Voilà deux jours qu'ils avaient prit la mer. Le voyage jusqu'à Barak Varr s'était déroulé sans accrocs majeurs. La troupe était disciplinée et bien entraînée, la marche avait ainsi été paisible. Ils avaient descendu les montagnes pendant une journée entière, ralentis par les chariots chargés, et avaient abordé la forêt en passant à quelques encablures à peine de Kazad Urkbavak. Thorak reconnu même le petit bosquet dans lequel il s'était retrouvé face à un ours alors qu'il allait chercher du bois avec le Sergent Poingd'acier. Ils avaient ensuite longé la rivière du Crâne pendant deux jours sans presque faire de poses et en bivouaquant de nuit, les charrettes contenant suffisamment de tentes et de couvertures de fourrure. Enfin, ils étaient arrivés à Barak Varr, les nains n'avaient pu s'empêcher d'être impressionné par cette ville naine si particulière : une grande partie de la cité portuaire était à l'air libre, adossé à un mont rocheux qui la séparait du Golfe Noir. Ces quartiers n'avaient rien de particulier et ressemblaient à vrai dire à un centre de commerce humain ; en effet, les nains ne représentaient qu'une moitié de la population. Le reste de la foule était composée de marchands impériaux, bretonnien, arabes, tiléens ou magritains et même d'elfes hautains qui s'avançaient sans accorder un regard aux passants. Mais ce qui époustoufla la troupe, c'est la seconde partie de l'unique port nain du Vieux Monde : des galeries creusées dans la roche menaient dans de gigantesques cavernes ouvertes sur la mer où des dizaines de docks en granit alignaient leurs navires ; des cogues marchandes des Humains aux navires de guerre à vapeur de la garnison, il y avait là toute une flotte hétéroclite et haute en couleur. Leonardo et Lucio s'étaient avancés avec un petit sourire grisé, comme si ces voûtes maritimes et merveilleuses leur étaient familière. Ils avait guidé le reste de la troupe vers un navire à deux ponts dans les hauts mâts nus se dressaient vers le plafond de granit. L'explorateur tiléen était monté sur le pont et l'équipage l'avait accueillit à grand cris et à coups d'accolades chaleureuses. Les démonstrations d'amitié se transformèrent en étonnement et en exultation quand Lucio monta à bord avec les coffres que leur avait offert le Thane. Mais ces sentiments furent douché par l'annonce de Leonardo. Les marins semblaient freiner des quatre fers à l'idée de se rendre aussi loin dans le Nord. Mais c'était sans compter une harangue de l'humain rusé et orateur, qui parla de montagnes de fourrures et d'ambre à ramener en Tilée et des délices qui les attendraient au pays alors qu'ils passeraient le restant de leur vie à dilapider leur fortune. Ses exhortations firent acclamée et enfin, Leonardo fit signe à Thorak et ses hommes de monter à bord avec un sourire de renard. En quelques heures, les chariots, leur contenu, les bêtes de sommes et les guerriers du Longue Barbe furent chargé sur le navire, qui leva l'encre et quitta le port-caverne lentement, escorté par deux navires à vapeurs de la garnison.
- "Mais quelle idée de vivre comme ça sur un foutu rafiot ! Que les dieux maudissent l'imbécile qui a inventé une telle stupidi... BREEUURG" cracha Bartam en vomissant une nouvelle fois par dessus bastingage, cramponné aux barreaux de bois.
Voilà donc deux jours qu'ils avaient prit la mer et depuis le montagnard n'avait pas arrêté de nourrir les poissons, blanc comme un linge. Le Fou se tenait à ses côté à chaque fois et montrait les jets de vomit du doigt jusqu'à ce qu'ils se perdent dans les vagues. Autour d'eux, les marins aux ordres de Leonardo s'affairaient avec efficacité. Ils réduisaient les voiles, récuraient le pont, refaisaient les cordages, le tout sous l'oeil vigilent de Lucio. L'explorateur tiléen, lui, était la plupart du temps au gouvernail, un doux sourire aux lèvres. Les matelots l'appelaient capitaine et semblaient lui être d'une fidélité sans bornes. Les nains eux, s'occupaient comme ils pouvaient. La plupart nettoyaient leurs armures ou en graissaient les courroies, tandis que d'autres affûtaient leurs haches ou démontaient et remontaient leurs arbalètes.
Thorak se tenait à la proue du navire, Hitrik assit à ses côtés. Le vent marin chargé de sel leur apportait le cri des mouettes qui planaient au dessus du vaisseau, tandis qu'autour d'eux s'étendaient à perte de vue l'infinité sombre et placide du Golfe Noir. L'intendant était assit sur une caisse recouverte d'une bâche et sculptait une petite pièce de bois à l'aide d'un couteau de poche en chantonnant un air populaire. Le soleil venait de se lever et faisait miroiter ses raillons sur les flots. Le Longue Barbe et ses hommes étaient en route pour le Nord, guidés par le vent et les cadrans tiléens.






