[Niklaus Hanshel] Je maintiendrai

Marienburg est le plus grand de tous les ports du Vieux Monde. Située à l’embouchure du fleuve, la ville est un énorme centre de commerce. Le Reik est ici un fleuve énorme, mesurant plus d’un kilomètre et demi d’une berge à l’autre. Marienburg est une cité indépendante (sans lien avec l’Empire), située au sein des Wastelands. c’est aussi le centre de l’activité religieuse du Culte de Manaan, le Dieu de la Mer.

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[MJ] Le Grand Duc
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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


Le capitaine de police réagit avec un sourcil levé lorsqu’on ne lui offrit pour tout pot-de-vin qu’une seule pièce, avant d’avoir l’air parfaitement dubitatif.

« Heu…
Eh bien, bonne journée à vous monsieur le député... »


Niklaus décidé à partir pour son déjeuner imaginaire, et n’ayant aucune raison légale de le retenir, le capitaine à la queue-de-cheval se contenta de lui montrer poliment la porte. Pour la bonne forme, un sergent escorta tout de même le député jusqu’à dehors avant d’à nouveau lui faire une courbette, et voilà que le député pouvait regagner son domicile.
Il fallait traverser la petite place, repasser devant la statue de Hlōdowig, pour atteindre le fiacre d’Erik.
Juste devant, Lucas et Alexander se passaient à tour-de-rôle une pipe à tabac qu’ils fumaient en ricanant entre eux. Lorsqu’ils aperçurent l’aîné des Hänshel sortant de la caserne, en revanche, leurs sourires s’estompèrent, ils reprirent leurs grimaces habituelles, Lucas offrant une courbette à Niklaus avant de lui ouvrir la porte, et l’Alexander en pleine gueule de bois grimpant derrière lui. Lucas chuchota l’adresse au cocher, et voilà que le carrosse put démarrer et enfin quitter le Rijkspoort.

Chahuté par les soubresauts du fiacre, Alexander se prit à roter son alcool en train de digérer. Dans un réflexe de politesse, il parvint juste à se couvrir la bouche tandis qu’un peu de vomi semblait lui être remonté dans la gorge. Il se frotta les yeux avant de grommeler quelque chose.

« Lucas m’a dit que t’as vu Gerard aujourd’hui. Il va bien ? »

À penser à son cousin, il eut un sourire et un ton bien moins acerbe que lorsqu’il croupissait en cellule.

« J’ai pas eu de nouvelles de lui depuis, genre, deux semaines. Je crois qu’il est chamaillé par son père en ce moment, pas tout compris. »

Sans plus expliquer ce qu’il entendait par là, il colla sa tête contre la vitre de la voiture, et observait le pavage des ruelles, sûrement afin de hypnotiser son esprit. Lucas ne dit pas un mot de plus. Il se contenta de rester là, bien droit, les mains sur les genoux, devant les deux frères.
Le voyage ne fut pas bien long : Sûrement parce qu’il n’y avait pas de ponts embouteillés à traverser. On passa sans s’en rendre compte d’un quartier à l’autre ; De plus en plus de maisons à colombage et de petits parcs pour se promener remplaçaient les entrepôts et la vue du Rijk se déversant dans la Mer des Griffes. Devant une grille, la voiture s’arrêta. Ils étaient rentrés à la maison. Lucas paya le cocher, fit descendre ses deux passagers, et sortit le trousseau à clés pour rouvrir la grille de la petite maison privée des Hänshel. Ils purent retraverser la cour, où Lucas fut désagréablement surpris de remarquer que le verglas matinal était déjà en train de fondre avec le soleil.

« Madré… Je vais être obligé d’enlever la boue moi ! »

Par la fenêtre, Aafje remarqua le retour des enfants de la maison. Elle ouvrit la porte et leur offrit un grand sourire tout en faisant une petite révérence. Elle demanda s’ils avaient faim : C’est vrai qu’il était l’heure de déjeuner. Lucas dit que oui, Alexander expliqua avec une petite voix qu’il avait surtout envie de dormir. Elle s’en alla donc avec lui dans sa chambre, tandis que Lucas salua Niklaus et alla regagner sa petite dépendance annexe en attendant qu’on aille lui apporter une omelette. En tant que domestique, il serait affreusement malvenu de sa part de manger à la table de ses maîtres, et il se contentait donc de grignoter les restes du repas tout seul sur son lit.
Niklaus put donc retirer son manteau, se mettre à l’aise, et entrer dans la salle à manger. Autour de la grande table, au milieu des armoires, des commodes et des meubles, son père trônait tout au bout, tout seul, une gazette dépliée en main, et un verre rempli de vin devant lui. Il leva les yeux lorsqu’il vit son aîné entrer dans la pièce.

« Ah. Te revoilà.
Assied-toi donc. »
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Par rapport à ce matin, Hannes Hänshel avait totalement changé d’apparence. Il avait prit le temps de soigneusement se raser, de revêtir ses vêtements sobres et sombres typiques de Marienburg, gominé ses cheveux commençant à blanchir derrière ses oreilles, et il reprenait sa bouche en cul-de-poule et son air arrogant qui sied si bien à tous les chefs de maison de cette ville. Avant de parler à nouveau, il prit le soin de finir l’article qu’il était en train de lire, et, sans lever les yeux de son torchon, il se contenta de dire dédaigneusement :

« Ta mère et ta grande sœur sont sorties, elles ne mangeront pas avec nous. Par contre, Agnès est en train de finir ses leçons, j’attends donc qu’elle termine pour qu’elle vienne s’attabler. »

Alors qu’il retournait à son journal, la jeune Fietje entra. C’était la deuxième bonne de la maison, bien plus jeune qu’Aafje. Une femme quelconque, avec un nez proéminent et des oreilles légèrement décollées, portant un voile sur sa tête alors qu’elle n’était pas mariée. Elle regarda ses pieds par politesse envers ses maîtres, et parla à Niklaus avec une petite voix :

« Monsieur souhaite-il boire et grignoter quelque chose en attendant le repas ? »

Avant même que Niklaus ne put répondre, Hannes parla à sa place :

« C’est une très mauvaise habitude que de manger quelque chose avant le repas. Je le pardonne à mes filles car c’est une futilité féminine, mais ce n’est pas quelque chose que je tolère chez les hommes.
Apportez-lui du Mauriac. »


Le Mauriac était une variété de brandy Bretonnien ; Non de la vallée du Gilleau comme celui que Maerten de Vos lui avait offert, mais une spécialité moins coûteuse mais tout de même plutôt bonne venant de Bastonne. Si Maerten avait offert le verre en toute politesse à Niklaus, son père lui le contraignait à l’alcoolisme plus qu’autre chose, et sans lui demander son avis sur la question.
Fietje quitta donc avec une petite révérence la pièce pour aller chercher l’alcool. Alors seulement Hannes se décida enfin à baisser son journal et à se tourner vers son fils.

« Bon. Comment s’est donc passée cette matinée ?
Tu n’as pas besoin de me parler de ce qui s’est raconté à l’assemblée, sauf si c’est vraiment important ; J’ai donné rendez-vous à Dirck Ketel, notre courtier, ainsi qu’à ton assistant parlementaire pour discuter de tout ça dans la soirée. Nous parlerons des finances de la compagnie ainsi que de ta réélection. »


Tobias Verhagen était tout sauf son assistant parlementaire. Son absence au Burgerhof ce matin voulait en fait tout dire. C’était père qui l’avait choisit, père qui le payait, et père qui discutait en privé avec lui. Il y avait là une grosse hypocrisie à peine remarquée par Hannes dans ses relations avec son aîné, mais après tout, c’était sa façon de faire depuis toujours.

« Ton crétin de frère, lui. On ne l’a pas molesté ? As-tu appris de quelle façon il s’est déshonoré au bordel ? J’aimerais autant qu’on ne dise pas d’un de mes fils qu’il est inverti. La débauche commune me répugne déjà suffisamment, mais je prie la docte Véréna qu’il ne me fasse pas le déshonneur de s’allonger aux côtés d’hommes. Philipo peut se permettre d’avoir le Mal Tiléen, il n’est après tout qu’une engeance de pécheresse, mais Alexander ou toi... »
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Message par Niklaus Hänshel »

L'homme parut étonner, après tout il ne me réclamait que quelques pièces afin de garder son silence concernant notre affaire et il m'aurait été facile de répondre à sa demande mais que voulez-vous un joueur est toujours tenté de parier même si il doit pour se faire s'en brûler les ailes, serait-ce la cas pour cette fois ? Ou comprendrait-il qu'une collaboration entre nous s'avérait bien plus satisfaisante à plus longue échéance, l'avenir ne tardera pas j'en suis certain à répondre à cette question.

Ces remarques rapidement misent de côté je rejoins Alexander et Lucas qui me paraisse au premier coup d'oeil bien complice tirant quelques bouffées d'une pipe échangée entre les deux hommes. A les voir ainsi ils semblent partager une certaine proximité, cette relation m'aurait-elle donc échapper depuis tout ce temps. Le visage ouvert, sourire aux lèvres, ma main se pose sur l'épaule de mon frère dans un geste complice.

"Bon comment ça va ?"
Mon regard croise le sien, cherchant une vérité.

"En effet, j'ai passé une partie de la matinée avec Gerard ..."
La phrase reste quelque peu en suspend surpris par ses mots.
"Je ... crois ... *froncement de sourcil* Il m'a paru en forme, égal à lui même. Je dois le retrouver ce soir je tenterai d'en savoir plus. Merci pour l'information."

Mes doigts s'emparent de la pipe, en tire une bouffée qui provoque quelques toussotements, décidément comme mentionné je préfère très largement m'empoisonner à l'alcool.

"Bordel mais comment vous faite ... ? Bon messieurs je crains que la récréation ne prenne malheureusement fin, en voiture."

Chacun à sa place quelques minutes s'écoulent dans le silence installé entre nous. J'hésite à prendre la parole ne souhaitant pas l'accabler de questions ou paraître moralisateur concernant son aventure après tout ne suis-je pas passé par ces mêmes moments en de fréquentes occasions et mes retours avec Père ne me laissent guère de bons souvenirs.

Finalement je profite d'une accalmie de sa digestion laborieuse pour prendre la parole d'un ton fraternel.

"Tu me racontes ?"

Tourné vers lui mon regard accroche les traits d'un garçon devenu homme, quand a t-il changé à ce point.

"J'espère qu'elle était jolie au moins ?"

Il faut bien avouer que la gente féminine reste la première cause de bagarre entre nous les hommes.

"Tu sais que Père va me demander alors si je peux arrondir les angles et en même temps jouir d'une bonne histoire, tu égailleras un peu ma journée."

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[MJ] Le Grand Duc
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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


Tentative d’apaiser Gerard : 7, réussite
Alexander décolla son front pressé contre la vitre du fiacre pour observer son grand frère, un sourcil relevé. Un instant, il voulut dire quelque chose, avant de rabattre son caquet entrouvert pour seulement hausser des épaules. Il recommença alors à poser son regard vers l’extérieur.

« Je préfère pas trop t’en parler. Pas contre toi, hein ; Juste que j’ai pas envie que t’aies à choisir entre moi et père dans des histoires.
Tu sais comment il est. Dès qu’il croit qu’il peut pas contrôler quelqu’un, ça le rend fou. Pour ça qu’il en veut autant à Évelyne d’ailleurs. Parce qu’elle se débrouille très bien sans lui. »


Il se mura à nouveau dans le silence. Mais peut-être en avait-il déjà trop dis, car il se mettait maintenant à grimacer tout en tapotant sur son genou.

« C’était pas une prostituée, dit-il soudainement en regardant à nouveau son frère. Oui, j’étais dans une maison close, mais c’est parce que c’est des endroits plus discrets que d’autres pour donner rendez-vous à une jeune femme. C’est pas le genre de fille que je peux entraîner dans un hôtel, tu vois ?
Enfin bref, j’ai pas trop apprécié que quelques gredins éméchés la confondent avec une travailleuse, alors, ça s’est un peu échauffé… Mais le Guet a déboulé rapidement. Le Rijkspoort c’est pas le Suiddock, ils tiennent à leur tranquillité ici.
J’sais pas si t’as vraiment envie que je t’en dise plus. J’ai pas trop envie. Mais en tout cas, je te promets que ça te retombera pas dessus pour ton élection, ça je peux te le jurer. »


Il sourit légèrement.

« Gerard, tu le revois où ce soir ? Tu penses que tu peux m’amener avec toi ou c’est pas trop possible ? »
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Message par Niklaus Hänshel »

"Je ... je te remercie pour ta sollicitude Alexander."

Son prénom était suffisamment rare dans ma bouche pour que son emploi soit notable, un preuve de respect ou de rapprochement de ma part. Certes nous n'avions que peu à partager si ce n'est notre sang et aujourd'hui je tenais à lui faire savoir. Point question de sentimentalisme mais je devrai compter sur toutes les forces qui me seraient offertes dans un futur proche alors pourquoi ne pas commencer par une famille souder autour de MON projet n'est-ce pas ?

"J'ai évoqué Evelyne ce matin même, il ne lui a toujours pas pardonné ces choix, j'espère qu'un jour nous pourrons ... "


Mon regard se détourne avant de balayer la fin de ma phrase d'un geste de la main.

"Et comment s'appelle donc cette demoiselle ? Je ne te connaissais pas de fréquentation sérieuse."
Dis-je avec une certaine espièglerie dans la voix avant d'enchaîner.
"Parle moi un peu de cette fille qui a fait jouer des poings mon frère."

Confidences ou pas le reste du trajet est occupé à me rapprocher de mon cadet en respectant son désir de discrétion ou d'épanchement vis à vis de ma personne. Arrivés à notre demeure, nous nous quittons rapidement, je l'imaginais rejoindre Père pour s'expliquer mais cette tâche semble m'échoir alors autant m'en débarrasser non sans l'avoir convié au "chat noir" si tel était son désir. C'est donc d'un hochement de tête que je salua les deux hommes avant de gagner la salle à manger où devait se trouver mon paternel. Tel un Roy en sa demeure je le trouvais entrain de trôner au bout de la grande table de bois massif, son regard sombre se posa sur moi, les lèvres pincées, véritable figure de l'autorité qu'il exerçait depuis maintenant de nombreuses années. A son invitation je pris place à sa gauche, sa droite réservée à Mère son véritable bras droit avant que je puisse pleinement prendre les rênes de la maisonnée.

"En effet, la séance au Burgerhof c'est quelque peu ... prolongée."
Dis-je en guise de préambule le temps qu'il finisse sa lecture afin de m'accorder son attention avant de m'interroger pour la suite.

"Sorties ?"
Pas que la sortie de Mère et de ma sœur soit rare, question basée sur la curiosité et le désir de retarder autant que possible le véritable sujet de ma présence ici. Pourtant les deux femmes possédaient des caractères diamétralement opposés ce qui entraîna quelques interrogations silencieuses, me demandant ce que la matriarche pouvait réserver à Karla.

"J'espère qu'Agnès se porte mieux. Ces maux de tête ont tendance à se calmer normalement avec le retour des beaux jours, je l’emmènerai prendre un peu l'air si elle le souhaite et si tu me le permets Père."


L'état de santé de la benjamine restait une véritable source d'inquiétude pour la famille. Intelligente, volontaire, discrète, d'une beauté diaphane Agnès possédaient nombre d'atouts pour devenir une femme de tout premier ordre si ce n'était sa santé fragile. De faible constitution, cette douce jeune fille souffrait depuis de sa naissance de maux récurrents que les nombreux médecins avaient peine à diagnostiquer. Si un lien particulier m'unissait à Evelyne, la fragilité de la plus jeune d'entre nous me rapprochait de cette dernière même si il me fallait prendre un peu de distance, après tout les sentiments étaient source d’encombrement.

"Du Mauriac ... parfait ..."


Mon ventre gronda à l'idée d'un grignotage refusée, combien de temps notre ascète de père régnera encore sur nos desiderata ?
A quel point étais-je faible ? A quel point me faisait-il encore peur ?
Pourtant je ne pus que hocher la tête en direction de notre domestique afin de la remercier sans pour autant LE contredire.

Sur mon genou mon poing se serra un court instant avant de reprendre, la véritable discussion sur le point de commencer.

"Elle s'est bien passée malgré l'absence de mon assistant, Gerard à donc tenu son rôle, d’ailleurs je dois le retrouver dans la soirée."
"Et bien oui Père, TON homme, LE TIENT, en aucun cas quelqu'un à mon service et j'ai déjà quelque chose à faire ce soir.... bordel !!"
"Les Directeurs ont fait part de leur bilan comme convenus avec plus ou moins de .... maestria dois-je dire. La salle a dû être évacuée une première fois avant qu'un homme ne soit évacué de force peu après."

Un léger sourire flotte sur mes lèvres à la mention, je sais parfaitement qu'il se pose la question sur la nature de mon contentement et de mes dires, je lui laisse l'opportunité de formuler sa question avec une certaine jouissance.

"J'ai pu également échanger avec Van den Nijmenk chez qui je suis convié demain soir et son excellence Arnaud d'Aigneux, un homme intéressant. Et un certain de Vos également .... "

Dois-je m'attarder sur certain détails ? De nouveau je préfère rester vague et ainsi lui donner le choix avant de poursuivre.

"Non Alexander n'a pas été molesté et il n'a rien commis d'irréparable que cela soit physiquement ou moralement. Il a juste échangé quelques points de vu percutant avec les locaux ... rien de bien grave. Je suis tombé sur un homme un peu tatillon à la caserne, j'espère qu'il sera tenir sa langue.

Et ta matinée Père ?"
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Re: [Niklaus Hanshel] Je maintiendrai

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Alexander tordit ses lèvres lorsque Niklaus évoqua le souci d’Évelyne. Puis, comme s’il était soudainement pris d’un courage bien inhabituel, il se mit soudain à conspirer à voix haute.

« Père peut pas se permettre de se couper de tout le monde. Il est dur avec toi, mais la réalité de la situation c’est que t’es son aîné. Qui d’autre va hériter de la fortune ? Il la confiera jamais aux filles, il me déteste, il est trop obsédé par son nom de famille pour la confier aux frères de maman, il a coupé les ponts avec son demi-frère, et enfin c’est même pas comme s’il avait un protégé qu’il pouvait adopter.
Maintenant que t’es rentré d’Estalie, tu vas pouvoir t’imposer. Qu’est-ce qu’il pourra y redire ? »


Lucas regarda par la fenêtre. Il fit semblant de ne pas entendre ce que les deux jeunes hommes racontaient, quand bien même ils se trouvaient juste sous son museau.

« Je t’ai dit. Je peux pas trop te raconter. Père s’en mêlerait. C’est pas que je te fais pas confiance pour la boucler – c’est que j’ai pas envie de te forcer à garder un secret à Père. La seule chose que je peux te jurer, pour l’instant, c’est que ça fera de mal ni à toi, ni à la famille. Je suis pas aussi débile que Père le prétend non plus.
Et puis, hé, contrairement à Évelyne j’ai pas encore de boulot ; Je peux pas me permettre d’épouser qui je veux. »


Il sourit à sa propre plaisanterie fort vilaine.

Le père Hannes écouta bien attentivement le rapport de son fils. Il demeura silencieux, même si, par moments, son visage s’enlaidit d’une grimace caractérisant son agacement.
Plutôt que de parler de sa propre matinée, il ignora complètement la question bien polie de son fils pour simplement réagir à ce qu’il venait d’entendre :

« Pour l’amour de Véréna – À chaque séance au Burgerhof, il faut qu’un petit malin issu des bas fonds se fasse remarquer ! Peu étonnant qu’on laisse ces imbéciles démagogues faire ce qu’ils veulent tout en les contrôlant de loin ; Je hais avec force tous ces tribuns qui pensent que l’alpha et l’oméga de la politique consiste à faire rire ou susciter des réactions animales du public. Comme des saltimbanques, ou des entraîneuses.
La politique c’est censé être sérieux. C’est censé être débattre calmement et avec courtoisie pour l’intérêt commun. Mais hélas, les temps changent, et pour plaire à la plèbe on descend à son niveau. »


Il soupira. Fietje revint dans la pièce avec deux verres en cristal et un petit pichet. Elle servit un fond d’alcool à chacun des deux hommes, Hannes la remerciant d’un simple hochement de tête. Il attendit qu’elle soit sortie de la pièce pour reprendre son discours.

« Sasha van den Nijmenk. Sacré personnage. Il représente à lui tout seul la déchéance morale dans laquelle notre ville est en train de plonger.
As-tu vu son cache-œil ? Cette blessure l’amuse. Il ne peut pas s’empêcher de raconter des histoires différentes à qui veut bien les entendre. À moi-même, il avait raconté qu’il l’avait perdu en tuant des pirates sur la Mer des Griffes. À ta mère, il avait ficelé tout un bobard où il se retrouvait en duel avec un chevalier Bretonnien après avoir conté fleurette à une jeune princesse des Terres du Sud.
Il n’aurait jamais dû hériter. Son père, c’était un brave homme, il siégeait sur notre banc pendant un temps, mais il était toujours courtois et savait recevoir. Mais Sasha a toujours été le mouton noir de la famille. Il est fier de lui-même, car il sait naviguer et partir à l’aventure, mais il a toujours été un dévoyé qui promenait ses conquêtes à son bras lors des dîners de son paternel. Ce qui était prévu, ce qui était écrit sur le testament, c’est que ses cousins devaient prendre la fortune et les titres de son père – lui-même, en échange, aurait obtenu une rente viagère transmissible, et de nombreuses propriétés à l’étranger. Ainsi, tout le monde aurait été ravi : Un homme sérieux et honorable aurait pris les responsabilités et le siège de Directeur, tandis que lui, qui n’a jamais aimé l’air de Marienburg, ni les politesses et les us de la politique, aurait profité de l’argent pour batifoler et entretenir quelques bâtards. Cela aurait été dans l’ordre des choses.
Et pourtant, à la mort de son père, il a déboulé de nulle part, et il a fait contester le testament devant le tribunal. Il n’aurait pas dû gagner ce procès. Mais Jaan van de Kuypers a fait jouer des faveurs, graissé quelques pattes, et voilà comment on se retrouve avec ce sale type- »


Alors qu’il commençait déjà à parler tout seul, il se tut soudainement lorsqu’il entendit des bruits de pas dans l’escalier, et des voix depuis le couloir.

« Mais je ne vais pas épiloguer – C’est toujours très bien de rencontrer un Directeur.
Bref. »


Il se releva avec langueur, et plaça une main dans son dos. Agnès Hänshel était là. La jeune fille était bien peignée et habillée à la mode Marienbourgeoise : Une grande robe noire, des mollets jusqu’au cou, et ses cheveux plaqués contre sa tête et noués en arrière, sans aucun artifice, ni boucles, ni bijoux. Il était difficile de faire plus austère. Elle salua son père d’une petite révérence, tandis qu’un autre homme plus âgé se présentait avec une courbette.
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C’était frère Melchior Malouel, un prêtre de Véréna érudit. Lui-même n’était pas beaucoup connu, mais il avait été l’un des élèves très proche d’un homme bien plus intelligent. Melchior était payé très cher par Hannes Hänshel, même plus que très cher : Ses gages étaient bien au-dessus que ce qu’un maître d’université était censé recevoir. Hannes avait justifié une telle dépense à son courtier grimaçant en disant que la somme était un dédommagement pour le refus d’une chaire. Mais ça restait tout de même un investissement considérable qu’on mettait sur les épaules d’Agnès, et sans qu’il y ait véritablement une explication.
Melchior était un penseur touche-à-tout. Il avait une grande soif de savoir, dans des dizaines de matières différentes. Mais Niklaus ne lui avait pas assez parlé pour véritablement se faire une opinion sur le bonhomme. Il passait surtout du temps avec la pauvre Agnès, qui visiblement n’était pas très ravie par les leçons qu’on lui inculquait.

« Ah. Agnès. Comment étaient tes leçons ? Qu’as-tu travaillé aujourd’hui ?
– J’ai eu à continuer mes leçons de géographie, père.
– Oh ! Et tu as appris des choses passionnantes ?
– Oui, père. »

Visiblement, Hannes était bien plus enthousiaste que la pauvre jeune fille.

« Hé bien ; Prends donc place.
Frère Melchior ? Pourquoi ne restez-vous pas manger avec nous ?

– Oh ? Je… Je ne voudrais pas m’imposer, maître.
– Vous ne vous imposez pas si c’est moi qui propose. Je vous en prie, asseyez-vous en face de mon fils. Agnès, va à côté de ton frère. »

Discrètement, alors que personne hormis Niklaus ne pouvait la voir, elle leva les yeux au ciel. Tout le monde se plaça donc, tandis que la toute jeune Fietje allait chercher des couverts pour les deux nouvelles personnes à attabler.
Le frère de Véréna avait l’air aussi mal à l’aise que les autres attablés. Cela se voyait qu’il n’était pas habitué à s’asseoir à côté de son employeur actuel.

« Géographie. Science passionnante, la géographie. Avez-vous beaucoup voyagé dans votre vie, frère Melchior ?
– Oh, oui, plus-ou-moins. Mais uniquement dans des grandes villes. Pour votre fille, j’ai surtout basé mes leçons sur des récits de voyageurs, ainsi qu’une mappe-monde que j’ai commandé il y a dix ans à un cartographe de Castel-Lyonnesse.
Le monde est vaste, et il y a tellement encore à découvrir.

– C’est certain. C’était un de mes rêves, jeune. Je suis triste de savoir que je mourrai sans avoir vu les toits de Lothern. J’ai eu la chance de voir les Voûtes quand j’avais dix-sept ans, c’était déjà quelque chose. »

Il pointa Niklaus du doigt.

« Tu m’as dit que tu as rencontré Arnaud d’Aigneux, aussi ? Je le connais bien ce monsieur. Il n’est pas seulement l’ambassadeur de Bretonnie – sa famille, les Aigneux, ont d’énormes intérêts commerciaux dans la ville, des entrepôts, des accords. Ils pourraient presque prétendre à un siège au Directoire, si seulement ils n’étaient pas étrangers.
C’est peut-être une bonne occasion pour toi. Pour l’instant, on doit se concentrer sur ta réélection, mais tu pourrais peut-être te débrouiller pour obtenir un siège d’ambassadeur dans une contrée étrangère. Il faut que tu profites d’être jeune pour ce genre de voyages, avant de passer le restant de tes jours à Marienburg. »


Subtilement, son ton s'était fait beaucoup moins acerbe et impératif que d'ordinaire. Il avait presque prit une voix mielleuse, en fait, comme si parler de voyages et de pays étrangers faisait vibrer une corde sensible chez lui.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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"Un petit malin ? Un petit malin !"

Mes doigts se crispent légèrement, je change légèrement de position pour garder un masque de sérénité face à sa réponse, hésite d'ailleurs en lui en dévoiler plus mais au final je préfère me taire après tout il n'est pas demandeur bien que d'humeur causante. Certes la politique peut être débattu calmement et avec sagesse dans les salons privés aux charmes cossus,en grignotant du bout des lèvres quelques mets, trempant ces mêmes lèvres dans un succulent breuvage. Mais le Burgerhof n'est pas ce genre de boudoir, non c'est une arène dans laquelle le gladiateur enfile ses gants pour asséner ses arguments et faire lever le public afin que nos sens goûtent aux vivats de la foule pour se gorger de ce moment de gloire. Un lieu de passion, le cœur de Marienburg.

"Tu es vieux Père, tu es comme ces tribuns du Rijkskamer, tu somnoles du haut de ton siège assis sur tes acquis, ne démordant pas de tes préceptes qui sentent le renfermé. Je te montrerai, je maintiendrai, non voyons je .... "

L'image m'échappe et je reviens dans notre salon au retour de Fietje que je remercie d'un hochement de tête avant de lever mon verre d'alcool en direction du patriarche.

"A nous."
Dis-je doucement attendant qu'il trempe ses lèvres pour en faire de même non sans l'écouter poursuivre.

Le voilà qu'il déverse son avis plus que tranché que le Directeur aventureux, si je m'attendais pas à ce qu'il le porte en son cœur, c'est peu dire.
Serait-il jaloux de l'homme ? Je ne parle pas ici de finance ou de pouvoir ni de ces fanfaronnades mais de la vie menée par Sasha, un pied à terre, un pied sur bateau, toujours entre ici et nul part.

"Ce sale type qui n'aime pas Marienburg, étrange l'homme m'a exactement tenu le même propos plus tôt au parlement."


"Nous pourrions discuter de cette visite tous les trois avec Mère, des conseils avant que je ne me rende chez lui pour je ne sais quel ... test de sa part. Personnage joueur et difficile à cerner, conséquence de cette liberté qu'il brandi comme un pavillon."

"C'est toujours bien de rencontrer un Directeur ? Manquerait plus que tu fasses la gueule tient."

Le verre tourne entre mes doigts, vu le fond qui m'est accordé j'en préserve les gorgées non sans prendre plaisir aux effluves, divines séductrices. Mon regard se pose sur le duo qui fait son entrée, si j'étais ravie de voir la plus jeune de mes sœur, la présence de l'homme qui l'accompagne douche le moment sans évoquer ma pauvre Agnès que Père a modeler à son image. Devrai-je la sacrifier un jour sur l'autel de mes ambitions ? Consentira t-elle à cela comme la digne fille élevée par Hannes ou tout comme le reste de la fratrie se rebellera t-elle ? J'espère la préserver mais ne peut le promettre, non malheureusement je ne peux.

"Agnès ... bonjour ... Comment te portes-tu aujourd'hui ? Je demandais de tes nouvelles à Père justement."

Je me lève et tir un peu sa chaise afin qu'elle puisse prendre place à mes côtés tout en croisant le regard de son professeur que je connais au demeurant fort peu.
"Bonjour à vous frère Melchior, ravi de vous voir."
Si je ne goûte guère l'invitation de Père à son encontre je ne peux que me joindre à lui.
"Père à raison après tout nous n'avons guère eu l'occasion d'échanger, c'est l'occasion."

Sourire à ma sœur alors qu'elle lèvre les yeux au ciel, un moment terriblement ennuyeux s'annonce, espérons qu'il ne prenne pas la tournure de la matinale séance.
"Oui Agnès je sais, je sais."

Ma main effleure discrètement la sienne en signe d'encouragement avant de reporter mon attention sur la conversation qui se tient.

"Vous vous basez sur quels récits pour vos leçons mon Frère ? J'ai eu la chance de voyager avec notre Oncle cela est vrai que se sont des expériences fort palpitantes et riches d'enseignements. Notre rencontre avec d'autres cultures nous force à étendre notre perception du monde je trouve si nous sommes un tant soit peu ouvert aux autres sans pour autant tomber dans l'excès bien entendu. Quoiqu'il en soit heureux l'homme qui a le loisir d'admirer les beautés de notre monde. N'est-ce pas ?"

Je souris un brin taquin, un brin sérieux posant mon regard sur tous puis enchaîne à la remarque de Père.

"Et bien je ne veux pas mettre la charrue avant les bœufs comme on dit et il est difficile de se projeter dans l'avenir mais la proposition est séduisante bien entendu. Comme je viens de le mentionner se sont de très bonnes opportunités à saisir, son Éminence m'a proposé de passer afin que nous échangions sur son pays, il semble avoir un œil très critique le Royaume dont il est le digne représentant ce qui rend la conversation d'autant plus intéressante.

Après il serait compliqué de se décider pour une destination quelques unes paraissent tellement pleines de promesses et faut-il je ne sois retenu ici par d'autres obligations."


La gorge sèche j'avale une gorgée, glisse un coup d’œil à ma sœur, hésite à lui donner la parole pour ne pas la mettre dans l'embarras mais peut être désire t-elle s'exprimer.

"Avec votre autorisation Père, je parle, je parle de géographie mais peut être qu'Agnès souhaite partager son goût pour une matière ? Après tout nombre sont intéressantes."
Niklaus Hänshel, Politicien
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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Niklaus Hanshel] Je maintiendrai

Message par [MJ] Le Grand Duc »

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


« Votre oncle est aventurier, c’est bien cela ? »

À la question innocente du prêtre de Véréna, le père Hannes ne put s’empêcher de grimacer et de répondre à la place de l’intéressé.

« Mon demi-frère. Un fils de tentatrice originaire d’Estalie.
– Oh.
Aventurier est en tout cas un titre qui lui convient fort mal. Il vend son sabre à la reine de Bilbali, en échange de lettres de marque.
– Il paraît que c’est une très belle ville, Bilbali.
– J’en importais des agrumes avant le Déluge. Aujourd’hui c’est un peu plus compliqué. Et puis, le royaume de Bilbali devient de plus en plus hostile à notre cité, ce n’est franchement pas bon pour les affaires. »

Le prêtre de Véréna approuva d’un simplement hochement de tête ; Il ne semblait en fait pas vraiment avoir une opinion là-dessus.

En tout cas, alors qu’ils étaient tous en train de parler, Aafje entrait dans la pièce. Elle servit plusieurs bols devant tous les convives attablés, tandis que Fietje présentait une corbeille remplie de pain d’épeautre et un gros récipient à soupe, apparemment un mélange de légumes et de bouillon de poulet dans lequel on avait laissé des morceaux d’une volaille de la veille : Avant même que quiconque ne soit servi, Hannes lia ses poings devant lui, vite imité de tout le monde. Les deux servantes, debout, baissèrent les yeux et posèrent leurs mains devant elles.

« Les yeux des hommes se tournent vers vous, Mère-Reine, Rhya ; Donnez-leur leur pitance quotidienne si vous en jugez opportun. Gloire soit rendue à votre époux, Noble Taal, nous le remercions pour tous ses bienfaits. Protection soit sur ceux qui ont cultivé la terre, honoré les Dieux, souffert afin que nous mangions ; Protection soit sur cette maisonnée, sur les pauvres dans la rue, et sur les temples dédiés aux êtres célestes.
Ainsi soit-il. »


Noblement, il déplia une serviette qu’il posa sur ses genoux, puis fit un signe à Aafje pour qu’elle remplisse les bols de tout le monde.

« Je dois avouer que j’aime beaucoup la musique. »

Agnès avait répondu à la question de son frère avec un grand sourire. En l’entendant, et sans même la regarder, Hannes répondit du tac-au-tac :

« C’est la plus dispensable des matières du quadrivium. Concentre-toi plutôt sur l’arithmétique. »

Agnès ayant été mouchée, elle se contenta de se taire et de tournoyer sa cuillère dans la soupe trop chaude. Mais son précepteur, lui, n’hésita pas à intervenir :

« Vous ne devriez pas être si catégorique que cela, maître Hannes ; Les fréquences et l’harmonique sont des sciences naturelles, parmi lesquelles repose la fabrique de notre monde, c’est aussi fascinant que les vents de magie. L’arithmétique est une matière essentielle, car on y étudie les nombres qui sont figés, mais alors que la géométrie sont les nombres dans l’espace, la musique permet de saisir les nombres dans le temps. Tout ce qui plaît à nos oreilles est en fait la somme de mesures savamment pensées, et les applications dans la vie de tous les jours sont plus importantes qu’on ne le croit. »

Hannes regarda de travers l’homme qu’il payait très cher pour servir d’enseignant à sa fille. Il devait avoir perdu l’habitude de se faire contredire à table.

« Certes. »

C’était le seul mot qu’il trouvait à rétorquer, et pourtant, il était suffisant pour que Melchior se taise et se contente de lancer un sourire complice à Agnès. Puis, il observa Niklaus, et, comme s’il voulait parler à une tierce personne qui n’était ni son élève, ni son patron réfractaire, il se mit à piailler d’un air ravi :

« Le monde est fait de musique. Tout est musique ; Il existe en fait même des sons qu’on ne peut pas percevoir à l’oreille, des animaux le peuvent, mais pas nous, c’est ainsi qu’il y a des siècles des chasseurs Taalalites ont inventé des sifflets pour dresser des chiens, qui pour nous sont silencieux, mais qui font hausser les oreilles de leurs limiers. Ils se sont transmis les moyens de construire de tels sifflets de père en fils, jusqu’à nos jours, sans véritablement comprendre le procédé derrière.
Certains philosophes naturels Tiléens pensent même que nos corps parviennent à se tenir en place grâce à la musique. D’autres qu’il y aurait une musique particulière qui émanerait seulement des Dieux. En tout cas, il est certain qu’il y a des formes de musique qui sont uniquement pétries de magie. C’est véritablement un domaine d’étude fascinant.
En tout cas, la musique n’est pas simplement un mode d’expression culturel. C’est aussi un moyen de comprendre le cosmos. »


Il sourit.

« Agnès m’a dit que vous n’avez pas pu étudier à l’université, puisque vous avez passé votre adolescence avec votre oncle. Est-ce que vous avez malgré tout une matière qui vous a passionné plus qu’une autre ? L’histoire, la culture d’un pays ? Une science ? Voire-même l’étude d’une langue ?
Je vous avoue être prolifique. Mon projet actuellement est de pouvoir passer quelques années en Bretonnie, à Castel-Couronne. Je n’y ai jamais mis les pieds, j’ai surtout passé mes premières années à Altdorf, côté Empire. Mais il y a des choses que j’aimerais étudier ailleurs que dans des livres. J’aimerais avoir l’occasion de pouvoir moi-même rédiger quelque chose pour la postérité. »

Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Niklaus Hänshel
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Re: [Niklaus Hanshel] Je maintiendrai

Message par Niklaus Hänshel »

"Reste que cela ressemble à une vie d'aventurier."

Mes lèvres effleurent de nouveau la surface de l'alcool, regard en direction de Père avant de reprendre d'un ton enjoué. Décidément où s’arrête sa jalousie pour laisser libre cours à des mots sans amertume.

"Pirates, corsaires, flibustiers, boucaniers, brigands et autres loups de mer, du pareil au même pour le commun des gens bien qu'ici nous en connaissons les différences. Oui mon oncle est un aventurier, un aventurier de la grande bleue avec sa part d'ombre et d'immoralité n'en déplaise à Père mais il détient nombre de qualités et compétences après tout n'ai-je pas étudié à ses côtés pour en revenir différent. Pour ce qui est de dire si cela a fait de moi un homme meilleurs je ne peux que l'espérer."

Je croise le regard du Frère avant d'adresser un clin d'oeil à Agnès quelque peu amusé, ne laissons pas l'austérité prendre le pas sur ce moment de partage. Sur cette note le repas est amené par les deux domestiques qui dispose une lourde soupière remplie d'une bouillon à l'odeur alléchante et les bols qu'elles apprêtent à servir non sans le rituel de la prière. Tout proche de rompre le pain je suis stoppé net dans mon élan, mes mains se joignent afin de me joindre aux fidèles. Si il est irréfutable que les dieux existent, cette pratique m'a toujours profondément ennuyé dès mon plus jeune âge. La foi est affaire personnelle, j'ai beaucoup de mal à accepter le dogme de notre panthéon tel qu'il est écrit et marteler par les plus fanatiques de nos religieux. Je préfère l'intimité pour m’entretenir avec les tutélaires de ce monde, quelle hypocrisie de prier pour tous ces inconnus auxquels nous n'accorderions même pas un regard le reste de la journée. Connerie.

Quoi qu'il en soit si j'en partage pas la teneur et la méthode, je prie, je prie à ma manière, assez égoïstement il faut bien l'avouer.

"La musique dis-tu ?"
Je souris à ma jeune sœur ignorant la remarque de Père non sans écouter l'explication de son professeur sur la matière en question.

"Je n'avais jamais envisagé l'art sous cette approche, que c'est intéressant n'est-ce pas Père ? Cependant comprendre le cosmos reste un peu exagéré si je peux me permettre ?"
Quelques cuillerées de ce bouillon.

"Pour ma part je m'étais arrêté à l'aspect récréatif mais j'admire les artistes qui sont capables en quelques accords de nous tirer les plus vives émotions en conséquence de quoi nous pouvons qu'admettre qu'il se passe bien quelque chose à ce moment dans notre tête et notre corps. Enfin ce n'est que le constat d'un néophyte en ce domaine.

Nous pourrions envisager des cours pour Agnès Père, qu'en dites-vous ? Après tout les arts sont choses acceptables pour une jeune femme de bonne famille. L'essai ne mange pas de pain."


Et là je prie pour que le paternel accepte, pas pour le pauvre en bas de la rue non pour ma petite soeur, un sourire sur ce minois rehausserai cette affreuse tenue et un peu de gaieté ne ferai pas de mal à notre maison.

"En effet mon cursus scolaire ne s'est pas poursuivi dans une université, j'espère qu'Agnès ne vous révèle pas tout dans l'intimité de vos leçons."

Dis-je sur un ton taquin avant de redevenir plus sérieux, surpris par la question suivante. Il est assez rare que l'on m'ait posé cette question d'autant qu'elle paraît sincère alors je prends le temps de la réflexion avant de répondre. Une matière préférée ? Non mais sans déconner ce n'est pas si simple, l'alcool ? les femmes ? Moi ? Mes lèvres s'étirent, mes yeux pétillent à ces hypothétiques réponses que je chasse les unes après les autres avant d'en trouver une plus convenable tout en restant véridique.

"Votre question est à la fois simple et complexe."
Mon bol terminé je pose ma cuillère, m'adosse au fond de mon siège, mon verre et sa dernière gorgée à la main.

"Je m'intéresse à l'autre .... enfin .... "
Assez clairement si le sujet me passionne j'ai toutes les peines à exprimer mon idée tant elle me parait personnelle.

"Je veux dire je m'interroge comment nous fonctionnons dans nos échanges les uns par rapport aux autres, c'est pour ça que j'ai assez une certaine affinité avec les langues. Elles permettent de communiquer, de se comprendre, le pouvoir des mots voyez-vous ? La force de certains grands orateurs ce n'est pas le bons sens ou les arguments, ils pourraient vendre de la glace en Norsca, c'est non seulement l'art de s'exprimer mais cela va bien au-delà. Ils maîtrisent les mots mais aussi leur public et certaines choses moins ... palpable, je l'ai encore vécu ce matin même à la chambre du parlement.

Charisme, art oratoire et donc cette chose ... entre nous."


Léger hochement de tête, destiné à moi même après que je me sois exprimé sur mon centre d'intérêt personnel. Soyons pas dupe, ce laïus pour dire que les mots séduisent, convainquent, manipulent notre prochain, l'intérêt est là... seulement là.
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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Niklaus Hanshel] Je maintiendrai

Message par [MJ] Le Grand Duc »

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


La réflexion sur l’oncle Philippo ne recueillit aucun plébiscite. Hannes se contenta de lever les yeux au ciel, tandis que Melchior restait assez interdit. Il haussa des épaules.

« J’ai beau avoir dans mon cœur un attrait particulier pour l’aventure, je n’apprécie pas tellement les brigands qui voguent sur l’eau.
– La différence entre un pirate et un corsaire, c’est la lettre de marque, voilà tout. Cela va faire deux décennies que la République n’en a pas signé une seule, il n’empêche que nous avons quantité de capitaines qui attaquent des navires en parfaite illégalité.
Je n’aime pas ça. Les nations autour de nous n’attendent que ça, une bonne justification pour nous filer un coup de matraque.

– En temps de guerre, les bons capitaines de navire gagnent d’excellentes soldes et signent de bons contrats. Ils sont gagnants quoi qu’il arrive, et il faut bien qu’ils trouvent de quoi s’entraîner. Aussi, dans une ironie assez amusante, ce sont les criminels qui permettent aux agents de la répression d’être compétents. »

L’hypothèse de frère Melchior parut assez choquante pour que le vieil Hannes cesse de boire son bouillon. Il cassa un morceau de pain sec qu’il fit tremper dans la soupe, et regarda tout droit le prêtre de Véréna dans les yeux.

« Expliquez donc.
– C’est une théorie que j’avais lue, d’un humaniste de l’Empire qu’on nomme Érasme de Nuln. Je n’ai jamais eu la chance de le rencontrer en personne afin d’en discuter : Il est parti à la cour du comte-électeur du Hochland, à Hergig, alors que j’étudiais à Altdorf. Mais d’après ce que j’ai compris de sa vision des choses, c’est que la force d’un État est perpétuellement renouvelée à la mesure de ce contre quoi il lutte. Une ville qui ne connaît pas de contrebande en deviendra vite victime, car son Guet ne sera jamais aguerri : Les criminels remplissent un rôle dans la société, un rôle qui amène des bénéfices. Est-ce qu’il y aurait une profession de serrurier, un art si respecté, si les voleurs n’existaient pas ? Est-ce que les banques et les lettres de change existeraient avec leurs réseaux à travers le monde si les brigands ne pullulaient pas sur les routes ? Les seigneurs tirent leur pouvoir de la légitimité qui provient de leur défense des gens, seraient-ils aussi puissants s’il n’y avait pas de bandits et d’escrocs ?
Albéric, le Duc de Bordeleaux, a juré devant Manaan qu’il lutterait contre les navires négriers qui échange des hommes en Arabie et sur l’île de Naggaroth. Je ne pense pas que ce soit uniquement par but humaniste : La marine du Duché de Bordeleaux est puissante, et coûteuse. La chasse aux négriers sert à garder ses capitaines alertes, à les entraîner sur le terrain, à les forcer à manier la rapidité à l’astuce. Toute cette tradition maritime disparaîtrait s’il n’y avait justement pas des pirates et des contrebandiers à traquer.
Selon Érasme, les criminels ne sont pas un danger pour la société : Ils sont le socle sur lequel repose la société. »


Le patriarche Marienbourgeois fronça les sourcils d’une colère maîtrisée.

« C’est un raisonnement philosophique particulièrement honteux et détestable. Surtout lorsque vous le présentez devant un homme qui a toujours respecté la loi. Tout ce que vous décrivez, c’est une réaction, pas une nécessité : Quand j’envoie un navire sur l’eau, je me ruine en assurances, en grande partie à cause des pirates. Je dois payer pour déposer de l’argent à la banque, je dois payer des taxes fort coûteuses pour financer les entreprises contre les flibustiers. Et pour tout vous dire, je suis très fatigué d’entendre des érudits qui ont passé leur vie dans les livres s’amuser à faire des petites réflexions très acerbes et amusantes sur le pouvoir : Si nous pouvions faire danser tous les pirates de tous les ports de tous les pays du monde au bout d’un gibet, le monde serait plus pacifié et s’en porterait mieux. La beauté de notre République est bien qu’elle a toujours été guidée par le commerce sain et prospère, certainement pas par la tyrannie.
– Érasme de Nuln avait une autre théorie : Selon lui, la société est définie selon notre rapport à la criminalité. S’il n’y avait aucune criminalité, nous en inventerions une nouvelle, et alors les lois se feraient de plus en plus oppressives, afin de marginaliser et exclure de nouvelles personnes. Sans ça, il n’y aurait pas de loi, et donc, plus de société telle que nous la connaissons.
– Il a très bon dos cet Érasme de Nuln, enfin, on voit que ce n’est pas lui qui doit vivre au Suiddock au milieu des petites frappes qui dérobent les bourses avec violence. C’est facile de critiquer le pouvoir et les sergents du guet quand on a droit au confort. Il a ce luxe, les honnêtes gens qui travaillent ne l’ont pas.
Je ne désire pas me fâcher avec vous, frère Melchior, aussi, mettons-nous tout simplement d’accord pour ne pas être d’accord.

– Je souhaitais simplement discuter. La dispute c’est toujours intéressant pour former ses opinions. »

La réflexion de Niklaus sur la musique provoqua une réaction vive de son père : Sans même le regardait dans les yeux, il croqua dans son pain imbibé de bouillon avant de répondre au tac-au-tac, la bouche pleine, impolitesse qu’il ne commettait normalement jamais :

« J’ai déjà payé des leçons de psaltérion à Agnès l’année dernière. Elle m’a simplement gâché mon argent. »

Agnès fronça les sourcils et défia son père qui ne la regardait pas.

« Le professeur était exécrable.
– On ne répond pas à son père, Agnès.
De toute façon, c’est toujours la faute au professeur, avec toi. Ou du matériel, ou je-ne-sais quoi encore. La vérité est que tu n’as aucune persévérance. Tu fais juste ce qui te plaît, sur l’instant, parce que tu n’as aucune discipline de toi-même. Évelyne me racontait les mêmes sornettes que toi lorsqu’elle avait ton âge : Elle voulait arrêter l’université au bout de six mois. Je l’ai forcée, j’ai dû me battre avec elle, et c’est grâce à cela qu’elle a été diplômée. »


Agnès ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose. Mais elle scella très vite ses lèvres et regarda son assiette avec dépit. Melchior, bien peu à l’aise de se retrouver au milieu d’un conflit familial, eut un petit sourire figé et gêné.
Tout le monde ayant terminé son bouillon, les servantes vinrent chercher les bols, avant d’apporter un peu plus tard le plat de résistance.

« C’est un art intéressant la rhétorique. J’ai eu à beaucoup m’entraîner là-dessus. Généralement, le maître prend un sujet, et deux étudiants ont une position forcée : Peu importe leurs opinions, ce qui importe c’est de donner un raisonnement logique, éclairé et intéressant pour convaincre le maître.
– J’ai étudié la rhétorique aussi. C’est toute une science. Pour cela que j’ai autant de mauvais sentiments envers les tribuns qui courtisent la plèbe : La plèbe ne sait pas reconnaître un raisonnement fallacieux, elle n’est intéressée que par ses bas instincts. La rhétorique ça ne sert pas à faire rire, ou à mettre de la colère dans la conscience des gens. Ça sert à s’élever.
– C’est vrai. La rhétorique est trop souvent détournée par les politiciens. Mais ça reste un entraînement passionnant. »

Il leva sa main vers Niklaus.

« C’est un exercice intéressant pour un politicien qui va devoir débattre, justement. On pourrait s’entraîner sur un sujet que vous maîtrisez. Votre père pourrait servir de maître qui désignerait le vainqueur.
– Ah ça, on ne pourra pas m'accuser d'être partial. »

Et ayant dit ça, Hannes fit quelque chose qu’il ne faisait normalement jamais : Il eut un petit sourire.

Ajouté 17 secondes après :
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La réflexion sur l’oncle Philippo ne recueillit aucun plébiscite. Hannes se contenta de lever les yeux au ciel, tandis que Melchior restait assez interdit. Il haussa des épaules.

« J’ai beau avoir dans mon cœur un attrait particulier pour l’aventure, je n’apprécie pas tellement les brigands qui voguent sur l’eau.
– La différence entre un pirate et un corsaire, c’est la lettre de marque, voilà tout. Cela va faire deux décennies que la République n’en a pas signé une seule, il n’empêche que nous avons quantité de capitaines qui attaquent des navires en parfaite illégalité.
Je n’aime pas ça. Les nations autour de nous n’attendent que ça, une bonne justification pour nous filer un coup de matraque.

– En temps de guerre, les bons capitaines de navire gagnent d’excellentes soldes et signent de bons contrats. Ils sont gagnants quoi qu’il arrive, et il faut bien qu’ils trouvent de quoi s’entraîner. Aussi, dans une ironie assez amusante, ce sont les criminels qui permettent aux agents de la répression d’être compétents. »

L’hypothèse de frère Melchior parut assez choquante pour que le vieil Hannes cesse de boire son bouillon. Il cassa un morceau de pain sec qu’il fit tremper dans la soupe, et regarda tout droit le prêtre de Véréna dans les yeux.

« Expliquez donc.
– C’est une théorie que j’avais lue, d’un humaniste de l’Empire qu’on nomme Érasme de Nuln. Je n’ai jamais eu la chance de le rencontrer en personne afin d’en discuter : Il est parti à la cour du comte-électeur du Hochland, à Hergig, alors que j’étudiais à Altdorf. Mais d’après ce que j’ai compris de sa vision des choses, c’est que la force d’un État est perpétuellement renouvelée à la mesure de ce contre quoi il lutte. Une ville qui ne connaît pas de contrebande en deviendra vite victime, car son Guet ne sera jamais aguerri : Les criminels remplissent un rôle dans la société, un rôle qui amène des bénéfices. Est-ce qu’il y aurait une profession de serrurier, un art si respecté, si les voleurs n’existaient pas ? Est-ce que les banques et les lettres de change existeraient avec leurs réseaux à travers le monde si les brigands ne pullulaient pas sur les routes ? Les seigneurs tirent leur pouvoir de la légitimité qui provient de leur défense des gens, seraient-ils aussi puissants s’il n’y avait pas de bandits et d’escrocs ?
Albéric, le Duc de Bordeleaux, a juré devant Manaan qu’il lutterait contre les navires négriers qui échange des hommes en Arabie et sur l’île de Naggaroth. Je ne pense pas que ce soit uniquement par but humaniste : La marine du Duché de Bordeleaux est puissante, et coûteuse. La chasse aux négriers sert à garder ses capitaines alertes, à les entraîner sur le terrain, à les forcer à manier la rapidité à l’astuce. Toute cette tradition maritime disparaîtrait s’il n’y avait justement pas des pirates et des contrebandiers à traquer.
Selon Érasme, les criminels ne sont pas un danger pour la société : Ils sont le socle sur lequel repose la société. »


Le patriarche Marienbourgeois fronça les sourcils d’une colère maîtrisée.

« C’est un raisonnement philosophique particulièrement honteux et détestable. Surtout lorsque vous le présentez devant un homme qui a toujours respecté la loi. Tout ce que vous décrivez, c’est une réaction, pas une nécessité : Quand j’envoie un navire sur l’eau, je me ruine en assurances, en grande partie à cause des pirates. Je dois payer pour déposer de l’argent à la banque, je dois payer des taxes fort coûteuses pour financer les entreprises contre les flibustiers. Et pour tout vous dire, je suis très fatigué d’entendre des érudits qui ont passé leur vie dans les livres s’amuser à faire des petites réflexions très acerbes et amusantes sur le pouvoir : Si nous pouvions faire danser tous les pirates de tous les ports de tous les pays du monde au bout d’un gibet, le monde serait plus pacifié et s’en porterait mieux. La beauté de notre République est bien qu’elle a toujours été guidée par le commerce sain et prospère, certainement pas par la tyrannie.
– Érasme de Nuln avait une autre théorie : Selon lui, la société est définie selon notre rapport à la criminalité. S’il n’y avait aucune criminalité, nous en inventerions une nouvelle, et alors les lois se feraient de plus en plus oppressives, afin de marginaliser et exclure de nouvelles personnes. Sans ça, il n’y aurait pas de loi, et donc, plus de société telle que nous la connaissons.
– Il a très bon dos cet Érasme de Nuln, enfin, on voit que ce n’est pas lui qui doit vivre au Suiddock au milieu des petites frappes qui dérobent les bourses avec violence. C’est facile de critiquer le pouvoir et les sergents du guet quand on a droit au confort. Il a ce luxe, les honnêtes gens qui travaillent ne l’ont pas.
Je ne désire pas me fâcher avec vous, frère Melchior, aussi, mettons-nous tout simplement d’accord pour ne pas être d’accord.

– Je souhaitais simplement discuter. La dispute c’est toujours intéressant pour former ses opinions. »

La réflexion de Niklaus sur la musique provoqua une réaction vive de son père : Sans même le regardait dans les yeux, il croqua dans son pain imbibé de bouillon avant de répondre au tac-au-tac, la bouche pleine, impolitesse qu’il ne commettait normalement jamais :

« J’ai déjà payé des leçons de psaltérion à Agnès l’année dernière. Elle m’a simplement gâché mon argent. »

Agnès fronça les sourcils et défia son père qui ne la regardait pas.

« Le professeur était exécrable.
– On ne répond pas à son père, Agnès.
De toute façon, c’est toujours la faute au professeur, avec toi. Ou du matériel, ou je-ne-sais quoi encore. La vérité est que tu n’as aucune persévérance. Tu fais juste ce qui te plaît, sur l’instant, parce que tu n’as aucune discipline de toi-même. Évelyne me racontait les mêmes sornettes que toi lorsqu’elle avait ton âge : Elle voulait arrêter l’université au bout de six mois. Je l’ai forcée, j’ai dû me battre avec elle, et c’est grâce à cela qu’elle a été diplômée. »


Agnès ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose. Mais elle scella très vite ses lèvres et regarda son assiette avec dépit. Melchior, bien peu à l’aise de se retrouver au milieu d’un conflit familial, eut un petit sourire figé et gêné.
Tout le monde ayant terminé son bouillon, les servantes vinrent chercher les bols, avant d’apporter un peu plus tard le plat de résistance.

« C’est un art intéressant la rhétorique. J’ai eu à beaucoup m’entraîner là-dessus. Généralement, le maître prend un sujet, et deux étudiants ont une position forcée : Peu importe leurs opinions, ce qui importe c’est de donner un raisonnement logique, éclairé et intéressant pour convaincre le maître.
– J’ai étudié la rhétorique aussi. C’est toute une science. Pour cela que j’ai autant de mauvais sentiments envers les tribuns qui courtisent la plèbe : La plèbe ne sait pas reconnaître un raisonnement fallacieux, elle n’est intéressée que par ses bas instincts. La rhétorique ça ne sert pas à faire rire, ou à mettre de la colère dans la conscience des gens. Ça sert à s’élever.
– C’est vrai. La rhétorique est trop souvent détournée par les politiciens. Mais ça reste un entraînement passionnant. »

Il leva sa main vers Niklaus.

« C’est un exercice intéressant pour un politicien qui va devoir débattre, justement. On pourrait s’entraîner sur un sujet que vous maîtrisez. Votre père pourrait servir de maître qui désignerait le vainqueur.
– Ah ça, on ne pourra pas m'accuser d'être partial. »

Et ayant dit ça, Hannes fit quelque chose qu’il ne faisait normalement jamais : Il eut un petit sourire.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Niklaus Hänshel
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Re: [Niklaus Hanshel] Je maintiendrai

Message par Niklaus Hänshel »

Autant dire que si mes remarques concernant oncle Philippo n’apporte aucune remarque digne d'être rapportée, je me contente d'observer pour un temps l'échange sulfureux entre les deux hommes concernant les théories les dires d'un humaniste de Nuln. La tension s'accumule peu à peu, il faut dire que le religieux me ressemble aimant débattre, peut-il être amené à changer d'avis si l'opposition argumente assez pour infléchir une position ? Reste que si Père ne s'oppose pas à la discussion il n'est pas homme à céder, il s’arque-boute comme à son habitude sur ses visions jusqu'à parfois une totale mauvaise foi. Toute fois son pragmatisme sur ce sujet en particulier est défendable et je consentirai à me joindre à son point de vue si il ne concluait pas cette conversation avant qu'elle ne cause quelques dommages.

"On en revient à l’existence du bien sans le mal ? Pouvons-nous prétendre que quelque chose existe en conséquence d'une autre. Pas certain que nous ayons un jour la réponse, bien que je me joins à Père pour les arguments avancés, le point de vu de cet homme donne matière à réflexion en effet."

Je lève mon verre en direction des deux homme et le termine non sans une légère moue des lèvres alors que notre géniteur balaye à sa manière assez brutale la tentative d'Agnès pour le convaincre qu'elle souhaiterai reprendre les cours de musique bien qu'elle ne l'exprime fort peu.

"Vous qui semblez aimer la musique Frère Melchior, pratiquez-vous un instrument ?"


Malheureusement l'homme me répond que non, dommage nous aurions pu lui demander j'ajouter cet enseignement à ceux déjà donnés à ma petite soeur. De nouveau mes doigts frôlent les siens, nous allons bien finir par trouver la faille. Vu la leçon donnée et la gêne qui recouvre d'un voile d’amertume la tablée je scelle mes lèvres et reporte à plus tard mon avis sur la question.

Chaque chose en son temps, ne braquons pas le cerbère d'ailleurs Agnès a parfaitement saisi la situation et adopte la même posture.

D'autant que ce qui arrive m'enlève toute pensée par la requête de la benjamine.

"Un entraînement ? Et bien si j'ai là deux hommes expérimentés en la matière visiblement il m'est difficile de pas relever la proposition, une occasion d'apprendre de mes aînés."


Modestie feinte bien entendu mais bien que je sois conscient de mes qualités en la matière pas question de sous-estimé celui qui se tient en face de moi. En quelques dizaines de minutes il a largement démontré l'étendu de sa culture, attention...

"Bien quel sujet nous pourrions bien prendre comme petite joute."

Je fais mine de la réflexion bien qu'une idée germe pour prendre peu à peu forme.

"Nous pourrions bien entendu porter notre choix sur nombre de sujets intellectuels mais pourquoi ne pas porter notre choix sur quelque chose dont chacun à son avis ?"

Temps de pause donné avant de reprendre.

"Nous sommes ici soit enfant de, Père de ou les deux... donc voilà ma proposition. La descendance et son éducation.
Comment un Père se positionne vis à vis de ses enfants pour leur offrir ce qu'il juge bon pour eux.

Je donne une poignée de "figures" à vous de défendre celle que vous souhaitez Frère Melchior, nous pouvons soit débattre sur la même, soit en défendre chacun une différente et bien entendu prendre position sur l'une qui n'est pas celle que nous privilégions en notre fort intérieur.

Alors je les nommerai ainsi, plus ou moins explicite en elle même. Le tyran, le chevalier, le guide, le frère et pour finir le dilettante.
Cela vous convient-il ?"


Dernière phrase adressée aux deux hommes, il faut bien que mon idée est cause d'un certain contentement que je dissimule derrière un masque de sérénité.

Alors pour les figure car par certains qu'elles soient si explicites que cela :D
En quelques mots, tel que je les vois.

-Le tyran : L'enfant n'a pas son mot à dire, pour des raisons qui ne regardent que lui (bonnes ou mauvaises) il décide et agit seul en maître absolu.
- Le chevalier : Il aura tendance à décider avec un notion de bien et de protection pour les siens. Partage assez maigre mais partage.
- Le guide : Il décidera la plupart du temps mais sera se laisser convaincre, n'hésitant pas à partager son expérience vécue.
- Le frère : Une relation forte entre l'enfant et le Père, partageons notre expérience et avançons ensemble
- Le dilettante : Plus ou moins démission de sa part, laisse libre l'enfant de faire ses choix, ses expériences.

La proposition me semble viable reste que cela est mon ressenti donc si Armand tu souhaites autre chose je comprendrai. D'autant que pas certain que je sois clair dans le Rp.[/spoierl]
Niklaus Hänshel, Politicien
Profil: For 8 | End 8 | Hab 8 | Cha 10 | Int 10 | Ini 9 | Att 10 | Par 10 | Tir 8 | Foi 8 | Mag 8 | NA 1 | PV 65/65

Lien Fiche personnage: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_niklaus_haenshel

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