Les jours suivants l’invitation du mystérieux Saïd, cet arabéen aux mille secrets, à venir résider dans le luxueux manoir de la silencieuse Baronne Cassandra, la vie de Lucy prenait une toute nouvelle direction. Elle ne courrait plus les rues ni les soirées mondaines avec divers clients pour accomplir sa tâche de courtisane. Elle était maintenant une invitée d’honneur dans cet endroit plus qu’enivrant.
Saïd, l’homme qui avait permis tout ceci était certes présent, mais pas autant que Lucy l’aurait aimée. Pendant les journées, il partait de longues heures faire on ne sait quoi, parler à on se sait qui.
Lucy s’était beaucoup rapprochée de Jean alors qu’il surveillait les préparatifs pour le mariage de la fille de la maison. Des montagnes de nourritures, de la coutellerie fraîchement fabriquée. Il ne semblerait qu’aucune dépense ne fut comptée. Chaque soir était une nouvelle aventure, il aimait passer de longs moments avec elle, que ce soit dans leurs chambres respectives à explorer l’anatomie de l’autre ou bien à découvrir les joies du kinbaku-bi, une expérience physique de la restriction corporelle importée de Nippon. Jean profitait des désirs d’aventure de Lucy, et Lucy profitait de la volonté de Jean. Une alliance charnelle fructifiait entre ces deux êtres. Chaque partie du corps avait sa fonction, sa tendresse. Chaque moment était une nouvelle histoire.

Lucy apprise à connaître doucement la future mariée. Une jolie femme parfumée d’une vingtaine d’années, qui malheureusement ne semblait pas très intéressée à discuter avec la courtisane. Elle émanait beaucoup d’antipathie envers les employés du manoir. Margaret Boydinov était promise à Hudgard Den-Euwe, le cadet de sa maison. L’une des dix familles les plus influentes de Marienburg. Elle restait souvent seule à lire et si Lucy avait l’audace de l’approcher, elle trouvait un prétexte pour partir dans une autre section de la résidence.

La solitude de Lucy arriva rapidement à son comble. Les jours s’étirèrent en semaines. On sentait la fébrilité grandissante des gens. Mais la courtisane était tenue à l’écart des préparatifs. Tout semblait déjà être prévu au quart de tour. Pas de place pour un élément nouveau. Si Lucy tentait de sortir de la maison, un homme de main lui rappelait le danger de l’extérieur et les consignes de Saïd, elle était alors promptement guidée vers son logis.
La Baronne Boydinov était très discrète, très souvent dans ses quartiers. Lorsqu’elle sortait, elle était habituellement attendue par un invité et sa rencontre n’était que très brève. De temps en temps, un homme passait la nuit et quittait promptement le matin. Et normalement, plus jamais il n’était revu dans la maison.
De plus en plus d’invités et d’inconnues dans cette maison. Après 3 semaines de préparations, les célébrations allaient enfin commencer. La cuisine normalement froide et presque vide bouillonnait d’activité humaine. Des chefs engagés pour l’occasion préparaient des dizaines d’assiettes montées de viandes importées. Une équipe entière de pâtissier s’affairait à la tâche, produisant gâteaux et brioches, pains et bouché délicates. La maison s’animait d’une vie rarement vue par Lucy. Il était difficile de croire que ces festivités allaient durer une semaine entière. Le stress commençait à gagner Margaret, elle était plus sèche et à vif qu’a son habitude. Il valait mieux ne pas se retrouver dans son chemin si elle avait perdu une boucle d’oreille.
Jean lui avait expliqué le dénouement des huit prochains jours.
Wellentag, Arrivé des invités, distribution des cadeaux de bienvenue et soirée dinatoire.
Aubentag, Orgies culinaires.
Marktag, Bal préparatoire, présentation du marié à l’assemblé
Backertag, Orgies culinaires.
Bezahltag, Repos
Konistag, Enterrement de vie de garçon de Hudgard
Angestag, Célébration dans la Chapelle Blanche de Shallya, Soirée au Manoir
Festag, Célébration privée avec famille proche au manoir Boydinov.
Une semaine chargée qui offrirait probablement bon nombre de divertissement et de rencontre à Lucy. Mais depuis les derniers jours, Jean semblait préoccupé. Il était fatigué et n’avait plus autant d’énergie à offrir à son amante. Le soir avant l’arrivée des convives, il brisa la glace en ouvrant la discussion avec elle alors qu'ils trainnaient dans la chambre de Lucy.
«Je t’ai vue avec Saïd, les échanges de regards, les longs soupirs et les silences pesants. Je… j’ai besoin de savoir ce qui se passe entre vous deux...»


