Le lancer ? Un avorton de son envergure proposait à un valeureux nain du clan Kas’Pierre de KARAK AZUL de le lancer ? Mais d’où pouvait bien lui venir une idée aussi saugrenue ?
_Personne ne lancera un Nain ! fit-il d’un air qui ne soufflait aucune remarque.
On va trouver un autre moyen d’arriver là-haut sans me lancer.
Grimbergald regarda si il y avait un espace entre les chevrons, les pannes et le toit afin d’y glisser une corde. Il pourrait ainsi se hisser tranquillement jusqu’à la porte en toute sécurité. Il aperçut un espace entre la poutre soutenant le toit et le toit en lui-même, cet espace serait suffisant pour lui permettre d’y glisser sa corde.
-Regarde… et prend des notes mon p’tit… Ça t’évitera de raconter n’importe quoi.
Il se baissa et prit un morceau de débris suffisamment gros pour lui permettre de se donner de la précision mais suffisamment petit pour passer dans l’espace qu’il avait vu. Il noua soigneusement un bout de sa corde avec la pierre et attacha l’autre bout à sa ceinture afin que la totalité de la corde ne parte avec la pierre, il serait dommage que la corde se retrouve inaccessible.
Il prit une grande inspiration, focalisa son esprit sur le petit espace et commença à faire tournoyer, lentement, soigneusement, la pierre avant de la lancer.
Il avait acquis une grande précision au tir dans sa tendre enfance grâce à un jeu typiquement nain. Le "Golem de pierre" est un classique des jeux de tavernes naines: Il s'agit de lancer de petites pierres dans des trous de valeurs différentes, une tête de Golem orne le centre du jeu et chaque pierre lancée dans sa bouche vaut le maximum de points. La variante "taverne" est un jeu de boisson consistant à avoir un maximum de points à la fin de la partie, mais, de plus, chaque pierre lancée dans la bouche du troll fait boire une pinte entière à l'ensemble des adversaires. Les parties sont souvent âprement disputées et la tête du Golem devient vite le seul et unique objectif de chaque participant.

La pierre et la corde commencèrent à prendre une bonne direction, la courbe était bonne et Grimbergald jubilait intérieurement à l’idée de réussir du premier coup. Lorsque la pierre heurta le rebord de la poutre pour rebondir et finir sa course à ses pieds, il fronça les sourcils d’un air furieux. Il fît mine de ne pas entendre la remarque sur la réponse du voyou au « regarde et prend des notes ».
Au second essai, a pierre passa dix bons centimètres en dessous de la poutre pour aller cogner contre le mur opposé. L’irritation commençait à monter dans notre nain, son visage changeait, ses sourcils se froncèrent, sa bouche commençait à afficher une grimace difforme et ses yeux verts semblaient avoir pris une couleur plus sombre qu’à l’habitude. Il n’allait pas falloir longtemps avant que notre nain ne se transforme en enfant frustré de ne pas obtenir ce qu’il désir ardemment.
Heureusement la troisième tentative fût la bonne, la pierre passa aisément entre la poutre et le toit et vint se suspendre naturellement face à Grimbergald. Le visage de ce dernier s’illumina à nouveau, fier de lui, et son regard contempla la pierre suspendue un léger instant avant de revenir sur Julius.
_ Je vais m’attacher à l’autre bout et toi tu vas me hisser là-haut. Sauf bien sûr si tu préfères que je te lance comme un sac de patates…
Grimbergald désigna une poutre derrière eux.
_Tu peux t’aider de celle-là pour te donner un peu plus de force si tu n’y arrives pas. Tu la passes derrière et tu tires, j’les ai vus faire une fois sur les docks, c’est dingue c’que ces mastodontes de dockers sont capables de soulever avec deux poulies et une corde…
Grimbergald donna un bout à Julius tandis qu’il nouait soigneusement l’autre autour de sa taille. Avant de se lancer il vérifia la solidité de la poutre et de Julius en se suspendant légèrement. Une fois vérifié que tous deux allaient tenir le choc il prît de l’élan.
_J’vais courir comme l’vent et sauter aussi loin et aussi haut que j’le peux. Une fois en l’air t’utilises tes gros bras musclés pour m’faire gagner encore un peu de hauteur. Ca s’ras toujours ça d’moins que t’aura à hisser.
Une fois certains que Julius avait compris Grimbergald s’élança et sauta aussi haut et aussi loin qu’il le pût. Une fois en l’air Julius tira un coup sec, faisant perdre à Grimbergald son précaire équilibre, il y avait maintenant un valeureux nain, suspendu dans le vide par une corde balançant comme un jambon entrain de sécher. Grimbergald tournoyait dans le vide, son visage mi- inquiet mi- colérique ajoutant encore au ridicule de la situation.
Chaque coup de bras de Julius, pour faire monter le nain, secouait ce dernier comme un vulgaire sac de grain que l’on hisse en haut d’un grenier pour passer l’hiver. Une fois arrivait à hauteur de la porte, Grimbergald se mît à se balancer comme il pouvait afin d’atteindre la petite corniche au bord de la porte. Après plusieurs essais il réussit enfin à s’agripper à une pierre pour se rapprocher et enfin poser un pied sur la terre ferme.
Grimbergald avait acquis une certitude ce jour-là : les nains n’étaient pas fait pour voler quoiqu’en disent certains de ses fantasques cousins.
Il ne restait plus qu’à entrer, Grimbergald posa sa main sur la porte et tenta de l’ouvrir.