Comme prévu, Ulrich s'avança le premier pour escalader la roue à aubes. Au prix de quelques glissades et pertes d'équilibre sans conséquence, il fut bientôt à portée de la petite fenêtre. Sans hésiter, il bondit et s'agrippa au mince rebord. Ainsi accoudé, les pieds dans le vide il jeta un rapide coup d'oeil à l'intérieur puis poussa la vitre qui céda sans résistance. Ulrich s'introduisit dans le moulin et reparut quelques secondes plus tard pour faire signe à Stefan que la voie était libre.
Au moment où le jeune noble allait envoyer Hans-Peter escalader à son tour, il vit une ombre approcher dans leur direction... Instinctivement, il se remit à couvert en se plaquant contre le renfoncement de terrain surplombant la rivière. Sans réfléchir, Jakob et Hans-Peter firent de même.
- Qu'y a-t-il ? se hasarda à demander le jeune frère d'Ulrich en chuchotant.
- Silence. On vient. rétorqua sèchement Stefan.
Les trois hommes collés contre la terre humide et froide et les pieds dans l'eau attendaient, alors qu'à la fenêtre Ulrich avait disparu. Seuls le clapotis des vaguelettes de la Sol et les voix des sbires de Ernst se faisaient ouïr dans la nuit, lorsqu'un sifflotement joyeux parvint aux oreilles de Stefan. L'ombre aperçue plus tôt se tenait juste au-dessus de leur position !
Quelques secondes qui parurent une éternité s'écoulèrent.
La tension était extrême et la peur d'être découverts saisit les entrailles du jeune seigneur Von Kantzow.
Pour ne rien arranger le temps se gâtait et plusieurs gouttelettes commencèrent à tomber dans le chenal...
Mais non ! Elles ne tombaient qu'en un seul endroit en filet régulier. Le bougre qui se tenait là-haut et semblait tout ignorer de leur présence leur pissait dessus !
Une fois soulagé, le brigand s'en retourna tout aussi guilleret qu'à son arrivée laissant les trois hommes prostrés dans leur cachette.
Quand le sifflotement eut disparu couvert par les aboiements des soudards postés dans le moulin, Ulrich passa la tête à la fenêtre et fit signe à ses trois compagnons de monter au plus vite.
Hans-Peter se redressa, rejoignit la roue et entama son ascension. Arrivé en haut, Ulrich l'aida à passer par l'étroite ouverture et se fut au tour de Stefan.
Avec agilité malgré sa cotte de maille, le jeune noble gravit la roue en s'aidant des pales comme de marches et en se hissant à la force des bras. A peine parvenu au sommet, la poigne musclée de Hans-Peter le souleva jusque dans le moulin sans qu'il eut à fournir le moindre effort et Stefan put observer qu'ils étaient tous les trois dans une pièce presque carrée en grande partie encombrée de sacs de jute et de caissettes de bois. Il y avait aussi plusieurs couchettes de paille sans destinées aux hommes de Ernst. Heureusement, elles étaient toutes inoccupées pour l'instant. Outre la fenêtre par laquelle Ulrich, Hans-Peter et Stefan s'étaient introduits dans le moulin, il y en avait une autre donnant sur la propriété du colosse et une ouverture sans porte dans le mur d'en face. C'est de là que venait la lumière observée d'en bas.The Puppet Master a écrit :Test sous HAB : 8 (réussite)
Stefan s'approchait à pas de velours de l'ouverture pendant qu'Ulrich et Hans-Peter réceptionnaient Jakob à la fenêtre, quand des appels venus du rez-de-chaussée résonnèrent :
- Hey, Ernst ! Descends donc vider quelques choppes avec nous au lieu de jouer les ermites là-haut !
- Si c'est pour voir ta sale trogne, Gunther, je préfère de loin rester seul ici ! répondit une voix caverneuse juste de l'autre côté du mur.
