Marcus Stier a écrit :Je ne veux pas forcément faire un Rp "fesses" ou bien gore, mais mieux vaut se couvrir. Alors si tu as moins de 18 ans, vas regarder Gulli et ne lis pas mon RP, des fois que la sensualité te choque.
Sa maison close claquemurée au commencement du Westen, sise entre une maison bourgeoise et un petit parc, Désèle dirigeait son établissement dans une politique qui se voulait libre et laxiste tant que l’on respectait et ses filles, et ses règles. La Neuestadt étant ce qu’elle était, des clients aussi hétéroclites que nombreux accouraient jusqu’à son commerce ; étudiants et professeurs de l’Universitat, prêteur sur gage et artisans de l’Handelbezirk, scribes et comptables des Archives, poudriers et canonniers de l’Ecole Impériale d’Artillerie, artistes et mécènes venus explorer les grandeurs de Nuln, canailles, contrebandiers et souteneurs désireux de dépenser leur trop plein d’argent interlope, obtenu dans les venelles crasseuses et les coupe-gorges malfamés des Taudis. Tout ce petit monde, que par trop cosmopolite, devait cohabiter main dans la main, sans faire de vague, et les plus grands y côtoyaient les plus illettrés. Car, Désèle y tenait, sous la lumière étincelante des nouvelles pensées de la Cité-Etat, sous le rayonnement nitescent de la raison humaine et des mœurs nouveaux de Nuln, son établissement jouissait aussi bien de la présence des lanterniers et des fripons venus jouer quelques parties de cartes tout en bataculant quelques putains que, plus à l’écart, des nobles et des intellectuels dissertant sur les avancées modernes et les questions philosophiques.
Si quelques échauffourées venaient de temps à autre perturber les rires égrillards qui se disputaient aux conversations placides et concentrées, plusieurs personnages antipathiques veillaient au respect des lieux. L’air patibulaire, les épaules larges surmontées d’un cou de taureau, les paluches grosses et calleuses, ils ne payaient pas de mine, et leurs regards mornes et scrutateurs auscultaient les clients tendancieux tout en réprimant silencieusement les velléités belligérantes des plus téméraires. Si faire bombance était accepté, godailler l’était bien moins, et les imbriaques roulant sous les tables, par souci du décor comme pour la sécurité des filles, finissaient rapidement par être expédiés dans le caniveau. Il y avait toutefois de ces soirées où s’abreuver jusqu’à plus soif s’avérait autorisé, notamment lorsqu’un riche marchand ou quelque petit hobereau réservait l’établissement pour leur plaisir propre ainsi que pour celui de leurs amis conviés. Là, les videurs consciencieux s’effaçaient face à la mondanité, assurant davantage la sécurité du porche d’entrée que celle des hétaïres.
Sans quoi s’agissait-il là d’un établissement respectable qui traitait bien ses filles tout en les logeant, les nourrissant, et les blanchissant. Désèle s’assurait de la réputation de son commerce, et même si quelques souteneurs en provenance des Taudis avaient quelque fois, par le passé, essayé de faire main-basse sur sa propriété, leurs tentatives s’étaient soldées par un échec. La matrone s’était entourée de cabales ombreuses et d’alliés aussi puissants que discrets en la présence de divers nobliaux, habitués à fréquenter les Plaisirs Terrestres. Certes, ce n’était pas l’unique maison close de la Cité-Etat, et les médisances et les fourberies de quelques-uns venaient, de temps à autre, entacher la probité de l’établissement, mais, dans l’ensemble, ce dernier méritait que l’on y fît escale.
Loin des diffamations endêvées et des rumeurs venimeuses, loin de ces alliances et de ces histoires, Irène venait de refermer la porte de sa chambrée sur l’ombre de son dernier client. Un de ces habitués qui trompait sa solitude au détriment d’un possible enrichissement de sa personne. La conversation ne tournait jamais loin, s’arrêtant à quelques meuglements rauques dans les cheveux de celle qu’il avait payée. Un client sans problème, sans demande particulière, qui venait acheter son moment de luxure aussi stoïquement qu’un prêtre de Morr préparait un défunt. Si la soirée était bien avancée, la catin se disait qu’il lui serait encore possible de s’encombrer d’un ou de deux clients afin de boucler sa fin de mois et de voir pétiller, peut-être, une étincelle de satisfaction dans les prunelles de Désèle. Mieux valait, toutefois, se préparer avant de redescendre dans la grande salle, afin de faire impression sur le prochain chaland. Lorsque ce fut chose faite, Irène se dirigea vers le couloir en mezzanine qui, de toute sa hauteur balconnière, délimitait le périmètre de la grande salle avant de former un grand escalier qui se scindait en deux.
A peine avait-elle regagné la salle que Désèle la héla. Ancienne prostituée, sa beauté s’était fanée plus rapidement qu’elle ne l’eût voulu, et sa peau autrefois lisse et opaline s’altérait désormais de petites rides qu’elle dissimulait derrière un nuage de poudre blanche et un maquillage très forcé. Sa voix, suivant les mêmes évolutions, avait perdu de sa fraîcheur d’antan, empruntant à présent les teintes rauques et sévères de l’idée que l’on pouvait se faire de la maquerelle sèche et rigide. Elle n’en était pour autant pas dépourvue de toute sensibilité et de bienveillance, mais, lorsqu’il s’agissait de faire tourner son commerce, elle pouvait se montrer des plus inexorables.
«Ah, Irène, te voilà, la harpa-t-elle de sa voix, venant jusqu’à sa hauteur. J’espère que tu es capable d’enchaîner, car nos deux messieurs que voilà semblent nourrir un fantasme particulier sur une certaine rousse. Je ne sais pas si cela est vrai, mais ils m’ont expliqué avoir quitté la Jeune Jouvencelle après avoir observé la marchandise que Ténella détenait. Je ne tiens pas à ce qu’ils fassent la même chose, d’autant plus qu’ils ne me paraissent pas pauvres et que je leur ai affirmé que tu saurais les combler. Je compte sur toi pour les aguicher et les retenir ici. »
Ce fut tout, et Désèle vola dans le sillage d’une autre fille qui venait d’apparaître dans son champ de vision, déjà prête à lui recommander quelque client que ce fût. Irène le savait ; la Jeune Jouvencelle était un établissement rival des Plaisirs Terrestres, situé à quelques rues de là, dont Ténelle s’avérait être la tenancière. Si le cadre, un simple immeuble, possédait bien moins de cachet que la maison de Désèle, le service n’était pas dépréciable et certaines de ses filles rivalisaient avec celles des Plaisirs Terrestres. Aussi restait-il surprenant que les deux hommes n’eussent pas trouvé chauss… Fourreaux à leurs épées.
A ces deux hommes, Irène leur jeta un coup d’œil. Confortablement assis dans un grand canapé, ils discutaient posément, gobelotant un verre de vin.
Test de perception, bonus de 1 via sens du détail : 1-1… Still 1 ; coup critique.
Le premier homme semblait somme toute avenant de sa personne, avec un regard neutre et marron, une barbe et des cheveux de la même couleur, et un visage franc. Pointilleuse jusqu’au bout, et très observatrice, Irène s’aperçut de la facture de ses habits ; l’homme était assurément de Nuln ou de ses alentours.
Le second, quant à lui, avait des cheveux mi-longs qui lui descendaient jusqu’aux épaules, et portait la barbiche. Il avait une expression sage, timide, mais ce n’était qu’en apparence ; ses yeux miroitaient d’un éclat tout particulier, et sa parfois brusque gestuelle révélait de lui un caractère possiblement extraverti. Il tenait contre lui une petite mallette, et, eu égard à la couture de sa pèlerine, l’homme n’était pas de Nuln, et peut-être pas même de l’Empire. Adossé contre le canapé, à moitié dissimulé par un épais accoudoir, Irène put s’apercevoir de la présence d’un chevalet.
L’un des deux hommes se sentit observé et, détournant le regard de son compagnon, le porta sur Irène. D’un petit geste, il la signala à son compère, et les deux hommes la mirèrent en retour, de l’air de ceux qui évaluent quelqu’un. Et Irène se remembra les paroles de Désèle.
