et la mort paisible.
C'est la transition qui pose problème. >>
Isaac Asimov.
***
Altdorf, capitale de l'Empire - Quelque temps après la nomination de Karil Dasmof

... et depuis cette date, tous les sorciers des Collèges, anciens et nouveaux, doivent prêter serment d'allégeance à l'Empire et faire voeu de neutralité envers toutes ses factions et toutes ses dynasties. >>
Neutralité, pfeh. Quel étange mot, Kahrel.
Depuis qu'il avait commencé ses recherches, le spectre n'avait cessé de faire des commentaires. Bien qu'il ne connaisse absolument rien à l'Empire et que tous deux découvraient l'Histoire à chaque fois qu'ils ouvraient un grimoire, il ne pouvait s'empêcher de faire des remarques sur ce que Karil lisait - et donc d'interrompre la lecture à chaque fois.
Karil avait passé le reste de son apprentissage ainsi, entre les repas oubliables et les lectures commentées. Il n'avait pas croisé un seul de ses anciens camarades durant tout ce temps - il n'en avait pas eu le temps, et surtout pas l'envie. Il n'avait pas peur de les revoir, ni peur de leur réaction après son "élévation" - il n'y avait pas de terme facile pour dire "atteindre le rang de compagnon sorcier des Collèges". En fait, il n'avait juste pas envie. Il n'avait pas envie de savoir l'heure du repas. Il n'avait pas envie de parler, manger, ou même dormir. Il n'avait envie de rien, pas même de rire ou de grogner, même lorsque sa jambe le tiraillait encore de temps à autre, lorsqu'il restait immobile trop longtemps.
Il aurait pu être curieux, blagueur, intrigué par ses nouvelles capacités - après tout, il avait désormais accès aux trois-quart de la bibliothèque, il pouvait déambuler dans l'intégralité du Collège, il n'avait plus aucun examen à passer ni d'expérience à produire, et il avait même accès à l'une des langues spécifiques du Collège d'Améthyste. Il aurait pu en profiter, en abuser, s'en servir pour le loisir - mais il n'en avait pas envie. La seule raison pour laquelle il faisait quand même quelque chose, c'était parce qu'il n'avait pas envie de ne rien faire, et parce que le spectre lui remuait les méninges s'il ne faisait rien du tout.
***
La page du grimoire se tourna, présentant une superbe enluminure de géographie. Elle représentait l'Empire dans son ensemble, avec les grandes régions, les fleuves et les plus importants blasons. A coté, sur une feuille de vélin tout aussi sublime étaient tracées les routes, les haut-lieux et capitales régionales ainsi que les nations environnantes. L'ouvrage était ancien, extrêmement détaillé, copié à la main, fabriqué sans aucun doute sur demande spéciale, et ce avec des pigments qui n'avaient jamais dépassé de leur encart ni taché les autres feuilles, et - - une voix l'interrompit à nouveau.
- " Vous voilà enfin, Herr Dasmof. La lecture vous plait à ce que je vois."
Etrangement, la voix était audible cette fois, et féminine.
- "Veuillez me suivre je vous prie."
La voix était sèche, sans méchanceté ni sympathie.
***
Une fois arrivé dans son étude, elle sortit un parchemin scellé de sa manche droite.
- "Vous semblez bien supporter vos nouvelles fonctions, Herr Dasmof."
Quelque chose avait changé dans cet endroit. Il pouvait le sentir. Quelque chose de ...
- "Je vois que vous vous êtes préparé à votre affectation."
Elle s'assit derrière le bureau, et souleva la poussière en ouvrant un tiroir. Elle sortit de là une plume, un encrier et un ciseau.
- " Puisque c'était votre souhait, vous pourrez être accompagné par Tuli. Cependant, vous serez responsable de tous ses faits et gestes. Les siens, et les vôtres, Karil."
Elle marqua une pause, prenant en main le ciseau et la plume.
- " Comprenez que sa présence à vos cotés vous retire un certain nombre de possibilités, et vous oblige à d'autres responsabilités."
Elle se mit à tailler la plume calmement.
- " Elle ne doit en aucun cas vous faire faux bond, et vous ne devez lui accorder que le minimum de liberté, Karil. Si cela arrivait ..."
Elle ne continua pas sa phrase, taillant un bon morceau de la plume avant de la planter toute entière dans l'encrier.
- "Levez votre capuche, je vais m'assurer de votre état."

