La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.
Avant que la situation n’éclate, Lorenzo s’interposa entre les deux hommes.
- Pourquoi précipiter la chose ! Demain, quand le soleil sera levé au-dessus de l’horizon, Gillian et toi vous vous battrez. Vous vous battrez ici même, jusqu’à la mort ou jusqu’à ce que l’un d’entre vous demande grâce. Quelle arme choisis-tu ? Demanda Lorenzo sans joie au mercenaire.
- Vous ne pouvez pas me provoquer en duel, commença le mercenaire sans certitude. Le règlement dit que…
Un concert de huées etouffa le reste de sa phrase. Il regarde autour de lui, passant d’un visage moqueur à un autre. Comme un rat pris au piège, il réalisa que les choses n’étaient pas censées se passer de cette façon.
- Vas-y, Jacques ! S’écria l’un de ses amis. Tu as commencé, tu ne peux pas t’arrêter maintenant.
Les hommes hurlèrent leur approbation. Jacques, se résignant à l’inévitable, haussa les épaules tristement.
- Alors, quelle arme choisis-tu ? Répéta Lorenzo.
Le mercenaire baissa les yeux sur la rapière que portait Gillian et se lécha les babines.
- Très bien, dit-il, je choisis les couteaux à éviscérer.
- Messieurs, je ne vois pas de raison de nous faire perdre notre temps. Rompez.
Là-dessus, Gillian tourna les talons et se dirigea vers les dortoirs à l’avant du navire. Gillian reprit ses esprits dans le vent frais et moqueur. Les gerbes d’écume, qui lui fouettaient le visage étaient aussi froides que des copeaux de glace. Derrière lui, les voix de ses hommes s’échauffaient dans des discussions animées.
- Eh bien, compagnon, dit Lorenzo en arrivant derrière lui, les choses auraient pu mieux se passer.
Suite à la réponse de Gillian, les deux hommes s’accoudèrent sans éprouver le besoin de parler. Le Destrier poursuivait sa course en direction du soleil couchant. Derrière eux, les camarades de Jacques se chamaillaient pour savoir quel couteau allait dépecer leur nouvel officier. Le bruit de la pierre à aiguiser se mit à résonner dans le bateau.
Dans la soirée ..
Mais pourquoi ne l’as-tu pas simplement mis aux fers pour insubordination ? Demanda Lundorf cette nuit-là. Tu ne peux pas te battre en duel à chaque fois qu’un soldat grommelle.
Gillian toisait l'impertinent soldat de haut en bas. En entendant son défi, il avait fortement blêmi. Il y avait donc que du vent dans ses paroles. Il ne savait sans doute pas se battre comme un homme, et ne voulait pas se confronter à lui. Il était trop tard désormais.
Malgré la déconfiture de leur ami, les soldats semblaient vouloir assister à leur combat. Lorenzo intervint rapidement, pour éviter que le combat ne soit qu'une boucherie inutile. Il avait une mauvaise mine, et lançait de nombreux regards en biais à Gillian. Il était clair qu'il n'approuvait guère son choix. Mais il était trop tard pour se défiler. L'arme avait été choisie, les deux concurrents étaient décidés à se battre.
Alors que les soldats ricanaient en évaluant les chances de "Jacques" face à lui, il préféra se rendre dans un endroit plus calme, loin d'eux. Étais-ce vraiment nécessaire pour avoir leur respect? Il n'eut pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir que oui. Adossé contre le bastingage, il réfléchissait aux implications de ce qui venait de se passer. Il se retourna pour observer les vagues, l'eau tourbillonnante que le navire fendait...
« Eh bien, compagnon, »fit le Tiléen,« les choses auraient pu mieux se passer. »
Le mercenaire hocha simplement la tête. Ce n'était pas, en effet, le scénario idéal. Mais c'était l'occasion de se prouver aux autres. Il regrettait cependant que c'était un combat à mort - Jacques n'aurait peut-être pas le courage de se défiler, et d'abandonner, quoi qu'il l'espère - il ne souhaitait pas le voir blessé - -.
Ils passèrent quelques minutes à contempler la mer. Au bout de trois-quarts d'heures, Lorenzo partit, mais Gillian resta là. Il regardait simplement les vagues, et laissait son esprit dériver sans s'arrêter sur quoi que ce soit. Une voix troubla sa quiétude. Il la reconnut immédiatement comme étant celle de Lundorf. Il ne comprenait pas pourquoi il avait voulu se battre ainsi. Pourtant, pour le mercenaire c'était simple.
« Ces gens sont des loups. Il faut leur montrer qui est le chef par le fer et le sang. Quand ils auront compris que je suis le maître, ils ne feront plus rien de sérieux. Tandis que si je l'avais mis au fer, ils auraient redoublé d'intensité, et pris ça comme un signe de faiblesse. Que je ne suis pas capable de leur faire fermer leur clapet. » Il secoua la tête.« C'était la meilleure solution. Je ne veux pas qu'ils me craignaient, mais qu'ils me respectent. Ça leur aidera à se concentrer sur leur apprentissage, j'en suis convaincu. »Il détacha enfin son regard de la mer, pour le planter droit dans les yeux de Lundorf. Puis, depuis la première fois depuis de nombreuses heures, il fit mine de se détacher du bastingage : il était temps de revenir à la réalité.
Tu t'es trompé dans le décompte d'XP ; 69 XP + 4 XP ça fait 73 XP et non pas 71
Modifié en dernier par [MJ] Wargut le 11 sept. 2010, 10:41, modifié 1 fois.
Raison :4 xp / Pour un total de: 77 xp
Lundorf, qui avait pris une barque pour voir si les rumeurs courant dans l’escadrille étaient fondées, grogna cyniquement. Alors que Gillian venait de lui expliquer les raisons de ce duel, les deux compagnons avait rejoint la cabine de Gillian.
À l’étroit dans le placard servant de cabine à Gillian, Lundorf eut du mal à étirer sa jambe. Il dut se décaler sur la balle de toile à voile de rechange sur laquelle il était assis, puis agita enfin le pied sous le seul lit de la pièce.
- Oui, un bel exemple. Cela ne t’a probablement pas traversé l’esprit, mais combattre à l’épée comme un gentilhomme et se bagarrer avec un couteau à éviscérer sont deux choses très différentes. As-tu seulement déjà vu un couteau à éviscérer ? Ce n’est guère plus qu’un crochet aiguisé.
Ce Jacques a une certaine réputation, d’après ce que m’a dit mon sergent. Apparemment, on l’appelle Lambeaux, parce qu’il découpe ses adversaires de cette façon. Des couteaux à éviscérer ! Des armes horribles. Je préfère mille fois les canons.
- Oui, il est bien plus civilisé de faire exploser un homme, murmura Lorenzo, qui se trouvait lui aussi dans la cabine.
- Bon, continua Lundorf, si tu veux mon avis, tu devrais occuper tes homes plutôt que de te bagarrer avec eux. Bien sûr, je sais que tu as de l’expérience militaire, mais j’ai toujours été prêt à aider mes confrères officiers. Donc, je vais te donner Orbrant.
Le temps qu'il ait fini d'exposer son point de vue de la situation, ils étaient dans sa cabine. Elle était par chance assez grande pour qu'ils puissent y être à deux, et mieux encore, il y a avait assez de place pour qu'ils s'y tiennent debout. S'asseoir sur le lit à deux lui semblait... inapproprié. Mais rester debout aussi. Alors, tandis que Gillian restait debout, son frère d'armes s'était assis sur... quelque chose.
Et puis, Lorenzo était là, ce qui rendait la cabine exiguë, et donnait à Gillian l'envie de sortir en courant de cette minuscule cabine.
Lundorf ne semblait toujours pas être convaincu du bien fondé de sa manœuvre. Il ne discuta cependant pas davantage, et préféra se concentrer sur la réputation de l'homme. Apparemment, il était accoutumé à utiliser ce genre d'armes. Tellement accoutumé qu'il avait un surnom. Lambeaux. Rien de très réjouissant de prime abord. Mais rien d'insurmontable non plus. Après tout, il avait du voir bien pire. En tout cas, il l'espérait.
Lorenzo resta silencieux, se contentant de lancer une petite pique à propos des canons. Gillian hocha la tête en sa direction, signe qu'il approuvait ses propos. Les Tilénes étaient connus pour être d'excellents bretteurs, et non pas des canonniers comme de nombreux impériaux l'étaient. Le mercenaire avait davantage confiance aux armes qui ne risquaient pas de lui faire faux bond en explosant à sa figure.
Il devait admettre que Lundorf avait raison en pointant qu'occuper ses hommes aurait pu être une bonne idée, mais il ne reviendrait pas sur ses propos. Et puis, il avait envie de voir "Orbrant". Qu'étais-ce donc?
« Orbrant? »murmura-t-il, essayant de se souvenir de quoi que ce soit impliquant ce nom. Mais rien. C'était peut-être l'arme familiale de Lundorf.... ou la sienne...
Modifié en dernier par [MJ] Wargut le 12 sept. 2010, 10:35, modifié 1 fois.
Raison :3 xp / Total d'xp: 80
Orbrant est l’un de mes gars et l’un des meilleurs sergents que j’ai jamais vus. Il est tout à toi, mon vieux. Lorenzo, sors et dis à Orbrant qu’il peut prendre ta place. C’est le gars avec la capuche qui était avec moi dans la barque.
Lorenzo sortit de la cabine. Un moment plus tard, la porte s’ouvrit à nouveau et le Orbrant entra. Si c’était le meilleur sergent que Lundorf ait jamais vu, il n’en avait pas l’air. Il était de taille et de corpulence moyennes. Ses vêtements, quoique bien arrangés, étaient en drap fin d’un noir délavé. Il ne portait pas d’armure.
Il n’avait pas non plus les moustaches en bataille ou la barbe gominée de ses camarades. Contrairement aux autres, Orbrant portait une seule arme, un marteau de guerre délicatement gravé. Émoussé d’un côté et acéré de l’autre. Le métal dont il était fait brillait comme l’argent d’une lune d’hiver malgré la lumière jaunâtre diffusée par la lanterne de la cabine.
En dehors de son arme inhabituelle, ses seuls autres signes particuliers étaient le dôme rasé de son crâne et le bleu perçant de ses yeux. Les rides qui les bordaient étaient les seules choses qui trahissaient son âge. Gillian estima qu’il devait avoir la quarantaine.
- Vous vouliez me voir, capitaine ? Demanda-t-il en entrant dans la cabine.
- Oui, sergent. Veuillez vous asseoir. Voici le capitaine Gedächtnis, l’officier dont je vous ai parlé.
- Enchanté, capitaine, dit Orbrant en hochant la tête.
Orbrant... était un homme? Il ne l'aurait jamais cru, vu la façon dont Lundorf parlait de lui. Il allait lui "donner" Orbrant, avait-il dit. Il croyait désormais savoir de quoi il était question. Orbrant était l'outil qui allait lui permettre de gagner. Ce n'était qu'un vulgaire outil dont il pouvait disposer comme bon lui semblait. Pendant un instant, il se demanda si lui aussi était un outil. Puis il se rappela qu'il faisait part du cercle intérieur, autrefois. Assurément, il ne pouvait pas être qu'un vulgaire outil. Il était quelqu'un de bien, quelqu'un qu'on respectait. Il en était sur. Il repoussa le doute, et se concentra sur Orbrant. Il devait être jeune, dynamique, brave...
Voir Orbrant en personne fut un choc ; il était tout sauf un guerrier, à première vue. Bien sur, il avait une arme, un marteau de guerre, mais au sinon rien ne pouvait indiquer qu'il était ce que Lundorf affirmait être. Orbrant était un homme correct, poli, affable aussi. Très correct. Un personne, en somme, quelqu'un qui n'avait l'air de rien, n'imposant rien, et n'était rien. Enfin, Gillian essayait d'éviter les préjugés qu'il avait à son propos. Tout de même déçu, Gillian répondit à son salut.
« Bonjour sergent Orbrant. Mon ami Lundorf ici présent m'a dit que vous étiez l'homme de la situation... » Il esquissa un pâle sourire, puis humecta ses lèvres. Il suspectait que cet homme devait l'aider. En quoi? A se battre? Ou à maintenir ses hommes comme Lundorf voulait qu'il le fasse?« Et si nous commencions tout de suite? »
Modifié en dernier par [MJ] Wargut le 12 sept. 2010, 19:14, modifié 1 fois.
Raison :3 xp / Total d'xp: 83
- Pas si vite. Sigmar m’a accordé un talent pour la guerre, mais pas celui pour ne pas me reposer. En tout cas, je serais heureux de servir en votre compagnie, capitaine Gedächtnis.
- Splendide, fit Lundorf. Bien dit, Orbrant.
- Vous n’avez pas à me remercier, capitaine. J’ai toujours eu envie de m’éloigner du mal que vous transportez dans votre vaisseau.
Devant l’incompréhension de Gillian, Lundorf se défendit.
- Ce n’est rien. Le sergent Orbrant est un peu traditionaliste.
Orbrant se tourna pour regarder son officier. Son expression était aussi vide que parfaitement respectueuse.
- Le grand théogoniste a décrété que les fidèles des collèges devaient être épargnés, fit Orbrant en haussant les épaules avec regret. Et pourtant, derrière toute sorcellerie, on trouve la souillure du Chaos.
La voix du sergent s’était durcie et ses yeux brûlaient de la flamme bleutée du fanatisme.
- Eh bien, sergent, je n’ai pas votre compréhension de toutes ces choses, dit Lundorf. Et si je suis sûr que vous avez raison, il faut bien admettre que ces gens sont utiles sur le champ de bataille.
La main d’Orbrant se posa sur le manche de son marteau de guerre. Il acquiesça à contrecœur.
- Oui, c’est vrai. Mais la foi et l’acier bien forgé sont tout aussi utiles. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je vais chercher une place pour dormir avec vos soldats. Mes yeux et mes oreilles seront plus utiles dans les quartiers des gars qu’ici.
- Bonne nuit, Orbrant. Lundorf fit signe au sergent tandis qu’il sortait. Je vais faire de même, bonne nuit, Gillian.
Une fois que les deux hommes furent sortis, Lorenzo entra de nouveau et s’installa sur sa couchette.
- Je te conseilles de dormir, compagnon, car demain un dur combat t’attend ! Bonne nuit !
Le fameux Orbrant semblait en effet fatigué. A l'évocation de Sigmar, Gillian comprit que ce n'était pas un homme comme les autres. C'était un homme pieux. La différence était que des hommes croyaient en Sigmar, respectaient les rites sans entrer dans le vif du sujet ; les hommes pieux respectaient Sa parole au doigt et à l'œil. Et Orbrant était un homme pieux.
Ce qui expliquait sa tonsure et son arme. Les hommes pieux avait un avantage : celui de Croire. Ils redonnaient espoir aux hommes, et étaient des atouts de choix. Le désavantage était qu'ils étaient dès fois trop pieux et donc gênants.
« Vous n’avez pas à me remercier, capitaine. J’ai toujours eu envie de m’éloigner du mal que vous transportez dans votre vaisseau. »
Gillian haussa un sourcil, et regarda Lundorf. Que voulait-il dire par "mal"? Son ami secoua la tête, précisant que le sergent était traditionaliste avec un petit air condescendant. Le mercenaire hocha la tête en souriant.
« Voila qui est un atout de choix à mon équipe. Vous êtes donc un fervent sigmarite, Orbrant? Je suis désolé que mes soldats ne partagent pas votre foi. Ils sont bretonniens vous savez, ils ont la Dame du Lac. »
Il prenait un certain plaisir à montrer qu'il savait des choses sur la religion. Le fait que le premier aspect, et ses premiers enseignements avaient été donnés par un prêtre l'avaient rendu sensible à ce genre de choses, et il en était fier. Fier de savoir autant de choses alors qu'il ne se souvenait de rien. Alors que le prêtre soit au courant ou non, il le disait à haute voix.
« Le grand théogoniste a décrété que les fidèles des collèges devaient être épargnés. Et pourtant, derrière toute sorcellerie, on trouve la souillure du Chaos. »
Le ton que le sergent avait pris ne ravissait pas son officier. Mais ce qu'il disait était intéressant. Comment le Chaos pouvait être la source de la magie? Il ne comprenait pas, mais sans nul doute Orbrant saurait lui expliquer cela plus tard.
Celui-ci ne semblait pas être totalement d'accord. Il prit congé et se rendit dans les quartiers des hommes de Gillian. Lundorf aussi devait retourner à sa couche. Le mercenaire les salua tous deux. Il passa ses mains sur son visage. Quelques secondes passèrent et Lorenzo rentra, l'air jovial. L'air marin lui faisait du bien, le rendait presque regardable.
Il s'installa sur sa couche et tomba dans un profond sommeil. Gillian le regarda s'endormir, étrangement incapable de trouver le sommeil alors que peu de temps auparavant il dormait comme un bébé. Il resta là, à fixer le plafond une demi-heure encore. Il n'avait pas spécialement envie de se battre, mais c'était une nécessité. Sur cette pensée, ses yeux se clorent enfin, lui permettant d'accéder au monde des rêves...
Modifié en dernier par [MJ] Wargut le 13 sept. 2010, 07:44, modifié 1 fois.
Raison :5 xp / Total d'xp: 88
Orbrant menait les bretonniens sur le pont, la brise fraiche précédant l’aube se faufilant sous ses vêtements râpés. Parmi les ombres qui hantaient la vaisseau, son scalp lisse brillait comme de l’ivoire et ses yeux étaient des puits de charbon aussi profonds que les orbites d’un crâne.
Il y avait tout de même une étincelle de contentement dans ces yeux froids et dans la façon dont le sergent marchait lentement sur le pont. Il semblait aussi heureux qu’un terrier ayant passé la nuit dans une grange pleine de rats.
Par contre, certains des hommes qui le suivaient avaient l’air beaucoup moins contents. Deux avaient le bras en bandoulière. L’un boitait. D’autres avaient des ecchymoses grisâtres ou la barbe tachée de sang séché. En passant à côté d’Orbrant pour se trouver une place sur le pont, certains étaient maussades, d’autres tristes et la plupart résignés.
Jacques avait passé une longue nuit sans sommeil. L’insomnie avait laissé des valises noires sous ses yeux. Sa peau était aussi grise que son col. Mais déjà, son pouls s’accélérait, l’adrénaline lui chauffait les esprits. Il accueilli le chœur décousu de ses camarades par un salut exagéré et un grand sourire qui pouvait même être sincère.
Le ciel à l’est était rougi par la lumière du soleil approchant. Ce n’est que lorsqu’il se leva enfin à l’horizon que Gillian apparut à son tour. Il marcha sur le pont, Lundorf et Lorenzo à sa suite.
Des groupes de bretonniens, de kislevites et de marins entouraient le terrain du combat, formant comme un amphithéâtre de chair mal lavée. Il y avait maintenant tellement d’argent en jeu que Gillian et Jacques n’étaient pas les seuls à craindre la chaleur de cette nouvelle journée.
Les deux adversaires se regardèrent, la lumière du soleil grandissant les peignant en rouge sang. Les deux hommes voyaient leur propre peur se refléter dans les yeux de l’autre et ils pouvaient le respecter.
Lorenzo s’était placé au centre du pont pour s’adresser à la foule. Sa voix résonnait avec tout le professionnalisme du plus laid des maîtres de cérémonie:
- Mesdames et messieurs, commença-t-il, nous sommes là ce matin pour régler un problème d’honneur entre deux de nos collègues. Le duel opposera le capitaine Gillian, venu de Bordeleaux et Jacques Lambeaux qui, selon son second, vient de « nulle part en particulier ». Une bien jolie ville, j’en suis sûr. Et maintenant le soleil s’est levé et l’heure dite est venue. Il ne me reste plus qu’à rappeler les règles aux plus simples d’esprit d’entre vous. Seuls les participants peuvent se battre…
Lorenzo fit une pause pour voir si la foule allait répondre à la moquerie, mais la promesse du sang se rapprochant, ils n’écoutaient plus vraiment. Ils étaient trop occupés à prendr leur place, à s’approcher comme des loups au-dessus d’une proie toute fraiche.
- Les duellistes se battront jusqu’à la mort ou jusqu’à l’abandon, conclut Lorenzo. Maintenant, si ces messieurs veulent bien se serrer la main et revenir à leurs positions de départ, nous allons commencer.
Le matin était venu, et Lorenzo l'avait secoué. Gillian avait ouvert un œil, puis un autre. Sa bouche était sèche. Il ne voulait pas se lever. Soudain, il voyait toutes les lézardes des murs, il sentait l'air frais, l'odeur marine... Tout était si neuf, si vibrant de vie. Aujourd'hui il allait peut-être quitter tout ça.
Lorenzo lança une blague salace en voyant son air, et il fit l'effort de sourire, mais son cœur n'était pas dedans. Il sortit sa rapière, l'essuya machinalement avec sa couverture. Lorenzo le regarda faire. Il lui dit ensuite qu'il était temps de sortir, ce qu'il fit.
L'air marin était plus fort sur le pont. Gardant cette donnée inutile à l'esprit, Gillian chercha le crâne chauve d'Orbrant. Il était sur le pont, avec ses hommes. Il marchait délibérément lentement, avec une sorte d'air cruel. Les bretonniens avaient l'air en mauvaise forme, certains moralement, d'autres physiquement. Les deux semblaient étroitement liés : Orbrant les avait-il "dressé"? Ou s'étaient-ils battus pour des pistoles? Il le demanderait plus tard. Plus tard serait peut-être trop tard.
Jacques paradait, mais le mercenaire voyait ses cernes. Il n'était pas dupe. Le type avait la vessie gonflée, l'estomac tordu. Les symptômes de l'anxiété avant la bataille. Mais cela disparaissait déjà avec les cris de la foule, remplacés par le frisson de l'adrénaline. Gillian savait tout ça parce que c'était pareil pour lui. Il laissa échapper un soupir, qui fit un peu de buée. L'hiver serait tôt cette année, et le froid avait déjà gagné les terres maritimes. Il ressentait un peu de sympathie pour Jacques. C'était sans doute un brave gars, mais un brave gars trop insolent.
Lorsqu'il arriva, les regards se posèrent sur lui. On le jaugeait. Valait-il les pistoles qu'on avait misé sur lui? Ouais, sans doute, il a la gueule d'un brave p'tit soldat, tu trouves pas? Non. L'autre à l'air mieux, t'sais il a cet air là. Ouais. T'as sans doute raison, mais l'officier là m'inspire plus confiance. Sa marche, ses yeux. Bah, tu verras. Quinze pistoles, hein? Ouais, c'est quinze de plus que tu me dois, hinhinhin...
Lorenzo brisa les rumeurs des spectateurs. Il était laid, mais il était marrant et sympa. Un brave type, pour un Tiléen. Un peu avare, enfin...
« Mesdames et messieurs, commença-t-il, nous sommes là ce matin pour régler un problème d’honneur entre deux de nos collègues. Le duel opposera le capitaine Gillian, venu de Bordeleaux »Gillian fit un signe de tête, pour qu'on sache qui il était. C'était inutile bien sur, ces hommes en savaient plus longs sur lui que lui-même. Les rumeurs courraient vite.« et Jacques Lambeaux qui, selon son second, vient de "nulle part en particulier". Une bien jolie ville, j’en suis sûr. »Quelques ricanements. Gillian se contenta de regarder le Jacques en question droit dans les yeux, ravala sa peur, qui s'était de toute façon dissoute grâce à l'excitation ( l'adrénaline plutôt ) du combat. Quel comique ce Lorenzo tout de même. Ça compensait largement son physique disgracieux. Et puis ça avait l'avantage d'attirer les dames à lui. « Et maintenant le soleil s’est levé et l’heure dite est venue. Il ne me reste plus qu’à rappeler les règles aux plus simples d’esprit d’entre vous. »Ricanements moins forts, moins nombreux cette fois. Le sang sera bientôt versé. « Seuls les participants peuvent se battre… Les duellistes se battront jusqu’à la mort ou jusqu’à l’abandon. Maintenant, si ces messieurs veulent bien se serrer la main et revenir à leurs positions de départ, nous allons commencer.»
Gillian secoua la main de Jacques. Sa paume était moite, mais sa poigne plus assurée qu'il ne l'était en réalité. Il fit quelques pas en arrière. Lorenzo lui donna l'espèce de couteau qui leur servirait d'arme lors du duel. Après tout, la coutume voulait que l'offensé ait le choix des armes ( en réfléchissant il se demandait si ce n'était pas lui l'offensé, mais c'était trop tard ), et les deux adversaires s'en servaient. Il le saisit du mieux possible. Le premier sang serait coulé dans les secondes à venir. Tous savaient ça. Si les spectateurs avaient l'air de brutes, les duellistes ressemblaient davantage à des bêtes acculées. C'était ça, finalement. Dans une dernière tentative de civilité, il murmura« Bonne chance... »
Gillian regarda une nouvelle fois Jacques dans les yeux, avant d'attaquer.
Donc, deux attaques. L'attaque numéro un est un... désarmement, l'attaque numéro deux une attaque "normale". J'esquive si possibles ses attaques à lui. Voili voilou.
Modifié en dernier par [MJ] Wargut le 14 sept. 2010, 17:59, modifié 1 fois.
Raison :6 xp / Total d'xp: 94