle, la mutilation d’Ambre, la mort de Loredo, mon esprit ne pouvait pas supporter plus d’horreurs sans se briser. Alors, mon cerveau altéra tout simplement l’information. Il n’abusait pas de moi ; je le servais en tant que catin, comme ce que je faisais tous les jours. Et, une fois ce fait corrompu assimilé dans ma tête, tout blocage, toute culpabilité, toute dignité entachée me quitta. Si je devais servir ce bandit régulièrement à partir de ce jour, il fallait que je m’y fasse. Je me jurai quelque chose, néanmoins, lorsqu’il termina par glisser son membre tendu au sein de mon intimité.
Je le tuerais un jour.
***
- Je récupère ma dague.
Après notre affaire terminée, alors que j’étais occupée à me rendre à nouveau convenable, je l’avertis de ce fait, histoire qu’il ne croit pas que je sois en train de tenter quelque chose. Repartir au bordel et traverser les Taudis sans une lame comme moyen de défense, c’était du suicide, il ne pouvait pas me refuser ça.
Comme promis, il me paya – un bon pactole, même : une couronne d’or et cinq pistoles. Plutôt aisé, le contrebandier. Et, en plus de la paye, je repartis avec le paquet tant convoité de Désèle.
Quittant le bureau, repassant dans le grand entrepôt où beaucoup me lorgnèrent d’un œil avide, je m’arrêtai devant le dallage où s’était trouvé le cadavre de mon garde.
- Où est Loredo ?
Ma voix tremblait de rage. Je souhaitais récupérer son corps et lui offrir une sépulture décente. L’on me toisa avec des airs amusés et cruels, et l’un des hommes qui traînait là me répondit :
- Déjà dans les égouts, à nourrir les rats.
Le cœur au bord des lèvres, plus chagrinée que jamais, je repartis vers l’entrée, où un autre passeur me servit de guide dans le dédale des égouts jusqu’au Goret Aveugle.
Je n’eus pas de mésaventure dans les ruelles crasseuses à mon retour. Tenant les pans déchirés de ma robe contre moi, je me dirigeais vers les Plaisirs Terrestres. Au plus je m’éloignais de ce repaire de contrebande, au plus ma peur disparaissait, laissant en moi une adrénaline nouvelle parcourir mes veines. J’étais sortie vivante de ce merdier. Vivante. Et, plus ma peur disparaissait, là, loin du danger, plus mes pas me rapprochaient du bordel, et plus la rage imprégnait mon cœur. A tel point que lorsque je ne fus plus qu’à une ruelle de l’établissement, j’avais atteint un état d’ire comme jamais dans ma vie je n’avais atteint.
Avant de pénétrer dans le lupanar, je me redressai, et rabattit la capuche de ma pèlerine sur mes épaules, ainsi que mes cheveux en arrière. Je cessai de maintenir mon corsage déchiré, et, le port digne, indifférente aux énormes bleus de strangulation visibles sur mon cou, et à ma poitrine à moitié dévoilée, je pénétrai dans l’établissement. Je voulais que l’on me voit, que l’on jase, que l’on s’offusque, que l’on ait peur de ce qui venait de m’arriver, au même titre que pour le retour d’Ambre la veille.
L’animation des lieux était, comme à son accoutumée, à son paroxysme, à cette heure de la nuit. Et, ne trouvant pas la personne que je souhaitais voir des yeux, ignorant la bienséance, ignorant les regards qui déjà se déportaient vers moi, je hurlai :
- OU EST DESELE ?!
Quand l’une de mes collègues, stupéfaite, me signifia un « dans son bureau », je fusai vers le lieu, traversant les canapés et les tables, disparaissant dans le corridor qui menait jusqu’aux appartements de la matrone ; corridor qui bientôt serait perturbé par les échos de ma crise de nerfs. Avançant un grands pas, tel un buffle enragé, j’entrai dans le bureau sans m’être annoncée. Quoi que fut en train de faire la maquerelle, quand bien même était-elle en train de prendre un bain derrière son paravent, je m’imposai pour déverser tout ce que j’avais sur le cœur. Toute mon impuissance accumulée lors de mon passage dans les égouts se déploya d’un coup.
- Loredo est mort, crachai-je sans autre préambule. Mort. Et vous allez m’expliquer pourquoi il est mort, et pourquoi j’ai été envoyée en offrande telle une chèvre sur l’autel. Pourquoi je suis arrivée en présence de ce malfrat des enfers, ignorant le sort d’Ambre avant moi, ignorant que me présenter en présence d’un garde aurait presque fait de me tuer. L’état de ma vêture et de mon cou parlait de lui-même. Ignorant que j’allais être contrainte à participer à des transactions régulièrement dans ce quartier bouseux, ET A ME TAPER LEDIT BANDIT !
Mon cri m’arracha une plainte de douleur dans la gorge, qui n’était pas encore remise complètement de la poigne du malfrat. Je repris de façon un peu plus calme, malgré moi :
- Vous êtes… décevante, Désèle. Vous m’avez envoyée parce que j’avais « une certaine expérience des Taudis », n’est-ce pas ? Eh bien, mon expérience, elle me dit que vous avez été stupide et d’une terrible naïveté de débutante. Si vous avez un travail délicat à me fournir ; vous me précisez tous les tenants et aboutissants de l’affaire, vous ne m’envoyez pas au casse-pipe comme ça ! Je ne comprends simplement pas pourquoi j’ai été envoyée en ignorance totale de la situation, risquant ma vie pour un foutu paquet de drogue ! J’eus un ricanement mauvais. Ah, oui, le paquet. J’oubliais. Je sortis l’objet de sous ma pèlerine, agrippant le sac à une main. De l’autre, j’attrapai ma dague. Ce paquet que vous vouliez tant, ce paquet si désirable qu’il vaut mieux que la vie d’une de vos filles ou de vos gardes.
Plantant la lame jusqu’à la garde dans le paquet, j’abaissai mon poignet pour y faire une ouverture béante, et, remettant ma dague à ma ceinture, j’entrepris ensuite de déverser le contenu sur le sol, cruellement, faisant apparaître un petit tas de poudre blanche sur le carrelage.
- La voilà, votre marchandise. La transaction ne s’est pas effectuée comme prévu, vous m’en excuserez.
Et, sur ces derniers mots, ne lui laissant pas même le temps d’en placer une, ignorant ses rappels s’il y en eut, je disparus du bureau. Je n’étais pas en état de parlementer, et il valait mieux pour elle comme pour moi que l’on fasse cela plus tard. Cela lui laisserait la nuit pour réfléchir, accuser le coup des nouvelles concernant la transaction et la mort de mon garde, et à moi pour me calmer.
Filant à l’étage, ignorant les lourds regards qui me suivirent, je ne pris même pas le temps d’aller dans ma chambre. De la même manière que je l’avais fait avec Désèle, j’entrai dans la chambre d’Ambre sans ménagement. Là, la trouvant encore effondrée sur son lit à se morfondre, je fondis sur elle, lui attrapant le menton pour lui ouvrir la bouche de force. Et, voyant la terrible vérité, cette bouche désormais mutilée et sans langue, regardant ma collègue dans les yeux, je craquai.
- Mais bon sang… qu’est-ce qui t’a pris, Ambre ?
Là furent mes seuls mots, désespérés, las, pleins d’une soudaine émotion. M’effondrant dans les bras de ma collègue, lui expliquant la situation qu’elle ne devait pas saisir, me voyant débouler comme ça dans sa chambre, je lui contai tout. Elle était la seule qui pouvait me comprendre ce soir-là ; et Eva n’aurait probablement jamais vent de mes nouvelles « attributions ».
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 22 juin 2015, 22:03, modifié 1 fois.
Raison : 6 xp + 2 xp pour ton audace / 54 xp
Raison : 6 xp + 2 xp pour ton audace / 54 xp
Rosewen Irène, Voie de la courtisane
Profil: For 9 | End 10 | Hab 11 | Cha 13 | Int 11 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65
Lien Fiche personnage : Ici
Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage
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- [MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
- Face au rire de la jeune femme, s’était posé quelques questions, curieux de connaître l’origine de cette soudaine hilarité. Cela transparut sur son visage. Mais, sitôt qu’Irène lui explicita les raisons de son rire nerveux, il se fendit de nouveau de son sourire égrillard et sarcastique.
«Si je suis si mauvais d’ordinaire, alors dois-tu être une femme bien facile à combler, vu comment tu t’émoustilles, en sus d’apprécier cela. Serais-tu devenue une pute par plaisir plutôt que par nécessité ? »
Loquace, l’absence de paroles pouvait le perturber. Mais dès qu’une phrase était prononcée, l’homme avait pour lui cette faculté de répondre avec un mordant qui laissait peu indifférent. Il ne tarda pas à interrompre le dialogue en unissant leurs deux corps, et à faire tressauter le bureau sous ses coups de bassin.***
«A ta guise, et je vais procéder de même. »
L’homme se rhabillait tout autant, renfilant sa tunique sur ses épaules. Un rapide regard suffisait ; le brigand avait certes eu une vie dure, qu’il menait toujours, mais l’âpreté de cette vie avait forgé un corps sec et noueux. Si la peau avait été tannée par une existence précaire et incertaine, elle laissait deviner une certaine musculature trapue, non pas déplaisante. Si les attentions du brigand ne correspondaient pas véritablement avec sa nature, sa silhouette, elle, en revanche, se dessinait convenablement selon les attentes que l’on se faisait de l’image d’un tel homme et de son regard d’acier. Irène avait noté un petit détail ; sur le flanc de l’homme, bien découpé par son iliaque, au-dessus d’un pli de l’aine bien visible, était dessiné un étrange petit symbole, couleur noire. Une espèce de serpent à la verticale, entortillé sur lui-même.
Le bandit lui donna en main propre, effectivement, une petite somme rondelette.
«Je connais Désèle, je sais comment elle procède. Elle n’est pas obligée de savoir, pour ça. Si tu vois ce que je veux dire. »
Il lui fit un clin d’œil complice, totalement indifférent au regard que pourrait lui retourner la catin. Enfin, le paquet changea de propriétaire. Quelques pouces de long sur à peu près autant de large, Irène pouvait parvenir à le dissimuler sans souci sous sa pèlerine. Elle quitta les lieux.
La sépulture de Loredo. Les malfrats ricanèrent d’autant plus que venait de leur passer par la tête l’image d’une pauvre catin en train de tirer, dans la peine et la souffrance, le cadavre d’un homme dont le poids devait avoisiner le quintal, et ce à travers une bonne partie des égouts et de ses pièges mortels. Oui, cette vision les fit bien rire.
Au Plaisirs Terrestres de Désèle.
L’entrée d’Irène fit sensation, et le mot était faible. Là, au milieu des joueurs de cartes, des bons mangeurs attablés, des catins sensuelles, et des clients entichés, une véritable furie fit irruption. De grandes marques d’un bleu violacé marquaient les contours de sa gorge, et ses cheveux encore en bataille, en dépit de tous ses efforts, retombaient de part et d’autre de ses épaules, sans parvenir à cacher le haut de sa robe déchirée et sa poitrine à demi-exposée. Pire encore, son regard noir, sa mine acariâtre, et le ton de sa voix dissuada bien quelques hommes de s’approcher de la farouche jeune femme, quelque fois qu’ils eussent encore hésité. Elle demanda Désèle, et eut la réponse qu’elle attendait de la part d’une consœur aussi stupéfaite qu’horrifiée.
Désèle était attelée à son bureau, penchée sur toute une paperasserie ésotérique. Lorsqu’Irène entra brutalement dans la pièce en lui aboyant dessus, elle eut un regard interloqué, et se leva dignement de sa chaise, bien qu’étonnée.
«Irène… »
La catin ne lui laissa pas même le temps de formuler un second mot que toute sa hargne, son fiel, et sa rancune furent déversés sur une maquerelle alors impuissante. Toutefois, Désèle reprit ses émotions, rapidement, avec une habitude et une facilité dont témoignait sa vie passée. Au fur et à mesure que s’exprimait Irène, ses traits redevenaient stoïques, impérieux. Pire encore, ils prenaient une certaine distance, et ses yeux devenaient de glace. Mais Irène, si elle le remarqua, ne s’arrêta pas pour autant dans toutes les récriminations qu’elle pouvait lui faire ; critiques, réprimandes et blâmes furent balancés avec une véhémence certaine, tributaire d’une confiance trahie et de son incompréhension. Enfin, la dague de la jeune femme fut exhibée, mais non pas pour se venger de la bonne femme, non. A la place, elle fut plongée dans le paquet si convoité, arrachant l’emballage, laissant tomber une fine poudre qui s’éparpilla aux quatre vents dans la pièce, glissant sur le sol durant sa chute. Sans un regard, Irène quitta la pièce.
Personne ne tenta de l’arrêter comme elle s’en allait rageusement, ignorant les quelques commères qui s’étaient approchées de la porte du bureau de Désèle, y laissant traîner une oreille bien indiscrète. L’on s’écarta sur son passage, laissant un sillon vide au milieu de ce rempart de putains et de clients en tout genre. Elle grimpa rapidement l’escalier, allant se réfugier dans la chambre d’Ambre. Elle n’y trouva pas tout à fait ce qu’elle pensait.
Ambre était restée cloîtrée dans sa pièce, oui. Mais, lorsqu’Irène fondit sur elle à l’improviste, comme une furie endiablée, la catin ne comprit pas. Ses grands yeux bleus s’exorbitèrent, et son moignon de langue balbutia un gargarisme repoussant comme elle mettait ses mains en avant pour se protéger, l’interdisant d’entrer. Ce fut pire encore lorsqu’elle força l’entrée de sa bouche, enserrant sa mâchoire et son menton.
La douleur causée par la torture qu’elle avait subie demeurait encore bien imbriquée dans son esprit, et la honte la submergeait, plus que tout autre chose. La jeune femme n’était pas véritablement encline à ce que l’on tordît sa bouche de cette façon-là afin de constater du spectacle macabre. Poussant des hurlements stridents, elle feula, cracha, griffa, mordit ; la Ambre qu’Irène avait connue s’était effacée au profil d’une sauvageonne traquée et blessée, d’une tigresse qui avait perdu toute sa splendeur et sa magnificence, et à laquelle il ne restait désormais plus que les crocs et les griffes. Point de confession et d’explication pour Irène ; rien que de petits sillons sanglants sur son visage et des égratignures.
L’on vint bientôt les séparer ; une poigne puissante s’empara d’Irène et l’arracha des griffes d’Ambre. En se retournant, la première se trouva nez-à-nez avec Serge’. Derrière lui se dessinait, dans l’embrasure de la porte, la silhouette si caractéristique de Désèle. Elle fit un petit mouvement sec de la tête.
« Rien de personnel. Ne m’en veux pas, Irène. » Et, avant qu’elle ne pût envisager la moindre réponse, le revers de la main du garde l’atteignit en plein visage, claquant brutalement sur une joue. Elle n’eut le temps que de voir un second mouvement de la part de l’homme, et l’autre main décrivit le même mouvement, lequel alla percuter sèchement l’autre joue de la catin. Sa tête voltigea d’un côté comme de l’autre, lui faisant voir trente-six chandelles. « Calmée », incapable de tenter quoi que ce fût, Irène s’en trouvait quelque peu sonnée, déboussolée. Désèle s’avança, furieusement glaciale.
«Tu me demandes des explications, et tu prends la porte sitôt ton fiel déversé. Je suppose que tu t’en passeras donc. Très bien. Mais, mieux encore, petite arrogante, voilà que tu te permets de saccager ma commande. Sais-tu combien cela aura coûté ? Cent-quatre-vingt couronnes d’or, que tu viens justement de foutre en l’air. Imagines-tu un peu combien de clients tes comparses ont-elles dû se taper pour recueillir une telle somme ? Et pour terminer, tu te permets de déranger la tranquillité de notre établissement en déboulant en plein milieu comme une traînée des Taudis, gueulant à tout va comme un putois. Tu vas payer ton insubordination, ma chère. Tu vas goûter au trou. Mais tu as assez causé de grabuge comme ça ce soir ; pour le moment, tu es confinée dans ta chambre, avec interdiction de sortir. Serge’, emmène-la dans sa loge, verrouille-la bien. Je vais dire à Lena de veiller sur l’entrée, quelque fois que cette petite sotte se briserait une jambe en tentant la fenêtre. »
Serge’ fit un signe de la tête, signe qu’il avait bien compris. Fort comme un taureau, il n’eut pas grand mal à maîtriser la jeune femme et à l’entraver de ses bras et de ses mains puissantes. Et elle fut jetée dans sa chambre, dont on verrouilla effectivement la porte.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
Ambre eut peur de mon arrivée soudaine, mais je n’eus pas le temps de la rassurer. Elle se rebiffa comme si je l’avais attaquée, apeurée et vivant en esprit les sévices qu’elle avait subis dans les égouts. Les yeux écarquillés face à ma collègue, si changée, je pus à peine répliquer, hébétée et déjà bien fatiguée par mon excursion. S'engagea entre nous une sorte d'affrontement ridicule, l'une répliquant pour se protéger d'une attaque jamais amorcée, et l'autre, souhaitant également se défendre, tentant d'éviter les griffes de la première.
- Ambre ! Calme-toi, je viens te parler ! Excuse-moi, j'ai été brusque, excuse-moi...
Ma voix se brisa, constatant ce qu’avait fait le bandit de ma collègue. J’étais prête à rester là, acculée contre le mur de sa chambrée, bras croisés devant moi, dans une position défensive, sans rien faire de plus, pour qu’elle finisse par se rendre compte que je ne lui voulais pas de mal. Mais l’arrivée de Serge’, soudaine, nous sépara. Celle-ci ne me fut pas salvatrice, néanmoins. Il n’était pas là pour éviter que l’on s’entretue, ayant entendu les cris gutturaux d’Ambre, non. Désèle se trouvait dans l’encadrement de la porte, et les paroles du garde prirent tout leur sens lorsque je la vis. Les deux gifles me glacèrent, en plus de me sonner. Mais non, je ne lui en voulais pas. Serge’ avait toujours été un garde honnête, simple et poli ; je n’avais jamais eu un seul grief avec lui. Je savais qu’il ne faisait pas cela par envie.
Désèle était la seule bénéficiaire de ma rancœur. Je venais de subir des atrocités en cette soirée ; j’avais vu un collègue mourir, l’on m’avait abusée, terrifiée, et une fois rentrée, l’on m’annonçait que je méritais le trou ? Pour de la simple poudre éparpillée par terre qu’il suffisait de ramasser ? Comment pouvait-elle être aussi cruelle ?
C’en était trop pour moi. Je n’eus pas même le cœur à répliquer ou tenter de m’échapper. Abattue, des larmes de fatigue et de peine menaçant de déborder bientôt, je me laissai conduire dans ma chambre, évitant le regard froid de Désèle. Et je restai dans ma chambre sans mot dire, sans bouger, ratatinée sur mon lit, les yeux ouverts durant de longues heures dans le noir, trop abasourdie pour faire quoi que ce soit.
Je ne comprenais pas comment ma vie avait pu basculer ainsi en une soirée à peine. J’étais partie selon les souhaits de Désèle, pour le bien de la maison close, en tant que catin de confiance pour la matrone. Certes, j’étais rentrée dans un état proche de l’hystérie. Mais comment pouvait-on me le reprocher après tout cela ? Comment Désèle pouvait rester insensible à ce qui avait pu se passer dans les profondeurs des Taudis, en ayant déjà constaté de l’état d’Ambre, réduite à l’état d’animal, de celui de son garde, dont elle ne verrait plus jamais le visage, et du mien, blessée, les vêtements ruinés, chanceuse d’avoir pu rentrer en un seul morceau ? Comment pouvait-on s’offusquer d’un vulgaire paquet que l’on pouvait reconstituer en faisant un peu de ménage, face à tous ces éléments réunis ? Comment pouvait-on m’accuser d’insubordination, alors que j’étais revenue avec sa marchandise malgré tout, quand j’aurais pu la balancer dans le fleuve, voire ne plus jamais revenir ? Non, j’étais rentrée, fidèle au poste. Un peu abimée, mais fidèle. Et pourtant, l’on m’excluait jusqu’à nouvel ordre.
Dans un état de peine que je n’avais jamais cru possible, je pleurai beaucoup cette nuit-là, à tel point que mes draps et mon oreiller ne furent plus confortables ; trop humides. Alors, je vins m’allonger au sol sur les lattes du plancher, genoux repliés contre moi, dans une position pas vraiment confortable. Et je restai là, oscillant entre des périodes de veille hébétée et de somnolence agitée, ne réalisant pas encore toute l’ampleur de ma situation.
- Ambre ! Calme-toi, je viens te parler ! Excuse-moi, j'ai été brusque, excuse-moi...
Ma voix se brisa, constatant ce qu’avait fait le bandit de ma collègue. J’étais prête à rester là, acculée contre le mur de sa chambrée, bras croisés devant moi, dans une position défensive, sans rien faire de plus, pour qu’elle finisse par se rendre compte que je ne lui voulais pas de mal. Mais l’arrivée de Serge’, soudaine, nous sépara. Celle-ci ne me fut pas salvatrice, néanmoins. Il n’était pas là pour éviter que l’on s’entretue, ayant entendu les cris gutturaux d’Ambre, non. Désèle se trouvait dans l’encadrement de la porte, et les paroles du garde prirent tout leur sens lorsque je la vis. Les deux gifles me glacèrent, en plus de me sonner. Mais non, je ne lui en voulais pas. Serge’ avait toujours été un garde honnête, simple et poli ; je n’avais jamais eu un seul grief avec lui. Je savais qu’il ne faisait pas cela par envie.
Désèle était la seule bénéficiaire de ma rancœur. Je venais de subir des atrocités en cette soirée ; j’avais vu un collègue mourir, l’on m’avait abusée, terrifiée, et une fois rentrée, l’on m’annonçait que je méritais le trou ? Pour de la simple poudre éparpillée par terre qu’il suffisait de ramasser ? Comment pouvait-elle être aussi cruelle ?
C’en était trop pour moi. Je n’eus pas même le cœur à répliquer ou tenter de m’échapper. Abattue, des larmes de fatigue et de peine menaçant de déborder bientôt, je me laissai conduire dans ma chambre, évitant le regard froid de Désèle. Et je restai dans ma chambre sans mot dire, sans bouger, ratatinée sur mon lit, les yeux ouverts durant de longues heures dans le noir, trop abasourdie pour faire quoi que ce soit.
Je ne comprenais pas comment ma vie avait pu basculer ainsi en une soirée à peine. J’étais partie selon les souhaits de Désèle, pour le bien de la maison close, en tant que catin de confiance pour la matrone. Certes, j’étais rentrée dans un état proche de l’hystérie. Mais comment pouvait-on me le reprocher après tout cela ? Comment Désèle pouvait rester insensible à ce qui avait pu se passer dans les profondeurs des Taudis, en ayant déjà constaté de l’état d’Ambre, réduite à l’état d’animal, de celui de son garde, dont elle ne verrait plus jamais le visage, et du mien, blessée, les vêtements ruinés, chanceuse d’avoir pu rentrer en un seul morceau ? Comment pouvait-on s’offusquer d’un vulgaire paquet que l’on pouvait reconstituer en faisant un peu de ménage, face à tous ces éléments réunis ? Comment pouvait-on m’accuser d’insubordination, alors que j’étais revenue avec sa marchandise malgré tout, quand j’aurais pu la balancer dans le fleuve, voire ne plus jamais revenir ? Non, j’étais rentrée, fidèle au poste. Un peu abimée, mais fidèle. Et pourtant, l’on m’excluait jusqu’à nouvel ordre.
Dans un état de peine que je n’avais jamais cru possible, je pleurai beaucoup cette nuit-là, à tel point que mes draps et mon oreiller ne furent plus confortables ; trop humides. Alors, je vins m’allonger au sol sur les lattes du plancher, genoux repliés contre moi, dans une position pas vraiment confortable. Et je restai là, oscillant entre des périodes de veille hébétée et de somnolence agitée, ne réalisant pas encore toute l’ampleur de ma situation.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 23 juin 2015, 02:52, modifié 2 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
- La vie continuait ; les rires retentissaient, les sourires s’échangeaient au même titre que les regards, la boisson coulait, et ainsi allait l’argent. En-dehors de sa chambrée.
A l’intérieur, Irène était comme emmurée vivante, immobile, pétrifiée, le cœur trop plein d’émotions dont elle ne parvenait pas à crever les abcès. Et le temps se forlongeait à mesure que passaient les heures, et, avec elles, les bruits témoignant de l’activité nocturne du lupanar. De temps à autre, un client passait devant sa porte, ignorant la captive qui gisait, encore sonnée, à l’intérieur, et un gloussement de femme accompagnait les bruits de pas. De l’autre côté du couloir, quelques gémissements et claquement de meuble sur le mur en disaient long sur les activités en cours. Tout cela, sans Irène.
Les murmures vespéraux décrurent à mesure que le calme reprit son emprise dans le voisinage. Les Plaisirs Terrestres se vidaient de leurs clients, et les catins, avant de s’en aller dormir, nettoyaient le désordre que certains de ces derniers avaient pu causer. Une clef tourna dans la porte de la chambre d’Irène, qui s’ouvrit alors sur l’imposante carrure de Serge’. Il s’avança dans la pièce, releva la jeune femme, et, d’une prisée assurée sans pour autant être violente, veilla à ce qu’elle ne pût pas se dégager de sa forte poigne, quand bien même n’en ressentait-elle pas véritablement l’envie.
Comme une prisonnière, Irène fut menée au travers du couloir de l’étage, dans le grand escalier, puis dans la grande salle, devant les quelques catins qui s’activaient encore. Une moue hypocrite au possible, singeant une grande affection, une grande peine, fut visible dans la périphérie de son champ de vision. Visage légèrement penché sur le côté, regard désolé, lèvres jointes et quelque peu tendues vers l’avant, Adélaïde la regarda, avant se de fendre d’un clin d’œil sarcastique au possible comme sa bouche s’arquait d’un détestable sourire sadique.
Serge’ continua impassiblement sa route jusqu’à l’arrière du bâtiment. Là, il s’engagea dans un petit escalier, derrière les cuisines, qui menait au sous-sol. C’était dans ce souterrain qu’étaient entreposées les marchandises spécifiques et les victuailles que Pratiqua cuisinait. Il y avait également d’autres pièces, certaines vides, d’autres composées d’objets ou d’appareils plus ou moins douteux, pour les clients les plus « exigeants ». Là, en bas, la pénombre et l’obscurité guettait quiconque s’y aventurait sans torche, ce que personne ne faisait. Pratiqua s’y engageait une fois par jour avec quelques-uns de ses aides pour ramener la nourriture de la journée, guère davantage. Irène fut lâchée dans une pièce vide, noire, et petite. Avant de refermer définitivement la porte, Serge’ lui glissa quelques mots rassurants.
«T’en fais pas, tu n’y resteras pas longtemps. Désèle est parvenue à récupérer la majorité de ce que tu avais laissé tomber au sol, et les dégâts matériaux sont bien moins graves que ce qui avait été prévu. Juste que, m’a-t-elle dit, Désèle doit tenir sa parole, pour sa dignité propre aussi bien pour le geste déplacé que tu as eu à son encontre. Enfin, voilà. »
La porte se referma, plongeant la jeune femme dans le noir complet. Ce fut semblable à une longue période de convalescence, à demi-perdue entre moments éveillés et interminables songeries. Si ce n’était le tissu de ses vêtements qui frottait le sol de terre dure, presque damée, aucun bruit ne venait atteindre l’endroit. L’isolation ne lui permit qu’une seule et unique chose ; un temps conséquent, gigantesque, pour sombrer quelque peu dans la folie de l’ennui, ou se recentrer sur soi-même. Rares fut les fois où la jeune femme put autant réfléchir sur le sens de son existence, sur ses aspirations, ses désirs les plus profonds. Les seuls bruits qui lui parvinrent furent ceux provoqués par la maître queux et ses assistants, quoiqu’ils se révélèrent bien lointain, émanant d’au-derrière de plusieurs portes et d’un couloir.
Serge’ venait lui apporter à manger deux fois par jour. Il ne s’agissait pas d’un repas exceptionnel, mais pas non plus d’un repas dont même des rats auraient douté. Quelques restes, ni plus ni moins, des agréables mets que Pratiqua pouvait préparer. Serge’ vint trois fois ; au bout d’un jour et demi, le garde la libéra, l’emmenant dans le bureau de Désèle d’une façon bien plus libre qu’elle en était ressortie.
La matrone n’épilogua point, se contentant de darder sur elle un regard des plus sévères, mais sans réelle autre animosité. Elle semblait vouloir se détacher au maximum, dans son impartialité ordinaire, ce qui pouvait être à l’avantage d’Irène.
«Tu me dois une dizaine de couronnes, rien de plus, rien de moins. Je prendrai la totalité de l’argent recueilli auprès de tes clients. Pour te nourrir, tu sais comment cela fonctionne ; tu iras voir Pratiqua. Bien. Tu peux te remettre au travail. Ah, j’oubliai, que tu sois tout de même au courant ; messire d’Ablaÿ est passé hier soir, et les Plaisirs Terrestres sera donc loué demain soir. Beaucoup de nobles seront présents, entre autre. Ce sera là un excellent moyen de purger ta peine. Va. »
Elle replongea le nez dans ses affaires, coupant là la discussion. A la sortie du bureau, Irène put se sentir être ballotée par des vagues de curiosité émanant de tous les endroits à la fois. Demeurait également un certain scepticisme à l’encontre de la catin. Pas qu’elle fût considérée comme une paria, mais l’on préférait attendre un peu, prendre la température, avant de véritablement se lier à elle. Une fille, en revanche, fit fi de ces convenances.
«Eh bien, t’as vraiment une sale tronche, toi ! ‘Te réussit pas trop, le noir. J’tai toujours dit que tu mettais trop de khôl, et que c’était de la merde, le tien ! »
Une mine enjoué, un sourire ironique, mais sympathique ; Evaë semblait être sortie de la tanière dans laquelle elle se terrait, ses égratignures oubliées, et avait revêtu ses habits d’autrefois, en la présence d’une robe des plus courtes au décolleté des plus profonds.
Elle lui tendit la robe bleue en souriant avec espièglerie.
«Tiens, la voilà. Merci, par ailleurs. Mais je te conseille pas trop de l'enfiler tout de suite, t'aurais besoin d'un bon bain, m'est avis.»
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
Je ne savais pas combien de temps s’était écoulé lorsque Serge’ vint me chercher. J’étais toujours repliée sur le sol, comme une vieille loque, et je n’esquissai pas un geste alors que l’on pénétrait dans ma chambre. Le garde me secoua un peu pour me faire me lever, et, me tenant le bras dans une précaution inutile, me mena jusqu’à ma nouvelle geôle. D’un air extérieur, je devais franchement avoir l’air ridicule. Désèle me faisait passer pour une paria, et visiblement, cela n’en était pas pour déplaire à certaines. Adélaïde nous suivit du regard, Serge’ et moi, avec une expression qui me donna envie de lui trancher la gorge.
Ayant traversé l’arrière du bâtiment, le garde me mena jusqu’au sous-sol, mal éclairé. Il me rattrapa lorsque je manquai une marche, puis, impassible, me lâcha dans la pièce – ou plutôt placard. Là, les paroles de Serge’ me firent avoir un sourire las, factice. Rester un jour ou un mois dans ce petit cagibi ne faisait plus aucune différence pour moi. Un jour ou un mois, le geste était le même ; mais je lui étais reconnaissante de prendre le soin de vouloir me rassurer. Avant qu’il ne ferme la porte, j’eus pour lui quelques mots, les premiers depuis mon enfermement :
- S’il te plait, dis à Ambre que je suis désolée… Je crois lui avoir fait peur. Dis-lui… dis-lui que j’ai vu le serpent dans les égouts. Et que si elle veut en parler, enfin… Je secouai la tête, me rendant moi-même compte de l’absurdité de mes propres paroles – elle ne pouvait plus parler. Si elle veut m’écouter… Voilà.
Le serpent désignait le bandit, bien évidemment. Je ne savais pas si elle ferait le lien, mais je n’avais pas trouvé d’autre idée que de faire allusion au tatouage qu’il arborait à côté de l’aine.
Sur ces derniers mots, la porte s’était refermée, me laissant dans le noir le plus complet. Je ne fus pas vraiment différente de ce que j’avais été dans ma chambre : je restai là, prostrée au sol, avec pour seule compagnie le bruit de ma respiration. Mes larmes étaient encore présentes, mais la source commençait à se tarir peu à peu. Les yeux ouverts dans le noir, n’y voyant strictement rien, je pensai au bandit des égouts, dont j’ignorais toujours le nom, et à Désèle. Je pensai à ces deux personnes, qui étaient d’une certaine façon étroitement liées, et je tentai de déterminer qui parmi eux était celui à qui j’accordais le plus de haine. Ce ne fut pas une mince affaire, et mon débat mental dura longtemps.
Tel que l’avait prédit Serge’, je ne restai pas longtemps dans le cagibi. La journée et demi avait suffi à m’habituer à l’obscurité, néanmoins, et en sortant, je fus éblouie par la lumière du soleil. Je fus conduite dans le bureau de la matrone.
Celle-ci développa des trésors de froideur, et, plus encore que son regard lourd de sévérité, ce fut son indifférence pour ce qui s’était déroulé dans les Taudis qui me toucha plus qu’autre chose. Aucun mot à ce sujet : elle déployait un manque d’intérêt tel qu’il était révélateur d’une insensibilité que je ne lui connaissais pas.
- C’est tout ? D’accord.
Et je ne parlais pas là de la somme que je lui devais. J’avais prévu tellement de phrases, tellement de façons de lui conter ce que j’avais vécu ; et j’avais sincèrement souhaité entendre ses explications, pour pouvoir en être expiée. Explications qu’elle ne semblait visiblement pas vouloir accorder. J’effaçai rageusement une nouvelle larme qui venait de perler malgré moi le long de ma joue droite – il était temps d’arrêter de pleurer, et surtout pas devant elle. Pourtant, j’étais lasse, et les évènements étaient encore trop récents pour que je puisse contenir mon émotion. Je ne pus m’empêcher de continuer un minimum la conversation, sur un ton plat et déclaratif, notant l’évidence que nous connaissions toutes les deux avec un calme rare.
- Vous aussi vous m’en devez des choses, Désèle. Le semblant de liberté et de sécurité que je pouvais avoir en travaillant ici, je l’ai perdu. Si j’ai le malheur de ne pas suivre ses ordres, il me tuera. Elle comprendrait aisément à qui je faisais allusion. Machinalement, je massai ma gorge, encore marquée par les stigmates de la strangulation. Je fermai les yeux pour prendre une grande inspiration, contenant les larmes qui menaçaient encore. Alors, qui est encore réellement mon patron, aujourd’hui ? Et qui est le vôtre ?
La regardant dans les yeux, je tenais le haut de mon corsage, toujours déchiré, contre ma poitrine. Quelque chose venait de se briser en moi. Depuis que j’étais ici, j’avais toujours eu un immense respect pour Désèle, et une certaine admiration. C’était une femme qui menait son établissement avec grande intelligence, et même si elle s’avérait stricte dans ses directives et dans le règlement des conflits, elle avait toujours été droite et juste. Ce qu’elle n’était pas, cette fois-ci. Je ne pouvais lui trouver aucune excuse, et pourtant, j’en avais cherché beaucoup, durant le temps de mon confinement. Mon respect, Désèle von Essah venait de le perdre.
Ah, oui, von Essah. Avec tout cela, j’avais presque oublié ce détail. Peut-être ne voulait-elle rien savoir. Mais moi, j’en savais, des choses. Là, si je le voulais, je pourrais lui faire savoir que son petit secret n’en était plus un, je pourrais voir son masque impartial se briser en un rictus apeuré, briser tout son petit monde bien rodé. Lui faire savoir que je n’étais pas qu’une simple petite pute dont l’on pouvait disposer à sa guise. Je n’en fis rien, néanmoins. Détenir une telle information n’était pas à prendre à la légère, et il ne fallait pas la gâcher. L’opportunité viendrait plus tard.
Je crois, en tout cas, que ce fut la première fois que la connaissance d’une information me fit me sentir si puissante. Il était tellement facile de recueillir des détails çà et là, de les retourner contre les personnes concernées en temps voulu, ou, qui sait, vendre l’information au plus offrant. Des vices, des secrets, des faiblesses ; tout le monde en avait. Personne n’était à l’abri qu’ils soient un jour découverts. Pas même la patronne des Plaisirs Terrestres.
- Je n’ai plus envie de me disputer, terminai-je. Vous aurez vos dix couronnes. Néanmoins, j’aimerais que vous m’accordiez une faveur. Celle-ci sera sûrement refusée, mais je l’énonce tout de même. Je voudrais que la solde qui était accordée à Loredo soit maintenant utilisée pour engager un scribe, qui apprendra à écrire à Ambre. Si celle-ci le souhaite, bien entendu.
Après une pause, je revins sur un détail qui avait attiré ma curiosité, sur un ton qui signifiait que je tirais un trait sur tous nos sujets précédents.
- Quel rapport entre messire d'Ablaÿ et cette location ? Je pensais que le tout était réservé pour herr Karsten von Drash.
Et, échangeant plus longtemps ou non avec la maquerelle en fonction de ses dispositions pour me répondre, je terminai par quitter son bureau.
Encore plus déchevelée que je l’avais été en rentrant des Taudis, maintenant que j’avais passé deux jours enfermée dans la même tenue avec laquelle j’étais arrivée, les regards s’attardèrent beaucoup sur moi. Mesquins, interrogateurs, craintifs, j’eus de tout, comme si j’étais porteuse de la peste, et seule Eva se montra différente. J’attrapai la robe qu’elle me tendait avec un petit sourire reconnaissant.
- Merci, Eva. Je vais aller me laver, oui, c’est une bonne idée.
Et, n’offrant pas plus de mots supplémentaires, ne donnant pas satisfaction à toutes les curieuses qui tendaient l’oreille, je partis en direction des bains.
Ma toilette fut bien plus longue qu’à l’accoutumée. Je nettoyais les saletés de mon corps, effaçant les sillons de larmes et de maquillage, brossant mes cheveux abimés ; mais au-delà des détails physiques, c’était comme si je me vidais de tous les sévices des derniers jours. A mesure que l’eau emportait la crasse, j’entrais dans un état assez serein, quoique mélancolique. Enfilant la robe bleue précédemment rendue par Eva, je revins ensuite dans la grande salle. Je n’avais pas envie de travailler ce soir-là, mais plus tôt l’on se remettait dans le bain, plus tôt les tourments disparaissaient.
Ceux-ci semblèrent vouloir continuer à me tourmenter, néanmoins. J’avais beau m’être lavée et m’être pomponnée comme à mon habitude, mes bleus, et les égratignures sur les joues que m’avait laissées Ambre, paraissaient dissuader les hommes de me choisir pour la nuit. Cela ne serait pas pour tout de suite, le remboursement pour Désèle, à ce rythme. Certains ricanements mauvais montaient dans un coin, et je savais sans avoir besoin de regarder qu’ils m’étaient destinés, de la part d’Adélaïde ou son poulailler. Dans un certain accablement que je m’efforçai de ne pas laisser transparaître, au beau milieu de cette cour qu’était la grande salle, je terminai par aller m’installer sur un canapé, attendant le bon vouloir d’un client qui ne viendrait jamais.
Ayant traversé l’arrière du bâtiment, le garde me mena jusqu’au sous-sol, mal éclairé. Il me rattrapa lorsque je manquai une marche, puis, impassible, me lâcha dans la pièce – ou plutôt placard. Là, les paroles de Serge’ me firent avoir un sourire las, factice. Rester un jour ou un mois dans ce petit cagibi ne faisait plus aucune différence pour moi. Un jour ou un mois, le geste était le même ; mais je lui étais reconnaissante de prendre le soin de vouloir me rassurer. Avant qu’il ne ferme la porte, j’eus pour lui quelques mots, les premiers depuis mon enfermement :
- S’il te plait, dis à Ambre que je suis désolée… Je crois lui avoir fait peur. Dis-lui… dis-lui que j’ai vu le serpent dans les égouts. Et que si elle veut en parler, enfin… Je secouai la tête, me rendant moi-même compte de l’absurdité de mes propres paroles – elle ne pouvait plus parler. Si elle veut m’écouter… Voilà.
Le serpent désignait le bandit, bien évidemment. Je ne savais pas si elle ferait le lien, mais je n’avais pas trouvé d’autre idée que de faire allusion au tatouage qu’il arborait à côté de l’aine.
Sur ces derniers mots, la porte s’était refermée, me laissant dans le noir le plus complet. Je ne fus pas vraiment différente de ce que j’avais été dans ma chambre : je restai là, prostrée au sol, avec pour seule compagnie le bruit de ma respiration. Mes larmes étaient encore présentes, mais la source commençait à se tarir peu à peu. Les yeux ouverts dans le noir, n’y voyant strictement rien, je pensai au bandit des égouts, dont j’ignorais toujours le nom, et à Désèle. Je pensai à ces deux personnes, qui étaient d’une certaine façon étroitement liées, et je tentai de déterminer qui parmi eux était celui à qui j’accordais le plus de haine. Ce ne fut pas une mince affaire, et mon débat mental dura longtemps.
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Tel que l’avait prédit Serge’, je ne restai pas longtemps dans le cagibi. La journée et demi avait suffi à m’habituer à l’obscurité, néanmoins, et en sortant, je fus éblouie par la lumière du soleil. Je fus conduite dans le bureau de la matrone.
Celle-ci développa des trésors de froideur, et, plus encore que son regard lourd de sévérité, ce fut son indifférence pour ce qui s’était déroulé dans les Taudis qui me toucha plus qu’autre chose. Aucun mot à ce sujet : elle déployait un manque d’intérêt tel qu’il était révélateur d’une insensibilité que je ne lui connaissais pas.
- C’est tout ? D’accord.
Et je ne parlais pas là de la somme que je lui devais. J’avais prévu tellement de phrases, tellement de façons de lui conter ce que j’avais vécu ; et j’avais sincèrement souhaité entendre ses explications, pour pouvoir en être expiée. Explications qu’elle ne semblait visiblement pas vouloir accorder. J’effaçai rageusement une nouvelle larme qui venait de perler malgré moi le long de ma joue droite – il était temps d’arrêter de pleurer, et surtout pas devant elle. Pourtant, j’étais lasse, et les évènements étaient encore trop récents pour que je puisse contenir mon émotion. Je ne pus m’empêcher de continuer un minimum la conversation, sur un ton plat et déclaratif, notant l’évidence que nous connaissions toutes les deux avec un calme rare.
- Vous aussi vous m’en devez des choses, Désèle. Le semblant de liberté et de sécurité que je pouvais avoir en travaillant ici, je l’ai perdu. Si j’ai le malheur de ne pas suivre ses ordres, il me tuera. Elle comprendrait aisément à qui je faisais allusion. Machinalement, je massai ma gorge, encore marquée par les stigmates de la strangulation. Je fermai les yeux pour prendre une grande inspiration, contenant les larmes qui menaçaient encore. Alors, qui est encore réellement mon patron, aujourd’hui ? Et qui est le vôtre ?
La regardant dans les yeux, je tenais le haut de mon corsage, toujours déchiré, contre ma poitrine. Quelque chose venait de se briser en moi. Depuis que j’étais ici, j’avais toujours eu un immense respect pour Désèle, et une certaine admiration. C’était une femme qui menait son établissement avec grande intelligence, et même si elle s’avérait stricte dans ses directives et dans le règlement des conflits, elle avait toujours été droite et juste. Ce qu’elle n’était pas, cette fois-ci. Je ne pouvais lui trouver aucune excuse, et pourtant, j’en avais cherché beaucoup, durant le temps de mon confinement. Mon respect, Désèle von Essah venait de le perdre.
Ah, oui, von Essah. Avec tout cela, j’avais presque oublié ce détail. Peut-être ne voulait-elle rien savoir. Mais moi, j’en savais, des choses. Là, si je le voulais, je pourrais lui faire savoir que son petit secret n’en était plus un, je pourrais voir son masque impartial se briser en un rictus apeuré, briser tout son petit monde bien rodé. Lui faire savoir que je n’étais pas qu’une simple petite pute dont l’on pouvait disposer à sa guise. Je n’en fis rien, néanmoins. Détenir une telle information n’était pas à prendre à la légère, et il ne fallait pas la gâcher. L’opportunité viendrait plus tard.
Je crois, en tout cas, que ce fut la première fois que la connaissance d’une information me fit me sentir si puissante. Il était tellement facile de recueillir des détails çà et là, de les retourner contre les personnes concernées en temps voulu, ou, qui sait, vendre l’information au plus offrant. Des vices, des secrets, des faiblesses ; tout le monde en avait. Personne n’était à l’abri qu’ils soient un jour découverts. Pas même la patronne des Plaisirs Terrestres.
- Je n’ai plus envie de me disputer, terminai-je. Vous aurez vos dix couronnes. Néanmoins, j’aimerais que vous m’accordiez une faveur. Celle-ci sera sûrement refusée, mais je l’énonce tout de même. Je voudrais que la solde qui était accordée à Loredo soit maintenant utilisée pour engager un scribe, qui apprendra à écrire à Ambre. Si celle-ci le souhaite, bien entendu.
Après une pause, je revins sur un détail qui avait attiré ma curiosité, sur un ton qui signifiait que je tirais un trait sur tous nos sujets précédents.
- Quel rapport entre messire d'Ablaÿ et cette location ? Je pensais que le tout était réservé pour herr Karsten von Drash.
Et, échangeant plus longtemps ou non avec la maquerelle en fonction de ses dispositions pour me répondre, je terminai par quitter son bureau.
Encore plus déchevelée que je l’avais été en rentrant des Taudis, maintenant que j’avais passé deux jours enfermée dans la même tenue avec laquelle j’étais arrivée, les regards s’attardèrent beaucoup sur moi. Mesquins, interrogateurs, craintifs, j’eus de tout, comme si j’étais porteuse de la peste, et seule Eva se montra différente. J’attrapai la robe qu’elle me tendait avec un petit sourire reconnaissant.
- Merci, Eva. Je vais aller me laver, oui, c’est une bonne idée.
Et, n’offrant pas plus de mots supplémentaires, ne donnant pas satisfaction à toutes les curieuses qui tendaient l’oreille, je partis en direction des bains.
Ma toilette fut bien plus longue qu’à l’accoutumée. Je nettoyais les saletés de mon corps, effaçant les sillons de larmes et de maquillage, brossant mes cheveux abimés ; mais au-delà des détails physiques, c’était comme si je me vidais de tous les sévices des derniers jours. A mesure que l’eau emportait la crasse, j’entrais dans un état assez serein, quoique mélancolique. Enfilant la robe bleue précédemment rendue par Eva, je revins ensuite dans la grande salle. Je n’avais pas envie de travailler ce soir-là, mais plus tôt l’on se remettait dans le bain, plus tôt les tourments disparaissaient.
Ceux-ci semblèrent vouloir continuer à me tourmenter, néanmoins. J’avais beau m’être lavée et m’être pomponnée comme à mon habitude, mes bleus, et les égratignures sur les joues que m’avait laissées Ambre, paraissaient dissuader les hommes de me choisir pour la nuit. Cela ne serait pas pour tout de suite, le remboursement pour Désèle, à ce rythme. Certains ricanements mauvais montaient dans un coin, et je savais sans avoir besoin de regarder qu’ils m’étaient destinés, de la part d’Adélaïde ou son poulailler. Dans un certain accablement que je m’efforçai de ne pas laisser transparaître, au beau milieu de cette cour qu’était la grande salle, je terminai par aller m’installer sur un canapé, attendant le bon vouloir d’un client qui ne viendrait jamais.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 24 juin 2015, 13:59, modifié 1 fois.
Raison : 6 xp / 66 xp
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage
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- [MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
- Dans le trou.
Face à la demande d’Irène, Serge’ était resté quelques instants silencieux, avant de lui répondre, en hochant des épaules.
«Je verrai ce que je peux faire. C’est qu’elle ne laisse plus personne s’approcher d’elle. »
Dans le bureau de Désèle.
La catin laissait souvent ses sentiments et émotions prendre le dessus. Désèle le nota bien, mais ne fit aucune remarque vis-à-vis de cela. Elle avait pensé ajourner la conversation, mais Irène n’entendait aucunement en rester là, et s’était mise à prendre la parole. La matrone releva la tête de son bureau, contemplant la jeune femme, une nouvelle fois. Et pour la première fois, Irène put entendre le prénom de son agresseur.
«Je doute très sincèrement que Marwen en vienne à te tuer, comme je doute tout autant qu’il tue l’une d’entre nous. Pour le reste, j’en suis convaincue, maintenant que tu sais ce dont il est capable, il te suffit de suivre et ses ordres, et les miens, et tu ne risqueras définitivement rien de sa part. »
Elle laissa planer un petit silence comme Irène faisait de même, avant que cette dernière ne posât sa question. Là, Désèle eut un petit rire sans joie.
«Tu me demandes que est notre patron ? Ma pauvre fille, tu ne connais rien à l’art du commerce. Beaucoup diraient qu’il s’agit de moi, dans la mesure où je tiens cet établissement, où j’y stipule les règles et où je fais appliquer mes directives. Mais je vais te donner une réponse que bien peu de personnes connaissent, et cela pourrait te servir par la suite, qui sait. Le véritable patron, dans quelque entreprise que ce soit, n’est pas celui ou celle qui l’aura bâtie, non. Le véritable patron, en fin de compte, n’est pas autre que la clientèle.
Ce sont les clients qui sont exigeants, et moi-même dois me plier en quatre pour satisfaire leurs désirs, pour répondre à leur attente. Et, à la moindre indisposition ressentie, ils se détournent de vous et vous oublient. Il est somme toute assez rare qu’ils en viennent à louer les mérites de votre entreprise s’ils sont contents. En revanche, l’on peut être certain qu’ils seront implacables et médisant au possible en cas de désaccord, et la réputation de vos bien en pâtira comme jamais. Sans les clients, Irène, une entreprise n’est rien. Sans les clients, Irène, nous ne sommes rien. Certes, il y aura toujours des hommes qui loueront nos services, oui. Mais la véritable problématique réside dans le fait de savoir si ces hommes resteront des hommes plutôt riches, comme actuellement, ou s’ils ne seront plus, à terme, que des crapules et des malfrats des Taudis. »
Désèle laissa passer une petite pause, une nouvelle fois, laissant le temps à sa vis-à-vis de digérer ces informations pour le moins atypiques, mais qui demeurait l’on ne pouvait plus vraies. Il s’agissait là de l’une des principales parts de la véritable essence du commerce.
« Et si je devinais que ta question était un peu plus spécifique, alors te répondrais-je en ces termes ; pour le moment, nos clients sont des hommes opulents, et certains sont même nobles, comme le témoignera la soirée de demain soir. Dans l’état de la population, ce sont de grandes personnes, et leurs exigences sont toutes aussi grandes ; la Poussière d’Etoiles et le Délice de Ranald en sont. Et pour m’en procurer, je n’ai pas d’autre choix que d’aller m’enquérir auprès de Marwen l’Esbigneur, notre cher ami. Sa particularité ; nous sommes ses clients aussi bien qu’il est le nôtre. Bien que marginal, c’est pour cette raison-là qu’il ne t’arrivera rien, tant que tu respectes ses directives. Je gage qu’il n’a pas encore de grief contre toi. »
Vint la question d’Ambre et de son éducation. Désèle considéra un instant l’interrogation, avant de décliner du chef.
«Ton intention est louable, très même. Mais elle ne dépend plus de moi. Ambre a, nous pensons, quelque peu perdu l’esprit. Elle n’est plus stable, après sa mutilation, et refuse toute approche, et encore moins qu’on la touche. Désèle désigna les quelques marques d’ongles qui striaient légèrement le visage d’Irène. Tu as pu t’en apercevoir. Elle ne peut plus exercer notre profession, et c’est pourquoi je me suis résolue à l’envoyer au Temple de Shallya, la Mère de la Compassion. Les prêtresses suivront son cas avec soin ; elle y sera logée et nourrie. Elle vivra dans un monde reculé, mais je pense que c’est ce qu’il y a de mieux pour elle, en guise d’alternative. Peut-être même que, par la suite, elle recevra l’enseignement que tu souhaiterais lui voir accorder, pour aider les sœurs. »
Le rapport entre Erwan d’Ablaÿ et Karsten von Drash ?
«Eh bien, Karsten von Drash est un noble assez influent, très… Spécial, paraît-il. Et Erwan d’Ablaÿ fait office de valet ou de garçon de course, d’une certaine façon, à ses ordres. Ce fut messire Karsten qui prit la décision de louer l’établissement, et le sieur d’Ablaÿ vint m’apporter le contrat et la somme d’argent requise pour ladite location. »
De retour dans la grande salle, après les ablutions.
Ces mêmes ablutions avaient pris un certain temps, et l’après-midi était déjà bien entamée, d’autant plus qu’Irène s’était déjà installée dans le canapé depuis un bon moment déjà. Les regards se tournaient vers elle, l’effleuraient, et, sitôt qu’ils s’apercevaient de ses marques et de ses griffures sur le visage, voltaient vers une autre location, vers une autre catin. Il y eut, toutefois et au bout d’un certain moment, un homme pour s’approcher d’elle. Maladroit, le regard fuyant, il était bien en deçà de son standard habituel. Les habits propres, mais rapiécés, la barbe de quelques jours, il devait être l’un de ces habitants qui vivaient en lisière des Taudis. Il vint à elle.
«’Jour, mmh… Ça fait un p’tit moment que j’vous regarde, déjà, et, ouais, j’ai vu vos marques, mais bon, j’reste étonné d’voir que personne vient vers vous. J’chui pas très riche, mais j’vous trouve très jolie, alors, j’tente ma chance… ? »
Irène n’avait pas tort. Adélaïde et son poulailler regardaient la scène d’un regard amusé et curieux.
Pour maintenant ou pour plus tard ; tu pourras prendre une compétence du domaine du Commerce pour 5 xp moins cher. Je ne sais pas si ça te sera utile, mais sait-on jamais.
Elle est sympa, Désèle, non ?![]()
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
- Ah, vraiment ? Doutiez-vous aussi qu’il tue Loredo, ou en étiez-vous certaine, avant de l’envoyer à la mort ? Votre cher ami Marwen n’était pas content lorsque je suis arrivée. Pas du tout. Pourtant avais-je suivi vos ordres, gentiment. Alors, avant de m’intimer de les suivre, ces ordres – ce que j’ai fait, sans même penser que vous aviez pu omettre certains détails accessoires –, peut-être faudrait-il faire de même de votre côté.
Je repris alors les mêmes mots que m’avait servis l’Esbigneur dans son taudis, arborant un ton et une expression faussement enragée, imitant parodiquement le bandit dans une colère noire et maniérée :
- « Désèle a-t-elle des soucis de quantité ou se pait-elle définitivement ma tête ? Quand je parle d’une personne, c’est une personne. »
Abandonnant mes rictus railleurs, haussant presque les yeux, je repris mon sérieux, et continuai. Toujours avec un ton calme, sans jamais hausser le ton.
- Et là, dans ce cas, oui, peut-être que personne ne risquera rien, si les directives sont suivies correctement, par tout le monde. Alors si vous décidez à nouveau de lui faire affront, merci de me prévenir la prochaine fois, histoire que je puisse avoir mes choix et me préparer un minimum, moi aussi. Car si vos ordres commencent à interférer avec les siens, ou les siens avec les vôtres, la personne qui sera au milieu à en subir les conséquences, c’est moi. Et je ne compte sincèrement pas mourir pour des transactions, quand bien même sais-je qu’elles sont très importantes pour les Plaisirs Terrestres ; j’espère que vous me comprendrez. J’ai toujours eu à cœur la réputation de notre établissement, et ce depuis quinze ans maintenant, seulement... je ne peux pas tout faire, même si je fais tout ce que je peux.
J’eus ensuite un geste de la main distrait, indiquant que je n’avais que faire de ses leçons sur le commerce. Comme si je ne savais pas déjà que le client était roi, et que sans lui, nous mettrions la clé sous la porte. Alors, bien évidemment que nous étions toutes contraintes de se plier à leurs exigences. Elle me servait là des banalités inutiles. Le sort d’Ambre m’intéressa plus, bien qu’il me peina. Cela allait me faire tout drôle, de ne plus jamais entendre des bruits d’activité dans la chambre voisine de la mienne. Nous n’étions pas particulièrement proches, mais notre relation avait toujours été amicale.
- Oh. J’avais pensé que… Je fis une pause. Oui, cela vaut peut-être mieux pour elle… sûrement, terminai-je, pensive, un pli soucieux entre les sourcils.
L’idée qu’elle soit amenée dans un lieu de culte était une bonne idée, pour lui permettre de se remettre. En revanche, la savoir dans un endroit bien moins sécurisé, vulnérable au premier bandit qui passerait, n’était pas pour me rassurer. Les Plaisirs Terrestres étaient bien gardés, eux. Et s’il venait à l’oreille de Marwen qu’Ambre apprenait à écrire en compagnie de prêtres, combien de temps s’écoulerait-il avant qu’il ne se fasse passer pour un vulgaire mendiant, pénétrant au temple pour quémander l’aumône, afin de tuer Ambre pour assurer la sûreté de ses informations de contrebande, volant des statuettes en or tout en passant ? Il valait mieux ne pas y penser, probablement.
Désèle me précisa ensuite les circonstances de location de l’établissement pour le soir suivant.
- Mmh, spécial, ce von Drash, mais c’est ce qu’on dit de tous les nobles. Enfin, nous verrons bien cela. En revanche, Erwan d’Ablaÿ, un simple garçon de course ?
Et, partant dans un grand rire amusé et incrédule dont elle ne comprit sûrement pas les raisons, je quittai la pièce.
Revenue dans la grande salle, j’étais donc assise sur un de nos nombreux canapés, appuyée sur l’accoudoir, observant l’humeur ambiante. Les hommes me souriaient, avenants, s’approchaient quelque peu, avant de remarquer ma gorge et les défauts de mes égratignures, et continuaient alors leur chemin ; me laissant chaque fois un peu plus minée à l’intérieur.
Je commençais à me dire qu’il ne servait à rien de me ridiculiser davantage, et qu’il valait sûrement mieux que je monte me coucher un peu plus tôt que prévu, lorsqu’un homme s’avança vers moi, l’air timide. Il ne semblait pas être un habitué des bordels, ou du moins, pas du notre. Peut-être était-ce la première fois qu’il tentait les Plaisirs Terrestres, sachant que la maison close était d’un certain standard auquel il n’appartenait pas. La facture de ses vêtements indiquait qu’il ne vivait pas dans les beaux quartiers de la Neuestadt, c’était certain. Je l’observai de la tête aux pieds, non sans un premier réflexe de dédain, car j’étais habituée à un peu mieux. Je lui répondis de manière tout à fait cordiale et aguicheuse, pourtant, tel que le voulait la profession.
- Vous n’êtes pas très riche ? Ce n’est pas grave, fis-je en me levant et en lui attrapant le bras, me collant à lui telle une jouvencelle prête à être conduite devant l’autel. Il y a bien d’autres choses que les pièces sonnantes et trébuchantes qui peuvent me plaire. J’adore les ragots. Je serai enchantée d’entendre les dernières rumeurs qui courent dans votre quartier ; ici, l’on s’ennuie à un point, vous savez.
Et ce fut ce soir-là que je commençai à glaner des informations chez mes clients. Plus que les laisser déblatérer à leur guise comme à mon habitude, apprenant des choses dont je n’avais que faire malgré moi, je commençai à tout noter – tout. Si cet homme ce soir-là n’avait possiblement rien d’intéressant à me dire, cela ne serait pas le cas de tous les autres – surtout avec les nobles. Et, recherchant à nouveau le sentiment de puissance que j’avais ressenti à la vue d’une Désèle ignorant que je la savais noble déchue, je devins une autre sorte de récolteuse.
Je repris alors les mêmes mots que m’avait servis l’Esbigneur dans son taudis, arborant un ton et une expression faussement enragée, imitant parodiquement le bandit dans une colère noire et maniérée :
- « Désèle a-t-elle des soucis de quantité ou se pait-elle définitivement ma tête ? Quand je parle d’une personne, c’est une personne. »
Abandonnant mes rictus railleurs, haussant presque les yeux, je repris mon sérieux, et continuai. Toujours avec un ton calme, sans jamais hausser le ton.
- Et là, dans ce cas, oui, peut-être que personne ne risquera rien, si les directives sont suivies correctement, par tout le monde. Alors si vous décidez à nouveau de lui faire affront, merci de me prévenir la prochaine fois, histoire que je puisse avoir mes choix et me préparer un minimum, moi aussi. Car si vos ordres commencent à interférer avec les siens, ou les siens avec les vôtres, la personne qui sera au milieu à en subir les conséquences, c’est moi. Et je ne compte sincèrement pas mourir pour des transactions, quand bien même sais-je qu’elles sont très importantes pour les Plaisirs Terrestres ; j’espère que vous me comprendrez. J’ai toujours eu à cœur la réputation de notre établissement, et ce depuis quinze ans maintenant, seulement... je ne peux pas tout faire, même si je fais tout ce que je peux.
J’eus ensuite un geste de la main distrait, indiquant que je n’avais que faire de ses leçons sur le commerce. Comme si je ne savais pas déjà que le client était roi, et que sans lui, nous mettrions la clé sous la porte. Alors, bien évidemment que nous étions toutes contraintes de se plier à leurs exigences. Elle me servait là des banalités inutiles. Le sort d’Ambre m’intéressa plus, bien qu’il me peina. Cela allait me faire tout drôle, de ne plus jamais entendre des bruits d’activité dans la chambre voisine de la mienne. Nous n’étions pas particulièrement proches, mais notre relation avait toujours été amicale.
- Oh. J’avais pensé que… Je fis une pause. Oui, cela vaut peut-être mieux pour elle… sûrement, terminai-je, pensive, un pli soucieux entre les sourcils.
L’idée qu’elle soit amenée dans un lieu de culte était une bonne idée, pour lui permettre de se remettre. En revanche, la savoir dans un endroit bien moins sécurisé, vulnérable au premier bandit qui passerait, n’était pas pour me rassurer. Les Plaisirs Terrestres étaient bien gardés, eux. Et s’il venait à l’oreille de Marwen qu’Ambre apprenait à écrire en compagnie de prêtres, combien de temps s’écoulerait-il avant qu’il ne se fasse passer pour un vulgaire mendiant, pénétrant au temple pour quémander l’aumône, afin de tuer Ambre pour assurer la sûreté de ses informations de contrebande, volant des statuettes en or tout en passant ? Il valait mieux ne pas y penser, probablement.
Désèle me précisa ensuite les circonstances de location de l’établissement pour le soir suivant.
- Mmh, spécial, ce von Drash, mais c’est ce qu’on dit de tous les nobles. Enfin, nous verrons bien cela. En revanche, Erwan d’Ablaÿ, un simple garçon de course ?
Et, partant dans un grand rire amusé et incrédule dont elle ne comprit sûrement pas les raisons, je quittai la pièce.
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Revenue dans la grande salle, j’étais donc assise sur un de nos nombreux canapés, appuyée sur l’accoudoir, observant l’humeur ambiante. Les hommes me souriaient, avenants, s’approchaient quelque peu, avant de remarquer ma gorge et les défauts de mes égratignures, et continuaient alors leur chemin ; me laissant chaque fois un peu plus minée à l’intérieur.
Je commençais à me dire qu’il ne servait à rien de me ridiculiser davantage, et qu’il valait sûrement mieux que je monte me coucher un peu plus tôt que prévu, lorsqu’un homme s’avança vers moi, l’air timide. Il ne semblait pas être un habitué des bordels, ou du moins, pas du notre. Peut-être était-ce la première fois qu’il tentait les Plaisirs Terrestres, sachant que la maison close était d’un certain standard auquel il n’appartenait pas. La facture de ses vêtements indiquait qu’il ne vivait pas dans les beaux quartiers de la Neuestadt, c’était certain. Je l’observai de la tête aux pieds, non sans un premier réflexe de dédain, car j’étais habituée à un peu mieux. Je lui répondis de manière tout à fait cordiale et aguicheuse, pourtant, tel que le voulait la profession.
- Vous n’êtes pas très riche ? Ce n’est pas grave, fis-je en me levant et en lui attrapant le bras, me collant à lui telle une jouvencelle prête à être conduite devant l’autel. Il y a bien d’autres choses que les pièces sonnantes et trébuchantes qui peuvent me plaire. J’adore les ragots. Je serai enchantée d’entendre les dernières rumeurs qui courent dans votre quartier ; ici, l’on s’ennuie à un point, vous savez.
Et ce fut ce soir-là que je commençai à glaner des informations chez mes clients. Plus que les laisser déblatérer à leur guise comme à mon habitude, apprenant des choses dont je n’avais que faire malgré moi, je commençai à tout noter – tout. Si cet homme ce soir-là n’avait possiblement rien d’intéressant à me dire, cela ne serait pas le cas de tous les autres – surtout avec les nobles. Et, recherchant à nouveau le sentiment de puissance que j’avais ressenti à la vue d’une Désèle ignorant que je la savais noble déchue, je devins une autre sorte de récolteuse.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 26 juin 2015, 13:48, modifié 1 fois.
Raison : 6 xp / 72 - 50 xp (2 PC ) = 22 xp
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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