Contrairement à l'Altmarkt, quartier mal famé où se regroupent les pires auberges de la ville, repaires de brigands et bandis en tout genre, maison closes les plus sordides les unes les autres ; l'Osttor (Autrement dit, quartier de la porte est) fait office de quartier bourgeois dans le coin. Les larges allées bien propres sont bordées par de grandes maisons spacieuses et confortables. On y retrouve un peu de tout : De belles auberges bien entretenues, des cabarets, le Collège Royal de Musique où l'Orchestre de Middenheim, l'Opéra de Middenheim et la troupe royale de ballet de Middenheim y avaient élu domicile ; ou encore le siège social de la Gehismsech-Sigfround-Hoffenhalzen, la plus grande entreprise de livraison de messagerie et courrier du Middenland.
Durant la journée, on peut croiser dans la rue tous les gens qui se rendent travailler soit dans les Kommissions, soit dans diverses affaires commerciales, ou encore les artisans un peu plus riches qui réussissent bien dans leur domaine.
La nuit par contre, tous ces beaux travailleurs se transforment animaux de fête ( Sisi, party animals ! ). L'Osttor est l'un de ces quartiers bien à la mode où il est bon de se faire voir. De nombreux établissements y proposent différentes ambiances, passant du extra-voyant de la Chute du Templier : bar à cocktail où seul un habillement de bon goût, voyant et à la mode pouvait nous faire entrer ; La Lune Chantante : Cabaret tenu par une elfe où l'entrée se fait au moyen d'une adhésion au coût de 20 couronnes par an ( Mais on y tient la plus fine qualité de boissons de tout Middenheim selon les rumeurs ! ) ; Ou encore par Le Temple et l'Arche : bordel le plus luxueux et dispendieux de toute la ville, discrétion garantie.
Horst, notre cher mercenaire se trouvait donc dans l'une des auberges de ce quartier nommée La Bonne Échoppe. Établissement plutôt tranquille, la plupart de la clientèle étant de type bourgeoise. Les prix sont un peu plus cher que dans les endroits mal famés de l'Altquartier. Mais encore là, on y offre pas du tout la même chose. Ici, les chambres sont grandes, propres ; les lits confortables. La nourriture y est excellente, préparée à tous les jours par deux employés Halflings qui rivalisent d'ingéniosité. On y sert de la bière et du vin de qualité, loin du vinaigre ou de la pisse de chat que l'on offre dans des endroits moins aisés ! Et si l'on décide de délier les cordons de sa bourse, le propriétaire peut se montrer généreux et sortir de grands crus de la cave à vin au sous-sol.
Parlant du propriétaire, Karl Hirtzel, la cinquantaine dépassée, barbu, bon vivant, tendance à l'embonpoint. Un honnête aubergiste, et la raison pourquoi Horst se trouvait ici spécifiquement.

Voyez-vous, après la mort de sa femme Ostelle, Horst s'était rendu à Middenheim afin de trouver il ne savait pas trop quoi. À son arrivée, il s'était souvenu que sa femme avait un cousin très proche qui tenait une auberge dans la ville.
Voilà donc pourquoi il se trouvait spécifiquement ici, et non pas dans un trou malpropre du quartier un peu plus au sud.
***
Nous sommes le matin.
Tu te réveilles difficilement de la cuite de la veille. Encore une autre nuit à boire dans une taverne de l'Altquartier, là où les établissements offrent une bière insipide coupée à l'eau pour quelques sous de cuivre. Tu restes quelques minutes couché les yeux ouverts à regarder le plafond, réfléchissant à cette vie de misère et d'alcoolisme qui ne mènent nulle part… sauf peut-être la taverne suivante. Chaque nuit, une nouvelle auberge à boire de la pissette à 2 sous. Chaque nuit, t'endormir avec le brumeux souvenir de ta femme et de tes enfants égorgées sans raison.
Le doux fumet qui s'échappe des cuisines en bas te convainc de te lever et affronter la nouvelle journée. Rien de mieux qu'une bonne assiettes des saucisses préparées spécialement par le cuisiner Halfling - Tom Fierpetons qu'il s'appelle ? - pour se remettre en forme.
Laissant tes fourrures en haut - Karl a été bien spécifique, pas question de perdre des clients de la petite bourgeoisie pour cause de vêtements malpropres - ainsi que ta hache équilibrée - ou comment faire débarquer la garde de la ville plus vite qu'un répurgateur aux fesses d'un mage -, tu sors de ta chambre et descends vers la pièce centrale, quasi-vide à cette heure-ci. Seuls un couple de touristes venus d'Altdorf déjeunaient en silence.
À peine assis au comptoir que Karl débarque avec une assiette pleine de saucisses de porc, poireaux et vin blanc préparées le matin même, et un morceau de pain frais. Sans oublier un bonne pinte de bière mousseuse !
«Tiens mon gars, rien de mieux pour te ragaillardir qu'un vrai petit déjeuner middenlandais bwahahaha » fit-il tout sourire en te donnant un bonne tape dans le dos.
C'est ainsi que tout en mangeant, ton cousin te discutait de la pluie et du beau temps, des dernières nouvelles de la ville, l'état de la reconstruction du quartier à la suite du passage de la d'Archaon et de ses troupes chaotiques et autres futilités.
Pourtant, son regard s'assombrit alors que l'unique couple présent quitta l'auberge pour la journée. Ce qu'il avait à dire semblait peser lourd.
« Écoute mon gars. J'taime bien tu sais, et puis Ostelle n'était rien de moins que ma petite soeur à mes yeux. C'est vraiment horrible de finir ainsi, et vos pauvres gosses… je peux pas y croire..
Voilà bientôt une lune que tu loges ici sans rien payer. Non pas que ça me dérange ! Tu sais, la famille c'est important pour moi et tu es autant mon cousin que les autres. Mais bon, avec Archaon qui a débarqué ici il y a deux mois et qui a démoli la moitié de la ville, la clientèle se fait rare, les gens fuient Middenheim. Y'a plus de cadavres qui trainent dans les rues, c'est déjà ça, mais plus personne ose se pointer en ville quand même.
En temps normal, Ulric m'en soit témoin, jamais je ne t'aurais demandé un sou pour t'héberger! Ma maison est ta maison cousin. Mais voila, les temps sont durs, et ça coute de devoir te le dire, mais je pourrai plus te garder à mes frais ici.. »
Il semblait réellement sincère dans ses propos, et le connaissant, tu sais qu'il avait dû y réfléchir longuement avant de t'en parler. Il t'avait ouvert les bras à ton arrivée sans jamais rien te demander et il lui en coutait de te dire une telle chose.
« Et puis, y'a quelque chose d'autre que j'ai envie de te dire…
Tu sais mon vieux, trinquer tous les soirs, y'as pas de mal à ça. L'important c'est d'avoir du plaisir, et Ulric sais que j'aime le plaisir héhé » fit-il tout en tapotant son ventre massif.
« Le problème c'est que toi tu trinques pour oublier. Je te vois aller mon gars, tous les soirs. Tu peux pas continuer comme ça, il faut que tu trouves quelque chose à faire. Boire pour oublier c'est ce qu'il y a de pire, et je crois pas que ta femme soit bien fière de toi en ce moment, que Morr garde son âme. »
Son visage s'était renfrogné.
« Écoute, t'es costaud comme gaillard et j'suis sûr que t'auras pas de mal à trouver du boulot. La ville a perdu tellement d'habitants que tu pourrais te faire recruter n'importe où pour le moment que tu montre que t'as du coeur au ventre et que t'as pas peur de te salir les mains…
C'est pas dans ce quartier que tu va trouver de quoi, mais va faire un tour à l'Altmarket. Y'a des seigneurs qui envoient des messagers pour recruter des gens comme toi afin de nettoyer leurs terres des engeances qui sont débarquées y'a quelques mois. Dur boulot mais assez bien payé à ce que j'ai entendu dire.
Ou encore j'suis sûr que le temple d'Ulrich dirait pas non à quelqu'un dans ton genre. Ils manquent toujours de bon croyants pour venir grossir leurs rangs. Surtout après avoir s'être fait massacrer la moitié de leurs gens. Ils demandent qu'à faire voeu de célibat dès le moment où tu t'engage, j'espère que ça te dérange pas trop.
Ou sinon, la ville doit engager des gars pour reconstruire après toutes les saloperies de roches qu'ils ont envoyé au dessus de la muraille, et j'parle pas de la porte d'à coté qu'ils ont bien failli bousiller… Un travail pas très propre et p'tet bien difficile mais au moins t'as l'espérance de rester en vie plus longtemps. »
Ce faisant, il te resservit une autre bière.
« T'as le choix mon gars mais faut que tu te trouves quelque chose à faire pour pas sombrer … »



