Sa cellule était assez loin de la salle de commandement pour qu’elle n’entende que des sons inaudibles provenant d’une conversation animée entre le capitaine, Anatoli et Anoki qui se déroulait là-bas et qui traitait de son sort futur. Ses geôliers n’étaient pas très bavards. Ils étaient tous trois assez tendus, avec un avis différent sur la question, alors ils se contentaient de regarder le mur d’en face, l’air totalement vide. De toute façon, Djamena appliquant les ordres du capitaine à la lettre, elle n’aurait pas autorisé une conversation avec la détenue. Son inquiétant lance-plasma fumant les dissuadait tous d’approcher ou de changer le statu quo actuel.
La conversation dura un certain temps, mais lorsque les heures se mirent à défiler et que la nuit arriva, le vaisseau sombra progressivement dans le calme. Certains militaires et les blessés se reposaient, tandis que les plus valides patrouillaient en silence sur le quatrième pont, le seul pont sécurisé du vaisseau. Avec trois personnes gardant la cellule de Taille, les tours de patrouille revenaient très fréquemment pour les soldats impériaux et les moments de repos devenaient rares. Plus grave, les survivants d’Elona n’avaient pas assez de femmes et d’hommes pour organiser des opérations dans les ponts inférieurs. Car si Taille était enfermée à double tour, même les Krieg ne pouvaient assurer que le véritable assassin était bien en cellule. Et derrière ce problème majeur qui inquiétait Ali Radja, un deuxième peut-être aussi grand couvait. Combien de temps allaient-ils pouvoir garder les Kastyriens à l’écart des évènements qui s’étaient déroulés dans ce vaisseau.
Pendant toute la nuit, ses trois geôliers attitrés restèrent devant la porte de l’armurerie, où du moins elle le supposa, entendant parfois derrière la porte blindée des bruits de bottes et quelques quintes de toux. En dehors de ces rares bruits, il résonnait dans sa cellule un silence assourdissant. Malgré la situation, Taille décida de ne pas s’enfoncer dans la mélancolie et le fatalisme. Elle sortit rapidement sa tablette qu’elle jumela à son auspex pour inspecter les alentours. On n’avait pas jugé utile de lui retirer ces équipements, car finalement qu’elle les utilise ou non on la retrouverait bien dans la cellule le lendemain.
Les balayages auspex qu’elle fit ne lui apprirent presque rien, hormis qu’elle avait bien trois gardes devant la porte de sa cellule. Taille était de nature enthousiaste et positive, mais elle fut bien forcée de constater qu’au bout de plusieurs heures à utiliser son auspex, il ne lui apprendrait rien de plus. Parfois quelques signaux fantômes émanant très brièvement des ponts inférieurs lui redonnait soudainement confiance, mais quelques minutes plus tard elle se renfrognait en pensant qu’il s’agissait de rats grouillants dans les ponts inférieurs abandonnés.
Vers la fin de nuit, alors qu’elle enchaînait malgré elle des micro-siestes de quelques minutes, épuisée par les derniers jours, un léger bruit la réveilla en sursaut. Bien qu’elle n’avait plus la moindre arme, son premier réflexe fut de se protéger contre une menace imminente. Un coup d’oeil rapide la rassura sur ce point, elle était toujours seule dans la pièce. Aucun son ne semblait filtrer non plus de la porte de sa cellule. Elle tendit l’oreille. Elle finit par percevoir plus finement la cause de son réveil. Un bruit sourd émanait du sol, comme si l’on cognait au plafond du troisième pont. Sans perdre de temps, elle ralluma sa tablette et son auspex pour en apprendre plus. Sous elle, sur le pont inférieur, il y avait l’ancien dortoir de l’équipage, un endroit désaffecté qui n’était évidemment pas couvert par les patrouilles de leur groupe. L’excitation s’empara progressivement d’elle lorsqu’elle s’imagina tenir réellement quelque chose. Son enthousiasme déborda en un petit couinement de joie lorsque l’auspex lui indiqua une donnée capitale, l’information qu’elle attendait. Juste sous elle, l’auspex pouvait percevoir des battements de cœur. Des battements calmes et réguliers, typiquement ceux d’un être humain. Au bout de quelques instants, les coups portés sur le sol se firent moins fréquents et plus espacés, plus rythmés. On aurait pu croire à un message codé, probablement du morse d’ailleurs.
Après quelques minutes à prêter l’oreille et à déchiffrer le message, la jeune femme pus se faire une idée précise du contenu. La personne qui tapait répétait sans arrêt la même chose. Le message d’une quinzaine de secondes était assez mystérieux, angoissant et pire que tout, il lui semblait spécialement destiné. Taille eut du mal à contenir sa panique. Elle ne savait pas comment réagir et que faire dans la situation dans laquelle elle se trouvait. Et pourtant, après des jours et des heures dans l’ignorance totale, elle avait enfin quelques informations à se mettre sous la dent.
− ··− ··−·· − ·− ·· ··· −− ·− ··· −−− · ··− ·−· Tu étais ma sœur, répétait l’inconnu sans cesse.
