[Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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[MJ] Vivenef
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Marcus Stier a écrit :Je ne veux pas forcément faire un Rp "fesses" ou bien gore, mais mieux vaut se couvrir. Alors si tu as moins de 18 ans, vas regarder Gulli et ne lis pas mon RP, des fois que la sensualité te choque. :mrgreen:
Aux Plaisirs Terrestres de Désèle, en cette heure avancée de la nuit, le commerce battait son plein. Petit hôtel particulier reconverti en bordel, la maison présentait aux chalands des pièces larges et éclairées de fenêtres en cul-de-bouteille qui éclaircissaient les ombres des recoins et illuminaient les tapisseries d’antan. La première pièce principale, antichambre de la luxure, accueillait les clients dans un service qui n’avait rien à envier aux hôtels plus huppés, pour peu que l’on eût l’argent nécessaire, et l’on vous y procurait la tablée, la boisson, et, si le cœur y était, de quoi vous remplir la panse. Les filles n’hésitaient pas à louvoyer entre les bancs, apportant ces réjouissances culinaires, et exhibant ostensiblement dans le même temps ces autres plaisirs que le voyageur reclus pourrait s’offrir en grimpant à l’étage. L’on plaisantait de vive-voix, l’on parlait fort au milieu des rumeurs, l’on susurrait dans les alcôves exigües et intimistes, et l’on s’effleurait avec langueur de ces préliminaires récréatifs qui ne tarderaient pas à s’altérer de façon plus concrète et entreprenante derrière une porte ou à la tombée des rideaux.

Sa maison close claquemurée au commencement du Westen, sise entre une maison bourgeoise et un petit parc, Désèle dirigeait son établissement dans une politique qui se voulait libre et laxiste tant que l’on respectait et ses filles, et ses règles. La Neuestadt étant ce qu’elle était, des clients aussi hétéroclites que nombreux accouraient jusqu’à son commerce ; étudiants et professeurs de l’Universitat, prêteur sur gage et artisans de l’Handelbezirk, scribes et comptables des Archives, poudriers et canonniers de l’Ecole Impériale d’Artillerie, artistes et mécènes venus explorer les grandeurs de Nuln, canailles, contrebandiers et souteneurs désireux de dépenser leur trop plein d’argent interlope, obtenu dans les venelles crasseuses et les coupe-gorges malfamés des Taudis. Tout ce petit monde, que par trop cosmopolite, devait cohabiter main dans la main, sans faire de vague, et les plus grands y côtoyaient les plus illettrés. Car, Désèle y tenait, sous la lumière étincelante des nouvelles pensées de la Cité-Etat, sous le rayonnement nitescent de la raison humaine et des mœurs nouveaux de Nuln, son établissement jouissait aussi bien de la présence des lanterniers et des fripons venus jouer quelques parties de cartes tout en bataculant quelques putains que, plus à l’écart, des nobles et des intellectuels dissertant sur les avancées modernes et les questions philosophiques.

Si quelques échauffourées venaient de temps à autre perturber les rires égrillards qui se disputaient aux conversations placides et concentrées, plusieurs personnages antipathiques veillaient au respect des lieux. L’air patibulaire, les épaules larges surmontées d’un cou de taureau, les paluches grosses et calleuses, ils ne payaient pas de mine, et leurs regards mornes et scrutateurs auscultaient les clients tendancieux tout en réprimant silencieusement les velléités belligérantes des plus téméraires. Si faire bombance était accepté, godailler l’était bien moins, et les imbriaques roulant sous les tables, par souci du décor comme pour la sécurité des filles, finissaient rapidement par être expédiés dans le caniveau. Il y avait toutefois de ces soirées où s’abreuver jusqu’à plus soif s’avérait autorisé, notamment lorsqu’un riche marchand ou quelque petit hobereau réservait l’établissement pour leur plaisir propre ainsi que pour celui de leurs amis conviés. Là, les videurs consciencieux s’effaçaient face à la mondanité, assurant davantage la sécurité du porche d’entrée que celle des hétaïres.

Sans quoi s’agissait-il là d’un établissement respectable qui traitait bien ses filles tout en les logeant, les nourrissant, et les blanchissant. Désèle s’assurait de la réputation de son commerce, et même si quelques souteneurs en provenance des Taudis avaient quelque fois, par le passé, essayé de faire main-basse sur sa propriété, leurs tentatives s’étaient soldées par un échec. La matrone s’était entourée de cabales ombreuses et d’alliés aussi puissants que discrets en la présence de divers nobliaux, habitués à fréquenter les Plaisirs Terrestres. Certes, ce n’était pas l’unique maison close de la Cité-Etat, et les médisances et les fourberies de quelques-uns venaient, de temps à autre, entacher la probité de l’établissement, mais, dans l’ensemble, ce dernier méritait que l’on y fît escale.

Loin des diffamations endêvées et des rumeurs venimeuses, loin de ces alliances et de ces histoires, Irène venait de refermer la porte de sa chambrée sur l’ombre de son dernier client. Un de ces habitués qui trompait sa solitude au détriment d’un possible enrichissement de sa personne. La conversation ne tournait jamais loin, s’arrêtant à quelques meuglements rauques dans les cheveux de celle qu’il avait payée. Un client sans problème, sans demande particulière, qui venait acheter son moment de luxure aussi stoïquement qu’un prêtre de Morr préparait un défunt. Si la soirée était bien avancée, la catin se disait qu’il lui serait encore possible de s’encombrer d’un ou de deux clients afin de boucler sa fin de mois et de voir pétiller, peut-être, une étincelle de satisfaction dans les prunelles de Désèle. Mieux valait, toutefois, se préparer avant de redescendre dans la grande salle, afin de faire impression sur le prochain chaland. Lorsque ce fut chose faite, Irène se dirigea vers le couloir en mezzanine qui, de toute sa hauteur balconnière, délimitait le périmètre de la grande salle avant de former un grand escalier qui se scindait en deux.

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A peine avait-elle regagné la salle que Désèle la héla. Ancienne prostituée, sa beauté s’était fanée plus rapidement qu’elle ne l’eût voulu, et sa peau autrefois lisse et opaline s’altérait désormais de petites rides qu’elle dissimulait derrière un nuage de poudre blanche et un maquillage très forcé. Sa voix, suivant les mêmes évolutions, avait perdu de sa fraîcheur d’antan, empruntant à présent les teintes rauques et sévères de l’idée que l’on pouvait se faire de la maquerelle sèche et rigide. Elle n’en était pour autant pas dépourvue de toute sensibilité et de bienveillance, mais, lorsqu’il s’agissait de faire tourner son commerce, elle pouvait se montrer des plus inexorables.

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«Ah, Irène, te voilà, la harpa-t-elle de sa voix, venant jusqu’à sa hauteur. J’espère que tu es capable d’enchaîner, car nos deux messieurs que voilà semblent nourrir un fantasme particulier sur une certaine rousse. Je ne sais pas si cela est vrai, mais ils m’ont expliqué avoir quitté la Jeune Jouvencelle après avoir observé la marchandise que Ténella détenait. Je ne tiens pas à ce qu’ils fassent la même chose, d’autant plus qu’ils ne me paraissent pas pauvres et que je leur ai affirmé que tu saurais les combler. Je compte sur toi pour les aguicher et les retenir ici. »

Ce fut tout, et Désèle vola dans le sillage d’une autre fille qui venait d’apparaître dans son champ de vision, déjà prête à lui recommander quelque client que ce fût. Irène le savait ; la Jeune Jouvencelle était un établissement rival des Plaisirs Terrestres, situé à quelques rues de là, dont Ténelle s’avérait être la tenancière. Si le cadre, un simple immeuble, possédait bien moins de cachet que la maison de Désèle, le service n’était pas dépréciable et certaines de ses filles rivalisaient avec celles des Plaisirs Terrestres. Aussi restait-il surprenant que les deux hommes n’eussent pas trouvé chauss… Fourreaux à leurs épées.

A ces deux hommes, Irène leur jeta un coup d’œil. Confortablement assis dans un grand canapé, ils discutaient posément, gobelotant un verre de vin.

Test de perception, bonus de 1 via sens du détail : 1-1… Still 1 ; coup critique.


Le premier homme semblait somme toute avenant de sa personne, avec un regard neutre et marron, une barbe et des cheveux de la même couleur, et un visage franc. Pointilleuse jusqu’au bout, et très observatrice, Irène s’aperçut de la facture de ses habits ; l’homme était assurément de Nuln ou de ses alentours.

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Le second, quant à lui, avait des cheveux mi-longs qui lui descendaient jusqu’aux épaules, et portait la barbiche. Il avait une expression sage, timide, mais ce n’était qu’en apparence ; ses yeux miroitaient d’un éclat tout particulier, et sa parfois brusque gestuelle révélait de lui un caractère possiblement extraverti. Il tenait contre lui une petite mallette, et, eu égard à la couture de sa pèlerine, l’homme n’était pas de Nuln, et peut-être pas même de l’Empire. Adossé contre le canapé, à moitié dissimulé par un épais accoudoir, Irène put s’apercevoir de la présence d’un chevalet.
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L’un des deux hommes se sentit observé et, détournant le regard de son compagnon, le porta sur Irène. D’un petit geste, il la signala à son compère, et les deux hommes la mirèrent en retour, de l’air de ceux qui évaluent quelqu’un. Et Irène se remembra les paroles de Désèle.

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Le miroir me renvoyait mon image alors que je me préparais tranquillement dans l’une des chambrées prévues à cet effet. Les lueurs chatoyantes et tremblotantes des bougies se reflétaient sur les boucles que j’accrochais à mes oreilles pour finaliser ma tenue ; mon dernier client avait bien trop froissé ma robe pour qu’elle puisse être réutilisée convenablement afin d’attirer d’autres clients. Par là même, il me fallait assortir le reste des accessoires à ladite robe ; l’on ne négligeait jamais de tels détails, aux Plaisirs Terrestres, et une faute de goût aurait tôt fait de vous attirer les foudres de Désèle. Si celle-ci pouvait paraître rigide sur bien des points, l’on ne pouvait nier que son perfectionnisme et son sens des affaires étaient les raisons pour lesquelles notre établissement était devenu assez réputé, ainsi que ses filles. Bien que de simples putains, comme se plaisaient à nous le rappeler certaines personnes désireuses de se rassurer dans leur ego, nous n’étions pas traitées comme les catins des plus viles ruelles des bas-fonds qui n’avaient pas même de quoi se rendre séduisantes – mis à part raccourcir leurs vieilles robes rapiécées.

Ce soir-là, ma robe était rouge et ceinturée d’or – de sa couleur seulement, nous n’étions pas non plus assez riches pour avoir le luxe de s’offrir pareils ornements. Une robe en soi assez simple, resserrée sur ma taille pour s’évaser sur mes hanches. Sa seule particularité s’effectuait au niveau du décolleté, où le tissu était fait de plusieurs couches de gaze rouge, offrant une légère transparence qui permettait de deviner les contours des aréoles de mes seins si l’on s’y attardait un tant soit peu. De par ma longue expérience dans cette maison close, j’avais appris que de simples détails pouvaient me rendre plus désirable que mes collègues, et je ne perdais jamais une occasion pour renflouer ma bourse et mes économies – en même temps que je vidais celles de ces messieurs. Le reste de ma tenue était constituée de boucles d’oreilles et d’un bracelet dorés ; quant à mes cheveux, ils étaient relevés sur ma nuque avec une épingle. Un dernier fin coup de khôl sur mes paupières, et je fus prête.

Le client que je venais de servir était un habitué des lieux ; un gagne-pain régulier et sûr pour ma personne. Il quémandait toujours la même chose, dans une routine hebdomadaire qui ne me demandait pas de grands efforts. Ainsi, je me sentais prête à servir un ou deux autres clients supplémentaires pour cette nuit, et me dirigeai à nouveau vers la salle d’accueil.
Du haut du balconnet, avant de descendre les escaliers, je pus voir que celle-ci n’avait pas désemplie malgré l’heure tardive. Un brouhaha joyeux montait jusqu’à moi ; certains canapés accueillaient des hommes venus apprécier nos mets entre amis, se promettant une agréable soirée alors qu’ils prenaient tout leur temps pour déterminer avec quelle fille de joie ils monteraient plus tard à l’étage, sirotant leur verre dans une bonne humeur contagieuse. D’autres, plus solitaires, conversaient avec leur dulcinée temporaire, osant certaines caresses languissantes à la vue de tous ; quant à mes collègues, certaines traînassaient çà et là dans la pièce, au premier abord de façon innocente, mais les habitués savaient qu’elles étaient à l’affût de chaque nouveau client potentiel qui franchirait le seuil de l’établissement, prêtes à les retenir pour quelques instants luxurieux. Nos gardes, quant à eux, étaient toujours droits et stoïques, comme à leur habitude ; et j’admirais parfois leur professionnalisme qui ne devait pas être si simple de conserver devant tant de lubricité et de femmes légalement troussables.

Ma robe murmura au contact des marches alors que je descendais tranquillement, mes yeux furetant dans la salle à la recherche d’un client n’ayant pas trouvé preneuse ; à peine étais-je arrivée au pied des escaliers que Désèle était déjà sur moi. Haussant un sourcil à l’entente de ses paroles, mon regard dériva en direction des deux concernés, assis un peu plus loin à l’écart, sans autre compagnie qu’eux-mêmes. Je n’eus pas le temps de poser plus de questions ; elle filait déjà et disparaissait en direction d’une autre fille. Qu’avait-elle voulu dire par fantasme sur une certaine rousse ? Soit ; je devais le découvrir par moi-même. Je ne les avais pas encore même rencontrés qu’ils me paraissaient être des clients difficiles pour n’avoir rien trouvé qui les satisfaisaient à la Jeune Jouvencelle.
Forte du défi que l’on venait de m’imposer, il me fallait là, en plus de retenir un gagne-pain possible, assurer la réputation des Plaisirs Terrestres face à notre maison close rivale. Assurément, si ces deux hommes trouvaient leur compte ici après avoir fait demi-tour chez notre concurrente, ils nous feraient certainement une bonne publicité. Les enjeux ne s’élevaient pas à un simple client, ainsi.

Le premier était brun, un habitant de la ville, à en juger par sa façon de se vêtir. Le second, bien que tout à fait banal en soi, semblait étranger ; mais la mallette qu’il gardait serrée contre lui et le chevalet adossé au canapé me donna l’impression qu’il n’était peut-être pas ici pour un service classique. Un artiste ?
Lorsqu’ils me remarquèrent, je m’avançai doucement vers eux, sans me presser, de façon à ce qu’ils aient tout le temps de m’observer avant les présentations. J’étais consciente d’être évaluée ; mais j’avais bien trop l’habitude pour m’en sentir gênée.

- Bonsoir, messieurs, leur lançai-je une fois arrivée à leur hauteur. Je m’installai sur le fauteuil molletonné positionné aux côtés de leur canapé, et les regardai tour à tour dans une position que je savais avantageuse pour mon physique. Je vois que vous avez déjà commencé à prendre vos aises – je notai leur verre de vin respectif –, n’hésitez pas à quémander quoi que ce soit qui vous fasse envie ; il n’y a rien ou presque que l’on ne peut proposer aux Plaisirs Terrestres.

Et je n’évoquais pas seulement les services culinaires. Me servant un verre de rouge pour les accompagner, je continuai après avoir croisé les jambes sous ma robe. Avenante, je cherchai à en savoir un peu plus sur ces hommes.

- Je crois deviner que c’est la première fois que vous venez dans notre établissement, me trompé-je ? Venez-vous de loin ? Je regardai l’homme qui me semblait être étranger et artiste pour cette question en particulier.

Avalant une nouvelle gorgée de mon verre, je terminai par les regarder plus curieusement, arrivant sur le sujet qui m’intéressait le plus.

- Si l’on ne m’avait pas prévenue que vous cherchiez quelque chose de particulier, je serais restée étonnée de vous voir encore seuls tous les deux dans ce canapé. Mais Désèle m’a rapidement expliqué que vous n’aviez pas trouvé ce que vous souhaitiez à la Jeune Jouvencelle, et, bien que je reste persuadée que nous proposons de meilleurs services qu’eux, permettez-moi de m’en étonner. Car, même si j’aimerais pouvoir le nier, ils y ont de jolies femmes ; ainsi, il est surprenant que vous n’ayez rien trouvé à votre goût… à moins que vous ne soyez pas vraiment là pour un service banal. En disant ces mots, mon regard glissa sur la mallette de l’étranger, ainsi que le chevalet. Et si vous m’expliquiez vos attentes plus en détails ?

Je ne mentionnai pas le fait qu’ils avaient demandé après une rousse, volontairement, afin qu’ils m’indiquent précisément leurs désirs. Leur proposant un plateau d’amuse-gueules, je restai droite dans mon fauteuil, attendant les paroles de ces clients si singuliers.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 04 juin 2015, 21:38, modifié 1 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

Tranquillement adossés contre le dossier du canapé, les deux hommes la regardèrent arriver. Leurs visages se muèrent imperceptiblement, passant de la sympathie mutuelle à la curiosité intéressée, et leurs postures s’en trouvèrent tout autant altérées. L’un croisa sa jambe par-dessus l’autre comme son compagnon déposa un bras le long du dossier, dans une attitude quelque peu crâne et pédante. Un sourire entendu se glissa entre les deux hommes.
Test de charisme.
Charisme d’Irène : 11.
Compétence Séduction ; bonus de 1.
Se sert librement un verre de leur vin acheté, tape la discute, posey, et pose bien des questions ; malus de -2.
11 – 1 + 2 = 12 ; raté de 1.


Mais l’attitude de la catin les laissa légèrement interdits, voire perplexes. La voici qui s’impatronisa à leur tablée sans montrer la moindre émotion, la moindre gêne, s’emparant royalement de leur bouteille pour se servir un verre qu’elle porta à ses lèvres. L’homme portant la barbiche cilla une, puis deux fois, et se leva tout droit, tout raide, face à la jeune femme.

«Varamente ?, s’écria-t-il dans une attitude colérique. C’est comme cela que se comporte les catins dans l’Impero ? No, no, no, ça ne va pas du tout ! »
A son accent étranger, Irène put reconnaître en lui la personnalité sanguine d’un tiléen. Si l’homme paraissait fluet dans sa dégaine, légèrement plus petit que son compagnon, il ne ressortait pas moins de son être une énergie débordante qu’il matérialisait par bon nombre de moulinets effectués avec ses bras et ses mains, et par diverses expressions fort comiques qui transitaient sur son visage.

«Baste, la puttana qui se sert dans mon vino ! E poi qu’elle s’installe et qu’elle me tape la discute ! » L’homme avait décidément bien le sang chaud, et sa colère le nourrissait lui-même, ne le rendant que plus colérique encore.
«Madre mia, c’est que c’est bien foutu, alors ça se permet tutto ! »

La tempête fulminante se mit à tourner autour de la jeune femme, et, sèchement, se mit à lui redresser le menton de ses mains, à faire pivoter son visage d’un côté et de l’autre.
«Si, si ça me paraît corretto. »
Puis il observa son cou, tapota ses fesses, pelota sa poitrine, étudia sa taille, ausculta la courbe de ses jambes.
«Buona proporzioni, gratificante. »

Son comparse, tout du long, n’avait rien dit. Mais s’il avait de prime abord affiché une expression sceptique en voyant la jeune femme s’installer comme elle venait de le faire à leur table, le voilà qui éclatait de rire en voyant son compagnon gesticuler et jurer dans tous les sens.

«Messire Francesco Di Laterra est parfois quelque peu exubérant, faut le pardonner. Mais je pense que, pour notre bien à tous, mieux vaut savoir satisfaire ses exigences, ça, même si elles n’ont pas encore été énoncées. »

Il régnait dans la grande salle une rumeur ambiante nourrie par les nombreuses conversations qui s’entrecroisaient dans un flot ininterrompu de mots et de phrases en tout sens. L’éclat de Francesco n’avait pu être entendu à la ronde, mais ses simagrées et sa gestuelle n’étaient pas passées inaperçues aux yeux de certains. D’autres badauds les observaient d’un œil intéressé, curieux, intrigué, se demandant là les raisons de ce petit déchaînement. Hélas, cette animation n’avait pas non plus échappé au regard perçant de Désèle, laquelle lança un regard interrogateur à Irène par-dessus l’épaule d’une autre catin. S’y lisaient une pointe de froideur, ainsi qu’une once de réprobation. Nul doute que deux mots lui en seraient touchés, et mieux valait ne pas la décevoir davantage.

Le furibond tiléen venait de ramasser sa mallette et son chevalet.
«Erik, il me faut un lit et des draps, une fenêtre con luce, e une pièce con calma. Andiamo ! Presto ! »

Le dénommé Erik, qui n’avait pas cessé de dévisager Irène, reprit la parole.
«Menez-nous jusqu’à votre chambre, si vous le voulez bien. Je vous expliquerai tout en cours de route. »

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

Les deux hommes ne semblaient pas avoir apprécié mon accueil, c’était le cas de le dire. Ne répondant pas même à mes paroles, alors que je pensais avoir été aimable et engageante, l’étranger s’emporta avec une vergue qui me laissa pantoise. Qu’avait-il cru, que je me serais jetée entre ses cuisses écartées pour défaire ses chausses, au vu de toute la salle principale, sans même un mot échangé ?
Si le personnage pouvait paraître comique à bien des gens avec toutes ses gesticulations et son fort accent, il ne l’était pas pour moi alors qu’il déversait sur ma personne toute sa colère qui me paraissait injustifiée. Rudement, il vint ausculter mon visage et mes formes de façon bien peu agréable ; je laissai faire, mais tout sourire avait quitté mon visage. J’avais cru un instant qu’il comptait me frapper, et une sensation alarmante avait parcouru mon corps. Quelques mèches quittèrent mon épingle à cheveux sous les gestes brusques de l’homme, tandis que le vin de mon verre manqua d’arroser le fauteuil.
Je restai quelque peu figée alors que le second homme prenait la parole – je ne l’écoutai d’ailleurs qu’à moitié. Mon regard était tourné vers lui, mais le reste de mes sens était concentré à noter les réactions alentours. Je sentis presque le regard cuisant de Désèle me brûler la peau dans un avertissement préventif.
Blessée, je préférai ne rien dire. Francesco s’adressa à son acolyte comme si j’étais absente, me relayant au rôle de simple pouliche. Je notai ses exigences néanmoins, bien qu’elles soient totalement inutiles ; dans un bordel, il était évident que chaque chambre possédait un lit avec des draps. Malgré son accès hargneux, il souhaitait rester ici ; c’était à ne rien y comprendre.

- Suivez-moi, finis-je donc par déclarer après la requête d’Erik.

Tant qu’ils payaient, ou qu’il puisse se dire qu’un peintre ait privilégié notre établissement à un bordel concurrent, je n’avais cure du reste.
Je me détournai, réajustant ma robe que l’artiste avait malmenée, les guidant à travers la salle. Nous passâmes devant plusieurs canapés occupés, attrapant çà et là quelques bribes de conversations, puis nous gravîmes les marches menant à l’étage. Là-haut, le tintamarre du salon était étouffé jusqu’à devenir un simple murmure ; murmure qui s’effaçait devant les râles enfiévrés s’échappant régulièrement des diverses chambres.
Je les menai jusqu’à l’une de ces chambrées qui devrait satisfaire Francesco. Un lit double, des draps propres, un tapis, des bougies en nombre suffisant pour éclairer la pièce, ainsi qu’un petit bureau et une chaise dont les clients se servaient rarement en général. Une petite fenêtre, également, même si elle était à présent inutile : il faisait nuit noire.

- Cette chambre vous sied-elle ou en faut-il une autre ?
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 04 juin 2015, 21:39, modifié 2 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • Ils suivirent la jeune femme. En passant non loin d’une autre de ces petits coins douillets où se prélassaient certains clients, Irène put sentir qu’on la mirait de côté, avec une insistance goguenarde. En tournant la tête, elle remarqua une figure bien connue des Plaisirs Terrestres de Désèle ; Adélaïde, l’une des putains pour laquelle l’on dépensait le plus au bordel, pour ses talents comme pour sa beauté et sa morgue insolente. La voir s’abaisser devant vous ou, de façon bien plus matérialiste, devant une escarcelle bien remplie, gonflait aussi l’ego de ces messieurs que leur virilité. Ladite hétaïre eut un petit rictus suffisant en observant Francesco, lequel emportait avec lui son chevalet de peinture et sa mallette.
    Image

    «Des petits pinceaux, glissa-t-elle insidieusement, voilà très bien ce qu’il faut pour te combler. »
    Elle partit d’un petit rire qu’elle interrompit sitôt que l’un de ces gros bourgeois fourra son gros museau dans son cou, et, dans une parfaite comédie, gémit doucement en se mordant la lèvre inférieure.

    Le petit groupe emprunta l’un des deux escaliers qui menaient à l’étage, le peintre soufflant quelque peu tout en supportant son barda. Ils gravirent les marches une à une, conscients des regards qui les suivaient, étonnés de ces deux clients pour le moins atypiques. Dans les couloirs, les chambres à porte close se succédaient de part et d’autre, laissant entendre par les interstices et les rideaux des bruits caractéristiques. Pendant ce temps-là, Erik explicita les raisons qui poussaient le peintre à se présenter de la sorte.

    «Messire Francesco est un peintre très connu dans son pays, en Tilée, et son art est sur le point d’éclater dans l’Empire. C’est le baron Alfred von Niebetz qui l’a pris sous son aile, et, au travers de son mécénat, l’a chargé de réaliser une toile quelque peu osée. Ca va jaser dans toutes les cours, mais, dans le privé, l’on va s’extasier de pareille fantaisie, si ce n’est pas davantage encore. Les nobles, tous les mêmes… Et Nuln est certainement le point culminant de toute cette débauche et luxure que l’on dissimule derrière une parfaite probité. Erik eut une petite grimace méprisante, suivit d’un sourire plus avenant. Mais je suis certain que vous conviendrez à merveille pour ce rôle. »

    Ils continuèrent leur route jusqu’à parvenir dans la chambre de la jeune femme. Là, ce fut Francesco qui prit le relai.

    «Je veux créer un tableau sensuale ! Erotico ! Una scena de maestro dont on va se rappeler pendant des annos ! »
    Francesco s’empara d’un tabouret qu’il plaça à une certaine distance du lit. Il observa l’angle, fit quelques mesures, et positionna le chevalet. S’emparant de la mallette, il sortit tout son matériel à peinture, ses pinceaux, ses enduits, ses huiles, ses couleurs et ses palettes. Puis il s’adressa à Irène.

    « Allez, allez, étends-toi sur le lit, denudare ti un poco, mais pas trop ! Erik ! Fais de même, et émoustille-la ! Je veux de la rougeur, je veux des vraies colori ! Je veux voir la donna, sentir son soupir dans la position, entendre sa lamento. C’est toi, la donna de l’amore ! Choisis une position, sous les caresses d’Erik, que l’on te voit bene, te, mais Erik, pas trop, en retrait, ou derrière toi ! Sensual, lussuria ! Tu dois être le point central de la pittura ! Moi, je me charge du reste ! »

    Il déplaça çà et là quelques bougies, ouvrit grand les draps du lit pourtant fait, les froissa, puis, si ce n’était pas déjà fait, enjoint fortement Irène sur le lit, puis Erik, à moitié dénudé, et n’hésita pas à lui placer les mains sur le corps de la jeune femme.

    «Esecuzione ! »

    Puis, s’asseyant sur son tabouret, regardant le couple formé à l’improviste, il attendit que ses ordres fussent suivis, qu’Irène trouvât la position idéale pour un tableau de cette envergure, selon son imagination, et commença à peindre sur sa toile dressée.

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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

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Dans tous les domaines, la compétition et la rivalité faisaient rage, et notre maison close ne faisait pas exception. Alors que je conduisais mes deux clients à travers la salle, le sifflement pernicieux d’une vipère parvint à mes oreilles. Adélaïde, une hétaïre prisée de notre bordel, venait de me lancer une pique gratuite, me regardant conduire les deux hommes avec un air rieur. D’autant que je la connaisse, cette femme avait toujours été aussi brune qu’insolente, et nous ne nous étions jamais vraiment entendues. Dès son arrivée dans la maison close, il y avait de cela quelques années désormais, une certaine rivalité inévitable s’était installée entre nous. Arrogante, elle avait toujours tout fait pour devenir la meilleure et mettre à bas la réputation des autres putains, pour sa simple gloire personnelle. Elle oubliait parfois qu’elle n’était qu’une catin pas mieux lotie que nous autres, même si elle rapportait plus d’argent que certaines.
J’avais enterré depuis longtemps toute sympathie pour Adélaïde, et, si nous gardions la face en présence de Désèle qui n’admettait aucun conflit entre ses filles qui pourrait avoir des conséquences sur son chiffre d’affaire, lorsque la matrone n’avait pas les yeux et les oreilles près de nous, c’était souvent la guerre ouverte. Ainsi, je ne me fis pas prier pour répliquer du tac au tac.

- Il est sûr que lorsqu’on s’est trop fait élargir le fondement, les petits pinceaux ne sont plus suffisants, glissai-je sur le même ton mesquin. Ceux-ci savent reconnaître la beauté là où il y en a, cependant ; reste donc avec tes charmants clients.

Et, alors qu’elle me lançait sûrement un regard noir, je la laissai se faire happer le cou par l’un des porcs qui l’occupaient avec un ricanement de circonstance.

Cette petite escarmouche – qui avait sûrement été entendue par Erik, d’ailleurs – me remit d’aplomb, et ce fut avec un petit sourire satisfait que je montai les marches en direction de l’étage, les deux hommes sur mes talons. Peindre une toile, car c’était là visiblement ce que Francesco comptait faire, était un travail long et minutieux. Il lui faudrait assurément plus de temps qu’un simple homme venu pour tirer son coup. M’empêchant par-là de m’enrichir en prenant moins de clients qu’en temps normal, il m’apparaissait logique qu’il pouvait mettre le prix pour me réserver de la sorte. J’imaginais déjà une Adélaïde furibonde si je ramenais une coquette somme à Désèle, et cette simple motivation pouvait me faire oublier tout le comportement qu’avait eu Francesco quelques minutes plus tôt.

Alors que nous franchissions les dernières marches menant au balconnet pour passer devant les portes des premières chambres, Erik m’expliqua de quoi il retournait. Voilà que ce cher messire Di Laterra était un peintre bien connu en Tilée, et commençait à faire parler de lui dans l’Empire, cette fois-ci. Je ne connaissais pas le baron dont il fut question, mais celui-ci semblait avoir l’opportunité de faire parler de lui par l’intermédiaire de l’artiste. Les nobles ne cessaient jamais de vouloir faire sensation, et cette situation ne m’était pas étonnante. Dans mon métier, j’avais vu bien trop de choses pour m’offusquer devant une toile osée, contrairement à la petite noblesse. Cependant, ces œuvres étaient rares, impies, outrageantes pour la société, et si d’aventure il en existait, les nobles qui se faisaient publiquement mécènes de telles productions se comptaient sur les doigts d’une main.

L’idée ne m’était pas dérangeante, néanmoins. Déjà, que l’on m’ait choisie pour pareille entreprise était extrêmement flatteur – et ne pourrait que servir à ma réputation. Qui sait, peut-être demanderait-on qui avait servi de modèle ? Bientôt, peut-être que l’on accourrait pour voir la rousse de la peinture, pour le plus grand plaisir de mes escarcelles, de celles de Désèle, et pour la plus grande jalousie de mes rivales. Un noble me remarquerait, peut-être, me sortant de ma vie de débauche, mais c’était là une hypothèse qui allait déjà bien trop loin, et je revins à mes préoccupations premières : l’élaboration de la peinture.

La chambre plut, visiblement, et Francesco nous enjoignait déjà à l’activité avec de grands cris et de grands gestes de la main. Son accent et ses mots qui m’étaient inconnus le faisaient paraître plus comique que sérieux, mais l’on sentait néanmoins un certain talent et professionnalisme derrière ses injonctions. Je retins le plus important – sensualité, dénudée mais pas trop, Erik présent mais en retrait. Celui-ci se dévêtit un peu mais pas trop également, et se retrouva donc torse dénudé, chausses gardées.
Je m’étendis sur les draps froissés avec minutie, sur mon côté droit. Francesco changerait ma position par la suite s’il le souhaitait, mais je trouvais celle-ci particulièrement efficace. Allongée sur le côté de la sorte, l’on pouvait suivre le contour opposé de ma taille ainsi que des formes de mes hanches qui ressortaient de par la position. Je dénudai alors mon épaule droite, abaissant ma bretelle jusqu’à mon coude, et libérant ainsi une certaine vue sur la naissance de ma poitrine. Ce côté-ci ne serait pas entièrement dénudé néanmoins, le tissu s’arrêtait juste à la lisière de mon mamelon, l’effaçant au regard. Il n’était deviné que par la légère transparence de la gaze du tissu.

Je laissai Erik faire de même avec la bretelle gauche – il devait m’émoustiller, n’était-il pas ? –, mais celle-ci glissa jusqu’à ma main pour se libérer de mon bras, cette fois-ci, permettant au tissu de s’abaisser jusque sous mon sein gauche, le galbant joliment.

- Avez-vous l’habitude de mettre en conditions les modèles de l’artiste, messire Erik ?

Un sourire amusé manqua de poindre sur mon visage, mais je gardai la face. Il me fallait prendre une expression sensual, ainsi, le rire n’avait pas vraiment sa place. Erik, allongé de la même sorte derrière moi, vint coller son bassin sur mes fesses, où j’étais certaine de bientôt sentir ses ardeurs. Il fit glisser sa main gauche jusqu’à ma cuisse, où il agrippa la tissu de ma robe pour le remonter. Fidèle à ce qu’on lui avait demandé, il ne se contenta pas de découvrir mes jambes pour la peinture, mais fit glisser doucement le tissu, pouce par pouce, pour faire monter une certaine chaleur. Lorsque la lisière de la robe atteignit la moitié de ma cuisse, il la lâcha, laissant sa main remonter jusqu’à mon sein dénudé. Là, il imprima quelques caresses avant de la laisser immobile juste sous le sein dans une position que nous pensions sympathique pour la peinture. Quant à moi, je vins me cambrer en arrière pour offrir mon cou à ses lèvres, main appuyée sur les draps froissés pour tenir correctement, dans une parfaite imitation d’amants enfiévrés.

J’attendis une quelconque approbation de Francesco, ajustai ma position en fonction de ses demandes s’il y en eut, et gardai la pose aussi longtemps que nécessaire.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 04 juin 2015, 21:39, modifié 1 fois.
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Rosewen Irène, Voie de la courtisane
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • «En doutez-vous seulement ? »
    Erik sourit à la remarque de la jeune femme, et l’observa tranquillement en train de se dévoiler. Il ne manqua pas une miette du spectacle, et vint bientôt y participer, lorsqu’il libéra l’épaule et le bras de la demoiselle des liens de la bretelle. L’homme se glissa derrière Irène, lovant son corps contre le sien, épousant ses formes et la cambrure de son dos, remontant que plus encore le bas de la robe contre sur les cuisses de sa partenaire, et enserrant sa taille d’un bras, jusqu’à ce que sa main galbât sa poitrine. Les expressions affichées par le couple semblèrent conquérir le peintre.

    «Perfetto ! Grande ! A présent, ne bougez plus ! »

    Francesco se révélait très lunatique ; il pouvait changer d’humeur comme une putain changeait de partenaire. Après s’être endêvé à l’encontre d’Irène pour une première rencontre qui l’avait laissé sceptique, voilà qu’il ne se lassait pas de témoigner de son allégresse.

    «Vedo… Vedo un fond uni, d’ambre ! Des colori foncées, au plus sombre de la nuitée, dans les contours opprimente ! Et, al centro, le couple qui s’unit, dans la sensualita, l’erotismo ! Et… Une toccare de désespoir, comme si c’était la dernière fois, la dernière nuit, avant la morte

    L’homme était tout feu tout flamme, et s’extasiait par avance du chef-d’œuvre qu’il souhaitait faire. Il semblait avoir en tête une image bien précise de la future scène qu’il s’apprêtait à peindre, avec les détails qui allaient de pair, et la mélancolie, la passion qui unissait les deux personnages avant une fin toute proche.

    Sortant de sa mallette de petits bocaux, Francesco s’employa à broyer les différents pigments à l’aide d’un mortier et d’un pilon, et mélangea la poudre obtenue avec un liant. D’un œil aiguisé, il captura les dimensions de la jeune femme et du lit sur laquelle elle reposait et les reproduisit à la va-vite, dans des esquisses floutées et striées. La forme générale de la scène apparut alors, qu’il intensifia en usant d’une grisaille contrastée et concolore. Délaissant ses crayons pour s’emparer de ses pinceaux qu’il trempa dans les nouvelles huiles ainsi formées, condensa les traits, les précisa, donnant relief et profondeur à sa peinture. Ce début de représentation s’était étalé sur quelques heures déjà.
    Test d’END.
    Endurance d’Irène : 8.
    Bonus : volonté de fer : -1.
    Résultat du test : 4-1 = 3 ; réussi.

    Endurance Erick : /
    Résultat du test : 1 ; réussite critique.

    Tenir une position immuable, servir de modèle sans jamais devoir bouger, ne serait-ce que pour esquisser le moindre mouvement, requérait pour sa réussite une volonté de fer et une patience infinie. Francesco s’était attendu à ce que la catin craquât, que trop désireuse de se délier les muscles, de s’étirer, de s’étendre sur le lit, voire de marcher un peu pour se dégourdir les jambes. Que nenni. Irène maintint son port avec la même élégance, la même sensualité qu’elle avait affectées lors du début de la pose, sans jamais se plaindre ni remuer. Erik, de son côté, affichait la même patience, inébranlable, se contentant de jouer le rôle de l’amant enfiévré. Il arrivait, toutefois, que l’homme profitât de sa position ; ses mains baladeuses caressaient subtilement les formes de sa partenaire, pelotant très doucement ses seins, titillant leurs pointes, et son bassin se pressait contre ses fesses avec une langueur affirmée comme ses lèvres venaient se presser contre le cou de la jeune femme. Il s’en donnait parfois à cœur-joie, mais n’était-ce pas ce qu’avait préconisé le maestro ? Irène, dans son rôle, ressentait toutes ces attouchements, et, de temps à autre, relâchait un petit soupir çà et là, et son visage se teintait d’un délicat rose qui maintenait la nuance originelle du tableau.
    Pour autant, le temps et l’espace ne s’en forlongèrent pas moins.

    Les petites heures annonçant l’arrivée imminente du jour sonnèrent bientôt. L’endurance extraordinaire des deux figurants avait mené Francesco bien plus loin qu’il ne l’avait cru de prime abord, et le tableau paraissait bien avancé.

    «Magnifico. Ce sera une scena de maestro. Je pense qu’il me suffira d’une dernière notte pour en avoir terminé avec vous. »

    Lui-même semblait bien fatigué, et cela se ressentait dans l’expression de son visage, dans ses yeux, et dans le ton de sa voix, bien moins exubérant qu’il ne l’avait été en début de soirée. Il rangea son matériel.
    Descendant du lit, étirant, soulageant ses muscles douloureux, ainsi que le faisait Erik, Irène put s’apercevoir que le tableau semblait effectivement prometteur, et cela alors que le peintre n’avait dessiné que le centre, leur scène, elle-même non terminée.

    «Tiens, le paiement de la soirée. Je reviendrai ce soir.»
    Ce faisant, il lui remit une dizaine de pistoles, soit quelque dix fois plus que ce que la catin obtenait d’ordinaire. Voilà qui représentait un joli frusquin, encore que, comme à l’accoutumé, Irène devait remettre la moitié de la somme à Désèle sitôt sortie de sa chambre. Après quoi irait-elle sûrement se reposer, si elle le souhaitait. A moins qu’elle n’eût une autre idée en réserve ?

    Raccompagnant ses deux clients, notamment un Erik intéressée par sa personne, se rendant dans le bureau de Désèle, ou pour toute autre activité, Irène croisa un nouveau venu, en cette heure plus que matinale, là où le monde tendait à s’éveiller dans les chaumières.

    Image

    D’un pas léger, il s’approcha d’elle après l’avoir repérée, souriant d’une manière franche et avenante.
    «Excusez-moi, damoiselle, mais je préfère de loin vous tenir compagnie, à vous, plutôt qu’à ces lourdauds qui gardent votre établissement, et cela, ne serait-ce que pour les quelques secondes qui me suffiront pour poser une question ; où puis-je trouver Désèle ? »

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Irène Rosewen
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

La position que nous avions choisie plût au peintre ; il partit dans de grandes exclamations théâtrales. Loin du Francesco furibond dont j’avais eu à faire quelques minutes plus tôt, il s’avéra d’extrême bonne humeur, comme transporté par son art passionnel. Je ne savais pas s’il reproduirait nos traits et notre position à l’identique ou s’il adapterait à même la toile, mais notre allure principale le satisfit ; je restai donc ainsi, appuyée sur le côté, le cou offert à Erik.
Je n’avais pas l’habitude de telles activités, et cela me changeait agréablement. Bien qu’étant catin depuis plusieurs années déjà, le corps avait parfois besoin de se remettre, et cette pause parmi mes fonctions routinières était bienvenue. Ce furent mes réflexions durant les premières heures ; passée la troisième, je commençai à fatiguer, néanmoins. La position sur le côté n’était en rien dérangeante ; en revanche, garder le cou légèrement en arrière, ouvert à Erik, était plus délicat. Je me reposai de temps en temps sur lui lorsqu’il venait baiser la peau fine de mon cou, mais je devais m’en remettre à ma seule volonté pour tenir le reste de la séance. Ce ne fut pas une mince affaire.
Tendue, engourdie, le désir de bouger fut fort, et la quatrième heure fut un calvaire. J’espérais que cela ne se retranscrivait pas sur mes traits ; Erik était là pour m’aider, de toute manière. Celui-ci prit son rôle bien à cœur, d’ailleurs. Aussi droit qu’une statue, il tenait la position sans broncher, et sans oublier son rôle que de me « garder en condition ». Tranquillement, sa main gauche parcourait mon corps, s’attardant principalement sur les formes de ma poitrine, glissant jusqu’à la butte de ma hanche, effleurant le tissu de ma robe dans un doux chuintement. M’était d’avis qu’il n’avait pas forcément la tête à servir de modèle, à certains moments, et que si Francesco n’était pas présent, ses mains se feraient bien plus baladeuses. Cet aspect des choses m’amusa ; tout fiévreux qu’il pouvait l’être, il ne pourrait satisfaire ses envies. C’était là un point de vue assez cocasse, sachant ce que j’étais et que ma principale fonction était de justement satisfaire les hommes. En tous les cas, cela m’aidait à me concentrer sur autre chose que l’immobilité douloureuse de mes muscles, et passée une nouvelle heure, celle-ci sembla disparaître, mon corps s’y accoutumant.

Cela ne m’empêcha pourtant pas de lâcher un soupir de soulagement lorsque l’artiste décréta la fin de la séance. Je me redressai, massant mon cou endolori. Francesco aussi commençait à fatiguer, malgré la lueur satisfaite qui luisait dans ses yeux, et lorsque je jetai un œil à la fenêtre, je pus me rendre compte que l’aube pointait déjà ses lueurs à l’horizon. Ainsi, je n’étais pas éreintée pour rien ; il fallait dire que je n’avais pas chômé, cette nuit-là.
Réajustant ma robe et lissant les plis, je reçus avec satisfaction la bourse d’une trentaine de pistoles que je fis tinter entre mes doigts. Si je recevais la même somme la fois suivante, eh bien, il fallait dire que j’avais eu de la chance d’avoir été choisie pour cette affaire-là. Qu’elle serve à mes économies ou à quelque plaisir particulier, cette monnaie me servirait assurément. Je vins l’ajouter au reste des recettes que j’avais faites en début de nuit, et reconduisis mes deux clients au rez-de-chaussée.

- A ce soir, messires. Je ferai en sorte que la chambre ne soit pas utilisée jusqu’à votre retour, pour que les draps gardent leur position. Au plaisir.

D’un mouvement de tête, je les saluai, non sans un regard forlongé et un sourire en direction d’Erik. Je sentais qu’il était possible qu’il revienne, une fois le tableau terminé, et non pas pour une nouvelle séance d’art cette fois-ci. C’était toujours cela de pris pour mon pécule.
Une fois les deux hommes hors de vue, le cou encore raide de la séance de peinture, la fatigue sembla s’abattre sur moi d’un coup. Mes épaules s’affaissèrent quelque peu ; j’avais bien besoin de sommeil. Je devais aller donner son tribut à Désèle avant cela, néanmoins.

Il régnait désormais une certaine quiétude dans la grande salle, loin de la clameur ambiante de cette nuit. Certains clients matinaux commandaient quelques friandises en reluquant quelques filles. Notre établissement était ouvert à chaque heure, les catins se relayant selon des horaires bien précis ; ainsi, les clients pouvaient toujours venir selon ce qui les arrangeait. Certains passaient avant leurs activités journalières, profitant du calme ambiant, d’autres, au cours de la journée ; mais la soirée et la nuit constituaient toujours l’apogée de notre activité.

Je pensais en avoir terminé lorsqu’un homme m’accosta. Fringuant, l’air frais de celui qui commence sa journée en pleine forme – tout l’opposé de ma personne en cet instant, assez éreintée –, un homme d’apparence plutôt riche demanda à voir Désèle. Celle-ci devait être dans son bureau, à cette heure. En temps normal, il nous fallait la prévenir qu’on la demandait ; elle décidait ensuite de faire suite ou non, mais quelque chose chez cet homme me donna la sensation qu’il ne serait pas bon de le faire attendre. Et un client mécontent, surtout s’il était riche – voire noble – mettait toujours Désèle dans une humeur massacrante.

- Vous êtes chanceux, j’allais justement la voir, répondis-je, avenante, effaçant tant bien que mal la fatigue qui s’affichait sur mes traits. Suivez-moi. Je jetai un œil vers nos gardes alors que nous marchions en direction de son bureau. Ils ne semblaient pas avoir entendu le qualificatif de l’inconnu.

Les cheveux blond cendré bien entretenus, des vêtements de bonne facture, une rapière à la garde, tout semblait indiquer qu’il s’agissait d’un noble, ou d’un riche bourgeois. Peu quémandaient de voir la patronne, en tous les cas. Intriguée, je gardai néanmoins un silence respectueux alors que je le menai à travers les couloirs. Je croisai une Adélaïde aux cernes naissantes, et, avec un sourire effronté, fit tinter la bourse que je tenais en main à son passage – bourse qui devait être bien plus remplie que la sienne.
Lorsque l’homme et moi fûmes arrivés devant la porte du bureau de Désèle, je me tournai à nouveau vers lui :

- Attendez-moi ici, je vous prie. Je ne sais si Désèle vous recevra, mais je vais lui noter votre présence. Sous quel nom dois-je vous présenter ?

Après qu’il m’ait répondu, j’entrai voir Désèle. Celle-ci était assise derrière son bureau, probablement occupée à faire les comptes de la nuit passée. Elle leva un regard vers moi, à moitié intéressée par ma personne à travers toute sa paperasse.

- Tenez, votre part, fis-je en empilant la moitié de mes pistoles gagnées cette nuit. Le peintre n’a effectivement pas lésiné sur les moyens. Un homme a également demandé à vous voir, il attend dans le couloir, ajoutai-je après une pause. Je lui fournis le nom que m’avait donné l’inconnu. Grand, beau garçon, assez riche. Dois-je le faire entrer ?
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 05 juin 2015, 23:44, modifié 1 fois.
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[MJ] Vivenef
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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par [MJ] Vivenef »

  • «Voilà qui tombe à merveille, répondit-il en hochant doucement la tête. Je vous suis. »
    L’homme était effectivement bien vêtu, et semblait affecté par l’apparence qui se reflétait de sa personne. Une chevelure cendrée, pour le moins atypique dans ses longues mèches qui virevoltaient en fonction des mouvements de son visage, un début de barbe qui, si cette dernière donnait l’impression d’être laissée poussée, devait en vérité être finement taillée, et une expression qui se voulait avenante et sympathique –travaillée ? Il avait revêtu une large et longue veste qui s’apparentait quelque peu aux longs et lourds manteaux que chérissaient d’ordinaire les répurgateurs et les gens de l’Inquisition, et la tunique qu’il arborait en-dessous semblait de bonne facture. Une ceinture ceignait sa taille à laquelle était suspendu le fourreau d’une rapière.

    Tandis qu’Irène se dirigeait vers le bureau de sa matrone, l’homme nota le petit coup d’œil qu’elle jeta aux gardes.
    «N’y voyez là aucune médisance de ma part, sourit-il doucement. Disons qu’il s’agissait là d’une extrapolation bien placée pour traduire le fait que je préfère la compagnie d’une femme à celle de son homologue masculin. »

    Ils traversèrent tous deux la grande salle, et le petit signe ostentatoire qu'Irène accorda à Adélaïde fit réagir cette dernière.
    «Je savais bien que ça te réussirait, les petits pinceaux.» Il y avait un dédain évident, dans cette simple remarque. Mais son regard suivit plus que de raison la petite escarcelle que lui avait exhibée sa rivale. Puis Irène et l'inconnu continuèrent leur chemin jusqu’à parvenir dans un petit corridor reculé au bout duquel était situé le bureau de Désèle. Lorsque vint le moment de décliner son identité, le visiteur s’exécuta.

    «Vous pouvez annoncer Erwan d’Ablaÿ, venu lui faire une proposition qui devrait s’avérer intéressante. » Et Irène rentra.

    Le bureau de Désèle n’était pas autre, en vérité, que sa propre chambre, à cela près que la table qui occupait chacune des autres chambres du bordel était recouverte de bien plus de paperasseries. Plus spacieuse également, un long paravent aux nuances rouges et aux motifs de Cathay venait séparer la pièce en deux, masquant de son tissu légèrement transparent le lit et le coin privé de la matrone. Tout juste levée après avoir dormi le restant de la nuit, contrairement à la jeune prostituée qui venait de toquer à sa porte, Désèle s’apprêtait devant son guéridon surmonté d’un tout petit miroir.

    Image

    «Irène, oui ? », demanda-t-elle en haussant un délicat sourcil. Il ne fallut pas davantage de paroles ; elle saisit immédiatement les raisons de la venue de la jeune femme lorsque cette dernière lui présenta les piécettes.
    «Une jolie somme, Irène ! » s’exclama-t-elle avant de rediriger le regard sur le miroir. Visage tourné à quarante-cinq degrés, l’on pouvait lire à ses yeux bien arrondis et à ses sourcils bien arqués par son occupation toute la concentration qu’elle mobilisait pour mettre ses boucles d’oreilles.

    «J’imagine qu’ils ont été contents de toi, ma fille, et j’espère que ça n’a pas été trop dur pour toi. Ces peintres étrangers peuvent se montrer si… Bizarres, parfois ! Dis-moi, le tableau est-il fini ? Il faudra que j’aille jeter un coup d’œil là-dessus. »

    Puis Irène lui toucha deux mots concernant le certain Erwan d’Ablaÿ qui, alors, patientait devant la porte.

    «Tiens, ce nom me dit quelque chose. Tu dis ? Grand, beau garçon, assez riche, et il ne vient pas pour l’une de nos filles ? Je vois. Dis-lui de patienter encore une minute ou deux, que je termine de me préparer, et je le recevrai. Tu peux aller te reposer, Irène ; tu ne reprendras que ce soir. »

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Re: [Irène Rosewen] Dans l'ombre des puissants.

Message par Irène Rosewen »

La remarque de l’inconnu fit retrousser les coins de mes lèvres en un sourire amusé ; il semblait désireux de se justifier, pensant peut-être que ses propos m’avaient gênée.

- L’on ne peut rien vous reprocher là-dessus ; surtout pas nous. Nous aurions fait faillite depuis bien longtemps si aucun homme ne préférait la compagnie des femmes à celle de nos gardes ! Imaginez un peu…

L’image d’une maison close proposant des hommes musclés au lieu de femmes m’apparut à l’esprit et manqua de ruiner mon sérieux définitivement. Je secouai la tête avec une petite exclamation, continuant à le conduire vers le bureau de Désèle. L’expression d’Adélaïde que je croisai sur le chemin m’emplit d’une froide satisfaction ; peut-être s’y reprendrait-elle avant de jouer la hautaine, la prochaine fois.

Arrivée sur le pas de la porte de Désèle, l’homme me donna finalement son nom. Erwan d’Ablaÿ. Il ne m’évoqua rien de particulier, mis à part la confirmation qu’il devait être noble. Cela devait être la première fois qu’il venait en notre établissement, du moins à ma connaissance ; si j’avais un jour croisé cet homme, je m’en rappellerais sûrement. Il ne faisait pas partie des visiteurs que l’on oubliait facilement.
Désèle se révéla tout particulièrement de bonne humeur. Pimpante, en train de se préparer pour la journée après une nuit salvatrice, elle me jeta un œil rapide avant de rester concentrée sur ses bijoux.

- Une jolie somme, effectivement. Le peintre est assez exubérant et lunatique, mais il n’a cessé de promettre un tableau de maestro tout au long de la séance, alors j’imagine qu’il était plutôt satisfait. Le tableau n’est pas fini, non ; ils reviennent ce soir. J’espère que cela sera moins long cette fois-ci, je ne suis vraiment pas habituée à rester immobile de la sorte. J’étirai mon cou pour faire écho à mes paroles.

Elle me nota ensuite qu’elle allait recevoir Erwan et que je pouvais prendre congé jusqu’au soir. Je lui souhaitai une bonne journée et sortit tranquillement. Une fois la porte refermée, je me tournai vers le blond :

- Désèle va vous recevoir dans deux minutes. Je vous la laisse de bonne humeur et dans ce qui me semble être de bonnes conditions pour les affaires. Je m’autorisai un petit clin d’œil et un sourire. Au plaisir monsieur d’Ablaÿ, et à bientôt… peut-être.

Je m’éloignai en direction de l’étage, non sans un dernier regard appuyé pour cet homme. J’étais curieuse des raisons de sa venue, et si d’autres filles l’avaient vu, cela jaserait allègrement sur ce qu’il était venu faire ici. Mais au-delà de ma curiosité, les raisons de mon observation étaient bien plus matérialistes : cet homme était tout simplement bien agréable à regarder, il n’y avait nulle honte à l’avouer.
Il nota possiblement mon regard, et si jamais nos prunelles se croisèrent à nouveau, je lui souris une dernière fois de l’un de mes plus charmants sourires avant de disparaître de sa vue dans un autre couloir.

Je remontai dans ma chambre, et rangeai précautionneusement mes recettes de la nuit avec le reste de mon argent. Nous avions toutes une petite cachette personnelle dans notre chambre pour cela ; dans mon cas, c’était dans le petit placard qui me faisait office d’armoire, enfoui dans un coin sous le tissu de mes robes. Une cachette primaire qui ne ferait pas long feu si l’on décidait de fouiller correctement ma chambrée, mais c’était le minimum. Voler une autre fille de l’établissement était l’une des pires hontes que pouvait s’attirer une catin des Plaisirs Terrestres, mais il y en avait parfois malheureusement, sans que l’on trouve à chaque fois qui était la responsable.
Une fois ceci fait, j’étendis ma robe sur ma petite chaise, tentant de la froisser le moins possible, de façon à pouvoir la porter à nouveau pour la prochaine séance de peinture. Ma tête et mon cou accueillirent avec soulagement l’oreiller, et je ne mis pas longtemps à m’endormir.

Les Plaisirs Terrestres fourmillaient constamment d’activité ; il n’était pas rare que notre quota de sommeil soit brusquement interrompu par certains clients trop bruyants – qu’ils aient un peu abusé sur la boisson ou qu’ils soient simplement exubérants pendant l’acte. Cette fois-ci, des coups réguliers de la chambre voisine – celle d’Ambre –, qui supposaient qu’ils faisaient cela à même le mur, eurent raison de mon sommeil. Je me réveillai donc aux alentours de treize heures, encore un peu fatiguée, mais je n’eus pas le cœur de rester au lit. Pensant à tout l’argent que je m’étais fait la nuit dernière, une envie d’emplettes me prit. Je me préparai donc prestement, avec une robe des plus sobres dans laquelle personne ne pouvait me soupçonner d’être catin à moins de me connaître, et, avec une petite bourse remplie d’une vingtaine de sous, je partis traverser les étals de marché.

C’était une journée ensoleillée, et beaucoup de monde passait dans les rues. Au loin, le temple sonna quatorze heures, et je commençai à flâner parmi les marchands. Je n’avais aucun achat précis en tête, si ce n’était quelques friandises que j’apporterais à Elisa en rentrant. Celle-ci était l’une des femmes qui m’avait élevée à la maison close et avec qui j’étais assez proche ; et il y avait une petite semaine que je n’avais pu avoir une vraie conversation avec elle, car elle travaillait de jour actuellement. Ainsi, notre temps libre se chevauchait uniquement pendant la petite heure qui suivait sa journée pour elle, alors que c’était l’heure qui précédait la nuit de travail pour moi. Je comptais passer la voir avant d’entamer ce soir, histoire de pouvoir lui conter cette séance de peinture et le passage d’un mystérieux et charmant noble souhaitant faire affaire avec Désèle.
J’envisageais donc d’acheter quelques parts de linzertorte, peut-être : je savais qu’elle adorait cela, et je connaissais une très bonne pâtissière dans le quartier, non loin des Taudis. Je me rapprochai donc de cette cette direction.

En passant devant plusieurs étals parmi lesquels les marchands attiraient les clients à grands cris, je tombai sur un homme qui vendait ce qui semblaient être des vieilleries. Il proposait quelques colliers et amulettes dont il assurait les vertus magiques et protectrices, mais ce ne fut pas ce qui attira mon regard. Un livre, ancien et qui avait dû posséder un certain cachet à l’époque de sa confection, mais qui était aujourd’hui rapiécé et usé, trônait sur l’étal. Cela m’intrigua, car il n’était pas courant que de voir des livres en vente ailleurs que chez les riches marchands dont les clients étaient aisés et cultivés. Je n’étais pas même sûre que le vendeur sache lire lui-même. Ce qui était également mon cas ; jamais je n’avais pu apprendre à déchiffrer une seule lettre. Et je crois que ce fut justement cet aspect de ma vie, cette incapacité à pouvoir déchiffrer ce petit tas de feuilles insignifiant, qui me donna la stupide envie de l’acquérir.

- Aah, l’on est intéressée par mon livre sur les contes et anciennes légendes de Nuln, ma p’tite dame ?

Il pouvait tout aussi bien parler des légendes de la ville ou de la façon de traire les chèvres ; je n’avais aucun moyen de le vérifier. Mais peut-être qu’un jour quelqu’un pourrait me le lire ? En fait, je pensais à l’une de mes collègues, ancienne riche bourgeoise, qui, suite à la faillite de sa famille, était tombée parmi nous. Mais elle avait appris à lire, si mes souvenirs étaient bons, même si pas parfaitement. Des légendes urbaines sur Nuln pour égayer l’une de nos soirées, cela pouvait être sympathique, sous réserve que nous ne les connaissions pas déjà.

- Je vous en fais un prix d’ami : trente sous.

- Trente sous ? répondis-je, les yeux écarquillés pour quelques secondes. Vous plaisantez ? Il est vieux, déchiré, c’est à peine s’il ne perd pas ses pages, s’il n’en manque pas déjà. Non, il n’en vaut pas même cinq.

Quelques autres clients qui regardaient les amulettes levèrent les yeux vers nous, prêts à assister à l’échange. C’était toujours intéressant, de voir qui du client ou du marchand aurait le dernier mot.


Quelques temps plus tard, je rentrai au bordel, avec mes parts de linzertorte – et du livre, si jamais le marchand avait accepté de baisser son prix, sans quoi, je ne l’aurais pas pris. Ainsi que je me l’étais promis, je passai voir Elisa, et nous parlâmes un bon moment entre nos bouchées de gâteau.
Vint ensuite le temps de me préparer pour la nouvelle soirée. Fraîche comme un gardon, remettant la robe de la veille, je descendis à nouveau les escaliers rouges de la salle d’accueil, cherchant du regard Francesco et Erik, s’ils étaient déjà présents, voire un Erwan d’Ablaÿ, qui sait. Encore courbaturée de la séance de peinture de la veille, j’espérais en tout cas que cela serait moins long cette nuit-là.
Modifié en dernier par [MJ] Vivenef le 06 juin 2015, 20:14, modifié 2 fois.
Raison : 6 xp / 29 xp . +1 CHA = 4 xp restant
Rosewen Irène, Voie de la courtisane
Profil: For 9 | End 10 | Hab 11 | Cha 13 | Int 11 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65
Lien Fiche personnage : Ici
Compétences : Séduction, Baratin, Bas fond, Sens du détail, Déplacement silencieux, Volonté de fer, Fuite, Crochetage

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