L'Hiver !
L'hiver est une saison bien étrange pour la forêt de Loren. Pendant l'hiver, Orion n'est plus, les dryades hibernent, et la forêt semble plus calme. C’est la triste saison pour les elfes, car la forêt est endormie, mais c’est également la saison de la vigilance car elle est sans défenses. Mais pour Gweria, c’est également une saison idéale pour se balader parmi les arbres. Fyr-Darric est plus calme qu’à l’accoutumée pendant cette période de l’année, et l’ambiance est plus à la méditation qu’aux danses enjouées, c’est pourquoi Gweria en profite pour découvrir les bois alentours.
Alors que Gweria retournait vers Fyr-Darric après une petite promenade d’une dizaine de jours, elle aperçu Herion l’attendant dans la clairière des bois trompeurs. Gweria s’approchant, Herion l’accosta et lui annonça leur départ imminent. Ils allaient partir pour Al Tamarra, une des nombreuses pierres gardiennes qui protégeait la forêt, car il semblait y avoir une anomalie là-bas.
Ils rentrèrent alors tous deux dans les Grands Halls, et s’assirent sur un banc pour observer Ethril effectuer une danse. Cette façon de danser anarchique et par à-coups déplaisait à Gweria, qui se plongea dans ses pensées. Elle repensait à ce que venait de lui dire Herion, et une histoire commença à s’imprégner en elle. Elle savait la raison de ces pierres gardiennes, et elle savait comment exprimer leur histoire en danse et en chant. Bien que fatiguées par la grande marche qu’elles venaient de faire, ses jambes fourmillaient, elles voulaient bouger.
Ethril achevait sa danse, quand Galad se leva brusquement de son banc, provocateur. Alors qu’Ethril esquissait sa pirouette finale, Galad traversa brusquement le cercle entourant le danseur, et lui fit un croc-en-jambe à la sortie de sa réception. Celui-ci s’aplatit de tout son long sur le sol dallé avant de se relever d’une simple roulade. Il hurla sa rage et se mit à courir, se jetant sur son camarade. Le duo commençait à s’empoigner quand Celebron se leva à son tour, s’approcha calmement des deux compères, et leur intima doucement de sortir pour ne pas déranger les autres. Se ressaisissant, les deux elfes sortirent des halls et partirent continuer leur joute au dehors.
C’est alors que Gweria se leva, en bondissant au dessus du feu au centre de la salle. Elle grimpa vivement sur une colonne, et s’arrêta à mi-hauteur. Elle commença alors à chanter. Puis elle s’élança, faisant un magnifique saut de l’ange, et finissant en roulade. Elle se mit ensuite à virevolter, faisant des pirouettes dans tous les sens, la fin de chaque mouvement étant le commencement du suivant. Et pendant ce temps là, elle chantait, elle chantait l’histoire des pierres gardiennes. Elle chantait que ces pierres magiques ne protégeaient pas la forêt des intrus de l’extérieur, mais bien d’elle-même. Car la forêt de Loren tend à s’étendre partout sur le vieux monde, mais se faisant, elle s’affaiblit. C’est pourquoi les elfes érigèrent tout un ensemble de pierres gardiennes, ces pierres magiques empêchant la forêt de s’étendre. Ces pierres enchantées protègent également la forêt de la curiosité et l’avidité des hommes car ces êtres faibles ont peur de la forêt, et ces pierres représentent le danger qu’il y à juste là, plus loin, derrière cette pierre.
Quand Gweria eu finit son histoire, essoufflée, elle vit les regards approbateurs de ses frères et sœurs. L’histoire avait été appréciée à sa juste valeur.
***
A la veille du départ, Gweria voulu se dégourdir les jambes et profiter de la beauté de la clairière de Fyr-Darric sous la neige. Avançant à grands pas, elle aperçu Galad et Ethril batailler. Un petit sourire en coin anima son visage, car ces deux elfes, bien que bruyants et parfois désagréables, étaient ses amis, et elle aimait leurs jeux incessants. Voulant profiter du spectacle, elle grimpa en haut d’un arbre avec légèreté, en commençant l’ascension par un bond lui permettant d’atteindre les premières branches. Ainsi installée, elle pu s’amuser en voyant les deux elfes se jeter l’un l’autre dans la neige, en riant. Du coin de l’œil, elle aperçut Herion et Celebron, bien plus sages, discuter. Ils devaient sûrement planifier le voyage du lendemain. Elle voulu tendre l’oreille quand le jeune Argawen l’interpella, en bas. Il allait rentrer préparer ses affaires pour leur départ du lendemain, et lui conseillait de faire de même.
Gweria allait lui répondre qu’elle avait tout le temps qu’elle voulait, quand soudain Ethril hurla à la triche auprès de son compagnon. Le temps que Gweria porte à nouveau son attention sur Argawen suffit pour que celui-ci se soit éloigné, se dirigeant vers les Halls et ignorant complètement les deux elfes sur le point de dégainer leurs armes. C’est d’ailleurs ce qu’ils firent aussitôt, chacun avec un mouvement d’une fluidité inégalable.
Gweria resta alors pour observer qui de la lance ou de la paire de lames allait l’emporter cette fois. Malgré tout, elle finit rapidement par s’intéresser à la discussion entre les deux vieux elfes qui se parlaient encore. Descendant de son arbre avec souplesse, Gweria s’élança vers eux en souriant au bruit de la neige craquant sous ses pieds alors qu’elle courrait. Quand elle arriva devant Herion et Celebron, Gweria ouvrit la bouche :
« Dites, Argawen semble bien pressé pour préparer le départ de demain, est-ce que ça veut dire qu’on pars à l’aube ? » Attendant leur réponse, elle annonça ensuite dans un sourire engageant :
« Dans tous les cas, si je peux vous aider, vous pouvez compter sur moi tous les deux, vous le savez. »