[Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

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  • Pourquoi Irène, pourquoi elle, lorsqu’il y avait des gens sûrement plus compétents qu’elle pour se faire, et d’autres, encore, plus tenaces et menaçants qu’elle ne pourrait jamais l’être. La question avait été posée.

    «Pourquoi toi ? Parce que je peux déléguer ; je le fais dès que je le peux. C’est d’un commode. J’ai bon nombre d’affaires à régler céans-même, et ne puis en conséquence pas quitter le bordel. Je n’enverrai pas de gardes supplémentaires, ou un autre garde à ta place, tout simplement, parce qu’ils ne sont pas illimités, hélas, et doivent garder les lieux ; tu as bien vu, la dernière fois, ce que ça donne lorsqu’ils ne sont pas là durant quelques minutes. Et je te choisis, toi, parce que tu es l’une des plus anciennes ici présent ; toute ta vie est ici, et tu es assez intelligente pour ne pas t’enfuir avec la marchandise. Tu es comme toute assez connue ici, et je dispose d’assez de relations pour pourrir la vie de quiconque s’essayant à me flouer. En fait, si je devais parler sincèrement, j’ai confiance en toi pour cette mission. Et dernièrement, tu as vécu dans les mauvais quartiers en te débrouillant toute seule durant ta jeunesse, quand bien même était-ce il y a fort longtemps. J’espère que cela te servira. »

    Lorsqu’Irène reprit la parole, cela la fit hausser d’un sourcil. Elle eut un rire sans joie, qu’elle ponctua en lâchant, platement :
    «Ou bien est-ce tout simplement pour cette dernière remarque que je t’envoie ? »

    Loredo avait été mis au courant, oui ; le regard qu’il lui lança lorsqu’Irène sortir du bureau détenait cette petite note supplémentaire qui vous rendez complice malgré vous de la personne. Ayant encore une heure devant elle, la catin se mit à la disposition d’un client, lequel lui laissa donc de fort jolies traces sur la poitrine. N’y prêtant pas davantage d’attention, parfois habituée à bien pire, Irène se vêtit alors d’habits bien plus pratiques que sensuels ; de ces vêtements faits pour la discrétion et les venelles étroites. Désireuse de dissimuler ses mèches carmines, Irène se faîta d’une pèlerine sombre dont elle rabattit la capuche sur la tête. Elle retrouva Loredo devant la sortie qui menait vers les jardins, bien plus discrète que l’entrée principale. L’homme ne dit mot, se contentant de hocher pragmatiquement du chef. Ils s’en furent dans la nuit.

    Aussi flous que demeuraient les remembrances de la jeune femme concernant sa triste soirée où elle avait terminé soûle en compagnie d’Evaë, elle suivait plus ou moins le même chemin, errant dans les ruelles infâmes des Nuln, se dirigeant vers l’un des pires quartiers de la rive nord. Les ordures continuaient de s’amasser sur les trottoirs, dans les caniveaux, débordant des dépotoirs jusqu’à se laisser échouer en des tas écœurants sur les plus grandes avenues de la Cité-Etat. N’étant pas encore au cœur de la nuit, les rues débordaient encore aussi bien de ces détritus que de monde, et se frayer un chemin n’était pas chose aisée. Il leur arriva fréquemment d’être bousculés ou de se faire bousculer, mais la mine peu amène de Loredo, ainsi que le visage enténébré d’Irène, dissuadèrent les plus belliqueux. Elle n’était pas sans rappeler les vieux contes de sorcière en cavale, et lui, les ragots de reître ou d’assassin que l’on envoyait d’ordinaire pour une mauvaise affaire avec laquelle l’on ne souhaitait aucunement se salir les mains. Ils avaient la mine de l’emploi, et la pénombre ne leur apportait que plus de crédit encore.

    Le Goret Aveugle jouissait d’une bien triste réputation dans les Taudis ; repère de brigands, de bandits, de crapules, de voleurs, et même d’étrangers, sa clientèle n’était pas autre qu’une suite de malandrins aussi cosmopolite que dangereuse. Encore que, de temps à autre, l’on pouvait y trouver quelques étudiants particulièrement éméchés qui, par amour du risque, ou imbriaques à mort, venaient passer de joyeuses soirées à se battre, à boire, à jouer aux dés ou aux cartes, ou à culbuter de la ribaude. Si Irène ne connaissait peut-être pas précisément la localisation de l’endroit, elle pouvait être sûre que Loredo savait situer la taverne malfamée. Sur le chemin, il ne pipa mot, sauf si la damoiselle se révéla être loquace vis-à-vis de quelques sujets. Après avoir serpenté au milieu d’un dédale de ruelles inextricables, tant et si bien qu’il était presque louche que Loredo en sût autant, ils parvinrent sur le parvis de l’auberge et entrèrent.

    Le lieu était somme toute répugnant, et tout témoignait de la qualité exécrable de la vie que l’on y menait. Pas de chaise ou de coin tranquille ; rien qu’un alignement de bancs boiteux et de planches de bois crasseuses dont les veines naturelles du chêne demeuraient incrustées d’une vieille sauce poisseuse et puante. Pas d’assiette ; que des miches de pain ouvertes en deux, dont la mie se répandait sur un sol boueux et dont les plus vieux morceaux moisissaient dans les recoins oubliés. Le salmigondis que l’on y servait proposait davantage d’eau croupie que de véritable bouillon, et, plus rare encore, s’y battaient quelques tripes d’un chien ou d’un rat que l’on avait écrasé la veille.

    Si irène avait craint d’être découverte pour ce qu’elle était, ou de paraître suspecte en portant une telle vêture, elle s’était trompée ; en fin de compte, elle passait naturellement, habillée de la sorte, pour une habituée des lieux, et Loredo, avec sa trogne peu commode, se fondait tout autant dans le paysage. Les cris et les rôts tonitruants que la basse plèbe lâchait dans l’air vicié se confondaient aux chansons égrillardes et aux chopes de bois dont on frappait les planches avec le cul, renversant un millésime de pisse d’âne. Les accents des étrangers se mêlaient aux patois du bord, gras et bafouillés, et les voleurs ripaillaient avec les serveuses aux charmes gangrénés par la mauvaise vie. Les rictus béaient sur des chicots pourris, les yeux étaient pochés, les traits crasseux, mais se dégageait nonobstant de tout cela une ambiance de fête, conviviale, quand bien même certaines dagues édentées voyaient leur nitescence rouillée se refléter sur les dents brisées des sourires hypocrites.

    S’approchant du tenancier, Irène découvrit un homme brut et solide à la grosse panse. Peu commode, moins encore que ne pouvait l’être Loredo, il lui balança un franc :«J’te sers quoi ? », sans même véritablement la considérer. Nul doute qu’Irène lui répondit plus ou moins que le « paquet de Désèle » lui conviendrait très bien. Là, alors, il l’observa plus attentivement, nota des détails que la pèlerine masquait d’ordinaire mais que la proximité de l’endroit et ses bougies dégoulinantes d’une cire sale dévoilaient. Il sourit, alors, d’un rictus qui n’augurait rien de bon.

    «Ah, je vois. Je reviens. »
    Il disparut quelque temps de leur champ de vision, empruntant une petite porte dans l’ombre d’une cloison, avant de revenir avec un autre homme. Le crâne chauve, les yeux durs, le nouveau-venu avait tout l’air du tueur sanguinaire qui ne respectait rien, si ce n’était ses propres lubies.

    «Tu es du même genre que l’autre pute, toi ? Parfait. Suis-moi. » Le mauvais rictus semblait être un trait commun que les deux hommes partageaient avec brio. Sans même se retourner, il emprunta de nouveau la même porte par laquelle il venait d’apparaître, la laissant entrouverte dans une geste quelconque d’invitation.

    Là, derrière le petit ventail si bien intégré dans la cloison, une autre pièce s’offrit à leur regard. Bien plus petite, le son de la grande salle y était bien moins audible, étouffé, et la touffeur des lieux laissait la place à une fraîcheur bienvenue. Le chauve sortit un trousseau de grosses clefs métalliques ; il en choisit une, et entreprit de descendre un escalier qui s’enfonçait étroitement sous terre, jusqu’à parvenir à une grille qu’il ouvrit en glissant ladite clef dans la serrure. Etonnamment, l’ouverture ne provoqua aucun bruit sinistre, pourtant si caractéristique de ce genre de barreaux rouillés que l’on faisait pivoter. Tout en douceur, la grille s’ouvrit sur un tunnel sombre et humide, laissant passer un petit courant d’air venu d’outre-tombe.


    Image

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Irène Rosewen
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Message par Irène Rosewen »

Pénétrer dans l’établissement me fit froncer le nez. L’odeur qui régnait ici était un bon indicateur de l’hygiène des lieux, et je ne pus m’empêcher de jeter un regard dégoûté aux tables encrassées, au sol poisseux et aux restes d’on ne savait quoi qui trainait dans les coins. A tous les coups, si Désèle s’était trouvée ici, elle en aurait fait une crise cardiaque, elle qui pinaillait sur une seule goutte de vin qui tachait ses tapis.
Les consommateurs de la taverne étaient tout aussi peu recommandables que l’établissement ; ils renversaient leurs choppes sans même s’en rendre compte, beuglaient des obscénités d’un ton gras, et beaucoup avaient pour eux les stigmates d’une vie de souillon ou de racaille. Les cicatrices et les difformités semblaient faire partie tenante des clients, telle une vraie caricature.

Observant le tout d’un air presque répugné, je m’avançai, presque incognito – à mon grand soulagement, tout se déroulait bien jusqu’à présent – devant ce qui semblait être le tenancier des lieux. Lorsque je lui notifiai que j’attendais le paquet de Désèle, il me considéra avec un intérêt nouveau, notant les quelques boucles rousses sous ma pèlerine ainsi que les traits de mon visage. Il me laissa en compagnie de Loredo, disparaissant un temps dans un sourire mauvais ; pour mieux revenir, accompagné d’un homme encore moins commode. J’échangeai un regard surpris avec mon garde du corps à l’entente de ses paroles aussi peu polies que l’était son allure, et j’abandonnai toute bienséance pour m’adresser à cet énergumène.

- Pardon ? Quelle autre pute ?

Ses paroles m’avaient intriguée, et son air ne me disait rien qui vaille. Il s’engouffra dans une porte dérobée, m’invitant à le suivre, et tous mes sens m’indiquèrent de ne pas le suivre. J’étais en alerte, mais, accompagnée de Loredo qui ouvrit la marche dans un souci de sécurité, je terminai par suivre, jusqu’à un certain point. Lorsque nous traversâmes une salle, pour ensuite dévaler un escalier qui menait sur l’ouverture d’un tunnel lugubre, je m’arrêtai là, toisant l’inconnu.

- Tu m’expliques ce que tu me fais, là ? Ne compte pas sur moi pour avancer plus loin dans votre sous-sol aussi louche que miteux. Je ne suis ici que pour récupérer une marchandise qui est déjà payée ; j’attends donc qu’elle me soit restituée, il n’y a nul besoin que j’aille plus loin dans ce labyrinthe.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 19 juin 2015, 14:51, modifié 1 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Le chauve n’avait pas même daigné se retourner pour répondre lorsqu’était venue la première interrogation d’Irène.

    «Je sais pourquoi t’es là, et je sais de qui tu viens. Donc, la nana, là, rousse, bien foutue, avec des putains de sein et un corps de rêve, c’était une pute, non ? T’es pas pareille, toi aussi ? » Il s’agissait davantage d’une affirmation, en fin de compte, que d’une véritable question.

    Parvenue à sur le parvis de l’entée, au niveau de la grille dont le couloir se perdait vers des boyaux sinistres, Irène s’arrêta tout aussi net, déclamant son ressentiment. Là, cette fois-ci, le chauve se retourna, fit quelques pas vers la catin, et se planta bien devant elle.

    «Sans blague, tu crois vraiment que c’est moi qui ai ce que tu cherches, là, dans une auberge miteuse, à la portée du premier coup de surin ? J’chui que le passeur, moi, tu piges ? Tu veux ta putain de marchandise, tu vas la chercher dans le putain d’endroit où elle est, c’est tout, c’est marre. Ça, là, c’est l’une des je sais pas combien d’entrées vers les égouts de Nuln et son dédale, que moi, j’connais. Le reste est planqué bien plus loin, ailleurs. Ca évite les mouchards que tu pourrais être –j’tai jamais vue, et ces bouffons de gardes, capich ? »

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Irène Rosewen
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Message par Irène Rosewen »

La dernière réplique de l’homme aurait pu convenir en tant que justification, s’il n’y avait pas eu les paroles précédentes. Arrêtés devant l’ouverture de la grille, dans une obscurité naissante, seulement troublée par les tremblotements de quelques torches çà et là, je relevai les yeux pour regarder le passeur de manière franche et directe.

- Attends, attends. Tu es en train de me dire quoi, là ? Qu’une autre est déjà passée chercher le paquet ? Dans ce cas, tu m’expliques pourquoi je me casserais les pieds à aller plus loin si la transaction a déjà été faite ? Ou, plus intéressant, pourquoi n’a-t-elle pas déjà été faite, si une est déjà passée ?

J’avais soudain l’impression qu’il me manquait une grande partie des informations sur cette affaire, et je réfléchissais qui pouvait bien être l’autre rousse dont il parlait. Une putain d’un établissement concurrent, qui aurait eu vent de notre commande d’une façon ou d’une autre, et qui aurait tenté de nous voler la marchandise ? Ou Désèle avait-elle déjà envoyé quelqu’un sans même me prévenir ? Cette seconde possibilité m’apparaissait stupide et indigne de Désèle, à tel point qu’elle s’effaça vite de mon esprit.

- Dépêche-toi donc de me mener à ton supérieur, j’en ai marre de perdre mon temps, claquai-je en m’engouffrant dans le tunnel. J’espère pour toi que je n’aurai pas à le regretter.

D’un signe de tête, je signifiai à Loredo d’avancer.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 19 juin 2015, 16:39, modifié 1 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • L’homme semblait perdre patience ; parlementer dans le genre ne devait pas être dans ses attributions primaires.

    «Ouais, y’en a une qu’est déjà venue. Et pourquoi que ça serait pour le même paquet, hein, et pas carrément autre chose ? Ou une nouvelle marchandise, un second colis ? Qu’est-c’jen sais, moi. On me dit le code, et je fais passer. Point barre. Des question ? »

    S’il avait posé la question, justement, il ne semblait aucunement enclin à répondre davantage si Irène avait le cœur à en poser d’autres. Loredo, lui, contemplait la scène d’un air dubitatif, ne sachant que trop faire. Mais lorsqu’Irène lui fit un signe de la tête, l’intimant d’avancer, il s’exécuta, trouvant sans doute plus facile que l’on prît la décision et la responsabilité à sa place. Dans un dernier juron, le chauve se détourna et continua sa route, s’engouffrant dans les profondeurs.

    L’odeur était fétide, abjecte, et des relents de nuages verdâtres flottaient çà et là dans un brouillard opaque. De petites flaques d’eau croupies barraient le passage, s’étendant parfois à de véritables étangs infects, et il fallait le contourner avec précaution, de peur de disparaître au fond d’un trou puant. Le chauve leur en fit rapidement la démonstration.

    «Rien que pour ça », lança-t-il soudainement en s’emparant d’une grosse pierre. Devant eux, le chemin apparaissait comme étant plat, bien qu’une marre d’eau recouvrait le sol. Tout au plus, et ce n’était là qu’une histoire de semelle trempée, rien de plus, si l’on souhaitait continuer le chemin. Pourtant, lorsqu’il laissa tomber la pierre au sol, les eaux s’ouvrirent en deux sous l’effet de l’impact, et, plutôt que de ricocher sur de la roche, à un pouce en-dessous de l’onde croupie, la pierre creva les flots, disparaissant dans des abîmes verdâtres et oubliées.
    «Quand on s’y attend pas, ça surprend. C’pas grave, dans les faits ; tu r’ssors. Sauf que, tout surpris que t’es, t’as tendance à boire la tasse. Le lendemain, tu chies du sang, et le surlendemain, t’es mort. Qu’on dise pas qu’j’ai pas prévenu. »

    Cette partie des égouts n’était qu’un enchevêtrement de boyaux plus ou moins étroits qui s’entrecroisaient à foison, sans rien pour les distinguer. Des fois, de plus grandes salles apparaissaient, et, sous la couche de moisissure et de mousse, Irène put contempler les vestiges anciens de l’architecture naine ; des statues grandioses les contemplaient de leur regard de pierre, figées pour toujours ; des encorbellements laissaient apercevoir des runes antiques, au sens sibyllin, ésotériques, et des motifs géométriques se couplaient aux reflets chatoyants de l’eau maladive qui se reflétait sur la roche. Puis, l’émerveillement passé, le groupe se replongeait dans un autre tunnel exigu où les rats venaient leur titiller le bout des pieds. Ils marchèrent comme cela un certain temps, encore, et Irène put rapidement se faire à la conclusion suivante ; sans leur guide, ils se seraient perdus depuis bien longtemps, y compris pour retrouver leur chemin jusqu’à l’auberge.

    Arrivés dans un couloir qui s’évasa jusqu’à une poterne, ils s’arrêtèrent. Le chauve frappa plusieurs fois à la porte, selon un certain code.
    Test d’INT
    INT Irène : 9
    Modificateur 1 (bas fond)
    Résultat : 2-1 = 1 ; réussi


    Le code sonna comme clair dans l’esprit de la jeune femme ; elle le retint immédiatement. Plus que cela, encore, elle put se demander si elle ne le connaissait pas déjà, perdu dans les méandres de son esprit, abandonné aux grés de réminiscences anciennes et oubliées ; son enfance. La jeune femme le comprit, le décortiqua, et se sentit même capable de pouvoir formuler de courts messages en ce genre de morse propre à ces gens.
    Une plaque de métal coulissa à travers la porte, laissant apercevoir une paire d’yeux qui scrutèrent le chauve. Elle glissa sur Irène et son compagnon, s’arrêtèrent l’espace d’un instant, et la porte s’ouvrit. Le chauve y pénétra, Irène et Loredo sur ses talons.

    Derrière la porte, une grande salle en forme de cuve, où s’amoncelaient, dans ses alcôves annexes, des tas et des tas de marchandises en tout genre, réparties dans une pléthore de paniers, caisses, sacs, d’amphores, et d’autres jarres. Des armes, des armures, des bijoux, de la nourriture, des bouquins, des chandeliers, des vêtements, des matières premières, des ustensiles, des céréales, des animaux, du tissu, des teintures, des huiles, et tout un tas d’autres objets inclassables et hétéroclites. Au milieu des coqs et des cochons, des caisses que l’on déplaçait ou que l’on ouvrait, que l’on entreposait ou que l’on chargeait, régnait une belle pagaille, et le brouhaha ambiant s’élevait bien haut vers le plafond incurvé. Le chauve chuchota quelques mots, et le portier fila vers une pièce attenante. En ressortit un homme, qui, d’un rapide coup d’œil, analysa chacune des personnes se trouvant dans son champ de vision.

    Image


    Il eut un petit sourire goguenard en observant Irène, et ses yeux gris scintillèrent d’une étrange lueur amusée, si ce n’était pas pire encore. En revanche, lorsqu’ils s’arrêtèrent sur Loredo, son visage se figea, d’une certaine manière. Ce n’était pas comme s’il avait quitté son amusement, non, mais comme si son ressentiment sur le personnage, ou sur la situation présente, avait brutalement chuté en température.

    «Désèle chercherait-elle définitivement à se payer ma tête ? », lâcha-t-il calmement, mais sur un ton qui n’en demeura pas moins glacial. Il fit un petit signe de la main, et, aussitôt, quatre des types présents les menacèrent subitement avec des arcs bandés, flèches encochées.

    «N’a-t-elle pas compris le dernier message que je lui ai renvoyé ? Et, surtout, ne comprend-elle pas les notions de quantité ? Lorsque je parle d’une personne, c’est bien d’une, et non pas de deux. D’ordinaire, Désèle envoie toujours des putains régler nos petites affaires. J’imagine qu’elle devine que je préfère les femmes aux bougres. »

    Il se tourna vers Irène.

    «Je suppose, du coup, que ta présence est légitime, comme la sienne, soudainement, le devient beaucoup moins. Et je n’aime pas ça. Alors, je vais te poser la question ; pourquoi es-tu accompagnée ? »

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

J’avais énervé le passeur, semblait-il, et après m’avoir répondu une dernière fois, il ne fut pas disposé à palabrer davantage.

- Non, pas d’autres questions.

Loredo avança, et je suivis à ses côtés. Les égouts étaient fidèles à leur réputation : sales, puants, nauséabonds. D’un peu plus et les relents des eaux croupies paraissaient presque empoisonnées, et Loredo et moi toussâmes quelque peu en sentant les premières odeurs acides. L’une de mes mains gantées plaquée contre mes voies respiratoires, j’observais avec précaution les lieux, suivant notre guide.

J’avais rarement mis les pieds dans les égouts, même durant mon enfance, je les avais évités. J’avais parfois passé certaines nuits dans l’un des recoins, mais de façon passagère. Je ne m’y étais jamais aventurée bien loin, étant, à l’époque, trop effrayée par les légendes sur les monstres ténébreux qui se cachaient sous les eaux insalubres. A l’évidence, je me rendais compte aujourd’hui que les monstres qui avaient élu domicile ici n’étaient pas des créatures, mais simplement des hors-la-loi. Contrebandiers, assassins, voleurs, les égouts formaient un véritable réseau qui permettait, à qui en avant la bonne connaissance, de pouvoir trouver à la fois une bonne cachette qu’un bon moyen de se déplacer dans Nuln discrètement. Sans avoir besoin de passer par les rues, si l’on connaissait bien la carte souterraine, l’on pouvait reparaître à l’autre bout de la ville sans se montrer sous les rayons du soleil.
Notre passeur nous fit la démonstration de la dangerosité de ce labyrinthe en jetant une lourde pierre dans ce qui semblait être une flaque. La pierre s’enfonça dans un bruit d’eau profond, pourtant, et disparut, laissant derrière elle de nombreuses ondes courir à la surface de l’eau.

- Effectivement, ça surprend, notai-je, soucieuse désormais de suivre les pas du guide à la lettre, et de ne pas m’en écarter d’un chouia. Le simple fait de faire patauger mes bottes dans une telle fange me répugnait, alors l’idée d’y plonger toute entière, je vous laisse imaginer l’effet que cela créait chez moi.

Il était étonnant, en embrassant du regard tout cet entremêlas de galeries, de savoir que la ville pouvait parfois être d’une saleté répugnante. Les ordures agrémentaient très régulièrement les ruelles de Nuln, et l’on se demandait ainsi à quoi servaient les égouts, si ce n’était à héberger des malfrats en tout genre.
Au-delà de la crasse, l’on voyait quelques fois les vestiges de l’ancien passage des nains. Une certaine majesté transparaissait de quelques couloirs et carrefour, et j’étais sûre qu’à une autre époque, les lieux avaient un cachet certain. Mes yeux furetèrent beaucoup pour admirer les traces de l’architecture naine, et entre les nombreux tournants et changements de direction, il était clair que je n’aurais pu retenir le chemin seule. Sans carte, si l’on ne connaissait pas les lieux, l’on se perdait assurément.

Enfin, nous arrivâmes à destination, devant l’entrée d’une salle bien gardée. Le passeur toqua plusieurs coups dans un rythme déterminé ; rien n’était aléatoire, et je me repassai le code dans ma tête, le retenant sans même y penser. La porte s’ouvrit, et Loredo et moi pénétrâmes dans l’antre de ce qui serait bientôt un piège.
Si je n’étais pas au fin fond des boyaux pouilleux des égouts de Nuln, je me serais crue à une sorte de braderie, ou de lieu de stockage d’un gros marchand. Des tas de divers objets apparurent dans mon champ de vision, débordant de sacs de toile ; et je pouvais distinguer des marchandises aussi différentes les unes que les autres, comme de la simple nourriture jusqu’à des bijoux qui paraissaient d’une grande valeur. Cet endroit était assurément la cache d’un contrebandier qui refourguait ses marchandises au plus offrant ; et il n’était pas très rassurant de savoir que Désèle fricotait avec de tels hors-la-loi. Pour se procurer de la drogue, néanmoins, l’on n’avait pas trente-six solutions.
L’on alla prévenir de notre arrivée à quelqu’un dans une pièce voisine pendant que j’étais occupée à englober toute cette pièce des yeux, cherchant à apercevoir ce que j’étais venue chercher.

Là, un homme se montra, et fut content de me trouver là, à en juger de son air narquois. Il le fut moins en posant le regard sur mon acolyte, en revanche, et son sourire se figea sur son visage. Celui-ci était orné d’une balafre qui traversait son œil gauche et empiétait sur sa joue, de même qu’une autre cicatrice qui perturbait légèrement la ligne de sa bouche. Dans ses yeux gris perçants luisait une intelligence certaine ; il ne s’agissait pas ici d’un vulgaire bandit qui obéissait simplement aux ordres, il était certainement le chef de toute cette petite bande. Et, lorsqu’il prit la parole, cela se vérifia aussitôt : plusieurs hommes réagirent en armant soudain leurs arcs, les braquant sur nous.

Mes yeux s’écarquillèrent soudain, et j’eus un mouvement de recul, observant autour de moi dans un réflexe de survie. Nous étions cernés de toute part, en minorité numérique, et le discours de l’inconnu me laissa un goût amer dans la bouche. Je n’avais décidément été mise au courant de rien sur la situation actuelle ; et si je n’avais pas la tête à pester contre Désèle à l’instant présent, il était sûr que j’en aurais l’occasion par la suite, si je ne mourrais pas percée de flèches dans ce trou.

- Qu’est-ce que c’est que cet accueil ? lâchai-je, aussi surprise qu’incompréhensive, inquiète de voir autant d’arcs bandés vers mon cœur pour des raisons que je ne saisissais pas. Il va falloir m’expliquer, là ; je n’ai aucune idée de quel message tu lui as fait passer, ou ce que tu lui avais demandé. Je ne sais pas quels griefs tu entretiens avec Désèle ; je n’ai été envoyée ici que pour récupérer son « paquet », qui a déjà été payé. Loredo m’accompagne, car il n’est jamais bon de traîner seule dans les Taudis lorsqu’on est une femme ; et cet accueil charmant en est la preuve, je crois. Je ne veux pas de problèmes, je veux juste son paquet, et on repart aussi vite qu’on est venus. Cela suffit ?

Sur mes gardes, guettant toute réaction sur le visage du contrebandier, je retenais mon souffle, le cœur battant d’être ainsi menacée.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 20 juin 2015, 14:21, modifié 1 fois.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Le sourire goguenard s’était transformé en mauvais sourire, constatant du mouvement de recul de la putain.

    «Chaque chose en son temps, ma jolie. Réglons, dans un premier temps, le cas de ton « Loredo ». Il est là pour ta protection, si j’ai bien compris ? Voyons voir cela. »

    Il s’approcha de ses « invités » à grand pas, et sa poigne tenace s’empara du cou de la jeune femme, qu’il pressa jusqu’à l’étranglement. Il n’y avait pas grand-chose à faire, pour Irène, si ce n’était constater de sa propre impuissance ; il était toujours aisé de s’imaginer de la bonne façon de faire dans telle ou telle situation, mais, lorsque la trachée et les scalènes vous étaient à ce point-là pressés, et que l’extrémité de doigts et de pouces imprimaient de profondes marques dans vos chairs, il n’y avait plus qu’un seul geste qui demeurât ; agripper le poignet de l’autre tandis qu’il vous soulevait presque du sol.

    «Alors, Loredo, que fais-tu ? »
    Test de volonté
    INT Loredo : /
    Modificateur : /
    Résultat : 17 ; raté.

    A travers le voile opaque qui brouillait sa vue, Irène eut du mal à discerner précisément la situation. Mais elle pouvait pressentir, à quelques pas de là, un Loredo totalement désemparé par une situation qu’il n’avait pas prévue ; il se devait de protéger Irène, mais le moindre mouvement belliqueux de sa part le criblerait bientôt de sagettes acérées. Un petit tic battait sa tempe, en la présence d’une veine bleutée, sa mâchoire se contractait dans l’indécision, et ses propres pieds se contrecarraient l’un l’autre, alternant début de mouvement et cessation immédiate de déplacement.

    «Voilà qui ne doit pas être assez pour lui », lâcha le bandit dans un rictus. Il fit pivoter Irène, qui reprit brusquement sa respiration, agrippa sa chevelure et tira sèchement vers l’arrière, faisant rendre gorge à la jeune femme. Une dague titilla la douceur de sa peau, et la pointe acérée vint mordre sa vêture, du haut vers le bas. Sous la caresse du fil aiguisé, le tissu s’ouvrit lentement dans un soupir, exhibant sa peau blanche et une partie de ses charmes. Dans une prise de conscience retardée, Irène se rendit compte à quel point l’entrepôt était soudainement devenu silencieux, si l’on occultait les piaillements des animaux. Tous les regards convergeaient sur l’étrange scène qui se déroulait à l’entrée, et sur un Loredo qui, malgré lui, n’esquissait toujours pas le moindre mouvement.

    «Bien ce qu’il me semblait, ricana le ravisseur de la catin. Il fit un simple signe de la main ; des sifflements stridents retentirent comme les cordes des arcs se relâchaient dans des bourrasques vives, et Loredo poussa un grognement sourd, suivi de la chute de son corps criblé de flèches. Le bandit glissa sa main sur la gorge de la jeune femme, la refermant dessus, et lui murmura, dans le creux de l’oreille :

    « Qui ne peut assurer sa propre défense peut difficilement prétendre assurer celle d’un autre, n’est-il pas ? Je le considère donc inutile –et mort, désormais. Il se décolla d’elle, la maintenant toujours par les cheveux comme une vulgaire poupée de chiffon. Bien ! Je vais donc tenter d’ignorer le fait que vous étiez deux en arrivant ici ; tenter d’oublier le fait que cette petite garce de Désèle s’évaltonne un peu trop dans les privilèges qu’elle n’a aucunement vis-à-vis de ma personne. »

    Il sembla se rendre compte à son tour du silence assourdissant qui régnait désormais dans sous la voûte incurvée. Il se retourna, tirant sans trop le remarquer sur la chevelure de la jeune femme, laquelle ne put s’empêcher de faire un pas sur le côté afin de suivre le mouvement, sous la douleur.

    «Que branlez-vous, vous tous ? Du nerf, les branquignols ; reprenez votre travail ! Moi, j’ai un rendez-vous galant avec notre chère invitée. »
    Joignant le geste à la parole, il la traîna sur une partie de la longueur de l’entrepôt.
    Test de perception :
    INT Irène : 9
    Modificateur : 1 (sens du détail)
    Résultat : 6-1 = 5 ; réussi.

    Irène avait déjà eu un bel aperçu de ce que pouvait receler l’entrepôt, mais elle ne fut pas au bout de ses surprises. Forcée de suivre l’homme qui avait la mainmise sur ses cheveux, elle marchait dans son sillage, tête inclinée. Cela ne l’empêcha pas d’observer les lieux, de noter çà et là des détails.
    Aléatoirement, ou presque, elle repéra un curieux gaillard tenant dans ses mains deux seaux remplis de morceaux de viande à l’allure repoussante. Là où l’on eût pu songer qu’il les mènerait jusqu’aux cages abritant les animaux, afin de les nourrir, la réalité en fut tout autre. Dépassant les cages, il continua son chemin, et, non loin du bandit et d’Irène, déverrouilla une porte qu’il laissa grande ouverte, avant de pénétrer dans la pièce. Une odeur de mort s’en exhala bientôt, suivit de quelques cris déchirant et de bruit de chaîne. Dans la pénombre, là-bas, se découpaient d’autres cages, d’autres barreaux, et, au-derrière, des hommes et des femmes, bracelets de fer au pied, attendaient leur maigre pitance. Quelques secondes plus tard, et la porte se referma sur eux.

    Le bandit continua sa route, ouvrit une pièce attenante, et y entra avec Irène avant de refermer la porte et de la verrouiller derrière lui. A l'intérieur, un petit bureau, une chaise, et plus ou moins la même pléthore d'objets que dans le reste de la cache.
    Les yeux gris acier de l'homme pétillèrent d'un intérêt nouveau, relâchant la chevelure de la jeune femme tout en l'observant.

    « Bien, enfin au calme. L'on va pouvoir s'amuser. »

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

De l’air, de l’air. Les yeux écarquillés, je tentais vainement d’aspirer une goulée salvatrice. Le contrebandier avait fondu sur moi ; Loredo n’avait pas même esquissé un mouvement pour s’interposer, et malgré m’être reculée à l’approche du bandit, celui-ci avait terminé par refermer sa poigne sur ma gorge, serrant à un tel point que j’avais l’impression qu’il voulait me briser le cou à mains nues. J’avais beau tirer sur son poignet, rien n’y fit ; et mes gants m’empêchèrent de le griffer jusqu’au sang. J’étais totalement impuissante, luttant pour respirer. Ma vue se brouilla bientôt, et j’étais à moitié concentrée sur ce qui se déroulait autour de moi, trop occupée à survivre. De même, lorsqu’il me lâcha aussi brusquement qu’il avait commencé à m’étrangler, je n’eus pas le temps de me préoccuper de l’action ou l’inaction de Loredo, bien que je voyais bien qu’il ne bougeait pas d’un pouce. Retrouvant mon air, je toussai, crachai en larmoyant dans un réflexe biologique, avec un sifflement pathétique de vieille asthmatique.
Là, mes cheveux furent tirés en arrière, et le métal froid d’une dague vint chatouiller ma peau. A travers ma peur, j’essayai de rester aussi immobile que possible, mais mon besoin d’air encore pressant faisait gonfler mon buste à de nombreuses reprises, rapidement. La lame fila sur ma robe sans me couper, néanmoins, mais je ne pus empêcher les pans déchirés de s’écarter et de dévoiler une partie de mes seins devant tous.
Mon regard dériva sur Loredo et les flèches qui le menaçaient, et la petite troupe qui observaient le spectacle, silencieusement. Je ne savais pas s’ils avaient coutume de maltraiter leurs contacts, ici, mais en tous les cas, aucun n’esquissa un geste pour demander à leur supérieur de se calmer. Celui-ci semblait avoir main mise sur tous ses employés, et j’imaginais qu’il réservait un sort pire que ce que je subissais actuellement aux hommes qui lui désobéissaient.

Avec horreur, dans un cri étouffé par la position qui était la mienne, je vis alors Loredo s’effondrer au sol, criblé de nombreuses flèches ; beaucoup trop. Il était mort de façon stupide et peu honorable, un vrai benêt autant dans la vie que dans la mort. Il n’avait pas mérité ça, pourtant. Son travail, après tout, n’était que d’assurer la sécurité de notre maison close ; pas d’aller se confronter à une horde de bandits dans les égouts. Quand bien même avait-il fait quelque chose, je n’étais pas sûre que son sort en aurait été modifié. Son inaction m’avait potentiellement sauvé la vie, même. Après tout, s’il avait foncé sur le bandit, qu’il l’avait blessé, voire tué, qu’auraient fait, par la suite, toutes les autres petites frappes ? Assurément, aucun d’entre nous ne serait sorti d’ici vivant, et je devais ma survie uniquement grâce à l’affaire de Désèle qui était toujours en suspens et qui intéressait le malfrat. Néanmoins, sa mort aurait été évitable. Si cet homme disait vrai, Désèle avait envoyé un garde en sachant qu’il serait mal accueilli ; nous envoyant tous les deux dans l’antre du loup-garou, telle une offrande à la pleine lune. Jusqu’à présent, avec tous les éléments qui me manquaient, je ne pouvais que rendre la matrone fautive, et l’absence volontaire d’informations laissées à mon attention me perturbait. Je me sentais sincèrement flouée, comme une vulgaire pionne qu’on avait envoyée là sans même prendre la peine de lui mettre sous les yeux tous les tenants de l’affaire. Une pionne trop peu intelligente pour qu’on prenne la peine de l’informer et que l’on pouvait sacrifier pour un simple paquet de drogue.

Le cou tordu de façon désagréable, les cheveux tirés par l’homme, je jetai un dernier regard peiné et dégoûté au cadavre de Loredo, suivant mon ravisseur malgré moi. S’il avait voulu évincer mon garde, il aurait suffi de le renvoyer, le tuer était un acte de pure barbarie gratuite.
Choquée par la mort de mon acolyte, la peur au ventre qu’un sort pire encore ne puisse m’attendre, ces émotions s’intensifièrent à la vue d’une porte ouverte sur ce qui semblait être des esclaves en cage. Essayant de noter le moindre détail possible, comme une sortie pour pouvoir fuir, je terminai par être lâchée dans une pièce qui paraissait être un bureau. Aussitôt, ne sentant plus la poigne de l’homme sur ma chevelure, je m’écartai de lui, mettant le plus de distance possible entre nous, dans la mesure de ce que me permettait la salle. D’une main, je me massai la gorge, encore douloureuse, et de l’autre, je rapprochai les pans déchirés de mon corsage. Je lui jetai un regard noir, mélange de haine, de douleur, de peur et d’incompréhension. Autant dire qu’à cet instant, je n’en menais pas large.

- Qu’est-ce qui t’a pris ? Je t’ai dit que nous n’avions aucune idée de ce qui avait été convenu avec Désèle. En aucun cas Loredo n’était venu ici pour provoquer ou défier une quelconque autorité ! Les larmes encore humides sur mes joues suite à ma suffocation, j’imagine que je devais prêter à rire pour un tel homme sans vergogne. Si tu as des comptes à régler avec elle, va donc les régler avec elle en personne ; ne saute pas sur le premier innocent venu. Et je ne suis pas sûre que cela incitera Désèle à continuer à faire affaire avec toi, de savoir son garde mort et l’une de ses filles…

Je m’arrêtai, ignorant quel sort supplémentaire m’était réservé. Mes épaules s’affaissèrent ; cela n’était pourtant pas bien difficile à deviner. Parce que j’étais une prostituée, il pensait se réserver le droit d’abuser de moi sans problème ? De me maltraiter et me menacer parce que j’avais eu le malheur d’être envoyée par Désèle ?

- Laisse-moi partir… s’il te plait. Ne me donne pas la marchandise, si tu veux, je n’en ai plus rien à faire, de rentrer bredouille. Je ne serais sûrement pas venue si l’on m’avait expliqué la situation plus en profondeur.

Apeurée, encore trop sous le choc de ce qui venait de se dérouler, j’observais le bandit. La peur avait rétracté ma pupille en un léger myosis, et ma respiration était un peu plus rapide que la normale pour paraître calme.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 21 juin 2015, 02:53, modifié 1 fois.
Raison : 6 xp / 34 xp
Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • «Je me contrefous de ton Loredo, grave-le bien dans ta petite cervelle. Par contre, je tiens expressément à ce que l’on respecte mes règles. Alors, si je dis une personne, c’est une seule, et pas deux, tu comprends la différence ? Et si quelque crétin que ce soit s’y refuse, alors je règle le problème à ma manière, tu vois ? Ici-bas, tu n’as pas le droit à l’erreur, le respect prime sur toute autre chose, alors je tiens fortement à ce que mes directives soient suivies. »

    L’air haineux de la jeune femme, ses yeux qui l’eussent tué s’ils avaient été une paire de pistolets braquée sur sa poitrine, et sa mâchoire serrée semblaient attiser ses ardeurs à son encontre.

    «Désèle… Demande-toi plutôt si elle n’avait pas une dent contre Loredo, pour l’avoir amené avec toi lorsque cela n’était aucunement nécessaire. Pensait-elle vraiment qu’un seul sbire pouvait faire la différence dans un tel endroit, entouré de mes hommes ? En vérité, je devrais peut-être même le prendre pour une insulte, tu ne crois pas ? » Le brigand semblait effectivement l’avoir mauvaise, et n’était pas du genre à canaliser ses émotions. Pire encore, il s’agissait plutôt de l’inverse ; sa colère canalisait sa colère, et son ire, à mesure qu’il y pensait, ne venait que l’imprégner plus encore, l’endiguant dans un endêvement profond. Il se rapprocha d’Irène, et la poussa sur le bureau.

    «Du coup, il est mort, et je n’ai plus personne pour faire passer le message. Peut-être toi, si fait ? J’avais pensé qu’Ambre aurait pu être un message à elle toute seule, tu vois, mais non, même pas. Tu veux connaître l’ironie de la chose ? Le sort d’Ambre n’a rien à voir avec Désèle ou le petit contrat qui nous lie, elle et moi. Enfin, pas tant que ça, au début. »

    Il lui tourna autour, comme un lion d’Arabie autour de sa proie, jouant avec. Alors qu’il passait dans son dos, frôlant le rebord du bureau, il s’amusa à faire glisser la pointe glaciale de sa dague dans la nuque de la jeune femme, balayant quelques mèches éparses.

    «Désèle me l’avait déjà envoyée, pour quelques affaires. A vrai dire, Désèle me doit beaucoup de choses, vois-tu. Je l’ai bien connue, et je peux la ruiner s’il m’en prend l’envie, comme je pourrais détruire votre petit bordel. Mais, réciproquement, j’ai trouvé en votre lupanar une façon découler quelques-uns de mes produits. Le marché est fort pratique, et j’entendais à ce qu’il continue. Ainsi, Ambre venait, et repartait. Un joli brin de femme, comme tu l’as déjà constaté. En fait, dans les faits, je dois même dire que tu lui ressembles beaucoup. Sauf que, à force de me fréquenter, de me connaître, cela commença à lui monter à la tête. Elle était au courant de bien des choses qu’elle n’aurait jamais dû voir, au courant de tout un trafic qui s’organisait dans Nuln. Elle se voyait déjà tremper dans les plus grands réseaux de contrebandes, fomenter des cabales, alors que, pendant ce temps-là, je la sautais dans les venelles crasseuses des Taudis, et qu’elle couinait comme pas deux. Ambitieuse, une petite pute ambitieuse, et orgueilleuse, en plus de cela. Mais cela faisait son charme, à sa manière. »

    Revenu devant elle, il lui saisit le menton, l’obligeant à croiser son regard, voire à découvrir son cou.

    «Mais sais-tu ce qu’elle m’a dit, la nuit dernière ? Sais-tu ce qu’elle a osé me dire ? Cette garce m’a réclamé cent couronnes pour ne rien dire à la garde. Cent couronnes pour ne rien dire à la garde ! Je… »

    Devant elle, l’homme vacillait entre une multitude d’états. L’étonnement, l’incrédulité, la surprise, l’ébahissement, mais aussi l’hilarité, une hilarité folle qui menaçait de le submerger. Son visage eut cette petite mimique de circonstance lorsque le sujet nous paraissait totalement hors-sujet ou improbable, reculant d’un demi-pouce vers l’arrière, et écartant les mains, paumes levés vers le ciel, dague dans la main droite.

    «Tenter de me faire chanter, moi, au beau milieu de tous mes hommes ? J’ai trouvé l’idée si judicieuse que j’ai eu peur en songeant qu’elle s’imaginait déjà tremper dans les magouilles contrebandières et les complots intérieurs. »

    Il ricana d’un petit rire sans joie, mauvais, et balança la suite d’un air si placide que cela en donnait froid dans le dos.

    «Alors, je lui ai collé quelques droites bien senties, histoire de lui apprendre le respect. Puis je l’ai traînée au milieu de l’entrepôt, et j’ai invité tous mes gars qui voulaient se la taper depuis belle lurette à le faire, cette fois-ci, pour de bon, là où je me la réservais d’ordinaire. Ça a duré quelque temps, je peux te le dire, tant et si bien que, à la fin, j’ai cru qu’elle était morte, tant elle ne bougeait plus. Je ne pensais pas même que l’on pouvait se détacher à ce point-là de son propre corps, tu vois, atteindre cet état de résignation. Mais, de mon côté, je me suis tellement senti ridicule pour elle d’avoir osé tenter une telle demande, céans-même, que j’en fus dégoûté, et que je ne l’ai pas touchée. De toute façon, avec ce qu’on certains de mes gars, je crois que manger dans leur gamelle n’est pas même conseillé, si tu vois ce que je veux dire. Enfin… Putain de gâchis. »

    Il s’arrêta dans le cheminement de ses pensées, l’air contemplatif, regard dans le vide, et se mâchonnant distraitement la lèvre intérieure. Comme s’il cherchait le meilleur moyen d’amener la suite. Mais ce fut sans ambages, comme à l’accoutumée, qu’il lui révéla la suite, toujours aussi froidement, sans jamais véritablement lever le ton, ni jamais montrer ostensiblement la colère qui pouvait parfois le guetter.

    «Mais Ambre en savait trop, et c’était d’ailleurs la raison pour laquelle elle voulait me faire chanter, là, subitement. Quelle lubie de merde lui a pris, je ne sais vraiment pas. Je ne pouvais plus la sentir, mais il fallait quand même la renvoyer à Désèle, tout en s’assurant qu’elle ne parlerait pas. Je lui ai arraché la langue, j’ai écrit un petit message, et je l’ai renvoyée à ta patronne. Et là, tu es là, conformément à mon petit message, lequel demandait à Désèle de me fournir une autre catin pour gérer nos transactions habituelles ; très important. »

    Alors qu’Irène était assise sur le bureau, il s’avança vers elle, debout, laissa courir ses mains sur ses cuisses dont il força doucement l’entrée, jusqu’à coller son bassin contre le sien.

    «J’ai eu un petit sourire, tout à l’heure. Car, ouais, tu es une Ambre numéro deux, à ta façon. Je me suis demandé à quoi jouait Désèle, car la coïncidence est trop parfaite pour que cela en soit une. Tente-t-elle de m’amadouer, de jouer sur une possible sensibilité que j’aurai conservée si l’autre grognasse n’avait pas tenté de me doubler ? C’est un pari fort risqué. Mais… Je dois dire que je me sens plus tempéré, là où j’avais pensé démolir la prochaine fille qu’elle m’aurait envoyée, juste pour bien lui faire comprendre que l’on ne plaisante pas avec moi. »

    Il soupira, dévisageant la jeune femme, bien en face, à quelques pouces d’elle.

    « Une Ambre bis. Les mêmes cheveux, globalement, la même couleur. Il caressa sa chevelure, faisant jouer ses mèches au-travers de ses doigts. Les mêmes yeux, bleus, quoique les siens étaient plus clairs. Sa main effleura sa joue, son pouce essuya les quelques sillons qu’avait laissé le sel de ses larmes, témoin de sa suffocation. Le même corps, les mêmes seins. »

    Sa dague s’introduisit dans l’ouverture que formaient les deux pans nouvellement formés de la vêture d’Irène, écartant doucement l’un d’entre eux. Une main s’y faufila légèrement, terminant de faire reculer le tissu, dévoilant une forme qu’il effleura, du haut vers le bas, avant de la recouvrir de sa paume et d’y refermer les doigts. Puis il eut un autre de ses sourires, mi goguenard, mi mauvais.

    «Ouais, Désèle a vu juste. Je suis content que tu prennes la relève, en fin de compte. Elle a bien vu, la maquerelle. Je tiens définitivement à ce que ce soit toi. Ne me déplais pas, et il ne t’arrivera rien de fâcheux. Ne cherche même pas à t’enfuir, car je connais du monde, du beau monde, et je te trouverai, où que tu puisses te cacher. Tu exécutes nos petites magouilles, à tous les deux, tu viens livrer l’argent, tu reviens avec ton colis ; c’est parfait. Et tu y trouveras même ton compte, à force. »

    L’homme retira sa main du corsage improvisé d’Irène, et s’appuya de chaque côté de ses hanches, sur le bureau, alors qu’elle y demeurait assise. Il se pencha en avant, son visage se trouvant dangereusement proche de celui de la catin.

    «Tu ressembles donc à Ambre, physiquement, lui chuchota-t-il, comme s’il se trouvait dans une pièce bondée mais silencieuse. Mais comment es-tu, dans ta tête ? Es-tu de son genre, ambitieuse, crétine, idiote, vouée un jour à balancer nos petits arrangements, ou bien sais-tu quelle est ta place, respecter l’ordre établi, et t’écraser sans poser de questions ? Dis-moi, de quel côté es-tu, toi ? »

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

L’homme était en colère, très en colère. Il restait enfermé dans sa logique ; celle qu’il était légitime que Loredo ait payé pour son affront. Affront qu’il n’avait pas même commis volontairement. La remarque concernant Désèle fit mouche, néanmoins. Si celle-ci savait réellement ce qui se trouvait ici, si elle avait l’habitude de faire des transactions avec ce bandit, pourquoi avoir envoyé un garde dans un repaire de contrebandiers ? Quelles chances lui avait-elle donné, sincèrement ?

Alors que ces questionnements me tourmentaient déjà assez, le bandit se rapprocha de moi, annulant la distance que j’avais créée entre nous, et me poussa contre le bureau, sans ménagement, me forçant à m’y asseoir. Son corps aussi proche du mien, menaçant, le brillant de sa dague qui m’attirait l’œil, il me terrifiait. Il le savait, il en jouait, me tournant autour comme un fauve prêt à fondre sur sa proie, caressant ma peau de sa lame. Et lorsqu’il évoqua Ambre, ce fut la cerise sur le gâteau. La révélation me choqua plus que tout le reste jusqu’à présent, me laissant telle une statue sur le bureau à mesure qu’il contait son récit. Des éléments s’emboîtèrent soudain dans mon esprit, et je revis une Ambre inquiète sortir du bureau de Désèle, son absence une journée entière, alors que je l’avais cherchée, et son retour, humide de larmes. Sans le savoir, je lui avais demandé si elle voulait en parler, à travers le battant de sa porte ; sans savoir qu’elle n’aurait plus jamais l’occasion, dans sa vie, de parler à qui que ce soit. Toute l’horreur de l’évènement, et la sensation que cela s’était joué à un doigt pour que je sois mise au courant de tout cela avant d’être envoyée dans ce foutoir, me fit me mettre à trembler. Lorsqu’il prit mon menton, je détournai le regard, incapable de le soutenir, trop bouleversée. Lorsqu’il caressa mes cuisses, s’impatronisant entre elle, pour se faire plus proche encore, et venir attoucher ma poitrine, je serrai les dents, dans l’attente craintive qu’il aille plus loin. Une Ambre bis ? L’homme semblait bien trop englué dans son souvenir d’elle. J’avais beau être rousse aux yeux bleus, nous ne nous ressemblions en rien, toutes les deux ; pas du tout les mêmes traits du visage, ni même le même corps, non. Je lâchai un rire nerveux, incrédule qu’il soit en train de se calmer en touchant le galbe de l’un de mes seins. La qualité de ma poitrine le rendait sincèrement satisfait que je « prenne la relève » ? Pitié, mais c’était d’un ridicule. Si je n’avais pas été sincèrement effrayée de ce que cela laissait présager pour la suite, ce comportement m’aurait sûrement amusée. Finalement, il n’était qu’un homme, un autre de ces crétins qui se laissait amadouer par une belle paire de mamelles. Un crétin qui avait actuellement pouvoir de vie et de mort sur ma personne à cet instant, malheureusement.

Enfin, il eut terminé son petit discours, et il fut temps que je réponde. Je relevai les yeux vers les siens, bien trop proches pour que je sois à l’aise.

- Je sais que je tremble comme une feuille, mais ai-je l’air pour autant stupide ? Tu crois que je vais te dire que je compte trahir nos « arrangements » ? Même en comptant le faire, il serait bête de l’avouer, alors ta question est inutile.

Mes narines s’écartaient et se fermaient sous ma respiration accélérée. J’avais du mal à parler sans faire transparaître mon émotion dans mes paroles, mon regard guettant la place et la trajectoire de la dague dans sa main.

- Je ne veux pas d’arrangement avec toi.

Si j’avais quitté les Taudis, cela n’était pas pour rien. Le temps de mon enfance était loin à présent, et je ne le regrettais pas. Si j’avais été un jour une gamine voleuse et vagabonde, c’était désormais révolu, et de l’eau avait coulé sous les ponts. J’étais désormais une femme façonnée par et pour la maison close. Je n’étais ni une combattante, ni une trafiquante, ni une bonne frappe des coupe-gorges. Si j’avais eu, un jour, une quelconque assurance dans les ruelles malfamées, s’il me restait quelques connaissances nécessaires à la survie dans ce quartier ; il était pourtant inutile de nier le fait que j’avais perdu toute aptitude à évoluer dans cet univers. Et, au-delà d’une quelconque aptitude, je n’avais aucun désir que d’y remettre les pieds. Mon orgueil, il n’était là que pour évoluer entre les nobles, les bourgeois et les riches marchands à séduire. Je voulais m’élever, et non pas régresser en retombant dans les Taudis.

- Des hommes loyaux, tu en as plein ton entrepôt. Choisis-en un pour tes transactions, et tout ira bien. Pourquoi t’encombrer d’une femme que tu ne connais pas, d’autant plus que la précédente vient de te trahir ? Pourquoi utiliser une putain qui est bien moins compétente que les habitués des Taudis ? Si c’est pour une histoire de sexe, je pense que tu dois avoir bien d’autres moyens d’avoir une foule de femmes…

Je pensai notamment à des esclaves ou même ses propres employées. Alors que je continuai, je ne pus empêcher de nouvelles larmes de faire leur apparition ; mélange de larmes de rage et de crainte.

- Cette pute de Désèle m’a envoyée ici comme une offrande pour un sacrifice, sans me demander mon avis ni même avoir la décence de me parler de ce qui était arrivé à Ambre ou de me décrire l’homme à qui j’aurais à faire. Alors détrompe-toi, mais en plus de ne pas vouloir m’engouffrer dans vos trafics, je ne compte clairement pas servir Désèle dans ses petits caprices. Plus maintenant. Si elle veut de la drogue, ou quelque merde que ce soit, elle n’aura qu’à bouger son propre cul jusqu’à ton repaire. Elle se démerde. Elle a mal calculé son coup, là. Ambre était sûrement volontaire, elle, à la base ; ce que je ne suis pas. Désèle a fait l’erreur de ne pas me proposer honnêtement de prendre la relève pour vos affaires et de m’expliquer de quoi il retournait. J’aurais sûrement accepté, même, si elle avait fait ainsi, mais c’est trop tard.

J’avais repris une certaine véhémence, dans ces dernières paroles. Sauf qu’elle n’était pas dirigée contre mon interlocuteur, mais bien contre Désèle, qui à l’heure actuelle, devait sûrement se la couler douce au chaud dans sa chambre tandis que l’une de ses filles n’avait plus de langue, et que l’autre avait encore un sort incertain. Je me sentais sincèrement trahie.
Les yeux gris perçants du brigand et le miroitement de sa dague me fit perdre rapidement mon audace, cependant, et ce fut avec une voix beaucoup plus petite, et beaucoup plus lasse, que je continuai après avoir dégluti.

- Alors, maintenant, je vais être honnête, moi aussi… Je ne veux pas que tu me frappes ou me maltraites ou… pire, jusqu’à ce que je change d’avis. Je viens de te dire que je ne voulais pas me mouiller dans vos affaires : tu en prends compte et tu me laisses partir, ou pas. Si tu veux continuer à servir Désèle en embauchant n’importe qui, c’est toi que ça regarde. Je ne suis pas sotte au point de te cracher dessus dans ton repaire. Si tu veux me forcer à travailler pour toi, je le ferai ; je n’attendrai pas que tu me démontes dans cette pièce pour finir mutilée comme Ambre... Donc, pas besoin de me titiller avec ta dague plus longtemps ; je crois que j’ai déjà assez vu et compris de quoi tu étais capable. Mais… je pense sincèrement que j’aurai tôt fait de mourir égorgée bientôt si je venais à faire ce que tu me demandes ; je ne serais alors plus vraiment utile pour vos arrangements, et il vaudrait donc mieux, autant pour toi que pour moi, qu’on en reste là. Je m'arrêtai un instant. Laisse-moi partir…

Ma voix se brisa sur ces derniers mots que je répétai une nouvelle fois.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 21 juin 2015, 14:53, modifié 1 fois.
Raison : 6 xp / 40 xp
Rosewen Irène, Voie de la courtisane
Profil: For 9 | End 10 | Hab 11 | Cha 13 | Int 11 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65
Lien Fiche personnage : Ici
Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage

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