Un mince sourire étira les lèvres du jeune magister quand il vit Sigmund commencer un petit discours fort à propos afin de baisser légèrement le tarif de l’informateur. Du reste, il lui apparu rapidement que sa première impression sur son compagnon était la bonne : l’homme s’exprimait avec naturel et aisance, adaptait son discours à l’interlocuteur de manière habile…
Une telle rhétorique devait lui permettre d’obtenir bon nombre d’informations, confidences et autres dessous-de-table… Un bon point pour leur enquête.
Restait à convaincre la grenouille. L’homme tergiversa un instant, regardant avec une lueur d’envie les trois blafardes que Sigmund tenait nonchalamment dans le creux de sa main.
Après quelques minutes d’attente, l’informateur sourit et empocha l’argent, avant de prendre congé. La transaction était achevée.
Erik vit du coin de l’œil une servante apporter les deux choppes de bières que l’escroc avait commandé et laissa ses yeux s’attarder sur le physique fort avenant de la jeune femme. Il l’aurait volontiers abordé s’il n’avait pas remarqué l’intérêt manifeste que semblait porter la belle à Sigmund. Le pyromancien soupira mentalement : décidément, Ranald reconnaissait les siens…
Pour la deuxième fois depuis son arrivée dans la taverne, le magister flamboyant se redressa de toute sa hauteur et contempla la salle qui se remplissait de clients et d’odeurs de viande qu’il jugea plutôt appétissantes. Une nouvelle partie de cartes avait commencé au milieu de la pièce avec les jurons, les plaisanteries grivoises, les bières, les accusations et les acclamations qu’un tel évènement impliquait. Erik fut tenté l’espace d’un instant de se joindre à la tablée, lorsqu’une autre table attira son attention.
Un couple se tenait dans une alcôve, étranger au bruit qui régnait en ces lieux. Le jeune mage s’attarda sur leurs habits, de très bonne facture et sur la bague que l’homme avait à sa main droite. Erik crut reconnaitre une chevalière impériale… dont les motifs ne lui étaient pas totalement inconnus.
Il se rapprocha davantage et fut frappé par l’ahurissante de la femme, qui devait être un tout petit peu plus âgée que lui. Un teint de porcelaine, un nez fin et bien dessiné ainsi qu’une bouche délicate formait un ensemble exquis qui le laissa sans voix pendant quelques instants. Le magister se reprit rapidement et détailla son compagnon qui semblait bien plus âgé que sa compagne, si le jeune homme en jugeait par ses tempes grises. Du reste, les deux visages lui semblaient étrangement familiers. Non, décidément, il fallait qu’il en ait le cœur net !
Erik rajusta ses vêtements pour se donner meilleure allure et s’avança vers le couple.
Il s’en fallut de peu pour qu’il ne pousse un cri de surprise retentissant, qu’il retint à grand peine. Devant lui se tenait le baron de Luftberg, un homme proche de feu son père : Ewald Von Laue. Quant à la ravissante jeune femme qui lui tenait compagnie, elle lui rappelait furieusement la belle Alexa Von Kriester, de cinq ans son ainée et qu’il admirait secrètement lors des réceptions données au château des Von Vystern, avant que le malheur ne s’abatte sur les siens et qu’il ne commence son apprentissage au Collège Flamboyant.
Une telle coïncidence paraissait trop invraisemblable. Pourtant, plus il s’attardait sur les deux visages, plus il était sûr de lui. Il fut tiré de ses pensées par celui qu’il pensait être le baron Von Laue, dont le regard inquisiteur semblait attendre une réponse pouvant expliquer le comportement du jeune homme, qui se tenait devant la table depuis maintenant plusieurs minutes.
Erik se racla la gorge et déclara :
« Veuillez m’excuser pour cette approche fort cavalière, Messire, mais votre visage ne m’est pas inconnu. Seriez-vous le baron Ewald Von Laue, qui fréquenta il y a bien des années le château des Von Vystern ? »
Le magister enleva alors la capuche qui lui cachait en partie le visage et poursuivit, en se tournant cette fois vers la superbe femme se tenant à ses côtés :
« Quant à vous, belle dame, je reconnais celle qui est connu comme le joyau du Nordland, la plus sublime beauté au nord de l’Empire, Alexa Von Kriester. »
Un sourire légèrement séducteur aux lèvres, il attendit la réponse du couple. Une fois qu’il leur aurait rappelé son bon souvenir, il pourrait enquêter plus avant sur cette histoire de Miracle. Après tout, ce cher baron était connu dans tout le Nordland, et même jusqu’à Altdorf, pour son réseau extrêmement fourni d’informateurs et d’espions…