- Test furtivité.
HAB Irène : 10
Modificateur : +1, ivresse, -1 déplacement silencieux.
Résultat : 14 ; raté.
Ne pas tourner le dos à ce qui se dissimulait encore dans l’obscurité, la peur prenant le pas dès lors que l’on quittait des yeux l’objet de notre appréhension. L’effroi était d’autant plus grand que l’on ignorait la véritable nature de la chose, l’imagination nous abreuvant d’images et de visions plus terribles les unes que les autres. Ainsi, les deux jeunes femmes, sous la directive d’Irène, entreprirent de reculer, pas à pas, remontant la venelle. Mais, dans l’obscurité qui régnait sous le couvert des ombres et des murs rongés, chaque pas s’avérait être une entreprise dangereuse, surtout lorsque l’on ne regardait pas où l’on mettait les pieds. Cela ne manqua pas.
Là où leur arrivée avait été relativement silencieuse, les deux catins heurtèrent cette fois-ci tout un tas d’immondices dans des craquements répugnants et des bruits de succion écœurant. Le bas de leur robe s’effila dans des chuintements de tissu déchiré, et les semelles clapotèrent dans des aspirations humides et moites. Ce qu’il y avait, là-bas, au fond, les entendit.
Le grondement s’intensifia à mesure que la chose semblait ramper sous les décombres, toujours plus proche des deux jeunes femmes. Sortant des ombres vers une zone plus éclairée, entre deux tas d’ordure, un chien galeux apparut. La créature fétide, au pelage racorni, bouffée par la maladie et les affres de ses plaies suppurantes, ne semblait pas bien impressionnante de par sa taille, chétive, et sa carrure, pour le moins étique. Toutefois, les canines qu’elle dévoilait, rougeâtre d’une chair avariée, et les yeux fous suintant le pus témoignaient des maladies qu’une morsure était susceptible de transmettre.
Question quant à savoir ce que vous faites : vous fuyez.
Course poursuite qui s’engage dans les venelles dégoûtantes, avec #règles du bled.
Profil chien galeux:
Profil : FOR 6/ END 5/ HAB 7 CHAR 2/ INT 5/ INI 9/ ATT 7/PAR 7/ PV 35
Armes : Crocs et Griffes (7 pts de dégâts)
Compétences : Déplacement silencieux rural Niveau / Poursuite / Violence forcenée
Pour que vous vous échappiez, il faudra mettre 30 mètres entre le chien et vous. Test d’HAB à chaque round :
Si 2++ degrés d’échec, impossibilité de bouger
Si échec entre 0 et 2 degrés, mouvement = HAB
Si réussi, mouvement = HAB*2
Le chien est actuellement à 10 mètres devant vous.
Ordre par INI :
Egalité entre Irène et Evaë, tirage au D20 :
Irène : 4
Evaë : 6.
Irène > Evaë > chien.
L’idée de prendre la fuite vous est commune à toutes les deux (c’est mieux que de dire « tu fuis la première » hein ? 8D, mais c’est toi qui est la plus rapide.
Test HAB Irène :
HAB : 10 -1 (ivresse, toujours, et ce sera pareil pour Evaë) = 9
Résultat : 12, raté de 3 degrés ; tu ne bouges pas (cassé la figure, pied pris dans quelque chose, w/e)
Test HAB Evaë :
HAB : 9 – 1 = 8
Résultat : 2 , réussi, parcourt 16 mètres.
Test du toutou :
HAB 7 + 1 (poursuite) = 8
Résultat : 17
Le chien a vraisemblablement le même souci que toi.
Du coup :
Le chien est à 10 mètres de toi, et à 26 mètres d’Evaë.
Je te laisse le soin de décrire ce qu’il se passe, pour éviter que tu ne doives me paraphraser.
[Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
Eva n’avait en rien objecté ma proposition, et, probablement aussi peu courageuse que moi à cette avancée de la nuit, elle recula en ma compagnie. La boisson nous octroyait une imagination fort productive à propos de la bête qui se tenait là, et nos pas se voulaient aussi discrets que possible. A reculons, pourtant, il n’y avait pas grandes chances que l’on sorte de là discrètement. Dans cette ruelle étriquée, nous butâmes contre un amoncèlement d’ordures, qui, en plus de faire rebondir quelques objets métalliques çà et là dans une plainte aigue, nous fit patauger dans des restes pourrissants d’on ne savait quoi.
La chose nous entendit, et se dévoila à nos yeux. Ce n’était qu’un chien. Son allure décharnée n’était pas pour être rassurante, cependant. Il semblait tout droit sortie des ténèbres, affamé, et sa maigreur laissait supposer que l’animal ne rechignerait pas devant deux femmes en chair, elles qui avaient osé aller jusqu’à son territoire. Enragé, malade, puant, agressif, il avait tout pour faire fuir, et nous ne tergiversâmes pas plus longtemps quant à décider que faire. Peut-être que si nous nous éloignons de son repère il nous laisserait tranquille.
D’un commun accord, sans même échanger un mot, Eva et moi prîmes nos jambes à notre cou. Je fus la première à faire volte-face, mais Eva révéla des trésors de vitesse, et me dépassa alors que, de mon côté, je trébuchai lamentablement. J’avais marché sur un pan de ma robe qui s’était déchiré un peu plus tôt, et l’obstacle soudain sur mes jambes me fit tomber. Je m’écorchai un bras, mais me relevai le plus rapidement possible. L’on pouvait trouver cela risible que deux femmes aient aussi peur d’un chien aussi rachitique, mais les maladies étaient pour nous aussi meurtrières que la peste : au-delà du risque de mort, elle nous donnait l’impossibilité de travailler au bordel, reléguées au rang de pestiférées contagieuses, quand bien même le mal n’était-il pas dangereux.
Ma chute avait fait vaciller un empilement précaire de caissons qui se trouvait là, et, le temps que je fisse quelques pas supplémentaires, j’entendis les caisses se fracasser au sol, et un jappement surpris retentir. Ne regardant même pas ce qui était advenu du chien, je continuai ma course effrénée, n’hésitant pas à renverser derrière moi tout ce qui pouvait me tomber sous la main.
La chose nous entendit, et se dévoila à nos yeux. Ce n’était qu’un chien. Son allure décharnée n’était pas pour être rassurante, cependant. Il semblait tout droit sortie des ténèbres, affamé, et sa maigreur laissait supposer que l’animal ne rechignerait pas devant deux femmes en chair, elles qui avaient osé aller jusqu’à son territoire. Enragé, malade, puant, agressif, il avait tout pour faire fuir, et nous ne tergiversâmes pas plus longtemps quant à décider que faire. Peut-être que si nous nous éloignons de son repère il nous laisserait tranquille.
D’un commun accord, sans même échanger un mot, Eva et moi prîmes nos jambes à notre cou. Je fus la première à faire volte-face, mais Eva révéla des trésors de vitesse, et me dépassa alors que, de mon côté, je trébuchai lamentablement. J’avais marché sur un pan de ma robe qui s’était déchiré un peu plus tôt, et l’obstacle soudain sur mes jambes me fit tomber. Je m’écorchai un bras, mais me relevai le plus rapidement possible. L’on pouvait trouver cela risible que deux femmes aient aussi peur d’un chien aussi rachitique, mais les maladies étaient pour nous aussi meurtrières que la peste : au-delà du risque de mort, elle nous donnait l’impossibilité de travailler au bordel, reléguées au rang de pestiférées contagieuses, quand bien même le mal n’était-il pas dangereux.
Ma chute avait fait vaciller un empilement précaire de caissons qui se trouvait là, et, le temps que je fisse quelques pas supplémentaires, j’entendis les caisses se fracasser au sol, et un jappement surpris retentir. Ne regardant même pas ce qui était advenu du chien, je continuai ma course effrénée, n’hésitant pas à renverser derrière moi tout ce qui pouvait me tomber sous la main.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 10 juin 2015, 22:40, modifié 1 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
- Tour deux :
L’initiative reste la même.
Irène > Evaë > chien.
Test HAB Irène :
HAB : 10 -1 (ivresse, toujours, et ce sera pareil pour Evaë) = 9
Résultat : 1. Lwl.
Ben, du coup… J’imagine que tu fais ton HAB*3 ?
Irène parcourt 27 mètres.
Test HAB Evaë :
HAB : 9 – 1 = 8
Résultat : 16 , raté ; Evaë s’effondre.
Test du chien :
HAB 7 + 1 (poursuite) = 8
Résultat : 20. C’est d’un ridicule.
Ca me fait penser que je n’ai pas mis d’image, tiens, pour lui. Bha voilà.Il ne pourra pas bouger au tour suivant.
Ainsi, Rantanplan est à 37 mètres de toi, et à 26 d’Evaë.
Je passe au tour trois pour que ça aille plus vite.Tour trois :
Test HAB Evaë :
HAB : 9 – 1 = 8
Résultat : 18 , raté ; Evaë s’effondre.
Rantanplan ne joue pas ce tour-ci.Tour quatre :
Test HAB Evaë :
HAB : 9 – 1 = 8
Résultat : 18 (encore) , raté ; Evaë s’effondre.
(y)
Elle mérite de se faire bouffer la jambe. Si elle se taule encore, je lui refile (presque) d’emblée une maladie, à force de traînasser dans les ordures et de s’écorcher les genoux, coudes et bras sur des immondices.
Rantanplan en action.
HAB 7 + 1 (poursuite) = 8
Résultat : 10. Mais loupé de 2 ; il se déplace de son HAB (8). Bon chienchien.
Rantanplan est à 18 mètres d’Evaë.Tour cinq
Test HAB Evaë :
HAB : 9 – 1 = 8
Résultat : 8 ! o/
Tout juste, cela dit.
Elle se déplace tout de même de 16 mètres.
Rantanplan, grand seigneur, avoue sa défaite, et s’en retourne dans sa venelle.
(J’abrège sans jouer le chien, parce que ça peut continuer à l’infini, et je serai bien capable de filer un lien Youtube sur la musique de Benny Hill).
Les deux jeunes femmes parviennent à s’échapper du « molosse », lequel, en fin de compte, se sera sûrement fichu la truffe dans une amphore étroite et, n’y voyant désormais plus rien, se serait tapé le coin du visage sur tous les murs attenants.
Si Irène s’en était sortie relativement bien, avec un bas de robe quelque peu déchiré mais facilement raccommodable, et une légère égratignure sous le bras, il en allait tout autrement d’Evaë. L’adrénaline avait pris le pas sur toutes ses émotions, la peur s’étant ancrée dans son ventre à l’idée de trébucher et de trébucher encore lorsqu’une sale bête se trouvait juste dans son dos, prête à lui sauter dessus. N’osant plus regarder en arrière, elle avait rué dans les détritus à chaque chute, son visage défiguré par un effroi indicible qui lui avait traversé le visage. A présent, la jeune femme était recouverte d’ordures et imbibée de ce liquide qui suintait parfois de la décomposition dans une odeur de mort, avariée. Ses ongles, à force d’avoir gratté les pavés pour se relever dans la hâte, étaient arrachés, et sa robe passait désormais pour des oripeaux repoussants et déchiquetés plutôt que pour une vêture capable d’appâter le chaland par les formes qu’il laissait deviner. Pour couronner le tout, la fièvre de l’action retombée, sa cheville lui faisait un mal de chien, et elle ne pouvait pas avancer sans prendre à chaque fois appui sur Irène, laquelle fronçait le nez, dégoûtée par les exhalaisons développées par sa consœur. Genoux ensanglantés, bras entailladés, coudes égratignés, jambes écorchées, elle pestait et pestait encore, sa lèvre encore tuméfiée tremblotant de rage. Et l’appréhension d’expliquer tout cela à Désèle se faisait de plus en plus forte à mesure que, après avoir retrouvé leur chemin, elles se rapprochaient toutes les deux du bordel.
- Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
La chance sembla tourner, et, cette fois-ci, ce fut Eva qui trébucha à plusieurs reprises, alors que j’avais repris un rythme appréciable pour ma course. Rattrapant mon retard, j’arrivai à son niveau, après l’avoir vue trébucher pour la deuxième fois, et l’aidai à se relever et la guider. Après quoi, nous terminâmes par nous sortir de la ruelle, nous retournant pour voir où en était le chien, mais il semblait avoir arrêté sa poursuite, probablement intéressé par quelques ordures plus appétissantes, qui, elles, ne bougeaient pas et ne rechignaient pas à se faire croquer. Je ne sais si ce fut l’effet de notre imagination ou pas, mais nous entendîmes couiner pathétiquement, de façon étouffée, comme si l’animal avait réussi à se coincer quelque part. En tous les cas, nous n’étions clairement pas décidées à rebrousser chemin.
Aidant une Eva qui s’était bien plus amochée que moi, je la laissai s’appuyer sur moi alors que ses jambes, et l’un de ses genoux ainsi que sa cheville la faisait particulièrement souffrir. J’espérais que cela n’était que passager, et qu’elle ne s’était rien cassé. Tremblante, encore sous l’effet combiné de l’adrénaline et de la peur, elle suait et puait. Si je ne doutais pas que je devais sentir les ordures, elle avait la palme : et sa robe complètement ruinée était assortie à ses nombreuses égratignures.
La rage que la jeune femme avait réussi à effacer avec un bon verre en ma compagnie, quelques heures plus tôt dans une taverne, venait de refaire surface, et elle pestait à nouveau à travers sa douleur. Quant à moi, je ne donnais pas cher de nous si l’on nous voyait arriver comme cela à la maison close. Justifier notre état, et devoir expliquer qu’un pauvre toutou avait réussi à nous faire tant de misères ? Aussitôt, l’image d’une Adélaïde ricanant me vint à l’esprit, et je grinçai des dents.
Une chance que l’heure soit si matinale. Il était environ cinq heures et demi du matin lorsque nous rejoignîmes la maison close, et l’aube n’avait pas encore pointé ses premières lueurs. Malgré la probabilité faible de croiser grand monde dans les couloirs à une heure si précoce, nous ne rentrâmes pas par l’entrée principale mais par l’un des passages dérobés du côté de l’établissement. Espérant ne croiser personne, et surtout pas Désèle, nous parlâmes à peine, chuchotant uniquement lorsque c’était nécessaire.
D’une furtivité sans borne, je me glissai dans la salle d’eau commune du rez-de-chaussée où plusieurs cuves permettaient aux filles des Plaisirs Terrestres de se préparer pour leurs clients. Un petit puits se trouvait dans le jardin, et cette salle, qui donnait sur cette partie extérieure, avait été construite de façon à permettre une distance minimale avec le point d’eau. Je coulai un bain pour Eva, qui reposa sa cheville sur un petit tabouret pendant que je remplissais sa cuve d’une eau précédemment récupérée au puits. Une fois ma collègue dévêtue et glissée dans une eau salvatrice, j’entrepris de couler le mien. C’était de l’eau froide, nous n’avions pas la foi d’attendre de pouvoir réchauffer l’eau dans l’âtre prévu à cet effet, et surtout, nous ne voulions pas prendre le risque d’être surprises par d’autres filles, les robes éventrées, les cheveux déchevelés et le corps plein de griffures. Si l’eau fraîche ne fut pas forcément agréable, elle nous donna un coup de fouet et nous sortit quelque peu de l’état léthargique laissé par l’alcool. Glissant un savon dur sur ma peau, n’oubliant aucune parcelle, je frottai doucement ; Eva fit de même. Et ce fut en silence, quelque fois entrecoupé de quelques exclamations douloureuses au passage du savon sur une écorchure, que nous terminâmes notre toilette.
J’aidai par la suite Eva à grimper les escaliers menant à l’étage, enveloppées toutes deux dans des serviettes propres, nos vêtements abimés dans les mains.
- J’espère que cela ira mieux demain, chuchotai-je, inquiète, en parlant de sa cheville. Avec un peu de chance, elle serait en forme après quelques heures. Du moins l’espérais-je.
- J’espère aussi. Je pourrai toujours cacher mes éraflures avec une robe adaptée, mais ça… Bha, ajouta-t-elle d’un revers de la main. Si jamais l’on t’interroge, je me suis tordu la cheville dans les escaliers, d’accord ?
Je hochai la tête, scellant cet accord entre nous.
Je me réveillai quelques heures plus tard, l’esprit encore quelque peu pâteux. Il me fallut quelques instants pour me souvenir des évènements de la nuit passée, et je restai de longues minutes dans mon lit à me trouver bien stupide. Nous avions eu de la chance, après avoir brisé la fenêtre d’un inconnu, d’avoir erré ivres dans les rues, et d’être tombées sur un chien enragé, de n’avoir finalement reçu que quelques écorchures. Nous aurions pu rencontrer bien pire, comme des malfrats bien heureux de trouver deux femmes éméchées sur leur chemin, ou encore des gardes en faction témoins de notre lancer de caillasse.
Imitant l’idée d’Eva, je me vêtis d’une robe à manches longues, masquant la boursouflure rouge de mon avant-bras, et commençai à me préparer pour le travail. Sortant de ma chambre, je passai devant la porte de celle d’Ambre, y jetant un œil distrait. Puis, après quelques pas, je repensai à son air inquiet de la veille, toute préoccupée en sortant du bureau de Désèle. La curiosité m’emporta, et je m’approchai de la porte, guettant une quelconque activité dans la pièce. Je ne souhaitais pas l’interrompre en pleine besogne, si d’aventure elle avait un client. Mais n’entendant rien de particulier, je toquai trois coups discrets sur le battant de sa porte.
Aidant une Eva qui s’était bien plus amochée que moi, je la laissai s’appuyer sur moi alors que ses jambes, et l’un de ses genoux ainsi que sa cheville la faisait particulièrement souffrir. J’espérais que cela n’était que passager, et qu’elle ne s’était rien cassé. Tremblante, encore sous l’effet combiné de l’adrénaline et de la peur, elle suait et puait. Si je ne doutais pas que je devais sentir les ordures, elle avait la palme : et sa robe complètement ruinée était assortie à ses nombreuses égratignures.
La rage que la jeune femme avait réussi à effacer avec un bon verre en ma compagnie, quelques heures plus tôt dans une taverne, venait de refaire surface, et elle pestait à nouveau à travers sa douleur. Quant à moi, je ne donnais pas cher de nous si l’on nous voyait arriver comme cela à la maison close. Justifier notre état, et devoir expliquer qu’un pauvre toutou avait réussi à nous faire tant de misères ? Aussitôt, l’image d’une Adélaïde ricanant me vint à l’esprit, et je grinçai des dents.
Une chance que l’heure soit si matinale. Il était environ cinq heures et demi du matin lorsque nous rejoignîmes la maison close, et l’aube n’avait pas encore pointé ses premières lueurs. Malgré la probabilité faible de croiser grand monde dans les couloirs à une heure si précoce, nous ne rentrâmes pas par l’entrée principale mais par l’un des passages dérobés du côté de l’établissement. Espérant ne croiser personne, et surtout pas Désèle, nous parlâmes à peine, chuchotant uniquement lorsque c’était nécessaire.
D’une furtivité sans borne, je me glissai dans la salle d’eau commune du rez-de-chaussée où plusieurs cuves permettaient aux filles des Plaisirs Terrestres de se préparer pour leurs clients. Un petit puits se trouvait dans le jardin, et cette salle, qui donnait sur cette partie extérieure, avait été construite de façon à permettre une distance minimale avec le point d’eau. Je coulai un bain pour Eva, qui reposa sa cheville sur un petit tabouret pendant que je remplissais sa cuve d’une eau précédemment récupérée au puits. Une fois ma collègue dévêtue et glissée dans une eau salvatrice, j’entrepris de couler le mien. C’était de l’eau froide, nous n’avions pas la foi d’attendre de pouvoir réchauffer l’eau dans l’âtre prévu à cet effet, et surtout, nous ne voulions pas prendre le risque d’être surprises par d’autres filles, les robes éventrées, les cheveux déchevelés et le corps plein de griffures. Si l’eau fraîche ne fut pas forcément agréable, elle nous donna un coup de fouet et nous sortit quelque peu de l’état léthargique laissé par l’alcool. Glissant un savon dur sur ma peau, n’oubliant aucune parcelle, je frottai doucement ; Eva fit de même. Et ce fut en silence, quelque fois entrecoupé de quelques exclamations douloureuses au passage du savon sur une écorchure, que nous terminâmes notre toilette.
J’aidai par la suite Eva à grimper les escaliers menant à l’étage, enveloppées toutes deux dans des serviettes propres, nos vêtements abimés dans les mains.
- J’espère que cela ira mieux demain, chuchotai-je, inquiète, en parlant de sa cheville. Avec un peu de chance, elle serait en forme après quelques heures. Du moins l’espérais-je.
- J’espère aussi. Je pourrai toujours cacher mes éraflures avec une robe adaptée, mais ça… Bha, ajouta-t-elle d’un revers de la main. Si jamais l’on t’interroge, je me suis tordu la cheville dans les escaliers, d’accord ?
Je hochai la tête, scellant cet accord entre nous.
***
Je me réveillai quelques heures plus tard, l’esprit encore quelque peu pâteux. Il me fallut quelques instants pour me souvenir des évènements de la nuit passée, et je restai de longues minutes dans mon lit à me trouver bien stupide. Nous avions eu de la chance, après avoir brisé la fenêtre d’un inconnu, d’avoir erré ivres dans les rues, et d’être tombées sur un chien enragé, de n’avoir finalement reçu que quelques écorchures. Nous aurions pu rencontrer bien pire, comme des malfrats bien heureux de trouver deux femmes éméchées sur leur chemin, ou encore des gardes en faction témoins de notre lancer de caillasse.
Imitant l’idée d’Eva, je me vêtis d’une robe à manches longues, masquant la boursouflure rouge de mon avant-bras, et commençai à me préparer pour le travail. Sortant de ma chambre, je passai devant la porte de celle d’Ambre, y jetant un œil distrait. Puis, après quelques pas, je repensai à son air inquiet de la veille, toute préoccupée en sortant du bureau de Désèle. La curiosité m’emporta, et je m’approchai de la porte, guettant une quelconque activité dans la pièce. Je ne souhaitais pas l’interrompre en pleine besogne, si d’aventure elle avait un client. Mais n’entendant rien de particulier, je toquai trois coups discrets sur le battant de sa porte.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 12 juin 2015, 17:20, modifié 1 fois.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
- Irène eut beau frapper, personne ne répondit à ses coups, que ce fût Ambre ou l’un de ses clients. Et si elle eut la témérité de pousser jusqu’à ouvrir la porte, elle ne trouva là qu’une chambre vide, délaissée. A peine s’était-elle détournée de la porte qu’une main vint saisir son épaule, doucement.
«Irène ? Je vous ai vus, toi et Evaë, ce matin, au détour du couloir. Il s’agissait d’Isis, svelte, cambrée, avec ce brin d’orientalisme qui vous rappelait les saveurs arabéennes et la chaleur de son pays. Evaë… Qu’est-ce qui lui est arrivé ? »
Ses grands yeux marron plongés dans ceux d’Irène témoignaient d’une certaine sincérité, d’une certaine inquiétude. Concernant les relations qu’entretenaient la jeune femme et Irène, celles-ci demeuraient cordiales, sans plus, sans moins, et il en allait de même avec Evaë.
Par la suite, une fois descendue dans la grande-salle, laquelle avait été correctement lavée et nettoyée depuis les évènements de la veille, l’on s’étonna quelque peu de l’accoutrement d’Irène. Ce n’était certes pas grand-chose, mais, après avoir été figurante sur un tableau effectué par un peintre renommé, on l’imaginait mal enfiler une robe aux longues manches, laquelle cachait son corps. Surtout lorsque l’on portait un regard à l’extérieur, sur un soleil étincelant ; le temps n’était point à l’hiver, loin de là. Tout au pire, ce ne fut que quelques regards par-ci par-là.
La seconde inquiétude relevait du fait qu’Evaë était aux abonnées absentes, n’ayant pas fait son apparition depuis la veille. Les premières filles s’interrogeaient sur son absentéisme. Quelque temps plus tard, et une première rumeur circula, selon laquelle la jeune femme était malade, et préférait ainsi rester dans sa chambre. Les interrogations ne s’en portèrent que mieux encore, et les filles chuchotaient déjà entre elles de savoir quel pouvait être le mal qu’elle avait attrapé. Il faisait bon, en ce moment, et le rhume ou le simple mal de gorge était donc à proscrire, selon elles. Plus encore, l’on se demandait quel pouvait bien être le client qui l’avait contaminée, et les meilleures mémoires du groupe s’exerçaient à retrouver le nom et le visage de l’individu.
Irène vaquait à ses activités lorsque l’on vint l’interrompre.
«Irène, c’est Evaë, elle ne semble pas aller bien, vu les bruits qu’elle fait de derrière la porte… Elle demande à te voir, maintenant. »
La fille semblait relativement inquiète, et, sur un dernier regard, laissa là la jeune femme.
Au même moment, un jeune homme bien fringant qu’Irène avait déjà vu, la cape noire et l’épée à la ceinture, fit son apparition dans la salle.
- Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
J’attendis, une, deux, trois secondes. Rien ne semblait indiquer une quelconque activité derrière la porte : pas de bruits de pas se déplaçant pour m’ouvrir, pas de chaise raclant au sol, pas de placard s’ouvrant ou se fermant. Ambre n’était pas présente dans sa chambrée ; peut-être aurais-je plus de chance au rez-de-chaussée, même s’il serait malavisé de venir la questionner sur ses soucis si elle était en train de servir un client. Il me faudrait attendre, ainsi.
Me dirigeant donc vers les escaliers pour commencer ma journée, je fus interrompue par Isis, qui me surprit en m’indiquant qu’elle nous avait vues tôt dans la matinée. Je n’avais entendu ni vu personne, et cette information me gêna. La jeune femme nous avait visiblement regardées de loin, sans venir s’enquérir de l’état d’Eva ; chose qu’elle faisait, à présent ? Pourquoi avoir attendu le matin et ne pas nous avoir interrompues alors que nous rentrions au bordel ? Quelque chose me souffla qu’elle avait eu également ses raisons pour être levée si tôt, et qu’elle n’avait pas voulu les exposer. En tous les cas, si elle nous avait vues, je ne pouvais pas nier certains faits.
- Eva s’est fait mal à la cheville en ratant une marche, et j’ai dû l’aider à grimper jusqu’à sa chambre. J’espère qu’elle va mieux ce matin, l’as-tu vue ?
Affichant un masque d’innocence que je voulais sincère, je me dirigeai par la suite dans la grande salle. Mes yeux furetèrent à la recherche d’Ambre et d’Eva, et ne trouvèrent ni l’une, ni l’autre. Un pli soucieux prit place entre mes sourcils, et je fus tentée de remonter pour aller m’enquérir de l’état de mon amie de beuverie de la veille, mais je ne souhaitais pas paraître trop suspecte. Me voir descendre, chercher quelqu’un, et remonter avec un air inquiet, snobant tous les clients à ma portée sur mon temps de service, ce n’était pas un comportement qui se ratait. Notre établissement était composé de femmes commères toutes autant les unes que les autres, et les rumeurs avaient tôt fait d’arriver aux oreilles de Désèle, parfois dans une volonté mesquine que de faire de l’ombre à ses concurrentes.
D’autant plus que, ce jour-là, certains regards restèrent sur moi quelques instants, s’attardant sur mes manches longues. Il était vrai que je paraissais bien plus vêtue que mes collègues, au premier abord, mais la robe n’en restait pas moins celle d’une catin faite pour attirer le client. Ainsi, l’on pouvait remarquer également que la vêture était fendue sur le côté gauche jusqu’à la hanche.
Inévitablement, je ne fus pas la seule à remarquer l’absence d’Eva. Elle se faisait d’habitude bien remarquer dans ses grands éclats de rire échangés avec ses clients, et l’un d’eux, visiblement venu pour elle, demandait où elle se trouvait. Ce fut là que j’entendis les filles commencer à supputer de ce qui lui arrivait, et, devant même le client régulier de leur collègue, supposer qu’elle avait attrapé la chaude-pisse ou pire encore, lui ruinant l’un de ses gagne-pain fidèles. L’homme afficha un air déçu et répugné, et je me sentis obligée d’intervenir.
- Je ne pense pas que Désèle apprécierait vous entendre lancer de telles rumeurs si peu seyantes à notre maison close, surtout lorsqu’elles sont si peu fondées. Je fronçai les sourcils, désaprobatrice. Il était connu que j’étais proche d’Eva ; et l’on ne s’étonna probablement pas de ma défense. L’on ne s’étonna pas non plus que je puisse avoir des informations supplémentaires. Eva s’est fait mal à la cheville hier, et, si elle ne s’est pas encore présentée, c’est peut-être parce qu’elle n’arrive tout simplement pas à sortir de son lit. Mais aucune n’a eu la présence d’esprit d’aller vérifier ce qui lui arrivait avant de pinailler, n’est-ce pas ?
Et, après avoir rassuré le client d’Eva en lui assurant que, non, elle n’avait pas la chaude-pisse, mais qu’elle ne pourrait sûrement pas assurer sa fonction aujourd’hui, je m’approchai d’un groupe de trois hommes déjà accompagnés de deux autres filles. J’étais sur la bonne voie pour en monter un jusque dans ma chambre – il s’amusait beaucoup avec l’ouverture de la robe sur ma jambe –, lorsque je fus interrompue : Eva me demandait. Avec un léger soupir, j’échangeai un regard avec une autre collègue pour qu’elle vienne occuper l’homme à ma place, et je me détournai avec quelques excuses.
Du coin de l’œil, je notai l’arrivée d’un nouveau client, et, s’il ne m’avait pas évoqué quelque chose, j’aurais sûrement passé mon chemin. Mais je le reconnus : il était passé quelques jours plus tôt voir Désèle pour faire affaire. N’ayant aucune nouvelle concernant ceci, j’ignorais si un accord avait eu lieu entre ma patronne et cet homme. Je pensais être la seule à l’avoir croisé la dernière fois, néanmoins, alors je m’approchai de lui, faisant un léger détour. Eva pouvait bien attendre un peu, après tout ; elle avait déjà eu de la chance que je ne sois pas complètement indisponible en train de satisfaire un client dans ma chambre. Quelques minutes de plus ou de moins ne changeraient rien à l’état de sa cheville.
- Bonjour, messire d’Ablaÿ. J’avais retenu son nom et je le faisais savoir, avec la même note de grivoiserie qu’il m’avait laissée la fois dernière. C’est un plaisir de vous revoir ; que souhaitez-vous, cette fois-ci ? Dois-je vous conduire jusqu’à Désèle… ou cherchez-vous quelque agréable compagnie ?
Me dirigeant donc vers les escaliers pour commencer ma journée, je fus interrompue par Isis, qui me surprit en m’indiquant qu’elle nous avait vues tôt dans la matinée. Je n’avais entendu ni vu personne, et cette information me gêna. La jeune femme nous avait visiblement regardées de loin, sans venir s’enquérir de l’état d’Eva ; chose qu’elle faisait, à présent ? Pourquoi avoir attendu le matin et ne pas nous avoir interrompues alors que nous rentrions au bordel ? Quelque chose me souffla qu’elle avait eu également ses raisons pour être levée si tôt, et qu’elle n’avait pas voulu les exposer. En tous les cas, si elle nous avait vues, je ne pouvais pas nier certains faits.
- Eva s’est fait mal à la cheville en ratant une marche, et j’ai dû l’aider à grimper jusqu’à sa chambre. J’espère qu’elle va mieux ce matin, l’as-tu vue ?
Affichant un masque d’innocence que je voulais sincère, je me dirigeai par la suite dans la grande salle. Mes yeux furetèrent à la recherche d’Ambre et d’Eva, et ne trouvèrent ni l’une, ni l’autre. Un pli soucieux prit place entre mes sourcils, et je fus tentée de remonter pour aller m’enquérir de l’état de mon amie de beuverie de la veille, mais je ne souhaitais pas paraître trop suspecte. Me voir descendre, chercher quelqu’un, et remonter avec un air inquiet, snobant tous les clients à ma portée sur mon temps de service, ce n’était pas un comportement qui se ratait. Notre établissement était composé de femmes commères toutes autant les unes que les autres, et les rumeurs avaient tôt fait d’arriver aux oreilles de Désèle, parfois dans une volonté mesquine que de faire de l’ombre à ses concurrentes.
D’autant plus que, ce jour-là, certains regards restèrent sur moi quelques instants, s’attardant sur mes manches longues. Il était vrai que je paraissais bien plus vêtue que mes collègues, au premier abord, mais la robe n’en restait pas moins celle d’une catin faite pour attirer le client. Ainsi, l’on pouvait remarquer également que la vêture était fendue sur le côté gauche jusqu’à la hanche.
Inévitablement, je ne fus pas la seule à remarquer l’absence d’Eva. Elle se faisait d’habitude bien remarquer dans ses grands éclats de rire échangés avec ses clients, et l’un d’eux, visiblement venu pour elle, demandait où elle se trouvait. Ce fut là que j’entendis les filles commencer à supputer de ce qui lui arrivait, et, devant même le client régulier de leur collègue, supposer qu’elle avait attrapé la chaude-pisse ou pire encore, lui ruinant l’un de ses gagne-pain fidèles. L’homme afficha un air déçu et répugné, et je me sentis obligée d’intervenir.
- Je ne pense pas que Désèle apprécierait vous entendre lancer de telles rumeurs si peu seyantes à notre maison close, surtout lorsqu’elles sont si peu fondées. Je fronçai les sourcils, désaprobatrice. Il était connu que j’étais proche d’Eva ; et l’on ne s’étonna probablement pas de ma défense. L’on ne s’étonna pas non plus que je puisse avoir des informations supplémentaires. Eva s’est fait mal à la cheville hier, et, si elle ne s’est pas encore présentée, c’est peut-être parce qu’elle n’arrive tout simplement pas à sortir de son lit. Mais aucune n’a eu la présence d’esprit d’aller vérifier ce qui lui arrivait avant de pinailler, n’est-ce pas ?
Et, après avoir rassuré le client d’Eva en lui assurant que, non, elle n’avait pas la chaude-pisse, mais qu’elle ne pourrait sûrement pas assurer sa fonction aujourd’hui, je m’approchai d’un groupe de trois hommes déjà accompagnés de deux autres filles. J’étais sur la bonne voie pour en monter un jusque dans ma chambre – il s’amusait beaucoup avec l’ouverture de la robe sur ma jambe –, lorsque je fus interrompue : Eva me demandait. Avec un léger soupir, j’échangeai un regard avec une autre collègue pour qu’elle vienne occuper l’homme à ma place, et je me détournai avec quelques excuses.
Du coin de l’œil, je notai l’arrivée d’un nouveau client, et, s’il ne m’avait pas évoqué quelque chose, j’aurais sûrement passé mon chemin. Mais je le reconnus : il était passé quelques jours plus tôt voir Désèle pour faire affaire. N’ayant aucune nouvelle concernant ceci, j’ignorais si un accord avait eu lieu entre ma patronne et cet homme. Je pensais être la seule à l’avoir croisé la dernière fois, néanmoins, alors je m’approchai de lui, faisant un léger détour. Eva pouvait bien attendre un peu, après tout ; elle avait déjà eu de la chance que je ne sois pas complètement indisponible en train de satisfaire un client dans ma chambre. Quelques minutes de plus ou de moins ne changeraient rien à l’état de sa cheville.
- Bonjour, messire d’Ablaÿ. J’avais retenu son nom et je le faisais savoir, avec la même note de grivoiserie qu’il m’avait laissée la fois dernière. C’est un plaisir de vous revoir ; que souhaitez-vous, cette fois-ci ? Dois-je vous conduire jusqu’à Désèle… ou cherchez-vous quelque agréable compagnie ?
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 12 juin 2015, 17:20, modifié 1 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage
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- [MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
- Isis considéra longuement Irène de ses grands yeux marron, l’air songeuse, mais l’expression indéchiffrable.
«J’espère qu’elle va mieux également, surtout que, non, justement, je ne l’ai pas encore vue, aujourd’hui. » Après une petite moue à moitié intriguée, à moitié désolée, elle partit de son propre côté.
Lorsque les rumeurs concernant son amie commencèrent à affluer, et qu’Irène s’interposa pour la défendre, elle fut considérée d’un drôle d’œil ; celui que l’on portait généralement à une rabat-joie ou à toute autre personne austère qui n’avait pas le rire facile. D’autres, encore, la considérèrent d’un air qui disait « qu’est-ce qu’elle veut, celle-là ? », ou encore « occupe-toi de tes affaires ». Il y en eut une pour le lui faire remarquer, de vive-voix.
«Bon sang, ce que tu peux être lourde ; autant au sens propre qu’au figuré », lâcha-t-elle en lorgnant d’un œil faussement inquiet les fesses d’Irène, déclenchant les gloussements railleurs des filles autour.
Si Elisa n’avait pas aperçu le sieur d’Ablaÿ lorsqu’il était venu dans l’établissement pour la première fois, il n’en allait pas de même, en vérité, de certaines autres filles, notamment lorsqu’il était ressorti de son entretien avec la matrone. Et, lui coulant quelques petits regards indiscrets par-dessous leurs longs cils, elles faisaient leurs mijaurées, lançaient de petits clins d’œil, lorsque certaines ne gloussaient tout simplement pas. L’on pouvait y voir, au-travers de tout cela, un engouement plus général de la part des catins que s’il s’agissait de Jo l’clodo. Irène, toutefois, fut la première arrivée devant lui, alors que certaines hésitaient encore à faire le premier pas.
Alors qu’il semblait savoir où le menaient ses pas, l’interpellation le fit se retourner, découvrant une Irène et sa proposition à peine sous-entendue. Mais n’était-il pas dans ce lieu où les allusions égrillardes étaient reines ? Il sourit, prit son temps pour l’observer, elle et son visage, ses formes apparentes, et la petite fente sur le côté de sa robe. Erwan semblait pour le moins serein, entouré de femmes, et le bougre savait que son charme efficient n’était pas pour déplaire à la gent féminine ; il en jouait, et avait de loin remarqué toutes les petites attentions distantes que lui prodiguaient les catins. Le temps s’étiola quelques secondes davantage, avant que son sourire ne se fit que plus grand encore, dans un registre amusé, malicieux. Puis, il se pencha vers elle, avec naturel, avec allure.
Son bras et sa main l’enlacèrent délicatement, au niveau de la taille, comme ses lèvres se portaient à un souffle de son oreille, contre ses boucles rousses.
«Ce serait avec grand plaisir, mademoiselle. Hélas, je suis un homme fort occupé, et ne suis-je ici que pour régler quelques détails avec votre mère matrone, rien de plus. Et, contrairement à ma première venue céans-même, je connais malheureusement, cette fois-ci, le chemin jusqu’à la maîtresse de toute cette belle petite maisonnée. »
Il laissa courir un petit instant, sachant d’ores et déjà que cette petite mascarade attirait tous les regards de la grande salle, avant de conclure, avec un humour particulier.
« Bon retour, et bon courage au milieu des louves », sourit-il en englobant la salle et ses filles de son regard clair et cérulé. Jouant son rôle jusqu’au bout, il lui arracha un baiser sur les lèvres, désintéressé, et, sur un dernier clin d’œil aussi complice que sarcastique, il se détourna d’elle, s’engageant dans le couloir qui menait jusqu’au bureau de Désèle.
Bon courage, et bon retour au milieu des louves ? Il n’avait pas tort ; l’on plissait désormais les yeux en dévisageant Irène, et les rumeurs les plus folles commençaient déjà à circuler, jaspinant à tue-tête sur son dos.
- Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
Je regardai avec mépris le groupe d’Adélaïde et ses pouffiasses avec leurs gloussements puérils, que j’assimilais à un poulailler grandeur nature. La poule la plus dodue – Adélaïde – attirait les plus petites car la première amenait dans son sillage de beaux et grands coqs. Mais il suffisait qu’un jour elle perde ses plumes pour que son public de mauvaises mœurs disparaisse aussi vite qu’il était venu. Et c’était tout le mal que je souhaitais à cette pétasse. Je ne pris pas même la peine de répondre à la pique de la brune ; elle avait visiblement un sacré complexe d’infériorité envers moi à chercher constamment à me rabaisser. Ce qui n’était pas mon cas, et, contrairement à elle, je repartis travailler plutôt que de glousser à rien faire. Quel dommage que Désèle ne fusse pas là pour voir cela.
L’arrivée d’Erwan d’Ablaÿ ne passa pas inaperçue. Alors que je m’étais approchée de lui, bien d’autres filles avaient tourné les yeux, repérant là la facture d’un sang-bleu. Si notre établissement avait coutume de recevoir des gens importants contrairement à d’autres bordels de la ville, ce n’était pourtant jamais devenu un évènement inintéressant, bien au contraire. Et il suffisait de la présence d’un simple baron pour alimenter les discussions une semaine entière, au grand dam des clients plus modestes, jaloux de voir les prostituées presque se battre pour de tels clients. Mais pour nous, c’était source de richesse, car ils ne lésinaient que rarement sur les moyens, et surtout, de prestige que de se voir dévolue à un noble. Se faire remarquer, tel était l’apanage de notre métier ; et plus le poisson était gros, plus les hameçons étaient nombreux.
Et il y en avait un autre qui était accoutumé aux intrigues et aux racontars, visiblement. Erwan d’Ablaÿ, aussi à l’aise que s’il s’était trouvé à la cour en compagnie d’autres nobles, joua sur les apparences. Un sourire malicieux sur le visage, il vint m’enlacer élégamment, me plaquant doucement contre lui. Alors que mon interpellation avait été possiblement entendue par les catins les plus proches, les mots qu’il m’adressa, eux, tous chuchotés à mon oreille, restèrent un mystère pour le reste de la salle. Par là même, il venait de décupler l’intérêt général porté sur nous, et il semblait savoir parfaitement ce qu’il faisait.
Cette soudaine proximité et familiarité me fut complètement inattendue, et fit monter une certaine chaleur en moi. J’ignorais tout de cet homme, et pourtant, en deux rencontres à peine, il avait réussi à attiser ma curiosité et mon intérêt.
- Quelle chanceuse, cette Désèle, d’accaparer ainsi toute votre attention, soufflai-je en réponse, prenant une moue faussement contrariée, incapable de m’empêcher de sourire cependant. Mais peut-être monsieur sera-t-il un jour moins occupé.
Pour tout adieu, il m’embrassa fugacement, avec cette lueur pétillante dans le regard qui signifiait qu’il se gaussait beaucoup de la situation. Puis, grand seigneur, il repartit, droit et indifférent aux chuchotements qui parcouraient désormais la salle, non sans un dernier regard complice qui fut compris par moi seule uniquement.
Ses dernières paroles prirent tout leur sens lorsqu’il disparut au détour du corridor, me laissant seule au milieu de la grande salle. Une horde de regards semblait fixée sur moi, des regards simplement porteurs d’une curiosité bienveillante, ou au contraire, d’une curiosité malsaine et jalouse.
Ignorant toute cette pression, mes lèvres encore retroussées dans un sourire de bonne humeur, les joues rosées, je repartis en direction de l’étage pour voir Eva, n’assouvissant l’envie de réponses d’aucune fille. Il fallait toujours laisser les ragots gonfler jusqu’à ce que la tension devienne intenable. Et, les laissant là avec toutes leurs hypothèses aussi abracadabrantes les unes que les autres, je gravis les premières marches rouges en direction du balconnet. Après avoir été le modèle d’un peintre, l’intérêt apparent d’un noble pour ma personne était fort seyant pour ma réputation ; et, si cela continuait ainsi, je ne manquerais pas de le faire remarquer à Désèle pour espérer avoir une augmentation.
L’esprit encore accaparé par le blond et ses desseins inconnus, mes pas me portèrent jusqu’à la chambre d’Eva, où j’entrai après avoir frappé discrètement.
- Tu m’as demandée, Eva ? Comment va ta cheville ? Si tu savais ce que la clique d’Adélaïde est déjà en train de diffamer à ton propos, je suis sûre que même une cheville foulée ne t’empêcherait pas de leur sauter à la gorge, ajoutai-je avec un sourire amusé, quoique l’air inquiet d’avoir le verdict concernant son état.
Si elle n’allait pas mieux, nous serions contraintes de prévenir Désèle pour faire venir un médecin, assurément.
L’arrivée d’Erwan d’Ablaÿ ne passa pas inaperçue. Alors que je m’étais approchée de lui, bien d’autres filles avaient tourné les yeux, repérant là la facture d’un sang-bleu. Si notre établissement avait coutume de recevoir des gens importants contrairement à d’autres bordels de la ville, ce n’était pourtant jamais devenu un évènement inintéressant, bien au contraire. Et il suffisait de la présence d’un simple baron pour alimenter les discussions une semaine entière, au grand dam des clients plus modestes, jaloux de voir les prostituées presque se battre pour de tels clients. Mais pour nous, c’était source de richesse, car ils ne lésinaient que rarement sur les moyens, et surtout, de prestige que de se voir dévolue à un noble. Se faire remarquer, tel était l’apanage de notre métier ; et plus le poisson était gros, plus les hameçons étaient nombreux.
Et il y en avait un autre qui était accoutumé aux intrigues et aux racontars, visiblement. Erwan d’Ablaÿ, aussi à l’aise que s’il s’était trouvé à la cour en compagnie d’autres nobles, joua sur les apparences. Un sourire malicieux sur le visage, il vint m’enlacer élégamment, me plaquant doucement contre lui. Alors que mon interpellation avait été possiblement entendue par les catins les plus proches, les mots qu’il m’adressa, eux, tous chuchotés à mon oreille, restèrent un mystère pour le reste de la salle. Par là même, il venait de décupler l’intérêt général porté sur nous, et il semblait savoir parfaitement ce qu’il faisait.
Cette soudaine proximité et familiarité me fut complètement inattendue, et fit monter une certaine chaleur en moi. J’ignorais tout de cet homme, et pourtant, en deux rencontres à peine, il avait réussi à attiser ma curiosité et mon intérêt.
- Quelle chanceuse, cette Désèle, d’accaparer ainsi toute votre attention, soufflai-je en réponse, prenant une moue faussement contrariée, incapable de m’empêcher de sourire cependant. Mais peut-être monsieur sera-t-il un jour moins occupé.
Pour tout adieu, il m’embrassa fugacement, avec cette lueur pétillante dans le regard qui signifiait qu’il se gaussait beaucoup de la situation. Puis, grand seigneur, il repartit, droit et indifférent aux chuchotements qui parcouraient désormais la salle, non sans un dernier regard complice qui fut compris par moi seule uniquement.
Ses dernières paroles prirent tout leur sens lorsqu’il disparut au détour du corridor, me laissant seule au milieu de la grande salle. Une horde de regards semblait fixée sur moi, des regards simplement porteurs d’une curiosité bienveillante, ou au contraire, d’une curiosité malsaine et jalouse.
Ignorant toute cette pression, mes lèvres encore retroussées dans un sourire de bonne humeur, les joues rosées, je repartis en direction de l’étage pour voir Eva, n’assouvissant l’envie de réponses d’aucune fille. Il fallait toujours laisser les ragots gonfler jusqu’à ce que la tension devienne intenable. Et, les laissant là avec toutes leurs hypothèses aussi abracadabrantes les unes que les autres, je gravis les premières marches rouges en direction du balconnet. Après avoir été le modèle d’un peintre, l’intérêt apparent d’un noble pour ma personne était fort seyant pour ma réputation ; et, si cela continuait ainsi, je ne manquerais pas de le faire remarquer à Désèle pour espérer avoir une augmentation.
L’esprit encore accaparé par le blond et ses desseins inconnus, mes pas me portèrent jusqu’à la chambre d’Eva, où j’entrai après avoir frappé discrètement.
- Tu m’as demandée, Eva ? Comment va ta cheville ? Si tu savais ce que la clique d’Adélaïde est déjà en train de diffamer à ton propos, je suis sûre que même une cheville foulée ne t’empêcherait pas de leur sauter à la gorge, ajoutai-je avec un sourire amusé, quoique l’air inquiet d’avoir le verdict concernant son état.
Si elle n’allait pas mieux, nous serions contraintes de prévenir Désèle pour faire venir un médecin, assurément.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 15 juin 2015, 21:25, modifié 2 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
- Lorsqu’Irène se présenta devant la porte d’Evaë pour y frapper quelques coups, ce fut une voix faible et chevrotante qui lui répondit, demandant son identité. La catin déclina la sienne, et Evaë lui affirma qu’elle pouvait rentrer.
A l’intérieur régnait une certaine pénombre en la présence de rideaux tirés et de volets à-demi clos. De sous les draps dépassait le visage d’Evaë, les traits tirés, la mine fatigue ; elle ne semblait pas aller bien fort. Elle observa Irène entrer, lui fit un faible sourire, peiné, toussa, soupira. Puis, lorsque son invitée s’enquit de sa santé, elle soupira de plus belle d’un air plus lassé que jamais, avant de changer radicalement d’expression, d’éclater de rire et de repousser brutalement la couverture.
«Alors, ça passe bien, ma mine fatiguée, en train de dépérir ? lança-t-elle à Irène avec un air cauteleux, s’asseyant à ses côtés, en petite tenue qu’elle était. Par les neuf, je crève d’ennui, ouais ! »
Elle secoua la tête, et souffla une nouvelle fois. En fin de compte, la jeune femme ne paraissait vraiment pas malade, mais semblait comme une louve en cave qui ne savait que faire du temps que son « indisposition » lui octroyait.
«Bha, ma cheville, ça va, vite fait. Elle me fait toujours mal, mais ça passera. Non, ce qui m’embête, vraiment, c’est ça ! »
Elle lui désigna tous les bleus que ses genoux arboraient, les plaies et les égratignures à la surface de ses bras, sur ses coudes, ses jambes et ses genoux. L’ensemble, s’il n’était aucunement grave, demeurait relativement disgracieux.
«Tu imagines, si je me pointe en bas, comme ça ? Non, je ne peux vraiment pas me montrer sous un tel jour, quelle honte ! Et puis, alors là, oui, je ne doute clairement pas que ça va diffamer, là, plus encore que maintenant, et ça m’énerverait tellement que j’en claquerais une ou deux, et ça me fera encore de sales histoires ! Sans compter toutes les questions qui tomberont. »
Elle contempla Irène, observa ses manches longues qui dissimulaient les petites égratignures.
«Ouais, une simple robe comme la tienne ne me suffira vraiment pas, moi. Alors je dis que j’ai un rhume, un truc pas trop grave afin de ne pas me retomber avec un type qui m’ausculte sous tous les angles pour voir si j’ai rien d’autre. Comme si j’en avais pas déjà assez de tous ces pourceaux, le soir. Mais sinon, ça va toi, de ton côté, pas de souci avec ce qui s’est passé la veille ? »
Elle écouta sa réponse, patienta quelque peu, rebondit dessus si l’occasion se présenta, avant d’aborder un nouveau sujet, l’air gêné, quoique dans la continuité de ce qu’elle avait déjà affirmé.
«Puis, des robes… Merde, quoi ! Celle d’hier est complètement morte, et, comble de malheur, c’était la dernière qui me restait de propre ! J’avais justement prévu de tout laver aujourd’hui ! Cette grosse blague. Sans compter que je ne vais rien gagner aujourd’hui et ce soir, peut-être même demain… Quelle peste !
Mmh… Dis, Irène, tu ne voudrais pas m’avancer quelque peu, et aller m’acheter une robe… ? Ah, et aussi me chercher un truc à manger et à boire… »
Evaë avait vraiment l’air de celle qui est désolée de demander pareil service, mais qui s’en trouvait contrainte ; petite air meurtri, lèvre mordillée, regard légèrement implorant.
- Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.
Loin de trouver une Eva en train de se panser la cheville ou grimacer en tentant de marcher, je la trouvai couchée, la couette jusqu’au menton. Elle toussait, en plus de cela ; qu’avait-elle donc attrapé dans ces ruelles ? J’aurais l’air fin, de mon côté, qu’on la voit alitée et fiévreuse alors que j’avais assuré qu’elle souffrait simplement de la cheville. Puis, soudainement, son visage s’illumina, amusé, et elle se redressa aussi vite que si on l’avait piquée. Eclatant de rire, elle s’assit sur le rebord de son lit, le regard pétillant, entrant dans une litanie de paroles qui lui ressemblait bien.
- Je dois l’avouer, tu m’as eue, répondis-je, mi-amusée, mi-exaspérée. Eva était décidemment un phénomène à elle toute seule. Je me voyais déjà aller voir Désèle pour faire venir un médecin, tu imagines !
Je regardai ses bleus et écorchures, qui donnaient l’impression qu’elle sortait des Taudis. J’avais eu bien plus de chance en comparaison.
- Non, pas de problèmes de mon côté, même si on m’a un peu regardée bizarrement avec ma robe aux longues manches. Rien de particulier sinon. Ah, si : Isis m’a demandée ce que tu avais ce matin, elle nous a vues rentrer cette nuit, apparemment… Tiens, tu ne saurais pas s’il y a quelque chose entre elle et Serge’, d’ailleurs ? Mais pas de problème particulier en tous les cas.
La dernière demande d’Eva me gêna, en revanche. Elle m’avait déjà fait monter alors qu’elle se portait très bien, aussi fraîche qu’un gardon. J’avais dû m’interrompre dans mon travail pour des broutilles, et il fallait que je sorte à nouveau pour lui acheter une robe… Et en plus que je lui avance l’argent ? Très franchement, je n’en avais pas l’envie, et ma gentillesse avait des limites. Je connaissais mon amie, et tout cela était un peu beaucoup pour de simples égratignures. Je comprenais sa réticence à se montrer sous ce jour, néanmoins, et c’est pourquoi je ne fus pas non plus totalement ingrate.
- Mmh… Aller t’acheter une robe aujourd’hui, je ne pense pas que je vais pouvoir. Sans compter que moi non plus je n’ai rien gagné ou presque la nuit dernière à cause de la fermeture, et m’absenter quelques heures pour cela… D’un air navré, je lui signifiai que sortir à nouveau n’était pas dans mes intentions. Mais je peux très bien te prêter l’une de mes robes, si tu veux. Tu peux choisir celle que tu préfères, il m’en reste plusieurs de propres, et pas que des robes à manches longues – j’avais bien noté qu’elle préférait les vêtures bien plus dénudées. Je réfléchis quelques instants, comptant sur mes doigts. Il me reste la bleue, celle bustier, celle transparente, là – enfin, non, on va l’oublier, celle-ci, ajoutai-je en jetant à nouveau un œil sur ses bleus. Il y a aussi le dos nu, et la robe rouge au grand décolleté. Et je vais aller chiper quelques trucs aux cuisines, t’en fais pas ! Qui sait, ça me permettra peut-être aussi de recroiser le fameux Erwan…
L’œil luisant d’un air amusé, l’expression empressée ; j’avais attendu pour lui parler de ce qui venait de se passer dans la grande salle, et pour lui décrire le noble si je ne l’avais pas déjà fait. Cela pouvait paraître être un ragot puéril, mais Eva était celle dont j’étais la plus proche ici – sans compter Elisa, mais la relation n’était pas la même –, et l’on se contait tout ou presque. L’on échangea nos hypothèses sur la présence du sang-bleu en ces lieux, et je ne cachai pas la grand intérêt que je lui portais. Puis, une fois les potins terminés, je partis au rez-de-chaussée en direction des cuisines : chose promise, chose due.
Celles-ci étaient en pleine effervescence ; il était midi passé, et les commandes pour le repas s’amoncelaient. Les clients ne lésinaient pas sur les plaisirs, et entre les parties de cartes et les catins, beaucoup s’offraient des repas copieux – pas seulement de l’alcool. Il était navrant de se dire que certains étaient capables de dilapider leur fortune pour tout cela – des jeux, de la boisson et des putains. Mais cela nous seyait bien, à nous et notre bourse.
- Bonjour tout le monde, lançai-je à la cantonade, essayant de me faire remarquer au travers de toute l’activité. Eva se sent un peu faible aujourd’hui, j’aimerais lui ramener quelque chose. De l’eau, du pain et un peu de viande ; cela ne pose pas de problème ?
Après avoir apporté à Eva le plateau de nourriture avec ce qu’on avait accepté de me donner, ainsi que la robe qu’elle avait choisie, j’étais redescendue dans la grande salle, bien décidée à renflouer ma bourse. Analysant d’un regard acéré la marchandise, je me mis en quête de trouver le client qui me paraissait le plus aisé. Je finis par en repérer un qui me semblait prometteur, mais il n’était pas seul, bien évidemment. Les hommes restaient rarement seuls dans notre établissement ; à peine avaient-ils mis un orteil sur notre seuil qu’ils se dirigeaient vers la fille qui leur plaisait plus, si une fille n’était pas déjà venue d’elle-même.
L’homme en question n’était donc pas seul : il était debout près d’un mur, déjà en compagnie de deux des comparses d’Adélaïde, qui avaient fait partie des diffamatrices quelques temps plus tôt. Une envie de ribauder me prit, et je me dirigeai vers le comptoir, où j’interpellai le serveur, qui nous connaissait toutes plus ou moins.
- Dis, tu veux bien me donner un verre de vin ? fis-je en gardant un œil sur ma cible. Il le paiera, ne t’en fais pas pour ça ; sinon, je le payerai de ma poche, compte sur moi.
Et, totalement indifférente au fait que le client était déjà pris, en quelque sorte, je m’approchai de lui et des deux filles, un verre à la main. Nous allions voir qui de nous trois réussirait à le faire monter. Et je n’avais sincèrement aucun scrupule à venir voler un homme à ces poulettes-là, qui le méritaient amplement.
- Bonjour et bienvenue aux Plaisirs Terrestres, monsieur, m’annonçai-je avec la voie la plus langoureuse que je me connaissais.
Mes deux collègues regardèrent mon arrivée d’un œil peu amène, et, comme je m’y attendais, l’une me donna un léger coup de coude, comme qui disait « dégage et va voir ailleurs ». Sa bousculade était bien trop légère pour engranger quoi que ce fut, mais je n’hésitai pas à en jouer. Faisant mine d’avoir été bien plus dérangée par son bras, je mimai un soubresaut surpris du mien, qui fit se renverser le verre en plein dans mon décolleté. D’une expression faussement surprise et outrée, je regardai la fautive, rageuse.
- Enfin, fais attention ! J’avais apporté ce verre pour notre client. Je suis désolée, déclarai-je à l’intention de l’homme, écartant d’un doigt le tissu poisseux de la robe qui me gênait à présent, dévoilant un peu plus la peau opaline de ma poitrine. A l'évidence, toutes ne sont pas aussi adroites que le veut la profession, ici. Il va falloir que j’aille nettoyer tout cela… à moins que monsieur ne soit volontaire pour ce faire ?
Sourcil levé, regard par-dessous les cils. Bien évidemment, je n’entendais pas à ce qu’il vienne essuyer le tout avec un mouchoir, mais bien avec sa bouche.
- Je dois l’avouer, tu m’as eue, répondis-je, mi-amusée, mi-exaspérée. Eva était décidemment un phénomène à elle toute seule. Je me voyais déjà aller voir Désèle pour faire venir un médecin, tu imagines !
Je regardai ses bleus et écorchures, qui donnaient l’impression qu’elle sortait des Taudis. J’avais eu bien plus de chance en comparaison.
- Non, pas de problèmes de mon côté, même si on m’a un peu regardée bizarrement avec ma robe aux longues manches. Rien de particulier sinon. Ah, si : Isis m’a demandée ce que tu avais ce matin, elle nous a vues rentrer cette nuit, apparemment… Tiens, tu ne saurais pas s’il y a quelque chose entre elle et Serge’, d’ailleurs ? Mais pas de problème particulier en tous les cas.
La dernière demande d’Eva me gêna, en revanche. Elle m’avait déjà fait monter alors qu’elle se portait très bien, aussi fraîche qu’un gardon. J’avais dû m’interrompre dans mon travail pour des broutilles, et il fallait que je sorte à nouveau pour lui acheter une robe… Et en plus que je lui avance l’argent ? Très franchement, je n’en avais pas l’envie, et ma gentillesse avait des limites. Je connaissais mon amie, et tout cela était un peu beaucoup pour de simples égratignures. Je comprenais sa réticence à se montrer sous ce jour, néanmoins, et c’est pourquoi je ne fus pas non plus totalement ingrate.
- Mmh… Aller t’acheter une robe aujourd’hui, je ne pense pas que je vais pouvoir. Sans compter que moi non plus je n’ai rien gagné ou presque la nuit dernière à cause de la fermeture, et m’absenter quelques heures pour cela… D’un air navré, je lui signifiai que sortir à nouveau n’était pas dans mes intentions. Mais je peux très bien te prêter l’une de mes robes, si tu veux. Tu peux choisir celle que tu préfères, il m’en reste plusieurs de propres, et pas que des robes à manches longues – j’avais bien noté qu’elle préférait les vêtures bien plus dénudées. Je réfléchis quelques instants, comptant sur mes doigts. Il me reste la bleue, celle bustier, celle transparente, là – enfin, non, on va l’oublier, celle-ci, ajoutai-je en jetant à nouveau un œil sur ses bleus. Il y a aussi le dos nu, et la robe rouge au grand décolleté. Et je vais aller chiper quelques trucs aux cuisines, t’en fais pas ! Qui sait, ça me permettra peut-être aussi de recroiser le fameux Erwan…
L’œil luisant d’un air amusé, l’expression empressée ; j’avais attendu pour lui parler de ce qui venait de se passer dans la grande salle, et pour lui décrire le noble si je ne l’avais pas déjà fait. Cela pouvait paraître être un ragot puéril, mais Eva était celle dont j’étais la plus proche ici – sans compter Elisa, mais la relation n’était pas la même –, et l’on se contait tout ou presque. L’on échangea nos hypothèses sur la présence du sang-bleu en ces lieux, et je ne cachai pas la grand intérêt que je lui portais. Puis, une fois les potins terminés, je partis au rez-de-chaussée en direction des cuisines : chose promise, chose due.
Celles-ci étaient en pleine effervescence ; il était midi passé, et les commandes pour le repas s’amoncelaient. Les clients ne lésinaient pas sur les plaisirs, et entre les parties de cartes et les catins, beaucoup s’offraient des repas copieux – pas seulement de l’alcool. Il était navrant de se dire que certains étaient capables de dilapider leur fortune pour tout cela – des jeux, de la boisson et des putains. Mais cela nous seyait bien, à nous et notre bourse.
- Bonjour tout le monde, lançai-je à la cantonade, essayant de me faire remarquer au travers de toute l’activité. Eva se sent un peu faible aujourd’hui, j’aimerais lui ramener quelque chose. De l’eau, du pain et un peu de viande ; cela ne pose pas de problème ?
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Après avoir apporté à Eva le plateau de nourriture avec ce qu’on avait accepté de me donner, ainsi que la robe qu’elle avait choisie, j’étais redescendue dans la grande salle, bien décidée à renflouer ma bourse. Analysant d’un regard acéré la marchandise, je me mis en quête de trouver le client qui me paraissait le plus aisé. Je finis par en repérer un qui me semblait prometteur, mais il n’était pas seul, bien évidemment. Les hommes restaient rarement seuls dans notre établissement ; à peine avaient-ils mis un orteil sur notre seuil qu’ils se dirigeaient vers la fille qui leur plaisait plus, si une fille n’était pas déjà venue d’elle-même.
L’homme en question n’était donc pas seul : il était debout près d’un mur, déjà en compagnie de deux des comparses d’Adélaïde, qui avaient fait partie des diffamatrices quelques temps plus tôt. Une envie de ribauder me prit, et je me dirigeai vers le comptoir, où j’interpellai le serveur, qui nous connaissait toutes plus ou moins.
- Dis, tu veux bien me donner un verre de vin ? fis-je en gardant un œil sur ma cible. Il le paiera, ne t’en fais pas pour ça ; sinon, je le payerai de ma poche, compte sur moi.
Et, totalement indifférente au fait que le client était déjà pris, en quelque sorte, je m’approchai de lui et des deux filles, un verre à la main. Nous allions voir qui de nous trois réussirait à le faire monter. Et je n’avais sincèrement aucun scrupule à venir voler un homme à ces poulettes-là, qui le méritaient amplement.
- Bonjour et bienvenue aux Plaisirs Terrestres, monsieur, m’annonçai-je avec la voie la plus langoureuse que je me connaissais.
Mes deux collègues regardèrent mon arrivée d’un œil peu amène, et, comme je m’y attendais, l’une me donna un léger coup de coude, comme qui disait « dégage et va voir ailleurs ». Sa bousculade était bien trop légère pour engranger quoi que ce fut, mais je n’hésitai pas à en jouer. Faisant mine d’avoir été bien plus dérangée par son bras, je mimai un soubresaut surpris du mien, qui fit se renverser le verre en plein dans mon décolleté. D’une expression faussement surprise et outrée, je regardai la fautive, rageuse.
- Enfin, fais attention ! J’avais apporté ce verre pour notre client. Je suis désolée, déclarai-je à l’intention de l’homme, écartant d’un doigt le tissu poisseux de la robe qui me gênait à présent, dévoilant un peu plus la peau opaline de ma poitrine. A l'évidence, toutes ne sont pas aussi adroites que le veut la profession, ici. Il va falloir que j’aille nettoyer tout cela… à moins que monsieur ne soit volontaire pour ce faire ?
Sourcil levé, regard par-dessous les cils. Bien évidemment, je n’entendais pas à ce qu’il vienne essuyer le tout avec un mouchoir, mais bien avec sa bouche.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 15 juin 2015, 21:25, modifié 1 fois.
Raison : 6 xp / 11 xp
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
Profil: For 9 | End 10 | Hab 11 | Cha 13 | Int 11 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65
Lien Fiche personnage : Ici
Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage
Profil: For 9 | End 10 | Hab 11 | Cha 13 | Int 11 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65
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Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage
