La justice est une affaire professionnelle. Car c'est à des professionnels que les sociétés civilisées délèguent cette sombre tâche. Néanmoins, quand c'est au tout venant de se faire justice à la suite de l'abandon de cette tâche par les autorités à qui cette mission était attribuée, l'on voyait revenir au galop la violence populaire. Oui, le peuple se faisait justice, mais de manière horriblement grossière et violente, car ses passions déchainées ne faisaient plus la différence entre l'innocent et le coupable, seul comptait ce désir de justice.
Ainsi la doyenne du village fut elle impitoyablement mise sur le bûcher malgré ses protestations. N'était ce pas elle qui avait permise aux petits de venir au monde sans tuer leur mère ? Eh toi, n'étais tu pas venu chercher son aide pour guérir du mal qui te rongeait des jours durant ? Tous, à un moment ou un autre de leur existence, étaient venus quérir son conseil. Et voilà qu'elle était livrée à leur ire sans que nul ne chercha à la défendre.
Shallya ne pleurait pas pour rien.
C'est l'esprit encore envahit par le laudanum que l'herboriste du village, celle que les enfants appelaient parfois la
sorcière, fut consumée sur la place publique.
Lorsque l'exécution passée les pillards pénétrèrent sa demeure, ils ne trouvèrent nulle trace hélas de sa culpabilité derrière cette vague de meurtres. Uniquement des papiers, livres en langue inconnue, des bocaux remplis d'herbe, un chat sauvage et des guirlandes d'ail, dissimulant une étrange machine de verre et de métal, ainsi que des flasques de verre, contenant des substances étranges, certains contenant frappés d'une tête de mort et d'autre pas. Visiblement, outre sa réputation de sorcière, la vieille avait un sacré bagage alchimique. Mais elle n'était pas une meurtrière....
Sa baraque livrée aux flammes, agissant comme un phare dans la nuit, les villageois retournèrent dans leur demeures, sa barricadant, alors que le prêtre du village effectuait une dernière ronde avant la disparition du soleil, psalmodiant ses prières à ses dieux et laissant derrière lui un panache d'encens parti en fumée.