[Katarina] Antonlied
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Re: [Katarina] Antonlied
Silencieusement, sire Reikhard se redressa debout. Pourtant, il n’accepta pas de prendre la main offerte par Katarina. En fait, il la dépassait, et la plantait sur place, pour…
…Se diriger vers la pianiste. Il se pencha devant elle, discuta, et échangea. Finalement, la musicienne se mit à avoir un petit rire taquin et un grand sourire qui faisait scintiller son visage. Alors, elle changea de morceau, pour mettre une mélodie légèrement plus entraînante, mais toujours assez triste — une valse moderne, qui aurait été encore meilleure si accompagnée d’autres instruments. Mais enfin, les regards des quelques couples et clients de l’hôtel attablés ou tenant le comptoir se tournaient pour regarder le Middenheimer, qui, dans les formes, se penchait un peu pour offrir de façon plus élégante sa main.
Et ainsi, il l’attrapa, et commença à lui faire sa danse. Rien de bien incroyable — mais il était facile à suivre, surtout quand c’est lui qui dirigeait. Il la faisait tourner, à droite, à gauche, en rythme sous les touches du piano. Et si un moment, Katarina ne faisait que regarder ses pieds, de plus en plus, elle voyait comment Reikhard ne faisait que la regarder dans les yeux, avec son petit sourire sympathique en coin.
Cela faisait longtemps maintenant que personne n’avait proposé une danse à Katarina. Une parenthèse bien agréable, au moins pendant les longues minutes où il lui offrait ainsi de bouger. Et il fallait le dire, l’alcool aidait beaucoup à la détente…
Et puis, avec une petite voix un peu peinée, il se mit à demander de nulle part :
« Dis-moi si je me trompe, ou si tu ne veux pas m’en parler, mais tu as l’air triste. »
…Se diriger vers la pianiste. Il se pencha devant elle, discuta, et échangea. Finalement, la musicienne se mit à avoir un petit rire taquin et un grand sourire qui faisait scintiller son visage. Alors, elle changea de morceau, pour mettre une mélodie légèrement plus entraînante, mais toujours assez triste — une valse moderne, qui aurait été encore meilleure si accompagnée d’autres instruments. Mais enfin, les regards des quelques couples et clients de l’hôtel attablés ou tenant le comptoir se tournaient pour regarder le Middenheimer, qui, dans les formes, se penchait un peu pour offrir de façon plus élégante sa main.
Et ainsi, il l’attrapa, et commença à lui faire sa danse. Rien de bien incroyable — mais il était facile à suivre, surtout quand c’est lui qui dirigeait. Il la faisait tourner, à droite, à gauche, en rythme sous les touches du piano. Et si un moment, Katarina ne faisait que regarder ses pieds, de plus en plus, elle voyait comment Reikhard ne faisait que la regarder dans les yeux, avec son petit sourire sympathique en coin.
Cela faisait longtemps maintenant que personne n’avait proposé une danse à Katarina. Une parenthèse bien agréable, au moins pendant les longues minutes où il lui offrait ainsi de bouger. Et il fallait le dire, l’alcool aidait beaucoup à la détente…
Et puis, avec une petite voix un peu peinée, il se mit à demander de nulle part :
« Dis-moi si je me trompe, ou si tu ne veux pas m’en parler, mais tu as l’air triste. »
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Re: [Katarina] Antonlied
Katarina se laissa emporter par la danse, surprise d'abord par le geste de Reikhard, puis finalement charmée par son initiative. La musique, la valse lente et mélancolique, résonnait avec une émotion qu'elle n'avait pas vraiment prévu de ressentir ce soir-là. Elle suivait le mouvement avec une grâce naturelle, même si, par moments, elle avait du mal à détacher ses yeux de ses pieds. Pourtant, à mesure que la danse se poursuivait, elle remarqua le regard de Reikhard, toujours fixé sur elle, avec ce petit sourire en coin qui lui donnait un air à la fois énigmatique et sincère.
Cela faisait si longtemps que personne ne l’avait regardée ainsi. Depuis sa fuite de son mariage arrangé, elle avait navigué dans un monde de masques et de faux-semblants, où tout était calculé, même les sourires. Mais ici, dans ce petit coin de la salle d’un hôtel de Nuln, dans les bras d’un homme qu’elle connaissait à peine, elle ressentait une forme de douceur qui contrastait avec la dureté de son quotidien.
Les tournées se succédaient, et l’alcool qu’ils avaient consommé n'était pas étranger à cette sensation de légèreté. Katarina, presque grisée par ce moment suspendu dans le temps, se surprit à se laisser porter, son corps bougeant avec fluidité au rythme imposé par Reikhard. C'était comme si, pendant quelques minutes, elle avait pu échapper à la lourdeur des responsabilités, des intrigues, et de sa propre ambition dévorante.
Mais la question de Reikhard, posée d'une voix douce et empreinte de sincérité, la ramena à une réalité plus crue. Son cœur se serra légèrement lorsqu’il mentionna sa tristesse. Elle ne s'attendait pas à ce qu’il la perce aussi rapidement à jour.
Elle hésita un moment, ses pas ralentissant imperceptiblement. Ce n'était pas une question simple à répondre. Katarina n'était pas du genre à se confier facilement, encore moins à un homme qu’elle connaissait depuis si peu de temps. Mais ici, dans ce moment volé à la frénésie du monde extérieur, quelque chose la poussa à parler. Ne pas tout dire, bien sûr. Mais juste assez.
« Vous avez un œil acéré, Reikhard, » répondit-elle finalement, un léger sourire triste aux lèvres. Elle prit une profonde inspiration, rassemblant son courage avant de plonger dans sa confession.
« J’ai fui ma famille, mes devoirs… Mon fiancé, en venant ici à Nuln. Mon frère voulait me marier à un homme que je ne connais pas, un marchand qui a acheté son titre de noblesse, comme on achète un simple cheval ou une maison. Il n’a rien de noble, si ce n’est son argent. Et moi… Il me voulait à ses côtés pour faire un beau mariage. Un mariage de convenance, comme il y en a tant dans ce monde. »
Elle fit une pause, ses yeux se perdant un instant dans ceux de Reikhard, cherchant une forme de compréhension. « Je ne pouvais pas accepter ça. J’ai toujours cru en des idéaux plus grands que l’argent, plus grands que cette mascarade. Mais plus je lutte, plus je me rends compte que c’est l’argent qui tire les ficelles de tout. Même ici, à Nuln, je suis obligée de jouer ce jeu, de me présenter comme une femme que je ne suis pas pour pouvoir survivre, pour espérer trouver un moyen de me sortir de ce mariage. »
Elle soupira, secouant légèrement la tête, un sourire triste aux lèvres. « Alors, oui, je suis triste, parce que malgré tous mes efforts, je ne vois pas d’échappatoire à mon destin… Mes ancêtres se sont illustré de haut fait, un d'entre eux a combattu pour Magnus le Pieux lors de la grande guerre du chaos et il a servi avec diligence et loyauté, de même que chacun des von Gildenspiegel. Comment pourrais-je être à la hauteur de mon nom ou de mes ancêtres si j'accepte d'épouser un parvenu ? Quel crime cela serait pour ma future progéniture que de la laisser souillée par un sang impur. Alors, oui, je suis triste Reikhard, ma naissance me donne droit aux privilèges que ce monde souhaite me retirer à chaque instant. J'en suis à compter les jours ici en espérant ne pas me retrouver à la rue, ou pire à devoir rentrer à Gildenspiegel la tête basse en avouant ma défaite et en me résignant à ce mariage contre-nature.»
Cela faisait si longtemps que personne ne l’avait regardée ainsi. Depuis sa fuite de son mariage arrangé, elle avait navigué dans un monde de masques et de faux-semblants, où tout était calculé, même les sourires. Mais ici, dans ce petit coin de la salle d’un hôtel de Nuln, dans les bras d’un homme qu’elle connaissait à peine, elle ressentait une forme de douceur qui contrastait avec la dureté de son quotidien.
Les tournées se succédaient, et l’alcool qu’ils avaient consommé n'était pas étranger à cette sensation de légèreté. Katarina, presque grisée par ce moment suspendu dans le temps, se surprit à se laisser porter, son corps bougeant avec fluidité au rythme imposé par Reikhard. C'était comme si, pendant quelques minutes, elle avait pu échapper à la lourdeur des responsabilités, des intrigues, et de sa propre ambition dévorante.
Mais la question de Reikhard, posée d'une voix douce et empreinte de sincérité, la ramena à une réalité plus crue. Son cœur se serra légèrement lorsqu’il mentionna sa tristesse. Elle ne s'attendait pas à ce qu’il la perce aussi rapidement à jour.
Elle hésita un moment, ses pas ralentissant imperceptiblement. Ce n'était pas une question simple à répondre. Katarina n'était pas du genre à se confier facilement, encore moins à un homme qu’elle connaissait depuis si peu de temps. Mais ici, dans ce moment volé à la frénésie du monde extérieur, quelque chose la poussa à parler. Ne pas tout dire, bien sûr. Mais juste assez.
« Vous avez un œil acéré, Reikhard, » répondit-elle finalement, un léger sourire triste aux lèvres. Elle prit une profonde inspiration, rassemblant son courage avant de plonger dans sa confession.
« J’ai fui ma famille, mes devoirs… Mon fiancé, en venant ici à Nuln. Mon frère voulait me marier à un homme que je ne connais pas, un marchand qui a acheté son titre de noblesse, comme on achète un simple cheval ou une maison. Il n’a rien de noble, si ce n’est son argent. Et moi… Il me voulait à ses côtés pour faire un beau mariage. Un mariage de convenance, comme il y en a tant dans ce monde. »
Elle fit une pause, ses yeux se perdant un instant dans ceux de Reikhard, cherchant une forme de compréhension. « Je ne pouvais pas accepter ça. J’ai toujours cru en des idéaux plus grands que l’argent, plus grands que cette mascarade. Mais plus je lutte, plus je me rends compte que c’est l’argent qui tire les ficelles de tout. Même ici, à Nuln, je suis obligée de jouer ce jeu, de me présenter comme une femme que je ne suis pas pour pouvoir survivre, pour espérer trouver un moyen de me sortir de ce mariage. »
Elle soupira, secouant légèrement la tête, un sourire triste aux lèvres. « Alors, oui, je suis triste, parce que malgré tous mes efforts, je ne vois pas d’échappatoire à mon destin… Mes ancêtres se sont illustré de haut fait, un d'entre eux a combattu pour Magnus le Pieux lors de la grande guerre du chaos et il a servi avec diligence et loyauté, de même que chacun des von Gildenspiegel. Comment pourrais-je être à la hauteur de mon nom ou de mes ancêtres si j'accepte d'épouser un parvenu ? Quel crime cela serait pour ma future progéniture que de la laisser souillée par un sang impur. Alors, oui, je suis triste Reikhard, ma naissance me donne droit aux privilèges que ce monde souhaite me retirer à chaque instant. J'en suis à compter les jours ici en espérant ne pas me retrouver à la rue, ou pire à devoir rentrer à Gildenspiegel la tête basse en avouant ma défaite et en me résignant à ce mariage contre-nature.»
Katarina von Gildenspiegel, Voie de l'Aristocrate
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Re: [Katarina] Antonlied
Reikhard écouta la complainte de Katarina sans dire un mot. Il se concentrait surtout sur ses pas de danses et les tours inlassables qui lui faisait faire au rythme du piano. Il portait son regard plus loin qu’elle par instants, avant d’à nouveau la scruter droit au fond de ses prunelles. Et quand elle eut terminé, il répondit par une question fort simple, et qui pourtant portait fort loin :
« Alors quelle femme es-tu, Katarina ? »
Il avait dit ça d’un petit ton, presque chuchoté. Dans le même temps, sa main invitait la jeune femme à un peu plus se coller à lui, même s’il n’osait que l’effleurer au-dessus de sa robe, essayant de se rapprocher d’elle sans trop s’imposer.
« Alors quelle femme es-tu, Katarina ? »
Il avait dit ça d’un petit ton, presque chuchoté. Dans le même temps, sa main invitait la jeune femme à un peu plus se coller à lui, même s’il n’osait que l’effleurer au-dessus de sa robe, essayant de se rapprocher d’elle sans trop s’imposer.
- Katarina von Gildenspiegel
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Re: [Katarina] Antonlied
Katarina laissa transparaître une détermination aussi froide qu’incandescente. Elle se rapprocha un peu de Reikhard, le regard empli de cette assurance qu’elle porte comme un manteau précieux.
« Je suis une femme qui refuse d’être à la merci des décisions des autres, d’être simplement un pion dans les mains de ceux qui ont plus de pouvoir que moi. Je ne suis pas née pour observer la grandeur de loin et accepter mon rôle de spectatrice. J’ai en moi une soif de liberté qui ne peu s’acquérir que par une position enviable.»
Elle marqua une pause, inspirant avec calme, comme si elle énonçait une vérité universelle.
« Tout ce qui m’importe, c’est de bâtir un avenir où je ne suis plus simplement la fille d’une famille déclinante, mais une femme au sommet, respectée, crainte même, si cela est nécessaire. Si les larmes doivent couler et les sacrifices être faits… eh bien, que cela fasse partie du chemin.»
Elle esquissa un sourire en coin, glissant un regard empreint d'assurance a son cavalier. « Et j’y arriverai, pas à pas. Après tout, ce monde appartient à ceux qui savent en faire leur terrain, qui transforment chaque faiblesse en force, chaque défaite en un pas vers la victoire. »
Puis elle ajouta d’une voix plus douce mais tout aussi résolue : « Je n’ai peut-être pas encore tout ce que je veux, mais je n’ai pas l’intention de m’arrêter avant d’y parvenir. Et peut etre arriverai je a une position qui auraît du être la mienne par ma naissance, mais que ce monde semble ourdir a me dérober. Et vous mon ami, quel genre d'homme êtes vous?»
« Je suis une femme qui refuse d’être à la merci des décisions des autres, d’être simplement un pion dans les mains de ceux qui ont plus de pouvoir que moi. Je ne suis pas née pour observer la grandeur de loin et accepter mon rôle de spectatrice. J’ai en moi une soif de liberté qui ne peu s’acquérir que par une position enviable.»
Elle marqua une pause, inspirant avec calme, comme si elle énonçait une vérité universelle.
« Tout ce qui m’importe, c’est de bâtir un avenir où je ne suis plus simplement la fille d’une famille déclinante, mais une femme au sommet, respectée, crainte même, si cela est nécessaire. Si les larmes doivent couler et les sacrifices être faits… eh bien, que cela fasse partie du chemin.»
Elle esquissa un sourire en coin, glissant un regard empreint d'assurance a son cavalier. « Et j’y arriverai, pas à pas. Après tout, ce monde appartient à ceux qui savent en faire leur terrain, qui transforment chaque faiblesse en force, chaque défaite en un pas vers la victoire. »
Puis elle ajouta d’une voix plus douce mais tout aussi résolue : « Je n’ai peut-être pas encore tout ce que je veux, mais je n’ai pas l’intention de m’arrêter avant d’y parvenir. Et peut etre arriverai je a une position qui auraît du être la mienne par ma naissance, mais que ce monde semble ourdir a me dérober. Et vous mon ami, quel genre d'homme êtes vous?»
Katarina von Gildenspiegel, Voie de l'Aristocrate
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Re: [Katarina] Antonlied
« Quel genre d’homme ? »
Il répéta la question en chuchotant. Peut-être était-il surpris, ou alors c’était un moyen rhétorique pour lui de mesurer la portée de son propre questionnement. Il resta bouche bée quelques instants, ou alors c’était pour mieux conclure la danse — sa réponse serait reportée, puisque, élégamment, il entraîna Katarina dans quelques ultimes pas sur elle-même. Il la fit glisser avec lui, en la faisant marcher en même temps que les notes pressées du pianiste.
« Je suis un peu comme toi. J’aime saisir ce que je souhaite. Qu’importe ce qu’on m’interdit ou ce qu’on souhaite m’empêcher. Je suis tout le temps obligé de baisser les yeux et de ravaler ma fierté, de faire des manières et des beaux yeux devant plus riche et plus puissant que moi, mais au fond, je veux tout posséder. Je ne suis que ce que je désire. »
Une étrange philosophie — mais qui résonnait parfaitement avec ce que Katarina venait de lui dire. Alors, il baissa son ton, soudain plus énergique, sans doute agaillardi par l’alcool.
« Je veux mes terres. Je veux ma vengeance. Je veux une casaque de soie et un pistolet à répétition. Qu’on me salue en courbant la tête et qu’on s’écarte devant moi. Je veux l’amour d’Ulric et l’héritage de mes parents. »
Et alors que la musique se terminait, il approcha sa bouche de l’oreille de Katarina.
« Et je veux t’embrasser, aussi. »
Il répéta la question en chuchotant. Peut-être était-il surpris, ou alors c’était un moyen rhétorique pour lui de mesurer la portée de son propre questionnement. Il resta bouche bée quelques instants, ou alors c’était pour mieux conclure la danse — sa réponse serait reportée, puisque, élégamment, il entraîna Katarina dans quelques ultimes pas sur elle-même. Il la fit glisser avec lui, en la faisant marcher en même temps que les notes pressées du pianiste.
« Je suis un peu comme toi. J’aime saisir ce que je souhaite. Qu’importe ce qu’on m’interdit ou ce qu’on souhaite m’empêcher. Je suis tout le temps obligé de baisser les yeux et de ravaler ma fierté, de faire des manières et des beaux yeux devant plus riche et plus puissant que moi, mais au fond, je veux tout posséder. Je ne suis que ce que je désire. »
Une étrange philosophie — mais qui résonnait parfaitement avec ce que Katarina venait de lui dire. Alors, il baissa son ton, soudain plus énergique, sans doute agaillardi par l’alcool.
« Je veux mes terres. Je veux ma vengeance. Je veux une casaque de soie et un pistolet à répétition. Qu’on me salue en courbant la tête et qu’on s’écarte devant moi. Je veux l’amour d’Ulric et l’héritage de mes parents. »
Et alors que la musique se terminait, il approcha sa bouche de l’oreille de Katarina.
« Et je veux t’embrasser, aussi. »
- Katarina von Gildenspiegel
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Re: [Katarina] Antonlied
Les derniers échos de la musique semblèrent s’éteindre, plongeant le moment dans une sorte de flottement où tout pouvait basculer. Katarina ressentit l’intensité du murmure de Reikhard, et pour un instant, elle s'autorisa à entrevoir une complicité rare, une compréhension entre deux âmes habitées par une même ambition, une même soif insatiable. Elle déglutit, inspirant pour apaiser le battement soudain de son cœur.
Son regard ne quittait pas celui de Reikhard, et un fin sourire, à peine perceptible, s’esquissa sur ses lèvres. Il y avait quelque chose de brûlant dans ses yeux, un éclat à la fois dangereux et tentant. Elle appréciait cette ambition crue, presque sauvage, qui émanait de lui et qui faisait écho à ses propres désirs de grandeur et de reconnaissance.
D’un geste lent, elle remonta la main de Reikhard, effleurant ses doigts. Puis elle lui répondit d’un ton doux mais assuré, presque comme une invitation :
« Alors… Qu’attends-tu pour prendre ce que tu veux ? »
Elle le défiait, sans détour, le regardant avec une étincelle de défi mêlée d’une complicité sous-jacente. Pour Katarina, chaque rencontre, chaque relation, même la plus intime, pouvait être un moyen d’atteindre ses ambitions et en cet instant, elle se sentait prête à en tester les limites.
Son regard ne quittait pas celui de Reikhard, et un fin sourire, à peine perceptible, s’esquissa sur ses lèvres. Il y avait quelque chose de brûlant dans ses yeux, un éclat à la fois dangereux et tentant. Elle appréciait cette ambition crue, presque sauvage, qui émanait de lui et qui faisait écho à ses propres désirs de grandeur et de reconnaissance.
D’un geste lent, elle remonta la main de Reikhard, effleurant ses doigts. Puis elle lui répondit d’un ton doux mais assuré, presque comme une invitation :
« Alors… Qu’attends-tu pour prendre ce que tu veux ? »
Elle le défiait, sans détour, le regardant avec une étincelle de défi mêlée d’une complicité sous-jacente. Pour Katarina, chaque rencontre, chaque relation, même la plus intime, pouvait être un moyen d’atteindre ses ambitions et en cet instant, elle se sentait prête à en tester les limites.
Katarina von Gildenspiegel, Voie de l'Aristocrate
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Re: [Katarina] Antonlied
Reikhard avait été jusqu’ici d’une courtoisie plutôt acceptable. S’il était peut-être regrettable qu’il n’avait pas tiré l’épée pour transpercer de part en part un Estalien, et que Katarina avait dû bien le soutenir pour l’extraire de son tripot perdu au milieu du Dédale, le Middenheimer, était somme toutes, d’une compagnie noble plutôt agréable ; a minima, il savait se tenir, parler, offrir le bras, s’exprimer de façon simple et laconique, sans en dire trop, et ne parler de lui que quand on lui demandait de parler de lui-même… On avait dû lui offrir une éducation noble, ou l’inviter à singer des personnes mieux-nées que lui.
Mais quand Katarina lui offrit une brèche, il chargea dedans à la manière d’un gendarme de Bretonnie. Le souffle se coupant, il lâcha la main de Katarina pour la poser sur sa joue, la maintint ainsi en place, bizarrement fermement, et il approcha ses lèvres pour l’embrasser. Rien d’incroyable ; il enlaçait ses lèvres avec les siennes, échangeait un baiser tendre, juste du bout de la bouche, pendant quelques instants qui paraissaient évidemment plus longs et décisifs qu’ils l’étaient vraiment — c’était le moment bête où le cœur pulsait jusqu’aux oreilles, et où on sentait des détails, comme le fait que ses lèvres picotaient ; visiblement, l’Ulricain ne se rasait pas si bien qu’il n’en avait l’apparence, probablement la faute à une lame de bien mauvaise qualité. Il sentait l’alcool, et la sueur, mais ce n’était bizarrement pas vraiment désagréable ; l’odeur des gens qui ont l’ardeur pour embrasser des personnes qu’ils viennent de rencontrer.
Il retira ses lèvres, posa son front contre celui de Katarina, avant de l’embrasser à nouveau une seconde fois. Et puis, restant près d’elle, il lui murmura d’une voix très légèrement haletante, assez peu perceptible au-dessus de la musique et de sa gorge un peu cassante à cause de l’éthanol :
« Tu es très belle. »
C’était un compliment tellement niais. Mais ça sonnait aussi tellement honnête. Il recula un peu sa tête pour mieux la regarder, et chuchotant toujours, avec le regard brillant, mais aussi légèrement fuyant, il osa :
« Et qu’est-ce qu’on pourrait vouloir d’autre, ce soir ? »
Mais quand Katarina lui offrit une brèche, il chargea dedans à la manière d’un gendarme de Bretonnie. Le souffle se coupant, il lâcha la main de Katarina pour la poser sur sa joue, la maintint ainsi en place, bizarrement fermement, et il approcha ses lèvres pour l’embrasser. Rien d’incroyable ; il enlaçait ses lèvres avec les siennes, échangeait un baiser tendre, juste du bout de la bouche, pendant quelques instants qui paraissaient évidemment plus longs et décisifs qu’ils l’étaient vraiment — c’était le moment bête où le cœur pulsait jusqu’aux oreilles, et où on sentait des détails, comme le fait que ses lèvres picotaient ; visiblement, l’Ulricain ne se rasait pas si bien qu’il n’en avait l’apparence, probablement la faute à une lame de bien mauvaise qualité. Il sentait l’alcool, et la sueur, mais ce n’était bizarrement pas vraiment désagréable ; l’odeur des gens qui ont l’ardeur pour embrasser des personnes qu’ils viennent de rencontrer.
Il retira ses lèvres, posa son front contre celui de Katarina, avant de l’embrasser à nouveau une seconde fois. Et puis, restant près d’elle, il lui murmura d’une voix très légèrement haletante, assez peu perceptible au-dessus de la musique et de sa gorge un peu cassante à cause de l’éthanol :
« Tu es très belle. »
C’était un compliment tellement niais. Mais ça sonnait aussi tellement honnête. Il recula un peu sa tête pour mieux la regarder, et chuchotant toujours, avec le regard brillant, mais aussi légèrement fuyant, il osa :
« Et qu’est-ce qu’on pourrait vouloir d’autre, ce soir ? »
- Katarina von Gildenspiegel
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Re: [Katarina] Antonlied
Reikhard se montrait soudainement plus entreprenant, mais Katarina, forte de sa volonté et de sa maîtrise, choisit de ne pas se laisser porter totalement par le flot des événements.Elle profita du baiser, qui était l'apothéose de la soirée. Elle resta un instant à le regarder, son front encore collé au sien, tandis qu’un sourire léger mais énigmatique apparaissait sur ses lèvres.
Elle leva la main et effleura doucement la joue rugueuse de Reikhard. Ses prunelles vertes scrutèrent son visage comme pour jauger ses intentions, ou peut-être pour savourer ce pouvoir qu’elle avait sur lui en cet instant.
Enfin, elle murmura d’un ton calme, presque amusé :
« Peut-être… mais les plus belles choses, Reikhard, ne s’obtiennent jamais si facilement. C'est une des plus belle soirée que j'ai vécu en cette ville jusqu’à présent.»
Elle recula juste assez pour rompre la proximité, bien que ses doigts effleurent encore brièvement les siens avant de retomber le long de son propre corps. Katarina n’était pas une femme à se précipiter. Si quelque chose devait arriver, ce serait à son rythme, selon ses termes.
Elle pivota légèrement, ses yeux se portant un instant sur la pianiste, comme pour rétablir une certaine normalité après l’échange. Mais son sourire en coin, son regard à demi tourné vers lui, montrait bien qu’elle laissait une porte ouverte — et qu’elle appréciait les instants volés de cette soirée.
Elle leva la main et effleura doucement la joue rugueuse de Reikhard. Ses prunelles vertes scrutèrent son visage comme pour jauger ses intentions, ou peut-être pour savourer ce pouvoir qu’elle avait sur lui en cet instant.
Enfin, elle murmura d’un ton calme, presque amusé :
« Peut-être… mais les plus belles choses, Reikhard, ne s’obtiennent jamais si facilement. C'est une des plus belle soirée que j'ai vécu en cette ville jusqu’à présent.»
Elle recula juste assez pour rompre la proximité, bien que ses doigts effleurent encore brièvement les siens avant de retomber le long de son propre corps. Katarina n’était pas une femme à se précipiter. Si quelque chose devait arriver, ce serait à son rythme, selon ses termes.
Elle pivota légèrement, ses yeux se portant un instant sur la pianiste, comme pour rétablir une certaine normalité après l’échange. Mais son sourire en coin, son regard à demi tourné vers lui, montrait bien qu’elle laissait une porte ouverte — et qu’elle appréciait les instants volés de cette soirée.
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Re: [Katarina] Antonlied
« Heureux de te l’avoir offerte, alors. Même si je pense qu’il y aura d’autres soirées, si tu me l’accordes…
…Car je pense deviner que celle-ci se termine prochainement ? »
L’alcool le rendait moins timide. Et plein d’espérance. Mais von Gildenspiegel eut l’intelligence de vite éteindre ses espoirs avec espièglerie et tact — c’était intelligent. Non pas forcément par convenances sociales ; on était en l’An 2512, à Nuln, c’était bien la cité et le moment où les gens étaient peu regardants sur les relations d’autrui… Mais les hommes sont des créatures ingrates. Et pas sûr que Katarina puisse encore espérer grand-chose de l’Ulricain en s’offrant trop vite et trop ivre. Surtout alors que c’était elle qui l’avait sorti de son pétrin…
« …Hé bien dans ce cas, j’ai très hâte de vous revoir, mademoiselle. »
Il lui attrapa le menton, et lui offrit un autre baiser. Plus chaud, et un peu moins empressé et salivaire. Beaucoup plus agréable. Il souriait à travers sa très fine barbe. Et alors, le Middenheimer recula d’un pas, et lui offrit une magnifique révérence.
Katarina s’écrasa dans son pieu après un verre d’eau, habillée et effondrée de fatigue. Le verre d’eau fut très salutaire. Le lendemain, réveillée par le bruit du dehors (Elle aurait dû mettre des boules dans ses oreilles, cette foutue ville était vraiment beaucoup trop bruyante…), la première chose qui la frappa fut une migraine absolument atroce, qui battait derrière les paupières. Les soirées bacchanales de la campagne avaient bien renforcé son estomac, mais l’alcool fort parvenait à écraser même les plus puissantes défenses. C’est après avoir bien gerbé dans les chiottes (Et vu ainsi la magnificence du tout-à-l’égout) et passé des heures à végéter dans un coin, incapable même de lire le journal d’aujourd’hui sans avoir envie de crever, qu’elle commença enfin à être capable de grignoter quelque chose et de se remplir d’eau pour gerber autre chose que de la bile brûlante et tapissant.
L’alcool avait eu un effet positif — Sa nuit avait été sans rêves. Ou plutôt sans cauchemars. La mort d’Anton, le félon du Solland, ne l’avait pas encore trop hantée. Nul doute qu’il reviendrait marquer quelques instants de repos. Pour l’instant, l’éthanol anesthésiait un peu le fond de ses pensées.
Un bain et de nouveaux vêtements frais plus tard (Et confiant ses frusques sentant la vinasse à la buanderie de l’hôtel), Katarina décida de ne pas totalement gâcher son Konistag. En espérant peut-être ne pas remettre le couvercle ce soir ; en tant que dernier jour de la semaine, on connaissait les soirées de Konistag comme bien poussées par le Prince. Elle se mit en tête de rechercher la Tiléenne socialiste, Gaia Nogarola de Miragliano. Elle avait dit qu’elle étudiait à l’université, à la faculté de décrets et humanités pour être exact. En espérant qu’elle ne soit pas un de ces collégiens adepte de l’école buissonnière, ne se pointant à l’amphithéâtre que pour les examens, elle pouvait peut-être espérer tomber sur elle… Et puis, même si on était dans la Neuestadt, ça restait un quartier plus tolérable que d’autre pour une jeune femme seule.
Devant l’hôtel, des taxis attendaient les clients. Comme hier, elle glissa une demi-pistole à un bonhomme portant un haut-de-forme qui la salua et lui ouvrit la portière, avant d’offrir poliment sa main pour qu’elle monte derrière le cheval. Un claquement de fouet plus tard, et elle traversait à toute vitesse le quartier Kaufmann, et remonta l’immense voie commerciale pour aller jusqu’à l’immense Reikplatz.
L’Orme était là. C’était ici, que, hier, elle avait assisté à une gravissime horreur. Son ventre se nouait sans qu’elle n’y puisse rien faire en découvrant cet arbre titanesque, enraciné depuis des millénaires, et les tribunes autour que des charpentiers étaient en train de soigneusement démonter, sous la protection de la Police Métropolitaine en uniforme qui faisait la circulation et assurait des déviations aux nombreux usagers de la route : chevaux, calèches, taxis, ânes bâtés, et la foule de piétons allant-et-venant avec familles, bagages, enfants sautillants, prêtres en robes et wagons à main, pour le travail ou le loisir…
Le taxi s’arrêta tranquillement devant un grand jardin. Katarina demanda quelques informations pour se diriger, en se demandant où se trouvait l’université.
« Bah… Partout autour de vous ! »
Le cab-man avait dit ça avec un grand sourire. Il fallut un peu insister pour qu’il comprenne que Katarina était une nouvelle arrivante.
« Haaaa !
En fait, à Nuln, l’Université c’est pas juste un bâtiment, c’est…
Bah attendez, j’ai un truc pour les touristes, tenez c’est gratuit je vous l’offre ! »
Il ouvrit une petite boîte derrière son attelage, et lui tendit un petit imprimé jaunâtre. C’était un plan imprimé — on y voyait un grossier croquis qui montrait quelques lieux importants d’études à Nuln.
Cela donnait un peu le tournis. Nuln était vraiment une cité scolaire, et sa population estudiantine, en comptant les professeurs, les secrétaires, et tous les commerces divers et variés qui vivaient de ce monde là (Tels les aubergistes ou les imprimeurs…), on pouvait peut-être chiffrer en milliers ceux qui en dépendaient.
« Là-bas c’est l’immense École Impériale d’Artillerie, le fleuron de Nuln et de l’Empire ! Espérez pas y entrer aujourd’hui par contre — ils font journée portes ouvertes que pour l’Aubentag, autrement c’est rigidement fermé, avec une discipline militaire. Mais si vous y allez la semaine prochaine, vous pourrez voir les étudiants faire tirer des canons en plein air !
Un tout petit peu plus loin y a l’Université-aux-Halfelins et l’école culinaire de Nuln. Ils ont un commerce de pâtisseries ! Mais ça coûte cher, même si c’est excellent — j’en avais acheté des petits gâteaux à ma femme pour son anniversaire, je recommande. Plus loin encore, il y a le collège des avocats, la guilde des élémentalistes — c’est-à-dire le collège des sorciers, je ne vous recommande pas d’en approcher… — le collège de médecine, la guilde des ménestrels, l’école de musiques, diverses guildes, banques, et consulats étrangers…
Et enfin, tout au centre, l’Université proprement dite, clôturée mais en soi ouverte à tous. Et puis autour les différentes auberges qui louent aux étudiants, la Presse Universitaire, quelques restaurants, des théâtres… Si vous allez au Théâtre du Globe, ils ont une nouveauté absolument incroyable : des images qui bougent toutes seules, sans avoir besoin d’acteur ! »
Après avoir trouvé ses directions, Katarina put, en pure touriste hors de son élément, se retrouver à errer au milieu de ce quartier.
La Ville-Lumière, maintenant vue à hauteur humaine, avait quelque chose de fascinant. Ses rues étaient pavées, ses immeubles hauts et modernes — on sentait la reconstruction récente, les grands projets d’urbanisme, surtout du temps de l’Empereur Dieter IV du Stirland (Dieter l’Incapable, qui avait été renversé après avoir vendu l’indépendance du Westerland et de Marienburg…). C’était espacé, flamboyant, plein de blanc et de marbre, avec des avenues bien pensées et où on ne se sentait pas étouffé malgré la densité de population. Il y avait des statues presque à chaque grande avenue, et des petits commerces à enseignes dans tous les sens qui vendaient mille et une commodités qu’on imaginerait comme plus « rares » à la campagne : il y avait par exemple un chapelier, qui ne vendait toute la journée que des chapeaux, à côté d’un chausseur, qui ne vendait que des souliers. Une pâtisserie proposait des gâteaux et des pâtés en croûte, et un petit restaurant Tiléen sans tables ni chaises proposait à des gens de manger des tartes ouvertes pleines de fromages. Toutes ces choses qui semblaient luxueuses étaient pourtant offertes au quidam qui entrait et sortait à toute vitesse en échangeant des pièces de métal et des billets d’assignats en papier en échange de ces denrées à l’unité…
…Et puis, le monde qu’il y avait ! Partout, que des gens. Des dandys bien habillés, des dockers pleins de sueurs qui faisaient rouler des tonneaux et portaient des sacs. Un jeune ado commis de boulangerie ouvrait une porte de service en toussant, recouvert de la tête aux pieds de farine qui entachait son tablier. Un duo de flics métropolitains côtes-à-côtes, remontant paisiblement l’avenue. Des étudiants qui courraient sans raison, en se faisant crier dessus par un vieil homme agacé. Des gens corpulents, aussi — il y avait beaucoup de personnes avec de l’embonpoint, biens portants, une vision plus rare dans la ruralité. On semblait manger très bien à Nuln, et peu bouger, au moins chez une certaine frange de la population. Des ventres épais étaient cachés sous des chemises toutes blanches maculées de sueurs avec la chaleur ambiante.
Le grand campus de l’Universität s’offrait à Katarina. Juste devant passait des rails de métal qui semblaient servir à faire bouger une grosse voiture qui se déplaçait sans cheval. Et, au milieu de grands bâtiments en briques, il y avait une immense statue, à la gloire de Sebastian Veit, et des arbustes aux fleurs exotiques — des fleurs étranges, certaines bicolores, poussaient sous le soin de quelques jardiniers attentifs. Là, tout autour d’elle, Katarina croisait des étudiants séparés en petits groupes, qui parlaient fort de tout et de rien — de choses qu’elle ne comprenait pas. D’un professeur dont des jeunes filles se moquaient, d’un bar où des amis se donnaient rendez-vous, de travaux dirigés qu’un duo devait bientôt rendre.
Tout autour de la statue, il y avait des joueurs d’échec. Certains n’avaient pas une dégaine d’étudiant. Il y avait par exemple un vieil homme âgé, très barbu, aux dents noirâtres, qui criait comme un fou à défier les étudiants curieux qui observaient autour. En échange de quelques sous, on pouvait le défier — et sous les yeux médusés des curieux puis leurs applaudissements, il gagnait presque à chaque fois, à toute vitesse.
Il y avait aussi, de l’autre côté de la statue, monté sur une vieille chaise pleine de clous d’échardes, un très bel homme debout, en beau costume de dandy, qui parlait très fort, avec un petit groupe de spectateurs autour — presque que des jeunes femmes, en fait.
« Ô flot, c'est bien. Descends maintenant. Il le faut.
Jamais ton flux encor n'était monté si haut.
Mais pourquoi donc es-tu si sombre et si farouche ?
Pourquoi ton gouffre a-t-il un cri comme une bouche ?
Pourquoi cette pluie âpre, et cette ombre, et ces bruits,
Et ce vent noir soufflant dans le clairon des nuits ?
Ta vague monte avec la rumeur d'un prodige
C'est ici ta limite. Arrête-toi, te dis-je.
Les vieilles lois, les vieux obstacles, les vieux freins,
Ignorance, misère et néant, souterrains
Où meurt le fol espoir, bagnes profonds de l'âme,
L'ancienne autorité de l'homme sur la femme,
Le grand banquet, muré pour les déshérités,
Les superstitions et les fatalités,
N'y touche pas, va-t'en ; ce sont les choses saintes.
Redescends, et tais-toi ! j'ai construit ces enceintes
Autour du genre humain et j'ai bâti ces tours.
Mais tu rugis toujours ! mais tu montes toujours !
Tout s'en va pêle-mêle à ton choc frénétique.
Voici le vieux missel, voici le code antique.
L'échafaud dans un pli de ta vague a passé.
Ne touche pas au roi ! ciel ! il est renversé.
Et ces hommes sacrés ! je les vois disparaître.
Arrête ! c'est le juge. Arrête ! c'est le prêtre.
Dieu t'a dit : Ne va pas plus loin, ô flot amer !
Mais quoi ! tu m'engloutis ! au secours, Dieu ! la mer
Désobéis ! la mer envahit mon refuge !
Tu me crois la marée et je suis le déluge. »
Un poème socialiste. Un poème d’inspiration Streissenite. Ce bellâtre était en train d’appeler à la Révolution. Et voilà que les jeunes filles applaudissaient de plus belle…
…Difficile de savoir si c’était à cause de l’intelligence du poème ou à cause de la tête du garçon.
…Car je pense deviner que celle-ci se termine prochainement ? »
L’alcool le rendait moins timide. Et plein d’espérance. Mais von Gildenspiegel eut l’intelligence de vite éteindre ses espoirs avec espièglerie et tact — c’était intelligent. Non pas forcément par convenances sociales ; on était en l’An 2512, à Nuln, c’était bien la cité et le moment où les gens étaient peu regardants sur les relations d’autrui… Mais les hommes sont des créatures ingrates. Et pas sûr que Katarina puisse encore espérer grand-chose de l’Ulricain en s’offrant trop vite et trop ivre. Surtout alors que c’était elle qui l’avait sorti de son pétrin…
« …Hé bien dans ce cas, j’ai très hâte de vous revoir, mademoiselle. »
Il lui attrapa le menton, et lui offrit un autre baiser. Plus chaud, et un peu moins empressé et salivaire. Beaucoup plus agréable. Il souriait à travers sa très fine barbe. Et alors, le Middenheimer recula d’un pas, et lui offrit une magnifique révérence.
Katarina s’écrasa dans son pieu après un verre d’eau, habillée et effondrée de fatigue. Le verre d’eau fut très salutaire. Le lendemain, réveillée par le bruit du dehors (Elle aurait dû mettre des boules dans ses oreilles, cette foutue ville était vraiment beaucoup trop bruyante…), la première chose qui la frappa fut une migraine absolument atroce, qui battait derrière les paupières. Les soirées bacchanales de la campagne avaient bien renforcé son estomac, mais l’alcool fort parvenait à écraser même les plus puissantes défenses. C’est après avoir bien gerbé dans les chiottes (Et vu ainsi la magnificence du tout-à-l’égout) et passé des heures à végéter dans un coin, incapable même de lire le journal d’aujourd’hui sans avoir envie de crever, qu’elle commença enfin à être capable de grignoter quelque chose et de se remplir d’eau pour gerber autre chose que de la bile brûlante et tapissant.
L’alcool avait eu un effet positif — Sa nuit avait été sans rêves. Ou plutôt sans cauchemars. La mort d’Anton, le félon du Solland, ne l’avait pas encore trop hantée. Nul doute qu’il reviendrait marquer quelques instants de repos. Pour l’instant, l’éthanol anesthésiait un peu le fond de ses pensées.
Un bain et de nouveaux vêtements frais plus tard (Et confiant ses frusques sentant la vinasse à la buanderie de l’hôtel), Katarina décida de ne pas totalement gâcher son Konistag. En espérant peut-être ne pas remettre le couvercle ce soir ; en tant que dernier jour de la semaine, on connaissait les soirées de Konistag comme bien poussées par le Prince. Elle se mit en tête de rechercher la Tiléenne socialiste, Gaia Nogarola de Miragliano. Elle avait dit qu’elle étudiait à l’université, à la faculté de décrets et humanités pour être exact. En espérant qu’elle ne soit pas un de ces collégiens adepte de l’école buissonnière, ne se pointant à l’amphithéâtre que pour les examens, elle pouvait peut-être espérer tomber sur elle… Et puis, même si on était dans la Neuestadt, ça restait un quartier plus tolérable que d’autre pour une jeune femme seule.
Devant l’hôtel, des taxis attendaient les clients. Comme hier, elle glissa une demi-pistole à un bonhomme portant un haut-de-forme qui la salua et lui ouvrit la portière, avant d’offrir poliment sa main pour qu’elle monte derrière le cheval. Un claquement de fouet plus tard, et elle traversait à toute vitesse le quartier Kaufmann, et remonta l’immense voie commerciale pour aller jusqu’à l’immense Reikplatz.
L’Orme était là. C’était ici, que, hier, elle avait assisté à une gravissime horreur. Son ventre se nouait sans qu’elle n’y puisse rien faire en découvrant cet arbre titanesque, enraciné depuis des millénaires, et les tribunes autour que des charpentiers étaient en train de soigneusement démonter, sous la protection de la Police Métropolitaine en uniforme qui faisait la circulation et assurait des déviations aux nombreux usagers de la route : chevaux, calèches, taxis, ânes bâtés, et la foule de piétons allant-et-venant avec familles, bagages, enfants sautillants, prêtres en robes et wagons à main, pour le travail ou le loisir…
Le taxi s’arrêta tranquillement devant un grand jardin. Katarina demanda quelques informations pour se diriger, en se demandant où se trouvait l’université.
« Bah… Partout autour de vous ! »
Le cab-man avait dit ça avec un grand sourire. Il fallut un peu insister pour qu’il comprenne que Katarina était une nouvelle arrivante.
« Haaaa !
En fait, à Nuln, l’Université c’est pas juste un bâtiment, c’est…
Bah attendez, j’ai un truc pour les touristes, tenez c’est gratuit je vous l’offre ! »
Il ouvrit une petite boîte derrière son attelage, et lui tendit un petit imprimé jaunâtre. C’était un plan imprimé — on y voyait un grossier croquis qui montrait quelques lieux importants d’études à Nuln.
Cela donnait un peu le tournis. Nuln était vraiment une cité scolaire, et sa population estudiantine, en comptant les professeurs, les secrétaires, et tous les commerces divers et variés qui vivaient de ce monde là (Tels les aubergistes ou les imprimeurs…), on pouvait peut-être chiffrer en milliers ceux qui en dépendaient.
« Là-bas c’est l’immense École Impériale d’Artillerie, le fleuron de Nuln et de l’Empire ! Espérez pas y entrer aujourd’hui par contre — ils font journée portes ouvertes que pour l’Aubentag, autrement c’est rigidement fermé, avec une discipline militaire. Mais si vous y allez la semaine prochaine, vous pourrez voir les étudiants faire tirer des canons en plein air !
Un tout petit peu plus loin y a l’Université-aux-Halfelins et l’école culinaire de Nuln. Ils ont un commerce de pâtisseries ! Mais ça coûte cher, même si c’est excellent — j’en avais acheté des petits gâteaux à ma femme pour son anniversaire, je recommande. Plus loin encore, il y a le collège des avocats, la guilde des élémentalistes — c’est-à-dire le collège des sorciers, je ne vous recommande pas d’en approcher… — le collège de médecine, la guilde des ménestrels, l’école de musiques, diverses guildes, banques, et consulats étrangers…
Et enfin, tout au centre, l’Université proprement dite, clôturée mais en soi ouverte à tous. Et puis autour les différentes auberges qui louent aux étudiants, la Presse Universitaire, quelques restaurants, des théâtres… Si vous allez au Théâtre du Globe, ils ont une nouveauté absolument incroyable : des images qui bougent toutes seules, sans avoir besoin d’acteur ! »
Après avoir trouvé ses directions, Katarina put, en pure touriste hors de son élément, se retrouver à errer au milieu de ce quartier.
La Ville-Lumière, maintenant vue à hauteur humaine, avait quelque chose de fascinant. Ses rues étaient pavées, ses immeubles hauts et modernes — on sentait la reconstruction récente, les grands projets d’urbanisme, surtout du temps de l’Empereur Dieter IV du Stirland (Dieter l’Incapable, qui avait été renversé après avoir vendu l’indépendance du Westerland et de Marienburg…). C’était espacé, flamboyant, plein de blanc et de marbre, avec des avenues bien pensées et où on ne se sentait pas étouffé malgré la densité de population. Il y avait des statues presque à chaque grande avenue, et des petits commerces à enseignes dans tous les sens qui vendaient mille et une commodités qu’on imaginerait comme plus « rares » à la campagne : il y avait par exemple un chapelier, qui ne vendait toute la journée que des chapeaux, à côté d’un chausseur, qui ne vendait que des souliers. Une pâtisserie proposait des gâteaux et des pâtés en croûte, et un petit restaurant Tiléen sans tables ni chaises proposait à des gens de manger des tartes ouvertes pleines de fromages. Toutes ces choses qui semblaient luxueuses étaient pourtant offertes au quidam qui entrait et sortait à toute vitesse en échangeant des pièces de métal et des billets d’assignats en papier en échange de ces denrées à l’unité…
…Et puis, le monde qu’il y avait ! Partout, que des gens. Des dandys bien habillés, des dockers pleins de sueurs qui faisaient rouler des tonneaux et portaient des sacs. Un jeune ado commis de boulangerie ouvrait une porte de service en toussant, recouvert de la tête aux pieds de farine qui entachait son tablier. Un duo de flics métropolitains côtes-à-côtes, remontant paisiblement l’avenue. Des étudiants qui courraient sans raison, en se faisant crier dessus par un vieil homme agacé. Des gens corpulents, aussi — il y avait beaucoup de personnes avec de l’embonpoint, biens portants, une vision plus rare dans la ruralité. On semblait manger très bien à Nuln, et peu bouger, au moins chez une certaine frange de la population. Des ventres épais étaient cachés sous des chemises toutes blanches maculées de sueurs avec la chaleur ambiante.

Le grand campus de l’Universität s’offrait à Katarina. Juste devant passait des rails de métal qui semblaient servir à faire bouger une grosse voiture qui se déplaçait sans cheval. Et, au milieu de grands bâtiments en briques, il y avait une immense statue, à la gloire de Sebastian Veit, et des arbustes aux fleurs exotiques — des fleurs étranges, certaines bicolores, poussaient sous le soin de quelques jardiniers attentifs. Là, tout autour d’elle, Katarina croisait des étudiants séparés en petits groupes, qui parlaient fort de tout et de rien — de choses qu’elle ne comprenait pas. D’un professeur dont des jeunes filles se moquaient, d’un bar où des amis se donnaient rendez-vous, de travaux dirigés qu’un duo devait bientôt rendre.
Tout autour de la statue, il y avait des joueurs d’échec. Certains n’avaient pas une dégaine d’étudiant. Il y avait par exemple un vieil homme âgé, très barbu, aux dents noirâtres, qui criait comme un fou à défier les étudiants curieux qui observaient autour. En échange de quelques sous, on pouvait le défier — et sous les yeux médusés des curieux puis leurs applaudissements, il gagnait presque à chaque fois, à toute vitesse.
Il y avait aussi, de l’autre côté de la statue, monté sur une vieille chaise pleine de clous d’échardes, un très bel homme debout, en beau costume de dandy, qui parlait très fort, avec un petit groupe de spectateurs autour — presque que des jeunes femmes, en fait.
« Ô flot, c'est bien. Descends maintenant. Il le faut.
Jamais ton flux encor n'était monté si haut.
Mais pourquoi donc es-tu si sombre et si farouche ?
Pourquoi ton gouffre a-t-il un cri comme une bouche ?
Pourquoi cette pluie âpre, et cette ombre, et ces bruits,
Et ce vent noir soufflant dans le clairon des nuits ?
Ta vague monte avec la rumeur d'un prodige
C'est ici ta limite. Arrête-toi, te dis-je.
Les vieilles lois, les vieux obstacles, les vieux freins,
Ignorance, misère et néant, souterrains
Où meurt le fol espoir, bagnes profonds de l'âme,
L'ancienne autorité de l'homme sur la femme,
Le grand banquet, muré pour les déshérités,
Les superstitions et les fatalités,
N'y touche pas, va-t'en ; ce sont les choses saintes.
Redescends, et tais-toi ! j'ai construit ces enceintes
Autour du genre humain et j'ai bâti ces tours.
Mais tu rugis toujours ! mais tu montes toujours !
Tout s'en va pêle-mêle à ton choc frénétique.
Voici le vieux missel, voici le code antique.
L'échafaud dans un pli de ta vague a passé.
Ne touche pas au roi ! ciel ! il est renversé.
Et ces hommes sacrés ! je les vois disparaître.
Arrête ! c'est le juge. Arrête ! c'est le prêtre.
Dieu t'a dit : Ne va pas plus loin, ô flot amer !
Mais quoi ! tu m'engloutis ! au secours, Dieu ! la mer
Désobéis ! la mer envahit mon refuge !
Tu me crois la marée et je suis le déluge. »
Un poème socialiste. Un poème d’inspiration Streissenite. Ce bellâtre était en train d’appeler à la Révolution. Et voilà que les jeunes filles applaudissaient de plus belle…
…Difficile de savoir si c’était à cause de l’intelligence du poème ou à cause de la tête du garçon.
- Katarina von Gildenspiegel
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Re: [Katarina] Antonlied
Le réveil fut brutal. Katarina ouvrit les yeux dans un éclat de lumière cruelle, une migraine sourde tambourinant à l’intérieur de son crâne. Chaque bruit, chaque mouvement semblait amplifié, comme si le monde entier se liguait contre elle. Elle avait le souvenir flou, mais agréable, d’avoir vidé un verre d’eau avant de s’effondrer dans son lit, encore habillée. Les draps défaits, la robe froissée abandonnée sur une chaise et l’odeur persistante d’alcool dans l’air témoignaient des excès de la veille.
Mais en dépit de la douleur lancinante et des hauts-le-cœur qui l’obligeaient à se précipiter à plusieurs reprises vers les toilettes, Katarina se surprit à sourire doucement. La soirée avec Reikhard avait été différente. Elle, si habituée à garder le contrôle, à analyser chaque mot, chaque geste, avait laissé tomber ses défenses, ne serait-ce qu’un instant. Sous la lumière tamisée et le murmure des conversations à l’hôtel, dans le mouvement fluide d’une valse, elle s’était abandonnée au plaisir simple d’un moment partagé.
Reikhard n’avait pas cherché à la dominer ni à jouer à l’homme fort, comme beaucoup auraient tenté. Il n’avait pas cherché à percer le mystère qu’elle cultivait, ni à combler les silences qu’elle laissait traîner intentionnellement. Au contraire, il s’était contenté d’être là, de lui offrir son sourire et ses maladresses charmantes. C’était rafraîchissant, inattendu. Et lorsqu’il l’avait embrassée, elle avait répondu sans calcul ni arrière-pensée. Ce n’était pas un baiser stratégique, un mouvement sur l’échiquier de sa vie compliquée. C’était un geste purement humain, une parenthèse où elle avait permis à sa rigide armure de se fendiller.
Alors qu’elle vomissait une dernière fois dans l’élégante cuvette de sa chambre, Katarina rit malgré elle. Elle ne pouvait pas se souvenir de la dernière fois où elle s’était autorisée à simplement… vivre. Elle était toujours en train de penser à l’étape suivante, à la manière d’exploiter chaque situation, chaque relation. Mais hier soir, avec Reikhard, dans ce moment de danse et de partage, elle s’était sentie étrangement libre.
Elle passa une heure à végéter, incapable de bouger, assise au bord de son lit, les jambes croisées sous sa robe de chambre. Une tasse de thé refroidissait sur la table, oubliée. Une partie d’elle aurait voulu prolonger ce sentiment de liberté, mais la Katarina pragmatique reprenait doucement le dessus. Elle savait que ces moments d’abandon étaient dangereux. Laisser ses émotions prendre le dessus pouvait coûter cher dans un monde où la moindre faiblesse était exploitée.
Finalement, elle décida de ne pas se laisser totalement envahir par la torpeur. Elle se força à se lever, prit un bain chaud pour délasser ses muscles fatigués, et fit déposer ses vêtements imprégnés d’alcool à la buanderie de l’hôtel. La brume dans sa tête commença lentement à se dissiper tandis qu’elle choisissait une tenue fraîche et élégante. Elle était prête à affronter cette nouvelle journée.
Aujourd’hui, elle avait un objectif précis : retrouver Gaia Nogarola. La Tiléenne l’avait intriguée. Non seulement par ses idées politiques, mais aussi par l’énergie passionnée qu’elle semblait dégager. Une telle femme pouvait être une fréquentation interessante. Katarina savait que se rapprocher de Gaia lui ouvrirait peut-être les portes de cercles intellectuels , mais cela pouvait aussi représenter un danger. Les idéaux étaient des choses instables, et les gens qui les portaient avaient souvent une tendance fâcheuse à provoquer des troubles.
Elle quitta sa chambre, le menton relevé et l’attitude assurée. Devant l’hôtel, les taxis attendaient, comme toujours. Elle glissa une demi-pistole à un cocher qui la salua en inclinant poliment la tête avant de lui ouvrir la portière. Une fois installée, elle donna sa destination : l’université, et plus précisément la faculté de décrets et humanités. Katarina espérait que Gaia ne serait pas l’un de ces étudiants fantômes qui ne se montraient qu’aux examens.
Alors que le cheval trottait avec une cadence régulière, faisant avancer la voiture à travers les rues animées de Nuln, Katarina se laissa aller à contempler le paysage urbain. La ville était vivante, presque écrasante dans son activité incessante. Les quartiers se succédaient, chacun avec sa propre atmosphère, ses propres odeurs, son propre rythme. À travers les ruelles du Kaufmann et les avenues bondées du Reikplatz, elle sentait le pouls de cette capitale impériale.
Malgré la lourdeur qui persistait dans son esprit et les ombres de la nuit précédente, Katarina se sentait… prête. La veille avait été une parenthèse, un souffle d’air frais dans un quotidien étouffant. Mais aujourd’hui, elle redevenait Katarina von Gildenspiegel : ambitieuse, déterminée, et prête à tracer son chemin, coûte que coûte.
L’Orme s’élevait devant elle, imposant et immuable, ses racines s’enfonçant dans le pavé comme pour ancrer la mémoire d’horreurs passées. Katarina sentit son ventre se nouer à la vue de cet arbre monumental, théâtre silencieux des drames de la veille. Les ouvriers s'affairaient à démonter les tribunes, supervisés par des policiers métropolitains en uniformes impeccables qui régulaient le flot incessant de piétons, de calèches et d’attelages. La vie reprenait son cours, indifférente au poids des souvenirs. Elle détourna les yeux et se concentra sur ce qui l’attendait.
Le taxi s’arrêta devant un jardin spacieux. En descendant, Katarina s’arrêta un instant pour s’orienter. L’université, donc, était tout autour. Cela l’amusa légèrement, un sourire en coin se dessinant sur ses lèvres. Nuln ne faisait rien à moitié, et encore moins son quartier universitaire.
Le cocher, dans son enthousiasme, avait agrémenté son trajet de détails pittoresques sur les lieux environnants. Sans répondre, elle accueillit ses explications avec une attention polie, notant intérieurement les curiosités mentionnées. Une école culinaire, une guilde de ménestrels, un théâtre aux « images mouvantes »... Décidément, cette ville regorgeait de surprises. Elle conserva précieusement le petit plan qu’il lui avait remis, amusée par la simplicité du croquis, tout en remarquant les chemins tracés entre les bâtiments notables.
Alors qu’elle avançait à travers le quartier, Katarina se sentit dépassée mais aussi fascinée par la richesse de cet univers. Les avenues, larges et lumineuses, étaient bordées d’immeubles modernes et élégants. Chaque rue semblait vibrer d’une énergie propre, un mélange de discipline et de chaos organisé. Ici, on ne vivait pas, on fourmillait.
Elle se laissa happer par le mouvement des passants, observant avec curiosité les différentes strates sociales qui se croisaient sans se mêler : les étudiants à l’allure bohème, les bourgeois vêtus avec soin, les dockers couverts de sueur et les jeunes apprentis hâtant le pas pour rejoindre leurs tâches. Une jeune femme traversa devant elle avec une pile de livres, pressée mais concentrée. Plus loin, un commis boulanger couvert de farine poussa maladroitement une porte de service, son visage rougi par l’effort.
Malgré la cacophonie, il y avait une logique, une harmonie propre à ce tumulte. Chaque lieu semblait avoir sa fonction précise : une pâtisserie qui embaumait l’air de parfums sucrés, un chapelier qui ajustait un couvre-chef, un chausseur exposant ses créations dans une vitrine impeccable.
Katarina nota en passant les détails singuliers, un demi-sourire aux lèvres devant l’opulence de certains passants au ventre bien rempli. Nul doute, on mangeait bien à Nuln, mais certains semblaient en avoir trop profité. Cette pensée légère n’arrivait cependant pas à effacer complètement le malaise qu’elle ressentait encore en pensant à l’Orme. Les contrastes de la ville amplifiaient ses réflexions : beauté et monstruosité semblaient se côtoyer en permanence ici, dans un fragile équilibre.
Elle reprit sa marche, plan en main, dirigeant ses pas vers le cœur de l’université. Il y avait un but à sa présence ici, mais elle s’accorda encore un instant pour se laisser imprégner par l’atmosphère du quartier. Cette ville débordait de vie, peut-être un peu trop, mais en cet instant, cela convenait.
Le grand campus de l’Universität s’étendait devant elle, impressionnant par son étendue et son effervescence. Devant les bâtiments de briques rouges, un réseau de rails métalliques traversait l’esplanade, accompagné de lourds chariots qui semblaient se mouvoir sans l’aide de chevaux. Katarina observa ces étranges véhicules avec une curiosité retenue, encore peu habituée aux avancées techniques de la Ville-Lumière.
Au centre de cette vaste cour trônait une immense statue à la gloire de Sebastian Veit. L’effigie du grand homme semblait dominer la scène, le visage austère et tourné vers l’horizon comme pour guider les générations futures. Autour, des jardiniers entretenaient des parterres d’arbustes exotiques aux fleurs intrigantes, parfois bicolores, dont la beauté surréaliste captait brièvement son attention.
La vie grouillait ici, animée par les voix des étudiants rassemblés en petits groupes. Ils parlaient à haute voix, parfois passionnés, parfois distraits. Katarina, observatrice silencieuse, capta des bribes de conversations sans en comprendre le sens : critiques légères d’un professeur, plaisanteries sur un bar où ils semblaient avoir leurs habitudes, ou encore l’urgence des travaux dirigés à rendre.
Autour de la statue, des parties d’échecs attiraient leur propre cercle de spectateurs. Katarina nota avec intérêt le vieil homme barbu, probablement pas un étudiant, qui braillait pour attirer des challengers. Ses dents noircies contrastaient avec la vivacité de ses gestes, et les sous qu’il récoltait semblaient un tribut modeste pour ses victoires éclatantes. Les jeunes autour, fascinés, applaudissaient son habileté.
De l’autre côté de la statue, une scène bien différente retenait l’attention d’un autre public. Un homme, visiblement un dandy, se tenait debout sur une chaise usée, ses vêtements élégants en dissonance avec la rudesse de son piédestal. Sa voix, claire et puissante, résonnait alors qu’il déclamait un poème aux accents révolutionnaires. Les paroles, trempées d’idéaux socialistes et d’un lyrisme impétueux, semblaient faites pour remuer les cœurs — ou du moins séduire son audience majoritairement féminine.
« Tu me crois la marée et je suis le déluge… »
Les applaudissements nourris des jeunes filles ne laissèrent aucun doute : ce bellâtre captait leur attention autant par sa prestance que par ses vers. Katarina esquissa un sourire en coin. Peut-être était-ce le poème, peut-être était-ce sa mâchoire… mais une chose était sûre, elle devait le reconnaître : l’énergie qui émanait de cette place était contagieuse.
Ses pas ralentirent, et finalement, elle s’arrêta, levant les yeux vers l’imposante statue de Veit. Autour d’elle, les voix, les rires, les applaudissements, le cliquetis des pièces sur l’échiquier… tout s’entremêlait en un chaos étrange mais grisant. Elle inspira profondément, cherchant à imprégner son esprit de cette vitalité.
Avec une impulsion soudaine, elle traversa l’esplanade pour mieux observer le poète. Ce n’était pas son style habituel, écouter des discours tapageurs. Mais la scène la piquait d’une curiosité qu’elle n’arrivait pas à étouffer. Elle s’arrêta en périphérie du petit attroupement, croisant les bras en un geste faussement détaché, bien que posant parfois sa main sur ses tempes pour les masser, comme pour chasser les relents de maux de crâne dû à l'excès d'alcool.
Si cet homme, avec ses vers et son charisme, cherchait à galvaniser, elle voulait voir jusqu’où il pourrait aller. Après tout, dans une ville comme celle-ci, la passion n’était jamais sans conséquences. Elle leva son index et son majeur, gardant les autres fermé, signe de la comète de sigmar, comme pour un vain espoir de contrecarrer le poème qui lui semble être une sinistre prophétie.
Mais en dépit de la douleur lancinante et des hauts-le-cœur qui l’obligeaient à se précipiter à plusieurs reprises vers les toilettes, Katarina se surprit à sourire doucement. La soirée avec Reikhard avait été différente. Elle, si habituée à garder le contrôle, à analyser chaque mot, chaque geste, avait laissé tomber ses défenses, ne serait-ce qu’un instant. Sous la lumière tamisée et le murmure des conversations à l’hôtel, dans le mouvement fluide d’une valse, elle s’était abandonnée au plaisir simple d’un moment partagé.
Reikhard n’avait pas cherché à la dominer ni à jouer à l’homme fort, comme beaucoup auraient tenté. Il n’avait pas cherché à percer le mystère qu’elle cultivait, ni à combler les silences qu’elle laissait traîner intentionnellement. Au contraire, il s’était contenté d’être là, de lui offrir son sourire et ses maladresses charmantes. C’était rafraîchissant, inattendu. Et lorsqu’il l’avait embrassée, elle avait répondu sans calcul ni arrière-pensée. Ce n’était pas un baiser stratégique, un mouvement sur l’échiquier de sa vie compliquée. C’était un geste purement humain, une parenthèse où elle avait permis à sa rigide armure de se fendiller.
Alors qu’elle vomissait une dernière fois dans l’élégante cuvette de sa chambre, Katarina rit malgré elle. Elle ne pouvait pas se souvenir de la dernière fois où elle s’était autorisée à simplement… vivre. Elle était toujours en train de penser à l’étape suivante, à la manière d’exploiter chaque situation, chaque relation. Mais hier soir, avec Reikhard, dans ce moment de danse et de partage, elle s’était sentie étrangement libre.
Elle passa une heure à végéter, incapable de bouger, assise au bord de son lit, les jambes croisées sous sa robe de chambre. Une tasse de thé refroidissait sur la table, oubliée. Une partie d’elle aurait voulu prolonger ce sentiment de liberté, mais la Katarina pragmatique reprenait doucement le dessus. Elle savait que ces moments d’abandon étaient dangereux. Laisser ses émotions prendre le dessus pouvait coûter cher dans un monde où la moindre faiblesse était exploitée.
Finalement, elle décida de ne pas se laisser totalement envahir par la torpeur. Elle se força à se lever, prit un bain chaud pour délasser ses muscles fatigués, et fit déposer ses vêtements imprégnés d’alcool à la buanderie de l’hôtel. La brume dans sa tête commença lentement à se dissiper tandis qu’elle choisissait une tenue fraîche et élégante. Elle était prête à affronter cette nouvelle journée.
Aujourd’hui, elle avait un objectif précis : retrouver Gaia Nogarola. La Tiléenne l’avait intriguée. Non seulement par ses idées politiques, mais aussi par l’énergie passionnée qu’elle semblait dégager. Une telle femme pouvait être une fréquentation interessante. Katarina savait que se rapprocher de Gaia lui ouvrirait peut-être les portes de cercles intellectuels , mais cela pouvait aussi représenter un danger. Les idéaux étaient des choses instables, et les gens qui les portaient avaient souvent une tendance fâcheuse à provoquer des troubles.
Elle quitta sa chambre, le menton relevé et l’attitude assurée. Devant l’hôtel, les taxis attendaient, comme toujours. Elle glissa une demi-pistole à un cocher qui la salua en inclinant poliment la tête avant de lui ouvrir la portière. Une fois installée, elle donna sa destination : l’université, et plus précisément la faculté de décrets et humanités. Katarina espérait que Gaia ne serait pas l’un de ces étudiants fantômes qui ne se montraient qu’aux examens.
Alors que le cheval trottait avec une cadence régulière, faisant avancer la voiture à travers les rues animées de Nuln, Katarina se laissa aller à contempler le paysage urbain. La ville était vivante, presque écrasante dans son activité incessante. Les quartiers se succédaient, chacun avec sa propre atmosphère, ses propres odeurs, son propre rythme. À travers les ruelles du Kaufmann et les avenues bondées du Reikplatz, elle sentait le pouls de cette capitale impériale.
Malgré la lourdeur qui persistait dans son esprit et les ombres de la nuit précédente, Katarina se sentait… prête. La veille avait été une parenthèse, un souffle d’air frais dans un quotidien étouffant. Mais aujourd’hui, elle redevenait Katarina von Gildenspiegel : ambitieuse, déterminée, et prête à tracer son chemin, coûte que coûte.
L’Orme s’élevait devant elle, imposant et immuable, ses racines s’enfonçant dans le pavé comme pour ancrer la mémoire d’horreurs passées. Katarina sentit son ventre se nouer à la vue de cet arbre monumental, théâtre silencieux des drames de la veille. Les ouvriers s'affairaient à démonter les tribunes, supervisés par des policiers métropolitains en uniformes impeccables qui régulaient le flot incessant de piétons, de calèches et d’attelages. La vie reprenait son cours, indifférente au poids des souvenirs. Elle détourna les yeux et se concentra sur ce qui l’attendait.
Le taxi s’arrêta devant un jardin spacieux. En descendant, Katarina s’arrêta un instant pour s’orienter. L’université, donc, était tout autour. Cela l’amusa légèrement, un sourire en coin se dessinant sur ses lèvres. Nuln ne faisait rien à moitié, et encore moins son quartier universitaire.
Le cocher, dans son enthousiasme, avait agrémenté son trajet de détails pittoresques sur les lieux environnants. Sans répondre, elle accueillit ses explications avec une attention polie, notant intérieurement les curiosités mentionnées. Une école culinaire, une guilde de ménestrels, un théâtre aux « images mouvantes »... Décidément, cette ville regorgeait de surprises. Elle conserva précieusement le petit plan qu’il lui avait remis, amusée par la simplicité du croquis, tout en remarquant les chemins tracés entre les bâtiments notables.
Alors qu’elle avançait à travers le quartier, Katarina se sentit dépassée mais aussi fascinée par la richesse de cet univers. Les avenues, larges et lumineuses, étaient bordées d’immeubles modernes et élégants. Chaque rue semblait vibrer d’une énergie propre, un mélange de discipline et de chaos organisé. Ici, on ne vivait pas, on fourmillait.
Elle se laissa happer par le mouvement des passants, observant avec curiosité les différentes strates sociales qui se croisaient sans se mêler : les étudiants à l’allure bohème, les bourgeois vêtus avec soin, les dockers couverts de sueur et les jeunes apprentis hâtant le pas pour rejoindre leurs tâches. Une jeune femme traversa devant elle avec une pile de livres, pressée mais concentrée. Plus loin, un commis boulanger couvert de farine poussa maladroitement une porte de service, son visage rougi par l’effort.
Malgré la cacophonie, il y avait une logique, une harmonie propre à ce tumulte. Chaque lieu semblait avoir sa fonction précise : une pâtisserie qui embaumait l’air de parfums sucrés, un chapelier qui ajustait un couvre-chef, un chausseur exposant ses créations dans une vitrine impeccable.
Katarina nota en passant les détails singuliers, un demi-sourire aux lèvres devant l’opulence de certains passants au ventre bien rempli. Nul doute, on mangeait bien à Nuln, mais certains semblaient en avoir trop profité. Cette pensée légère n’arrivait cependant pas à effacer complètement le malaise qu’elle ressentait encore en pensant à l’Orme. Les contrastes de la ville amplifiaient ses réflexions : beauté et monstruosité semblaient se côtoyer en permanence ici, dans un fragile équilibre.
Elle reprit sa marche, plan en main, dirigeant ses pas vers le cœur de l’université. Il y avait un but à sa présence ici, mais elle s’accorda encore un instant pour se laisser imprégner par l’atmosphère du quartier. Cette ville débordait de vie, peut-être un peu trop, mais en cet instant, cela convenait.
Le grand campus de l’Universität s’étendait devant elle, impressionnant par son étendue et son effervescence. Devant les bâtiments de briques rouges, un réseau de rails métalliques traversait l’esplanade, accompagné de lourds chariots qui semblaient se mouvoir sans l’aide de chevaux. Katarina observa ces étranges véhicules avec une curiosité retenue, encore peu habituée aux avancées techniques de la Ville-Lumière.
Au centre de cette vaste cour trônait une immense statue à la gloire de Sebastian Veit. L’effigie du grand homme semblait dominer la scène, le visage austère et tourné vers l’horizon comme pour guider les générations futures. Autour, des jardiniers entretenaient des parterres d’arbustes exotiques aux fleurs intrigantes, parfois bicolores, dont la beauté surréaliste captait brièvement son attention.
La vie grouillait ici, animée par les voix des étudiants rassemblés en petits groupes. Ils parlaient à haute voix, parfois passionnés, parfois distraits. Katarina, observatrice silencieuse, capta des bribes de conversations sans en comprendre le sens : critiques légères d’un professeur, plaisanteries sur un bar où ils semblaient avoir leurs habitudes, ou encore l’urgence des travaux dirigés à rendre.
Autour de la statue, des parties d’échecs attiraient leur propre cercle de spectateurs. Katarina nota avec intérêt le vieil homme barbu, probablement pas un étudiant, qui braillait pour attirer des challengers. Ses dents noircies contrastaient avec la vivacité de ses gestes, et les sous qu’il récoltait semblaient un tribut modeste pour ses victoires éclatantes. Les jeunes autour, fascinés, applaudissaient son habileté.
De l’autre côté de la statue, une scène bien différente retenait l’attention d’un autre public. Un homme, visiblement un dandy, se tenait debout sur une chaise usée, ses vêtements élégants en dissonance avec la rudesse de son piédestal. Sa voix, claire et puissante, résonnait alors qu’il déclamait un poème aux accents révolutionnaires. Les paroles, trempées d’idéaux socialistes et d’un lyrisme impétueux, semblaient faites pour remuer les cœurs — ou du moins séduire son audience majoritairement féminine.
« Tu me crois la marée et je suis le déluge… »
Les applaudissements nourris des jeunes filles ne laissèrent aucun doute : ce bellâtre captait leur attention autant par sa prestance que par ses vers. Katarina esquissa un sourire en coin. Peut-être était-ce le poème, peut-être était-ce sa mâchoire… mais une chose était sûre, elle devait le reconnaître : l’énergie qui émanait de cette place était contagieuse.
Ses pas ralentirent, et finalement, elle s’arrêta, levant les yeux vers l’imposante statue de Veit. Autour d’elle, les voix, les rires, les applaudissements, le cliquetis des pièces sur l’échiquier… tout s’entremêlait en un chaos étrange mais grisant. Elle inspira profondément, cherchant à imprégner son esprit de cette vitalité.
Avec une impulsion soudaine, elle traversa l’esplanade pour mieux observer le poète. Ce n’était pas son style habituel, écouter des discours tapageurs. Mais la scène la piquait d’une curiosité qu’elle n’arrivait pas à étouffer. Elle s’arrêta en périphérie du petit attroupement, croisant les bras en un geste faussement détaché, bien que posant parfois sa main sur ses tempes pour les masser, comme pour chasser les relents de maux de crâne dû à l'excès d'alcool.
Si cet homme, avec ses vers et son charisme, cherchait à galvaniser, elle voulait voir jusqu’où il pourrait aller. Après tout, dans une ville comme celle-ci, la passion n’était jamais sans conséquences. Elle leva son index et son majeur, gardant les autres fermé, signe de la comète de sigmar, comme pour un vain espoir de contrecarrer le poème qui lui semble être une sinistre prophétie.
Katarina von Gildenspiegel, Voie de l'Aristocrate
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