« Je viens du Nordland, et le bon Nordland profond, en plus. J’admets, Confrérie Tinéenne ça fait pas très Impérial comme nom de société ; Tinée c’est le nom d’une ville dans la Confédération Frontalière, qui, comme tu t’en doutes, a été fondée par des Tiléens. J’y ai voyagé, à l’époque où j’étais un vrai docteur.
La Confrérie est une société savante, une sorte de « club » qui met en relation les meilleurs médecins, chercheurs, infirmiers et apothicaires du monde, qui leur permet de s’échanger des lettres avec un service postal, de se tenir informés les uns les autres, et même de se rencontrer. J’ai mis au point cette confrérie avec pour but d’endiguer, et éradiquer toutes les épidémies du monde.
Depuis que j’ai changé d’allégeance, je trouve toujours fort utile de surveiller ce que les méchants ennemis de Nurgle fabriquent… Et c’est un bon endroit pour recruter des fidèles. Les Shalléennes font les meilleures Nurglites, tu le savais ? »
Marteen hocha de la tête, et reprit.
« J’ai bien vu le nom de Candiano sur le manifeste du navire. J’ignorais qu’il avait été possédé par Furug’ath… Enfin, si tu es là, c’est que lui-même n’est plus trop de ce monde. Les Démons changent vite de favori…
– Furug’ath n’est pas discret. C’est un Démon qui aime donner son nom à tout le monde. Ce n’est pas une preuve d’idiotie de sa part — c’est une preuve de sa puissance. S’il se permet de donner son Vrai Nom à n’importe qui, c’est qu’il n’a pas peur d’être invoqué…
– Mais toi-même, tu n’as pas été réduit en… Simple hôte bonne à anéantir. C’est donc que le Grand Immonde approuve tes actions, et a fait de toi non son esclave, mais son favori.
– Héhé, Marteen, est-ce de la jalousie que j’entends dans ta voix ? »
Marteen tira sur sa pipe pour toute réponse. Festus éclata de rire.
Oui, le bourgeois semblait un peu en vouloir à Reinhard.
« En tout cas, nous aussi nous sommes prêts à bosser en équipe. Tout comme toi, Coësre, j’ai eu à tuer quelques sales arrivistes, j’ai horreur d’eux. C’est un honneur pour moi de trouver un pair.
– Moi de même, d’ailleurs. Les petits jeunes talentueux, j’aime les avoir sous mon aile…
– Avec tout ce que tu as fait à travers Nuln, je n’ai même pas besoin de te dire que j’attends de voir. Je veux travailler avec toi. On est en bon chemin, nous tous. Nurgle aura le délicieux prix qu’Archaon n’a pas su lui offrir. Nous vengerons son échec odieux à Middenheim.
Mais il y a vraiment l’affaire de Valitch qui m’embête… J’ai l’impression que tu la sous-estime fortement. Je souhaite te mettre en garde, à son encontre — ce n’est pas juste une petite joueuse qui profite de tes affaires après coup. Elle aime se mettre dans des positions où elle est toujours gagnante.
Sais-tu ce que sont les Neuf Yeux ? »
Festus attrapa la cruche et resservit du vin à lui et Reinhard, attendant probablement un long monologue de Marteen.
« Il faut reconnaître ça aux Tzeentchi — ils savent tout le temps retomber sur leurs pattes, c’est fabuleux. Avant la Tempête du Chaos, l’organisation du grand corbeau qui souhaitait diriger le monde dans l’ombre, elle s’appelait la Main Pourpre. Kastor Lieberung, Karl-Heinz Wasmeier, Johannes Teugen… Peut-être que tous ces noms te disent très vaguement quelque chose — que des Tzeentchi qui pensaient contrôler le destin de l’Empire, et qui se sont fait tuer les uns après les autres. »
Reinhard n’avait pas grande idée de qui étaient toutes ces personnes, non. C’est à peine s’il écoutait les crieurs publics, à l’époque. Et à l’ère d’Archaon, il cherchait plutôt à survivre qu’à s’intéresser à ce qui se passait dans le monde.
« Quelques aventuriers héroïques, et l’effort d’agents de la loi et de la religion plus tard, ils ont fini au bûcher ou au gibet, avec toutes leurs cellules liquidées une par une.
Pourtant, depuis que l’Empire a été sauvé, une autre secte est apparue de nulle part, et s’est amusée à reconstituer, petit à petit, des cellules là où la Main Pourpre n’était pas présente. Exit Altdorf et Middenheim. Les Tzeentchi se sont mis à gangrener l’Estalie, Marienburg… Nuln.
Valitch n’est pas qu’une sauterelle qui pense diriger Nuln. Elle est prête à brûler la ville tout entière si elle peut accomplir un destin qui la dépasse. Elle utilise l’aethyr pour communiquer avec d’autres alliés, et si elle t’a permis — si elle nous a permis de répandre une maladie, c’est parce qu’elle le souhaitait et cherchait à en tirer avantage.
J’ignore ce qu’elle cherche. Je peux juste te donner un mot bizarre : « les Patristiques ». C’est une sorte de secte, ou de société, ou d’ordre ancien que les Neuf Yeux veulent conquérir. Je n’ai pas la moindre idée de ce que c’est… »
Festus avait arrêté de rire. Il grognait, et avait un air à la fois énervé et inquiet — oui, il était possible de lire de l’inquiétude dans son visage obèse et tuméfié.
« Mais y a un truc, c’est que si tu sous-estimes peut-être Valitch, elle te sous-estime forcément. Elle a vu un mage qu’elle pouvait envoyer partout pour semer la zizanie, et elle pense que c’est que de ça dont tu es capable.
À partir de là, tu peux choisir comment tu vas t’occuper d’elle. Tu peux continuer à jouer avec elle, après tout — on a pas à te dire quoi faire, Marteen et moi, ça serait gonflé de nos parts. Mais sache que, si tu veux la buter dare-dare, on a des forces pour s’opposer à elle ; nous aussi, on sait invoquer des démons, et nous aussi, on a nos agents à la cour de la comtesse ! Mais si tu veux, tu peux aussi garder notre rencontre secrète, ne nous appeler à l’aide que quand tu en auras vraiment besoin — elle s’attendra peut-être pas à ce que, toi aussi, tu aies des relations qui portent très loin…
Toujours est-il, cher Coësre : Tu peux compter sur nous. Tu as de vrais alliés, maintenant. Tu continues de faire ce que tu fais si bien, et nous, on t’aidera. »






