[Khoreri] Un calice pour un prince

La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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[Khoreri] Un calice pour un prince

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Fourdi 15 Postarcane 1534 (2512 du calendrier Sigmarite).
Quelque part sur la côte du sud de la Bretonnie.
Cinq millénaires après la trahison d’Ulthuan.




La nuit est presque sans lune. Celle verte semble camouflée par les nuages, trop lointaine et trop faible pour que son inquiétante lueur ne fasse trembler les faibles d’esprits. Celle grise ne forme qu’une fine ligne rayonnante sur la voûte céleste, pas encore un croissant — il y a deux jours, le ciel nocturne du grand océan était noir comme un abysse, et on aurait dit que les Dieux avaient recouvert le ciel d’encre. Où donc se cachait Lileath ? Son cycle lunaire ne faisait que débuter, et depuis quelques jours maintenant, Khoreri n’avait plus de rêves pour hanter ses nuits. Qu’il s’agisse d’une bénédiction ou d’une malédiction n’appartenait plus qu’à elle.



Le drakkar Perce-Phare remontait silencieusement les récifs. Passant bien à travers les violentes vagues qui claquaient contre la coque, il semblait presque voler parfois, et ses épaisses voiles couvrant les mâts avalaient tout le vent que Mathlann pouvait souffler. Ce n’était pas un gros navire, mais Perce-Phare avait été capable de traverser tout un océan, par la bénédiction du Dieu-Marin comme la force des galériens, esclaves humains dirigés par le fouet. Léger et élancé, le navire paraissait faible, et lorsqu’il avait fallu contourner l’île d’Ulthuan, le capitaine avait passé des jours entiers nerveux et en colère, probablement inquiet à l’idée de tomber sur une patrouille de vaisseaux Asurs… Les Haut-Elfes semblaient partout être les maîtres des océans, et quand bien même il était saint de s’en prendre à eux, il faudrait être un fou pour risquer le bâtiment contre leurs guerriers.
Mais cela avait été plus d’inquiétude que de mal. Et voilà qu’enfin se découvrait dans l’ombre devant eux leur prochain objectif.


Un petit groupe de Druchii attendait patiemment dans le froid de la fin d’un été pourri ; s’ils étaient couverts d’un peu de chair de poule sous leurs longs imperméables noirs, la dureté du climat de Naggaroth les avait tous habitués au glacial. Ils demeuraient impassibles et silencieux, au garde-à-vous, alors que le capitaine jouait avec un objet : une sorte de boîte dans laquelle il y avait un petit feu. Il baissait et remontait la visière plus-ou-moins vite, afin de créer un langage codé avec de la lumière. Sauf que cela faisait maintenant plus d’une demi-heure qu’il jouait avec son machin, et qu’il n’y avait toujours pas eu la moindre réaction.

Ça en était trop pour Baena. La Furie brisa les rangs, et alla parler au capitaine, d’une voix ferme qui tentait de percer à travers le souffle du vent et le choc bruyant des vagues :

« Toujours pas de réponse. Êtes-vous sûr d’être au bon endroit ? »

Le capitaine se vexa. Cekaloil Raeteht avait eu « l’honneur » d’être le navigateur des Druchii pour les trois dernières semaines — un solide corsaire pas très malin, pas très courtois, et pas beau avec son crâne chauve et ses tas de cicatrices sur le visage, il était l’un des plus médiocres Druchii qui existait à Karond Kar, ce qui voulait déjà dire quelque chose tant cette ville côtière était remplie de rats dégénérés et indignes d’être les sujets de Malékith…
…Mais s’il y avait une chose où il ne devait pas apprécier d’être repris, fût-t-il par une épouse de Khaine, c’était bien sur comment les choses marchaient sur mer :

« Sauf votre respect ma sœur, mes instruments sont corrects ! On est au bon endroit ! Mais il me faut un signal avant d’envisager le débarquement !
– Nous n’avons pas enduré tout ce voyage pour rentrer à Naggaroth. Allons-nous dire au Roi-Sorcier que notre capitaine n’a pas su trouver où nous déposer ?
– Vous avez passé trois semaines avec vos guibolles sur mon pont, ma sœur, vous endurerez bien une heure de plus ! Autrement, je trouverai une autre solution !
Tranquillisez-vous donc — vous voulez à boire ?! »


La sœur ne lui répondit pas et retourna dans les rangs. Le capitaine risquait gros, à parler avec une telle familiarité avec une Furie… Malheureusement, il était pour l’instant utile, ce qui privait du bonheur de pouvoir lui ouvrir une jugulaire.
Reprenant place à côté de Fleur-de-Sang, Baena se plaignit dans un chuchotement rocailleux :

« Nous n’avons pas besoin de lui. Qu’il nous lâche sur la côte, on retrouvera bien le roi des Bretonni nous-mêmes. »
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Baena Sicatyiel ne lançait pas une bravade facile — ce n’était pas son genre. Furie âgée de soixante-dix-neuf ans, elle avait beau être jeune, elle avait déjà eu à prouver comment elle savait étancher la soif de sang de Khaine. Grande guerrière, elle savait tuer rapidement et discrètement quand il le fallait — elle n’arrêtait pas de se vanter d’avoir assassiné des nobles enfermés dans leur manoir durant une Nuit du Massacre, et qu’elle avait permis à la grande Hellebron de redevenir belle pour des semaines avec tout le sang qu’elle avait récupéré… Si elle disait pouvoir tuer le roi des Bretonni toute seule, c’est bien qu’elle pourrait au moins s’approcher de lui.

Quelle honte, tout de même, que des singes aient soudain une telle importance pour Naggaroth… Tout s’était produit il y a trois ans — une grande famille de Karond Kar, la dynastie Drakilos, avait réussi à installer une base permanente sur Elthin Arvan, ce que les humains de ce continent appelaient avec suffisance « le Vieux Monde ». Harassant des royaumes humains, ils avaient gagné une grande fortune et une célébrité importante à la cour du Roi-Phénix Malékith, grâce aux tribus d’êtres humains qu’ils pouvaient ramener en esclavage au sein de son royaume. Mais ils avaient vu trop gros, et les singes étaient parvenus à se réorganiser… Sous le commandement d’un certain « Albéric d’Amboise », fils du duc de Cormagnac et cousin du roi des Bretonni, des vaisseaux de plusieurs nations du Vieux Monde étaient parvenues à piéger l’Arche Noire des Drakilos dans une rade, et de la couler, à la manière qu’avaient des petits chiens de vaincre un ours — ce n’était pas la première fois qu’une Arche Noire était coulée par les singes, mais c’était sans doute la fois de trop. Qu’un de ces vaisseaux titanesques, anciens de millénaires, forteresses truffées de monstres et de bêtes dangereuses, puisse être vaincu par les coquilles de noix d’une espèce arriérée et inférieure… L’humiliation était absolue sur plusieurs plans, et il était une chose douce que la famille Drakilos aie été entièrement tuée avec leur Arche Noire, refusant obstinément de fuir et choisissant de couler avec leur navire : pour ça, ils reçurent des honneurs et des condoléances de la part de la cour du Roi-Sorcier. Si un seul était revenu en vie et en barque à Naggaroth, nul doute qu’il aurait été condamné à être écorché vivant.

À présent, le grand Malékith Ier était obligé de s’occuper de gérer les affaires de ce royaume. Le Vieux Monde était une opportunité pour les Druchii — un réservoir à esclaves, dont leur économie dépendait entièrement, ainsi que le lieu de vie des Asrais des forêts, descendants de colons qui n’étaient pas retournés à Ulthuan et qui représentaient une force neutre dans le conflit face aux Asurs… Peut-être qu’un jour ils auraient le bon sens de rejoindre les armées Druchii. Il fallait espérer les courtiser pour les gagner. À l’inverse, les Asurs se mêlaient beaucoup trop des affaires des singes : on disait qu’ils recommençaient à peupler ce continent, qu’ils formaient des sorciers humains dans plusieurs nations, et qu’ils gagnaient une grande richesse en amenant leurs formidables marchandises auprès des sous-êtres. Influencer le Vieux Monde était maintenant devenu une course, et une nouvelle étape dans la guerre millénaire entre Naggaroth et Ulthuan.

Et aujourd’hui, Fleur-de-Sang se retrouvait mêlée à toute cette intrigue. À sa petite échelle, elle se trouvait mêlée à une grande histoire…

« Hélas, pour le meilleur comme pour le pire, nous avons encore besoin de lui, ma sœur. Nos ordres engagent nos actes. »
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Le troisième larron de la bande était un homme. Masthel Amophiron, un Druchii doux, sage, qui parlait toujours d’une voix posée et monotone, pour dire des choses censées — et il n’hésitait pas à donner son avis sur tout. Fleur-de-Sang avait pu passer des semaines à tourner en rond dans sa tête qui était ce bonhomme, à essayer de deviner ses intentions par quelques questions bien placées… Puis, au final, ça lui été apparu clairement : Masthel était un Assassin. Un fils du Temple de Khaine, un orphelin enlevé par les Furies et baigné dans le sang alors qu’il n’était qu’un bébé. Il avait subi les rites du culte, et il servait Khaine en assassinant par l’épée ou l’arbalète les ennemis de la Lame-Sanglante.
Qu’il soit aussi âgé, avec ses rides clairement visibles sillonnant son visage, ne laissait que deviner la hauteur de son expertise dans sa profession.

« Je ne peux que m’impatienter d’enfin poser le pied sur le continent. Ce n’est pas qu’une attente de semaines, c’est une attente d’années — nous allons pouvoir venger l’offense qui a été faite aux Druchii.
– Vengeance nous attend, ma sœur ; Cependant, Furion va surveiller le moindre de nos actes. Il y a des pouvoirs plus importants en jeu que les nôtres. »

Furion, Archichancelier de Naggaroth, était l’éminence grise de Malékith. Toujours à recommander la précaution, l’intrigue, et la discrétion là où la violence, l’action et la rétribution semblaient nécessaires. Fleur-de-Sang savait peu de choses de lui, tant il paraissait insaisissable et effacé — c’est à peine si les Druchii connaissaient autre chose que son nom. Mais elle n’ignorait pas qu’il y avait une rivalité constante entre Furion et Morathi pour savoir comment bien conseiller le Roi-Sorcier… Nul doute que si cela ne tenait qu’à Morathi, les Bretonni seraient remboursés par une razzia dantesque et sanglante, plutôt que l’infiltration de quelques Elfes dans les ombres. Mais dans la vie, on ne faisait pas toujours ce qu’on voulait.



Un quart d’heures plus tard, enfin, il y eut un signal : un peu de feu venait de la côte. Un scintillement d’une lumière, intermittent. Le capitaine râla, et annonça en criant à son lieutenant :

« Jetez l’ancre ! Préparez les barques ! On va enfin pouvoir atteindre la côte, gloire à Mathlann ! »

Le-dit lieutenant frappa son torse et commença à héler et répartir les membres d’équipages. Ça s’agitait sur le bateau, les esclaves courraient en faisant rouler des tonneaux, des corsaires solidement bâtis tiraient sur des cordages…
…Et plus tard, trois barques étaient mises à l’eau. Le capitaine en personne monta dans l’une d’elle, et offrit sa main par politesse pour faire monter les deux Furies à l’intérieur — pour sa part, Baena refusa de la saisir et sauta d’elle-même dans le petit embarcadère. Une fois tout le monde assis, les trois barques, chargées de matériel ou des trois agents de Khaine, commençaient à aller vers la côte sous les coups de rames d’esclaves humains concentrés sur leur œuvre.

Les corsaires mirent pied dans l’eau les premiers. Armés d’arbalètes, ils coururent sur les galets et commencèrent à se disperser pour s’accroupir et couvrir tous les angles avec leurs armes ; pendant ce temps, les esclaves sautaient aussi et tiraient les barques pour les mettre sur la côte. Voir ainsi les esclaves agir si indépendamment pouvait faire poser la question d’à quel point ils étaient serviles ou bien membres eux aussi de l’équipage… En tout cas, Masthel dégaina un petit pistolet-arbalète et, s’il resta près des embarcations, il semblait lui aussi méfiant et aux aguets.

Cette fois, l’attente ne fut pas longue. D’un talus commencèrent à descendre des silhouettes, qui faisaient des gestes avec les mains. Le capitaine siffla, et parla clairement, si bien qu’on l’entendait facilement dans la nuit noire :

« Lud’, Serres, Commencez à décharger le matériel ! »

Les silhouettes descendaient sur la plage, tout de noir vêtus. Des humains, et, on le reconnaissait vite, quelques Elfes. Le capitaine serra des mains, puis offrit une révérence à l’une d’elle… Il désigna alors de la main les trois nouvellement assemblés, Masthel, Baena, et Khoreri, qui attendaient patiemment alignés sur les galets.
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Celle qui apparaissait être la meneuse du groupe, celle devant qui le capitaine avait fait une courbette, dévoila son visage en rabattant sa capuche — il était difficile de ne pas la confondre avec une Asur, avec sa couronne de jolies fleurs qui ceignait ses cheveux. Mais elle révéla vite son identité, qui dissipa tout début de malentendu :

« Je suis la sœur-supérieure Morrega « Brise-Rêves » Thanlin. Bienvenue dans le Vieux Monde. »

Elle étudia un à un les visages de ses nouveaux subalternes, tandis que le capitaine prenait place à côté d’elle. C’étaient les ordres : Prenez contact avec Brise-Rêves, mettez-vous à sa disposition. Difficile de savoir qui elle était, ou quel genre de personne elle était, tant les informations annexes avaient été parcellaires…
Elle fit un geste de la tête à Masthel.

« Vous devez être Amphorion. On m’a parlé de vous. »

Masthel fit une élégante révérence avant de s’exprimer :

« Je suis ici pour me mettre à votre service. Vos paroles seront celles de Khaine.
– Bien. Présentez-moi les autres ?
– Ma sœur ; J’ai l’honneur de vous présenter les Furies Baena et Khoreri, qui seront vos agents et vos lames pour préparer puis trancher le cœur des Bretonni.
– Enchantée.
Et les singes ? »


Elle désigna en fait quatre petits esclaves terrifiés que des corsaires alignaient un peu sèchement juste derrière, sur les galets. Des âges et des sexes différents, leur seul point commun était d’être des humains.

« Hé bien… Il y a là, de gauche à droite, le singe désigné « Antoine » et la singe désignée « Julie », respectivement propriété de sœur Baena et Khoreri — ce sont des Bretonni qui pourront nous servir d’interprète. Le petit homme à lunettes que vous voyez là est appelé « Villus », il est né en esclavage à Naggaroth et était propriété du culte à Karond Kar — il sait rédiger des actes avec un langage crypté, et sera un secrétaire bon à tout faire. Enfin, le dernier… Je vous avoue que je ne connais plus son nom, il est là juste parce qu’il est costaud, ça peut être utile.
– Bien. Et la cargaison ? »

Là, c’est le capitaine qui répondit. Il toussota et s’exprima :

« Des vins capturés à Ulthuan, par quelques tonneaux — mais surtout des vêtements, des pierres précieuses, des peaux de lion et du fil de drap et textiles venant de chez les Asurs.
Du produit de pillage, qui va pouvoir nourrir votre compagnie marchande. Tout a été payé et mit à votre disposition par l’Archichancelier Furion.

– Excellent.
– L’archichancelier m’a aussi demandé de vous offrir ça, personnellement. De sa part. »

Le capitaine avait un sourire goguenard, alors qu’il sortait quelque chose de son manteau : on aurait dit une toute petite bouteille d’un alcool ambré.
Pour une raison parfaitement inconnue, la sœur-supérieure Morrega écarquilla des yeux, et eut l’air, un instant, tout bonnement horrifiée.

« Je… Merci. »

Elle se tourna, et offrit la bouteille à un de ses sbires — une Druchii quelconque, probablement une autre Furie, qui gardait sa capuche sur la tête. On aurait le temps de savoir de qui il s’agissait plus tard.

« Mes singes vont décharger le matériel. En attendant, nous pouvons gagner nos quartiers.
Capitaine, c’était un honneur de vous rencontrer. Repartez-vous tout de suite ou souhaitez-vous profiter de notre générosité ?

– Si vous n’en êtes pas insultée, je me sens pas à l’aise de rester comme ça au milieu de nulle part — je préfère rembarquer immédiatement.
– Vos hommes ne seront pas trop déçus ?
– J’ai prévu une escale plus bas, sur une crique où j’ai des contacts parmi les singes, vous inquiétez pas pour nous !
– Alors que Mathlann souffle pour vous dans la bonne direction, et merci pour tout. »

Elle offrit sa main, que le capitaine baisa. Puis, alors qu’il s’éloignait, Masthel alla lui serrer la main pour lui dire au revoir et le remercier. Baena l’ignorait et partait déjà de plus belle. Et alors que les trois suivaient le petit groupe qui remontait le talus, l’Assassin décida d’être embêtant :

« Ma sœur, si vous me permettez…
C’est la première fois de ma vie que je marche sur Elthin Arvan. J’ai eu une longue existence, bénie des Dieux, mais je n’ai jamais eu un tel honneur.
Si vous permettez, j’aimerais prier les Dieux un peu à l’écart, et baiser le sol du continent. »


On aurait pu croire qu’une Furie serait en colère qu’on lui fasse ainsi perdre son temps. Mais étonnamment, Brise-Rêves lui offrit un sourire chaleureux.

« Je vous en prie. Je reste ici le temps que vous faites vos dévotions.
Mes chères sœurs, vous pouvez le rejoindre si vous souhaitez. »


Mais Baena râla : « Sans façons, sœur. Je préférerais qu’on se mette au travail le plus tôt possible, on a eu le temps de s’empâter sur ce vaisseau. »

La réflexion fit ricaner Brise-Rêves, qui affichait un sourire brillant à pleines dents — mais c’est là qu’avec cette mauvaise grimace, elle paraissait véritablement être une Druchii…
Jet d’intelligence : 19, échec
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Khoreri Fleur-de-Sang
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Re: [Khoreri] Un calice pour un prince

Message par Khoreri Fleur-de-Sang »

Les trois dernières en mer avaient parues interminables à Khoreri. La vague hostilité des corsaires et le mépris à peine dissimulé de Baena ne l'avaient pas affecté - il était normal que les promises de Khaine soient jalouse les une des autres, après tout - mais l'inaction lui pesait, et l'inconfort de sa cabine lui faisait presque regretter sa cellule à Har Ganeth. Presque.

Du moins la rudesse du capitaine avait-elle eut quelque chose de plaisant. L'homme était une brute, à peine au-dessus des singes qui souquaient dans la cale, mais il le savait et sa franchise n'était pas dépourvue d'humilité. Et puis, en plus de les amener à bon port, il avait fait découvrir le cimeterre à Khoreri, ce qu'elle comptait à son crédit - même si c'était pour lui céder un a un prix exorbitant. La Furie avait jugé que l'acier serait plus utile que l'or pour cette mission, et avait acceptée l'offre.

Du fait de son expérience, Masthel se posait comme leur chef, même si les Furies n'avaient pas reçu l'ordre explicite de lui obéir de leur Matriarche. Néanmoins il semblait avoir un ascendant sur Baena, et Khoreri voulait évité qu'ils se liguent contre elle. De toute façon, le vieil assassin n'était pas désagréable. Ces gens-là ne le sont pas longtemps.

Quand Cekaloil fit mettre les barques à l'eau et proposa sa main aux Furies, Khoreri l'accepta comme un hommage du vice à la vertu - ou de la faiblesse à la force. Plus prosaïquement, une chute dans l'eau à ce moment précis eut été dommageable à sa crédibilité pour un bout de temps...

Morrega et sa suite apparurent rapidement, Khoreri fut frappée par l'apparence de la Furie, dont le costume disons bucolique aurait paru pour le moins exotique, que ce soit à Har Ganeth ou a Ghrond.

*Ou dans n'importe quel autre couvent...*

Khoreri s'inclina néanmoins quand elle fut présentée à celle qui était, de rang et de rôle,sa supérieure.

"Pour vous servir, Soeur Supérieure."

La jeune Druchii jeta par réflexe un rapide regard sur Julie quand la singe fut mentionnée. Elle avait été malade pendant tout le voyage, et Khoreri avait craint qu'elle ne meure, ce qui l'aurait rendue dépendante de l'interprète d'un tiers, ce qui l'aurait mis dans une situation de faiblesse. Inacceptable, donc. Fort heureusement, le mal était passé - ces singes était curieusement robustes, malgré leurs vies ridiculement courtes.

Quand le capitaine avait présenté sa bouteille et fait perdre contenance à Brise-Rêves, une lueur d'intérêt brilla dans les yeux de Khoreri. Cekaloil était décidemment un Druchii plein de ressources: faire perdre la face à deux Furies dans la journée - dont une Soeur Supérieure - était un exploit dont peu de corsaires pouvaient se vanter.

Sur ce terrain, les règles étaient évidemment différentes de celles en place à Naggoroth, et le capitaine corsaire semblait s'y être adapté. Elle devrait faire de même, si elle voulait mener à bien sa mission. Khoreri le salua de loin quand il les quitta, ne pouvant se permettre les mêmes familliarités que Masthel, mais néanmoins désireuse de montrer une forme de reconnaissance, à défaut de respect. Cet homme pouvait être utile.

Khoreri resta au côté de Baena quand Masthel s'écarta pour faire ses dévotions, et répondit par un haussement d'épaule à sa proposition.
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Re: [Khoreri] Un calice pour un prince

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Masthel Amophiron s’éloigna sous les regards des Furies. Il alla marcher le long des galets, bizarrement avec peu de bruit — l’assassin semblait être un renard, c’était difficile de l’entendre arriver où que ce soit, à peine s’il faisait grincer les planches d’un plancher… Et le voilà qui allait plus loin, à une vingtaine de mètres, pour poser ses deux genoux par terre, et se mettre dans une étrange pose de méditation.

Baena le regarda faire avec un air de suspicion, une lèvre légèrement retroussée. Morrega Brise-rêves, la meneuse, fit elle la moue ; alors qu’autour d’elle, humain, druchii et corsaires s’activaient à débarquer la cargaison, elle se tourna vers une des Elfes encapuchonnées à ses côtés, celle qui s’était saisie de sa bouteille :

« Occupez-vous d’amener toute cette cargaison et les singes en sécurité avec le chariot, je vais prendre la… Voie touristique, avec ces trois-là.
– Compris, répondit une voix ferme et rauque de femme.
– Mais revenez quand même au bercail avant l’aube, on s’amusera à faire les présentations. »

Sur ce, les encapuchonnés s’éloignèrent vers les barques pour travailler. Et pendant ce temps, Khoreri eut le luxe de poireauter sur la terre ferme après avoir passé des semaines à poireauter sur un bateau secoué et bon à faire vomir…
Masthel n’abusa pas non plus de leur temps. Il rendit hommage aux Dieux, sembla faire quelques prières silencieuses… Puis il se releva, et revint au pas cadencé vers la troupe. Il remercia Brise-Rêves, et les trois nouveaux arrivés purent enfin quitter cette plage.

Derrière le talus attendaient quelques véhicules : deux grands chariots et un carrosse, avec chacun leur équipage de chevaux. Étonnamment, il n’y avait là que des êtres humains — des cochers, des palefreniers, et, plus surprenant encore pour Khoreri, des singes armés. C’était une chose parfaitement interdite à Naggaroth, excepté évidemment pour les gladiateurs à qui on offrait une chance de survivre en leur jetant quelques lames affûtées. Mais là, se tenaient tranquillement quelques bonhommes médiocres, grassouillets ou trapus, qui portaient des tenues bouffantes, des chapeaux ridicules, et surtout, des couteaux à leurs ceintures. Par réflexe, Baena posa sa main sur le fourreau d’une de ses lames, obligeant Morrega à calmer les Furies d’un geste de la main et d’un ordre sec :

« Laissez. On s’y fait.
– Ces humains savent-ils qui nous sommes ? Ils ne ressemblent pas à des esclaves.
– Ils savent que nous sommes des Elfes, que nous venons du lointain Océan, et que nous servons de marchands. Mon réseau repose beaucoup plus sur des singes ignorants que des Druchii payés sur les gages de Furion, autrement je n’aurais aucun moyen de travailler…
– Ils nous prennent pour des Asurs. La voix de Baena tremblait un peu de rage.
– Ce n’est pas la chose la plus surprenante de cette opération… Mais j’ai tellement de choses à voir avec vous, et je suis un peu pressée par de nombreux événements.
Tâchez de rester un peu tranquille. Nous satisferons bien assez la Main Sanglante plus tard, si vous le voulez bien. »


Alors que les quatre s’approchèrent du carrosse, un des singes, un jeune homme bien habillé, ouvrit la portière et fit tomber le marche-pied. Il offrit sa main à la chef des Elfes, et Brise-Rêve l’accepta sans le regarder : ainsi, elle grimpa et s’installa à l’intérieur. Masthel l’imita derrière : il offrit une petite tape amicale sur l’épaule du jeune homme. Baena, elle, le dévisagea longuement, probablement tiraillée entre la haine et l’intérêt qu’un chat pourrait avoir pour une souris qui, bizarrement, ne s’enfuyait pas en voyant ses moustaches…

L’intérieur du carrosse était luxueux, avec des sièges en cuir et une magnifique fenêtre vitrée (Et ferrée…) qui donnait sur l’extérieur — et comme toutes les choses luxueuses, c’était vulgaire. Les bons Druchii aimaient tout ce qui était dur et spartiate, éducation oblige. Mais alors qu’on enfermait les quatre autour d’une tablette, et que le carrosse démarrait, on entendait en fond les roulis des essieux et le grattement des roues sur une chaussée, et les pataclops des chevaux qui les menaient loin à l’intérieur des terres de cette nation humaine…
…On était loin de l’invasion, mais aussi de l’opération commando. Les Elfes se faisaient guider comme s’ils étaient chez eux.

« Vous devez être exténués, je ne m’attends pas à ce que vous soyez tous au meilleur de votre forme pour au moins quelques jours… Mais je vais avoir besoin de toute votre attention pour les missions qui vous attendent. Beaucoup est en jeu, et les yeux des Pouvoirs-Qui-Sont sont sur nous. Ne vous méprenez pas : Morathi, Furion, et même Sa Majesté Suprême Malékith attendent impatiemment nos retours… Qu’ils veuillent nous voir échouer ou réussir, d’ailleurs.
Vous voulez boire quelque chose ? Les singes de ce coin font une piquette franchement pas trop mal. Je pense que c’est le plus grand danger que nous allons courir d’ailleurs — le risque de nous empâter, de devenir gras et indolents… Tout dans cette nation de dégénérés semble nous y pousser. »


Elle ouvrit une petite armoire à côté d’elle, et sortit une bouteille en verre. Baena et Masthel acceptèrent — il aurait été impoli de refuser un verre offert par un supérieur. Mais c’étaient là les gestes simples qui signifiaient énormément dans la société Druchii : accepter un verre, c’était prendre le risque d’être empoisonné, et donc un signe de soumission et de résolution de sa destinée sacrifiable…
…Du reste, elle proposait un étrange alcool bizarrement fort et goutu, du vin cendré que la folie alchimique des singes avait permis d’inventer. Ce n’était pas exactement ce qu’on appelait de la « piquette », tant ça faisait pleurer des yeux.

« Nous sommes actuellement dans une province du pays des Bretonni que nous nommons « Bordeleaux ». C’est de là que vient le singe-princier Albéric, qui a noyé l’honorable famille Drakilos — la paix soit sur eux. Ici est un pays riche, puissant, une des contrées les plus peuplées et les plus prospères du royaume… Et également un lieu de danger et de chaos. Tant de changements semblent s’opérer ici, un terreau parfait pour faire prospérer les différentes volontés des chefs qui nous regardent : Furion souhaite que l’on surveille les singes, Morathi que l’on se venge par l’assassinat… Et Malékith souhaite simplement que l’on sème le plus de chaos possible.

Je suis arrivée ici au cours de l’année passée. Avec le reste du réseau, nous avons commencé à serrer des mains à des nobles singes, à nous immiscer parmi eux, à entrer dans leurs cours… Et nous nous sommes inventé un récit. Nous avons prétendu être des Elfes venant d’un lointain royaume légendaire d’Ulthuan — Tiranoc. C’est pratique parce qu’il y a assez peu d’Elfes de Tiranoc dans le Vieux Monde, car malheureusement, il y a des Asurs qui résident chez les Bretonni, et qui risquent d’être un danger bien plus présent encore que celui des humains…

Nous avons récemment obtenu des « lettres patentes », des autorisations, pour acquérir un magasin au sein de la ville de Bordeleaux. Nous allons donc avoir une couverture parfaite pour résider auprès d’eux et pour nous mettre à papillonner autour de la cour locale. À partir de là, j’ai noté quelques personnes d’intérêt qu’il va nous falloir observer, espionner, et, si c’est nécessaire, éliminer.

– Comme Albéric. »

Baena souriait déjà d’un air mesquin. Mais au grand désarroi des furies, Brise-Rêve tiqua.

« Il n’est pas prioritaire pour l’instant, mais, oui, j’y venais…
La famille régnante sur la province de Bordeleaux s’appellent « les Amboise ». C’est une des dynasties les plus riches et les plus puissantes du royaume. Le père d’Albéric est un oncle décédé de l’actuel roi des Bretonni — et son beau-père nouvellement marié est un autre oncle d’ailleurs, parce que visiblement, les singes aiment les histoires de famille… De plus, le grand frère d’Albéric est un grand ministre de la monarchie Bretonni.
Le singe qui a noyé les Drakilos a fait une grande victoire pour sa nation, mais aussi pour lui-même. Il est devenu populaire, connu dans tout le pays, il a reçu médailles, et honneurs, et demandes en mariage… Pourtant, il est un homme sévère, froid, et célibataire. Presque insaisissable. J’ai beau avoir pu aller de nombreuses fois à la cour ducale, je n’ai toujours pas pu approcher celui-ci.

Nous avons d’autres personnes plus importantes à rencontrer avant lui. »


Alors que le voyage continuait, Brise-Rêve leva le doigt pour attirer l’attention sur ce qui pointait dans le noir, à travers la fenêtre — au-delà d’un bras de rivière, une immense ville commençait à petit à petit se constituer dans le paysage.
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« Bordeleaux. Deuxième port de Bretonnie, et une des plus grandes villes du Royaume — quarante-mille âmes et corps de singes résident dans ces murs. »

C’était grand, rempli de maisons dans tous les sens — et au loin, on voyait un immense château aux tourelles imposantes.

« Difficile de croire que des hommes des cavernes aient pu construire ça…
Tor Kathyr, murmura Masthel.
– Le nom Elfe ?
– Presque toutes les grandes cités des Singes sont d’anciennes fondations Elfes ou Naines, à l’époque où nos deux races dirigeaient le destin de l’Univers. Mais leur architecture est si unique… Je pensais que les singes n’étaient que des squatteurs, mais visiblement ils sont aussi capables de génie à leur manière.
– Si on aime le torchis, j’imagine… »

Brise-Rêves fit à nouveau la moue, et c’est avec flegme qu’elle rétorqua aux deux :

« Notre opération va vous demander d’interagir avec les Singes. Il va falloir apprendre à les connaître, à les intéresser, à les séduire… Il faut maintenir notre aura, une froide distance avec eux, mais notre but est d’interagir à notre façon avec eux.
Nous allons préparer la proie et la mettre en confiance avant de saigner. »


Puis, elle s’intéressa bizarrement à Khoreri.

« Qu’en pensez-vous, ma sœur ? Avez-vous des questions pour l’instant ? »
Jet d’observation sur Masthel : 18, échec
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Khoreri Fleur-de-Sang
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Re: [Khoreri] Un calice pour un prince

Message par Khoreri Fleur-de-Sang »

Je suis du regard le Masthel, mal à l'aise avec la démarche féline du vieil assassin et l'absence totale de bruit qui en résultait, et par l'assurance hors du commun que suggérait son attitude étrange.

Je me retournai vers Morrega alors qu'elle s'adressait à une des Elfes qui l'accompagnait. Je soulève un sourcil à leur échange. En attendant le retour de Masthel, je demande à celle-ci: "Qui sont ces singes, au juste ?"

Un peu plus tard, je semble étonnée en voyant les singes armés qui constituent l'escorte de notre carrosse. Je pousse un gloussement féroce quand j'entends l'explication de la Sœur Supérieure, puis à la réaction courroucée de Baena.

Installée dans le carrosse, je me remémore cet autre voyage il y a quelques semaines, où elle avait été arraché au couvent de Har Ganeth, vers les eaux sombres et glacées qui bordaient Naggarond, pour le rencontrer, Lui, le seul qu'elle acceptait d'appeler son maître. La sensation d’oppression lié à l'espace confiné, et à la présence des êtres mortels qui l'entouraient de si près, à distance de dague pour le premier qui frapperait, faisait battre son cœur trop rapidement...

La déclaration de Brise-rêves fut un soulagement, et plus encore la rasade de cet étrange alcool, qui lui permit de contrôler ses nerfs fragilisés par la longue traversée. D'ailleurs, refuser eut été se leurrer sur sa situation de dépendance face à la Sœur Supérieure. Jusqu'à ce qu'elle comprenne les règles de ce monde inconnu, Khoreri avait besoin d'elle, et l'acte de soumission qu'elle faisait en acceptant le verre ne faisait que sanctionner ce rapport de force. Un rapport de force qu'elle ferait tout pour changer, à l'avenir.

"C'est fort, et pourtant doux dans la gorge... Je vois ce que vous voulez dire je pense, Soeur Supérieure. Ca manque de venin."

J'écoute attentivement ses explications sur Bordeleaux, Albéric, et son interprétation de la volonté des puissances de Naggaroth. J'ai un sourire ironique en apprenant les détails du subterfuge qui couvre les activités Druchii dans ce royaume, mais mon étonnement est réel quand j'apprends que nous allions avoir littéralement pignon sur rue dans la capitale ennemie.

"Un commerce !? Et nous allons vendre quoi, au juste? Des spécialités Asurs ?"

Décidément, la mission s'éloignait de plus en plus de la mission d'élimination que j'avais imaginée. Il allait falloir ruser.

Quand Baena suggéra l'élimination rapide d'Albéric, je la suivais plutôt, puisqu'il s'agissait a priori de la priorité de Morathi. Le recadrage de Morrega me mortifia également, et je lançais un regard de soutien à ma condisciple, tout en notant que la ligne de Brises-rêves semblait se rapprocher de celle de Furion - qui, du propre aveu de la Sœur Supérieure, payait a minima les dépenses liées aux singes. Je secouais la tête. Le plus probable était qu'elle ait ses propres plans.

La vue de la ville éveilla une impression étrange en moi. L'anarchie du développement urbain, loin des vastes espaces vides et glacés des cités de Naggaroth, de leur architecture spartiate et dépouillée, semblait propice à toutes les embuches. A tout moment, mille fenêtres qui pouvaient toutes cacher des yeux pouvaient démasquer un étranger. L'impression de promiscuité crasseuse, sensible même de nuit, me révoltait en tant qu'Elfe. Mes nerfs seraient mis à rude épreuve par cette masse grouillante de singes stupides mais surexcités. Je fis une mou de dégoût en entendant la déclaration de Morrega sur la nécessité de s'intéresser à ces êtres vils, pour autre chose que s'assurer de la longueur d'acier nécessaire pour les faire disparaître.

*Sombre Seigneur, quelle humiliation...*

Pour déplaisante que soit la tâche, elle reste probablement de l'ordre du faisable, au moins pour le roué Masthel et sans doute pour moi. Quant à Baena, son absence de finesse pourrait finir par être un problème... Je ne peux m'empêcher de croiser le regard de Masthel à cette pensée. En espérant que nous n'aurions pas à en arriver là trop tôt.

Je me tourne vers Morrega

"Avons-nous un point de repli une fois le travail effectué ?"
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Khoreri] Un calice pour un prince

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

« Un commerce !? Et nous allons vendre quoi, au juste? Des spécialités Asurs ? »

Brise-Rêves lança un sale regard à Khoreri, il le porta très longuement et en l’observant droite dans les yeux.
Oui. C’est exactement ce qu’ils allaient faire. Vendre des spécialités Asurs.

Alors qu’un silence gênant régnait dans la calèche après cette révélation mutique, Masthel se mit à ricaner.

« Chic. Si vous cherchez un cuisinier, sachez que j’ai toujours aspiré à tenir un commerce de bouche une fois que Khaine n’aurait plus besoin de mes services.
– Je, heu… Je… Tâcherâi de m’en souvenir », fit-elle avec un certain étonnement.

Un Assassin cuistot. Ça allait de mieux en mieux.

Heureusement, l’opération semblait quand même un tantinet préparée, puisque la seconde question de Fleur-de-Sang eut une réponse visiblement mieux préparée…

« Avons-nous un point de repli une fois le travail effectué ?
– Le magasin que nous avons acheté servira de quartier-général au sein de Bordeleaux — nous y avons une cave spacieuse avec un passage secret menant à d’antiques catacombes Naines qui permet d’aisément s’enfuir, au cas où nous étions compromis… Et elle est insonorisée, des fois que nous aurions besoin de cela, si vous voyez ce que je veux dire.
Néanmoins, nous avons également une seconde planque, et c’est là où nous nous rendons actuellement ; un vieux château semi-abandonné surmontant un vignoble qui n’est plus productif. Les dettes sont payées donc les singes n’y rodent pas, c’est discret et suffisamment proche de la ville où nous opérerons pour pouvoir s’y enfuir rapidement.
Nous nommons cet endroit Château-Vauchamps. Il y a plus confortable comme lieu de résidence, mais c’est toujours plus agréable qu’une cellule au Temple du Sang.

– C’est un honneur que de dormir dans le froid d’une cellule, corrigea Baena, en commençant à visiblement prendre quelques libertés avec sa supérieure…
– Évidemment, et il est très plaisant de me le faire répéter par une novice dont c’est la première opération, fit Brise-Rêves avec un sourire assassin qui donnait clairement envie de se taire. Votre langue souhaite-t-elle rouler d’autres points de sagesse dont nous ne pourrions nous passer, sœurette ?
– … »

Baena décida d’être intelligente et d’enfin se taire. Alors, les quatre Druchii purent continuer de siroter leur cognac — cendré, fort, mais doux.

« Vous avez raison, petit sœur…
ça manque de venin. »


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C’est une heure à cheval plus tard que la voiture quittait la route principale, pour prendre un petit chemin menant vers une butte. On longeait encore le fleuve Gilleau, qui descendait plus bas dans le pays des Bretonni. En chemin, le véhicule avait croisé quelques autres voyageurs faisant le sens inverse ; mais à présent qu’on gagnait les hauteurs, il n’y avait plus aucune autre âme qui vive. Et, dans le noir, dressé en haut de la butte, on voyait des vignes laissées en friche, en train de pourrir sur place, autour d’un manoir de pierre qui avait sans doute vu de meilleurs jours — l’architecture Humaine avait peut-être une originalité qui faisait exotique, mais en aucun cas les éphémères et leur courte vie ne bâtissaient des maisons pour qu’elles durent bien longtemps.

La voiture s’arrêta dans la cour. Un humain vint toquer, et Brise-Rêves dit un mot dans la langue des singes ; alors, la porte s’ouvrit, et un humain bien habillé, un grand monsieur tout fin, tendit une main gantée. Brise-Rêves l’accepta, et put ainsi descendre paisiblement avec un air digne et supérieur, la tête haute.

La cour était petite, mais il y avait bien quelques biens matériels ici : des chevaux, des mulets, et surtout, des domestiques. Surtout que le second chariot était déjà arrivé, et Khoreri pouvait voir son esclave à elle en train de patiemment attendre les yeux baissés.
Quelques personnes attendaient, y comprit des humains tout souriant, qui se plaçaient devant la porte. Ceux-là semblaient un peu… Différents des autres, sans qu’on ne sache trop mettre le doigt sur pourquoi — il faut dire, il était déjà saisissant de ne pas être entouré de singes terrifiés, en haillons et enchaînés.

« Ceux-là ne baissent pas les yeux devant nous. Qui sont-ils ?
– La famille Vauchamps. Les derniers propriétaires du manoir.
– …Incroyable. Savent-ils qui nous sommes ? Ce que nous faisons ?
– Je leur ai fait croire que j’étais une Elfe d’Athel Loren — les plus arriérés et imbéciles des Bretonniens croient à des légendes que les Asrai ont disséminé dans leur peuple pour mieux les mener par le bout du nez. Ils pensent que je suis une Fée, un être supérieur, magnifique, qui a toutes les clés de l’univers, et qu’ils ont une fortune jalouse et éhontée de pouvoir respirer en ma présence…
…À leur manière, ils n’ont pas tout-à-fait tort, n’est-ce pas ? »


La plaisanterie fit ricaner Baena.

« Ils sont idiots, mais leur survie est utile — ils donnent le change des fois qu’un curieux s’approche du vignoble, et leur signature m’a aidé pour quelques documents.
Leur fille, en revanche, est un esprit libre, dont il faut se méfier. Si vous sentez de la rébellion venant d’eux, n’hésitez évidemment pas à les égorger, on fera bien sans eux. »


Les Druchii s’approchèrent donc de la famille Vauchamps. Ils n’étaient en fait que trois singes, qu’on devinait être le papa, la maman, et la fille ci-désignée par Morrega Brise-Rêves.

Le père était un solide bonhomme qui avait la cinquantaine, gras et rond, et barbu avec ça, un air un peu ridicule, comme un Nain mais qui aurait trop poussé, et dont la calvitie sur le crâne était débutante ; il portait des beaux vêtements, mais vieux, avec des infimes trous de mites dessus, et trop petits pour son gros ventre, si bien qu’il paraissait écrasé dedans.
Son épouse prenait plus soin d’elle — elle avait le même âge que lui, mais elle avait encore de beaux cheveux, et si elle était tout aussi rondelette que lui, ça paraissait plus joli et élégant, peut-être parce qu’elle s’était bien maquillée pour estomper ses rides et ses imperfections de macaque. Elle semblait émue aux larmes, à la vision des Fées, et n’arrêtait pas de trifouiller une sorte d’amulette accrochée à son cou…
…Mais la fille était la seule qui retenait vraiment l’attention. Une petite chose qui n’atteignait pas le torse de Khoreri, fine, aux joues creuses, et dont on devinait la musculature parce qu’elle s’habillait avec la même mode que son père — elle portait un pantalon et des cheveux courts, et elle avait à son flanc une épée toute fine. Alors que ses parents avaient des yeux tout émus, celle-ci fronçait les sourcils, et semblait essayer d’incendier du regard Fleur-de-Sang, avec des prunelles pleines de défi.
Il y avait de quoi donner envie de l’énucléer, pour la gloire de Khaine.


Morrega s’arrêta devant eux. Le père et la mère dirent plein de mots dans leur dialecte, Morrega répondit par six ou sept, courts, laconiques, mais avec une voix pleine de douceur et de chaleur. Elle offrit sa main, et les deux lui firent un baise-main. Elle tendit alors sa main vers la fille, qui sembla défier la Fée. Alors, Morrega ricana, lui caressa la joue avec le plat de la main, et enfin, la rebelle baissa des yeux.

Enfin, les châtelains commencèrent à marcher vers les portes. À l’intérieur, c’était vétuste : les draps aux murs étaient poussiéreux, on voyait des toiles d’araignées au plafond, les vitres étaient sales, les anciennes pièces d’armure sur leurs râteliers rouillaient sur place… ça se sentait que les Vauchamps étaient une ancienne gloire aujourd’hui totalement passée, et tous les singes dehors ne pouvaient pas être leurs domestiques personnels, autrement, quelqu’un prendrait plus soin de leurs appartements. On sentait vraiment le trio de victimes qui mangeait dans la main des Druchii, sans trop se rendre compte des monstres qu’ils avaient accueillis sous leur toit.

On les dirigeait jusqu’à une salle à manger. Là, trois Elfes encapuchonnées attendaient — les mêmes que sur la berge. En voyant débarquer les nouveaux arrivants, ils se levèrent, et saluèrent tous Morrega d’un mot.

« J’espère qu’on ne vous a pas fait attendre trop longtemps, je voulais juste faire voir à nos chers renforts la ville de Bordeleaux…
Je vous présente sœurs Baena et Khoreri, Furies qui nous sont offertes par Morathi en personne pour saigner nos ennemis, ainsi que Khaine, la plus belle lame de Karond Kar. Ils seront salvateurs pour réduire vos… Lacunes, quand il s’agit de meurtrir.
Mesdames, mon frère, je vous présente ma bande personnelle : Siana, une Asrai qui a accepté de se mettre à notre service, Kehem, un Druchii exilé qui a voyagé à travers le Vieux-Monde, et Crinis Inrave, sorcière du couvent de Har-Ganeth.
Il y a également un dernier larron, un corsaire du nom de Gesfir, mais il est à Bordeleaux en ce moment-même, c’est d’ailleurs de lui que nous allons parler… »

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Siana, Asrai servant les Druchii…


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Kehem, un Druchii vivant parmi les singes.


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Crinis Inrave, maîtresse de l’Empyrée…


En voilà, un étrange trio. On n’aurait pas imaginé une Furie, aimée de Khaine, ferrailler avec telles personnes — comment Morrega s’était retrouvée à leur tête ?
Siana était jolie. Un visage jeune, un corps leste et longiligne, elle portait des peaux d’animaux. Elle correspondait aux stéréotypes qu’on se faisait des Asrai, à Naggaroth — c’était quand même impressionnant à voir. Leurs cousins de la même race qu’un océan et cinq millénaires d’autarcie séparaient… Ils étaient les Elfes qui étaient restés, et qui avaient décidé que le Vieux Monde serait leur maison, quand le reste de la race devait fuir la haine des Nains.
Kehem n’était pas vilain à regarder non plus, mais il avait un air bizarrement plus faiblard et doux, un regard fuyant avec ses grands yeux noirs… Quel crime avait-il commis pour être exilé ? En tout cas, il n’avait pas l’air dur et fort qui rendait les soldats de Malékith si intéressants.
Quant à Crinis… Elle faisait froid dans le dos. Surtout qu’elle n’arrêtait pas de sourire, et qu’elle semblait bizarrement regarder Khorerir droit dans les yeux avec des prunelles d’un vert éclatant.

Les salutations allaient être froides. Surtout que Kehem, le traducteur, se mit à balbutier :

« Trois personnes en renfort… C’est tout ?
– Ah ! Commence pas, Kehem. J’avais prévenu que ce n’était pas une force d’invasion qui allait venir. Mais nous parlons de Furies, elles valent bien trente soldats de la Garde Noire chacune. »

Il valait mieux essayer de ne pas trop parier là-dessus, mais il est vrai que le compliment faisait du baume au cœur. En tout cas, Crinis hocha solennellement de la tête.

« C’est un plaisir de vous voir, fiancées de Khaine. Vous allez voir, notre petite bande est un peu étrange, mais nous saurons être accueillants…
Comme ce pays, d’ailleurs. Détendez-vous, il y a des délices chez les Singes… »


Les Délices mènent au Prince, qu’on avait répété souvent à Khoreri. Enfin, tout le monde prit sa place autour de la table à manger. Morrega prononça haut une phrase en singe, et alors, des laquais s’agitaient dans tous les sens pour aller poser devant tout le monde des verres et des assiettes — on leur avait prévu un petit repas qui allait bien changer du nécessaire de survie en mer…

« Vous devez êtes exténués et avec hâte de marcher, aussi, je vais être brève — comme dit plus tôt, il y aura pour vous un temps d’adaptation, avant que je ne vous serve, mais avons que vous ne débarquiez, je me suis retrouvée dans un certain… Embarras, que nous allons devoir régler.
Vous vous souvenez de ce que je vous ai dis dans la calèche ? Bien. Il y a un Asur qui vit à Bordeleaux. »


Petit silence.

« Nous l’avons découvert par hasard, durant un bal il y a deux jours. C’est Siana qui a-
– Qui s’est fait tenir la jambe par ce beau enfant d’Ulthuan, coupa la sorcière. Apparemment, c’est un Elfe en voyage, qui vient de Marienburg et qui a décidé de faire le tour de la Bretonnie afin d’en voir les monuments et les gens… Un poète et un joli cœur. À croquer.
– Certes… J’ai envoyé notre corsaire surveiller l’endroit où il crèche afin qu’il ne nous échappe pas, mais je n’ai pas envie qu’il voyage à travers le pays et qu’il commence à raconter les étranges Elfes qu’il a rencontrés à Bordeleaux. J’ignore à quel point il est un danger, mais je n’aime pas savoir qu’un Asur a vu nos visages.
J’hésite encore entre le tuer ou le laisser partir, et nous allons devoir nous décider rapidement, il ne restera pas à Bordeleaux très longtemps. »


Kehem leva la main.

« Si vous voulez mon opinion, je-
– Non.
Mes sœurs, frère Masthel, vous m’avez été prêtés car vous savez tuer, mais surtout, vous savez quand tuer… La décision est mienne, mais j’aimerais avoir votre conseil pour procéder. »
Jet de force mentale : 16, échec
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Khoreri Fleur-de-Sang
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Re: [Khoreri] Un calice pour un prince

Message par Khoreri Fleur-de-Sang »

Khoreri pâlit sous le regard perçant de la sœur supérieure, mais tenta de soutenir son regard. Le message était clair, Brise-Rêve n'accepterait aucune désinvolture dans la tâche qu'elle leur avait confiée, et elle se réservait le droit d'en choisir les termes exacts.

L'interruption de Masthel permit à la Furie de reprendre pied, et la réponse complète que Morrega apporta à sa seconde question lui confirma le sérieux de son plan. La sortie de Baena, et l'humiliation qui s'ensuivit pour l'impétueuse Furie vint compléter le portrait de Morrega.

La demeure des Bretonni ne l'impressiona que par sa médiocrité - médiocrité qui semblait le trait le plus caractéristique des locaux. Difficile de croire que c'est cette race-là qui avait coulé une arche sombre. Sûrement un coup de chance. La famille des "propriétaires", entre la servilité veule et la rébellion stupide - sans même parler de leur physique à la fois disgracieux et vulgaire - était exactement ce que Khoreri avait imaginé des singes en liberté. Un accident de l'histoire, clairement, tant l'idée que cette race insignifiante entre toutes puisse avoir d'autre destin que le joug semblait une insulte à l'intelligence. Et la petite guenon la défiait, elle, la Furie. Quelle indignité.

Un peu plus tard, Khoreri et Baena furent présentée aux compagnons de Morrega. Siana attira la curiosité de Khoreri. Elle n'avait que très vaguement entendu parler de leurs lointains cousins et, si ils semblaient plus en phase avec leur nature profonde de prédateurs que les Asurs haïs, il lui avait toujours semblé qu'ils étaient proches de ces derniers. Sanai était-elle une renégate ?

Quoiqu'il en soit Kehem lui fit, lui, une impression exécrable avec son air veule. Celui-là avait trop fréquenté les singes, et puait la faiblesse et la fausseté.

Quant à la sorcière, il lui sembla qu'elle avait percée sa propre nature du premier coup d'œil. Khoreri frisonne, trop consciente des horreurs que recouvaient le regard vert de la Druchii. Il allait falloir se méfier de celle-ci aussi, et le cas échéant frapper la première.

"Mes sœurs, frère Masthel, vous m’avez été prêtés car vous savez tuer, mais surtout, vous savez quand tuer… La décision est mienne, mais j’aimerais avoir votre conseil pour procéder."

"Attendez ma Sœur, si j'ai bien compris cet Asur n'a vu que Sinai... Mais il a pu entendre parler de vous, c'est bien ça ? Dans ce cas il doit être exécuté sans tarder - l'ambassade officieuse va forcément attirer l'attention d’Ulthuan, et nous avons besoin de temps."
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