[Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Dans la chambre d’Evaë.
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    «Tss tss, mais oui, tu es tellement mieux avec des vêtements plus légers ! Mmh… Entre Serge’ et Isis ? Non, je ne sais pas… Pourquoi cela, un rapport avec ce qui s’est passé la veille ? »

    Au sous-entendu de quelque secret que ce fût qui serait jusqu’alors inconnu, le visage de la catin pétilla de malice et de curiosité, et ses yeux bleus prirent la teinte flamboyante et fouineuse de la commère qui cherche à tout savoir.

    Puis vint la proposition. Dans un premier temps, la malice d’Evaë s’altéra en peine et en déception lorsqu’Irène lui refusa sa demande, quand bien même avait-elle senti que sa comparse hésitait quelque peu à accéder à sa requête. Mais elle comprit nonobstant, hochant doucement la tête tout en réfléchissant déjà, inquiète, à la façon dont elle allait devoir s’en sortir. Après qu’Irène lui signala qu’elle serait encline à lui prêter quelques-uns de ses robes, Evaë releva la tête, souriante.
    Elle réfléchit quelque temps aux différents vêtements que lui proposa sa consœur, évaluant déjà la forme et l’habillage de ceux-ci. Elle avait bonne mémoire en la matière.

    «La rouge au grand décolleté, elle est assez courte, non ? Mmh… Peste. Je l’aime bien, celle-là ; je la préfère à la bleue et à son échancrure dans le dos. Pour le chaland, c’est toujours mieux de montrer des formes que des omoplates sans reliefs ! Mais bon, le plus sage sera tout de même de prendre la bleue. Merci, Irène. »

    Cette dernière en profita pour changer de sujet, glissant justement sur Erwan, qu’elle venait de croiser. Eu égard à la mine de la narratrice, Evaë sentit tout de suite que le sujet s’avérait fort intéressant, et qu’Irène paraissait très intriguée, et plus encore, possiblement, par la présence du jeune homme. Tout de suite, ses yeux pétillèrent de nouveau, comme elle se redressait subitement.

    «Ah ah ! Un noble qui serait venu ici ? Il est comment, dis-moi ? Beau garçon, j’en suis sûre ! Tu ‘as l’air bien emballée, ma chère, la taquina-t-elle en lui lançant un petit clin d’œil. Héhé, je suis certaine que tu l’as… Non ? Ah, personne ? Attends que mes égratignures ne s’estompent, et je serai sa première ! »

    L’intérêt qu’Irène portait au personnage était contagieux, et Evaë s’évaltonnait de la réserve habituelle que pouvait ressentir –mais jamais montrer-, une putain à l’égard d’un client. Voulait-elle véritablement attirer le noble dans ses filets, ou se comportait-elle ainsi pour taquiner gratuitement Irène ?
    Quoi qu’il en fût, elles parlèrent des raisons qui avaient enjoint le sieur d’Ablaÿ à pousser la porte de leur établissement.

    «Il est venu voir Désèle, tu dis ? Tu crois que lui et elle… ? Qu’est-ce que ça pourrait bien être… Une soirée qui se déroulerait ici ? Mmh… Un de nos protecteurs secrets qui nous garantit une certaine protection contre les gars des Taudis ? Bha, on verra bien par la suite. »

    Après cette belle petite discussion et ses nombreuses conjectures, Irène rejoignit la grande salle. Dans ce début d’après-midi, la pièce bourdonnait de la rumeur des beaux jours et des clients nombreux. Ça jouait aux cartes, aux dés, entre petits groupes d’amis, entre commerçants et marchands ; là-bas, une catin, victime d’un mauvais jet, ouvrait sensuellement son corsage sous l’œil lubrique des autres joueurs ; par-là, un autre grogna, tapant sur la table avant de remettre à son adversaire la mise qu’il avait pariée. Ça ripaillait, également, au même titre que ça buvait bien également, et les hétaïres louvoyaient entre les canapés et les chaises afin d’apporter les plats et les boissons que l’on avait commandés. Serge’ patrouillait quiètement dans la grande salle, décrivant une ronde en longeant les murs, et Lena dardait un œil peu amène sur les différents chalands qui se demandaient bien ce que pouvaient cacher son armure légère et les plaques de cuirs qui agrémentaient sa vêture.

    « Oh, la pauvre ! J’espère que ça lui passera vite ! », répondit Pratica, cuisinière renommée des Plaisirs Terrestres de Désèle. La tenancière du bordel avait bien su s’entourer, et, reconnaissant les mérites l’art culinaire et l’importance qu’il pouvait revêtir pour son établissement, elle s’était mise en quête d’une maître queux de qualité. Désèle avait vu juste ; quelques semaines plus tard, et les clients affluaient que plus encore ; la maison close venait de faire florès en taillant la part belle aux plus grands commerçants et restaurants de la Neuestadt.

    Pratica avait tout de l’image que l’on pouvait se faire de la cuisinière qu’un léger embonpoint rendait bienveillante et affable ; elle avait un visage sympathique, un regard maternel, et adorait toutes les filles, qui qu’elles fussent. Et si elle savait être énergique aux heures de pointe, ne ménageant pas sa main-d’œuvre lorsque le besoin s’en faisait sentir, elle était toujours serviable lorsqu’une catin le demandait.

    «Prends donc, Irène ; emmène-lui ça. Ça devrait la requinquer quelque peu. » Pratica lui remit entre les mains un plateau chargé d’une belle assiette de ragoût et d’un quignon de pain, de quoi absorber une bonne partie de la sauce qui resterait. A côté, un gobelet d’étain contenant de l’eau. Remerciant la cuisinière et remontant à l’étage, Irène fit un rapide crochet jusqu’à sa chambre, s’empara de la robe demandée qu’elle mit en travers de son épaule, et apporta le tout à sa comparse, laquelle attendait de pied ferme d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent.

    ***


    De retour au rez-de-chaussée, Irène se mit en quête d’un nouveau client. Toutefois, ses arrière-pensées s’avérèrent loin d’être innocentes, et, après avoir erré quelque peu dans la salle, balayant les yeux du regard, elle trouva ce qu’elle recherchait. Adélaïde et sa clique n’étaient pas bien haut dans l’estime de la jeune femme ; quoi de mieux que de leur faire un croc-en-jambe en leur volant l’un de leur client ?
    Test de Charisme.

    CHA Irène : 11
    Bonus : 1 (séduction) + 2 (technique d’approche)
    Résultat : 17 – 3 = 14 : raté.

    CHA catin 1 : /
    Bonus : 1 (séduction)
    Résultat : 15 – 1 = 14 ; raté.

    CHA catin 2 : /
    Bonus : 1 (séduction)
    Résultat : 14-1 = 13 ; raté.

    Plutôt serré, tout cela.

    Les deux comparses d’Adélaïde la virent arriver de loin, ça, oui. Elles avaient fleuré le mauvais coup sitôt qu’Irène avait posé les yeux sur eux, et plus encore lorsqu’elle s’était approchée du petit groupe dans une attitude bien trop innocente pour être véridique. L’air vipérin des deux catins n’avait point besoin de traduction pour faire passer quelque message que ce fût ; « Irène, casse-toi de là, cordialement ». Pourtant, l’intéressée n’en fit qu’à sa tête, et continua de plus belle jusqu’à parvenir au niveau de l’homme et des deux putains. Un coup de coude plus tard, quelque fois que le message n’eût pas été assez clair, et le verre de vin que tenait Irène se renversa bien malencontreusement dans son corsage.

    Moue de circonstance, tissu soulevé, et davantage de peau révélée ; rien n’y fait, et l’homme, étrangement surprit par toute cette mascarade qui se fomentait autour de lui, préféra aller voir ailleurs, gêné par cette agitation. Il se trouva, à la place des trois jeunes femmes, une jolie petite blonde, bien moins encline à tirer dans les pattes de ses collègues et à faire étalage de sa jalousie, et monta avec.

    Demeuraient, bêtement, les trois jeunes femmes qui se toisaient.
    «Mais… Mais de quoi je me mêle, toi !
    - Connasse, il s’est barré par ta faute !
    - Retourne donc sucer des pinceaux, pétasse !
    »

    Trop de grabuge dans l’établissement n’était aucunement toléré, et le regard de Serge’ aussi bien que celui de Lena commençaient à se braquer dans leur direction. Les deux acolytes d’Adélaïde, lesquelles venaient de décharger leur fiel à l’encontre d’Irène, fulminaient encore alors qu’elles passaient devant Irène, la bousculant violemment au passage.
    Elle demeura là un instant, venant d’échouer dans sa démarche de conquête, mais peut-être pas dans celle qui constituait à mettre des bâtons dans les roues de ces deux vipères. Dans tous les cas, sa robe était ruinée par le vin qui s’étalait en de grosses traces malpropres en-travers de son décolleté. Quant à la sensation, passé le feu de l’action, le liquide humidifiant sa peau, collant, s’avérait peu agréable.

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

- Nous le sommes toutes, mais entre afficher mon bras tout écorché et les manches longues… Je haussai les épaules. Le choix est vite fait. Concernant Serge’ et Isis, oui, c’est par rapport à hier. Je ne sais pas, j’ai trouvé sa justification étrange, non ? Il disait être monté car Isis avait un problème avec un client. Mais comment pouvait-il savoir, depuis le rez-de-chaussée, qu’elle avait un souci à l’étage ? Si elle avait crié ou demandé à ce qu’on aille chercher quelqu’un, cela aurait fait assez de grabuge pour qu’on l’entende, tu ne crois pas ?

Je restai quelques instants silencieuse, réfléchissant quelque peu ; avant de me dire, qu’après tout, qu’ils aient une liaison ou non, ou quelle que soit la raison de leur mensonge, je n’en avais cure. Et, d’un mouvement de main, je passai à un autre sujet, en ayant écouté les suppositions d’Eva tout de même. Celle-ci sembla déçue que je refuse de lui acheter une robe, mais ce fut avant qu’elle entende ma proposition que de lui prêter l’une des miennes. Elle connaissait à peu près toute ma garde-robe, et l’évocation de la seule couleur des vêtures qui me restaient lui fut suffisante pour les visualiser.

- Oui, la rouge est plus jolie, quoique j’aime assez la bleue également, l’échancrure dans le dos est assez plongeante pour offrir un regard autre part que sur les omoplates… Mais si tu te sers de ma robe juste pour pouvoir aller laver les tiennes, cela sera amplement suffisant, à moins que tu ne tombes sur des clients perdus dans l’établissement. Ah, d’ailleurs, l’un des hommes que tu sers régulièrement est passé, aujourd’hui. Il repassera sûrement bientôt, je lui ai dit que tu étais indisponible, et j’ai réussi à le convaincre que tu n’avais aucune infection désagréable, contrairement à ce que laissaient entendre Adélaïde et les autres. Mais… je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir contenir ce genre de sous-entendus, ajoutai-je, navrée. Reviens aussi vite que tu le peux, Eva.

Vint ensuite le sujet de ce fameux Erwan d’Ablaÿ, qui, je le remarquai alors que mon amie me répondait, avait bien trop retenu mon attention. Il n’était qu’un noble, après tout, et pas le premier ni le dernier qui passerait aux Plaisirs Terrestres. Je ne savais pas ce qui m’attirait chez lui ; peut-être son côté humble et respectueux. Cela n’était sûrement qu’une façade, après tout, il avait dû être élevé pour sourire face à des confrères sans pour autant être sincère. Mais je n’étais justement pas une noble, et beaucoup de sang-bleu, à sa place, ne se fatiguaient pas à être polis envers la plèbe. Ils suintaient le plus souvent d’arrogance, et rares étaient les gentilshommes tels que lui, séduisants et amusants même envers une simple prostituée. Et je me rendis compte que cet homme me plaisait réellement – il ne s’agissait pas seulement de mettre dans mes draps ce client pour le prestige, mais un peu plus que cela – alors qu’Eva me répondit qu’elle l’aurait la première. Une pointe de possessivité me traversa, quand bien même sa remarque n’était-elle possiblement que de l’humour. C’était complètement stupide, je n’avais croisé l’homme que deux fois, et en rien n’avais-je de droit sur lui, mais cela ne m’empêcha pas de ressentir tout cela.

- Beau garçon, oui, très. Des cheveux blonds cendrés, une barbe de quelques jours, des vêtements de qualité, et je crois l’avoir toujours croisé avec une rapière sur le côté. Je n’ai pas pensé à vérifier sa main, tiens. J’ignore s’il est déjà marié. Si c’était le cas, l’image d’une femme dans une colère sans bornes de savoir son mari avoir mis les pieds dans un bordel me fit rire quelques instants. Non, il n’est monté avec personne, jusqu’à présent ; il n’a d’yeux que pour Désèle et leur projet inconnu. Et tes égratignures auront beau avoir disparu, il sera pour moi ou pour personne ! Je lui assenai une petite tape amicale sur l’épaule en même temps qu’un sourire. Une future soirée, oui, ça serait possible, repris-je, songeuse. Les nobles aiment de temps à autre réserver l’établissement pour en mettre pleins les yeux à leurs camarades. Qu’il soit un de nos protecteurs des mafieux des Taudis, en revanche… Je ne sais pas mais cela ne me paraît pas coller au personnage. On verra bien, effectivement. Le projet doit encore être en cours de négociations ; sinon Désèle aurait eu à cœur de nous annoncer la chose, j’imagine. Elle est toujours fringante dès lors que les Plaisirs Terrestres peuvent faire parler d’eux dans de grands évènements !

La conversation s’était éternisée bien plus que ce que je l’avais supposé, et, contrainte d’y mettre un terme pour aller travailler, je descendis donc aller lui chercher à manger ainsi qu’une de mes robes avant d’être complètement libre. Pratica, la cuisinière, fut bien généreuse dans la ration qu’elle me laissa pour Eva, et celle-ci devrait fort se régaler. Les effluves du ragoût qui paraissait être un délice me chatouillèrent les narines tout le long du chemin, et lorsqu’il fut temps de redescendre dans la grande salle après avoir laissé définitivement mon amie, c’était une autre faim qui me tenaillait.
***

Ma tentative avec le verre de vin fut un échec complet. Loin de s’amuser des gouttes vinasses qui coulaient entre mes seins, l’homme fut plus interpelé par les regards noirs de mes consœurs à mon encontre et à l’animosité qui courait entre nous. Flairant les problèmes aussitôt, il fila se trouver une catin plus discrète, nous laissant toutes les trois, seules. Les deux vipères se mirent aussitôt à m’insulter cordialement en partant dans des aigus qui leur seyaient peu, et, me bousculant vivement, partirent rapidement ailleurs.

- Vous saurez désormais ce que cela fait que de perdre un client pour de simples broutilles, leur glissai-je insidieusement alors qu’elles filaient.

Je faisais bien entendu référence à leur diffamation envers Eva le matin même, qui avait failli faire perdre l’un des siens pour une fausse histoire de chaude-pisse.
Mon expression satisfaite se fana vite sur mon visage, néanmoins. Une fois seule, je me trouvai bien bête, toute poisseuse de vin. Avoir réussi à faire monter le client et cela aurait valu le coup ; là, je venais de ruiner ma robe pour rien. Je comptais bien frotter efficacement lorsque je laverai ma robe, mais il n’était pas sûr que les tâches de vin partent aussi facilement. Non, il semblait bien que je venais de perdre l’une de mes vêtures pour une simple histoire de griefs entre femmes.
Quelque peu vexée que mon entreprise n’ait pas été une totale réussite, je me mis en tête de pousser plus loin la mesquinerie. Nettoyant le sol qui avait reçu quelques éclaboussures de vin, je revins au comptoir pour payer moi-même le verre d’un air navré. Sortant une pièce de mon décolleté, je la posai devant le serveur, avant de me diriger vers le bureau de Désèle, telle quelle dans ma petite robe tâchée.
Si Désèle était occupée, j’attendis jusqu’à ce qu’elle puisse me recevoir, et, lorsque ce fut le cas, je lui tins un discours savamment préparé.

- Bonjour Désèle. Je suis désolée de venir vous déranger pour des bêtises, vous devez sûrement être assez occupée comme cela. Mais, comme vous pouvez le voir… J’écartai les bras pour montrer toute l’ampleur du désastre. Ma robe est ruinée, et j’aimerais que la fautive ait au moins la décence de me rembourser son prix.

Je lui contai ma version des faits si elle me demanda des précisions. Que j’avais apporté un verre de vin à un client qui ne se sustentait d’aucune manière. Que, certes, il ne l’avait pas commandé, mais que je m’étais donné l’objectif de paraître affable en lui offrant un désaltérant qu’aucune de mes collègue n’avait eu la présence d’esprit de lui proposer. Et, probablement irritées que je leur mette devant les yeux le fait qu’elles ne s’étaient pas montrées comme étant des hôtes agréables, l’une d’entre elles m’avait bousculée, me faisant renverser le tout.

Oui, je mentais ouvertement. Mais cela faisait bien longtemps que je ne pouvais plus supporter les coups en douce d’Adélaïde et sa clique ainsi que leur mépris ouvert pour toutes les autres filles des Plaisirs Terrestres, à croire qu’elles étaient des déesses descendues sur Terre. Et, si je n’étais pas aussi exubérante qu’Eva, je n’oubliais pourtant pas, de temps en temps, de leur rendre la pareille, et ce de façon bien plus discrète.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 16 juin 2015, 16:51, modifié 1 fois.
Raison : 6 xp / 17 xp
Rosewen Irène, Voie de la courtisane
Profil: For 9 | End 10 | Hab 11 | Cha 13 | Int 11 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65
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Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage

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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Dans la chambre d’Evaë, les insinuations d’Irène à l’encontre de Serge’ et d’Isis avaient porté leurs fruits, et Evaë, si elle ne leur connaissait aucune liaison, n’avait pu qu’admettre que la théorie de sa comparse se tenait.

    De retour dans la grande salle.
    L’initiative de la catin, consistant à nettoyer le sol, était des plus bonnes ; le vin qu’elle avait renversé dans son corsage avait coulé sur sa peau, et quelques flaques maculaient désormais le parterre, à ses pieds. Désèle était très à cheval sur la propreté de son établissement ; si Irène l’avait un jour ignoré, elle s’en était rendu compte la veille, lorsque la maquerelle avait tempêté vis-à-vis des dégâts causés dans la salle. Nul doute que si elle ne l’avait pas fait, Désèle eût mené ses petites disquisitions, et que tout serait retombé sur le dos d’Irène.

    Désireuse d’incriminer les affidées d’Adélaïde, cette dernière s’en alla trouver la patronne. Elle n’eut aucunement à attendre ; Désèle était libre, s’occupant de quelque paperasserie, et la fit entrer immédiatement. Le regard inquisiteur, elle lui demanda de quoi il en retournait, et Irène s’expliqua donc.

    Test de charisme ; Charisme Irène : 11.
    Modificateur : 1 (baratin)
    Résultat : 14 – 1 = 13 ; raté.

    «Des bêtises, oui. De vraies futilités, rien de mieux pour me faire perdre mon temps ! »
    L’expression de la maquerelle s’était quelque peu aggravée comme cette histoire l’ennuyait profondément. Le regard acéré et sévère, elle fixa Irène.
    «Va tout de suite me chercher Estelle, que j’entende sa version des faits. »

    Estelle était bien entendu celle qui avait donné le coup de coude. Irène ne put faire autrement que de quitter momentanément la pièce, s’en allant quérir la catin. La trouver ne fut pas bien difficile ; toujours dans la grande salle, elle venait d’aguicher un nouveau client, et le couple nouvellement formé s’apprêtait tout juste à monter. En voyant arriver Irène, directement sur elle, Estelle, se rappelant les dernières minutes et ce qui s’était déroulé, manqua de voir rouge. Elle ne dit rien, mais son regard, aux abords de l’ire la plus totale, indiquait bien que la moindre tentative de lui voler de nouveau son client se solderait pas un affrontement des plus violents. Mais là n’était pas le but d’Irène, qui la convia dans le bureau de Désèle. Sur l’instant.

    La catin n’était pas si bête que cela, et, dans les grandes lignes, elle devina les raisons pour lesquelles elle était ainsi appelée dans le bureau de la matrone.
    «Si tu crois que tu vas t’en tirer comme ça… », susurra-t-elle entre ses dents, vipérine.

    Désèle ne s’était pas véritablement calmée depuis, et considéra les deux jeunes femmes d’un regard peu amène.
    «Expliquez-vo… »
    L’on toqua à la porte, et, dans la surprise générale, alors même que Désèle n’avait pas encore eu le temps de piper mot, la porte s’ouvrit, dévoilant Erwan d’Ablaÿ.

    «Mesdames », les salua-t-il diligemment. Il tenait dans sa main une escarcelle à l’allure bien lourde et bien remplie, qu’il déposa sur le bureau de Désèle. « Tout en passant, voilà la somme convenue. Sur ce, je vous souhaite la bonne journ… »
    Passé en coup de vent, ne souhaitant point perdre de temps, il s’apprêtait justement à repartir, tournant le dos à Désèle pour se rediriger vers la porte, faisant ainsi face à Estelle et à Irène. Etait-ce le regard courroucé de Désèle qu’il avait noté en rentrant, la robe tachée de vin de la rousse, les regards haineux que se lançaient les deux catins, ou la totalité de ces détails ? Toujours fut-il que cela lui fit marquer une petite pause.

    «Oh. Je crois que je vais rester un petit peu, par pure curiosité.
    - Messire Erwan, j’ai peur de vous faire manquer à vos obligations pour les histoires idiotes de ces deux bécasses. Rien de très intéressant.
    - J’insiste, très chère.
    »

    Désèle leva les yeux au ciel, tout en haussant des épaules.
    «Qu’importe. A votre guise. »
    Avec un petit sourire cauteleux, l’homme s’effaça de la pièce, allant nonchalamment se poser contre le mur à la droite des deux jeunes femmes.

    «Estelle, qu’as-tu à me dire concernant ton altercation avec Irène, à propos d’un client que vous sembliez convoiter toutes les deux ?
    - C’est très simple. Dralassa et moi étions avec un client, discutant avec lui dans un premier temps, l’aguichant afin qu’il monte avec nous. C’était bien parti. Puis, voilà qu’Irène, alors qu’il y avait plein d’autres hommes libres dans la salle, débarque et fonce sur nous, comme ça, juste pour s’interposer entre nous et le client, et tenter de nous le voler ! D’une façon totalement gratuite et insolente !
    - Et pour le verre de vin, et la robe tachée ?
    - Ah oui, le verre de vin, parlons-en ! Le client venait juste de terminer de manger et de boire, et elle se ramène avec un autre verre. Je n’ai pas pensé au verre, moi, simplement au fait qu’elle a essayé de nous subtiliser notre gagne-pain, alors, je l’ai bousculée pour lui signaler de dégager. Par ailleurs, à cause de toute cette histoire, je viens encore de perdre un autre client, là, à l’instant !
    »
    Test de charisme.
    CHA Estelle : /
    Modificateur : 2 (l’écho de la vérité est fortement perceptible dans son indignation).
    Résultat : 15 – 2 : 13 ; raté.

    Désèle se prit la tête dans les mains d’irritation, alors qu’Estelle semblait sur le point d’ajouter quelque chose.
    «C’est bon, j’en ai assez entendu, lâcha-t-elle subitement. Irène, ce n’est pas parce que tu as été mise en peinture que tout t’est désormais acquis ; tu restes une catin non pas à ton service, mais à celui des Plaisirs Terrestre, et, par conséquent, également des autres filles. Si un client est sur le point de monter avec une de tes consœurs, tu le laisses ; il n’est pas à toi, que je sache, et son choix a été fait. Estelle, tu n’as pas à faire ta loi toute seule et à ruiner les habits d’autrui pour discréditer définitivement tes rivales –qui ne doivent pas en être, par ailleurs. Je ne tolère aucune forme de violence au sein de l’établissement, tu le sais. En outre, lorsque je te demande de venir, tu viens, qu’importe que tu sois avec un client ou non. »

    Elle souffla, lassée au plus haut point de ce qu’elle jugeait comme étant des bêtises de bas-étage, et les deux jeunes femmes qu’elle avait devant les yeux la décevaient. Erwan, de son côté, trouvait la scène et ce petit règlement de compte fortement amusant ; bras croisés, un pied contre le mur, ainsi que l’était son dos, il contemplait la scène, un éternel sourire madré suspendu à ses lèvres. Désèle reprit la parole.


    « Ce que vous avez perdu, toi ta robe, et toi tes clients, est parfaitement justifié, avec vos enfantillages puérils. Rien ne vous sera restitué, à l’une, comme à l’autre ; allez, ouste, du balai.
    Messire d’Ablaÿ, j’espère que cela ne rompt en rien notre accord. Vous savez, il y a toujours des histoires de ce genre. C’est rare, mais ça arrive. Et jamais rien de grave.
    - Aucun problème à cela. Non, c’était… Rafraîchissant. Cela change de mes affaires habituelles. Je vous remercie de votre patience.
    »

    Il sortit de la pièce, adressant un petit salut respectueux du chef, suivi d’Irène et d’Estelle. Cette dernière s’en alla vaquer à ses occupations, et, lorsqu’elle eut pris le large, Erwan, légèrement en retrait, désigna un petit endroit reculé de la tête.
    «Damoiselle, Irène. »

    Il attendit qu’elle s’approchât. Il la contempla quelque temps, comme s’il cherchait à percer les intentions et ressentiments d’Irène. En vérité, cela avait dû être fait depuis bien longtemps déjà.
    «Dites-moi ; pourquoi toute cette histoire, là ? »

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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Je connaissais Désèle et je ne m’étais pas attendue à ce qu’elle saute de joie à l’idée de régler mes querelles avec Estelle. Le regard qu’elle me servit, néanmoins, fut tranchant et peu agréable. L’on ne menait pas large lorsque Désèle était en colère, alors je m’exécutai lorsqu’elle me quémanda de ramener Estelle, sans protester.
Celle-ci s’était déjà acoquinée avec un autre client lorsque je m’approchai d’elle, et la situation aurait presque pu être comique, alors que je l’empêchai à nouveau de faire son travail. Mais j’étais encore incertaine du verdict de Désèle, alors je ne préférai pas m’avancer. Je répondis aux paroles d’Estelle par un regard peu amène, puis nous nous dirigeâmes toutes les deux vers le bureau de la maquerelle.

Nous venions à peine de nous présenter devant notre patronne, que celle-ci fut interrompue par quelques coups à la porte, et celle-ci s’ouvrit en grand, dévoilant un Erwan d’Ablaÿ fringant. Son arrivée, telle la cerise sur le gâteau, était si inattendue que j’eus l’impression qu’il s’était trouvé là, quelque part, prêt à sauter sur n’importe quelle occasion pour me trouver dans une situation désagréable. Mes yeux s’écarquillèrent légèrement, et, gênée, je croisai les bras pour cacher au mieux le désastre que constituait ma robe.
L’homme était venu en coup de vent, indifférent à ce qui nous concernait ; cependant, lorsqu’il nota la tension qui régnait dans la pièce, une certaine curiosité s’empara de ses prunelles. Et, à mon grand dam, il demanda à rester. Je priai intérieurement Désèle de refuser sa demande, mais celle-ci le laissa n’en faire qu’à sa tête, telle la plèbe s’écrasant devant la haute-noblesse. Et, avec un stress croissant, je le vis s’installer sur le côté de la pièce du coin de l’œil ; et, durant le même temps, la colère commença à grimper en moi aux dernières paroles de Désèle. Bécasse ? Elle avait été une pute elle aussi, autrefois ; elle ferait mieux de ne pas l’oublier avant de parler de ses employées de la sorte.

Inspirant grandement et profondément, j’assistai ainsi à l’échange entre Estelle et la patronne, le tout en la présence d’un Erwan amusé dans un coin. J’eus la volonté de répliquer à de nombreuses reprises, autant contre Estelle que contre Désèle. Répliquer que, si elle ne tolérait aucune forme de violence chez elle, elle aurait dû virer Adélaïde depuis un bon moment ; car celle-ci n’était que de la gangrène pour notre groupe. Les plus jeunes et nouvelles prostituées, timides et encore peu sûres de leurs marques, en étaient jusqu’à s’effacer et hésiter à approcher certains clients, de peur de marcher sur les plates-bandes de la dragonne. Et que dire de celles qui démontaient publiquement la réputation de la santé sexuelle de l’une de nos filles ? N’était-ce pas bien pire pour la réputation de notre établissement que de tenter de séduire un client qui n’était pour l’instant monté avec personne ?
Beaucoup d’autres réflexions rageuses m’envahirent l’esprit ; beaucoup. Je restai pourtant muette comme une carpe, ruminant ma rage et mes griefs. La présence d’Erwan m’avait coupé toute envie que de me rebeller, et le savoir témoin des remontrances de Désèle à mon égard me remplissait de honte. Le cœur battant, le regard presque détourné en direction du sol, fixant un point immobile, j’attendis que cela passe. J’avais l’impression que le regard du noble me brûlait la nuque, et sa curiosité m’apparaissait malsaine.

Enfin, ce fut fini, et quand nous fûmes priées de quitter le bureau, je le fis aussitôt.
Le noble m’interpella lorsque nous sortîmes ; il connaissait mon nom, désormais. Et, les joues encore embrasées de rage et de honte, je m’approchai, le regard fuyant. Mes actions avaient tourné de la pire des façons possibles, et à présent, je m’en voulais pas mal.

- Je suis désolée, mais… Je n’ai pas le cœur à en parler plus longuement. Je lui montrai ma robe détruite et poisseuse, et fit un vague geste de la main, évoquant l’entrevue qui venait d’avoir lieu, où je n’apparaissais pas sous le meilleur des jours. Il avait déjà eu tous les détails qu’il souhaitait, je ne voyais pas quoi ajouter de plus. Je… Je pense que je me suis bien assez ridiculisée jusqu’à présent ; et je ne crois pas que je convienne à rester ainsi en votre présence.

D’un sourire navré, lasse et sincèrement mortifiée qu’il ait eu l’occasion d’assister à pareille scène, je lui souhaitai une bonne fin de journée, tournant doucement les talons pour remonter dans ma chambre où je m’enfermerais jusqu’au lendemain, ne sortant que pour tenter, vainement, de récupérer ma robe en la nettoyant dans le lavoir.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 16 juin 2015, 23:49, modifié 1 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Irène était rouge de honte et d’une certaine rancœur à l’égard et de Désèle, et d’Estelle, et n’en menait pas large lorsqu’Erwan décida de la prendre à part. Il ne s’était pas départi de son air amusé face à toute cette situation qu’il trouvait truculente, mais, face au discours de la jeune femme, il perdit quelque peu de son attitude enjouée et nonchalante. Il la considéra longuement, pesant le pour et le contre, avant de hausser les épaules.

    «Je vous comprends, quand bien même mon intention n’était-elle aucunement celle de vous ridiculiser davantage. Ce n’était que de la simple curiosité quant aux relations qui vous unies, entre filles. Et pour un autre sujet, lequel vous intéresserait possiblement, si vous souhaitez gagner un petit peu d’argent. Mais je pense que le moment est mal choisi. Allez donc vous reposer, vous semblez en avoir grand besoin. La bonne nuitée à vous. »
    Et, sans qu’elle eût le temps d’ajouter quoi que ce fût, alors même qu’elle-même était déjà en train de tourner les talons, que trop pressée de rejoindre sa propre chambrée dans la honte, il la salua de la tête et quitta l’établissement.

    En repassant dans la grande salle pour s’en aller rejoindre son lit, Irène passa non loin du groupe d’Adélaïde. Estelle avait déjà eu le temps de leur raconter la majeure partie de ce qui s’était déroulé dans le bureau de Désèle, et la raison pour laquelle elle y avait été conviée. Quelques regards venimeux suivirent Irène, si ce ne fut celui d’Adélaïde, laquelle affichait une mine goguenarde.
    «Ben alors, t’es plus avec ton gentil chevalier ? Il est où ? »
    Et à Estelle de croiser son regard, chantonnant le plus ironiquement du monde, imitant Irène.

    «♫ Mais t’es pas là, mais t’es où, pas là, pas là, mais t’es où ?! Pas là, pas là… !♫ »

    Il n’y eut pas grand-chose d’autre à dire de la fin de journée, si ce ne fut qu’Irène, en dépit de tous ses efforts, de toute sa volonté, et d’une bonne huile de coude, ne put ravoir sa robe ; même après être passée dans des baquets d’eau fort savonneuse, bien des taches noirâtres venaient souiller çà et là le tissu du vêtement. Le moral à zéro, Irène s’enferma dans sa chambre.

    Peut-être dormait-elle déjà, peut-être que non, mais un claquement vint retentir dans la chambre d’à côté, celle d’Ambre, suivi par un corps qui s’effondre sur un lit, et une série de pleurs étouffés par les draps et la cloison. Dans le couloir, l’on pouvait entendre une légère rumeur qui montait de la grande salle, nourrie de stupéfaction, de crainte, et des plus folles histoires.

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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

L’air enjoué d’Erwan se fana vite sur son visage lorsqu’il prit conscience que je n’avais pas le cœur à répondre à ses questions. Peut-être venais-je de le décevoir, lui aussi, et ce fut avec un certain regret que je le quittai pour disparaître vers la grande salle. Cela n’avait pas échappé aux vipères qui me regardèrent grimper les grandes marches en sifflant des moqueries à mon encontre. Grande duchesse, je ne leur jetai pas même un regard, faisant mine de n’avoir rien entendu.
Je passai le reste de la journée à tenter de récurer ma vêture, et l’entreprise étant un échec total, je remontai à nouveau dans ma chambre, plus dépitée encore. La honte et toutes les émotions qui m’avaient assaillie durant cette journée m’avaient grandement fatiguée, et je ne mis pas longtemps à m’endormir, indifférente au fait que je devrais être en train de servir des clients plutôt que de me tourner les pouces.
Mes rêves furent variés, et je me souviens notamment du dernier où je finissais par étrangler Adélaïde. Mes mains refermées autour de sa gorge, elle pleurait et sanglotait, me suppliant d’arrêter d ans un souffle, mais mes doigts se refermaient toujours plus fort. Cela ne l’empêchait pas de pleurer, pourtant, et j’eus beau continuer à l’étrangler, elle ne semblait jamais vouloir mourir, chouinant indéfiniment. C’est quand je sortis petit à petit du sommeil et de mon rêve que je me rendis compte que les sanglots étaient réels et avaient influencé mes songes.

Encore à moitié désorientée, de légers cernes sous les yeux, je pris conscience qu’une de mes collègues pleurait dans la chambrée voisine ; et qu’il ne pouvait s’agir que d’Ambre. Ecartant mes draps, je me redressai sur mon lit, tendant l’oreille, mais tout était silencieux, mis à part ses pleurs. Je me levai pour enfiler une de mes robes de chambre légères, et sortit de ma chambre pour aller toquer à sa porte. Avec tout ce qui s’était passé dans la journée pour moi, j’avais oublié que je l’avais cherchée, quelques temps plus tôt.

- Ambre ? C’est Irène. Qu’est-ce qui se passe ? Tu as envie d’en parler ?

La vie au bordel n’était pas que rivalités et coups dans les pattes. Heureusement, Adélaïde et son groupe ne constituaient pas l’ensemble des filles, et, de temps en temps, nous nous serrions les coudes. La vie de catin n’était pas toujours facile, et notre métier commun nous apportait une complicité et une compréhension que peu d’autres personnes pouvaient comprendre.
Je n’entendais pas les murmures du rez-de-chaussée, et, collée contre le battant de sa porte, j’attendis qu’elle m’ouvre, si elle le souhaitait.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 17 juin 2015, 16:52, modifié 1 fois.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Déroutées par ces rêves étranges, entre songes et cauchemars plaisants, Irène se réveilla. Les pleurs qu’elle avait perçus dans son sommeil résonnaient d’échos réels, là, à quelques toises de son lit, derrière la cloison qui séparait la chambre mitoyenne d’Ambre. En dépit de sa grande fatigue, la curiosité et l’inquiétude la poussèrent à se lever, à enfiler un par-dessus, et à quitter sa chambre pour aller toquer à celle de sa voisine, lui demandant gentiment de partager ses craintes et ses tracas.

    La solitude avait parfois du bon, et si Ambre s’était enfuie de la grande salle pour aller se réfugier dans sa chambrée, c’était qu’elle devait avoir de bonnes raisons. Se confier pouvait soulager l’âme et ses peines, mais, si l’on tenait un tant soit peu à sa dignité, le temps et une bonne nuit de sommeil demeuraient tout aussi susceptible de chasser le chagrin, sans crainte d’être dévisagée. Ambre ne répondit pas, les pleurs s’estompèrent, la jeune femme ayant pris conscience qu’elle avait été entendue, et la porte demeura close.

    N’obtenant aucune réponse favorable, alors insensible à la rumeur qui montait imperceptiblement d’en contre-bas, Irène, fatiguée, retourna se coucher.
    ***


    Le lendemain matin, le soleil continuait d’éclairer le monde, dispensant sa lumière dorée sur la Cité Etat et ses ruelles ponctuées de tas d’ordures. Au-dehors, les conversations bourdonnantes se plaignaient du bon temps en contemplant la marée d’immondices chaque jour plus envahissante, et les citoyens louaient le retour incertain de la pluie.
    Aux Plaisirs Terrestres de Désèle, deux filles manquaient à l’appel ; Evaë, et Ambre.

    La première ne paraissait toujours pas encline à montrer le bout de son nez, ses bleus, et ses égratignures, dans un narcissisme déplorable. Quant à Ambre, seules celles qui l’avaient vue pouvaient témoigner de ses affres et des raisons qui la poussaient encore à rester cloîtrée dans sa chambre. Toutefois, une fois de plus, le bordel affichait presque plein, à sa façon, et les clients se pressaient toujours plus nombreux dans l’établissement, désireux de tromper leur estomac vide ou leur solitude. Les filles accouraient dans tous les sens, aguichant les hommes et les femmes, débarrassant les tables, accueillant les nouveaux-arrivants. Le moment n’était pas véritablement à la conversation, encore que certaines pouvaient être entendues çà et là, au-travers des bruits de cuisines, des plateaux que l’on déposait sur les tables, des rires enjoués, et des directives données.

    Test de perception
    INT Irène : 9
    Modificateur : /
    Résultat : 15 ; raté.
    Le solveur, décidément, adore le 14 et le 15.


    Irène eut beau faire traîner ses oreilles en passant innocemment non loin des petits groupes disséminés çà et là dans la grande salle, elle ne put retenir aucune information digne d’intérêt. Les seules paroles qu’elle capta ne furent pas autres que des banalités mondaines sur le temps, sur une catin qui aimerait recevoir des coups de bassin qui défoncent, et sur un étrange chien maladif qui, la tête coincée dans une amphore, dans une sombre venelle, avait tant gueulé toute la nuit après s’être cogné contre les murs des bâtiments que les petites gens s’étaient alliés à une patrouille de garde pour lui faire sa peau, d’une telle manière que l’on en avait rarement vu d’aussi sale et déterminée.

    «Eh, eh, toi, là ! »
    Irène se retourna pour faire face à une jolie jeune femme, qui, bien que tranquillement assise sur une chaise, balayait la grande salle d’un regard sceptique.

    Test de perception
    INT Irène : 9
    Modificateur : bonus de 1 (sens du détail)
    Résultat : 9 – 1 = 8, réussi.

    Elle ne semblait pas tant que cela dans son élément, observant avec une moue indignée les catins qui glissaient leurs mains sous les tuniques des hommes, et les mains de ces derniers qui se perdaient dans les corsages entrouverts. Il ne s’agissait aucunement d’une catin des Plaisirs Terrestres, plutôt d’une aventurière que des jambes longues et musclées portaient au-travers des champs et des campagnes en quête de fortune, habillée d’une vêture pratique et confortable. Une dague était glissée à sa ceinture. Eu égard à ce même regard qu’elle conservait tout le temps, quelque peu condescendant en contemplant Irène, par ailleurs, elle n’était pas habituée aux bordels, et s’était probablement perdue en ce lieu.

    «Mmh… Apporte-moi le repas du jour, je te prie. Ça fera l’affaire. » Jolie, certes, mais pas l’air très commode.
    L’œil présentement aiguisé d’Irène remarqua autre chose, également, alors même qu’elle s’apprêtait, peut-être, à s’acquitter de la demande de l’inconnue. Un homme, un habitué des lieux, dans le genre bourgeois riche, possessif et quelque peu misogyne sur les bords, n’avait d’yeux que pour elle. Il sortit une escarcelle bien remplie, jugea de la valeur des pièces qu’elle contenait, s’empara d’une somme rondelette, et marcha vers l’inconnue, qu’il venait sans doute de prendre pour une putain.

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Les sanglots s’estompèrent dans un dernier reniflement ; signe qu’elle m’avait entendue. Ambre ne répondit pas, pourtant, et me laissa de longues secondes devant sa porte, indécise. Me rendant à l’évidence qu’elle ne m’ouvrirait pas cette nuit, je soupirai, ignorant totalement ce qui avait bien pu se passer. Quelque peu intriguée, je revins dans ma chambre, et la fatigue eut tôt fait de me ramener dans mon sommeil.
***

Le lendemain, j’avais quelque peu oublié mes émotions de la veille, quoique mes griefs fussent encore présents. Mais ils constituaient désormais plus une rancœur sourde qu’une rage ouverte. Le temps de me préparer pour être présentable pour les futurs clients, j’ouvris ma petite fenêtre pour faire un peu d’air ; mais les effluves des ordures pourrissantes sous le lourd soleil me convainquirent de la clore presque aussitôt.
Je voulus mettre ma robe bleue avant de me souvenir l’avoir prêtée à Eva ; je m’affublai donc d’une robe rouge qui seyait bien à mon teint et à ma couleur de cheveux. Faisant un crochet par les cuisines pour manger un petit quelque chose, j’arrivai ensuite dans la salle principale avec un peu d’avance sur mon horaire habituel. Mon inactivité de la veille avait laissé un vide dans ma bourse ; et je n’avais rien fait depuis Francesco et Eric, ce qui remontait à deux jours déjà. Je me demandais d’ailleurs où en était son œuvre, et si j’aurais un jour l’occasion de la voir finalisée. Les nobles seraient-ils si choqués de voir un tel tableau exposé ?

La grande salle rayonnait d’activité, comme toujours ; et au travers des diverses conversations, rires, déplacements et tintements des couverts, il fallait parfois tendre l’oreille pour entendre son interlocuteur. Tournant tranquillement entre les canapés, guettant si quelqu’un avait besoin d’être accueilli, je captai quelques conversations çà et là, mais rien qui ne retient mon attention, si ce n’était ce chien maladif massacré durant la nuit. Si Eva avait été là, nous aurions probablement échangé un regard interrogateur, mais celle-ci était absente, une fois encore. M’était d’avis que si elle ne se montrait pas la journée suivante non plus, Désèle terminerait par s’intéresser à son cas ; j’espérais donc qu’elle ne pousserait pas la tolérance de la matrone trop loin.

Tout le monde semblait déjà fort affairé, et, retenant la leçon de la veille, je ne m’approchai d’aucun client déjà pris. Dès que l’on me signifiait que leur commande avait déjà été prise en charge, je me détournais avec un sourire poli, cherchant des hommes encore délaissés, et me rapprochant donc de l’entrée où je serais plus susceptible de trouver preneur.
Là, une voix féminine m’interpella ; je crus d’abord qu’une comparse voulait m’entretenir de quelque sujet particulier. Je posai les yeux sur une totale inconnue, cependant : une femme, assise à une table, visiblement peu dans son élément. Une vagabonde, à en juger par son allure. Elle devait être de passage à Nuln. L’on pouvait croire qu’elle s’était égarée ici, se fourvoyant sur l’objet de l’établissement, car elle englobait les ripailleurs d’un air fort peu approbateur. A tous les coups, elle avait cru entrer dans un simple restaurant. Il fallait réellement être un étranger pour ignorer que les Plaisirs Terrestres de Désèle ne proposaient que des assiettes.
En tous les cas, la présence d’une femme en tant que cliente était rare. Nous n’avions que des filles à offrir, ici, et les quelques lesbiennes que nous servions, en général, arrivaient discrètement, évitant les lourds regards lubriques des hommes. Les homosexuels étaient souvent lynchés publiquement, accusés de flirter avec les préceptes de Slaanesh, alors il ne faisait pas bon de se faire surprendre dans un bordel lorsqu’on était une femme. Ce fut pourquoi je ne réagis pas au ton présomptueux de cette nouvelle cliente. Oubliant toute bienséance, elle venait de me tutoyer sur un ton peu agréable et un regard presque hautain en jugeant les ouvertures de ma robe, mais j’acquiesçai comme si son allure avait été acceptable. J’avais l’esprit occupé à surveiller les alentours, de peur qu’elle ne soit prochainement importunée par quelque lourdaud. Un brin de fille comme elle se repérait des mètres à la ronde.

Ce fut très probablement la raison pour laquelle un client se dirigea présentement vers elle, plusieurs piécettes déjà prêtes à être glissées dans son décolleté, la prenant pour une prostituée. L’idée qu’une femme puisse prendre commande dans notre maison close devait être très loin de son esprit, et il s’approchait d’un œil humide, imaginant déjà de quelle façon il comptait jouer avec les attributs de la belle. Mon regard revint rapidement sur l’air revêche de l’inconnue, la dague à sa ceinture, et je sentis les ennuis à plein nez.
Alors, sur le chemin vers le comptoir pour passer la commande de la jeune femme, je fis exprès de passer devant le client pour l’intercepter. Son visage m’était familier, il passait souvent ici, bien qu’il n’avait encore jamais été l’un de mes consommateurs. Je m’annonçai de façon plus ou moins innocente.

- Bonjour monsieur, quelqu’un s’occupe-t-il de vous ? Il ne reste plus vraiment de places par ici ; la damoiselle que voilà vient tout juste de s’installer à la dernière table en attendant son repas, mais je vois quelques chaises libres un peu plus loin dans le coin, là-bas. Nous proposons de l’agneau, aujourd’hui ; je vous assure que c’est un régal. A moins que vous ne soyez ici pour un autre genre de victuailles…?

J’étais bien proche de lui désormais, collée contre son torse, et je glissai l’un de mes doigts sur sa clavicule gauche, descendant sous l’ourlet de sa chemise. Ce pourceau grassouillet et vulgaire de réputation ne m’attirait pas d’un pouce, mais si je pouvais à la fois éviter un conflit et ramener un client assez riche entre mes draps, je n’avais pas vraiment à me plaindre.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 18 juin 2015, 13:31, modifié 1 fois.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Irène avait senti les ennuis à plein nez en s’apercevant des armes que portaient l’inconnue à la ceinture et de l’homme qui se dirigeait tout droit vers elle, prêt à lui déclamer ses ardeurs dans des tournures que la galanterie et la bienséance condamnaient sévèrement. En dépit du regard peu affable de sa cliente, Irène n’avait pipé mot, bien résolue à satisfaire son appétit –tout court. Après avoir hoché de la tête, elle s’exécuta, marchant en direction du comptoir afin d’annoncer la commande de la femme tout en s’interposant habilement sur le chemin de l’homme. Celui-ci, contrairement aux impressions d’Irène, n’était pas tant gros que simplement riche ; la qualité de son pourpoint et de ses bottes cirées en disaient long sur son opulence, et son allure n’en était pas pour autant devenue balourde pas un excès de gras qu’il se devait de trimballer, non pas. Non, il s’agissait plutôt de l’archétype du petit hobereau de bas-étage qui aime à en imposer, surtout à ceux –et celles !- qui lui étaient inférieurs. Regard planté bien loin devant lorsqu’il marchait fièrement, yeux vous contemplant de haut, nez plissé derrière sa petite moustache bien huilée, il avait des faux airs de véritable aristocrate.

    Peut-être n’était-il pas bête pour autant, ou simplement souhaitait-il prendre la première femme attirante qui croisait son regard ; il comprit que la femme qu’il avait tout d’abord aperçue ne travaillait pas céans-même, et, sous les sous-entendus d’Irène, révisa son jugement, bien peu désirer de causer un esclandre. Si fait, le voilà qui considéra Irène, et celle-ci sembla tout autant lui plaire.

    «Eh bien, ma foi, non, je n’ai faim que d’une chose, que tu devineras aisément. Montons donc, ma belle, que je te fasse crier ! »

    La jeune catin eut tout juste le temps de passer commande, ou de la dicter à l’une de ses consœurs, que, déjà, l’homme l’entraînait vers les étages, la serrant fortement à la taille.


    ***



    Quelques pistoles recueillies plus tard, Irène n’eut pas le choix que de se refaire une petite toilette. La brute l’avait déchevelée, son khôl avait coulé sous l’effet des larmes qui lui étaient montées aux yeux malgré elle, et ses fesses rebondies, par quelque jeu sordide de l’homme, s’étaient colorées d’un rouge vif sous la caresse de ses mains.

    A peine était-elle descendue que, là encore, comme toujours, elle dut se rendre dans le bureau de Désèle. Mais ce n’était pas qu’uniquement pour lui remettre une partie des piécettes ; une des filles l’entretint que la matrone souhaitait la voir.

    Dans le bureau, lorsqu’Irène s’y rendit, Désèle hocha simplement la tête en récupérant l’argent, avant d’embrayer immédiatement sur un autre sujet, bien plus délicat.

    «Bientôt, les Plaisirs Terrestres seront loués, réquisitionnés par herr Karsten von Drash, noble influent de la petite cour, s’il en est. L’évènement n’est pas à prendre à la légère, d’autant plus que toutes les transactions ont déjà été établies et effectuées. Mais… Demeure un petit problème ; nous manquons cruellement de Délice de Ranald et de Poussière d’Etoiles. »

    Irène savait pertinemment de quoi il en retournait ; il s’agissait là de drogues qu’aimaient prendre leurs plus riches clients, parfois avec une fille, parfois sans. Les Plaisirs Terrestres de Désèle ne portaient pas ce nom précis pour rien, et il arrivait que de tels produits fussent demandés, dans des chambres closes et des alcôves à l’abri des regards.

    «J’ai déjà… Enfin, je pensais pouvoir en récupérer facilement, à l’aide de nos contacts, mais la transaction s’avéra plus difficile que prévue. J’ai besoin de quelqu’un qui se rende sur place pour récupérer la marchandise, une bonne fois pour toute, car elle est déjà payée. Pour garantir ta sécurité, Loredo t’accompagnera. Ce soir, il faudra que tu ailles dans les Taudis, au Goret Aveugle, et tu demanderas à récupérer le « paquet de Désèle ». »

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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

A mon grand soulagement – ou pas –, le client oublia sa première cible pour accepter ma proposition, et, murmurant rapidement ce qu’avait commandé la jeune femme à l’une de mes collègues, je ramenai l’homme à l’étage. C’est souvent ceux qui en parlent le plus qui en font le moins. Ce proverbe se vérifia bien, avec cet homme, qui avait assuré « me faire crier ». Il ne devait certainement pas avoir la même notion que nous sur le sujet. Il se révéla brutal, maladroit dans ses gestes et dur, et s’il avait un jour fait crier une femme, c’était sûrement de douleur. Nous étions payées pour donner l’illusion, pourtant ; et, regardant les piécettes laissées sur ma table de nuit comme motivation, je le laissai faire tout ce qu’il voulait.
***

L’on vint me chercher peu de temps après pour que je vienne dans le bureau de Désèle, et cet appel ne me laissa pas sereine. Les remontrances dans son bureau, la veille, étaient encore bien fraiches, et je voyais mal ce que me voulait la matrone, si ce n’était d’autres remontrances. Cela ne s’avéra être rien de tout cela : j’avais une mission à accomplir dans un des plus mauvais quartiers de Nuln. Je hochai la tête de satisfaction à l’entente de la prochaine location de l’établissement par un noble influent ; cela allait jaser durant de longs jours à ce sujet, c’était certain. Une seule question demeurait, pourtant.

- Par simple curiosité, pourquoi moi ?

Je ne savais que penser de cette demande. Aucune d’entre nous n’aimait à aller traîner dans les ruelles puantes des Taudis ; à part les têtes brûlées comme Eva ou celles qui y avaient quelques relations. Ce qui n’était plus mon cas depuis que j’avais été recueillie ici : j’avais pris grand soin de briser les vieux contacts de rue que j’avais eus étant gamine, ils m’avaient apporté plus de problèmes qu’autre chose. Ainsi, devoir m’infiltrer dans les Taudis pour récupérer un paquet qu’elle n’avait pas l’audace d’aller prendre elle-même, m’apparaissait comme une punition pour l’esclandre de la veille. Pourquoi ne pas envoyer deux gros bras, comme Loredo et Serge ? Ils seraient bien plus à même de s’occuper de la transaction ; alors que moi, femme de mon état, j’avais bien plus de chances de me faire attraper dans le coin d’une ruelle, et d’y finir égorgée après avoir été troussée violemment. Surtout en connaissant la mauvaise réputation de la taverne du Goret Aveugle, comme toute taverne établie dans ce quartier de meurtriers.

- En tous les cas, cela sera fait. Espérons que je ne sois pas trop bécasse pour perdre le paquet.

Ironiquement, je pouvais être capable de faire exprès de ne pas lui ramener sa poudre, par pure rancune. Il fut un temps où j’appréciais beaucoup ces substances, mais depuis, j’avais été vaccinée en voyant l’une des filles sombrer dans l’addiction, et qui était devenue si dépendante qu’elle ne pouvait pas même satisfaire un client sans être shootée. Elle avait fini virée de l’établissement en bonne et due forme, et la légende dit qu’on la retrouva quelques semaines plus tard, morte, dans une rue de la Neustadt. Je n’avais pas vu son cadavre moi-même, mais son simple renvoi avait suffi à me calmer sur ce genre de loisirs ; ainsi, qu’il y ait ou non de la Poussière d’étoiles durant la location de la maison close, cela m’était égal.

J’allais m’acquitter de ma tâche, néanmoins. Au-delà de ma rancœur à propos de l’escarmouche de la veille, j’étais une fille des Plaisirs Terrestres. Ma réputation dépendait de celle de l’établissement, et inversement. S’il fallait de la poudre, il y en aurait ; bien que je n’aime pas me salir les mains. J’étais bien plus à l’aise dans mes robes de satin et les coussins rouges du bordel. Les coupe-gorges et les trafics, j’avais abandonné cela depuis plus de quinze ans désormais, et aller me salir en compagnie de tous ces cul-terreux ne m’attirait en rien, en plus de me rappeler de mauvais souvenirs. Oui, je n’étais peut-être qu’une simple putain, mais je me sentais en bien meilleure condition que ceux des Taudis, et aller fricoter avec ces gens-là, bien que cela sorte de la routine, ne m’enchantait guère.

Sur ces derniers mots, auxquels Désèle saisit ou non la référence, je quittai son bureau. Un coup d’œil échangé avec Loredo dans la grande salle me signifia qu’il avait été mis au courant de notre mission tardive. J’avais le temps pour un dernier client ; je m’occupai donc d’un de mes habitués qui avait un fantasme tout particulier à vouloir me laisser des suçons sur toute la poitrine, tel un vampire vorace. Avec un dernier sourire aguicheur et l’air faussement épuisé par ses « performances extraordinaires », je le laissai ensuite quitter la chambre. Dès que la porte se referma, mon masque de catin comblée disparut, et, après une nouvelle toilette rapide, je me mis en quête de me trouver des vêtements convenables pour une sortie dans les Taudis.
Il ne fallait rien de tape-à-l’œil, là-bas. Mes robes colorées étaient à oublier. Il fallait du sombre, du sobre, quelque chose qui puisse me faire disparaître au détour d’une ruelle en cas de problème. Bref, du tapis-souris, quoi. Vint aussi le problème de ma chevelure flamboyante, détail qui semblait avoir échappé à Désèle. Une brune comme Adélaïde seyait bien mieux pour ce quartier pouilleux. En soupirant, je pris l’une de mes vieilles capes capuchonnées de voyage, ainsi que des gants ; sans oublier ma petite dague, vivement accrochée à la ceinture.

Ainsi parée, telle une vagabonde prête à commettre un méfait, je retrouvai Loredo devant l’une des sorties discrètes de l’établissement. Le garde n’était pas très loquace, voire presque benêt, selon mon point de vue, et je supposais que le trajet jusqu’au Goret Aveugle ne serait pas très entraînant. Il ferait l’affaire en tant que protecteur, néanmoins. Du moins… je l’espérais.
Nous fîmes la route presque totalement en silence, et ma capuche resta rabattue sur ma chevelure tout du long. Plus nous quittions le quartier du bordel, et plus les rues semblaient sales. Et, quand nous fûmes en plein cœur des Taudis, c’était carrément infréquentable. La présence de Loredo me rassurait, mais cela ne m’empêcha pas de rester sur mes gardes lorsque l’on me regardait un peu trop longtemps.

Enfin, la devanture de la taverne fut devant nous, et je pénétrai dans l’établissement, soucieuse de ne pas y rester plus que nécessaire. Jetant un regard distrait aux alentours, je cherchai le tenancier du Goret Aveugle des yeux pour aller quémander le fameux paquet.
Rosewen Irène, Voie de la courtisane
Profil: For 9 | End 10 | Hab 11 | Cha 13 | Int 11 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65
Lien Fiche personnage : Ici
Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage

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