L’Aura de Dhar qui enveloppait le nécromancien telle une ombre malfaisante causait un certain effroi chez la vieille carne qui continuait de s’agiter et de renâcler frénétiquement pendant que Grogmar s’affairait à la détacher de la charrette. Nahar quant à lui ne se souciait guère de la particularité du serviteur du Vampire, après tout il était monté par un mort-vivant et avait été élevé par ces derniers, il y avait d’ailleurs de fortes chances que sa carcasse continue de servir Vladimir même après avoir rendu son dernier souffle. Il était en effet commun pour les Seigneurs de la Nuit de chevaucher des montures à moitié décomposée et relevée par la magie nécromantique. Par prudence, l’humain avait finalement décidé de monter à l’arrière de la carriole dont il était jadis le prisonnier et de se mettre à la place de cocher. Dans un claquement de rennes, il fit faire un demi-tour périlleux au vieux cheval qui semblait s’être quelque peu apaisé et se mit à la hauteur de Vladimir avant de prendre la direction du village.
Le vieil attelage était quelque peu bancal et s’enfonçait aisément dans la boue et les trous qui jonchaient le sentier. Tandis qu’ils se mettaient en route vers le village, Grogmar se tourna timidement vers Vladimir et s’adressa une nouvelle fois à lui. Tout en l’écoutant, les pensées du Vampire étaient tournées vers l’utilité que pouvait représenter son nouveau serviteur, il était encore fort novice et ne pourrait sans doute pas lui apporter une aide décisive dans un premier temps, au contraire, il risquait même d’être un poid qu’il faudrait contrôler pour éviter qu’il ne commette malencontreusement un impair. Par ailleurs, une fois sa formation avancée, il serait en mesure de renforcer l’emprise que pouvait avoir le Vampire sur les morts-vivants et cela valait sans doute la peine de s’accommoder de sa présence, bien sûr Kergan pourrait toujours s’en débarrasser s’il était d’une inutilité notoire, mais les choses n’en étaient pas encore là.
Un seigneur qui part en emmenant toute sa garde et en laissant la population à son sort, voilà qui n’est guère intelligent. Mais plus rien ne me surprend venant de cette pathétique engeance Humaine. Il n’est guère étonnant pour ces gueux d’aller quérir l’aide d’un autre noble, l’esprit d’initiative ne fait pas partie des rares compétences de la petite populace, si tant est qu’elle n’en ait jamais eu. Pesta le Comte, montrant toute l’étendue de son mépris pour le genre humain, celui duquel il faisait partie autrefois et qu’il avait depuis bien longtemps renié en même temps que ses sentiments ou émotions.
Je tâcherai de convaincre ces gens de se rallier à moi et prendrez possession de ces terres dans un premier temps, cela fera une base d’opération parfaite pour étendre mon influence sur ce territoire qu’est le Duché de Moussillon. De là je ferai en sorte de prendre contact et de tisser des liens avec le Comte d’Aucassin. Maître, Prince de la Nuit, Seigneur Kergan. Voici les titres dont tu pourras me parer. Tu feras silence lorsque je m’adresserai à ces villageois qui d’ailleurs nous attendent un peu plus loin.
En effet, en approchant du village, le Vampire avait perçu un cri qui ressemblait à une alerte. Il ne faisait aucun doute qu’ils étaient attendus mais cela était largement prévisible. Psalmodiant quelques paroles incompréhensibles, le Prince de la Nuit attira à lui les vents de magie, il ne s’agissait cette fois pas de la Dhar mais d’une forme de magie relativement simpliste, primaire mais qui pouvait permettre de faciliter la vie dans beaucoup de situations. Si tout se déroulait comme prévu, Kergan paraîtrait encore plus puissant et sa prestance ferait passer n’importe quel Chevalier du Graal pour un vulgaire bouseux à côté de sa magnificence. Le comité d’accueil qui se trouvait aux portes du village était composé d’une vingtaine de paysans, tous plus craintifs les uns que les autres et armés de fourches ou autres outils rouillés dans les tréfonds de leurs chaumières, pathétique. Un homme plus âgé qui se trouvait être le forgeron selon les dires de Grogmar semblait les diriger, il paraissait quelque plus assuré.
Halte là ! Qui êtes-vous Cria-t-il à l’adresse du Cavalier Noir avant de se tourner vers Grogmar et de lui demander de se justifier quant à son retour. A vrai dire, il semblait craindre beaucoup plus Vladimir qui de par sa stature ressemblait plus à un Noble, cela s’était ressenti à la différence d’interpellation. Le Vampire fit avancer Nahar de quelque pas en levant lentement la main, se mettant dès lors au premier plan et recentrant l’attention sur lui-même et non plus sur le Nécromancien. Il mit ensuite pied à terre et s’avança lentement dans la direction des paysans de quelques pas, sa voix prit une teinte compatissante et bienveillante, une intonation qui était rare chez le Comte, fort heureusement la politique et les intrigues de la Cour Noire lui avait permis de manier les expressions et les mots tel un fin tacticien.
Bonjour à vous, habitants du Guet. Je me nomme Vladimir Kergan, Noble de la région du Lyonesse et je viens à vous, par la volonté de la très sainte Dame du Lac et la situation est encore pire que je ne pouvais l’imaginer. Où est le Seigneur censé protéger ces terres ? Ou se trouve la milice chargée de veiller à votre protection à vous, villageois ? Je ne vois là que des hommes fatigués et ronger par la crainte de se voir assaillit par des bandits ou pire encore, par la chose que j’ai vu attaquer ce Prêtre de Morr et les gens qui l’accompagnaient, un Cavalier à tête de squelette ! Tonna le Comte Vampire en pointant un doigt vers la charrette sur laquelle se trouvait Grogmar.
Je ne suis pas arrivé à temps pour les sauver, le monstre avait déjà tué le Tavernier et la personne qui dirigeait cet attelage quand j’ai pu le mettre en fuite. Certains ont pu fuir d’après les dires de ce Prêtre qui voulait vous venir en aide et que vous avez condamné sans formes de procès. La Dame est venue à moi en rêve, elle m’a confié la détresse de votre peuple et l’allégeance douteuse de celui dont vous attendez le retour. Permettez-moi d’assurer votre sécurité, à vous tous et de confronter le lâche qui vous a abandonné s’il ose revenir ici après vous avoir laissé à la merci de Démons.
Kergan ponctuait son discours de gestes et mouvements théâtraux, mais il savait que cela avait toujours de l’effet sur le petit peuple qui était très vite impressionnable. Il était dans leur intérêt de se soumettre à Sa Volonté, sinon il serait obligé de les tuer.