[Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • «J’attendrai donc, bien. » L’homme la remercia galamment ; il semblait être un de ces gentilshommes qui s’appliquaient à faire bonne figure, qui que fût son interlocuteur, et qui cultivaient ainsi son image de jeune homme avenant, bon vivant, et bien éduqué.
    Oui, le sieur d’Ablaÿ nota le regard de la catin, et si, d’ordinaire, celui-ci se complaisait dans la bienséance, il se détonna une nouvelle impression dans le petit clin d’œil qu’il renvoya à la jeune femme.

    «C’est fort possible, damoiselle. A bientôt. »
    Une impression malicieuse, piquante, et une once de grivoiserie. Et Irène alla donc se coucher en ayant préalablement dissimulé son saint-frusquin dans les replis de tissus que cachaient ses robes et son petit placard.




    ***




    Ambre et son inconnu compagnon d’une heure la réveillèrent, dans des bruits de circonstance qui, appliqués contre le mur, ne laissaient que peu de place à l’imagination. Et comme si cela ne suffisait pas, il était connu que ladite catin au décolleté outrageusement éloquent, voire définitivement provocant pour certaines personnes, arrondissait ses fins de mois en rôdant dans les Taudis, prête à vendre son entrefesson dans les venelles les plus malfamées du quartier, venelles qu’elle connaissait mieux que personne. L’on disait même qu’elle avait quelques connaissances par-ci par-là, auprès des pires malfrats de la ville.

    Ainsi réveillée et fraîchement vêtue, Irène s’engagea à l’extérieur de son établissement. Le temps était au beau fixe en ce début d’après-midi, et le soleil rayonnait par-dessus le faîte des maisons. La plèbe était de sortie, et se croisaient dans les larges avenues des marchands et des bourgeois, des tire-laines et des gardes, des hobereaux et quelques saltimbanques. Louvoyant au milieu de la foule, elle parvint, idée en tête, à pénétrer dans une boulangerie pour acheter quelques pâtisseries. Pour cinq sous, la jeune femme en eut pour son compte, et elle reprit sa route, décidée à rendre une petite visite de courtoisie à l’une de ses plus vieilles amies.

    Peu avant de rentrer au bordel, le regard d’Irène fut accroché par l’étalage d’un marchand. Plus qu’un marchand, l’homme semblait être un rebouteux doublé d’un prêteur-sur-gage, et exhibait à qui voulait bien regarder des pléthores d’objets aussi hétéroclites que douteux. S’y trouvaient justement non pas un livre, bien trop cher et trop rare alors que les premières presses venaient juste d’être lancées, mais quelques vieilles pages de parchemin. Loin d’être du vélin, les écrits avaient été couchés d’une main hasardeuse et tremblotante sur des peaux de bête séchées et tannées, et quelques débuts de déchirures çà et là menaçaient de transformer les pages en lambeaux. Toutefois, pour qui savait lire, il demeurait encore possible d’y déchiffrer quelque chose.

    Irène était intéressée, le fit savoir, et l’homme lui en proposa tente sous. Le prix étant trop élevé au goût de la catin, laquelle n’avait de toute façon plus une telle somme dans son escarcelle, le marchandage s’engagea.

    CHA Irène : 12
    Demande un prix jusqu’à 6 fois moins cher ; malus de 6.
    Bonus de séduction (allez, va pour ça) : 1
    Malus final +5.
    Résultat du jet : 19 + 5 = beaucoup trop ; totalement foiré.

    Irène avait beau être fort charmante, le marchand ne mordit pas à l’hameçon. Au contraire, lorsqu’elle insinua qu’il ne vendait que de la camelote, et qu’elle chercha même à, selon lui, le voler, l’homme vit tout rouge.

    «Mais… Qu’est-ce que c’est que cette péquenode qui ne pige que dalle au commerce. J’parie qu’une miséreuse comme toi sais même pas lire, d’abord ! Eh, tu sais combien ça coûte, du parchemin, hein, tu sais combien ça coûte ? Pas vrai, ça ! DE-GA-GE », aboya-t-il en gesticulant à tort et à travers.
    Et le marchand demeurait si endêvé qu’il continua encore à l’invectiver quelque peu, tant et si bien qu’une patrouille de deux gardes qui passait par là commença à s’intéresser de près à la jeune femme.
    Elle fila aussitôt, loin de toute cette agitation.

    ***



    De nouveau aux Plaisirs Terrestres de Désèle, Irène eut le temps de converser avec Elisa. Là où Irène affichait les traits de la jeunesse, Elisa, elle, voyait sa peau se parcheminer de plus en plus à mesure qu’elle prenait de l’âge. Elle avait recueilli Irène toute petite, avait veillé sur elle, et, depuis lors, de l’eau avait coulé sous les ponts. Sa protégée rayonnait de vitalité lorsque la sienne se fanait, s’érodait, laissant dans son sillage de petites rides qui lui procurait un semblant de sagacité. Toutefois, la catin n’avait pas perdu son grand cœur d’autrefois, celui-là même qui avait permis à Irène de survivre à la rue, et ce fut avec un plaisir sincère qu’elle partagea un peu de son temps avec la jeune femme.

    Le passage de Francesco avait créé son petit effet, et plus encore le fait qu’Irène fût choisie pour être représentée sur l’une de ses toiles. Certes, le peintre n’était pas véritablement connu dans l’Empire, et moins encore dans un bordel, mais qu’une putain fût désignée comme figurante laissait la main libre aux jaspinages. Elisa ne fit pas exception à la règle, et pressa sa protégée de questions à ce sujet ; quel était le type de scène, comment était le peintre, et l’homme qui le suivait, demandait-il des choses particulières, profitaient-ils, tous les deux, de leur statut pour folâtrer plus ou moins librement avec Irène, ce qu’ils comptaient faire du tableau, si cela payait bien, qu’en pensait Désèle…
    Si le sujet d’Erwan d’Ablaÿ fut abordé, il ne le fut pas par Elisa, qui ne semblait pas être au courant d’une quelconque venue, mais bien par Irène.

    Le temps passa vite, en sa compagnie, et bientôt vint le moment de la quitter pour se préparer à la venue du peintre et de son figurant. Ils ne tardèrent pas.
    Ce fut Erik qui s’avança le premier, charmant, et quelque peu fébrile.

    Image

    «Je n’attendais que ce moment de la journée », lui confia-t-il en souriant. Etes-vous de nouveau prête ? »

    Francesco Di Laterra, lui, n’avait clairement pas le temps.
    Image

    «En pista ! Andiamo ! C’est que j’ai une pittura de maestro à terminer, io !
    Clairement pas le temps. D’ailleurs, il semblait déjà bien connaître la maison, et son regard affuté avait mémorisé avec précision le chemin pour parvenir jusqu’à la chambre d’Irène. Portant tout son barda contre lui, les mains remplies, l’une de sa mallette, l’autre de son chevalet qui reposait hasardeusement sur son épaule, il s’engouffra dans l’escalier en oscillant dangereusement.

    «Andiamo ! »

    Il n’attendit pas même que les deux jeunes gens fussent dans la chambre que, déjà, il préparait ses mixtures, ses enduits, sa colle, et ses peintures. Il reprit ses mesures de son œil expert.

    «Je veux la même posizione qu’hier, esattemente la même ! », répéta-t-il, quelque fois que le message ne fût pas bien passé.
    Erik aussi avait bonne mémoire, mais pas pour la même chose. Plutôt que d’architecture ou de repère dans l’espace, c’était la tenue de la catin qu’il avait gardé à l’esprit, et l’homme se fit un plaisir que de dénuder sensuellement Irène, de lui faire glisser le haut de sa robe sous sa poitrine, et de l’allonger sur le lit avant de se glisser derrière elle.
    «Laissez-moi ce petit plaisir », argumenta-t-il en lui faisant un clin d’œil.

    Par la suite, il lui prodigua les mêmes attentions que la veille tandis que le peintre traçait des courbes voluptueuses sur son chevalet. S’arrêtant quelque peu, il choisit de nouveaux pigments qu’il broya, et auxquels il ajouta une grande quantité d’huile standolie. Réalisant si fait des glacis d’une texture lisse et transparente qu’il appliqua à sa toile, Francesco donna une belle profondeur et une belle intensité de couleurs au tableau.

    «Un sfumato perfetto ! »

    Le temps, encore, s’étiola sur le lit dans une parfaite immobilité.
    Test d’END.
    Endurance d’Irène : 8.
    Bonus : volonté de fer : -1.
    Résultat du test : 11-1 = 10 ; raté.

    Endurance Erick : /
    Résultat du test : 10 ; raté.

    L’attente releva de l’intenable. Etrangement, la veille, tout s’était bien déroulé, et Erik comme Irène avaient développé des trésors de patience. Là, il en allait autrement.
    Le figurant, sur le lit, s’était montré de prime abord assez fébrile, excité, à la perspective de recréer cette scène qui, semblait-il, avait occupé son esprit. Et cela se ressentait dans les attouchements qu’il prodiguait à sa partenaire. Oui, il devait la mettre et la maintenir en condition, faire naître un délicieux rose sur ses joues, la faire soupirer, de temps à autre, d’un petit plaisir lascif. Là, il y mettait du cœur à l’ouvrage, et bien plus encore ; ses mains parcouraient le corps d’Irène avec bien moins de retenu qu’il en avait fait preuve la veille.

    Quant à Irène, de son côté, elle ne pouvait se retenir de se dandiner çà et là sur le matelas. Elle avait les muscles raides, la nuque légèrement douloureuse, mais ce n’était pas cela qui l’accaparait. Durant tout ce temps-là, sa seule échappatoire n’avait pas été autre que de laisser son esprit vagabonder en attendant que le peintre eût terminé. D’ordinaire, elle demeurait insensible à ce genre de chose. Mais là, pendant plus de trois heures –sept si l’on comptait la veille-, elle avait eu un sympathique personnage derrière. Elle sentait le corps de ce dernier se presser contre le sien, se fondre contre elle. Elle avait chaud, et l’intensité de la scène faisait d’autant plus pression sur son esprit qu’elle sentait Erik bouillir.

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Le marchand ne sembla pas disposé à marchander ; et c’était un euphémisme. Se mettant soudain à crier et à gesticuler, sans même me proposer un nouveau prix, il m’intima de partir hors de sa vue. M’était d’avis qu’il n’avait pas le sens des affaires, celui-là ; et, déçue et moribonde, je repartis donc sans les feuilles de parchemin, allant chercher directement mes parts de pâtisserie.

Une fois rentrée à la maison close, je partis donc voir Elisa, et celle-ci me pressa de questions à propos de ma séance de peinture, qui, visiblement, était connue de toutes désormais. Sans retenue aucune, je lui contai tout ; l’allure générale du tableau, la position que j’avais dû garder des heures durant, l’exubérance du peintre étranger, et l’enthousiasme certain d’Erik non pas pour son rôle de figurant mais certainement pour son rôle d’aguicheur. Pour le reste, je ne lui fournis que ce que je savais, c’est-à-dire pas grand-chose : que le tableau était destiné à faire sensation parmi la noblesse ; mais mis à part le nom du noble mécène, je n’avais pas eu d’informations à propos du lieu où serait entreposée l’œuvre. Nous continuâmes ainsi à parler jusqu’à ce qu’il fut temps pour moi que d’entamer ma nuit ; et après une embrassade amicale, je la laissai.

Une fois prête dans la grande salle, je n’eus pas à traînasser longtemps entre les canapés et les tables avant de voir arriver mes clients. Laissant les hommes que j’occupais en compagnie de quelques-unes de mes collègues, je m’avançai vers eux prestement. Erik se révéla enflammé et impatient que de renouveler l’expérience ; à croire que ses chausses étaient restées serrées tout le jour durant.

- Eh bien, vous prenez votre travail à cœur, à ce que je vois. Je suis prête, lui répondis-je avec un sourire, moi aussi.

Francesco nous dépassa à grands cris, sans même un bonjour inaugural, nous pressant de monter à l’étage. Prenant tous ses ustensiles, il se dirigea à grands pas vers les escaliers, ouvrant la marche, s’attirant nombre de regards. Si la veille, tout le monde ignorait qui avaient été mes clients, désormais, il était dit que j’étais la muse d’un peintre, et beaucoup d’yeux miroitants se tournèrent vers nous, nous suivant du regard. Pressé comme s’il avait le feu aux fesses, l’artiste s’installa prestement dans la chambre, nous intiment de reprendre une pose identique à la veille. Erik ne se fit pas prier pour me dévêtir, dans une fièvre certaine qu’il n’avait pas la veille. Il fallait croire que l’attente avait eu un effet grandiose sur sa patience, et que celle-ci avait complètement disparue.
Et ceci se vérifia au cours cette nouvelle séance. Il entama à nouveau quelques caresses de temps en temps, mais passée la première voire la deuxième heure, toute retenue le quitta. Ses mains se faisaient bien plus inquisitrices, effleurant des parcelles de mon corps qui nous faisaient dévier régulièrement de la position à tenir. La présence du peintre était désormais le seul rempart à ses envies ; quant à moi, cela me détournait de mon objectif premier. Le rose délicat qui devait apparaître sur mes pommettes avait dû se transformer en rouge vif.

- Erik, s’il vous plait, finis-je par échapper dans un murmure. Nous aurons l’occasion de terminer cela après la séance si vous le souhaitez ; mais pour l’instant, vous me déconcentrez bien trop… Restez immobile.

Francesco n’avait pas encore fait voler ses pinceaux de par son mécontentement, mais j’avais la sensation que cela ne saurait tarder.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 08 juin 2015, 03:07, modifié 1 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Erik s’en remit au jugement d’Irène… Pour un temps seulement. S’il cessa un instant ses attouchements, il les reprit bientôt, aussi insistants qu’avant le message de la catin. Il n’émit pas le moindre mot, toutefois ; une respiration profonde qui chatouillait la nuque de la jeune femme fut là sa seule réponse. Francesco, de son côté, ne semblait pas avoir remarqué l’agitation qui parcourait le couple, étendu sur le lit. Son regard, plutôt que de faire d’incessants allers-retours entre la scène qu’il peignait et le lit, demeurait fixé sur son chevalet et la toile qui le recouvrait. L’homme ne prêtait plus attention depuis quelques temps déjà à ses figurants, et un œil aiguisé put s’apercevoir que, au lieu de petites touches de peinture savamment distillées çà et là sur la toile, le peintre balayait du pinceau les alentours du cadre. Il reporta son attention sur eux que lorsqu’il entendit les doux murmures de la catin. Relevant le visage, il les observa.

    «Eh, c’est que la pittura est finito ! Ou, du moins, votre scena. Il ne me reste plus que le fondo à peindre. En fait, du coup, je n’ai plus besoin de vous. »

    Comprenant le message, Erik se releva, se séparant du corps de sa partenaire avec regret, s’étirant douloureusement. Mais, rapidement, il alla chercher auprès de ses affaires qui tapissaient le sol son escarcelle, s’empara d’une pièce d’argent, et la déposa sur le guéridon d’Irène.

    «Terminons cela maintenant, alors. » Il eut un grand sourire envers la jeune femme, tout enfiévré de désir. Il n’attendit pas sa réponse, et, si Irène s’était assise sur le rebord de son lit, reprenant douloureusement conscience de ses muscles et de ses membres légèrement ankylosés par l’immobilité, il la fit basculer à la renverse sur le matelas, sans autre forme de procédure que l’excitation qui l’habitait depuis des heures.

    Francesco, qui s’était replongé dans sa peinture et ses glacis ambrés, releva derechef le visage, écarquillant les yeux.
    «Eh… ! Eh… ! Minuto ! … »
    Il cligna encore quelques secondes de ses longs cils, avant de reprendre.
    «Bueno. »

    Avec des trésors de patience, le peintre posa ses pinceaux, ferma ses huiles et ses petits bocaux, et se leva, calmement.
    «Je terminerai les finitions più tardi. »
    Il plongea sa main dans sa propre escarcelle, et en retira quelques piécettes, qu’il posa aux côtés de celle d’Erik. Puis il vint les rejoindre dans le lit.

    «Andiamo ! »

    ***




    Seize pistoles, et cinq sous, voilà le joli pécule que venait de récupérer Irène lorsqu’ils quittèrent sa chambre. L’œuvre achevé lui en avait valu quinze ; les envies d’Erik à son égard, une de plus. Restaient les cinq sous du peintre. Cinq sous ? Oui, car, ainsi qu’Irène avait pu s’en apercevoir, le peintre n’avait porté aucune estime au charme de la catin. Tout ce qui l’avait intéressé, lui, n’était pas tant la jeune femme que son propre figurant. Pour ainsi dire, il n’avait pas touché à Irène, et les cinq pistoles relevaient davantage de la location de la chambrée pour ses propres ébats en compagnie d’Erik plutôt que d’une offrande aux services de la jeune femme. Voilà qui avait relevé d’une soirée particulièrement intéressante, et pour le moins atypique ; toutes les passions avaient été assouvies dans le même moment.

    La sortie de la chambre, jouée par des protagonistes aux cheveux défaits, aux vêtements froissés, renfilés à la va-vite, aux joues encore rouges et aux yeux humides, aurait pu jeter un petit silence dans la grande salle alors que tout le monde attendaient frénétiquement de pouvoir poser les yeux sur le tableau que tenait le peintre. Un petit moment de gloire et de triomphe pour Irène, qui lui fut arraché par l’agitation qui régnait en bas.

    Une table avait été renversée, des morceaux de verre jonchaient le sol, gisant sur le parquet aux côtés de cartes éparpillées qui trempaient dans un vin répandu. Deux individus étaient en train de se battre à grands coups de poings et de pieds, pour une raison encore inconnue mais que l’on pouvait deviner.
    Rare coïncidence, mais qui s’avérait suffisamment grave pour ne pas être remarquée ; il n’y avait aucun des ruffians présents dans les environs immédiats, eux qui étaient d’ordinaire chargés de la protection des lieux. Les quelques catins aux alentours demeuraient trop fragiles, trop choquées pour agir, se contentant de regarder la scène qui pouvait empirer à tout instant, bras ballants, yeux écarquillés, corps crispés, et Désèle n’était pas non plus dans la grande salle. Francesco et Erik, encore tout alanguis de leur dernier ébat, paraissaient agir à retardement, et, si cela n’était pas suffisant, il était compréhensible qu’ils avaient peur, l’un comme l’autre, d’intervenir, quelque fois que l’on s’en prenne à leur tableau si les choses venaient à mal tourner.


    Un ou des gardes peuvent être un peu plus loin, à l'étage, ou à l'extérieur. Désèle à l'étage, dans son bureau, ou bien absente du bordel. Tu peux laisser faire, ou bien conduire Francesco et Erik par une porte détournée vers les jardins, ou bien intervenir, ou bien encore autre chose.

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Je fus soulagée lorsqu’Erik cessa ses caresses. La promesse d’un ébat qui viendrait après sembla le satisfaire… pour un petit quart d’heure ? Trouvant visiblement le temps long, il reprit ses gestes aussi rapidement qu’il les avait arrêtés, et je n’eus que son souffle dans le cou comme seule réponse. Il se plaisait bien, dans mon dos, le bassin collé à mes formes callipyges, se frottant à moi dans de lents mouvements lascifs, attisant son propre désir. Son entrain était tel qu’il ne ferait sûrement pas long feu par la suite, mais son désir pour moi était quelque peu flatteur.
Le peintre avait entendu ma demande envers Erik, néanmoins, et se réveilla quelque peu. Tout absorbé dans son affaire, il avait oublié jusqu’à notre présence. Sortant d’une espèce de brouillard artistique, il se rendit compte à nouveau qu’il n’était pas seul, et nous informa qu’il n’avait plus besoin de nous, avec un certain retard. Mon soulagement fut palpable, et je lâchai un petit soupir. M’étirant sur le lit, je déliai tous mes muscles dans des étirements plus que bienvenus pendant qu’Erik se levait.

Celui-ci n’était pas parti pour longtemps ; après avoir posé ma paye rapidement sur la petite table, il revint pour me dominer de sa hauteur, ses lèvres déjà dans mon cou et descendant vers la naissance de ma poitrine toujours dénudée.

- Maintenant ? ne pus-je m’empêcher de lancer, estomaquée, un coup d’œil vers Francesco toujours présent devant son chevalet alors qu’Erik ne cessait de descendre.

Entrer dans un ébat bien plus poussé que les simples caresses antérieures, et ce devant son supérieur, ne semblait pas le gêner pour un sou. Indifférent à notre spectateur, il glissa ses mains sous ma robe, remontant le tissu jusqu’à mes hanches, traçant quelques arabesques invisibles sur mes cuisses et le galbe naissant de mes fesses.

J’avais l’habitude d’être plus ou moins touchée devant tout le monde, au rez-de-chaussée, lorsqu’on avait pour rôle d’aguicher les clients et les faire consommer le plus possible. Mais cela ne dépassait jamais les mains baladeuses ou les doigts glissés sous les tissus. Lorsqu’il s’agissait de réellement prendre les choses en main, l’on disparaissait à l’étage, loin des yeux curieux.
Mes inquiétudes étaient vaines, pourtant. Cela ne gêna en rien le peintre non plus. Il quémanda que l’on attende dans plusieurs exclamations capricieuses, et, si je crus de prime abord que c’était pour qu’il finisse ses coups de pinceaux, ou pour qu’il ait le temps de quitter la pièce pour nous laisser à notre affaire, je me fourvoyai lourdement. C’était tout le contraire : désireux de participer, il déposa quelques piécettes au côté des autres, et nous rejoignit avec une expression enjouée. Vraiment, comment l’idée que les hommes pouvaient être strictement professionnels face à une femme dénudée pouvait encore persister dans mon esprit après tant d’années de prostitution ?

Erik était déjà bien affairé lorsque Franceso posa un genou sur les draps, et, comme à mon habitude, que cela soit par réel plaisir ressenti de ma part ou par comédie pour toujours satisfaire le client, je fus forte en gémissements. Il m’était déjà arrivé de devoir servir deux hommes à la fois ; cependant, cette fois-ci, malgré les deux hommes à ma portée, l’artiste étranger fut presque intouchable. Il fut rapidement notable qu’il n’était intéressé que par son propre employé, et ce fut à peine s’il réagit ou se tourna vers moi lorsque je tentai de le satisfaire. Il n’avait d’yeux que pour Erik, autant que celui-ci n’avait d’yeux que pour moi, ce qui amena quelques scènes fort comiques. Erik ne fut en tous les cas point choqué par le comportement de Francesco, ce qui laissa supposer qu’ils entretenaient ce genre de relations depuis un moment déjà. Ah, la Tilée…

Quelques coups de rein enthousiastes plus tard, il fut temps de redescendre. Rhabillé, Francesco gardait sa toile tout contre lui comme s’il s’agissait de sa propre vie entre ses mains, et Erik, le regard encore malicieux après avoir terminé, était de très bonne humeur. L’allégresse générale s’estompa lorsque nos pas nous amenèrent au haut des escaliers du balconnet, néanmoins.
Une rixe avait éclaté, en bas. Deux hommes s’insultaient en se frappant lourdement, pour une histoire de jeu, à en juger par les cartes et le vin éparpillés par terre. Je ne savais si cela venait d’éclater ou si cela durait depuis un moment déjà, mais pour l’instant, aucune des catins ou des clients présents n’était intervenu, se contentant d’observer la chose avec une retenue et une hésitation certaines. Mais que faisaient les gardes ? Je n’en voyais aucun ; étaient-ils tous sortis se soulager en même temps, ces imbéciles ? N’en trouvant aucun du regard, je me mis en quête de Désèle, mais celle-ci était aux abonnés absents également.
Le nom de Désèle évoqua en moi un souvenir de la veille : elle avait désiré voir le tableau, une fois terminé. Cela n’était pas encore le cas, pas tout à fait, mais je supposais que Francesco ne reviendrait pas pour peindre le fond de l’œuvre, sa seule mémoire ou imagination suffirait.

- Je suis navrée pour toute cette agitation, messieurs. Du haut du balconnet, la vision de la scène n’en paraissait que plus pathétique dans notre établissement. Je vais aller chercher Désèle, voulez-vous bien m’accompagner ? Elle souhaitait voir votre œuvre, messire Di Laterra, elle serait assurément déçue de vous savoir parti sans pouvoir admirer votre talent.

Et je tournai le dos au spectacle, laissant là les primates se battre et les catins incapables de tenir leurs clients regarder la scène sans rien faire. Je comptais prévenir Désèle de toute cette affaire, si ce n’était pas déjà le cas, ou alerter un garde, si j’en croisai un.
Si Désèle est absente, j'accompagne mes clients jusqu'à la sortie en évitant les problèmes autant que faire se peut, avant de revenir vers la grande salle pour voir l'évolution de la bastonnade et agir en conséquence.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 08 juin 2015, 03:08, modifié 1 fois.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Alors en haut du balcon qui surplombait la grande salle, les deux hommes semblaient rechigner à l’idée de descendre. Erik, passée la surprise, affichait une mine réprobatrice, observant calmement la scène. Francesco, quand à lui, resserrait ses bras autour de sa toile, avec amour et crainte, comme l’eût fait une mère pour le nourrisson qu’elle tenait dans son giron.

    «J’imagine que cela arrive, effectivement », dit platement le figurant, bien qu’évaluant çà et là les différentes possibilités de sortie. Toutefois, de leur hauteur, aucune n’était véritablement visible.

    «Je pensais votre bordello plus respectable ! » s’enquit maladroitement le peintre, mine pincée et effrayée. La peur de voir son tableau déchiré et réduit en charpie par tout le grabuge du dessous parlait à la place de ses véritables pensées.
    «Nous vous accompagnons tout de même jusqu’à Désèle », reprit Erik.

    La lassitude que semblait ressentir Irène, à leurs yeux, les rassuraient quelque peu ; l’air blasé de la jeune femme véhiculait le message qu’il ne s’agissait là que d’une banale rixe comme il pouvait y en avoir souvent, et qu’il n’était aucunement nécessaire que de s’en occuper outre mesure. Si cela les rassérénait légèrement, cela les étonnait plus encore.

    Ainsi, le petit groupe descendit la longue série de marches, jusqu’à parvenir au pied de la grande salle. Ignorant ostensiblement le pugilat et les deux primates qui se bousculaient fortement, la catin laissa la malheureuse scène derrière elle, scène qui semblait sur le point d’empirer alors même qu’une nouvelle tablée venait d’être renversée, à l’opposé de leur position. Le peintre comme le figurant ne s’en plaignirent pas, et, usant de mimétisme sur l’attitude de leur guide, n’y prêta plus attention.

    Au détour du petit couloir qui s’engageait vers le bureau de Désèle, isolé de la grande salle, Irène eut le temps d’apercevoir du coin de l’œil une furie qui se ruait vers les deux ruffians.

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    Elle la connaissait bien, et il ne lui fallut que ce petit coup d’œil pour la reconnaître. Evaë, une catin qu’elle connaissait depuis fort longtemps et avec laquelle elle avait tissé des liens d’amitié. Ce n’était pas cette même relation qui unissait Irène à Elisa. Là où celle-ci était davantage portée sur la sensibilité mère-fille, le lien qui l’associait à Evaë détenait davantage de la complicité. La furie qui s’en allait sus aux rustauds avait pour elle une grande malice doublée d’un tempérament casse-cou et quelque peu rebelle. Si une sale affaire se tramait quelque part, l’on pouvait être certain que la jeune femme participait de près ou de loin à la cabale ainsi fomentée. Toutefois, sa témérité relevait parfois de l’insubordination et de l’irréfléchi ; Irène ne se rappelait que trop bien la fois où, pour mettre des bâtons dans les roues d’Adélaïde, qu’elle ne pouvait pas non plus supporter, Evaë avait troqué les draps propres du lit de la catin contre d’autres en direction pour le lavoir. Si Adélaïde s’était écriée en se fourrant dans un lit puant d’humeurs séchées, de sécrétions humaines et de fluides corporels, son client en avait fait tout autant, et c’était la réputation des Plaisirs Terrestres qui avait pris un coup dans l’aile. Désèle l’avait faite rosser pour cela. Il en allait de même lorsqu’elle avait piégé un de ses clients un peu trop brutal en lui servant non pas le vin coupé à l’eau qu’il avait commandé pour se désaltérer, mais un jus boueux à la provenance incertaine. Une fois de plus, la jeune femme avait été rossée ; elle en portait encore les stigmates dans le dos et, si par malheur Evaë s’aventurait-elle de nouveau sur un tel chemin, cela la conduirait immanquablement à la porte de l’établissement, sans possible retour en arrière. Depuis lors, elle tentait de se tenir à carreau… A l’intérieur du bordel. La jeune femme était toujours prête à partir en garouage, noctambulant dans les endroits malfamés en compagnie d’une Irène qui, bien plus sagace qu’elle, ne parvenait pas toujours à lui faire entendre raison.

    Irène ne put faire marche arrière ; la porte du bureau de Désèle s’ouvrit, laissant passer une Ambre qui se morfondait visiblement. Elle eut l’air surprise en la voyant, lui décocha un rapide sourire, un petit salut, et fuit tête baissée, d’un air inquiet et empressé.

    «Irène ? Messire Di Laterra, messire Erik ? Entrez donc, je vous en prie ! », leur lança Désèle qui venait d’apparaître dans l’embrasure de la porte qu’elle s’apprêtait à refermer. Le battant s’ouvrir de nouveau, en grand, et le peintre comme son figurant y entrèrent.
    «Irène nous a mentionné le fait que vous jetteriez volontiers un coup d’œil à la toile.
    - Et comment ! Il n’est pas coutume qu’une fille soit choisie pour modèle pour une peinture, et moins encore que cette dernière soit effectuée par un maître comme Francesco Di Laterra !
    »

    Perdant quelque peu de sa sévérité naturelle, Désèle se pressa derrière le peintre, avide de poser les yeux sur la toile que l’homme dévoila.
    «Elle n’est pas encore terminée, mais… Très sensuelle, magnifique ! J’ai cru comprendre qu’elle était destinée, ou plutôt, commandée par Alfred von Niebetz ?
    - C’est exact.
    - Splendide. Un noble somme toute assez influent, dans son milieu. J’ose espérer que votre coup de pinceau de maître nous fera également un peu de publicité. Mes félicitations, maestro
    . »

    Francesco se fendit d’une petite courbette. Désèle le quitta du regard pour le porter de nouveau sur Irène, semblant attendre quelque chose de la jeune femme.

    «Irène… Mmh mmh… ? »

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Irène Rosewen
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Message par Irène Rosewen »

Mes deux clients étaient plutôt sceptiques devant l’échauffourée qui se déroulait en bas, et cela pouvait se comprendre. Notre établissement n’était pas sujet aux règlements de compte réguliers contrairement aux petits bordels des Taudis, où il était considéré comme miraculeux qu’il n’y ait pas quelques dents cassées tous les deux jours. Les esprits échauffés et les poings serrés ne pouvaient être évités constamment, pourtant, car la boisson changeait bien des hommes. Même aux Plaisirs Terrestres de Désèle, les clients avaient parfois le temps de bien se quereller avant que les gardes puissent intervenir, raison pour laquelle ces derniers étaient indispensables. Autant pour la sécurité des clients que des filles.

- Les gardes semblent tarder à faire leur travail, mais avec un peu de chance, tout sera terminé lorsque nous reviendrons du bureau de Désèle, ne vous en faites pas.

Cette remarque était surtout destinée à Francesco qui gardait serrée contre lui sa peinture, inquiet qu’on puisse la lui arracher ou seulement la froisser dans une bousculade.

Nous descendîmes donc les marches pour bifurquer et atteindre le corridor qui menait au bureau de Désèle. Une nouvelle table fut renversée par les bastonneurs, élevant quelques exclamations outrées par plusieurs catins. Si j’avais été seule, je serais sûrement intervenue d’une quelconque façon, car je considérais qu’un tel comportement était inacceptable. Seulement, j’avais encore pour moi la responsabilité de mes clients ; et je serais moi-même bien embêtée s’il venait à leur arriver quoi que ce soit. Entre la réputation que pouvait nous apporter une toile magnifique ou celle de deux malotrus en venant aux poings, il n’y avait aucune hésitation à avoir. Ainsi, bien que désolée de tourner le dos à tout ce charivari, je n’en eus aucun remord.
Je vis Evaë – que je surnommais le plus souvent Eva – filer en direction des deux bougres. La connaissant, j’étais sûre qu’elle prendrait un plaisir certain à les réprimander, voire coller quelques baignes au passage. J’espérai néanmoins qu’elle ne prendrait pas de coups ; elle avait toujours un don pour s’attirer des ennuis. Une vraie petite furie qui brisait parfois le code implicite de bienséance que l’on se devait de proposer aux Plaisirs Terrestres. Il pouvait s’avérer étonnant que je me sois liée avec un tel nid à problèmes, mais Eva me rappelait un peu mon ancienne vie dans les rues, où tout était permis, et une partie de ma personnalité recherchait un peu cette liberté et ce je-m’en-foutisme insolent. Eva s’était néanmoins calmée depuis quelques temps, gardant son sang chaud pour son temps libre en dehors de la maison close ; elle était en revanche la première présente lors de soucis. Si d’aventure toute cette agitation était terminée une fois de retour dans la grande salle, je ne manquerais pas d’aller la voir pour obtenir plus de détails sur cette affaire.

Mon indifférence apparente pour le grabuge sembla rassurer mes clients, qui me suivirent sans contester, désireux d’échapper à tout risque potentiel pour leur personne. Nous n’eûmes pas à frapper chez Désèle pour nous introduire : la porte était déjà ouverte, laissant échapper une Ambre préoccupée. Intriguée, je la regardai filer durant quelques instants, rangeant quelque part dans ma tête qu’il me faudrait aller lui parler un de ces quatre. Curiosité, quand tu nous tiens.
Désèle nous repéra aussitôt, et, comme je l’avais imaginé, elle sembla contente de jeter un œil à l’œuvre. Je la laissai converser avec l’artiste tranquillement, et lorsqu’elle tourna le regard vers moi, je lui touchai deux mots à propos du bordel qui régnait dans la salle d’accueil.

- Je ne sais si l’on vous a prévenue, mais deux hommes sont en train de se battre violemment au rez-de-chaussée, et aucun garde n’est encore présent pour arrêter tout cela. Plusieurs tables ont déjà volé, et je ne sais quels dégâts supplémentaires il y aura si cela dure.

Tout en parlant, je déposai sur son bureau la moitié de mon argent gagné cette nuit, comme elle semblait l’attendre. D’un air interrogateur, je vérifiai que c’était bien ce qu’elle attendait ; sinon, je restai à sa disposition pour tout autre sujet, si elle voulait m’entretenir de quoi que ce soit en particulier. Puis, après plusieurs autres banalités et politesses échangées avec les clients, il fut temps que je les raccompagne pour la sortie.

Accompagnés ou non de Désèle, nous nous dirigeâmes à nouveau vers le charivari ambiant, ignorant encore si les hommes indésirables avaient été expulsés. Si c’était le cas, je ferais traverser la salle à mes clients pour ensuite venir aux nouvelles concernant tout ce tohu-bohu. A l’inverse, si la situation avait empirée, je ferais sortir Francesco et Erik par la petite sortie discrète des jardins avec toutes mes excuses concernant ce contre-temps, avant de venir épauler une Eva qui devait fortement s'époumoner.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 09 juin 2015, 22:28, modifié 1 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Test Irène : caché.

    Si Irène avait quelque peu douté des attentes de la maquerelle, le flottement se dissipa sitôt qu’elle eût posé sur la table la moitié de la somme qu’elle avait gagnée. Désèle vint la récupérer, compta les pièces, et la satisfaction envahit son visage.

    «Une fois de plus, une très belle somme. Merci pour votre générosité, messire Francesco. Et bon travail, Irène. »
    Les politesses s’estompèrent bientôt, cédant la place à un ton bien plus alarmé et colérique lorsque la catin fit son rapport sur ce qui était en train de se passer dans la grande salle, à l’insu de tout garde et de la propriétaire des lieux.

    «Quoi, comment ? » Sa voix avait subitement monté dans les aigus, et, le plus curieusement du monde, dans les graves également. La surprise faisait monter le ton de sa voix ; sa sévérité naturelle et l’autorité qui détenait céans-même le baissait. Si elle avait été assise, nul doute qu’elle se fût brusquement levée, envoyant paître son fauteuil derrière elle sans même y prêter attention.

    «Il n’y a aucun garde, dis-tu ? Mais que font-ils, ces bougres d’imbéciles ?! »
    Si les filles hésitaient parfois à se frotter à certains clients récalcitrants, Désèle, elle, ne tergiversait pas, tant que cela touchait son établissement. A croire que le bâtiment la hâlait d’une aura de force et de caractère bien trempé, à tel point qu’elle s’y sentait invincible. Elle se retourna vers Francesco et Erik, une dernière fois.

    «Messieurs, si vous voulez bien m’excuser… ! » Ils n’avaient de toute façon pas le choix. Avant de tourner les talons et d’accourir dans la grande salle, Désèle jeta un regard entendu à Irène ; celle-ci avait suffisamment vécu de temps dans l’établissement pour savoir que la matrone ne tolérait personne dans son bureau lorsqu’elle-même n’y était pas.

    Si fait, ce fut avec un certain temps de retard qu’Irène raccompagna ses deux clients, revenant par la même occasion dans la salle principale. Là, deux ruffians s’étaient enfin décidés à pointer le bout de leur nez, intrigués par tout le tumulte, et venaient d’intervenir au sein de la bagarre.
    Serge’ était l’un deux. Ce n’était aucunement son prénom, l’homme s’appelant en vérité Klaüss Etrian, mais il avait hérité de ce sobriquet dont tout le monde l’affublait après avoir quitté l’armée pour blessure invalidante. L’ancien sergent, la provenance même de son surnom, s’il boitait suite à une blessure à la jambe gauche, n’en avait pas pour autant perdu de son caractère rigide et sec, son regard dur et tenace, collant une bonne droite à quiconque lui cherchait des noises. Cela suffisait généralement à envoyer l’adversité au tapis, mais, si celle-ci éprouvait de bonnes velléités belliqueuses, alors était-il tout à fait capable de manier l’épée qu’il portait toujours à la taille. De son passé de militaire, l’ancien sergent avait conservé son amour des filles de joie, des jeux, et de la boisson, et travailler dans un bordel lui permettait dorénavant de s’offrir de petites ristournes et rabais auprès des putains… Lorsqu’il n’était pas de service.

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    Le second garde était en réalité une femme ; Lena. Kisleviste, celle-ci avait un fort accent à couper au couteau lorsqu’elle parlait, et n’était pas du genre à faire des travaux de ravaudages ou à enfiler des perles, mais plutôt, caractériellement, à envoyer des bûches. Froide, très froide d’apparence, elle ne pipait pas souvent mot, et si certains soudards la prenaient à la légère sous prétexte de sa condition de femme, sa démarche souple et féline, ainsi que sa capacité à manier la rapière, venaient vite les faire déchanter ; ancienne mercenaire ayant passé sa vie à escorter des caravanes, la guerrière savait défendre sa peau.

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    Assurément, Serge’ avait fait manger le parquet à l’un des belligérants, lequel gisait inconscient contre un canapé, et Lena maintenait fermement le second à l’aide d’une clef de bras, second qui, gesticulant dans tous les sens, malmenait malgré lui une épaule sur le point de se déboiter. Sa détentrice ne semblait en avoir cure, et, d’une petite et nonchalante poussée supplémentaire, tordit définitivement l’épaule. Les invectives s’altérèrent subitement en une longue plainte douloureuse, en larmes contraintes qui s’échappèrent des paupières aussi crispées que ne l’était la mâchoire de la victime.

    Evaë, elle, arborait une lèvre tuméfiée et quelque peu ouverte, et son joli visage se tordait en une moue haineuse à l’encontre des deux belligérants. Aucun doute qu’elle gravait leurs traits dans sa mémoire, quelque fois que la providence les conduisît de nouveau en face d’elle. Abaissée au niveau du sol, elle ramassait en compagnie d’autres filles les vestiges d’une ancienne carafe, d’une bouteille, et de tessons de verre perdus au milieu des cartes retournées.

    «Mais que fichiez-vous avant d’intervenir ?! C’est quoi, tout ce boxon ?! » Désèle surplombait la scène de sa colère, encore qu’elle n’était aucunement en position de hauteur vis-à-vis de quiconque. Son ire prévalait sur tout le reste, y compris sur les deux gardes qui tentèrent de ne pas broncher.

    «J’étais partie pisser. » Non, contrairement à ce qu’Irène aurait pu s’attendre, ce n’était pas Serge’ qui venait de prononcer ces mots, mais bien Lena. Le ton était plat, concis ; une explication qu’elle pensait tout à fait justifiée.

    «Isis avait un souci avec son client, alors je suis monté voir, et, le temps que je redescende… »
    Il haussa les épaules en désignant la scène, amenant là la suite de son explication sans la dicter. Isis, une jeune catin, svelte et exotique, n’était pas présente sur place pour infirmer ou confirmer ses dires. Si Irène eut l’étrange sensation qu’il mentait quelque part, Désèle demeurait trop énervée pour s’en apercevoir, et elle tourna sa colère contre les filles, restées inactives.

    «Et personne ici présent pour intervenir, personne ? »
    La matrone s’approcha de ses employées, leur tourna autour comme un vautour sur le point de frapper. Elle en harpa une par l’épaule, en bouscula une autre, donna un léger coup de pied sur une dernière qui épongeait les dégâts du vin renversé.
    «Pas une qui bouge son cul ! La peur d’un méchant horion ? Je constate que vous préférez tous les coups de queue plutôt que les coups de poings ! Pas même une pour aller me chercher sur l’instant. »

    Irène avait pris le large, raccompagnant ses clients à la porte. En revenant, d'autres gardes faisaient leur apparition, constatant du grabuge, et Evaë venait de prendre la parole, sans doute pour répondre à une énième question de Désèle que la nouvellement figurante n’avait pas entendue.

    «Bha… Il y en a eu un qui, entre deux coups, a enfin jugé bon de préciser « de tricheur ! » à la fin de tous les « fils de pute ! » qu’il balançait à tort et à travers. Et je m’en suis mangée une en tentant de les séparer. » La jeune femme désigna sa lèvre d’un doigt. Son regard bleu pétillant était braqué sur Désèle, tout au long de sa réponse, encore échaudée par cette histoire.

    «Peste !, lança Désèle en se retournant, critiquant non pas la catin qui lui avait répondu, mais bien la malheureuse situation que venait de connaître l’établissement. Mesdemoiselles, je ne vous félicite pas. Rangez-moi ce foutoir, toute ; je ne veux plus voir aucune trace de ce désastre. Les Plaisirs Terrestres sont fermés pour le reste de la nuit. »

    Elle fit signe à Serge’ et à Lena, qui s’emparèrent alors des deux belligérants pour les conduire dans son bureau, et ils disparurent dans la pièce.

    Faudra que j'introduise les derniers gardes, un jour. Deux, ça me paraît assez peu.

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Message par Irène Rosewen »

La satisfaction visible sur le visage de Désèle à la vue des piécettes disparût instantanément à l’évocation de la rixe se déroulant dans la salle. Les traits de son visage semblèrent couler d’un seul mouvement, laissant place à un mécontentement et une surprise désagréable. Soudain aux abois, elle n’hésita pas longtemps à se diriger à grands pas rageurs vers la grande salle, écourtant son entrevue avec les deux hommes.
Je la suivis avec un temps de retard, après avoir pris soin de fermer la porte de son bureau. Si mes clients avaient pu être inquiets de traverser les lieux de la bastonnade à l’aller, ils semblaient bien plus rassérénés d’y retourner sur les talons de la matrone. Connaissant celle-ci, je ne donnais pas cher de la peau des deux belligérants qui osaient troubler l’ordre de son établissement de la sorte.

A notre retour, tout semblait rentré dans l’ordre, ou presque. Les responsables de toute cette agitation avaient été immobilisés ; l’un gisait inconscient, tandis que l’autre gémissait sous une clef de bras impitoyable de la part de Lena. Celle-ci n’était pas réputée pour sa patience ou sa pitié, de même qu’Eva, qui n’avait pas les compétences pour s’en sortir sans une égratignure, malheureusement pour elle. Ses lèvres gonflées et fendues parlaient pour elle, et il était probable que ce simple détail lui vaudrait une perte de gains assez conséquente dans les jours prochains. Les clients n’aimaient pas les défauts, surtout lorsque ceux-ci vous empêchait de leur lustrer le vis.

Désèle, quant à elle, fut fidèle à sa réputation. Impétrée dans une ire sans bornes, elle s’en prit à tout le monde, autant les gardes que les filles, déambulant parmi les éclats de verre et les tables renversées, pour jauger du regard chacun de ses employés, armée de ses paroles tranchantes. Par chance, ayant été celle qui avait prévenu la maquerelle, j’échappai quelque peu à tout cela et me sentit moins concernée par ses remontrances, mais voir nombre de mes collègues se faire réprimander ainsi n’était pas pour autant agréable. Dans de pareils cas, l’on avait beau n’avoir rien fait, la colère de Désèle pouvait se répercuter contre n’importe qui.
Un instant fascinée et ralentie par tout le spectacle, je me souvins qu’il me restait deux clients à raccompagner, et je fis donc signe à Francesco et Erik de me suivre, tous deux absorbés par la rare scène d’une Désèle transformée en démone. Slalomant entre les tables et l’afflux de curieux, nous atteignîmes enfin la sortie.

- Je suis désolée pour tout ce grabuge, il est rare que cela s’envenime ainsi. Soyez en tout cas certains que ce fut une joie de vous servir, et que je vous accueillerai à nouveau si d’aventure vous reveniez aux Plaisirs Terrestres. N’hésitez pas à venir présenter votre œuvre une fois celle-ci terminée, maestro.

Un sourire, un dernier coup d’œil échangé avec Erik, et les deux hommes partaient, me libérant enfin de mes obligations.
Revenant vers les lieux de la scène principale, j’arrivai juste à temps pour apprendre que l’établissement serait fermé pour le reste de la nuit, et cette information me laissa furibonde. En plus de devoir nettoyer avec toutes les autres alors que je n’avais en rien été présente durant toute l’affaire, il fallait en plus que mon chiffre d’affaire s’en voie diminué.
Me sentant lésée, et lasse, j’allai chercher un balais et une bassine dans le placard de l’un des celliers, pour revenir épauler mes collègues. Je croisai un garde qui était souvent en affectation avec Serge en revenant, et haussai un sourcil en sa direction.

- Isis avait un problème, mmh ?

Ne lui laissant pas le temps de répondre, je lui fourguai la bassine dans les mains, lui demandant implicitement de venir nous aider à ramasser les débris de verre et remettre les tables sur pieds. Je ne comptais pas investiguer plus loin dans la justification bancale de Serge, mais seulement lui faire noter que si je n’avais pas été dupe, Désèle ne le serait sûrement pas la fois prochaine, et qu’il valait donc mieux pour lui qu’il évite dorénavant de quitter son poste en plein service. J’espérais ainsi que son collègue lui ferait passer le message lorsqu’il le croiserait.
Arrivée au niveau des autres filles à genoux sur le sol en train de ramasser les verres et carafes brisées précautionneusement, je m’avançai auprès d’Eva, qui était en train de marmonner entre ses lèvres enflées, récurant le sol d’une serpillère pour effacer les traces de vin.

- Pas une qui bouge son cul, hein ? Je me suis foutu une baigne toute seule, aussi ? Salut, Irène, lâcha-t-elle avec un rapide coup d’œil en me voyant m’abaisser à côté d’elle.

Les recoins de ses lèvres se retroussèrent dans une tentative de sourire, avant qu’une grimace de douleur ne vienne déformer ses traits, et elle repartit de plus belle dans ses grognements, pestant à propos d’une « matrone qui bougeait pas ses nobles fesses de son fauteuil de velours à part pour reprocher des choses qu’elle ne faisait pas elle-même ».
Je la laissai grogner ainsi un bon quart d’heure, passant le balai au sol après avoir retiré à la main les plus gros morceaux de verre. Un silence moribond régnait dans la salle – seulement brisé par les fustigations d’Eva et les chuchotements de quelques courtisanes entre elles. L’on réparait les dégâts avec sérieux, quoique doublé d’une certaine lassitude face à l’idée d’une Désèle furieuse et d’une réputation de l’établissement quelque peu entachée. Les derniers clients encore présents dans le bordel étaient reconduits dehors, quant à ceux qui redescendaient de l’étage après avoir terminé leur affaire, restaient ébahis quelques instants devant le fatras, faisant glisser leur regard curieux sur nous jusqu’à ce qu’ils disparaissent au-dehors.

- Alors, et si tu me racontais un peu ce qui s’est passé, d’après ce que tu as vu ? finis-je par demander à Eva lorsqu’elle sembla plus disposée à parler calmement.

Tordant la serpillère une dernière fois au-dessus d’un récipient pour en retirer le vin, Eva releva les yeux vers moi.

- Pfff, si je savais ! Cela se tapait déjà quand j’ai entendu tout ça, et…

Elle s’arrêta, balançant sa serpillère dans la bassine, avant de se lever et la caser sous son bras.

- Tu sais quoi ? J’ai bien envie d’un remontant, là, tout de suite. Ça te dit qu’on sorte quelque part ? Et je te raconterai tout cela autour d’un verre. Après tout, on n’a plus rien à faire, cette nuit.

Je n’y voyais effectivement aucun inconvénient.

- Pourquoi pas. Je monte me changer et je te retrouve à l’entrée, d’accord ?

Et après quelques derniers arrangements dans la salle principale, nous filâmes dans nos chambres respectives pour nous vêtir plus convenablement, contrairement à la grande majorité des autres prostituées qui partirent rapidement se coucher.
***


La taverne était plutôt bien animée. Le tenancier croulait sous les commandes, et dès qu’un serveur avait déposé une pinte sur une table – avec un déhanché digne d’une danseuse pour se faufiler entre les diverses tables et la foule –, il y en avait une autre qui demandait à être remplie. Installées à une table dans un coin de la salle, Eva et moi avions commandé à boire, et ce depuis un moment déjà. Elle m’avait fait le récit de la bastonnade en détails, enjolivant sûrement quelques passages, mais avec une précision qui me donna l’impression d’y être. Quelques hommes voulurent nous tenir compagnie, mais l’air meurtrier que leur servait une Eva et sa bouche fendue les dissuadait d’insister. Aucune de nous n’était d’humeur à folâtrer ; et, d’une manière générale, l’on avait rarement l’envie de s’ouvrir à un homme durant notre temps libre lorsqu’on se faisait déjà trousser plusieurs fois toutes les nuits.
De récit en récit, nous étions passées de boisson en boisson, nos paroles perdant doucement mais sûrement leur cohérence. Petit à petit, nous vînmes à rire de façon forte et puérile pour un rien, pouffant sur des broutilles. Entre les imitations d’une Désèle en rage en train de donner des coups de pied, et d’une Adélaïde en train de pleurer devant une peinture qui ne la représentait pas, nous ne nous ennuyâmes pas beaucoup ce soir-là. Eva avait le don fou pour constamment me sortir de ma petite vie bien rangée, et cette nuit-là, elle m’avait fait boire bien plus que ce que j’avais prévu : rien qu’en repensant à cette soirée, j’en ai honte encore aujourd’hui.
Je ne me souviens plus comment, mais le sujet de mon marchandage avorté de la veille avait fini par venir sur le tapis, et Eva s’y était beaucoup intéressée.

- Quoi, il a pas voulu te vendre son… Elle chercha le mot pendant quelques instants à travers son cerveau embrumé par l’alcool. Parchemin ? ‘Se prennent pour n’importe qui, les gus, de nos jours. ‘Mériterait qu’on le lui vole, tiens !

Et, fortes de l’idée qui nous parût splendide à ce niveau de verres ingurgités, nous nous mimes en quête de retrouver l’étal du marchand qui m’avait éconduite la veille, sans même penser au fait que la rue serait complètement vide à une heure pareille, et qu’il n’y aurait point de parchemin à dérober. Déambulant dans les venelles de la Neuestadt, la nuit était noire, silencieuse, calme ; tout le contraire de nous deux à cet instant.
Enfin, quand nous arrivâmes dans la rue concernée, je me postai devant l’étal, qui était – bien évidemment – désespérément vide.

- Ah. ‘L’est pas là, déclarai-je devant l’évidence même, penchant la tête par-dessus l’étal comme si je pouvais tomber sur des marchandises cachées quelque part.

Visiblement fort peu satisfaite, Eva releva les yeux sur la maisonnée derrière l’étal. Elle pouvait s’avérer être celle du marchand, qui exposait ses marchandises devant chez lui, ou pas du tout, mais la jeune femme prit pour acquis le fait que l’homme devait y vivre. Attrapant une pierre qui traînait par-là, elle la lança sur la fenêtre à l’étage du bâtiment.

- Etouffe-toi dans ton sommeil, arnaqueur !

Elle n’avait pas contrôlé sa force, et, au lieu de simplement rebondir contre la fenêtre, la pierre traversa le verre, brisant l’ouverture dans quelques petits éclats. La bouche d’Eva forma un o parfait, et, échangeant un regard avec moi, elle courut à ma suite pour se cacher dans une ruelle adjacente, pouffant dans un rire stupide.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 09 juin 2015, 22:32, modifié 3 fois.
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • « - Isis avait un problème, mmh ? »

    Loredo n’eut pas le temps de parler lorsqu’Irène lui fit sa petite remarque, mais cela ne l’empêcha pas d’afficher une mine étonnée et perplexe. Si le chauve avait coutume de de côtoyer Serge’, il n’en avait pas pour autant saisi l’allusion de la jeune femme face au mensonge de son confrère. Le bougre rebondi, bien plus imposant et intimidant par sa carrure épaisse et ballonnée que par ses véritables compétences, s’empara de la bassine que lui tendait la catin et s’employa à faire disparaître les dégâts que le bordel avait subis.

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    Retournant aux côtés d’Evaë, Irène s’aperçut plus en détail de sa blessure. En fin de compte, celle-ci n’était pas si grave que cela ; si sa lèvre était fendue, et que le sang avait coulé, le gonflement paraissait déjà avoir atteint son maximum, et ne tarderait pas à décroître dans les prochaines heures. Plus que le coup lui-même et la violence du choc, c’était le tranchant de ses propres dents inférieures qui avait cisaillé sa lèvre supérieure.
    Elle n’en sortait pas calme pour autant, bien au contraire ; très précieuse lorsqu’elle le voulait, elle fulminait de voir sa belle perfection quelque peu défigurée par une vilaine blessure, bêtement reçue, et ne cessait que de lâcher çà et là des invectives à l’encontre et de Désèle, et des deux pécores qui s’étaient battus. Elle expliqua à Irène la même chose que ce qu’elle avait déjà explicité à Désèle lorsque celle-ci avait posé la question de savoir comment cela s’était déroulé ; une bête histoire de tricherie qui s’était mal terminée. Et, après avoir proposé de s’échapper à la faveur de la nuit, Irène et Evaë se glissèrent en-dehors de l’établissement.



    ***


    Troquant leur bordel contre une taverne, les deux hétaïres s’engouffrèrent dans une ambiance que la chaleur humaine avait échauffé, et la boisson leur monta que plus facilement encore à la tête. Bien que dans un coin de la salle, quelques regards convergeaient à leur tablée, voyant là deux jeunes femmes très attirantes, esseulées, et possiblement à la recherche d’un bon moment à passer. Ces mêmes regards ne s’intensifièrent que davantage encore lorsque, galvanisés par les verres enfilés, leurs gloussements de pimbêche à la petite vertu carillonnèrent haut dans l’auberge pour de piètres raisons que l’alcool rendait truculentes et savoureuses. Les princes charmants, en la présence de quelques rustres aussi imbriaques qu’elles ne l’étaient ou de godelureaux énamourés, qui se présentèrent à leur tablée se virent aussitôt éconduits par une Evaë farouche et agressive. Leur amour-propre meurtri, ils n’insistèrent pas davantage, quand bien même certains se révélèrent assez têtus dans leur approche pataude. Le tohu-bohu ambiant s’entrecoupaient de rumeurs en tout genre et de récriminations vindicatives à l’encontre des marchands qui abusent de leurs droits sur les honnêtes travailleurs, des jeunes aristocrates qui n’ont plus aucun respect pour la tradition, ou des noms de personnes portées disparues du côté des Taudis. Et après un ou deux verres supplémentaires, vint le moment de rendre une petite visite au marchand.
    ***


    Nuln, en dépit de son rayonnement intellectuel qui parcourait l’Empire, n’était pas une ville propre, et plus particulièrement encore dans la Neuestadt. Irène la connaissait bien, pour y avoir vécu depuis son enfance, et, en sortant de la taverne, située quelque part dans un quartier bien plus insalubre que là où donnait les Plaisirs Terrestres, elle ne put que constater des ordures qui maculaient la chaussée et s’empilaient dans le fond des venelles. Le réseau d’égout si bien pensé, habilement fabriqué par la main de maître des nains, ne desservait pas la totalité de la ville, et rares étaient ses bouches qui s’ouvraient sur la Neuestadt. Les citoyens de la « vraie Capitale », comme aimaient le dire ces premiers, avaient coutume que de balancer leurs déchets par la fenêtre, directement dans la rue, attendant patiemment que la pluie vînt les charrier jusque dans le fleuve.

    L’air chaud de la nuit, né des derniers jours ensoleillés, accroissait les exhalaisons punaises de la ville, lesquelles montaient inlassablement vers le faîte des habitations délabrées qui tapissaient les ruelles du quartier. L’atmosphère était lourde, viciée des odeurs d’urine et de vomi, et semblait presque opaque et perceptible dans ce bleu sombre trouble qu’offrait une nuit sans nuage. Aucune pluie, aucune eau naturelle n’avait lavé les ruelles souillées de détritus dans lesquelles fouaillait la vermine, et les cendres apportées par le vent depuis les fonderies, sur l’autre rive du Reik, venaient saupoudrer le monde d’une légère pellicule grisâtre et poussiéreuse.

    Parvenant jusqu’à la petite place où s’était trouvé le marchand durant la journée, force leur était de reconnaître que, en cette heure avancée de la nuit, les différents étalages avaient été désertés par leur propriétaire. Les rues ne s’avérèrent pas aussi calmes que cela, croisant quelques passants marchant d’un pas pressé, apercevant au loin un groupe d’étudiants qui s’enfonçaient dans une autre ruelle, par-dessous l’arche décrépie que formaient deux maisons aux encorbellements instables, et quelques cris et hurlements historiques venaient traverser de part en part le silence de la pénombre, par-delà les habitations. Ce qui ne les empêcha aucunement de commettre leur méfait, lançant une pierre qui alla traverser la fenêtre en cul-de-bouteille d’une des maisons. L’étonnement se peint sur le visage amusé et riard d’Evaë, puis l’importance des dégâts les ramena un tant soit peu à la raison, les faisant décamper sur le champ.

    Test HAB Irène.
    Hab : 10
    Malus : 1, passablement ivre.
    Résultat 1D20 : 2+1 = 3 ; réussi.

    Test HAB Evaë.
    Hab : /
    Malus : 1, passablement ivre.
    Résultat 1D20 : 4+1 = 5 ; réussi.

    En dépit de leur état, les deux jeunes femmes prirent leur jambe à leur coup sans rémora. Si elles butèrent de temps à autre dans un tas d’ordure, vacillèrent sur une flaque d’eau croupie fraîchement versée, elles conservèrent un équilibre relatif et ne trébuchèrent pas outre mesure.
    Perdant le sens de l’orientation dans leur fuite, leurs sens émoussés par l’alcool, elles s’égarèrent toutes les deux dans un dédale de ruelle que la nuit avait façonné à son gré.

    Les cloisons des habitations s’étaient resserrées de part et d’autre de la venelle sombre, les claquemurant de leurs hauts murs de torchis et de bois. Une odeur abjecte les prit au nez, et un grognement rauque, ainsi que des bruits de mastications, leur parvinrent bientôt aux oreilles. Cela était tout proche.

    Test d’observation Irène.
    INT Irène : 8
    Malus : 2, passablement ivre ; pénombre.
    Résultat : 9 + 2 = 11 ; raté.

    Test d’observation Evaë.
    INT Irène : /
    Malus : 2, passablement ivre ; pénombre.
    Résultat : 15 + 2 = 17 ; raté.

    Les ordures au sol s’entassaient contre les renforts rongés des cloisons, et s’exhalait de la paille fétide et d’une boue sèche l’odeur douceâtre, entêtante, et écœurante de la mort. Tapis dans les ombres, là-bas, non loin, une présence rôdait, s’acharnant sur quelque chose. Evaë, imperceptiblement, déglutit, se rapprochant doucement d’Irène, songeant à toutes les ignominies dont recelait la ville de Nuln, en ces heures perdues de tous.

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Nous étions parties sans demander notre reste, abandonnant là la maisonnée et sa vitre brisée, n’attendant pas qu’un habitant mécontent vienne s’époumoner devant les dégâts. Courant sans objectif particulier, ayant pour seul but de nous éloigner du lieu de notre méfait, nous nous bousculions à moitié, et rapidement, nous disparûmes dans un labyrinthe de rues pavées. Le danger passé, nous repartîmes dans un rire nerveux, essoufflées, bien que cet épisode m’ait ramené un minimum de raison à l’esprit. Il était temps de rentrer tranquillement au bordel.

La nuit n’était pas pour nous aider dans notre orientation, ajoutée à l’action de l’alcool, et, si je me trouvais dans un endroit que je connaissais, je ne le reconnus pas ce soir-là. La ruelle dans laquelle nous nous étions engagées rétrécissait à mesure que l’on gravissait les mètres, et elle semblait se transformer lentement en cul-de-sac. Elle échappait des relents d’ordures immondes, ainsi qu’une odeur ignoble qui perçait à travers le tout, pire que les autres, qui nous fit froncer le nez et remonter notre main sous celui-ci.
Reprenant notre souffle, nous avancions désormais plus calmement, et un bruit inhabituel nous alerta. Une sorte de grognement retentit au fond de la ruelle sombre, dans un avertissement qui créa une désagréable traînée de frissons le long de mon échine. Eva et moi nous arrêtâmes net, le souffle court, essayant vainement de distinguer ce qui se tapissait au fond de la venelle.
Il pouvait s’agir d’un chien errant qui avait élu cet endroit reculé comme étant sa tanière. Peut-être était-il en train de se repaître des ordures ou d’un quelconque rat qui avait eu la malchance de s’égarer par ici. Nombreux étaient les récits concernant les créatures charognardes qui remontaient parfois des égouts de Nuln, cependant, et une peur tenace s’empara de mon esprit. Je n’avais en aucun cas l’envie d’avancer pour vérifier ce qui se cachait au fond. Peut-être n’était-ce qu’un chien et que nous étions en train de nous effrayer d’un rien, mais je n’avais pas envie de le savoir. Cela sentait autre chose que les ordures pourrissantes, là-dedans, et je ne voulais pas y ajouter l’odeur de mon cadavre.

- Viens, Eva, soufflai-je en lui attrapant le poignet. Faisons demi-tour.

Nous fîmes quelques pas à reculons, rechignant à tourner le dos à la bête qui semblait se tapir plusieurs mètres devant. Tout cela avec un calme qui jurait avec le tintamarre que nous avions fait en arrivant en courant un peu plus tôt.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 10 juin 2015, 18:49, modifié 1 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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