Estelle ne répondit pas tout de suite. Il était évident que l’on remarquât un jour ou l’autre ces marques scarifiant la peau de ses poignets, et cela quand bien même les cachait-t-elle d’ordinaire sous les larges manches de sa robe. Il ne s’agissait pas de morsures, à vrai dire, mais de longues entailles, comme celles que l’on aurait faites à l’aide d’un couteau ou d’une dague bien aiguisé.Concernant les cicatrices, cela se passe plusieurs jours après le coup des serviettes ; c’est ma faute, j’aurais dû le préciser. Mais cela ne change pas grand-chose si ce n’est le fait qu’Estelle te connait mieux après tout ce temps passé.
«C’est… Une fois de plus, comme toujours, elle hésitait à se confier. Puis, regardant franchement Juliette, prenant une grande respiration, elle franchit le cap que se devait de l’être, tôt ou tard.
«Licinia est au courant. Il y a des… choses ici qui se passent et qui sortent de l’ordinaire. Ces marques, par exemple, il est évident que je ne peux pas les cacher bien longtemps à une personne qui me côtoie, telle que toi ou notre consœur. Je… C’est la margrave qui me fait cela, qu’à moi, après la disparition de la dernière servante. Elle prend un couteau, me coupe la peau et recueille le sang dans une coupelle. Je sais c’est insensé !, ajouta-t-elle précipitamment après avoir eu des difficulté à avouer cela, mais c’est comme ça, et si jamais je refusais… Franchement, je ne voudrais pas perdre ce travail, ces repas quotidiens, ces pièces chaudes et ce lit confortable, la présence de Licinia tout comme la tienne, à présent, simplement parce que je refuse ce caprice d’Adélaïde. C’est trop bizarre, je ne sais pas si elle est versée dans la nécromancie, les trucs chaotiques ou… Ou je sais pas quoi ! mais de toute façon j’ai rien à voir là-dedans, je ne fais que faire ce qu’on me demande, et puis c’est tout, après j’ai plus rien à voir avec tout ça… »
Alors que ses mèches blondes volaient doucement au vent, la servante semblait véritablement perdue, tentant du mieux qu’elle le pouvait d’exprimer son ressenti, maladroitement, se répétant souvent, comme si, au fond, elle tentait de se convaincre elle-même du bien fondé de ses actions, et de son innocence dans tout ce qui pouvait, peut-être, toucher les arts occultes. Et si Juliette se remémorait l’épisode des serviettes, le lien, tout comme les raisons, venaient éventuellement d’être ainsi explicités.
***
Un autre jour, encore, de cette semaine durant laquelle la margrave Adélaïde von Mach s’était absentée.
Ce n’était pas la première fois que la maîtresse de céans s’absentait pour une durée aussi longue au cours des années qu’avaient connues les deux autres servantes, mais cela l’était pour la nouvelle-venue. Et c’était également la première fois qu’elle voyait Frédérick légèrement différent, et son comportement s’altérait au fur et à mesure de l’absence de sa femme. Il tournait de plus en plus souvent autour des trois domestiques du manoir, l’œil espiègle et plus taquin que jamais. Ses regards les suivaient toujours davantage ou qu’elles aillaient, peu importait ce qu’elles étaient en train de faire.
«Tout va comme tu veux ? » avait-il demandé à Juliette, glissant sa voix chaude au creux de son oreille alors qu’il lui frôlait la hanche.
Et la nuit de ce même jour, alors que Juliette ne parvenait pas à trouver le sommeil, elle avait entendu un léger déclic dans le couloir, suivit d’un petit claquement d’une porte que l’on venait de fermer. Des bruits de pas feutrés glissèrent à l’extérieur de sa chambre, en provenance, très certainement, de la chambre du margrave, et de temps en temps entendait-elle le parquet grincer. Allait-il venir la rejoindre ? Les pas s’arrêtèrent plus haut dans le corridor, juste en face de cette étrange porte qui demeurait tout le temps verrouillée à clef. Et le bruit d’une serrure se fit entendre, très légèrement, ainsi que celui d’une porte, à nouveau, que l’on referma. Suivi, encore du verrou que l’on verrouille à l’intérieur.
Bien entendu !
Xp : 150
Tu peux tous les utiliser si tu le veux ; pourquoi voudrais-tu attendre ta transformation ?
[Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitudes.
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Re: [Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitude
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Re: [Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitude
Juliette Dickens ne cessait de bouger dans son lit, agacée par le fait qu’elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Malgré cela la jeune fille aimait la nuit. C’était comme une illusion de paix dans un monde qui la connaissait si peu. Et alors qu’elle changeait encore une fois de position, les paroles d’Estelle lui revinrent en tête :Pour le moment je n’ai pas trop besoin d’augmenter les caractéristiques de Juliette donc je préfère en faire un gros tasJe me suis donc dit que la transformation était un bon stade à atteindre avant de commencer à dépenser
![]()
«Licinia est au courant […] C’est la margrave qui me fait cela, qu’à moi, après la disparition de la dernière servante. Elle prend un couteau, me coupe la peau et recueille le sang dans une coupelle. Je sais c’est insensé ! […]C’est trop bizarre, je ne sais pas si elle est versée dans la nécromancie, les trucs chaotiques ou… Ou je sais pas quoi ! mais de toute façon j’ai rien à voir là-dedans, je ne fais que faire ce qu’on me demande, et puis c’est tout, après j’ai plus rien à voir avec tout ça…»
Juliette Dickens en apprenait de jour en jour sur ce drôle de couple. Quelques jours plus tôt, Licinia lui avait expliqué que le margrave Frédérick von Mach avait plus ou moins tenté d’abuser de son pouvoir pour la mettre dans son lit. Mais la servante avait refusé et ce dernier n’avait pas insisté. Et maintenant c’était au tour de la margrave Adélaïde von Mach d’avoir ses petits secrets douteux. Sa maîtresse était-elle une chaotique ? Non, cela ne se pouvait ! Juliette ne voulait pas y croire. La margrave était une bonne personne : elle était venue la délivrer des geôles et Juliette lui serait à jamais reconnaissante pour cela…
Préférant oublier cette discussion qu’elle avait eue avec sa consœur, Juliette décida de se concentrer sur son sommeil. Et alors que ses paupières commençaient à se refermer, des bruits de pas feutrés l’empêchèrent de sombrer totalement dans le royaume de Morphée. Ces bruits venaient de la chambre du margrave ! Frédérick avait-il décidé de tenter sa chance avec la nouvelle servante ? Juliette adressa une rapide prière à Sigmar pour que cela ne soit pas le cas et s’enfonça plus profondément dans sa couverture.
Et quelques secondes plus tard, le bruit d’une serrure se fit entendre ainsi que le bruit d’une porte que l’on referme. D’après les estimations de Juliette Dickens, le margrave Frédérick venait d’entrer dans la pièce que cachait l’étrange porte qui avait toujours été verrouillée depuis l’arrivée de l’ancienne paysanne. La pièce pouvait-elle servir de laboratoire pour les expériences nécromantiques de la margrave ? De toute manière, la jeune femme ne pouvait pas vérifier car le margrave avait soigneusement refermé la porte à clef derrière lui.
Dorénavant trop agitée pour trouver le sommeil, Juliette décida de mener ses petites investigations dès ce soir. La servante sauta de son lit et elle eut un petit frisson lorsque ses pieds rencontrèrent le sol du manoir. Elle ne préféra pas enfiler ses petites chaussures, de peur de faire trop de bruits. Et elle sortit finalement de sa chambre en robe de nuit.
Quelques pas rapides plus loin, Juliette Dickens se retrouve nez-à-nez avec la porte de la chambre de Frédérick et d’Adélaïde. La jeune fille espérait fortement que le margrave ait oublié de fermer à clef sa chambre. La servante posa sa main sur la poignée et l’abaissa…
Si la chambre est ouverte, je la fouille. Par contre si la margrave a refermé derrière lui, je retourne dans mon lit![]()
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Re: [Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitude
Etait-ce le silence vespéral qui rendait tout nouveau son bien plus bruyant que durant la journée, ou était-ce simplement l’un de ces nombreux mystères qui hantaient la nuit ? Qu’importait la raison ; les faits étaient là. Le froissement de la couverture alors qu’elle la repoussait parut étonnement fort à la jeune femme, de même que les petits tapotements de la plante de ses pieds nus parcourant le sol, qui semblaient résonner dans la chambre. Cela ne s’intensifia que davantage encore alors qu’elle tournait la poignée de sa porte, lorsque le mécanisme ne put s’empêcher de la trahir de par un léger claquement, et sa profonde respiration, catalysée par la peur d’être découverte, lui sembla tellement puissante qu’elle crut que son souffle balayait tout le couloir.Hum… On ne sait jamais lorsque l’on peut en avoir réellement besoin ! n_n
Elle s’engagea dans le corridor, comme l’avait fait le margrave avant elle. Les mêmes bruits de pas feutrés, quoique plus légers, les mêmes craquements du plancher. Si elle était parvenue à les entendre, Frédérick ne pouvait-il pas faire de même ? En passant devant la porte à nouveau verrouillée, Juliette put entendre quelques sons qui filtraient au-travers du bois. Des murmures étouffés, des petits craquements, une fois de plus, de temps à autre, des grognements assourdis, et aussi, si elle tendait l’oreille, des grincements frénétiques d’un meuble qui protestait.
Mais c’était la chambre qui l’intéressait, la chambre que partageaient Frédérick et Adélaïde von Mach. Continuant de traverser le couloir, elle arriva jusqu’en face de la porte, dont elle tourna la poignée. La porte n’avait pas été verrouillée ; Licinia, Estelle et Juliette y allaient souvent pour effectuer leur service de nettoyage, et avaient ainsi toute l’opportunité de s’y rendre presque quand bon leur semblait. A ceci près que les motifs n’étaient plus les mêmes en cet instant précis.
Ce fut toujours le même luxe qui accueillit la jeune femme alors qu’elle pénétrait dans la chambrée, mais ce luxe était, en cette heure, en partie atténué par le voile de la nuit. Il n’y avait plus les scintillements et la nitescence des tapisseries ou de l’argenterie qui l’avaient surprise lorsqu’elle y était entrée pour la première fois ; seuls demeuraient, dans la pénombre, les contrastes les plus flagrants entre les teintes de couleurs les plus importantes, et ce grand miroir qui réfléchissait la lumière nocturne apportée par la fenêtre et les braises rougeoyantes qui terminaient de mourir dans la cheminée.
Cette belle chambre est toujours aussi vide de présence humaine, tout comme lorsque tu la nettoies ; tes maîtres te laissent en paix durant ce travail, ou peut-être ne veulent-ils pas tout simplement t’avoir dans les pattes. En revanche, elle te semble plus vide d’autre chose. La présence de la margrave, qui semble toujours planer sur le manoir, paraît avoir été occultée dans cette pièce, mais sûrement faut-il en imputer la raison à son absence et aux bagages qu’elle a dus prendre avec elle. Aussi y a-t-il beaucoup moins de ses affaires dans les tiroirs, commodes, placards et armoires. Il y a bien davantage d’effets personnels appartenant à Frédérick, toute cette vêture que tu ne connais que trop bien à force de l’avoir lavée au lavoir puis étendue dans la petite pièce où tu peux te laver. Mais tu trouves également çà et là plusieurs magnifiques robes d’Adélaïde, certaines qu’elle a portées récemment, d’autres bien plus anciennes.Test de perception : caché
(Bon, en fait, tu as eu de la chance, et effectivement, par ce fait, ce n’était pas nécessaire, là, de dépenser tout de suite ton xp
).
S’ajoute à cela des livres de chevet, des flacons de parfum, une carafe d’eau ainsi que deux verres, l’un à moitié plein sur la table de chevet qui doit certainement être du côté du margrave, l’autre, appartenant à Adélaïde, vide et sec. Il y a toujours ces chandeliers dont il vous faudra bientôt, à l’une de vous trois, changer une bougie dont la mèche et la cire arrivent à leur fin, et également cette petite coupelle emplie de divers fruits.
La salle de bain n’échappe pas non plus à tes disquisitions, et tu y découvres ce que l’on pourrait appeler du « maquillage » ; khôl, malachite, crème à base de farine, craies… Plusieurs petits coffrets s’y tiennent également, et, en les ouvrant, tu découvres une petite fortune de bijouterie. Colliers, soieries, brocards, bagues, pendentifs, amulettes, bracelets ; il semblerait que la margrave soit particulièrement portée sur ces effets-là, surtout si tu prends en compte le fait qu’elle en a certainement, en plus, emmenés avec elle. Et c’est là que ton regard perçant aperçoit, tu ne sais comment, au milieu de tout cet attirail, un petit pendentif qui semble bien moins riche que les autres, en étain certainement, sur lequel est inscrit un prénom : Laëssya.
- Juliette Dickens
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Re: [Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitude
La servante hésita. Elle appuya sur la porte de la chambre, celle-ci s’ouvrit légèrement en grinçant. Elle l’arrêta d’une main, se glissa dans l’espace dégagé puis referma doucement derrière elle.
Juliette Dickens s’aventura dans la chambre de la margrave et du margrave aussi silencieusement qu’elle put, les yeux et les oreilles grands ouverts. Dans l’obscurité, les couleurs perdaient de leur définition et la jeune fille ne retrouvait plus les scintillements habituels des tapisseries. Elle ne percevait seulement les contrastes les plus importants. Mais Juliette accueillait cette obscurité avec bienveillance. Elle l’aiderait à se dissimuler si la margrave faisait irruption dans la pièce.
Les planches du sol craquaient, très légèrement. Juliette se retourna pour tenter d’entendre les bruits de Frédérick von Mach. Aucuns bruits ne lui indiquèrent qu’il l’avait entendue. D’une démarche féline, l’ancienne paysanne se déplaça à travers la pièce à la recherche d’indices qui pourraient confirmer les propos de Licinia et d’Estelle.
Prenant bien garde à ne rien faire tomber, la jeune fille se dirigea vers la salle de bain. Elle ouvrit les nombreux coffrets que la pièce contenait et trouva une multitude de bijoux. Tout cela représentait une petite fortune. Juliette Dickens pouvait s’enfuir du manoir avec les coffrets et rebâtir sa vie grâce à cette fortune, mais encore une fois, sa loyauté s’y opposa fermement. Si elle sacrifiait ses valeurs pour de l’argent facilement gagné que deviendrait-elle ?
Mais alors qu’elle allait refermer le couvercle du dernier coffret, un petit pendentif attira le regard de la jeune fille. Il était bien moins joli que tous les colliers que le coffret contenait, mais un prénom y était inscrit : Laëssya ! A qui pouvait bien appartenir ce nom ? Une ancienne servante ? Juliette repensa à la bague qu’arborait fièrement Estelle ; elle savait donc que la margrave Adélaïde récompensait peut-être ses favorites avec des bijoux. Laëssya pouvait-elle être l’ancienne favorite de la margrave ? La jeune servante devrait questionner Estelle sur ce sujet, le lendemain.
Ne préférant pas trop s’attarder dans cette pièce, elle décida de regagner sa chambre avant que Frédérick von Mach ne la surprenne.
Et une fois qu’elle eût traversé le couloir sans encombre, ce n’est pas sans soulagement que Juliette Dickens se glissa sous la couverture rugueuse de son lit.
Juliette Dickens s’aventura dans la chambre de la margrave et du margrave aussi silencieusement qu’elle put, les yeux et les oreilles grands ouverts. Dans l’obscurité, les couleurs perdaient de leur définition et la jeune fille ne retrouvait plus les scintillements habituels des tapisseries. Elle ne percevait seulement les contrastes les plus importants. Mais Juliette accueillait cette obscurité avec bienveillance. Elle l’aiderait à se dissimuler si la margrave faisait irruption dans la pièce.
Les planches du sol craquaient, très légèrement. Juliette se retourna pour tenter d’entendre les bruits de Frédérick von Mach. Aucuns bruits ne lui indiquèrent qu’il l’avait entendue. D’une démarche féline, l’ancienne paysanne se déplaça à travers la pièce à la recherche d’indices qui pourraient confirmer les propos de Licinia et d’Estelle.
Prenant bien garde à ne rien faire tomber, la jeune fille se dirigea vers la salle de bain. Elle ouvrit les nombreux coffrets que la pièce contenait et trouva une multitude de bijoux. Tout cela représentait une petite fortune. Juliette Dickens pouvait s’enfuir du manoir avec les coffrets et rebâtir sa vie grâce à cette fortune, mais encore une fois, sa loyauté s’y opposa fermement. Si elle sacrifiait ses valeurs pour de l’argent facilement gagné que deviendrait-elle ?
Mais alors qu’elle allait refermer le couvercle du dernier coffret, un petit pendentif attira le regard de la jeune fille. Il était bien moins joli que tous les colliers que le coffret contenait, mais un prénom y était inscrit : Laëssya ! A qui pouvait bien appartenir ce nom ? Une ancienne servante ? Juliette repensa à la bague qu’arborait fièrement Estelle ; elle savait donc que la margrave Adélaïde récompensait peut-être ses favorites avec des bijoux. Laëssya pouvait-elle être l’ancienne favorite de la margrave ? La jeune servante devrait questionner Estelle sur ce sujet, le lendemain.
Ne préférant pas trop s’attarder dans cette pièce, elle décida de regagner sa chambre avant que Frédérick von Mach ne la surprenne.
Et une fois qu’elle eût traversé le couloir sans encombre, ce n’est pas sans soulagement que Juliette Dickens se glissa sous la couverture rugueuse de son lit.
Un peu plus petit que d’habitude…
- [MJ] Vivenef
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Re: [Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitude
- Le lendemain, si Juliette posa la question quant au fait de savoir qui pouvait bien être cette fameuse Laëssya, elle obtint un regard étonné de la part d’Estelle, qui lui annonça après un haussement d’épaules qu’il s’agissait de l’ancienne servante, celle qui s’était enfuie sans dire un mot. Estelle, en la présence de Juliette, n’avait jamais mentionné le nom de celle-ci, mais s’était probablement dit que, depuis tout le temps que la «nouvelle » qui n’en était plus vraiment une était présente au manoir, elle avait très certainement dut entendre une fois ou deux ce prénom.
Licinia lui donna sensiblement la même réponse, et, en ce qui concernait la question de la favorisation, la brune éclata d’un petit rire en lui répondant par la négative. Laëssya était en vérité bien plus belle que la margrave, si cela était seulement possible, et il semblait même qu’Adélaïde eût pu être jalouse de sa propre servante. Elle lui confia que si la jalousée s’était enfuie, c’était très certainement parce qu’Adélaïde, somme toute assez vaniteuse, n’avait pas réussi à supporter plus longtemps l’agréable joliesse de sa camériste, et l’avait peut-être congédiée, ou même, lui avait rendu la vie tellement impossible qu’elle s’était décidée à s’en aller d’elle-même.
«Ou peut-être la margrave ne supportait plus les regards que son mari lançait parfois à la dénommée Laëssya », gloussa Licinia. D’ailleurs… Il me semblait même qu’elle les lui rendait, tiens, elle aussi. » Soudain, elle tiqua, bloquant ses yeux sur le sol comme si elle avait dit quelque chose en trop, pensive, avant de faire comme si de rien n’était.
Et en parlant de regards de l’intéressé, Frédérick, une fois le matin venu, cessa les étranges manières et le comportement douteux qu’il avait pu avoir les jours d’avant avec les différentes jeunes femmes. Il se montra aussi courtois et amical que le pouvait l’être un maître de maison avec ses servantes, continuant, de temps à autres, ses plaisanteries sur le ton habituel, auxquels Estelle trouvait toujours à y répondre, taquine.
***Quelques mois avaient certainement dû déjà passer depuis que Juliette était devenue servante au manoir de ses maîtres, des mois au cours desquels la jeune femme avait éventuellement posé davantage de questions, mené des investigations. La margrave était revenue depuis un certain temps, et les bonnes vieilles habitudes avaient repris ; il n’était plus question de lambiner tranquillement sous l’œil placide de Frédérick, et Juliette, Licinia et Estelle avaient dû recommencer à trimer sérieusement.
Pourtant, en cette matinée, les choses s’étaient quelque peu décontractées. Licinia avait obtenu un peu de temps libre durant lequel elle était partie –très certainement, eu égard à son air guilleret- retrouver Maximilien à la taverne, Estelle s’occupait des poussières, et, pour une fois, ce fut à Juliette de suivre la margrave en ville.
Le port altier, le dos droit et une expression de sérénité gravée sur son gracieux visage, elle déambulait dans les rues d’Eisental, sa servante sur les talons. Dès qu’elle croisait quelqu’un, le passant la reconnaissait et s’assurait de savoir si elle allait bien ; on lui souhaitait la bonne journée, lui demandait ce qui leur valait l’honneur de sa présence céans-même, s’inquiétait de savoir si elle requérait quelque chose de précis, et Adélaïde les rassurait de par ses sourires bienveillants, distribués çà et là à ses gens.
Elle croisa le maire, également, et l’on s’arrêta un instant afin de discutailler, cordialement, des derniers évènements et éventuels problèmes qui touchaient le domaine. Le bourgmestre lui parla ainsi d’une étonnante et forte présence de goules dans le sud, mais, cela tombait bien, répondit Adélaïde, car Eisental pullulait de soldats, et personne ne savait quoi en faire. Oh, il était vrai, et il en venait chaque jour davantage ; peut-être sa Seigneurie consentirait-elle à envoyer une lettre en direction de Bechafen afin de réguler les renforts, ou même de les stopper en l’attente que l’on trouvât quelque chose à faire de tous ceux qui étaient déjà sur les lieux ? Elle y consentait. Et réfléchirait-elle à la possibilité de débloquer quelques fonds afin de bâtir de nouveaux baraquements pour toute la soldatesque, libérant ainsi de la place dans les deux auberges croulantes sous leur nombre ? Oui, elle y réfléchirait, bien qu’en apposant déjà deux conditions administratives sur lesquelles elle ne voulait pas reculer. Et, sur une dernière politesse, l’on continua son chemin.
Juliette était elle aussi, de temps à autre, saluée de la part de plusieurs soldats, paysans, fermiers ou commerçants, qu’elle avait à plusieurs fois croisés en se rendant au village pour diverses tâches. Elle était reconnue comme étant la troisième servante de la margrave, la petite dernière qui n’avait jamais posé de souci et se montrait aimable, quand bien même savait-on, de par plusieurs rumeurs qui avaient couru à ses débuts, qu’elle avait été retrouvée en prison.
Adélaïde ouvrit la porte d’une boutique, un couturier, semblait-il, et Juliette la suivit naturellement.
«Ah, Madame la Magrave, je gage que vous êtes là pour votre dernière commande ?, commença un homme assez âgé, tout heureux de cette visite qui lui rapporterait assurément.
- Effectivement ; dites-moi si je me trompe, mais il doit bien s’agir de deux robes à demi-filées de soie de Cathay, déjà payées.
- C’est cela… Enfin, presque. Il y a également une tunique, une houppelande, et un doublet matelassé à l’estalienne… »
Un drôle de silence se fit alors dans la pièce, tandis qu’Adélaïde arquait un délicat sourcil interrogateur en direction du tisserand, promesse d’un courroux profond si l’homme ne s’expliquait pas sur le champ. Et, alors qu’il semblait bien que ce n’était pas la première fois, à lui de répondre, balbutiant.
«Eh bien… C’est encore votre mari, à vrai dire. Il m’a rendu visite la dernière fois, en prenant commande et en me demandant de… De la mettre sur la vôtre. Ecoutez, je… Comprenez-moi, je ne peux pas, dans l’instant, lui refuser une demande de cet acabit en remettant en doute sa parole de Margrave… »
La maîtresse des lieux prit quelques secondes pour se recomposer une expression, et ce fut d’une voix maîtrisée qu’elle parvint à adresser ces mots à sa servante.
«Juliette, veux-tu bien aller trouver Frédérick et lui annoncer que je l’attends immédiatement céans-même ? Je ne veux pas connaître ses excuses ; qu’il vienne sur le champ. Et dépêche-toi, pendant que je tâche de trouver un arrangement. »
Il ne va pas sans dire que Juliette obéit prestement aux ordres d’une Adélaïde dont la froideur déterminée était dissimulée sous un masque de politesse, et qu’elle accourut sitôt fait au manoir. En regardant dans le salon, elle ne le trouva pas, pas plus qu’en jetant un rapide coup d’œil dans la cuisine ou la salle à manger. Montant à l’étage, elle ne le trouva ni dans son bureau, ni dans celui de sa femme, ni même dans sa chambre.
En vérité, ce fut guidée par des bruits de circonstance que Juliette se trouva naturellement devant une porte entrouverte. Et il ne lui fut pas nécessaire de passer la tête par la porte pour deviner ce qui se faisait dans la chambre d’Estelle. Une foule d’interrogations lui passèrent par l’esprit ; devait-elle les déranger tous deux, attendre qu’ils eussent terminé ? Etait-ce pour cela que la servante se montrait plus à l’aise avec le Margrave, plus provoquante ? Etait-elle en vérité la favorite d’Adélaïde ou celle de Frédérick, contrairement à Licinia qui, elle, avait refusé ses avances ? Depuis combien de temps cela se faisait-il ? Et surtout, Juliette ne voulait-elle pas devenir la favorite de la margrave ? Etait-ce-là un bon moyen d’y parvenir en allant la retrouver expressément pour tout lui conter, au détriment d’une Estelle qui y perdrait gros ?
- Juliette Dickens
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Re: [Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitude
En remontant le village pour retrouver le margrave Frédérick von Mach, Juliette croisa de nombreuses connaissances déambulant dans les ruelles ou sortant de la taverne et de laquelle sortaient rires et chants. Les gens qui la connaissaient lui adressèrent un signe de la main pour la saluer et la jeune servante leurs rendirent sans toutefois perdre trop de temps : la margrave n’était pas vraiment patiente surtout lorsqu’elle était en colère.J’adore ce dilemme !
Elle arriva finalement au manoir de la margrave et y entra en vitesse. Sans perdre de temps, elle se rendit au bureau de Frédérick ; personne. Puis elle alla voir dans la chambre du margrave et d’Adélaïde ; personne. Juliette pesta ! Frédérick était sûrement parti faire un tour à l’extérieur du manoir… à moins qu’il se soit barricadé dans la salle secrète. La jeune servante décida de tenter le coup avec la porte toujours fermée à clef.
Mais alors qu’elle passait devant la chambre d’Estelle, sa consœur, des petits gémissements attirèrent son attention. Non cela ne pouvait être ce à quoi elle pensait ! Juliette se figea et observa la scène grâce à l’entrebâillement de la porte mal fermée. Il s’agissait d’Estelle, dénudée dans son lit. Un homme nu était allongé sur le côté. Il roula un peu sur lui-même puis attira la favorite vers lui.
Cet homme était le margrave Frédérick von Mach !
Juliette Dickens vit Estelle se lover dans les bras du margrave et l’embrasser. Les mains de Frédérick glissèrent le long du dos de la servante, jusqu’à sa taille, et Juliette recula, elle en avait déjà assez vue. Elle en tremblait de rage. Comment Estelle osait-elle toucher au mari de sa maitresse ? De plus, cet acte de traitrise mettait Juliette dans une position forte délicate. Devait-elle prévenir rapidement la margrave ou attendre que les deux amants aient fini ? Adélaïde voulait rapidement voir son mari, Juliette ne pouvait pas attendre que Frédérick finissent sinon la margrave la prendrait pour une incompétente.
Mais soudain, les propos de Licinia sur l’ancienne servante lui revinrent en tête :
« Ou peut-être la margrave ne supportait plus les regards que son mari lançait parfois à la dénommée Laëssya […] D’ailleurs… Il me semblait même qu’elle les lui rendait, tiens, elle aussi. »
Licinia était donc au courant pour la servante et le margrave. Que cette fille pouvait être stupide et couarde ! Elle voulait toujours dissimuler ce qu’elle savait…
Juliette Dickens laissa retomber sa tête et tout son corps se relâcha. Elle ne pouvait pas en vouloir à Licinia, c’était son amie et ce n’était pas elle qui était en train de fauter. La servante se prit la tête entre les mains, perturbée et perdue. Que devait-elle faire ?
Un petit cri d’extase et les mouvements derrière la porte la firent se retourner. Elle soupira et avança sa main en direction de la porte de la chambre d’Estelle. Peut-être ne savait pas où cela allait la mener, mais elle savait en tout cas qu’elle ne voulait pas rester sans rien faire. Elle ne pourrait pas le supporter. Elle était trop perdue pour penser.
La jeune servante entra dans la petite chambre alors qu’Estelle était en train de chevaucher le margrave, telle une femme guerrière d’antan.
« Hum ! Frédérick von Mach votre femme vous attend chez le tailleur du village et elle ne semble pas vraiment prête pour patienter… »
J’attends de voir les propositions du margrave et d’Estelle afin que je ne raconte rien à Adélaïde… Ce n’est pas beau le chantage
- [MJ] Vivenef
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Re: [Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitude
Lorsque Juliette survint dans la chambre, annonça comme si de rien n’était qu’Adélaïde attendait le margrave chez le tailleur, la monture aussi bien que la cavalière, dans une harmonie assez rare, se mirent dans tous leurs états, cherchant coûte que coûte à cacher, dans de bien futiles mouvements, les preuves de leur méfait. Les draps et les pieds volèrent dans tous les sens alors qu’ils se séparaient l’un de l’autre, chacun allant retrouver un côté du lit qui, étroit, ne leur facilitait point la tâche.Pour celle qui avait eu l’idée de séduire le margrave à son tour… Hum… n_n
«Juliette ?! » Les deux cris vinrent du fond du cœur, simultanément, tandis que les regards semblaient déboussolés et qu’un soupçon de culpabilité et de crainte se peignit sur les visages. L’expression d’Estelle se décomposa, passant par toutes les étapes possibles et inimaginables, s’imaginant déjà que le pire était à venir. Elle porta un regard horrifié sur celle qui les avait dérangés, puis contempla le margrave dans une supplique muette et ravagée, l’implorant de trouver une solution.
Il n’y eut pas de ces puérils je peux tout t’expliquer, ou encore de ces fameux ce n’est pas ce que tu crois,non ; rien qu’une mine pensive et quelque peu inquiète de la part de l’homme, qui, allongé, méditait sur ce qu’il pourrait bien trouver à dire. Puis son visage retrouva son habituelle franchise, ses pupilles s’allumèrent à nouveau de cette petite touche d’espièglerie qui le caractérisait si bien.
«Estelle, peux-tu nous laisser ? »
Ce qui sonnait comme une demande était en réalité un ordre, mais la jeune femme ne se le fit pas redire deux fois. Elle qui ne savait que faire depuis ce qui lui semblaient être de très longues minutes trouva enfin une occupation à effectuer alors que son cerveau refusait vraisemblablement de penser ; ramasser ses affaires en vitesse et déguerpir aussi vite que possible. Alors qu’elle s’enfuyait, coupable, et refermait la porte un peu trop violemment derrière elle, l’homme reporta son attention sur la nouvelle-venue.
« Tu ne devais pas être là, et ce que tu as vu est des plus fâcheux. Mais ne sois pas trop dure avec cette petite ; je lui achète des babioles, lui fournis de plus beau vêtements de meilleure qualité, je lui donne simplement l’impression qu’elle est plus importante que ce qu’elle est véritablement, en tant que petite bâtarde d’un simple hobereau. Peut-être se croit-elle, si fait, aussi importante qu’Adélaïde, dans ces moments-là, qui sait. Il ricana. Comprends-la, c’est assez difficile, pour elle, après tout. »
Le margrave se leva alors, et, dans cette vanité d’être un bel homme et bien bâti, fit comme si la servante n’était pas présente. Sortant des draps, se découvrant, il alla récupérer à son tour ses affaires, et entreprit de se vêtir. Si Adélaïde le faisait mander, il savait tout de même, au-delà de sa condescendance, qu’il ne devait pas trop la faire attendre.
« Tu sais, tu n’es pas mal, toi non plus. Si jamais l’idée te vient, une fois… Il haussa les épaules, la déshabillant du regard tout en lui décochant un sourire aussi amusé que sournois. Tu sais où me trouver. Bon, et s’il faut que j’aille retrouver ma chère femme… Oh, et je compte sur toi pour ne rien dire ; il en coûterait très cher à Estelle. Bien plus qu’à moi, je te l’assure.
Et alors qu’il passait la porte de la chambre, il se retourna, un étrange sourire sur les lèvres, et avança vers Juliette.
En fait…, commença-t-il alors qu’il se glissait derrière elle et lui écartait les cheveux en lui soufflant à l’oreille. J’aimerais bien avoir ce même genre de discussion intense que j’ai eu avec Estelle, là, à l’instant, mais avec toi, si tu vois ce que je veux dire…Et ses doigts effleurèrent la peau du bras de la jeune femme. Tu as le choix ; si tu n’es pas d’accord, tant pis pour Estelle. »
- Juliette Dickens
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Re: [Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitude
- «Juliette ?! »
Les deux amants, qu’étaient Frédérick von Mach et Estelle, furent décontenancés de voir Juliette Dickens faire son apparition dans la chambre. Et la fautive quitta aussi rapidement qu’elle put son perchoir tandis que le margrave s’écartait d’elle dans une vaine tentative de dissimuler leur méfait. Mais cela ne servait à rien, Juliette Dickens les avait observé quelques secondes auparavant pour être vraiment sûr.
Le regard de Juliette ne cessait de détailler le margrave, de le scruter pour voir sa réaction. L’ancienne paysanne ne se soucia pas d’Estelle. Et comme à son habitude, le visage de Frédérick retrouva rapidement sa franchise et sa confiance. Il se tourna vers sa "compagne" et lui demanda de le laisser en compagnie de celle qui les avait découverts. Estelle ramassa ses affaires qui traînaient sur le sol et quitta rapidement la pièce, embarrassée.
Frédérick se redressa et commença à se rhabiller, sans être gêné par le fait de dévoiler son corps dénudé à la jeune servante. Et alors qu’il enfilait son pantalon, il commença à s’expliquer. Il valait mieux que Juliette fasse attention. Les mots étaient de véritables armes dans la bouche du margrave Frédérick von Mach. Il la prendrait comme une mouche dans du miel et Juliette se retrouverait rapidement dénudée dans le lit du mari d’Adélaïde.
« Tu ne devais pas être là, et ce que tu as vu est des plus fâcheux […] Tu sais, tu n’es pas mal, toi non plus. Si jamais l’idée te vient, une fois […] Oh, et je compte sur toi pour ne rien dire ; il en coûterait très cher à Estelle. Bien plus qu’à moi, je te l’assure.
Je rêve ? Non, je ne rêve pas… pensa Juliette.
En réalité, la scène aurait pu faire sourire Juliette s'il n'y avait pas eu ce sentiment dérangeant, presque malsain... Oui, d'ordinaire, elle aurait été amusée de ses mots et aurait pensé que Frédérick lui faisait une plaisanterie. Mais il semblait y avoir tellement cru... Un peu comme une sorte de prédateur. Ca n'avait pas été une plaisanterie, mais bien une tentative.
« En fait… J’aimerais bien avoir ce même genre de discussion intense que j’ai eu avec Estelle, là, à l’instant, mais avec toi, si tu vois ce que je veux dire… Tu as le choix ; si tu n’es pas d’accord, tant pis pour Estelle. »
Juliette n’eût plus aucuns doutes cette fois lorsque les doigts du margrave lui caressèrent les cheveux : c’était bel et bien une proposition ! C'est pourquoi la jeune servante se raidie lorsque sa main toucha ses cheveux. C'est pourquoi nulle chaleur amicale n’éclaira ses yeux lorsqu'il y chuchota ses quelques mots à son oreille. Une grimace de dégoût se dessina même sur le visage de la jeune servante alors que Frédérick lui chuchotait ses quelques mots à l’oreille.
« Je pense que vous allez un peu vite, un peu loin ! » rétorqua la jeune femme d’un ton glacial.
Et sur ces mots, le margrave quitta la chambre pour rejoindre sa femme. Juliette patienta quelques secondes, elle ne préférait pas faire le trajet jusqu’à chez le tailleur en sa compagnie. Depuis le départ de Frédérick, la servante respirait mieux, elle se redressa et laissa son calme revenir.
Une fois prête, elle sortit du manoir pour rejoindre Adélaïde von Mach. Juliette savait éperdument que cette histoire ressurgirait un jour ou l’autre…
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Re: [Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitude
- Ce fut sur un sourire amusé que l’homme quitta nonchalamment la pièce, laissant sur place une Juliette aussi inquiète qu’en colère. Reprenant doucement ses esprits, la servante attendit un certain temps afin d’être certaine que l’homme la devançait, sans risque de le rattraper en cours de route. Et elle fit le chemin en sens inverse, jusqu’à se retrouver dans la boutique du couturier et sa porte qu’elle poussa.
«…sez de toi et de tes manigances ; tu pourrais au moins m’en informer avant de prendre ce genre de décision, et peut-être, aussi, te les payer toi-même !
- J’ai oublié, ma chérie, allons, cela arrive. Et je n’ai plus trop d’argent pour le moment ; pourrais-tu m’en prêter maintenant pour que je paie moi-même ce que j’ai commandé ? »
La margrave semblait dans une fureur extrême, aussitôt interrompue par la remarque de son mari. Et elle le regardait, là, les yeux grands comme des soucoupes, à se demander s’il se payait réellement et surtout sa tête actuellement. Lui la contemplait en retour, manquant d’éclater de rire à la vue de l’expression de sa femme, s’amusant comme toujours à repousser au plus loin les limites du tolérable et à tenter de deviner la future réaction d’Adélaïde. Et au milieu des deux mais quelque peu en retrait demeurait un couturier qui ne savait plus où se placer, hésitant entre le fait de se taire ou de tenter une maigre approche pour calmer ces deux-là.
«Mais que fais-tu, bon sang, de ce que je te donne déjà ?! Encore à les gaspiller dans des paris débiles à la taverne ? » Adélaïde semblait excédée, prête à le gifler, tandis que Frédérick venait de remarquer la présence de Juliette. Alors qu’il la vit, son regard brilla d’une étincelle sournoise, et il s’apprêta à donner une raison à sa femme qui semblait mettre en péril la servante quand sa femme, après avoir suivi son regard, l’interrompit dans son élan.
«Et toi, là aussi, pourrais-je savoir pourquoi tu as mis tant de temps pour arriver alors que je t’avais dit de faire vite ?! Oh, et puis non, je m’en contrefiche ; contente-toi de prendre tout ça et de les rapporter au manoir. Et tu pourras y rester, cette fois-ci ! »
Là-dessus, la margrave lui remit l’ensemble des vêtements de la commande. Si elle ne lui dit pas ouvertement d’y prêter la plus grande attention, quelque chose dans son regard fit passer le message à une Juliette qui devait assurément déjà s’en douter. Ce n’était certainement pas le moment de l’endêver davantage.
Alors qu’elle rentrait au manoir, Juliette croisa Estelle dans l’escalier, et celle dernière, loin de sa petite suffisance habituelle, baissa honteusement la tête, et le petit claquement de ses chaussures sur les marches se fit plus frénétique et rapide encore alors qu’elle dévalait l’escalier, cherchant à se soustraire aussi vite que possible du regard de sa consœur. Il en fut de même tout au long de la soirée alors que tout le monde était rentré ; Estelle ne pipa mot, et son regard se fit plus fuyant que jamais.
Et si ce regard-là ne croisa plus celui de Juliette, un autre ne la quitta plus des yeux. Frédérick la suivait continuellement des yeux où qu’elle allât, et il s’amusait discrètement à la frôler de la main alors que la servante lui apportait à manger ou débarrassait la table. La margrave, elle, semblait s’être quelque peu calmée, encore qu’il était évident qu’elle y pensait de temps à autre ; lorsque son regard se perdait dans le vague et que sa fourchette s’arrêtait en l’air, sa mâchoire de crispait imperceptiblement et ses yeux, au-travers du voile brumeux de l’expression pensive, se durcissaient légèrement. Quant à Licinia, le mutisme de la blonde l’avait contaminée, et, comme si elle se doutait de quelque chose, affichait un petit air nerveux, lançant quelques regards interrogateurs par-ci par-là auxquels personne ne répondit, sauf si Juliette décida par la suite de lui parler en privé.
***La nuit était venue, et l’on était parti se coucher dans cette étrange atmosphère perturbante où personne ne parlait, où les regards se faisaient fuyants lorsque d’autres se voulaient accrocheurs. Juliette entra dans sa chambre, et, alors qu’elle se déshabillait, entendit les pas d’Adélaïde et de son mari s’engager dans le couloir pour finir par gagner leur chambre. L’ancienne paysanne se glissa dans son lit, sous ses couvertures, alors que le silence se faisait. La nuit avait pour elle qu’elle procurait cette expérience reposante d’atténuer toute seule les bruits provenant de l’intérieur que pour mieux laisser filtrer ceux qui s’entendaient en-dehors des murs, à travers la fenêtre. Le manoir était silencieux tandis qu’à l’extérieur, une petite brise soufflait, apportant avec elle les stridulations des criquets et le hululement lointain d’un hibou.
Et soudainement, ces bruits vespéraux furent occultés par une autre nuisance sonore, provenant, elle, de l’intérieur du manoir. Dans le couloir, quelqu’un se déplaçait, et Juliette put reconnaître, à nouveau, les pas du margrave qui se dirigeait vers la pièce verrouillée. Immobile, la jeune femme écouta, pour ne se rendre compte, pétrifiée, qu’il ne s’y arrêtait pas, et continuait dans sa direction. Alors que les pas, légers, se faisaient chaque fois plus proches et que le bruit du parquet qui protestait faiblement se faisait de plus en plus fort à mesure qu’il se rapprochait, un frottement fut audible. Sur la porte de la pièce de Juliette, comme si l’on y laissait courir un doigt. Puis la poignée s’abaissa doucement… Que pour remonter trois secondes plus tard, aussi légèrement, et les pas continuèrent dans le couloir, empruntant alors l’escalier. Deux minutes plus tard, et l’homme remonta, repassa dans le couloir, devant la porte, faisant à nouveau glisser un ongle sur le bois rugueux du battant de la jeune femme en une promesse à ne pas oublier. Et, alors qu’il alla se coucher pour de bon, la nuit reprit ses droits, paisible, dans sa quiétude coutumière, tandis que Juliette, elle, ne pouvait peut-être pas en dire autant.
Tiens, toi aussi tu places ton post dans une "list", maintenant ?
- Juliette Dickens
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Re: [Juliette Dickens] Fuite éperdue et inavouables habitude
Alors que Juliette Dickens débarrassait l’assiette d’Adélaïde von Mach ainsi que celle de son mari, ce dernier s’amusa à frôler délicatement le bras de la jeune servante. D’un seul coup, le souffle quitta Juliette, désertant sa poitrine, la faisant délicieusement souffrir. Délicieusement, cette soudaine dégringolade, la servante la connaissait bien. Elle ne laissait qu'une gorge brutalement serrée, une bouffée de chaleur aux tempes et aux joues. Mais son corps reprit sa vaillance, aussi subitement qu'il avait chancelé. Sa respiration se dégagea, ses poumons se déployèrent de nouveau. Mais la sensation de la main du margrave sur son bras ne la quitta plus.J’ai trouvé que ta mise en page était jolie alors je te l’ai piqué
J’espère que cela ne te déranges pas ?
Sinon Frédérick devient de plus en plus inquiétant =/
Le regard de Juliette s’égara sur le visage de Frédérick von Mach. Etait-ce de l’amusement dans son regard ou de l’intimidation ? La jeune fille préférait le premier, mais rien n’était moins sûr. Ses lèvres étaient fines mais pleines à la fois... Ca n'avait strictement aucun sens, mais le fait était là : il l’attirait.
Evidemment dans une autre situation, il n’y aurait rien eu de mal à ça. Juliette avait déjà désiré des hommes. Mais le margrave ne lui inspirait pas la douceur ; il lui instillait plutôt la brutalité. La possession.
Juliette battit des paupières, cherchant à chasser ce sentiment naissant. En vain. Son sang chauffait et elle commençait à s’énerver.
Contre elle-même pour cette envolée impérieuse. Contre Frédérick, pour cette façon qu’il avait de faire ainsi virevolter ses sentiments. Ce n’était pas possible de tomber ainsi en pleine… contradiction ! Juliette se serait bien giflée si elle avait été toute seule.
Mais les traits de la servante ne laissaient aucun doute sur la fermeté de sa réaction si le margrave tentait une seconde approche. Ici, son existence n’était pas en péril, mais sa dignité, si. Sa dignité en tant que femme !
Ne voulant pas que la margrave Adélaïde von Mach remarque le malaise entre sa servante et son mari, Juliette quitta la pièce d’une démarche pressée, les assiettes en mains. En compagnie d’Estelle et de Licinia, elle commença à nettoyer la vaisselle. Comment Frédérick ne pouvait pas remarquer qu’il était en train de mettre son couple en périls ? La situation d’aujourd’hui ne l’avait-elle pas fait redescendre sur terre ? Heureusement pour lui que Juliette avait décidé de rester silencieuse, même sous les reproches de la margrave sur sa rapidité à aller chercher son mari…
Depuis cette découverte embarrassante, Estelle évitait du regard sa consœur. Juliette aurait bien aimée avoir des explications de sa part, mais pour le moment ce n’était pas dans la tête de la fautive. Licinia, quant à elle, était encore une fois perdue. Elle essayait d’obtenir des informations en lançant des regards interrogateurs à Juliette. Pour le moment, l’ancienne paysanne ne voulait pas se confier à son amie. D’ailleurs celle-ci devait déjà être au courant pour la relation entre le margrave et Estelle.
Une fois la corvée terminée, les servantes décidèrent de regagner leurs chambres respectives. Et alors qu’elle montait les escaliers, Juliette passa devant le margrave, qui lui lança un sourire enjôleur. Ce type-là trimballait sur ses épaules une sensation très inquiétante. Il donnait au monde une vision pleine de sombres saveurs, de cyniques parfums. Il aurait pu pouvoir se moquer de tout. Oui, il paraissait être ce genre de personnage : égoïste, mordant, habile et moqueur. Ceux qui font des sources d'ennuis intarissables... Etait-ce ça qui faisait son charme ? Non, c'était en partie son charme qui faisait de lui ce qu'il était, ou ce que Juliette pensait qu'il était... Sans un caractère aussi enjôleur et une si grande facilité à faire tourner la tête des gens, sans doute eût-il été moins cruel.
Juliette Dickens souffla un grand coup lorsqu’elle se retrouva seule sous sa couette. La margrave et son mari avaient rejoint leur chambre depuis quelques minutes déjà lorsque des bruits de pas se firent entendre. La servante reconnut très rapidement la démarche de Frédérick et croisa instinctivement ses jambes. Et alors qu’il passait devant sa chambre, le margrave laissa courir ses doigts sur la porte et joua quelques secondes avec la poignée de manière subtile. Et deux minutes plus tard, il fit de même avant d’aller se coucher pour de bon.
Frédérick commençait à l’inquiéter. Juliette ne savait réellement que penser de lui, sinon qu'il était redoutable et adroit à la manipulation. Si le margrave continuait à jouer avec elle, l’ancienne paysanne ne pourrait tenir sa langue indéfiniment et elle irait prévenir Adélaïde des agissements de son mari…
