Un départ sans peine, un voyage qui ne l’est pas. Moins d’une dizaine d’heures après leur départ, les trois gaillards progressent à bien bonne vitesse. Contrairement à l’Ouest, l’Est possède des routes, des sentiers entre les grandes forêts et bois anciens de l’Ostland. Ils ont même croisé des patrouilleurs montés, bien que ceux-ci n’aient point eu l’envie d’échanger quoi que ce soit de plus qu’un bonjour. Deux d’entre eux sont montés sur de magnifiques bêtes, surtout le Bretonnien. Qu’un coup, lui, marche devant pour éclairer la marche. Malgré sa taille peu imposante, ses jambes sont particulièrement vives. Si ce n’étaient les sabots qui viennent cogner le sol derrière lui, on n’entendrait pas une mouche.
Le forestier n’est pas bavard, c’est une de ses plus grandes qualités. Sa tenue verdâtre, noire et brunie le camoufle partiellement. Sa barbe hirsute et ses cheveux en pagaille sont cachés par son capuchon. Avec lui, un arc de campagne ainsi que des flèches. Une épée courte est accrochée à sa ceinture derrière lui. Le plus jeune des trois ne peut s’empêcher de remarquer que celui-ci a les pieds légèrement de travers. Parfois, il se prend la botte dans une pierre qui ressort du sol, il ne tombe pas, jamais.
À sa droite, Safran, dans une armure, héraldique et tenue impeccable, guide son cheval à la robe grise. Adémar n’est pas le seul à avoir modifié sa tenue. Désormais, le chevalier porte les couleurs de cette terre. Celui-ci a insisté pour pouvoir le faire, après tout, désormais il agit au nom d’autrui. De plus, il admet avoir goût pour le rouge écarlate. Son écu, sa lance, son tabard, l’orle de son heaume ainsi que le caparaçon de son étalon arborent désormais l'héraldique du comté. Cependant, son origine étrangère l’a obligé à ne pas avoir droit à l'anneau sur les narines du taureau. Après tout, on ne mélange pas les chiens et les chats, ou du moins, c’est ce que le capitaine a affirmé. Son armure est plus que complète, des jambières jusqu’à la tête, de la plaque et de la maille assure sa sécurité. Son visage entièrement caché par la visière de son casque ne laisse qu'à l'imagination les expressions aussi arrogantes qu’éloquentes qu’il porte à longueur de journée.
Sa monture, Cheuvrefou, fait partiellement peur aux deux autres aventuriers. Ils ne savent pas dire pourquoi, mais ils décèlent une lueur cruelle dans son regard. Habituellement, les équidés ont l’inverse, une lumière de peur, de proie, mais pas lui, non. Ils ont dû d'ailleurs lui enlever plusieurs livres de cheveux qu’il avait en trop. Habituellement, le manteau d’hiver arrive en fin d’automne, pas en début de saison ! Quelle étrange bête, au moins elle avance sans broncher malgré le poids du champion sur sa colonne.
La forêt, ses arbres sont aussi anciens que jeunes. Des feuilles jaunies, oranges et brunes tombent sur le sol, créant un tapis croquant. Des souches, bien plus épaisses que des troncs, montrent que certains arbres trop vieux ont été coupés, les restes consumés par la mousse et les champignons, eux-mêmes consommés par les sangliers. Le cycle éternel. Bien que les saisons chaudes soient passées, il ne fait pas si froid, au contraire, il fait plutôt sec, il y a un manque de boue clair au sol. Des clairières s’ouvrent à chaque lieue parcourue, certaines semblent être artificielles, créées par l’homme, enfin, si ce sont bel et bien des hommes qui les ont taillées. Au vu de l’odeur de certaines, le doute demeure.
Des oiseaux font entendre parler d’eux, et des bruits plus sourds, plus gros, plus craquants font trembler parfois des buissons cachés par les murs de bois. Le ciel est gris, pas beaucoup de lumière n’est parvenue à transpercer l’épais matelas de nuages. Désormais, les sentiers de terre ne sont plus uniquement fait de ce terroir. Une route, en pavés, merveilleux. Chaque heure qui passe, ils ont l’impression que les choses s’améliorent. Hélas, celle-ci bifurque vers le sud, ils doivent continuer vers l’est, encore et toujours. C’est ennuyeux, vraiment. Les histoires de Safran ne parviennent pas à conforter les deux hommes, elles sont bien trop ridicules pour être vraies. Des escargots géants, pffft, et puis quoi encore, des baleines qui courent ? Ce chevalier est aussi lourd que sa cuirasse.
Un coup de vent, venant du nord, vient frotter contre le casque de l’écuyer. Soudain, une odeur vient perturber les narines de celui-ci. Une odeur, un fumet léger, de bois, de bourbe et de tourbe. Un souvenir frappe alors sa caboche comme si c’était hier. Après tout, c’était seulement il y a une semaine. Cet arôme est très similaire à celui qu’il a connu lorsque le chef des déserteurs, honte et oubli à son nom, a affronté Adémar von Phumtar. Il est difficile pour lui de s’empêcher d’imaginer à nouveau le monstre, horrible, difforme qu’il a combattu, qu’il a détruit.
Avant même de tourner le regard vers cette direction, il s’est arrêté, par instinct, ses camarades faisant de même. Ils sont perplexes, mais avant tout curieux. Après une seconde, ils reniflent aussi cette odeur empyreume nordique. Juste à côté d’eux, sur le bord de la route, un rocher, taillé en pointe, enfoncé dans le sol, se tient fièrement. En pierre noire, dessus, gravé à la craie blanche, se décèlent des symboles. Il plisse les yeux, ce n'est pas des symboles, mais des écrits particulièrement mal accomplis. Il comprend alors qu’un nom, ainsi qu’une distance, sont indiqués dessus. Probablement une localité, à quelques lieues d’ici étant donné qu’un seul chiffre est visible. Une flèche, tout en bas, pointe vers là où le soleil se lève. Enfin, un signe, ou peut-être deux, de réelle civilisation par ici.
La suite, vers où se diriger ?






