
Martin [MJ Assistant]
Regard quelque peu douteux aux propos du Rosenbach. Désertion ? Il en avait de drôles lui...
Hum... Homme d'arme dans l'Empire c'est pas la même chose qu'en Bretonnie messire... pires que des chiens.... Mais oui da, j'en prends grand soin à chaque fois à Altdorf, dit il en tapotant le gourdin qui pendait à sa hanche.
Les docks grouillent de vermines.
La discussion traina encore en longueur avant de s'épuiser, tandis que le soleil montait au zénith, bien que toujours dissimulé sous les nuages gris. Pour leur plus grand malheur, ils eurent également le droit à une grosse ondée d'une heure, durant laquelle le manteau de paille révéla son utilité. Non pas qu'il protège totalement de la pluie, mais au moins la cape d'Alexander n'était elle pas transformée en serpillère à la fin de l'intempérie. Juste humide et un peu mouillée, alors que le bestiau de Sylvain avait continué de tirer la charrette comme si de rien était.
Solide bestiau, vraiment. Haut, épais, musclé... Bon, certainement pas taillé pour la course puisque c'était pas ce qu'on lui demandait, mais l'intérêt que lui portaient des petites gens pour les travaux des champs sautait aux yeux.
Une bonne bête pour les gros travaux fatigants, du genre de ceux à vous briser le dos d'un homme.
L'ondée terminée, ils purent souffler un coup. Les routes étaient un peu boueuses mais Sigmar merci bien conçues puisque l'on était dans les environs directs d'Altdorf. L'administration impériale était assez forte et riche dans la région pour entretenir passablement les routes, au point que les fossés aux bords de la voie étaient dégagés de toutes branches ou obstacles empêchant l'eau de pluie de s'écouler convenablement dans des ravines et ruisseaux en contrebas de la route.
Néanmoins le trafic était bien mince en cette saison. Un patrouilleur à la mine patibulaire, les inspectant de son regard inquisiteur avant de les dépasser en sens inverse, une patrouille de piétons les croisant bien plus tard, vannés par la marche, la boue et la pluie....
Paysage morne et peu engageant. Bosquets, cabanes de bucherons sur les hauteurs, charbonniers, mais à mesure que l'on s'approchait de la destination du Rosenbach, la densité humaine augmentait.
Alors qu'ils se régalaient des rillettes de la femme de Sylvain, délicieuse chaire de poisson mêlée à des petites olives tiléennes, venant apporter une touche d'acidité au tout, avec du pain aux céréales.
On était certes loin du pain blanc auquel Alexander était habitué au manoir familial, celui ci étant bien plus "croquant", la faute à des graines rajoutées à la farine et également des noisettes mêlées à la mie, mais les rillettes faisaient en sorte que le tout soit décent.
Le "repas" du midi faisait plus penser à un gros apéro qu'à un vrai repas... Mais vu sa compagnie, pouvait il réellement se plaindre ? C'était bien moins pire que ce que l'on aurait pu prévoir.
Bon par contre pas de vin ou de bière pour accompagner la graille, juste de l'eau de pluie.
Mais jusque là son compagnon de route s'était montré décent, pour un gueux. Aussi, dans sa grande mansuétude, bien noble qu'il était, le cadet Rosenbach condescendit à partager sa bonne humeur au petit homme, lui faisant savoir que son hospitalité était la bienvenue. Il s’acquittait très bien de sa tâche. Un brave sujet que voilà.
Aussi, du haut de sa grandeur, consentit il à lui octroyer une bonne grosse pièce d'argent, en reconnaissance de la valeur de ses bons et loyaux services.
Une pièce dont le loyal sujet hésita à se saisir quelques secondes avant de hausser les épaules. Pourquoi pas après tout. C'était un argent facilement gagné. Avec ça il aurait les moyens d'acheter quelques autres hameçons, filets ou du tissu pour sa douce. Ou pour les gamins. De la toile ou même de la bonne laine. Ou alors un poulet à la maison. Pour avoir un œuf presque tous les jours. Et jouer avec les enfants. Oui, ça sonnait pas si mal une poule. Allez, va pour une poule.
Tout à son arithmétique et ses projets de vie, le paysan mit quelques secondes à se reprendre pour payer attention à ce que lui disait son voisin.
L'Oberhausen District ? Nop. La dernière fois où il avait mis les pieds là bas... Ça devait être pour un défilé il y a des années. Il ne connaissait du coin que la longueur des allées et la qualité du pavé. C'était juste le quartier le plus au Sud d'Altdorf, où on trouvait la petite et moyenne noblesse de la ville, là où les grands préféraient rester dans leurs manoirs en campagne ou au Paledstadt. L'Oberhausen District, on y entrait directement par la porte Sud, la sécurité y était moins dégueulasse que sur les docs... Et c'étaient pas les gens comme lui qui y allaient. C'était pas un endroit pour eux. Rien que le regard des gens quand vous y posiez les pieds, vous saviez que vous n'y aviez votre place.
Quand à ce comte Münchhausen là.... Nop. Jamais entendu parler. Mieux valait s'adresser à la milice. La garde de la ville était bien plus serviable dans ces zones là.
On se rapprochait d'Altdorf, Alexander et Sylvain ayant déjà traversés quelques patelins et - dépourvus de palissades ceux ci - et des grosses fermes fortifiées, disposées d'un côté ou de l'autre de la route, route dont le cahot diminuait quelque peu, pour le plus grand bonheur du fessier du Rosenbach.
Les bosquets laissaient la place aux prairies. Les prairies aux champs. Les champs aux cabanes et bidonvilles.
On approchait des faubourgs d'Altdorf, ceux ci s'étendant sur plusieurs centaines de mètres avant de s'arrêter aux remparts de la capitale impériale. Les cheminées derrière les remparts, pour la plupart, crachotaient déjà quelques volutes de fumées, aux côtés des fumées bien plus grosses et noires de lâchées dans les cieux par quelques ateliers ou manufactures encore en activité à cette heure tardive.
On était encore à quelques cinq cent toises des premiers bidonvilles lorsque Sylvain demanda au nobliau si celui ci préférait que leurs chemins se séparent dans l'instant, ou bien plus loin.
La capacité du citoyen à suggérer pareil subtil départ surprit agréablement Alexander qui ne pu qu'agréer dans le sens du conducteur. Il était déjà assez honteux qu'il ait eu à voyager sur un charriot transportant du poisson, si l'on était venu à l'apercevoir, ou même le reconnaître, c'eut été encore pire. Mieux valait que le Rosenbach mette pied à terre et laisse Sylvain parcourir les dernières toises de lui même. Après tout, Alexander pouvait sans doute atteindre la porte de la cité sans trop de difficultés. La route vers celles ci était toute droite.
Adieux donnés, Sylvain lui laissa néanmoins un avertissement avant de partir : celui de se tenir éloigné des docs et des gangs.
Effectuant le reste du trajet à pied, se remémorant sa dernière visite à Altdorf, enfant, il essaya d'en tirer quoi que ce soit d'utile pour trouver le comte mentionné par son paternel... Mais rien ne lui venait à l'esprit. A cet égard, Syvlain, bien que d'une aide limitée, avait été plus utile que sa propre caboche.
Tient, d'ailleurs ça devait être son chariot qu'il reconnaissait au loin, s'engageant dans une rue perpendiculaire celle qu'il empruntait en ce moment même.
Avec le monde qu'il y avait dans les rues, quand bien même le soleil était en train de se coucher, le conducteur avait intérêt à ralentir. Que la foule soit encore plus dense et marcher eusse peut être été plus rapide que chevaucher un destrier.
De son côté, la vue des environs n'avait rien de bien impressionnante. En fait c'était même la misère. Bidonvilles cotoyaient cabanes construites de bric et de broc, pas mal de mendiants faisant la manche, des femmes de petite vertu effectuant du racolage à même le pavé, ouvrier en frusques sales revenant des champs ou de la ville, se tuant à la tâche dans quelques ateliers sales et dangereux.... Et des gamins, aussi. Qui jouaient au chat, malgré la densité de la foule, percutant par moment les passants... Dont Alexander.
Percuté au niveau de la taille. Là où se tiendrait, en temps normal, sa bourse. Bourse qu'il avait caché, devenu paranoïaque depuis la perte de son cheval, sous ses vêtements. Donc là, s'il n'avait pas pêché de prudence, il se serait retrouvé sans le sous, après avoir perdu son destrier et ses papiers. Joie.
Voilà de quoi gâcher son humeur d'une journée qui ne s'était jusque là pas déroulée trop mal.
Sigmar ait pitié de lui, de tomber, à chaque fois, si de malhonnêtes âmes... Mais pas question de laisser passer ça. Essayant de le rattraper au vol.... Le noble vit le gamin lui échapper. Un instant il était sous sa main, l'instant d'après il n'y était plus. La faute à sa cotte de maille qui l'avait gêné dans la manœuvre. Mais il était un Rosenbach par Ulric ! Pas question de le laisser s'en tirer si facilement ! Maîtrisant son déséquilibre, grâce à toutes ces leçons passées auprès d'Aras, il se rétablit sur de bonnes bases, pivotant à moitié, pour se mettre en course du garnement. En quelques grandes enjambées, il rattrapa celui ci. Sa plus grande taille lui permettait de courser le voleur plus rapidement, au point de le chopper par le collet pour le stopper.
Tiré en arrière, l'apprenti voleur eu un hoquet, ses frusques étant d'assez solide qualité pour ne pas se déchirer sur le coup, mais au contraire attirer le haut de son corps vers l'arrière et ses jambes vers l'avant.
Une solide main sur son épaule, le petit ne pouvait pas s'enfuir. Alexander étant noble, et victime d'une tentative de vol, il aurait été en droit de foutre au garnement une raclée monumentale manu-militari, voir même de lui briser quelques os pour la peine. Ou l'envoyer au guet qui se serait fait une joie de foutre ce moins de rien dans quelques atelier spécialisé dans le redressage de cette engeance.
Mais, grand prince, et parce qu'il n'avait rien perdu dans l'affaire, si ce n'est peut être une minute de son temps, il se contenta d'une solide taloche sur la tête du gamin, avant de lui ordonner, d'une voix solidement assurée, de ne plus recommencer ce genre de bêtises pour lesquelles on envoyait un homme adulte aux galères. Ou du moins de ne plus recommencer sur lui.
Les yeux aux bords des larmes par le coup provoqué, le gamin eu la bonne idée de remuer la tête de haut en bas.... Et Alexander de remarquer que, derrière le voleur en herbe, la présence de quelques individus au bout de la ruelle, regardant Alexander à leur tour, qui les regarda à son tour... Et de sentir une sueur froide dans son dos.
Il était seul.
Sans cheval.
Dans un lieu pas très sigmarite.
Avec des gens encore moins sigmarites.
Et il faisait nuit putain....
S'assurant vite fait que personne n'était dans son dos, le nobliau prit grand soin de ne pas quitter des yeux le groupe au bout de la ruelle. Groupe qui s'était relevé pour l'observer, mais sans pour autant s'approcher de lui pour le moment.
Groupe vers lequel se dirigeait le gamin qu'il avait taloché précédemment.
Ce soir là Alexander Von Rosenbach prit la bonne décision de laisser les choses en l'état et de, non pas prendre ses jambes à son cou, mais de marcher glorieusement vers la victoire. Juste dans l'autre sens. Les spécialistes appelant ça un "repli stratégique".
Dans une autre vie, le cadet des Rosenbach, faisant preuve de témérité, aurait pu finir sur le pavé, la gorge tranchée, se vidant de son sang. Ou tout simplement bastonné et dépouillé de toute dignité et richesse matérielle.
Mais nous n'étions pas dans une autre vie. Ce genre de conjectures n'avait lieux que dans les palais de l'Architecte. Pas dans les ruelles moisies des faubourgs d'Altdorf, desquels s'éloignait un Alexander de plus en plus inquiet, en direction des portes de la cité impériale, symbole de puissance mais également de sécurité. Sécurité face à tout envahisseur. Sécurité face à des bandits et hommes bêtes écumant la campagne. Sécurité contre le petit peuple, ces foules de réfugiés et précaires ayant effectué un exode rural.
Pressé, stressé, angoissé, le Rosenbach ne paya guère attention à la magnificence des murs de la capitale, de la hauteur de ses tours, de la puissance des canons la gardant, de l'état dépenaillé des gardes à la porte, laissée ouverte à cette heure ci du fait du flux d'ouvriers qui sortait encore d'Altdorf pour s'en aller vers les faubourgs.
La milice, ennuyée, ne fit pas trop d'histoires lorsqu'un Alexander sauvage surgit des faubourgs pour leur mettre sous le nez sa "dérogation" signée du burgmeister Siegfried pour entrer dans la ville sans avoir à payer la taxe d'entrée, celle ci s'élevant tout de même à une pistole par jambe. Non pas qu'Alexander soit radin, mais ça faisait quand même cher de payer trois pistoles pour entrer dans la ville quand il lui restait si peu de fonds.
De l'autre côté des murs, Alexander pu enfin souffler un coup.... Avant de réaliser qu'il ignorait où aller pour trouver la demeure du comte de Münchhausen. Alors il pouvait certainement déambuler dans l'Oberhausen District au hasard jusqu'à ce qu'il tombe sur un panneau avec marqué en gros dessus "Demeure de l'honorable comte de Münchhausen", ou tout simplement choper un homme du guet par l'épaule et demander son chemin.
Ce qu'il fit, une fois qu'il se fut adapté à l'air ambiant, chose plus difficile qu'il n'y paraît, au vu des miasmes fabriqués par cette noble ville qu'était Altdorf. Car à la seconde où il posa un pied dans celle ci, de l'autre côté des portes de la cité, il fut assailli d'odeurs loin d'être agréables. Sueur, merde, pisse, fumées.... En l'absence de vent fort, ces odeurs restaient au-dessus d'Altdorf, pour vous retomber dessus à la première pluie. Pis que tout, même si l'on était dans un quartier relativement aisé, certaines canalisations n'étaient pas dans le meilleur des états, pouvant parfois être confondues pour des marais urbains.
A plus d'une fois le Rosenbach eut à faire un détour plutôt qu'à devoir tremper ses bottes dans une flaque au liquide inidentifié.
Et de payer une grande attention aux rues où pouvaient parfois débouler à grande vitesse des coches, heureusement signalés par le bruit des fers des montures sur le pavé, et souvent une lumière au niveau du cocher, petite lanterne destinée à mieux repérer ces engins de mort qui à deux fois manquèrent de peu de l'écraser pourvu qu'il ne se range à toute vitesse pour se coller aux murs. Et pis encore, les flaques dans lesquelles les grandes roues se jetaient à toute vitesse, éclaboussant les malheureux ayant énervé Ranald pour leur donner une nouvelle douche. Ainsi le bas de la cape du cadet furent complètement salopés par un jet de... boue ? De boue dirons nous, projeté par un énième coche ivre de vitesse.
Et on était même pas dans un quartier mal famé.
Véréna merci, en ces temps civilisés, la ville était éclairée par de multiples lanternes, suspendues à de grands poteaux, fournissant des cercles de lumière desquels on pouvait se déplacer dans une relative sécurité, en plus des lumières procurées par les fenêtres aux volets encore ouverts, où chandeliers débordant de lumière et moult bougies permettaient d'éclairer de manière marginale les rues en contrebas.
Repérant une procession d'une demi-douzaine de torches, Alexander identifia en ces patrouille un groupe d'hommes du guet... Mais en fait non. Juste un groupe de citoyens concernés par la sécurité de leur district, pleinement motivés à assurer la noble mission qu'était celle de veiller à l'ordre public des environs, non pas en concurrence mais en complémentarité de la garde civile.
Très bien motivés que ces miliciens. Même si dans le tas certains semblaient assez éméchés ? Mais qu'importe ! A Remas, fait comme les remassiens.
Faisant fit de l'absence de tabards, juste quelques brassards enfilés à un bras, il s'enquit auprès de ces braves gens de la demeure de l'honorable comte de Münchhahausen.
Tourner à droite à la cinquième intersection, puis continuer tout droit jusqu'à la "lanterne verte", prendre à gauche du "marais".... Et autres indications sibyllines que le nobliau parvint à traduire avec quelques peines. Le dialecte local avait ses propres significations, même si moins difficiles à comprendre que de l'argot.
Ainsi la "lanterne verte" signifiait une lucarne au verre verdit. Le "marais", une canalisation noyée dans une grosse flaque - encore une -. De même, à mesure qu'il progressait, le sens des indications fournies donnait son sens.
Et ainsi finit il par parvenir au manoir du comte, une demeure dans un style tout impérial, de plusieurs étages, de bois et de pierre, derrière un muret de pierre de deux mètres et un bon portail de fer forgé. Et il y avait même une écurie d'un côté du portail, ainsi que quelques plantes. Joie. Ça changeait des demeures aux styles architecturaux complètement chaotiques, comme ce manoir aux colonnes obscènes, typiquement tiléennes, couvert d'un dôme étrange, ou les pauvres maisons en colombages, à la chaume noircie par le temps et le manque d'entretien.
Non. Là on avait quelque chose de respectable.
Retait désormais à entrer. Et bien entendu le portail était fermé d'une bonne chaine.