[Katarina] Antonlied

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Katarina] Antonlied

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Stepan marmonna en semi-bégayant quelques remerciements, alors qu’il devenait plus rouge encore suite aux mots rassurants de la Wissenlanderin — visiblement, elle avait eut son petit effet sur lui.


En revanche, on ne pouvait pas dire que l’effet était partagé sur la jeune fille venue de Miragliano. Alors qu’elle déroulait son discours qui aurait sans doute fait hocher de la tête son grand frère, Gaïa tordit ses lèvres dans une moue pas convaincue du tout.

« Un peu étrange de vous entendre dire ça. Nuln a une charte, des conseils de prud’hommes, des locaux de guildes, des halls de corporations, une place boursière, un tribunal, un hôtel de ville avec des chambres où les fonctionnaires de la comtesse ont de plus en plus de mal à se fermer à l’arrivée de gens influents des métiers ou du monde de l’argent — ces gens là ne sont pas concentrés sur leur survie, ils ont les moyens de faire plier la comtesse.
Si l’histoire, surtout de la Tilée, enseigne quelque chose aux gentilshommes, c’est qu’ils devraient fortement se méfier de la plèbe. Une statue n’est jamais aussi solide que ses fondations. »

Lorenz eut un petit ricanement. Il hocha de la tête, et, avec la grâce et l’élégance qui caractérisait un homme qui adorait expliquer quelque chose à une femme, quand bien même elle était plus éduquée que lui et étudiante à l’Université, il rétorqua d’un sifflement pédant :

« Le peuple ci-bas sont les bonnes gens de Nuln, qui ont en horreur les fous intégristes de l’Auld Solland — quand bien même on puisse aimer nos voisins du Sudenland, la bande à Anton était une horde de terroristes assassins et poseurs de bombes.
Si incompétent et mal aimé qu’était Anton, qu’il en a été trahi par sa propre grande-baronne. Je sais que les associations estudiantines aiment bien imaginer la révolte à chaque petit mouvement de foule, mais là, vous devez vous attendre à entendre des applaudissements. »

Et là-dessus, Lorenz attrapa un peu fermement le bras de sa rousse. À la fois pour montrer qu’il se ralliait à elle, mais aussi, peut-être, parce qu’il avait eut une toute petite pique de jalousie en la voyant s’approcher de l’artiste…

Gaïa, elle, était toujours toute sourire, et ne lâcha pas le morceau :

« Vous lisez l’histoire de l’Empire Rémain ? Mille anecdotes qui nous apprennent beaucoup sur notre passé, et donc notre futur…
– Oui, bien sûr, j’en lis beaucoup, fit Lorenz avec un ton très peu assuré qui montrait sa gêne.
– À un moment il y eut un Myrmidon, un Empereur comme on dit chez vous, Silbannacus… Il vivait à une époque où il y avait beaucoup trop d’esclaves dans sa ville de Myrmidens — presque cinq habitants sur six en était un, et ils étaient partout, dans toute l’économie, les mines comme la domesticité, les ateliers comme les échoppes…Silbannacus était un conservateur, aimant l’ordre établi. Il eut alors une grande idée : il voulait, afin qu’ils soient plus facilement reconnaissables, que tous les esclaves soient forcés de porter un signe distinctif, une broche, ou un manteau, quelque chose du genre…
Hé bien, ce projet n’est jamais passé au Sénat et a provoqué une défiance absolue de la part de la noblesse impériale. Vous savez pourquoi ? »


Lorenz sembla réfléchir. Mais maintenant qu’il fallait faire le premier pas et dire quelque chose et non pas juste répéter avec insistance ce qu’il croyait déjà, le noble paraissait soudain moins costaud et beaucoup plus petit qu’il ne l’était. Il regarda un peu dans le vide, tout hagard.
Mais c’est Katarina qui vint, à nouveau, à sa rescousse.

« Imposer un signe distinctif aurait aussi été un aveu de faiblesse. La noblesse impériale savait qu'il n'était pas nécessaire que les esclaves se rendent compte de leur propre nombre. Les maintenir dans l'ignorance de leur force potentielle était bien plus astucieux. Car si les esclaves avaient réalisé combien ils étaient, ils auraient pu se voir comme une menace. C'est dans le silence et l'ordre que la société trouve sa stabilité, et il n'était pas question de troubler cet équilibre en exposant une vérité qui n'avait pas besoin d'être révélée. »

La Tiléenne eut un immense sourire. D’une oreille à l’autre, avec les pupilles éclatantes — une véritable joie, la surprise et l’amusement mêlés. Elle hocha solennellement de la tête et approuva audiblement :

« E-xac-te-ment. Si les esclaves s’étaient tous vus avec leur manteau, ils se seraient rendu compte d’à quel point ils sont nombreux, et ils auraient pu alors tuer tous leurs maîtres.
Je ne suis pas née dans votre pays, mais comme je vous ai dis, j’ai beaucoup fait le trajet. Et je suis souvent passée par le Sudenland. Il n’y a pas plus désuni que le Sudenland : il y a dedans des gens qui se sentent encore très Wissenlander dans les mœurs, il y a des bons paysans qui aiment prier l’antique Rhya et s’occuper de leur champ, il y a des aristocrates qui aspirent à la richesse et la prospérité… Et, il est vrai, il y a des Solkanites extrêmes, d’archi-conservateurs qui rêvent de cours de justice toutes-puissantes et de procès contre l’hérésie.
Nuln est gagnante tant que toutes ces factions sont entredéchirées et constamment à se méfier l’une de l’autre. Mais donnez-leur quelque chose pour se réunir, et alors, ça sera le chaos. Je crains qu’Anton ne puisse devenir un bon moyen de réunir toutes ces factions si différentes… Un martyr, ça permet de fonder des nations… »


L’argument de Gaïa était recevable et intelligent, mais dans l’esprit de Katarina, la parade naissait presque instantanément…

« Votre analyse est intéressante, je l’admets, mais elle ne tient pas compte d’une réalité plus profonde. Anton, de son vivant, n’était pas qu’un simple agitateur. Il avait déjà commencé à rassembler le Solland sous sa bannière, et cela bien avant qu’on ne parlera de lui en martyr. Il a su unir des factions disparates, des groupes qui n’avaient rien en commun, hormis peut-être une certaine défiance envers l’ordre établi. C’est cela qui rend sa situation si dangereuse.
Nous avons déjà vu dans notre histoire des hommes capables de tels exploits. Prenez Magnus le Pieux, par exemple. Il a réussi à réunifier l’Empire en pleine guerre civile, et pour un temps, les tensions se sont apaisées. Mais après sa mort, les conflits politiques sont revenus, certes sous une forme moins violente, mais tout de même présents, prêts à exploser à nouveau.

Anton, de la même manière, pourrait bien devenir ce genre de figure s’il est laissé en vie, en faire un martyr est un risque, mais les martyr ne commandent pas depuis leur tombes. Sa capacité à unir les gens, à fédérer des factions aussi différentes que celles du Sudenland, est là le véritable danger. La nécessité de son exécution est donc impérative. Il ne peut être permis de vivre, car tant qu'il respire, il représente une menace pour la stabilité de nos terres. Le Sudenland n’a pas besoin d’un homme de ce genre, pas besoin d’un nouveau rassembleur qui, par sa mort ou son exil, pourrait semer les graines d’une nouvelle rébellion. »


Les deux jeunes femmes n’allaient pas refaire le monde, et leur discussion n’avait en soi rien d’unique par rapport à ce que tous les autres curieux autour de la Reikplatz pouvaient bien se raconter entre eux. Mais les bons traits d’esprits de Katarina eurent au moins un mérite — la Tiléenne souriait encore plus. La voilà qui se levait, montait les marches, et allait se planter juste à côté de la rousse, avec toujours cet immense sourire rayonnant à pleines dents blanches.

« C’est tout de même un grand pari à faire, et avec le risque de perdre gros — les Solkanites n’ont pas besoin de négocier, ils ont juste besoin de grossir leurs rangs et d’avoir un casus belli pour s’attaquer à autrui…
Mais je dois avouer, je n’ai pas souvent l’occasion d’être mouchée par des gens de la cour. Vous avez un très bel esprit, mademoiselle… »


Elle marqua une intonation qui invitait la rousse à se présenter. Lorenz, qui sentait soudain qu’elle était de trop, essayait de temporiser ses ardeurs :

« Lorenz zu Gerthener, railla-t-il alors qu’elle ne lui avait pas demandé son nom. Comme les zu Gethener au sud de Nuln, si vous voyagez vous devez connaître…
N’aviez-vous pas un cavalier avec vous, signora ?

– Enchantée également de vous rencontrer, sire. C’est le consulat Tiléen de Nuln qui s’est occupé de mon invitation. C’est toujours mieux de venir quelque part non-accompagnée pour repartir avec quelqu’un. »

Elle fit un sourire goguenard, qui prit vite fin alors que sur l’estrade, la suite du sombre cérémonial reprenait…




Anton von Adeloch se donnait en spectacle. Maintenant débarrassé des policiers qui le tenaient, il demeurait tout droit, le menton relevé, et il jeta un œil vers les dessinateurs perchés à la tribune qui tentaient de prendre à toute vitesse sa stature et les traits de son visage — renfrogné, dur, solennel. Une pose de monarque. Puis, le voilà qui marcha, en masquant le plus possible la manière dont il titubait — il pivotait, pour se retrouver à faire face à la tribune officielle. Lentement, il regarda un à un chacun des nobles du Wissenland et de Nuln, s’arrêta particulièrement devant un homme, qui devait être le fils d’Etelka von Toppenheimer, son compatriote qui l’avait trahit… Et enfin, il regarda la comtesse Emmanuelle. Droit dans les yeux. La maîtresse de Nuln lui rendait son regard de pierre.

Alors, Anton fit quelque chose de merveilleux : il posa un pied devant lui, et fit une révérence altière, malgré la douleur de sa chair. Il y eut hoquets de surprise, des murmures de stupéfaction, et, comble de la chose — des applaudissements. Les Nulner applaudissaient ! Dans la tribune officielle, les visages se refermaient encore plus.

Le prêtre de Mórr avec son étrange livre entre ses mains s’approcha. Anton lui fit face. Le prêcheur lui parla à voix basse — était venu le moment de son ultime confession. Et là encore, le baron-félon se mit en scène, avec une noblesse parfaite. Il se mit à genoux, en grinçant des dents et en soupirant, il lia ses mains devant lui, et il ferma des yeux. Il y eut un silence de pierre sur toute la Reikplatz, et on entendait presque la voix murmurée du prêtre de Mórr qui récitait en Classique :

« Miserére mei, Mórr, secundum magnam misericordiam tuam ;
Et secundum multitudinem miserationum tuarum : dele iniquitatem meam.
Amplius lava me ab iniquitate mea et a peccato meo munda me.
Asperges me hyssopo et mundabor, lavabis me, et super nivem dealbabor.
Tune acceptabis sacrificum iustitiae, oblationes et holocausta : tunc imponent super altare tuum vitulos. »



Le prêtre de Mórr ouvrit une petite ampoule, et fit couler de l’eau bénie sur le front d’Anton. Mais alors que le prêtre allait lever ses doigts pour signer, Anton leva haut les mains, au-dessus de sa tête, et il fit quelque chose qui était pourtant censé lui être interdit :
Devant le silence de la foule, il parvint à parler.

« Mon père — je reçois l’absolution pleine et entière, je meurs sans culpabilité de rien, mais je meurs plein de peur.
Je meurs de peur pour mes compatriotes, injustement maltraités. Je meurs de peur pour mon doux pays, laissé aux mains de gens qui ne le méritent pas. Je meurs triste, pour nos bons voisins manipulés pour nous haïr.
Mon père, je demande pardon aux Dieux pour mes fautes. Mais je vous prie de prier pour mes camarades, qui me rejoindront la tête haute, et nos pauvres ennemis, que je ne souhaite pas voir me suivre trop tôt. Je souhaite mourir sans haine pour personne, et que mon sacrifice serve à d’autres. »


Il y eut des sifflets, des insultes qui fusèrent — mais pas beaucoup. Il fallait être fou pour bafouer un moment solennel, un dialogue d’un homme avec son pasteur. Très vite, le silence revint. Et le prêtre de Mórr, solennel, imperturbable, hocha de la tête.

« Va à Mórr, mon fils. Tu es lavé de tout. Ton âme ira en son Havre, et reposera auprès d’un parterre de roses noires.
Je prierai pour toi. »


Lorenz, dans la tribune, chuchota pour lui-même.

« Putain de merde…
Ce fils de pute est doué. »


Il ne devait pas être le seul à avoir ce sentiment. La foule, qu’on attendrait de voir haineuse et agitée, était maintenant bien silencieuse.

Le prêtre s’éloigna. Anton trouva la force de se relever tout seul. Alors, un des bourreaux, un gros gaillard au ventre protubérant et au visage masqué par une cagoule, posa un genou devant lui, avant de prononcer la phrase protocolaire :

« Je demande pardon à Votre Seigneurie en mon nom et en celui d’mes enfants, pour la mort que je vais vous infliger. »

Anton fit le signe de Mórr : il passa sa main devant son visage comme un suaire, en fermant les yeux. Et à nouveau, sa voix portant loin, jusqu’à la tribune — il parlait fort exprès, pour bien se faire entendre. Il transformait ce cérémonial en une scène de théâtre.

« Je te pardonne toi et les tiens, comme je pardonne à ceux qui ont dressé l’arrêt réclamant mon âme.
Mais si d’autres des miens devaient être pris de la même manière — je crains que ce soit au Solland que vous devrez demander pardon. »


Il avait un tel détachement… On aurait pas dit un vrai personnage, mais une créature de théâtre. Alors, il prit une grande inspiration, et, le capitaine des policiers s’approchant pour lui retirer les menottes des poignets et des chevilles, et il s’abandonna aux soins des bourreaux.



La foule commença à s’exciter. Certaines personnes commençaient à s’éloigner, mais la majorité devenait fort curieuse. Il y eut du brouhaha, des murmures, des cris, alors qu’un des bourreaux, une grosse femme cagoulée, commença à utiliser un briquet à silex pour enflammer le réchaud d’une grosse marmite. Un mélange d’horreur et d’excitation gagnait tout le monde.

La voix d’un vieil homme, rauque, autoritaire, se fit entendre — depuis la fosse, un simple badaud hurla :

« NE TREMBLE PAS, BARON !
LE SOLLAND TE REGARDE ! »


Il y eut des râles et des jurons. Tout le monde se bousculait. Les policiers s’agitaient, sautaient sur place, en essayant de repérer quel était le truand qui avait osé lancer cet encouragement polémique. Mais sur scène, Anton se contenta de lever haut son poing fermé, ce qui lui permit de récolter des huées, des insultes, des sifflets, et, étonnant par ailleurs, quelques rares applaudissements…

« Il y a des putains de partisans à lui dans la foule, ragea Lorenz. La police aurait dû mieux contrôler les entrées… J’espère que ça va jouer du fouet après coup. »

Anton fut approché de la grande croix posée aux côtés de la roue. Alors, les mains tendre de deux bourreaux le firent se coucher dessus. Des chaînes en fer commencèrent à lier ses chevilles et ses poignets. Il fallait maintenant bien, bien froncer des sourcils pour essayer de voir son visage…
…Mais dans la tribune officielle, et c’était fort choquant, certains aristocrates avaient amené avec eux des petites jumelles d’opéra. Ils se les échangeaient entre eux, afin de pouvoir mieux profiter de l’horrible spectacle qui allait se jouer devant eux.



Ce qui suivit fut un chaos de scènes tout bonnement abominables, qui furent balancées devant Katarina. Tout aussi haineux et hargneux qu’on pouvait être, le massacre commandité de la roue était un supplice qui devait inspirer la terreur. Et terreur il inspira.

D’abord, la bourreau-femme amena une grosse coupe remplie de plomb fondue, tenue avec des pinces. Elle le déversa net sur la main droite d’Anton, qui râla en serrant fort des dents. On lui détruit sa main droite, on la brûla, au souffre et au plomb — et dans la fosse, la foule se mettait à rire, à crier de jouer, à hurler de colère, à lancer des propos tous plus polémiques les uns que les autres : ça allait du « Pitié ! Donnez-lui pitié ! » pleuré d’une voix de banshee apitoyée, au « Bien fait ! Vive la Justice ! » aboyé avec les postillons à la manière d’un chien de berger.


Mais ce n’était que le début.

Alors qu’Anton continuait de hurler, on le laissait se tordre de spasmes endoloris sur sa croix, ligoté par du fer qu’il était. Le bourreau-en-chef, père des deux autres, saisit alors un grand bâton de fer. Et il se mit à taper. Taper fort, comme un forcené, sur ses cuisses, sur ses jambes, sur ses avant-bras, sur son ventre… Il rompit tout ce qu’il y avait à rompre. On entendait le choc du fer contre des os, on entendait les cris au ciel rauques et pleins de peine d’Anton — même si l’émotion de la foule masquait le tout. C’était long, tellement long… Quelques phrases lancées succinctement peine à décrire l’horreur du calvaire. Katarina, déjà à deux doigts du malaise à cause de l’insolation, se mettait à claquer des dents et à avoir de la chair de poule qui lui couvrait l’entièreté du corps…


Mais ce n’était que le début.

On en était à une demi-heure de supplice, quand les bourreaux détachèrent Anton, et utilisèrent alors des cordages pour nouer ses épaules et le gras de ses cuisses. Alors, ils le soulevèrent, et cet homme encore debout une heure auparavant, apparaissait pour un être humain réduit à rien — une poupée, en fait. On aurait dit une poupée avec laquelle elle jouait étant petite. Ses jambes se baladaient dans tous les sens, sautillaient, se retournaient même sur elles-mêmes. Plus rien ne les retenait, sinon la peau et le muscle déchiré. Alors, ils le mirent sur la roue, et, en tournant une manivelle, voilà que la roue s’élevait un petit peu plus dans le ciel.
Le bourreau noua une corde autour du cou d’Anton, et commença à l’étrangler — mais pas assez pour le tuer. Juste assez pour provoquer une terrible strangulation. Assez pour que son visage devienne mauve, et que ses yeux soient injectés de sang. Assez pour qu’il se mette à trembler du corps qu’il possédait encore, et qu’il bande d’une érection dégoûtante à voir.

Et la foule, la foule devenait insupportable. Il y eut maintenant des rires, des sifflets d’encouragement, des applaudissements… Dans la tribune officielle, on allait du visage de marbre (Comme la comtesse, ou le fils Toppenheimer…) au petit rire fluet et aux grimaces plaisantes. Quelques jeunes femmes, en revanche, étaient en train de pleurer, et prenaient la poudre d’escampette pour ne plus voir ça.
Mais partir maintenant, c’était à jamais être remarqué par la cour.

Autour de Katarina, Lorenz ne faisait plus le fier : le noble si vantard et si haineux était devenu pâle comme un linge. Quant à la Tiléenne, elle regardait dans le vide, en serrant des poings et en renfonçant sa tête dans ses épaules, comme une tortue voulant rentrer dans sa carapace (Katarina avait déjà vu une tortue dans un livre dessiné, enfant…). L’artiste, Stepan, en revanche, était toujours debout sur ses marches, et était en train de faire un énième nouveau croquis, imperturbable.


Comment la foule pouvait autant réclamer du sang ? Katarina l’avait fait il n’y a pas une heure. Mais maintenant, elle entendait ces râles inquiétants depuis la roue. Sans s’en rendre compte, elle avait placé ses mains sur ses oreilles pour essayer de réduire au maximum le bruit. Elle tremblait de partout, son cœur battait si fort qu’elle le sentait dans sa gorge. Elle était en pleine attaque de panique.


Et alors, au milieu de la foule, on entendit quelqu’un chanter…
L’Antonlied. La chanson d’Anton. Un chant à la gloire de l’homme qu’on était en train de tuer :

« Le sang des princes doit couler !
Le sang des princes doit couler !
Le sang des princes doit couler jusqu’au genou ! ♪
Et de lui va pousser,
Et de lui va pousser,
Et de lui va pousser la République libre !
Cinq cents ans que l’esclavage dure,
Il est temps de buter les chiens,
De la Réaction ! »



Qui osait chanter si fort un chant aussi horrible ? Un appel au meurtre, et à la vengeance, en pleine Nuln ? Il y eut un mouvement dans la fosse, terrible, violent : les corps humains, les vieux et les enfants tenus sur les épaules de leurs parents — tout bouscula, comme si les Nulner se changeaient en eau, et constituaient une vague. Certains Nulner, choqués, cherchaient le coupable, afin de le lyncher. Contre les lices, des corps s’écrasaient net. Une vieille dame tomba par terre, de malaise, et fut par mégarde piétinée. Les policiers métropolitains de Nuln commencèrent à foncer devant, à jouer de la matraque du sifflet — mais ça ne faisait qu’augmenter encore plus le mouvement de panique.

Et sur sa roue, Anton était encore à souffler à toute vitesse. Il ne criait plus. Il avait les yeux grands ouverts, et il regardait le ciel tout droit, avec ce soleil qui devait lui brûler la rétine. On aurait dit que dans un instant, la voûte céleste allait s’ouvrir — et peut-être que Söll, l’horrible Dieu de la vengeance qu’on priait dans le Solland sous la forme du Dieu-Soleil, allait brûler Nuln toute entière…

Ou alors Katarina était décidément en train de délirer. Elle avait en tout cas des mouches devant les yeux, la respiration horriblement rapide, un peu prostrée sur elle-même. Elle avait l’impression que tout le monde la regardait. Elle avait besoin d’aide, ou de fuir.
Jet d’intelligence de Katarina : 9, réussite

Résistance à la douleur d’Anton (-8) : 4 et 5, réussite. Bravo mon gars. Tu pars comme un chef.

Résistance à la peur de Katarina : 12, échec
Résistance à la terreur de Katarina : 16, échec
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Katarina von Gildenspiegel
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Re: [Katarina] Antonlied

Message par Katarina von Gildenspiegel »

Katarina ressentit un mélange d'amusement et de défi alors que la Tiléenne se rapprochait d'elle, avec ce sourire éclatant qui semblait vouloir percer une armure invisible. La jeune rousse, pourtant habituée aux joutes verbales de la cour, fut surprise par cette audace, mais elle ne laissa rien paraître, préférant observer Gaïa avec une curiosité calculée.

Le compliment de la Tiléenne était flatteur, mais Katarina n’était pas dupe. Elle savait que derrière ce sourire se cachait une intention plus profonde, peut-être une tentative de la déstabiliser ou de la tester. Elle répondit avec une politesse formelle, mais sans perdre cette lueur de détermination dans ses yeux.

« Vous me flattez, signora, mais je ne fais que défendre ce qui me semble juste. L’histoire est pleine de leçons pour ceux qui savent les écouter, et il me semble que nous avons toutes deux pris des chemins différents pour interpréter ces leçons. »

Puis, se tournant légèrement vers Lorenz, elle sentit sa légère tension, mais ne s’y attarda pas. Elle comprenait son attitude, mais cette rencontre était plus qu’un simple échange social. C’était un jeu d'esprit, une joute sociale d'argumentaire, et cela amusait beaucoup la noble.

« Katarina von Gildenspiegel » se présenta-t-elle enfin, avec une inclinaison de tête gracieuse, ses mots empreints de la dignité de sa lignée. « Je suis honorée de faire votre connaissance, signora. »

Elle sourit légèrement et, d'une voix douce mais assurée, répondit à Lorenz :

« Si la signora n'a pas de cavalier, il est de notre devoir de nous assurer qu'elle ne manque pas de compagnie en cette sinistre occasion. »

Elle scrutait la scène avec une intensité palpable. Le spectacle auquel elle assistait était loin de correspondre à ses attentes pour une exécution. Anton von Adeloch, loin de faire preuve de résignation ou de repentance sincère, se donnait en spectacle comme un acteur sur une scène de théâtre, transformant ses derniers moments en un acte de défi.

Chaque geste d’Anton, chaque parole prononcée avec une affectation théâtrale, était pour Katarina une insulte manifeste à la dignité de l'exécution. Il s'était délibérément efforcé de se montrer sous un jour héroïque, malgré sa défaite écrasante. Il avait salué la foule avec une révérence ostentatoire, ses actions empreintes d'un mépris apparent pour la gravité de la situation. Ses derniers mots, une déclaration chargée de reproches et de défi, n’étaient rien d’autre qu’une tentative de transformer sa mort en un acte de protestation.

Katarina observait avec une froideur croissante. L'Ogre se présentait comme un martyr, prétendant se sacrifier pour des idéaux ridicule, l'un des commandement de sigmar n'était pas de travailler a l'unité de l'empire? Ce rebelle n'aidait en rien la cause impériale. Pour elle, c’était un outrage à la justice, un dernier coup de théâtre pour se donner un semblant de grandeur face à la mort. Elle serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans la chair de ses paumes. La scène, au lieu d'être un rituel solennel de la justice, se transformait en une mascarade déconcertante a ses yeux.

Katarina vit entendit des partisans d’Anton dans la foule, dont les voix se faisaient entendre, lançant des encouragements effrénés pour le traitre. Leur présence n’était pas simplement une insulte, mais une rébellion contre l’autorité et la justice en place. Ils semblaient se réjouir du fait qu'Anton, même à l'ombre de la mort, était capable de les inciter à défier l'ordre établi. Elle perçut le désordre croissant parmi les spectateurs, les policiers peinant à maîtriser la situation tandis que les partisans d’Anton semaient le trouble.

Le vieil homme, qui avait crié d’une voix rauque depuis la fosse, n’était qu’un exemple parmi d’autres de cette défiance. Son appel au courage pour Anton était une démonstration de la manière dont certaines personnes pouvaient être séduites par le spectacle dramatique plutôt que par la justice pure et simple. Cette dimension de la situation était particulièrement exaspérante pour Katarina, qui voyait ces partisans comme des acteurs de la subversion, prêts à tout pour faire passer leur cause avant la loi.

Katarina se redressa, la détermination marquant son visage. Il était crucial pour elle que cet affront ne passe pas inaperçu, que la gravité de l'exécution ne soit pas obscurcie par les dernières manœuvres d’un homme dont le seul mérite semblait résider dans sa capacité à manipuler le public jusqu’à la fin. Elle savait que le spectacle devait être rétabli dans ses proportions véritables, que l’ordre et la justice devaient prévaloir, malgré les tentatives d'Anton pour transformer sa mort en un dernier acte de défi.

Katarina se promit de ne pas laisser la mascarade de cet exécutoire altérer sa perception de l'essence de la justice et de la loi. Elle se devait de faire en sorte de préserver pour elle la vérité derrière cette exécution , que le spectacle théâtral ne détournât pas son cœur de l’inéluctable vérité : Anton von Adeloch était un traître, et sa fin devait être vue comme un acte nécessaire et juste, non comme un drame destiné à fléchir les volontés et les consciences.

Elle observait la scène avec un mélange de dégoût et d’indignation croissante. L’exécution, censée être un acte de justice, avait rapidement dégénéré en un spectacle monstrueux, un véritable festival de cruauté que le monde ne devait jamais voir. Chaque étape du supplice, chaque moment de douleur infligé à Anton von Adeloch, semblait plus insupportable que le précédent.

L’horreur du spectacle était telle que Katarina peinait à détourner les yeux. La vue du plomb fondu déversé sur la main d’Anton, le brûlant au point de détruire les chairs et les os, était une vision d'une cruauté indescriptible. Le traitre... l'homme poussait des cris déchirants, ses hurlements se mêlant à la cacophonie des réactions de la foule. Les réactions étaient grotesques et aberrantes : des clameurs de joie, des cris d'encouragement et des rires hystériques se faisaient entendre.

Elle sentit une vague de nausée lui monter à la gorge. Le mélange de souffrances physiques d’Anton et de l’excitation perverse des spectateurs constituait une scène tellement déconcertante qu'elle se demandait comment une telle barbarie pouvait être acceptée en public. Le spectacle de la foule, si diverse dans ses réactions, était tout aussi perturbant que l'exécution elle-même. Les applaudissements et les rires macabres résonnaient comme une profonde insulte à la dignité humaine.

Le calvaire d’Anton ne s’arrêtait pas là. Les bourreaux continuaient de l’infliger des tortures indicibles. Le bâton de fer, les coups répétés, la destruction méthodique de ses membres… Chaque coup résonnait comme un écho de la cruauté humaine à son paroxysme. Les cris d’Anton se perdaient dans le tumulte de la foule, mais pour Katarina, chaque son était une torture supplémentaire.

Les détails de la torture qui suivirent, où Anton fut attaché et soulevé comme une marionnette grotesque, semblaient dépasser les limites de la décence. La roue tournait, et l’image d’Anton se balançant et se tordant sous l’effet de l’étranglement lent et cruel était à la fois déchirante et insupportable. Son visage devenu mauve et ses yeux injectés de sang offraient un tableau de souffrance humaine déshumanisée.

Autour de Katarina, les réactions étaient variées mais également révélatrices. Lorenz, d’habitude si implacable, était devenu pâle et visiblement perturbé. Son arrogance habituelle avait disparu, remplacée par un malaise palpable. La Tiléenne, crispée dans une posture de dégoût, semblait chercher à se réfugier dans son propre espace mental pour échapper à l'horreur ambiante.

L’artiste Stepan, en revanche, était implacable dans son travail. Debout sur ses marches, il continuait à croquer la scène, indifférent aux souffrances qui se déroulaient sous ses yeux.

Katarina serrait les dents, ses nerfs tendus à l’extrême. La scène entière semblait se dérouler comme une démonstration tragique de la déshumanisation que l’on pouvait infliger au nom de la justice. Le spectacle, qui devait incarner la loi et l'ordre, était devenu un lieu de réjouissance morbide pour certains, et un champ de souffrances insupportables pour d’autres.

Elle savait que cette exécution n’était pas seulement un moment de justice, mais aussi un reflet déformé de la société dans laquelle elle se trouvait. Les applaudissements pour Anton et les cris de soutien de ses partisans n’étaient que la partie émergée de l’iceberg d’une société en pleine décadence, où la souffrance pouvait être exploitée comme un divertissement.

Pour Katarina, le spectacle ne représentait pas seulement une défaillance de la justice, mais une tragédie humaine universelle. Elle se demandait si elle pouvait, et comment elle pourrait, se détourner de cette barbarie tout en maintenant ses principes. Le chaos qui régnait, les rires et les cris, étaient la dernière goutte dans un verre déjà trop plein de cruauté et de désespoir.

Elle était prise dans un tourbillon d’horreur et de confusion. Le contraste entre la brutalité de l'exécution et l'agitation de la foule était insupportable. Alors que l'exécution se poursuivait dans une scène d'une cruauté inimaginable, ses propres réactions devenaient de plus en plus chaotiques. La demande insatiable de sang de la foule, son appel à la vengeance, semblait presque paradoxalement intenable après qu’elle-même ait contribué à la même exigence une heure plus tôt.

Elle avait voulu ce sang, ce spectacle de justice impitoyable, mais maintenant qu'elle en était témoin, l'expérience était bien différente. La réalité de la souffrance humaine devant elle était telle qu'elle ne pouvait plus faire abstraction des conséquences morales de ses propres actes.
Les cris de douleur d’Anton, amplifiés par le supplice de la roue et l’étranglement continu, étaient de plus en plus difficiles à supporter pour elle. Le bruit de l’exécution, les rires pervers, les cris de la foule : tout se mélangeait dans un vacarme déchaîné. Elle avait instinctivement placé ses mains sur ses oreilles, essayant désespérément de filtrer les sons qui semblaient la submerger. Son cœur battait la chamade, chaque pulsation résonnant dans sa gorge, tandis qu'elle se sentait comme engluée dans un cauchemar.

Et puis, comme un coup de tonnerre dans ce chaos, une voix s’éleva parmi la foule. L’Antonlied, ce chant révolutionnaire, résonnait avec une force glaçante. Les paroles, appelant à la vengeance et à la libération, étaient un affront poignant à la scène d'exécution. Le contraste entre le chant exaltant la gloire d’Anton et la brutalité du moment était presque trop difficile à supporter.


« Le sang des princes doit couler !
Le sang des princes doit couler !
Le sang des princes doit couler jusqu’au genou ! ♪
Et de lui va pousser,
Et de lui va pousser,
Et de lui va pousser la République libre !
Cinq cents ans que l’esclavage dure,
Il est temps de buter les chiens,
De la Réaction ! »


Le chant se répandit, s’amplifiant, comme un incendie dans une forêt sèche. Les Nulner, déjà dans un état d’excitation dangereuse, se transformèrent en une masse hurlante et désordonnée. La scène était devenue une décharge émotionnelle collective, une vague humaine furieuse en quête de bouc émissaire. Les corps se bousculaient, s’écrasaient contre les lices, les gens trébuchaient et tombaient, piétinés dans le chaos.

Les policiers tentaient de contenir la foule, agitant leurs matraques et sifflant pour faire régner l’ordre, mais leur présence ne faisait qu’exacerber la panique. Le désespoir et la confusion se mélangeaient dans un tourbillon d’horreur collective. Une vieille dame s’effondra, et sa chute fut suivie par une série de mouvements désordonnés alors que les gens cherchaient désespérément une sortie ou une explication.

Katarina, paralysée par l’horreur et la peur, sentit son esprit se dérober. Les mouches tournaient autour de ses yeux, un effet d’optique provoqué par la chaleur et le stress. Sa respiration était haletante, chaque inspiration était une lutte contre le vertige croissant. Elle avait l’impression d’être en dehors de son propre corps, observant la scène de l’extérieur tout en étant entièrement prise par le chaos.

Les visages autour d’elle semblaient se déformer en une masse indistincte de jugement et de curiosité, comme si la foule elle-même la scrutait, l’accusant de sa propre contribution à cette folie. Elle avait besoin d’échapper à cette scène, de trouver un répit loin de cette folie, mais ses jambes semblaient clouées au sol.

Au milieu du chaos impitoyable, elle se trouvait en proie à une terreur dévorante. Les hurlements d'Anton von Adeloch et les cris frénétiques de la foule s'entrelacaient dans une symphonie de violence, transformant la scène en un cauchemar que son esprit peinait à appréhender. La brutalité de l’exécution, la douleur infligée à l’homme attaché à la roue, et la panique croissante de la foule, tout cela contribuait à un tourbillon de sensations insupportables.

Katarina, accablée par la vue de l’horreur et l’incompréhension de la réaction populaire, se sentit soudainement submergée par une vague de panique. La chaleur du soleil écrasant, la clameur assourdissante, et le spectacle de l'agonie étaient trop pour elle. Son corps tremblait, ses mains étaient moites, et sa respiration était devenue irrégulière et haletante.

Dans un acte de désespoir pour échapper à ce tourbillon d’horreur, elle se mit à chanter, mais le résultat était loin d'être ordonné. Sa voix était un mélange de tremblements et de sanglots, oscillant entre des notes incertaines et des brefs éclats de clarté. La comptine Sigmarite, au lieu de lui apporter la paix, était devenue une sorte de cri de désespoir, un vain effort pour retrouver un semblant de stabilité dans un monde déchiqueté par la cruauté.


« Obéis aux ordres, suis toujours le chemin,
Sous l’œil de Sigmar, garde les règles, sans fin,
A tes supérieurs obéis, même quand tout semble incertain,
Face à la terreur, garde tes devoirs bien en main.

Allégeance à l’Empereur, fidèle et loyal,
Pour Sigmar, sois droit, c’est impératif et vital,
Ton devoir est de servir, même si le monde est brutal,
Pour l’Empire et l’honneur, sans jamais être partial.

Unité de l’Empire, préserve-la avec ferveur,
Même au prix de ta vie, garde la foi et la vigueur,
Défends notre monde, pour la grandeur et l’honneur,
Malgré l’angoisse, chante fort, avec ton cœur. ♪

Les valeurs de Sigmar, dans cette nuit si sombre,
Obéissance, loyauté, unité, jamais ne sombre,
Dans l’ombre de la roue, chante pour ne pas être morne,
Que la foi te guide, même quand tout semble à l'ombre. »


Sa voix se brisait régulièrement, et chaque mot semblait s’échapper de ses lèvres dans un souffle haletant. Les pauses entre les phrases étaient imprévisibles, ponctuées par des éclats de respiration saccadée. Les paroles, bien que reconnaissables, étaient déformées par l’angoisse, chaque commandement prononcé avec une tremblante de détresse. Katarina cherchait désespérément à maintenir le rythme, mais ses notes se brisaient en tremblement, ses inflexions étaient irrégulières, et chaque ligne semblait se perdre dans une cacophonie de terreur.
Katarina von Gildenspiegel, Voie de l'Aristocrate
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Katarina] Antonlied

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Si les troubles avaient au départ commencé simplement à cause de trois-ou-quatre malotrus criant des slogans pro-Solland, la foule coincée dans la fosse était paniquée, entre les quelques furieux cherchant à trouver les coupables, et la majorité des paniqués venus en famille qui cherchaient à fuir. Et devant ces corps qui se transformaient en vague humaine, les policiers se mettaient à réagir comme des barbares — des hommes de la police métropolitaine arrivèrent d’on-ne-sait-où en renfort, et on entendait à nouveau sifflets et sommations, tandis qu’une double-ligne de condés se formait pile en face de la marée humaine. Ils se mirent à charger, et à faire voler des coups de matraques à tout-va, sans vraiment savoir dans quoi ils frappaient. Même les nobles dans les tribunes en étaient choqués — Lorenz serrait des dents, tandis que Gaïa était debout, en colère, à hurler sur les flics en les pointant du doigt.

Au fur et à mesure que les minutes passaient, le chaos grossissait encore plus. Il fallait appeler des renforts, tandis que des gardes nobles se plaçaient sur les marches devant les tribunes pour faire les gros bras et empêcher des gens de s’approcher. Il y eut des tirs de lance-grenade, et une épaisse fumée commença à recouvrir la foule. Visiblement excédés d’on-ne-sait-quoi, de jeunes Nulner se mirent alors à serrer des poings et à taper en retour les policiers, peut-être simplement par colère de voir des enfants bousculés et des vieilles dames piétinées…

Sur l’estrade, en tout cas, le juriste avec sa perruque blanche murmura quelque chose à l’oreille du bourreau. Celui-ci s’approcha alors de sa fille qui était en train d’étrangler Anton pour le faire souffrir, et la poussa. Il retira la corde, la remplaça par un épais lacet en cuir avec une manivelle, qu’il colla contre la gorge et la pomme de Taal du pauvre baron. Et alors, en un simple vif geste de manivelle, en appuyant bien sur ses biceps, il compressa à en éclater les os la trachée du Sollander. Katarina put voir, malgré la distance, la langue du baron sortir de sa bouche, et prendre une grotesque grimace digne d’un tableau sur les enfers. Le calvaire du baron avait enfin pris fin, et il fallait maintenant espérer que Mórr prenne possession de son âme…

Les bourreaux firent abaisser la roue, et commencèrent à se saisir du cadavre. Il était temps : maintenant, la Reikplatz était envahie de fumée qui faisait tousser, et des policiers s’agitaient dans tous les sens. Dans le même temps, des hooligans, ou juste des Nulner paniqués voulant s’échapper, se mettaient à courir dans tous les sens, à bousculer des valets… Certains malotrus éclataient des bouteilles ou jetaient des choses dans le décor. Un brouhaha de colère et de violence rugissait.

Dans la tribune officielle, les hommes du Héron Bleu, les mercenaires Tiléens de la comtesse, étaient déjà passés à la vitesse supérieure. Ils avaient carrément sorti le fer, dégainé rapières et pistolets, et ils courraient dans tous les sens. Dans ce tumulte et ce chaos, Katarina vit une scène incroyable — la comtesse, sa famille proche et son conseil restreint étaient en train de se lever et d’être escortés par les militaires du Héron, afin de les amener en sécurité. Un simple noble du Wissenland, un vieux monsieur aux cheveux blancs, se leva pour les rejoindre ; par pur réflexe instinctif, un Tiléen lui donna un coup dans le plexus pour qu’il soit projeté contre son siège et reste assis.
Les nobles provinciaux du Wissenland étaient purement et simplement abandonnés, alors que les Liebwitz prenaient la fuite ! Une scène humiliante qui allait donner du grain à moudre à tous les polémistes de la ville !

Alors que cette scène se produisait, Katarina était toujours abandonnée, dans son coin, assise sur son banc sans que personne ne s’occupe d’elle. C’est alors qu’une main assez ferme lui saisit l’épaule, de quoi la faire sursauter de terreur.

La main se retira aussitôt. Un jeune homme se tenait là, devant elle, les paumes ouvertes. Il s’accroupit, les fesses vers le sol, afin de se mettre à sa hauteur et se donner une apparence plus rassurante.
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Un bel homme, au visage anguleux, les yeux d’un bleu très pâle. Il attendit un instant que Katarina l’observe bien, et se remette de sa torpeur, avant de parler d’un ton rassurant, assez ferme pour se faire entendre au milieu du brouhaha, des détonations de grenades, des vociférations et des chocs de verres s’éclatant dans tous les sens :

« Tout va bien, meine Herrin. Des gens vous veulent voir sauve.
Vous allez partir d’ici pour vous mettre en sécurité, n’est-ce pas ? »


Et sur ce, le voilà qui se releva, et prit Lorenz par l’épaule pour le secouer et le réveiller aussi. Le Nulner sembla fort choqué, grinça des dents, mais le bellâtre lui fit un sourire et retira sa main en faisant des gestes un peu obséquieux. Alors, voilà que Lorenz s’approcha de Katarina pour lui tendre sa main.

« L’hôtel de ville, nous y serons mieux.
Venez avec moi, ma dame. »


Ce n’était pas son idée, mais malheureusement, trop tard pour remercier le bellâtre — il avait pris la poudre d’escampette pour aller chercher d’autres personnes de la cour afin de les faire descendre et bouger.



Le-dit hôtel de ville n’était pas très loin — il se trouvait juste en face de la Reikplatz. Mais pour s’y rendre, il fallait traverser la fosse et son chaos. Lorenz garda solidement sa main sur le pommeau de son épée, et c’est d’un pas pressant qu’il se déplaçait, forçant Katarina à le suivre à toute vitesse en manquant de se tordre la cheville sur un pavé mal enfoncé dans le sol. Alors qu’elle se retrouvait au milieu de la foule, tout autour d’elle, il n’y avait que de la furie : des gens qui courraient, qui fuyaient, des policiers les chassant, des truands qui détruisaient des choses et d’autres… Quelqu’un était en train de grimper sur l’orme Deutz, comme un petit singe. Impossible de comprendre ou définir ce qui était en train de se passer, et c’est tremblante, des scènes de barbarie tout autour d’elle, que Katarina traversa cette foule.


Devant l’hôtel de ville, plusieurs hallebardiers des Troupes d’État du Wissenland étaient en train de se regrouper et de former une ligne armée. Pourtant, les portes étaient grandes ouvertes, et quelques policiers attendaient avec une matraque. En voyant arriver Lorenz et Katarina, ils les observèrent un instant, mais les laissèrent passer sans rien dire.
Voilà un beau nouvel endroit à visiter…
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L’hôtel de ville était le symbole de l’indépendance de Nuln, le quartier-général des institutions de la Freistadt. Dans un magnifique décor architectural, un palais taillé à la Tiléenne avec du marbre, on y trouvait des dizaines et des dizaines de bureaux, d’annexes, d’archives, de salles de réunions pour les burgomeister, et même des cours pour des tribunaux de commerce ou d’usage. Mais là, les édiles et les secrétaires de la ville étaient agglutinés au bureau à l’entrée. Lorenz semblait un peu perdu, mais une gentille dame bien habillée lui indiqua avec une voix qui avait un petit écho à cause des grands murs de la pièce d’aller tout au fond à droite.

C’est ainsi que Katarina et Lorenz se retrouvaient dans le salon des fêtes de l’hôtel de ville. Nuln était une ville riche, et cette immense pièce était bien à la hauteur des finances de la cité — le salon était tout d’or décoré, ça en reluisait partout sur les colonnes, le plafond et les lustres flamboyants brillant de mille bougies, ce qui impliquait un effort quotidien d’ouvriers payés pour nettoyer la cire et les remplacer. En levant les yeux, on voyait sur le mur peintes deux immenses fresques, représentant pour un tableau le roi Henroth (Le héros des Ménogens de la bataille du Col du Feu Noir) en train de présider devant des oghams de pierre et ses leudes debout et dynamiques une cour de justice ; et pour l’autre, l’Empereur Magnus donnant sa Charte à la ville, triomphalement debout et dressé, le marteau Ghal Maraz à sa main, des dizaines de bourgeois heureux l’acclamant à ses côtés.
Les fresques étaient magnifiquement peintes. Des tableaux modernes, remplis de couleurs, de corps en mouvement, de détails dans les personnages et de décors précis derrière.
Et à cela s’ajoutait, devant toutes les arches composant le salon, des statues de pierre modernes et repeintes pour leur donner de la couleur, qui représentaient des héros et de grands personnages de l’histoire de Nuln — Günter von Meissen, l’Empereur Sigismond V, Ulrich von Leibwitz, saint-Dieter grand juge de Véréna…

Un valet de l’hôtel de ville ramenait des chaises, puis plus tard des petits bancs inconfortables. Ainsi, Lorenz pu asseoir Katarina. Inquiet, il alpagua un des valets :

« Dites-moi, mon brave, vous savez ce qui se passe là dehors ? »

Le valet haussa des épaules. »

« Cela va se calmer, messire. Restez donc à l’abri ici le temps que ça s’arrange. »

Les deux ne furent pas les seuls à avoir la même idée. Escortés par des chevaliers ou leurs propres laquais, les nobles du Wissenland et ceux de la seconde tribune arrivaient au compte goutte, un par un. Tous étaient agités et inquiets, mais, il fallait se rendre à l’évidence, aucun d’entre eux n’était blessé ou saignant — cette « émeute » qui faisait encore exploser des grenades là-dehors ne visait pas du tout les aristocrates.
Et voilà qu’étaient mélangés tous ceux qui n’avaient pas eu la chance de suivre la comtesse. Toujours dans son coin, Katarina eut la chance d’avoir un bon petit serviteur : Lorenz lui trouva et lui ramena un simple verre d’eau claire des toilettes de l’hôtel de ville, autant dire que c’était princier.

Ils étaient partis pour patienter ensemble un bon moment, alors que le salon grossissait en personnes qui se retrouvaient à attendre dedans, obligeant les huissiers du palais qui avaient probablement autre chose à faire d’aller leur chercher des bancs et des chaises.
Jet de volonté de Katarina : 11, échec
Tu gagnes un point de folie

Jet d’observation ; 8, réussite
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Re: [Katarina] Antonlied

Message par Katarina von Gildenspiegel »

La fumée s'épaississait autour de Katarina, lui piquant les yeux et l'étouffant. Tout se brouillait dans son esprit ; le chaos de la foule, les cris, les bruits des matraques frappant, la mort d'Anton... c’était trop. Elle se sentait prisonnière, incapable de bouger, chaque son se transformant en un coup de marteau dans sa tête. Ses mains tremblaient incontrôlablement, et son cœur battait si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait exploser.

Puis, soudain, une main se posa sur son épaule. Le contact la fit sursauter violemment, et elle sentit un cri coincé dans sa gorge. La peur la submergea complètement ; elle était prête à s’effondrer, à hurler, à fuir n’importe où pour échapper à cette terreur écrasante. La main se retira immédiatement, mais elle n'osa pas tourner la tête, terrifiée de ce qu’elle pourrait voir.

Quand elle trouva enfin le courage de regarder, elle vit un jeune homme accroupi devant elle, ses mains ouvertes dans un geste apaisant. Il avait un visage anguleux, des yeux d'un bleu glacial, mais son expression était étonnamment douce. Il parlait, mais elle avait du mal à comprendre ses mots au milieu du tumulte. Tout ce qu’elle percevait, c’était le ton rassurant de sa voix, qui contrastait tellement avec la violence autour d’eux.

« Tout va bien, meine Herrin... » Elle capta ces mots, leur sens flottant dans l’air comme une bouée à laquelle se raccrocher. Elle cligna des yeux, tentant de sortir de la torpeur qui la paralysait. Il continuait à parler, mais elle ne pouvait que fixer ses lèvres qui bougeaient, comme si elle était sous l’eau, incapable de saisir pleinement la réalité.

Quand il se redressa pour réveiller Lorenz, Katarina resta figée, son esprit luttant pour reprendre pied. Les sons, les odeurs, tout était trop fort, trop réel. Elle vit Lorenz prendre conscience de la situation, et quand il lui tendit la main, elle hésita une seconde, son regard cherchant désespérément une issue. Mais il n'y en avait aucune, rien d'autre que la folie déchaînée tout autour d'eux.

Finalement, elle prit la main de Lorenz. Elle se releva, ses jambes faibles sous elle, la tête tournée vers l’endroit où l’homme aux yeux bleus s’était éclipsé. Il était parti, aussi vite qu'il était venu, ne laissant derrière lui qu'un vide étrange. Katarina se sentit presque abandonnée, même si elle savait qu'il n'avait été qu'une apparition dans ce cauchemar.

Alors qu’ils se frayaient un chemin à travers la foule déchaînée, la fumée devenait de plus en plus épaisse, l’air plus difficile à respirer. Des gens se bousculaient, certains hurlaient, d'autres tombaient. Katarina avançait mécaniquement, chaque pas résonant dans sa tête comme un écho lointain. La main de Lorenz dans la sienne était la seule chose qui la rattachait à la réalité.

Elle ne savait pas où ils allaient. L’hôtel de ville, peut-être, comme Lorenz l’avait dit. Mais chaque mouvement semblait irréel, comme si elle était en train de marcher dans un rêve, ou un cauchemar sans fin. Seule la peur restait, vive, accrochée à elle comme une ombre.

Katarina avançait avec peine, ses jambes flageolant à chaque pas. Lorenz la tirait à travers la foule, mais elle n'arrivait plus à penser clairement, son esprit noyé dans la peur. Tout autour d’elle, la panique se déchaînait : des gens criaient, d’autres fuyaient en bousculant ceux sur leur passage. Elle vit des policiers frapper aveuglément avec leurs matraques, des truands briser des vitres et piller les échoppes. Tout n’était que chaos et violence. La scène ressemblait à une tempête de terreur et de désespoir dans laquelle elle se sentait totalement engloutie.

Katarina se sentait comme emportée par un torrent furieux alors que Lorenz l'entraînait à travers la foule déchaînée. Chaque pas était une lutte contre le sol instable, les pavés irréguliers menaçant à tout moment de la faire chuter. La furie de la foule autour d’elle était presque palpable, et le chaos régnait en maître. Elle voyait des visages déformés par la panique, des gens courant dans toutes les directions, et des policiers frappant sans discernement. La peur lui serrait la poitrine, et son esprit était embrouillé par le tumulte qui l’entourait.

Lorenz la menait vers l’hôtel de ville, cette imposante structure qui se dressait au milieu du chaos comme un bastion de sécurité. Quand ils atteignirent enfin les portes, Katarina sentit un bref soulagement. Le bâtiment, avec son architecture majestueuse et ses portes grandes ouvertes, lui donnait l’impression d’entrer dans un sanctuaire, un lieu où le désordre extérieur ne pourrait pas la toucher.

Dès qu’elle mit les pieds à l’intérieur, l’atmosphère changea du tout au tout. Le calme relatif de l’hôtel de ville contrastait vivement avec la fureur de l’extérieur. Les hauts plafonds, les colonnes de marbre, et les larges couloirs baignés de lumière la faisaient se sentir en sécurité. Ici, le tumulte de la foule semblait lointain, comme un mauvais rêve qui s’évanouissait à l’aube.

Les fresques sur les murs, représentant des scènes héroïques et des moments glorieux de l’histoire de Nuln, l’apaisaient presque. Elles lui rappelaient la force et la résilience de la ville, et quelque part en elle, une petite flamme d’espoir se rallumait. Ce lieu, chargé d’histoire et de grandeur, était un symbole de stabilité. Katarina, malgré la peur qui continuait de lui tordre les entrailles, ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu plus calme en ces lieux, comme si le simple fait d'être ici pouvait la protéger du chaos extérieur.

Lorenz la guida vers le salon des fêtes, une pièce magnifiquement décorée, où l’or et les marbres étincelaient sous la lumière des lustres. L’endroit était digne de la richesse et du pouvoir de Nuln, un rappel de la puissance et de l’histoire de la ville. Les statues imposantes et les fresques murales semblaient veiller sur les visiteurs, offrant une certaine sérénité à ceux qui cherchaient refuge ici.

Katarina s'assit sur une chaise, sous la protection de Lorenz. Le simple acte de s'asseoir dans ce salon grandiose lui apporta un peu de réconfort. Ici, les murs massifs et la présence des autres nobles lui donnaient l'impression que, malgré tout, les choses allaient finir par se calmer. Les nobles du Wissenland entraient au compte-gouttes, eux aussi cherchant refuge dans ce havre de paix.

Lorenz, alla chercher un valet pour obtenir des informations. Lorsque ce dernier lui répondit que tout finirait par se calmer, Katarina voulut croire à ces mots. Le luxe et la tranquillité apparente de ce lieu lui donnaient l’impression que le tumulte à l’extérieur ne pouvait pas les atteindre ici. Elle but l’eau que Lorenz lui tendit, trouvant dans ce simple geste une normalité rassurante.

Alors qu’elle attendait, entourée de ces fresques éclatantes et de ces statues imposantes, Katarina se surprit à espérer que tout cela finirait bien. Le salon des fêtes, avec sa grandeur et son calme imposant, était devenu pour elle une bulle protectrice, un endroit où l’horreur de la place extérieure semblait loin, très loin. Et dans cet instant de répit, elle put enfin respirer un peu plus calmement, tout en espérant que la paix reviendrait.

Katarina, encore secouée par les événements et l’agitation extérieure, tentait de maintenir une certaine contenance assise dans le somptueux salon de l’hôtel de ville. Ses mains tremblaient légèrement malgré ses efforts pour se calmer, et elle scrutait la foule de nobles qui affluaient, cherchant désespérément sa marraine, la baronne Astrid Toller.

Elle tourna finalement son regard vers Lorenz, qui se tenait à ses côtés, prêt à lui offrir son soutien. Avec une expression empreinte de préoccupation, Katarina s’adressa à lui :

« Mon ami, je suis désolée de vous demander cela dans un moment aussi chaotique, mais j’aurais grandement besoin de votre aide. Si vous apercevez la baronne Astrid Toller parmi les invités, voudriez vous m'accompagner pour lui présenter nos hommages ? C’est ma marraine, et avec tout ce tumulte, il serait très réconfortant de la voir et de lui montrer mon respect.»

Elle hésita un instant, ses yeux parcourant la salle dans l’espoir de repérer la baronne, puis poursuivit, sa voix trahissant une inquiétude croissante :

« Je suis également profondément inquiète pour Gaïa. Elle n’a pas de cavalier et est donc seule. Avec toute cette agitation dehors, elle est sans protection dans les rues de Nuln. Cela m’angoisse beaucoup. J'espère qu'elle a pu trouver un havre où se réfugier.»


Elle fixa Lorenz avec un mélange de gratitude et de nervosité. Son regard se reporta ensuite sur la foule en quête de la baronne, tout en maintenant un sentiment croissant de préoccupation pour la jeune étrangère avec qui elle avait débattu avant l'exécution. L'esprit de l'étrangère lui avait plu et elle n'avait pas d'autre alliés en ville hormis Lorenz dont les frontières de l'esprit étaient tout aussi limité que son héritage en tant que troisième fils. Il était nécessaire de s'en forger d'autre.
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Re: [Katarina] Antonlied

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Lorenz n’était ni le plus galant, ni le plus élégant, ni le plus malin des nobles de Nuln — il semblait avoir des manières légèrement rustres, ça se voyait que ses politesses étaient beaucoup trop obséquieuses pour être honnête, et ce n’était pas non plus un puits de culture. Pourtant, devant l’urgence de Katarina, il semblait être plus gentil et doux que d’ordinaire. Au-delà de lui avoir offert de l’eau des chiottes, l’homme hochait de la tête et prenait une petite voix rassurante pour lui répondre.

« Je peux vous accompagner, en effet… À quoi ressemble-t-elle ? »

Alors que la rousse se levait pour marcher à ses côtés, elle s’inquiétait de la situation de la Tiléenne. Là aussi, Lorenz prenait une voix rassurante.

« Les émeutiers semblaient vouloir en découdre avec la police, pas s’en prendre aux aristocrates. Nous avons traversé la foule et pas un seul ne s’est arrêté pour nous chercher des poux…
Mais si cela vous inquiète, je peux quitter l’hôtel de ville et essayer d’aller la trouver. Après tout, vous serez en sécurité ici, tout l’hôtel de ville est entouré de hallebardiers des Troupes d’État. »

Voilà qui était bien courageux de sa part, quand bien même la foule dehors ne semblait pas assoiffée de sang bleu.

Le temps que Katarina décide de se passer de son cavalier ou de le garder près d’elle, elle pouvait au moins reprendre ses esprits, se tranquilliser, et mieux voir le monde autour d’elle. Dehors, ça criait et des pétards explosaient, mais au moins, dans ce salon tout brillant d’or, de fresques et de statues de marbre, il faisait frais — rien à voir avec le soleil de plomb et le risque d’insolation de la Reikplatz. Partout, ça faisait du brouhaha, ça se plaignait, ça discutait de façon vive. Des gardes armés de familles nobles s’agitaient dehors, alors que des laquais ramenaient rafraîchissements et tabourets comme s’il s’agissait d’une réception totalement improvisée.

Les Wissenlander formaient leurs propres petits groupes. Les Pfeifraucher, qui étaient de loin les plus riches de toute la province, avaient formé leur petite clique avec leur clan, leurs clients et leurs vassaux proches dans un coin, s’étant réservé une bonne moitié du salon rien que pour eux, comme si c’était tout naturel alors qu’ils squattaient l’hôtel de ville de Nuln — qui allait leur demander de dégager ? Bruno, le chef de la maison, était en train de faire les cents pas, les mains dans le dos, visiblement très en colère, tandis qu’assise sur une chaise, une vieille dame, qui devait être sa mère, était en train d’être éventée par une jeune femme qui lui faisait de l’air. Hermann, son fils de la Reiksgarde, discutait avec rage contre deux chevaliers en armures de plate, d’on-ne-sait-trop quoi. Katarina croyait reconnaître aussi un beau jeune homme dans le groupe — Florian, un neveu du comte Bruno, pas le plus brillant de la famille, un aristocrate un peu inconséquent, mais elle avait déjà eu l’occasion de discuter longtemps avec lui lors d’un bal il y a trois-quatre ans ; aucune idée de s’il se souvenait encore d’elle…

Pendant ce temps, tous ceux qui n’étaient pas Pfeifraucher ou affiliés à leur groupe se répartissaient un peu le salon dans tous les coins. Et effectivement, dame Astrid était accessible.
La famille Toller était dans la situation très bizarre de venir d’un morceau du pays qui était historiquement du Solland, mais qui faisait aujourd’hui partie du Wissenland — tiraillée entre deux cultures, les Toller avaient toujours cherché à servir la comtesse tout en « draguant » leurs voisins du Sudenland, si bien que leur loyauté était assez en cause. Hurlach, leur grande seigneurie d’origine, avait un honnête manoir et d’immenses plaines très jolies où on faisait pousser du blé, de l’orge, et où on élevait des moutons qui produisaient de la laine noire — un coin somme toutes un peu rustre et arriéré, où on priait encore beaucoup Rhya et où on se sentait culturellement Sollander. Les Toller n’étaient pas riches, mais dernièrement, ils étaient devenus carrément pauvres. Katarina n’avait aucune idée de pourquoi, mais ils avaient accumulé pas mal de dettes, et avaient dû mettre en gage une partie de leurs terres pour faire des crédits qui servaient à rembourser d’autres crédits — y comprit à Herr Strasser, son fiancé. Pas sûr qu’elle soit ravie de revoir Katarina, mais une marraine restait une marraine…
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Toller avait un visage dur, et une expression figée. Elle était en train de discuter avec quelques personnes, une dame de compagnie, son fils qui était un écuyer sans trop d’importance, et un valet qui lui apportait un verre et qu’elle chassait de la main. Néanmoins, un type un peu bizarre, un homme âgé et très élégant, semblait avoir un peu d’importance et parlait avec elle — Katarina ne le reconnaissait pas du tout, ce n’était donc pas quelqu’un de sa famille.
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En voyant arriver Lorenz et Katarina, les deux cessèrent leur discussion. Astrid fronçait des sourcils, et ne semblait pas du tout reconnaître la rousse — il fallut qu’elle se présente pour que la baronne de Hurlach aie ses souvenirs qui remontent ; avec une voix dure qui franchement ne transpirait pas la gaieté.

« Ah. Oui. Pardonnez-moi… Le temps passe beaucoup trop vite.
Très enchantée de te revoir ma filleule. Bon sang, ce que tu as grandi… Cela te fait quel âge maintenant ? Je pense que ça doit bien faire dix ans que je n’ai pas eu l’occasion de te revoir. »

Elle s’écarta pour présenter Katarina aux gens derrière — sa dame de compagnie était une fille de chevalier de la petite noblesse, et son fils fit un baise-main tout timide avec les joues rouges. Plus intéressant, en revanche, le vieux offrit une révérence alors qu’Astrid parlait de lui.

« Je te présente Peter von Wenigen, acolyte de Véréna et chancelier de la comtesse pour le Wissenland depuis l’année dernière. Il est en train de faire le tour de nos belles familles invitées de toute la province pour s’assurer que nous allions tous bien et que nous n’avons pas besoin de quelque chose.
Autant dire qu’avec le bordel qui vient tout juste de se produire, il va avoir du boulot. Pas vrai, sire ? »


Peter semblait tout gêné. Il pinça ses lèvres dans un sourire de gars clairement mal à l’aise.
Emmanuelle régnait très peu sur le Wissenland, mais c’était une province dont elle était comtesse. Elle nommait donc un chancelier qui se chargeait de remplir les affaires courantes en son nom — diriger le conseil provincial, président les réunions de l’Assemblée d’État, enregistrer les cérémonies de serments féodo-vassaliques, nommer les hauts-fonctionnaires… Sur le papier, le chancelier du Wissenland avait d’immenses pouvoirs. Dans les faits, il était un sous-fifre-en-chef qui devait remplir plein de fonctions stressantes tout en risquant de facilement perdre son poste s’il accumulait trop d’ennemis ou qu’il ne plaisait plus à la comtesse. Il était rare qu’un chancelier tienne plus de quelques années à une telle dignité, et selon sa part de responsabilité dans le fiasco d’aujourd’hui, frère von Wenigen n’allait pas y faire exception.
D’ailleurs, « Wenigen » n’était qu’un village quelconque dans la banlieue de Wissenburg.

« Sans doute, meine Herrin. La police de Nuln n’a pas été à la hauteur de l’événement, ils ont fait dégénérer toute cette situation. Il faudrait vraiment que la ville tienne mieux ses sbires et sa population. »

Heureusement, Peter von Wenigen avait déjà choisi son coupable. Astrid, elle, pinçait ses lèvres, et ne semblait pas vraiment satisfaite.

« Mais je me demande qui a eu l’excellente idée d’inviter toute la noblesse du Wissenland dans cette ville. Et qui a eu l’idée de faire exécuter publiquement Anton von Adeloch ici, alors que c’est le tribunal de Wissenburg qui l’a condamné…
–…Je crains que ce ne soit quelqu’un de plus haut placé que moi.
– Comment ? Il y a quelqu’un de plus haut-placé que le chancelier du Wissenland ? »

Astrid était en train de le provoquer. En fait, Peter von Wenigen n’avait pas du tout le droit de le dire, mais l’ordre de ce qui venait de se passer devait venir de quelqu’un du conseil proche et secret de la comtesse — voire-même de la comtesse elle-même, mais si quiconque osait critiquer une décision d’Emmanuelle von Liebwitz à voix haute et devant témoins, ça risquait de très, très mal se passer.

« De toute façon, cette exécution publique n’était pas une mauvaise idée. C’était nécessaire de montrer un tel châtiment au plus de monde possible. Il aurait été même mieux de le faire tuer à Pfeildorf, devant ceux qui se réclament encore du soi-disant Solland. Ce qui est en train de se produire là-dehors est uniquement le fait de la police de Nuln.
– Quelle vision clairvoyante et éduquée sur la bonne justice, mon frère. » Astrid avait dit ça avec une voix tellement quelconque et monotone que son sarcasme en débordait.
« Mais qu’importe…
Comment allez-vous, ma filleule ? Toute cette violence, on ne devrait pas montrer ça à une jeune femme, déjà que je doute même de l’intelligence de montrer ça au peuple… »


Là, pour le coup, même si elle parlait toujours comme une peste, on sentait qu’il y avait un peu d’empathie dans ses cordes vocales — ou du moins, on aurait dit qu’une dame froide et pédante essayait de montrer de l’empathie. Elle-même pourtant n’avait pas eu l’air de trembler du tout pour la mort d’Anton von Adeloch, et elle était habillée tout en noir, comme pour le deuil. Par provocation, ou par respect ?
Jet intrigue de cour : 7, réussite
Jet intrigue de cour : 15, échec
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Katarina von Gildenspiegel
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Re: [Katarina] Antonlied

Message par Katarina von Gildenspiegel »

Katarina offrit un sourire a Lorenz, bien que ses manières puissent parfois sembler un peu trop forcées. Sa voix rassurante, même si maladroite, l'aidait à se sentir un peu moins seule dans cette situation extravaguante.

Katarina, après quelques instants à scruter la salle, aperçut enfin la silhouette reconnaissable de sa marraine, la baronne Astrid Toller. Elle se tenait non loin, entourée de quelques autres nobles, son port altier tranchant avec l'agitation ambiante. Un soupir de satisfaction échappa à Katarina, et elle se tourna vers Lorenz, le regard plus serein.« Je l’ai trouvée, » murmura-t-elle avec un petit sourire.

Tout en parlant, Katarina se leva avec une certaine hésitation, s’appuyant légèrement sur Lorenz. Ses pensées étaient encore en partie tournées vers Gaïa, cette jeune femme intrépide mais vulnérable, désormais seule dans le chaos de Nuln.

« Quant à Gaia Nogarola » dit elle avançant a voix assez haute, « elle n’a pas la protection d’un cavalier, et c’est ce qui m’inquiète le plus. Vous avez sans doute raison, les émeutiers ne s’en prendront probablement pas aux aristocrate. Mais malgré tout, elle est une femme seule dans les rues en émeute, et cela me trouble profondément. »

Elle s’arrêta un instant, se tournant légèrement vers lui, l’expression empreinte de gratitude et de sérieux. « Je ne voudrais pas vous mettre en danger, Lorenz. Faites ce que vous dicte votre cœur et votre sens de la vertu»

Elle baisse la voix délicatement, chuchotant presque à son oreille.

« Néanmoins, si vous la retrouvez et que vous parvenez à la ramener ici, je suis certaine que votre courage sera assurément remarqué par toute cette noble assistance, et que le nom des zu Gerthener en sera davantage éclatant ».

Tout comme on remarquera Katarina comme une noble jeune femme s'inquiétant de manière touchante pour une aristocrate perdue dans les rues de Nuln, mais cela, elle se garda bien de le signifier a son cavalier.Katarina lui adressa un léger sourire enjoleur et porta a nouveau son regard vers sa maraine.Les bruissements et les discussions animées des autres nobles s’estompaient peu à peu dans son esprit, se concentrant entièrement sur ce moment délicat. Elle savait que l’heure était venue de faire preuve de grâce et de diplomatie.

S’avançant avec une grâce mesurée, Katarina s’inclina respectueusement devant la baronne, bien consciente de la distance que les années avaient créée entre elles. « Baronne Toller, c’est un grand honneur de pouvoir enfin vous présenter mes respects après tout ce temps. Le destin nous a tenues éloignées, mais je suis profondément reconnaissante d’avoir l’occasion de renouer avec vous aujourd’hui. Peut etre ne me reconnaissez vous pas, je suis Katarina Von Gildenspiegel votre filleule. C’est un grand honneur pour moi de pouvoir vous présenter mes respects aujourd’hui. Le temps a passé, mais il n’a en rien diminué l’estime et le respect que je vous porte ainsi qu'a votre famille.»

Avec une aisance calculée, elle se tourna vers Peter, adressant ses paroles avec le respect dû à son rang.
« Mein Herr, permettez-moi de vous exprimer mon respect. Vous incarnez une fonction essentielle en ces temps troublés, et je suis consciente des défis que vous devez affronter en tant que chancelier. Vos responsabilités sont immenses, et je suis persuadée que votre engagement est crucial pour naviguer à travers cette crise et que balance équitable ainsi que l'épée de Véréna vous inspirerons au mieux. »

Katarina se tourna vers la Baronne Toller avec un sourire empreint de respect, malgré la fatigue évidente dans ses yeux.

« Baronne , je vous remercie pour votre prévenance. Malgré le chaos et la violence que nous avons observés aujourd'hui, je me porte bien. Ces événements ont été à la fois impressionnants et éprouvant, mais je suis reconnaissante d’avoir pu en être témoin. Nous avons, je le crois, assisté à un moment interessant de l’histoire de notre contrée. »

Katarina marqua une pause, observant les fresques dorées qui ornaient les murs du salon, et ajusta sa posture pour faire face à la Baronne avec une expression de sincérité.

« Concernant l'exécution d'Anton von Adeloch, je comprends et partage la conviction qu'il représentait une menace majeure. Cet homme, avec son talent pour rassembler les foules et ses capacités à manipuler les sentiments populaires, était devenu un probleme pour notre stabilité. Cependant, l’histoire nous enseigne que les martyrs, bien qu'ils puissent inspirer et influencer les esprits, ne commandent pas depuis leur tombe. Leur pouvoir est limité à ce qu'ils laissent derrière eux, sans pouvoir d’action direct. »


Katarina fit un léger geste vers la fenêtre, où l’agitation extérieure semblait s’être un peu calmée, avant de continuer.

« Le Wissenland, et par extension le Sudenland, n’a pas besoin d’un individu capable de raviver les anciennes discordes ou de susciter de nouvelles rébellions. Ce que nous devons espérer maintenant, c’est que des figures sages et habiles sauront gérer les divisions que cet homme a temporairement harmonisées entre ses partisans. Ce sont ces individus qui devront maintenir l’équilibre et éviter que le chaos et les extrémiste ne se reforme sous une nouvelle forme. »


Elle se tourna de nouveau vers la Baronne, ses yeux empreints de détermination et de calme.

«J’espère que, malgré ces turbulences, nous pourrons avancer vers une période de stabilité et de réflexion. Il y a bien assez de maux sans ajouter ceux que les radicaux veulent nous apporter.»
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Katarina] Antonlied

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Katarina parla. Longuement. Et au final, pas pour dire grand-chose. Ce qui marchait impeccablement devant les balourds et les arrivistes des suiveurs de la cour qui rêvaient d’y entrer, échoua assez misérablement devant les deux nobles de province — tout crottés et attachés à leurs champs qu’ils étaient, ces deux-là virent venir Katarina à cent lieues, et ils se regardèrent mutuellement dans le blanc des yeux, comme pour échanger un dialogue muet.

« Certes. »

Voilà tout ce que sa marraine trouvait à répondre. Et ils la laissèrent là, à bien la laisser se morfondre, à attendre que le malaise de la situation s’empare d’elle, peut-être pour en rigoler plus tard.
Mais le chancelier décida d’arriver à sa rescousse malgré tout, en reprenant sa conversation avec la baronne comme si la rousse n’était pas là.

« Nous disions donc…
Vous pensez avoir des problèmes sur vos terres, avec la mort d’Adeloch ? »


Astrid Toller soupira de manière agacée.

« Vous ne comprenez rien à rien, sire chancelier. Ce que vous pouvez être bêtes. Vous, et Pfeifraucher, votre obsession avec le fait de vouloir la peau d’Anton vous a complètement obnubilés, l’arrêt de jugement que vous avez rendu était ridicule et va faire toute sa renommée. Bêtes, je vous le dis ! »

Le chancelier grinça des dents.

« Mais encore ? »

La baronne paraissait foutrement agacée de quelque chose, mais marqua une petite pause pour trouver comment tout reformuler.

« Anton von Adeloch devait-il mourir ? Ma petite opinion personnelle n’a pas d’importance devant la dignité de la justice comtale. Anton von Adeloch devait-il être roué vif ? C’est certes un usage ancien, mais ça fait partie des coutumes pénales de notre pays, les bandits de grand chemin sont condamnés à la roue, et tout noble qu’il était, Anton von Adeloch était bel et bien un bandit de grand chemin ; même les fous furieux qui prient Söll dans le sud-sud du Sudenland n’ont qu’à approuver la manière avec laquelle nous respectons le livre à la lettre…
…Mais vouloir déposséder ses terres ancestrales ? Chasser sa famille du pays ? Cela n’aide pas à la réconciliation. Il est hors de question que je sois celle qui applique ce stupide amendement que vous avez fait rajouter sans raison. Son petit frère est prêtre de Mórr, bon sang ! »


Ce après quoi, Astrid Toller sembla se souvenir que la rousse était là. Elle la regarda avec un petit sourire.

« Tenez, ma chère filleule, on m’a dit que vous avez un bel esprit — voyons quelle opinion vous avez là-dessus, et je vous dirai qui m’a chuchoté ça.
Il y a une… Phrase, dans l’arrêt de condamnation d’Anton, qui m’énerve énormément. Une phrase qui risque de provoquer des remous dans tout le Solland et provoquer l’apothéose de ce baron-brigand.
Vous savez laquelle ? Si vous ne vous souvenez plus, notre sire chancelier ici présent a le papier sur lui — après tout, c’est peut-être la cour de justice de Wissenburg qui l’a tamponnée et enregistrée, mais je suis sûr que cet honorable sire a un peu aidé à l’écrire ! »


Et là-dessus, Peter von Wenigen commença à devenir tout rouge de colère. Visiblement, Toller était une femme très forte pour faire sortir les gens de leurs gonds.
Un petit souvenir remontait à la surface de Katarina. Elle était une enfant lors de sa confirmation au Temple de Sigmar, et parce que l’eau qu’on versait sur sa tête était trop froide, elle avait pleuré — Astrid Toller lui avait alors collé une petite gifle qui avait résonné dans un écho à travers toute la nef du Temple. Heureusement que son cerveau avait dissimulé cette expérience parmi des dizaines d’autres, mais la honte de ce jour revenait galopante…
Jet de charisme (Malus : -2, langue de bois évidente) : 20, échec critique, lmao
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Katarina von Gildenspiegel
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Re: [Katarina] Antonlied

Message par Katarina von Gildenspiegel »

Katarina se redressa légèrement, ses doigts se frôlant avec élégance tandis qu'elle s'avançait de quelques pas, ses yeux fixant avec une intensité mesurée le chancelier Peter von Wenigen. Elle choisit ses mots avec soin, consciente de la délicatesse du moment, mais aussi du poids que son intervention pourrait avoir. Sa voix, d'ordinaire douce et harmonieuse, prit une teinte plus grave, trahissant une inquiétude sincère dissimulée sous un voile de courtoisie. Elle avait choisie de répondre a sa marraine d'une certaine manière, en espérant effacer le fiasco de sa prise de parole précédente.

«Pardonnez moi ,je pense comprendre parfaitement l’humeur de ma marraine, sire chancelier, et je ne peux m’empêcher de me poser une question qui me semble tout à fait pertinente en cette circonstance. Est-il vraiment nécessaire que le présent arrêt soit publié, crié en trompettes dans Nuln et les Freistadts du Wissenland, ainsi que dans les bourgs ? Tout fut fait dans les règles de la loi, mais fallait il en faire une proclamation de victoire?»

Elle marqua une pause, laissant le poids de ses paroles se suspendre dans l’air, puis poursuivit, chaque mot soigneusement articulé pour maximiser son effet.

« Le sud-est de du grand comté du Wisseland, un territoire autrefois sous la bannière du Solland historique, où aujourd’hui le foyer des terres de ma marraine, la baronne Toller, ainsi que de nombreux autres nobles demeurés fidèles au Wissenland. Pourtant, ne serait-il pas imprudent d’ignorer la possibilité que subsistent des nostalgies, des amertumes non résolues parmi les populations de ces régions ? »


Katarina déplaça doucement son regard vers la baronne Toller, cherchant à capter son expression, puis revint vers Peter von Wenigen, son ton devenant plus insistant, mais toujours empreint de respect.

« La Cour pénale de Wissenburg a-t-elle pleinement mesuré les conséquences de cette proclamation publique sur la stabilité de notre grand comté ? N’était-il pas évident que cette déclamation va attiser des tensions latentes, voire réveiller des animosités enfouies parmi ceux qui pourraient se souvenir du Solland avec regret et colère et qui n'ont pas encore rejoint Anton ? »

Elle fit une autre pause, prenant soin de laisser ses mots s’infiltrer dans les pensées du chancelier et des autres présents.

« La nouvelle voyagera vite, sire chancelier, non seulement parmi les notables, mais aussi dans les chaumières du petit peuple, alimentant les rancœurs et exacerbant les divisions entre ceux qui se pense du Wisseland et ceux qui se réclame de l'ancien Solland. L’arrêt en lui-même, avec la destruction du corps de l’accusé, est déjà un acte qui, pour beaucoup, semblera plus qu’une simple punition. Cela pourrait être perçu comme une offense délibérée, une façon de s’assurer qu’Anton von Adeloch, même dans la mort, ne puisse trouver de repos. Dans une région marquée par les souvenirs de l’ancien Solland, cela pourrait être perçu comme une provocation directe si cela est diffusé. »

Katarina se tut enfin, ses yeux restant fixés sur le chancelier, guettant la moindre réaction, le moindre signe d’approbation ou de désaccord. Elle avait posé ses questions non pas uniquement pour obtenir des réponses, mais pour sonder l’esprit de von Wenigen, et voir les réactions de sa marraine. La façon de faire était plus offensive, mais elle savait que cela était acceptable a partir du moment où elle critiquait la diffusion de la sentence et non la sentence elle même.

Alors que Katarina terminait son argumentaire, elle sentit une pointe d’anxiété s’insinuer en elle. La baronne Toller, avec son regard perçant, semblait peser chacun de ses mots, scrutant la moindre faiblesse. Un doute fugace traversa l’esprit de Katarina : avait-elle été suffisamment convaincante ? A t'elle eu la bonne réflexion? Sa marraine, qui n’hésitait pas à administrer une gifle cinglante à un enfant pour de simple larme, était tout aussi capable d’infliger des gifles sociales bien plus terrifiantes à un adulte. Le souvenir de cette claque résonnait encore dans son esprit, un avertissement silencieux de ce qui pourrait arriver si elle décevait la redoutable baronne.

Katarina savait que dans le monde des intrigues et des jeux de pouvoir, une humiliation publique ou un mot de désapprobation pouvait être bien plus dévastateur qu’une gifle physique. Et la dernière chose qu’elle souhaitait, c’était être le sujet d’un tel châtiment de la part de cette vieille gargouille.
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Katarina] Antonlied

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Peter von Wenigen était un homme bien né : il avait appris à ne pas interrompre ceux qui lui adressaient la parole, d’autant plus s’il s’agissait d’une jeune femme de bonne famille. Pourtant, au fur et à mesure que la rousse parlait, lui qui avait déjà été bien échauffé par une baronne se permettant trop de libéralités, était maintenant au bord de l’apoplexie — il serrait la mâchoire à en grincer des dents, et il lui fallut un petit moment pour se tranquilliser avant de reprendre.
Par chance, il n’y avait pas de colère dans sa voix — il prenait plutôt l’air pédant du professeur qui apprenait quelque chose à un enfant.

« Très chère, justice n’est juste que si elle est proclamée. Simplement lire l’arrêt à travers le Wissenland est une nécessité légale pour que ce jugement soit compris universellement. Ne nous voilons pas la face : oui, Anton von Adeloch était connu à travers nos deux provinces, Wissenland et Sudenland, et parce que c’était un fieffé séducteur, il obligeait tout le monde à avoir une opinion sur lui, qu’on soit opposé ou partisan de ses brigandages.
Sa mort aurait provoqué mille rumeurs colportées à travers tout le pays de toute manière. On aurait, et on va d’ailleurs, inventer mille histoires à son sujet. Je préfère que le pays entier ait un récit officiel à retenir et dans les consciences de tout le monde, que cela pèse dans les fors intérieurs de nos sujets, peu importe comment ils voient le monde ou les Dieux dans l’organisation de leurs petits tribunaux internes.
Le plus dur par contre, ça va être de le faire lire à Pfeildorf. Cette immense ville de plusieurs milliers d’habitants appartient officiellement au Wissenland, mais elle est possession des von Toppenheimer qui sont barons du Sudenland, en plus d’être l’ancienne capitale du pays qu’on a autrefois appelé Solland. Je suis en train de négocier avec la grande-baronne Etelka — elle est d’accord pour diffuser l’arrêt, mais via un de ses hommes de justice, et je n’ai aucune idée de comment elle va s’organiser. Elle n’a pas le droit de prononcer autre chose que ce qui est écrit, mais elle pourrait manipuler des choses autour de la scène, je-ne-sais-quoi… »


Astrid Toller hocha de la tête.

« Ce n’est pas à ça que je pensais.
Ce que je pensais… »


C’était délicieusement ferme et sec. Qu’on voudrait la moucher qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Et un peu subtilement, Astrid Toller bougea son corps pour un peu inviter la rousse à s’effacer derrière elle, utilisant là sa filleule comme un bon faire-valoir.

« C’est le dernier addendum que vous avez rajouté. Le fait qu’Anton aie subit la question préalable… »

Le chancelier fronça des sourcils et sembla réfléchir quelques instants.

« Et donc ? C’est normal. Les condamnés à mort sont censés subir la question avant l’exécution de leur peine dans le cas où on suspecte qu’ils aient des complices. Et Anton a des tas de complices…
– Si c’est normal, pourquoi vouloir le faire rajouter ?
– Parce qu'il faut écrire les actes de justice que l'on ordonne.
– Sans doute. Mais enfin, imaginez être un homme attaché à l’Auld-Solland qui entend cette dernière petite phrase, et qui n'a pas votre culture juridique : Comment vous avez écrit déjà ? « Anton von Adeloch sera derechef appliqué à la question, n’ayant pas révélé jusqu’ici ses complices ». Cela me fait dire, qu’Anton a refusé de donner sa bande. Qu’il est mort en gardant des secrets derrière ses lèvres, peu importe la pression ou la douleur qu’on a appliquée sur son corps et sur son âme. Quel courage ! Quelle abnégation ! Ce sont les gens supérieurs aux autres qui résistent à la question !
Vous avez créé sa légende, quand ses quelques groupies vont réécrire cette stupide chanson égocentrique, l’Antonlied, ils modifieront les paroles pour pérorer haut et fort qu’Anton est mort en emportant tous ses secrets dans le bûcher. »


Le chancelier fronça des sourcils très, très fort.

« Tout le monde parle sous la torture. Tout le monde.
– Ah oui ? Et Anton vous-a-t-il révélé quelque chose d’utile ? Fit Toller avec un grand sourire et un ton minaudant.
– Il nous a révélé certaines choses que je dois taire par nécessité d’enquête de police.
– Oooh, mais évidemment, sire-chancelier, évidemment… »

Silence électrique entre les deux, une ambiance d’orage. Que Toller se permettre d’ainsi manquer de respect envers le représentant de la comtesse allait probablement se payer dans le futur, si Peter était malin — à moins qu’il ne perde son emploi avant, car la comtesse semblait changer de chancelier comme de chemise.

« Allons, je suis méchante. »

Sans déconner.

« Tenez, ma petite filleule, vous qui aimez parler et réfléchir, essayez donc d’aider notre bon sire ci-présent : selon vous, qu’est-ce qu’il faudrait craindre d’Etelka de Pfeildorf si elle se chargeait elle-même de faire prononcer la condamnation ?
Et par pitié, ne faites pas cette petite tête larmoyante de chienne battue ! Qu’est-ce que vous faites laide ainsi ! Il n’y a pas de piège ou de mauvaise réponse, là nous réfléchissons ensemble, en adultes ! »
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Katarina von Gildenspiegel
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Re: [Katarina] Antonlied

Message par Katarina von Gildenspiegel »

Katarina sentit la chaleur monter à ses joues lorsqu’Astrid Toller fit cette remarque acerbe sur son expression. Elle savait qu’elle devait maîtriser ses émotions, surtout en face de sa marraine, une femme aussi redoutable que perspicace. Elle inspira profondément, chassant les sentiments de doute et de gêne qui l’assaillaient, et se força à se concentrer sur la question posée.

Katarina prit une inspiration plus profonde, consciente que chaque mot serait soigneusement pesé par Toller et Peter von Wenigen. Elle comprenait que sa réponse allait bien au-delà d’une simple réflexion sur la situation à Pfeildorf. Elle savait que les tensions entre le Wissenland et le Sudenland étaient toujours sous-jacentes, prêtes à éclater au moindre prétexte, et que la manière dont cet arrêt serait proclamé pourrait avoir des conséquences bien plus vastes qu’un simple acte de justice.

« Si nous considérons la situation dans son ensemble, » commença-t-elle en tâchant de contrôler le tremblement dans sa voix, « Etelka de Pfeildorf, en tant que grande-baronne du Sudenland, est en position d’exploiter cette occasion pour raviver des sentiments nationalistes parmi les partisans du vieux Solland. La ville de Pfeildorf, en tant qu’ancienne capitale du Solland, reste un symbole puissant pour ceux qui se souviennent encore avec nostalgie de l’époque où le Solland était une province indépendante et prospère. Etelka pourrait facilement jouer sur cette corde sensible en choisissant des lieux ou des moments qui renforcent ces sentiments. »

Elle fit une courte pause, laissant ses paroles imprégner l’air avant de poursuivre. « Imaginons un instant qu’Etelka décide de faire lire l’arrêt sur la place principale de Pfeildorf, en plein cœur du marché, un jour où les foules sont nombreuses et les esprits échauffés par les discours des orateurs locaux. Elle pourrait, sans jamais dévier des mots écrits dans l’arrêt, donner à la proclamation un caractère solennel, presque cérémonial, rappelant à la population le glorieux passé de leur ville et de leur province. Pour ceux qui ont encore le cœur attaché à l’ancien Solland, cela pourrait être interprété comme un message d’oppression venant du Wissenland. »

Katarina s’arrêta un instant, cherchant les yeux de sa marraine, cherchant à lire dans son regard si elle allait dans la bonne direction. Puis, elle reprit avec plus de conviction : « Etelka pourrait également jouer sur la manière dont elle fait délivrer l’arrêt. Par exemple, elle pourrait choisir un homme de justice particulièrement respecté et aimé par les habitants de Pfeildorf, quelqu’un dont la parole porte une autorité morale indéniable. En faisant lire l’arrêt par une telle personne, elle pourrait transformer ce qui devrait être un acte de justice sévère mais juste, en un acte de dénonciation contre l’autorité du Wissenland. Les mots écrits dans l’arrêt, notamment l’addendum sur la question préalable subie par Anton von Adeloch, pourraient être interprétés non comme un acte de justice, mais comme une ultime tentative de briser un héros populaire. »

Katarina poursuivit, son esprit maintenant concentré sur les implications plus subtiles de la situation.

« Il serait facile pour Etelka, par exemple, de manipuler l’atmosphère de la lecture en incluant des figures religieuses spécifiques. Imaginons qu’elle fasse lire l’arrêt en présence d’un acolyte de Morr, en raison de la destruction du corps par le feu, et d’une acolyte de Shallya, dont la compassion est infinie . La simple présence de ces représentants religieux pourrait suffire à influencer l’opinion publique. Le peuple verrait d’un côté l’acolyte de Morr, réprobateur du traitement du corps d'autant plus que le frère du condamné fait partie du culte, et de l’autre, l’acolyte de Shallya, symbole de pitié et de rédemption.
Etelka n’aurait même pas besoin de modifier le texte de l’arrêt. L’attitude corporelle des acolytes, un simple geste de tristesse ou de réprobation de leur part, pourrait orienter la perception du jugement. Le peuple pourrait interpréter ce silence religieux comme une critique implicite de la brutalité de la peine, ou pire, comme une condamnation morale de ceux qui l’ont ordonnée. Cela transformerait Anton von Adeloch d’un criminel puni à juste titre en une victime tragique aux yeux de ceux qui sont déjà nostalgiques du Solland. Et ainsi, le jugement que vous souhaitez universel et dissuasif pourrait au contraire se retourner contre nous, enflammer des passions que nous ne pouvons nous permettre de voir renaître. C'est ce que je ferai a sa place , mais les options demeures variée et vaste. »


Katarina se tut, laissant cette réflexion s’installer dans l’esprit de ses interlocuteurs.
Katarina von Gildenspiegel, Voie de l'Aristocrate
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