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[L'Ennemi Intérieur] [Diederick] Les Deux Empereurs

Posté : 07 oct. 2023, 22:18
par [MJ] La Fée Enchanteresse
Festag 32. Sigmarzeit 2511.
Onze années avant le Déluge d’Archaon.



Le dernier jour de printemps rendait le roc de Middenheim magnifique, et inhabituellement fleuri. La mythique Cité du Loup Blanc, construite au sommet de la plus connue de toutes les montagnes du pays de Sigmar, n’obéissait pas constamment au stéréotype d’un désert de glace et de pierre, où les loups hurlaient de faim dans la nuit. Aujourd’hui, il y avait un beau soleil qui réchauffait les corps malgré un léger vent qui soufflait dans les longues rues aux bâtiments élancés qui faisaient de l’ombre au pavé. Partout sur les façades d’immeubles et d’hôtels particuliers, on voyait des couronnes d’arbustes et de roses, du lierre bien vert, et des arbres en pleine floraison qui faisaient virevolter dans l’atmosphère du pollen — les abeilles volaient bien jusqu’ici, pour butiner avant de retraiter vers leurs ruches savamment entretenues par des apiculteurs travaillant sur des balcons à la vue plongeante sur tout l’immense comté-souverain de Middenheim.

Un convoi un peu inhabituel descendait la grande-rue du nord vers le sud : Une dizaine de sergents de la garde urbaine s’avançaient pour dégager le chemin cinquante pas en avant, agitant leurs mains et annonçant des ordres aux passants de toutes les classes sociales de bien vouloir s’écarter pour bien longer chaque bord de la chaussée, laissant la voie du milieu bien libre. Le cortège était silencieux et lent, mais se faisait pourtant bien remarquer : Quatre chevaliers avançant deux-à-deux étaient juchés sur d’immenses chevaux grands et musclés, autant que leurs cavaliers vêtus de plates, mais sans casques afin de bien montrer leurs têtes burinées, barbues et couvertes de tatouages et boucles sur les lobes des oreilles les lèvres — tout le monde reconnaissait, tant à leurs durs regards, leurs livrées et les grands marteaux de guerre pendant au côté de leurs montures, des guerriers de l’Ordre du Loup Blanc, les templiers fidèles au culte d’Ulric. Juste derrière eux suivaient trois voitures fort simples, chacune tractées par un attelage de deux chevaux : de beaux véhicules à grands essieux et au joli habitacle de bois vernis et traité, couvert de dorures — mais les rideaux étaient tirés sur les vitres en verre, empêchant les passants de voir les passagers, il n’y avait ni fanions, ni banderoles, et les conducteurs vêtus de grands manteaux grisâtres avaient relevé leurs capuches sur leurs têtes. Enfin, quatre arbalétriers à cheval clôturaient la marche, et c’était eux qui trahissaient l’allégeance de la procession, à cause de leur uniforme : ils portaient le damier noir-et-blanc de l’antique famille des von Bildhofen.

Le convoi n’était pas trop dans son élément aussi. Tous les visages des passants se tournaient de curiosité, et des badauds s’agglutinaient tout en murmurant en entendant les claquements rythmés de sabots ferrés et le lourd roulis des essieux des véhicules. Non loin de là se situait l’Otswald, un des pires quartiers de la ville, bâti dans une titanesque crevasse de la ville ; mais les gardes urbains s’arrêtèrent juste devant le Sudgarten, et formaient maintenant un cordon en demi-cercle pour protéger les véhicules qui se garaient côtes-à-côtes juste devant un long escalier aux marches abruptes, fendillées et couvertes de mousse par les siècles.

Les arbalétriers et les chevaliers mirent le pied-à-terre, surveillèrent les alentours dans leur protocole de sécurité, puis finalement, s’approchèrent des voitures où ils ouvrirent les portes. Quelques laquais et écuyers sortirent les premiers, salissant leurs jolis souliers de la boue qui collait un peu partout au milieu d’un pavé qui avait grand besoin d’un remplacement : s’il faisait vraiment beau aujourd’hui, il avait plu hier et avant-hier, et ça allait se payer en lessives et cirages ce soir. Alors, tandis qu’on tendait des mains et qu’on faisait des courbettes, un tout petit groupe d’aristocrates mit le museau dehors, regardant avec curiosité les vieux bâtiments un peu délabrés, les épaisses murailles du Fauschlag qui avaient résisté à tant d’assauts, et surtout, le bâtiment qui était leur objectif depuis qu’ils avaient quitté leur hôtel particulier tantôt : le Morrspark.

Peu de gens sont enterrés à Middenheim. Les défunts de la classe moyenne peuvent bien payer le culte d’Ulric pour être incinérés dans le foyer de la Flamme Éternelle, mais les plus pauvres ne peuvent profiter que d’un charnier au Warrenburg, ou bien être jetés dans le précipice de la Falaise aux Soupirs. Mais tout dans l’Empire n’est fait que de privilèges et de passe-droits, de la naissance jusqu’au décès. Et c’est ainsi que des aristocrates tous vêtus du noir du deuil, escortés par leurs serviteurs et gardes-du-corps, bravaient maintenant d’un pas certain et silencieux les marches qui les mèneraient jusqu’au dernier lieu de repos de l’un des leurs.

Quelques cloches de la ville sonnèrent. Pas un tocsin réservé pour eux — c’était simplement pour indiquer onze heures.




Diederick von Bildhofen était fatigué. Il était toujours convalescent de sa blessure et de son long voyage en mer. Voilà presque une semaine qu’il était arrivé à Middenheim — le bateau l’avait complètement abandonné, les marchands Impériaux et les ambassadeurs Cathayen ayant depuis longtemps continué leur route jusqu’à Altdorf. Il avait fallu que son épouse dépense de l’argent et utilise ce qu’elle savait de reikspiel pour convaincre les taciturnes habitants de Neues Emskrank de la noblesse de son époux, et ensuite, l’homme mourant avait été transbahuté de temple de Shallya en office de docteur, de château en palais, de Salzenmund jusqu’à Middenheim, alors que toutes ses sensations n’étaient faites que de souffrances, hallucinations et rejets : jamais il n’avait tant vomi ou tant subi de diarrhées. Si aujourd’hui il était capable de se tenir sur ses deux jambes, elles tremblaient comme pas permis, et c’était avec inquiétude qu’il regardait les marches qu’il allait devoir affronter.
La main de sa femme se serra sur son poignet, l’encourageant à aller de l’avant, à puiser ses dernières forces pour affronter cette épreuve.

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La procession marcha silencieusement dans les allées du parc. Des stèles et des monuments silencieux les contemplaient, en même temps que des corbeaux qui s’enfuyaient en battements d’ailes à leur approche. Ça croassait, et au loin, on entendait les échos de l’Ostwald en pleine journée : réverbérés au loin par les montagnes et le vent, on devinait au creux des tympans des aboiements de chien, des slogans de crieurs, le brouhaha d’une foule — à un moment, la détonation d’un pistolet. Toute une ville vivait en contrebas d’eux, alors qu’ici, ne tentait de régner que le silence de la contemplation.

Quelques épouvantails les attendaient. Juste devant le Temple à l’architecture simple et rustique des débuts de l’Empire, une demi-douzaine de frères du culte de Mórr entièrement en bures noires, au garde-à-vous comme des soldats de plomb, armés de d’encensoirs et de bougies éteintes, regardaient avec des yeux froids et durs les aristocrates qui s’approchaient. Au centre, le grand-prêtre de la ville, Albrecht Zimmerman, ne se distinguait que par son étole de pourpre et son collier de doigts squelettiques autour du cou.
Diederick sentit la main de son épouse immédiatement le relâcher. Maria attrapa ses enfants qui regardaient tout ça, bouche bée. Nul doute que le morbide des Morriens l’inquiétait, instinctivement.

Les aristocrates s’arrêtèrent devant la lignée de Morriens. Alors, Zimmerman, d’une voix calme, presque murmurée, demanda sèchement :

« Qui désire entrer ici ? »

Un héraut bien habillé, en collants, en tenue bouffante, les doigts couverts de bagues, le cou habillé d’un collier, un béret de feutre sur la tête, s’avança, et, tranchant avec la modestie et la rigueur des Morriens, il leva haut le menton, et déclara avec persiflage :

« Demande à entrer ici pour se reposer, Ulricht Richter von Bildhofen, descendant de la maison de Magnus l’Immense et Gunthar le sauveur, gardiens de l’Empire et aimés de Sigmar et Ulric.
– Nous ne connaissons pas cette personne. »

Le héraut retira avec prestidigitation son béret, fit une révérence, et alors qu’il était toujours bas, il se corrigea avec un air mielleux.

« Implore à entrer seul ici un homme mortel, et un pauvre pécheur, pour son dernier voyage. »

Alors, Zimmerman se retourna, toujours aussi droit et impérieux. Et il ouvrit la marche, tandis que maintenant, les gardes-du-corps s’arrêtaient aux portes de l’édifice, gardées par deux squelettes géants d’albâtre, et tant de gargouilles en pierre sur la façade. Et voilà que, comme pris en otage par les moines, les aristocrates se retrouvaient dans une église froide à en glacer le sang. Tout l’endroit invitait à la frayeur : personne ici ne vivait, et pourtant, le lieu semblait bien habité. Ils se dirigeaient vers une chapelle jouxtée, où l’on menait les prières.

Il y eut une cérémonie, simple et sans aucun cérémonial. Les aristocrates s’assirent sur des bancs couverts d’échardes, et attendirent attentifs tandis qu’on répandait de l’encens, et qu’on chantait en Classique des louanges à Mórr. Personne ne vint devant l’autel pour faire un discours, ou prononcer un éloge funèbre : on ne faisait que subir les rites des prêtres, qui n’étaient pas présents pour satisfaire les besoins de recueillement des vivants, mais simplement pour honorer les morts. Ça dura une demi-heure, qui semblait être une éternité.

Diederick, sentit une petite main tirer sur son pantalon. Hansel, tout tiré à quatre épingles dans son petit costume Impérial noir qu’il n’aimait pas du tout, le regardait avec des yeux injectés de larmes. Et c’est dans sa langue maternelle qu’il implora :

« Bàba, wǒ lěng ! »

Sa petite voix résonna dans un écho à travers toute la chapelle. Maria, qui était restée figée sur le banc depuis tout à l’heure, se retourna soudain, lui attrapa les épaules et le serra contre elle, tout en chuchotant toujours dans le dialecte de son pays de naissance.

« Han Lei, du calme, c’est presque fini.
– J’ai peur maman, j’aime pas du tout, je veux aller dehors !
– Aie du courage, mon petit oiseau, c’est important pour ton père.
– S’il te plaît maman, je veux pas rester ! Je veux sortir !
 »

La pression des regards en coin lancés par la famille de son mari et les oblats de Mórr acheva de convaincre Maria. Après avoir demandé l’autorisation de son époux, elle attrapa son fils par la main, et se retourna vers sa fille : mais elle était plus courageuse que son frère, et fit plusieurs fois vivement « non » de la tête quand on lui proposa de sortir. Alors, Maria quitta la chapelle prestement avec le bambin, pour ne pas plus perturber le déroulement de la cérémonie.

En tournant son regard, Diederick put voir les parents d’Ulricht. Sa mère était effondrée. Elle n’arrêtait pas de renifler pour ravaler sa morve, et elle couvrait sa bouche d’un mouchoir noir. Son père, lui, était livide, mais camouflait sa tristesse dans un mutisme stoïque, le regard dirigé droit vers l’immense statue du Veilleur avec sa faux et son sablier vieille de dix siècles qui se dressait au-dessus de la chapelle comme une terrible créature d’outre-tombe. La culpabilité pouvait bien le ronger, il savait qu’il allait devoir être fort à la place d’eux.

Après avoir honoré les défunts, Zimmerman s’approcha du banc où se tenait la famille du défunt. Il observa tout le monde un par un de son regard froid : c’était un homme âgé, mais bien conservé, étrangement musclé malgré son poids-plume, une cicatrice barrant sa lèvre inférieure. Il sembla enfin découvrir ce que Diederick tenait entre ses mains, sur ses genoux, qu’il tenait fermement depuis ce matin contre lui.
Une boîte en fer, dans lequel il y avait un crâne et des os. Tout ce qui restait après des années de décomposition d’un jeune homme. Son âme se trouvait-elle encore contenue dans le reste de calcium qui était autrefois recouvert de chair et de vie ? Il fallait être bien superstitieux pour le croire. Mais Zimmerman demanda simplement d’une voix froide :

« Est-ce toi qui vas l’accompagner dans son repos ? »

Il approuva.

« Il est temps de lui dire adieu.
Place-le sur l’autel. »


Diederick se leva, et s’exécuta. Alors qu’il fit un pas en arrière, un oblat de Mórr le tira vers lui et l’éloigna pour aller le faire se rasseoir.
Il y eut d’autres chants en classique. Un prêtre ouvrit le coffret, laissant à la vue de tous les restes d’Ulricht : il y eut des soupirs et un cri étouffé de sa mère. Alors, on fit brûler autour des cierges, on répandit de l’encens et de l’eau bénite. Et puis, commença un moment douloureux et interminable. Un par un, les gens de sa famille s’approchèrent, murmurèrent quelques phrases pour Mórr seul, avant de se rasseoir. Ils parlaient si lentement que Diederick ne pouvait que deviner ce qu’ils pouvaient bien dire, mais voir la peine sur les visages des gens de sa famille ne pouvait que le remuer. Il ressasserait ce souvenir pour longtemps.

Finalement, on ferma le coffret, et un oblat de Mórr l’attrapa et quitta la chapelle. Zimmerman, alors, fit signe à Diederick de le suivre, et les trois hommes purent traverser les allées de l’ancienne église.
Comme s’il devinait ce que le von Bildhofen devait se dire à ce moment, le grand-prêtre se mit à lui parler d’une voix calme :

« C’est toi qui vas placer ses ossements dans la crypte des von Bildhofen — c’est une des plus récentes, ta famille ne vit à Middenheim que depuis deux cents ans, alors que ce Temple a presque deux millénaires. Mets-le parmi ses ancêtres, prononce quelques mots, puis retire-toi.
Tu seras le dernier vivant à l’accompagner. Après quoi, il appartiendra à Mórr seul pour toujours. Si tu as des questions, mon fils, j’y répondrai. »


Le moine s’arrêta devant un escalier qui menait à des ténèbres. Zimmerman alluma une lanterne, et la lumière de l’huile de baleine s’enflammant offrit un peu de luminosité pour ne pas glisser sur une marche trop basse. Ainsi, le trio se retrouva profondément sous la terre de l’Ulricsberg, au milieu d’immenses cavernes millénaires, formées par la nature et par les Dieux — on disait qu’Ulric avait forgé Middenheim en écrasant la montagne avec toute sa force pour l’aplatir. Combien de cavernes ici étaient disparues, effondrées ? Combien étaient inconnues, repaires de fantômes ? Seuls les Morriens, qui pourchassaient les éventuels pilleurs de tombes, pouvaient connaître l’abysse labyrinthique où on allait abandonner les restes de son cousin. Était-ce une manière digne de traiter une dépouille ? Pour les croyances des Impériaux, c’était la meilleure chose possible. Mais Diederick était-il encore un Impérial ?

Le caveau des von Bildhofen était aussi richement décoré que le permettait une caverne dans le sous-sol de Middenheim. Pas de dorures, certes, on était pas dans une magnifique cathédrale flamboyante d’une autre ville : mais il y avait une immense porte en fer, entourée d’une statue de Gunthar von Bildhofen d’un côté, Magnus avec Ghal Maraz de l’autre, et une inscription en classique déclarant la devise de la famille von Bildhofen : Foi, Fer, Poudre à Canon. Zimmerman poussa la lourde porte en fer, et à l’intérieur, on trouvait des dizaines de tombes avec des gisants en marbre blanc. Il n’y avait pas d’œuvre baroque, ce n’étaient pas des tombes faites pour les yeux des visiteurs : personne ne venait jamais ici. Ce lieu n’appartenait qu’à Mórr.
Zimmerman laissa Diederick entrer, et alors, celui-ci pourrait être le premier vivant depuis probablement des décennies à se retrouver dans cette crypte, hormis les oblats payés pour entretenir les lieux, changer les roses noires et garder les tombes des affres du temps. Tant de noms, une telle présence…

Le moine tenant le coffret le tendit à Diederick. Et alors, comme promis, il fallait maintenant abandonner Ulricht. Pour toujours.

Re: [L'Ennemi Intérieur] [Diederick] Les Deux Empereurs

Posté : 09 oct. 2023, 12:04
par Diederick von Bildhofen
Les dernières semaines ont été pour Diederick un calvaire. Son état alternait entre conscience floue et vomissements. Son environnement était un mélange de couleurs et de sons qui ne s'affinaient qu'avec les jours passant. Ce cauchemar humiliant le rendait malade lorsque, dans ses quelques instants de conscience, où les douleurs de son corps ne le rendait pas fou, il imaginait l'état terrorisé de ses enfants, à contempler leur paternel réduit à pareille impuissance. Il n'avait jamais été aussi reconnaissant à son épouse pour l'amour qu'elle lui portait, passant le plus clair de son temps à son chevet, à essuyer son visage peinturé de vomi, changer ses draps et vêtements. Une tâche ingrate et désagréable demandant une attention conséquente. Il ne pouvait que lui être reconnaissant. À elle et au chat, qui venait parfois se poser sur lui, et se mettre à ronronner, l'aidant à trouver le sommeil.

Lorsqu'ils arrivèrent à la cité du loup blanc, Diederick était capable d'aligner quelques mots par heure, sa gorge ravagée par les acides gastriques récupérant petit à petit. Il se fendait parfois d'un commentaire dans la diligence, sur leur destination, ou ce qu'ils voyaient sur leur trajet. Ou bien il sifflotait, jusqu'à ce que sa migraine ne revienne l'agresser.
À Middenheim, il était enfin débarrassé des vomissements et capable de faire s’asseoir sur ses genoux ses enfants pendant un moment.

Et alors que leur procession se dirigeait vers le jardin de Morr, Diederick était pris de remords à l'idée de devoir amener avec lui ses enfants. Les lieux n'étaient d'ordinaire pas appropriés pour d'aussi jeunes bambins, et l'occasion s'y prêtait encore moins. Hélas, c'était également une étape nécessaire pour faire accepter son épouse et leurs enfants comme von Bildhofen. Il s'était marié avec une étrangère, sans le consentement de son paternel. S'il souhaitait faire accepter au mieux leur mariage, ils allaient à avoir à se grimer en parfaits impériaux, autant que possible. C'était ce qu'il avait fait, au mieux de ses compétences, en enseignant le reikspeil aux siens, mais il n'avait pas encore eu le temps de leur parler en profondeur de l'ensemble des coutumes et traditions implicites qui étaient rattachées à son rang, désormais le leur.

Trop occupé à se morfondre dans l'inconfort qu'il faisait subir à ceux qu'il aimait, Diederick ne remarqua pas que le carrosse s'était arrêté. Ce ne fut que lorsque la porte cochère fut ouverte par un valet qu'il essaya de se relever difficilement. Solidement saisit par son épouse, il réussi à ne pas se ridiculiser en s'écrasant sur le pavé boueux de la capitale.
Sorti de la cage de fer et de bois, il est un temps aveuglé par la forte lumière du soleil, tandis qu'il est prit d'une toux le pliant en deux lorsque le vent lui souffle au visage. Shallya soit louée, il ne vomit pas cette fois ci. Tout juste crache-t-il au caniveau un gros mollard jaune et rouge. La gorge débarrassée de cet obstacle suintant, il se sent à nouveau respirer, quoique désormais sa trachée est envahie par un courant d'air frais, le faisant immédiatement grelotter et resserrer écharpe et manteau.
Débout, créature plus d'os que de chaire, il offre à son fils sa main, tandis qu'il offre son coude à son épouse pour que celle ci le retienne, si jamais il venait à s’effondrer.

Chaque pas est une souffrance et lui donne l'impression que sa tête menace d'exploser. Heureusement, la douleur est régulière et ne monte pas, aussi est elle supportable.

De ses yeux fatigués, emplis de cernes, il essaie de rassurer les siens par sa voix affaiblie. Mais le collier de phalanges du prêtre morrien allume immédiatement une panique chez son épouse.

Ce ne sont pas de goules. Ils les haïssent. On ne craint rien ici.

Ce simple rappel à l'ordre est pour lui un effort douloureux. La simple animation de ses cordes vocales est douloureuse. Shallya soit louée pourvu qu'il puisse boire un vin chaud au miel après ça. La thé coûte tellement cher dans l'Empire...
Cela semble à peine adresser les craintes de son épouse, mais celle ci regagne rapidement son calme. Qu'est ce qu'un prêtre aux goûts par trop macabres au regard de tempêtes, pirates et monstres marins après tout ?

Menés avec le reste de la procession, Diederick avance péniblement, grimpant les marches les unes après les autres, aidé des siens, pour être entraîné vers la chapelle où le confort des bancs, tous couverts d'échardes qu'ils étaient, constituaient un repos bienvenu. Le reste de la cérémonie lui sembla rapide, son esprit embrumé par la fatigue ne prêtant guère attention aux paroles des prêtres. Tout juste le cérémoniel était il rompu par un toussotement, ici ou là, mais surtout venant de sa personne, l'encens agressant sa gorge fragile. De temps en temps jetait il un œil à sa famille, essayant de les rassurer. Un regard à son épouse, pour lui assurer que tout ceci était normal. Serrer la main de son fils terrifié ; tapoter l'épaule de sa jumelle.
Après ce qui sembla être une demi heure écoulée dans les lieux, l'agitation de son fils l'alerta. Il était en train de s'agiter dans les vêtements de deuil qu'on leur avait prêté, les yeux au bord des larmes.

Trop lent pour éteindre l’incendie, ce fut son épouse qui essaya d'adresser celui ci en vain. Cet incident à lui seul eut été acceptable en un autre lieu, un autre temps. Mais aux yeux de ses pairs de l'empire, il constituait deux faux pas : l'un, de ne pas tenir ses enfants en laisse, et de l'autre, que ceux ci s'expriment autrement qu'en reikspeil. Ils seraient jugés, l'on jaserait et des commentaires fleuris de mauvais goût viendraient attaquer ceux qu'il aimait de tout son cœur, ou du moins étaient-ce ses craintes.

Le visage rouge d'embarras, et la pression des pairs se retournant pour identifier l'origine de la disruption, Diederick adressa un discret signe de tête à Maria pour lui signifier qu'elle ne commettait pas d'impair en sortant avec leur oisillon, tandis que leur fille restait avec lui. Envahi par un sentiment de culpabilité, il serra la main de Tiana pour se rassurer.
C'est là, dans un moment de clarté, qu'il remarqua son oncle et son épouse dans l'assistance. Leur état le brisa. Il avait peu connu son propre père. Cela faisait près de vingt ans qu'il ne l'avait pas vu, deux tiers de sa vie. Même s'il n'était aux yeux de la loi que son pupille, l'homme avait été comme un père pour lui, et son fils comme un frère. Et il avait une affection sincère pour sa tante. Les voir ainsi souffrir.... Cela le rongeait de l'intérieur, faisait resurgir des souvenirs et regrets qu'il pensait enfouis, dépassés. Les remords de s'être laissé entraîné par Ulricht dans cette aventure. Cette nuit tragique sur les plages de Sudenburg. Les courriers sans réponse qu'il avait envoyé par divers moyens vers le Vieux Monde, avec l'infime espoir qu'ils leurs parviennent. Et la tombe d'Ulricht, dix ans plus tard, finalement inhumée, pour ne révéler que des ossements moisis et rongés par les créatures vivant sous terre. Ne restait d'intact de son ''frère'' que son crâne, sa mâchoire et quelques os. De l'épée avec laquelle il avait été enfoui, seule la garde demeurait. Le climat de Sudenburg et sa géologie se portaient mal à la conservation d'un corps. Même les tissus avaient été consumés. Les seuls témoignages de son existence qu'il fut en mesure de ramener aux siens. Son échec. Sa faute.

Lorsque le prêtre s'adressa à lui, le von Bildhofen fut tiré de cet abysse ténébreux dans lequel son esprit chagriné semblait déterminé à le noyer. N'étant pas capable d'exprimer le moindre mot, il hocha difficilement la tête pour répondre.

Péniblement, il se leva du banc. Une fois tenu par ses jambes flageolantes, il prit la boite métallique qu'il avait gardé à son côté pour la porter vers l'autel. Le tintement de ses souliers sur le sol dallé de la chapelle semblait résonner dans tout le temple mais surtout dans sa tête, faisant repartir sa migraine. Placée sur le piédestal, la boite fut alors ouverte à la vue de tous par un acolyte, provoquant l'atterrement dans l'assistance parmi ceux n'étant pas au fait de l'état du corps du défunt.

Diederick lui même n'était pas complètement à l'aise à regarder feu Ulricht, ou ce qui en restait, et essaya de couvrir les yeux de Tiana, en vain, celle ci souhaitant voir à quoi ressemblait les restes de son cousin éloigné.
Abandonnant l'effort, le von Bildhofen se contenta de placer ses coudes sur ses genoux et de se plier en avant pour prier pour le repos d'Ulricht, bougeant ses lèvres dans le vide, alors que son esprit embrumé ne faisait qu'à peine attention à ses alentours. Il ne vit guère le temps passer, la faute à son intellect à moitié endormi. Il n’eut que de brèves pauses dans ses prières, rouvrant les yeux pour voir ses oncles, tantes et cousins aux mines ternes, affligées. Certaines mémoires d'eux allaient le hanter à l'avenir. Les remords déplacés ne cesseraient de lui coller à la peau.

Lorsqu'il entendit sa fille quitter sa place sur le banc, Diederick interrompit son recueillement pour observer que la chapelle avait été vidée, ne restant plus que Zimmerman et quelques oblats. Tiana se déplaça jusqu'à la boite contenant les restes, pour se fendre d'un : papa parlait parfois de toi tonton. J'aurais aimé te connaître.

Son cœur se resserra alors que les larmes qu'il avait cherché à retenir auparavant venaient désormais déferler sur son visage. Titubant jusqu'à Tiana, il vint s'agenouiller pour lui faire un câlin, essayant d'étouffer piteusement ses propres geignements.

Un peu calmé après ce moment de faiblesse, il remarqua que sa fille l'avait également embrassé avec ses petits bras. Il lui fit un bisous sur le front avant de se relever péniblement.

Rejoint maman. Je.... j'ai à faire.

Enjoignant Tiana à rejoindre sa mère en la poussant doucement dans le dos vers la sortie, tout en s'efforçant de lui sourire malgré ses yeux embrumés, Diederick s'assura que sa silhouette disparu vers les dernières rangées de bancs.
Ce n'est qu'ensuite qu'il remarqua que le grand prêtre était resté là. Celui ci avait visiblement quelque chose à dire.
Péniblement, le noble le suivi, titubant à plusieurs reprises dans les allées du temple. Au détour d'une statue, il remarqua qu'ils se dirigeaient vers une partie du temple qu'il ne connaissait pas. Enfin, arrivant devant une lourde porte à double battants, l'oblat et le grand prêtre retirèrent la solide barre métallique qui la fermait. La porte ouvrait sur des ténèbres froides et sèches, percées uniquement par la lumière du jour et les flammes d'une lanterne que l'on avait allumé pour l'occasion.
Ils allaient entrer dans les cryptes. Et ç'allait être à lui que reviendrait la tâche de le placer au côté de ses ancêtres.
De sa voix rauque, Diederick interrogea alors le grand prêtre sur un doute qui l'habitait depuis qu'il avait inhumé le corps de son cousin.

Morr... Va l'accueillir, n'est ce pas ?

Puis une autre préoccupation lui vint à l'esprit.

Je souhaite allumer un cierge une dernière fois. Pour lui.

Laissant le prêtre répondre à ses doutes, il suivi finalement celui ci dans le sous sol, accompagné d'un oblat tenant la caisse, tandis que lui même descendait les marches avec grand peine, s'appuyant par moment sur les murs. Les marches étaient définitivement un terrible ennemi. Implacable. Sans pitié.

Mais par miracle, Ranald ne semblait guère vouloir se jouer de lui et il ne tomba pas dans l'escalier. Menés par le grand prêtre et sa lanterne à l'huile, ils évoluèrent dans le dédale millénaire, jusqu'à ce qu'un caveau en particulier, décoré de statues particulières. Cela faisait de longues années qu'il ne les avait pas contemplées : le bon empereur Magnus le Grand, et ''ce bon vieux'' Gunthar. Un témoignage du moment le plus révéré de leur histoire familiale. Et derrière ces statues une solide porte en fer, protégeant leurs ancêtres des pilleurs de tombes.

On le fit entrer dans le saint des saint. Laissé là avec la caisse, une lanterne et son cierge, il observa les multiples gisants de marbre blanc. Il reconnaissait certains noms et visages, qu'il avait par le passé observé sur des gravures ou tableaux. Les ancêtres habitaient le lieu. Ceux ci le laissaient passer dans l'allée, le jugeait de leur regard de pierre. Jusqu'à ce qu'il trouve le gisant dédié à Ulricht. Celui ci était ouvert. Il n'avait pas encore été taillé. Ce n'était qu'un coffre qui attendait d'être scellé.

Soupirant, il plaça la boite dans le coffre de pierre froide, avant d'allumer son cierge qu'il plaça sur le rebord du gisant.
Là, il paya une dernière fois ses respects à son frère en se prosternant trois fois jusqu'à ce que son front touche le sol glacé du lieu, réveillant davantage sa migraine.

Argh... Tu étais... Supposé nous enterrer tous. Désolé... Adieu.... Frère.

Ainsi abandonnait il son frère de toujours aux ténèbres et la poussière. Il avait fait son deuil une décennie de cela. Mais la douleur n'était pas moindre. Il était fatigué. Chagriné. Et hanté par les regards de ses pairs et sa parenté. Le chagrin de leurs regards. Et ce qu'il croyait percevoir par moments comme du blâme. Tellement fatigué....

Re: [L'Ennemi Intérieur] [Diederick] Les Deux Empereurs

Posté : 11 oct. 2023, 21:09
par [MJ] La Fée Enchanteresse
Y avait-il une phrase idéale pour abandonner quelqu’un ? Un poème, une citation ? Fallait-il avouer un secret ? Jurer quelque chose ? Diederick penserait longuement à cette dernière phrase qu’il prononça dans les catacombes de Middenheim — à moins qu’il n’ait déjà fait son deuil depuis bien longtemps. Alors qu’il se relevait enfin, et qu’il se dirigeait vers la grande porte en fer pour abandonner Ulricht au milieu de ses ancêtres, ses oreilles bourdonnaient, sa vue se brouillait un peu, tant à cause de l’émotion que de sa convalescence.
Il s’arrêta juste au seuil de la porte. Instinctivement, il ne put s’empêcher de regarder par-dessus son épaule.
Il crut voir quelque chose, mais il n’y avait derrière lui que des ténèbres faiblement retenues par la luciole dansante de la mèche du cierge.
Une fois sorti, il entendit les cliquetis métalliques de l’oblat fermant la grande porte, tandis que Zimmerman reprit leur conversation précédente.

« Les os retiennent l’âme plus longtemps encore que les viscères. C’est un geste digne que tu as fait, de ramener les restes de ton cousin — oui, je te l’assure, Mórr le gardera bien. Il est là en sécurité pour toujours, mon frère, dans la sérénité des Jardins. »

L’Au-delà Morrien était loin d’être un endroit impressionnant où l’on souhaitait se hâter : on disait que c’était un endroit toujours froid, toujours dans le noir, où l’on était abandonné à jamais à la solitude. Mais c’était un lieu en sécurité, où il n’y avait plus jamais de souffrances. Chaque âme humaine devait y être promis — à moins de devenir une Âme Vénérée qui reviendrait sur Terre pour guider ses frères hommes.

Des diverses fois avec lesquelles Diederick s’était entretenu au Cathay, il y avait à la fois des choses semblables et très différentes — les Cathayens aussi croyaient aux esprits, mais sans forcément tous les craindre ou vouloir les bannir, il semblait presque normal pour eux de vouloir communiquer avec l’Au-Delà. Et il y avait des légendes, comme celui d’un grand thaumaturge qui avait pu se changer en épée avant de monter aux Cieux dans une colonne de feu, car les Cathayens voyaient dans le Ciel un autre monde ancré mais éloigné de l’univers mortel.
S’ils avaient raison, peut-être qu’il n’y avait rien dans les ossements d’Ulricht, et peut-être que son cousin errait encore en ce moment même dans la brousse loin de Sudenburg. C’est que les habitants de cette contrée aussi avaient leurs chamanes et leurs esprits… Tant de visions de l’au-delà. Tant de doutes.

Il y avait là de quoi débattre avec Zimmerman. Le Morrien semblait un homme sensible, et intelligent, mais pas particulièrement éduqué. Sa foi à lui avait été imposée, jamais philosophique — il était un excellent prêtre, mais probablement un bien mauvais prédicateur. Comme beaucoup de clercs.



Dehors, il faisait chaud : d’autant plus quand on sortait du sous-sol de Middenheim. La famille von Bildhofen attendait patiemment à l’entrée, tous en demi-cercle, à attendre le retour de Diederick. Après qu’ils eurent un peu papoté ensemble, Zimmerman serra la main du (plus) jeune homme, et les deux se séparèrent, laissant ainsi le noble parmi les siens.
Une demi-douzaine de paires d’yeux le regardaient donc. Les parents d’Ulricht étaient là, Ulricht-père (Les nobles adoraient se donner leur nom) et Hildegarde — deux aristocrates bien typiques, le père était un peu ridé, grand et sec, la mère avait encore de très jolis cheveux, elle avait un embonpoint sain et de grands yeux verts ; ils semblaient tous les deux à moitié morts, sidérés sur place, tremblants dans leurs grands costumes de deuil noirs. Mais ils ne pleuraient plus. Ils avaient séché leurs larmes, et ils semblaient impassibles, la bouche en cul-de-poule, essayant de camoufler au maximum leurs émotions. Ils n’eurent pas plus de mots pour Diederick : sans doute qu’ils le harcèleraient de questions à un moment ou un autre. Pas sûr qu’il aurait des réponses à toutes…

Un trublion dans l’assemblée se fit remarquer. Un jeune noble, plus jeune que Diederick, sortit de la poche intérieure de son manteau une pipe qu’il alluma.
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Richter. Richter von Bildhofen. Quand Diederick l’avait quitté, il devait avoir… 10 ans ? Si on calculait correctement, il en avait 23, 24 aujourd’hui. Y avait tellement peu de choses en commun qu’il pouvait partager avec lui en ce temps… Richter était le petit frère d’Ulricht. Il devait avoir eu sa vie depuis. Et c’était sur lui qu’à présent reposait l’héritage côté Middenheim de la famille von Bildhofen : si un de ses propres frères, sœurs, cousins ou cousines à lui ne passait pas d’abord. Depuis que Diederick était revenu, il n’avait eu droit qu’à des regards en croix de sa part.
Qu’il se mette à tranquillement se griller une pipe de tabac en milieu d’un cimetière ne plut pas du tout à sa mère. Hildegarde se tourna vers lui et d’une petite voix, mais ferme quand même, lui ordonna :

« Éteint ça tout de suite. On est dans un cimetière.
– Et donc ? C’est pas comme si ça allait déranger les cannés. »

Ulricht-père fit un pas en avant, et rétorqua d’un ton bien moins agréable :

« Ne parle pas à ta mère sur ce ton. Éteint ça tout de suite, crétin. »

Il avait murmuré l’insulte, comme s’il savait que ce n’était pas bien de la dire — mais il l’avait formulée de façon assez claire pour que tout le monde puisse entendre.
Richter fit un sourire sardonique à son père, et tira plus fort sur sa latte. Alors, Ulricht ravala sa salive, et ferma son poing fort, fort à en blanchir ses phalanges, tandis que sa femme attrapait son autre poignet.

« Tu es honteux. Tu entends ? Honteux. Aucun respect pour personne, pour ta mère, même en ces… En ces circonstances. Allez, éteins-moi ça.
– Ulricht…
implora Hildegarde.
– Éteint, je te dis ! »

Un des chevaliers du Loup Blanc, tout rutilant en armure, se permit tout seul de s’approcher des aristocrates. Dents serrées, et avec une grosse voix, il aboya presque :
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Arnulf von Bildhofen, fils du frère du père à Ulricht… Cousin. Encore un de plus. Les aristocrates avaient beaucoup de cousins. Celui-là était loin dans la lignée de l’héritage, alors il avait embrassé la carrière de chevalier-templier — à moins que ce soit par pur fanatisme ? Toujours est-il, il gronda en regardant les gens s’engueuler.

« Allons bon, il se passe quoi encore ?!
– Richter fait encore son intéressant… »
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Celle qui avait dit ça l’avait fait en levant les yeux au ciel, sur un ton maniéré et plein de persiflage — elle eut droit au regard terriblement noir de Hildegarde.
C’était Marfa, la petite sœur d’Ulricht et Richter. Elle, elle était plus jeune encore, quand Diederick l’avait quitté : huit ans, pas plus. À cette époque, elle portait des petites robes, mais la jeune femme devait lui était habillée comme un garçon, et pire que tout, un garçon Altdorfer : costume avec chemise, chapeau de feutre sur la tête, on aurait dit qu’elle arpentait la rue des Cent Tavernes. Rien à voir avec la mode plus traditionnelle de Middenheim et du nord-Empire.

Mais son cousin réagit bien à la pique, il se retourna, et profita de sa taille et de sa carrure supérieure pour tenter d’impressionner le petit héritier malpoli.

« Ah ouais, il fait ça ?!
Bah il va pas le faire longtemps ! On est pas chez tes copains de Salzenmund, crois-moi que tu vas marcher droit par ici !

– Je n’ai aucun copains Arnulf, ni à Salzenmund ni ici. Après tout ça fait un moment que je ne suis pas allé à un service Ulricain. »

C’était élégant, ça, comme pique. Arnulf vira presque instantanément au rouge. Il fit trois pas, pour se coller à Richter et lui faire un tête-contre-tête, alors que maintenant les autres aristocrates bondissaient dans tous les sens, soit pour s’éloigner, soit pour tenter de retenir Arnulf et de tirer sur son harnois pour le faire reculer.

« T’as dit quoi ?! T’as dit quoi là ?! »

Et ça commença à fuser, des piques, des cris, des roulements d’épaules. Hildegarde fit tout pour s’accrocher à son neveu, tandis que Richter continuait de sourire avec la même mimique d’enfoiré. Il y eut bien quelqu’un pour le défendre : un homme que Diederick n’était pas sûr de reconnaître tenta d’approcher et de pousser le chevalier du Loup Blanc avec un gros coup de la paume de sa main, mais contre un colosse en armure, il ne le fit qu’à peine trébucher. Et devant les regards médusés des oblats de Mórr, des domestiques, et des autres chevaliers du Loup Blanc, voilà que les aristocrates endeuillés se trouvaient à deux doigts de se tabasser comme des hooligans de Middenball, en plein putain de Morrspark…
Les familles étaient toutes les mêmes, pauvres ou riches.

Un sifflement mit fin à tout ça : tout le monde se calma aussitôt à ce son. Arnulf recula, Richter arrêta de sourire, Marfa la boucla, Hildegarde et Ulricht baissèrent la tête. La personne qui terrifiait tout le monde était une petite dame un peu ridée, qui ne devait pas dépasser le mètre cinquante-cinq, toute menue dans sa longue robe blanche-et-noire, avec une sorte de simple étoffe de bourgeoise pour habiller ses longs cheveux noirs.
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Cette femme, c’était Anna von Bildhofen. La tante de Diederick, une membre de la dernière génération des von Bildhofen. Soixante-et-un ans, et toujours aussi en forme. Elle possédait une étrange familiarité avec l’épouse de Diederick : un combat contre des hommes-bêtes lui avait laissé une énorme cicatrice à l’œil, sauf qu’elle avait fini borgne.

C’est avec une toute petite voix rauque qu’elle se fit entendre : dans sa jeunesse de mercenaire, un chevalier Bretonnien lui avait planté sa dague à travers la gorge, perçant une jugulaire, elle avait failli mourir si ce n’était pas par le miracle d’une prêtresse de Shallya — elle en avait finie zélote, superstitieuse et fanatique des Dieux. Mais si elle était encore capable de parler aujourd’hui, c’était uniquement d’une voix grésillante, comme si le son sortait directement de sa gorge plutôt que par la langue et le nez. Heureusement, elle imposait un tel respect qu’elle n’avait jamais besoin de hausser le ton pour se faire comprendre.

« Sire Reichter, éteignez votre pipe. »

Le jeune homme obéit instantanément, écrasant la chambre de la pipe pour éteindre la fumée. Alors, Anna passa un moment à regarder tous les protagonistes chacun dans les yeux, un par un, sans dire un mot, comme si simplement les foudroyer du regard suffisait comme remontrances.
Ensuite, elle regarda Diederick tout droit, et le noble crut qu’il avait fait quelque chose de mal — elle avait ce pouvoir, de foudroyer sur place.

« Sire Diederick, je vous remercie pour ce que vous avez permis à notre famille. Je vous savais proche d’Ulricht : marchez avec moi, afin que nous nous remémorions un peu le défunt. »

Et alors, elle tendit son bras pour que Diederick l’attrape, et les deux marchèrent en tête, suivis par
la troupe d’aristocrates soudains tout calme et tout silencieux.
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Maria était juste à côté. Elle ressemblait assez à Anna, à y bien réfléchir, et pas qu’à la cicatrice : c’était une grande dame, que l’art guerrier avait rendue musclée et virago. Mais pour faire plaisir à Diederick, elle était aujourd’hui habillée comme une aristocrate de l’Empire en deuil, avec une grande robe ample toute noire — ça lui allait plutôt bien d’ailleurs, à maintenant la voir comme ça. Elle était en train de jouer avec son fils : elle le tenait par la main tandis qu’il marchait en équilibre sur le dos d’un banc du Morrspark, elle lui changeait les idées par l’exercice après sa frousse à l’intérieur de la chapelle. En voyant les aristocrates partir, elle fit sauter son fils, et regagna l’autre côté de son mari, sans s’empêcher de glisser dans sa langue natale une petite pique.

« Eh bien… Sacrée famille. »

Elle lui fit un grand sourire.
En regardant derrière lui, Diederick vit que sa fille était en train d’embêter Marfa : elle n’arrêtait pas de tirer sur son costume et de lui poser des questions qu’il n’entendait pas. Ça ne semblait pas déranger la jeune fille, qui à un moment retira son chapeau pour le mettre sur la tête de la petite gamine. Hildegarde parut outrée qu’on essaye d’ainsi corrompre une petite gamine, rattrapa tout de suite le chapeau et le redonna méchamment à sa fille à elle, ce qui fit crier en rébellion la petite Tiana ; si elle était plus courageuse que son jumeau, elle était aussi franchement têtue et parfois difficile à vivre. Enfin, elle était gérée pour l’instant…

Pendant ce temps, Anna continua de discutailler avec son cavalier.

« Nous avons tous eu le temps de pleurer Ulricht en son absence, mais votre retour ici réouvre de vieilles plaies — ne vous en sentez pas coupable, sire, votre retour ici met du baume au cœur. Nous avons perdu un jeune homme, mais au moins, la providence divine nous en a ramené un…
Je me souviens encore du temps où toi et lui étiez de jeunes gens, si indisciplinés, à semer la terreur dans les tavernes de Middenheim… Vous ulcériez la pauvre dame Hildegarde, mais le sire père d’Ulricht était au fond de lui si fier de vous voir ainsi profiter de votre jeunesse.
Gardez-vous bien, mon neveu. Vous devriez aller aux cures pour votre terrible blessure, les Shalléennes font des miracles, vous savez… »
 »





Au bout du cimetière, on retrouvait les voitures et les arbalétriers. Mais il y avait aussi de nouveaux venus, qui attendaient patiemment, debout : deux immenses chevaliers en harnois magnifique, très différent de l’uniforme du Loup Blanc ; ceux-là étaient vêtus de toiles azur, de surcots tailladés, d’étoffes, de cimiers en formes de monstres, et surtout, ils avaient sur leurs épaules la fourrure tigrée de fauves lointains. C’étaient des chevaliers-panthères, l’ordre de chevalerie très lié au graf Boris Todbringer. Et l’homme au milieu était un homme d’âge mur, grand, correctement mais simplement habillé, avec des cheveux mi-longs un peu poudrés et de belles bagues aux doigts.
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L’homme fit face à toute la famille von Bildhofen. Mais il ne s’inclina pas : c’était déjà un impair immense, si seulement il ne se présenta pas tout de suite après que la procession se soit arrêtée devant lui. Avec un sourire et une voix claire, il annonça :

« Bienvenue à Middenheim, votre seigneurie Diederick. Son Altesse aurait préféré vous accueillir dans sa cité dans de meilleures circonstances, mais il est ravi d’apprendre votre bonne santé. Et il compte corriger son impair.
Je suis Josef Sparsam, chancelier de Middenheim. Et Son Altesse, Boris Todbringer, souhaite vous inviter à déjeuner avec lui. »


Anna tourna sa tête vers son neveu.

« Ce serait insultant que de refuser… À moins que tu ne te sentes pas assez en forme. »


Jet de ??? : ???
(???)

Re: [L'Ennemi Intérieur] [Diederick] Les Deux Empereurs

Posté : 12 oct. 2023, 23:14
par Diederick von Bildhofen
Sur le pas de la porte, Diederick s'arrêta pour se retourner une dernière fois. Observant les multiples rangées des ancêtres de Ulricht, il inclina son buste face à eux, avant de fermer un poing qu'il colla contre la paume de sa main gauche.

''Puissent ils protéger ton sommeil. Tu les as rendus fiers. Adieu, Ulricht.''

Curieusement, lorsqu'il releva la tête, il crut distinguer comme une silhouette dans les ténèbres, mais c'était certainement son imagination qui lui jouait des tours. Cela ou bien l'un des esprits des lieux l'observant, un ancêtre curieux de la nouvelle acquisition de la crypte, ou bien un ectoplasme d'Ulricht lui même ? Cette dernière pensée lui tira légèrement les lèvres, venant apaiser la détresse mentale dans laquelle il était. Même dans la mort, Ulricht était un comparse dont on ne se débarrassait pas.
Le bruit des verrous de la porte de la crypte se refermant avait quelque chose de sinistre. Il avait l'impression que ces portes se refermaient non pas seulement pour sceller la crypte mais aussi une partie de son âme, le bruit des charnières grinçantes produisant un son propre à hanter l'esprit.

Abandonnant derrière lui Ulricht et ses ancêtres, Diederick eut à remonter les escaliers péniblement en la compagnie du grand prêtre et de l'oblat, ce dernier se tenant à proximité du von Bildhofen pour le soutenir et le rattraper lorsqu'il, inévitablement, dérapa à plusieurs reprises dans leur marche. Une tâche stressante que la remontée des escaliers, constamment à se demander s'il allait glisser sur la marche suivante et se briser les os sur les marches qu'il venait de grimper.

Au long de ce périple, Zimmerman meubla le silence de quelques paroles par ci par là, sans doute plus aisément destinées à endormir les inquiétudes quand au statut de l'âme d'Ulricht que Diederick ruminait, pas encore tout à fait à l'aise avec l'idée d'inhumer les restants de son cousin.
Hélas pour le prêtre, Diederick était bien trop fatigué pour se prêter à une discussion bien urbaine. À plusieurs reprises ils eurent à faire de courtes pauses afin qu'il reprenne sa respiration, tandis que sa migraine le lançait. Tout juste se contentait il de hocher la tête, adresser un sourcil interrogateur ou grogner quelque chose. Une forme de communication qu'il avait eu le malheur de perfectionner au cours des semaines passées, quand sa convalescence ne lui permettait qu'un filet de mots par jour.

Aussi fut-ce avec bonheur qu'il ressorti des souterrains froid et secs pour retrouver l'air ambiant, chaud, avec le reste de la famille. La hausse de température lui fit du bien sur sa gorge, bien qu'un léger vertige le prit, peut être dix secondes, le temps que son organisme s'adapte à l'exposition de sa tête aux rayons chatoyants du soleil.

Hélas, le relatif confort dans lequel il baignait désormais cessa immédiatement lorsque ses yeux réussirent à faire abstraction de l'éclat aveuglant du jour, et remarquèrent que le reste de la famille était en embuscade à la sortie. Il y avait là des cousins dont il avait des difficultés à les reconnaître, sa tante, toujours aussi éplorée, son oncle....
Sigmar qu'il était un lâche. À peine Diederick avait il croisé son regard qu'il baissa les yeux immédiatement et commençait à se mordiller la lèvre. Était il toujours ce jeune homme en quête d'approbation, prompt au chagrin à l'idée de décevoir la principale figure paternelle de sa vie ? Oui. Sur ce point là rien avait changé. L'approbation et l’ire d'oncle Ulricht avaient toujours la même importance, la même force sur son être.

''Oh Sigmar.... Soit brave. Soit fort. Tu n'es plus un gamin. Tu n'as pas été attrapé la main dans le pot de confiture.... Non. C'est bien pire que ça. Tu leur as arraché un être cher à jamais. Tu as échoué à le sauver. Failli à être à la hauteur de leur confiance et.... Cesse de ruminer espèce d'imbécile. Finissons en !''

C'est d'un pas hésitant que Diederick s'approcha du couple Bildhofen, relevant la tête pour le regarder, puis immédiatement baisser les yeux, ou regarder à gauche et à droite. Et par les dieux qu'il se haïssait pour flancher ainsi. Finalement arrivé face à lui, Diederick ne sut que faire. Il avait les yeux fixés sur ses propres chaussures, comme un enfant qui s'apprêtait à se faire punir ; seulement ils étaient là deux adultes et seul le silence régnait entre eux.
Quand finalement il osa relever la tête pour regarder le terrifiant visage d'Ulricht, impassible, Diederick essaya d'esquisser un début de conversation.

Ulricht, débuta-t-il de sa voix tremblante, avant de se taire, ne sachant que faire, que dire. Délaissant les mots, il choisit de laisser les corps parler. Perdu quelque part dans l'océan de souvenirs de leur vie en commun, il chercha dans sa mémoire le comportement approprié en ces circonstances. Les mots, le langage corporel à adopter. Pèle mêle des circonstances et anecdotes lui traversèrent l'esprit. Les fois où son propre père avait oublié de lui adresser un courrier pour lui souhaiter une bonne année, quand il s'était éclaté le genoux en chutant d'un muret, quand le chien de la maisonnée était mort, quand un groupe de malfrats lui avait fracassé la gueule au sortir d'une taverne...

Il s’avança d'un pas supplémentaire vers son épouse sa tante qui lui serra avec force les mains. Puis, tournant le regard vers son oncle, il ressenti alors une douleur nouvelle dans sa gorge, et une odeur abjecte vint agresser ses narines. Cherchant des yeux la provenance de cette puanteur, il tomba sur un jeunot, Richter, qui avait allumé sa pipe à fumer. L'odeur acre des herbes lui était insupportable, tout comme ces regards en biais qu'il lui jetait depuis son arrivée, le mettant mal à l'aise.

S'éloignant du groupe, Diederick tituba vers le caniveau tandis qu'il fut prit d'une quinte toux. Il avait apprit, depuis le débarquement sur les côtes impériales, que s'il avait quelque chose de coincé dans la gorge, il valait mieux tousser encore et encore jusqu'à ce que le corps soit expulsé plutôt que de toussoter à moitié des jours et des jours entiers. Aussi manqua-t-il une part du drama familial qui se déroulait tandis que lui même était tout occupé à cracher ses poumons, jusqu'à ce qu'un odieux mollard rouge et vert ne vienne repeindre le chemin du tout à l’égout. Il y avait encore des éclats par ci par là dans sa gorge, mais cracher ceux ci serait un processus bien moins pénible et douloureux.

Il respirait désormais bien mieux et sentait comme un courant d'air qui venait soudainement souffler dans son crâne, lui éclaircissant quelque peu les idées. Il était enfin en capacité de se consacrer à l'observation des événements.

Une espèce d'armoire à glace ambulante en armure beuglait sur le groupe. C'était... Arnulf ? Il était devenu templier d'Ulric ? De mémoire... Quelle mémoire avait il de lui ? C'était une éternité. Un vague souvenir des troupe d’État ? Ou bien d'une chaude journée où il s'était fait désarçonner durant les lices ? Mais il avait toujours été un solide gaillard, bien qu'il ne parvienne pas à se rappeler de quoique ce soit de bien personnel entre eux deux.

Vint en suite un jeune garçon... Une jeune garçonne plutôt, à la langue bien aiguisée, avec des atours qui évoquaient surtout Altdorf... Sa bouille lui était familière, mais il avait du mal à se la remettre. Mais sa voix...

''Par les dieux ! Marfa ! Mais c'est Marfa !''

La dernière fois qu'il l'avait vu, elle avait... Huit ans peut être ? Une petite boule pleine d'énergie. Le sang des loups, on disait qu'elle avait. Il se rappelait qu'elle n'arrêtait pas de les suivre partout dans le manoir lorsque lui et Ulricht rentraient du collegium. La terreur de la maisonnée. Marfa ''pieds nus''. Dieux comme le temps passait vite. Il était loin, désormais, le temps où il lui lisait des histoires les soirs où Hildegarde était trop fatiguée ou en colère pour les lui raconter. Une nouvelle vague de remords le parcouru à l'idée de l'avoir privée de son frère à jamais. Ça faisait mal, d'autant plus mal qu'elle avait été pour lui comme une petite sœur. Ses propres sœurs avec lesquelles il n'avait jamais eut plus d'une dizaine d’interactions, mariées ou pupilles dans d'autres familles. Il connaissait celles ci davantage par la correspondance que les rares contacts directs qu'ils avaient eu, surtout après son départ à Middenheim.

Puis voilà que le templier se collait à Richter. Richter... C'était Richter, voilà tout. Le petit frère d'Ulricht. Qu'ils incluaient parfois dans leurs jeux, plus pour le principe de l’inclure qu'autre chose hélas. Il était plus proche de son grand frère que de Diederick, ce dernier étant justement leur seul point commun. Ça allait être étrange et difficile de reprendre contact. Il voulait devenir chevalier quand enfant ? Comme oncle Arnulf. Étrange.

Par contre, quand son intellect percuta que c'était en train de dégénérer, Diederick paniqua. Ces gens ne pensaient pas... Non. Visiblement ils ne réfléchissaient pas au décorum. Richter choisissait de ne pas retenir sa langue et l'abrasif cousin Arnulf... S'embrasa.
Soupirant péniblement, Diederick reparti vers le groupe, dans l'espoir de calmer tout ce beau monde. Il allait avoir à sauver la face des protagonistes en essayant de les restreindre... Boulot de merde. Personne ne semblait avoir en tête qu'ils étaient dans un lieu de recueillement. Et ils n'avaient pas l'excuse d'être des enfants. Plus maintenant. On était dans le Morrspark quand même...

Arnulf ! Essaya il de crier pour se faire entendre par-delà le tumulte, regrettant immédiatement la manœuvre lorsqu'il fut à nouveau prit de toussotements.

''Les restes... Foutus restes.''

Nous sommes tous fatigués ! Essaya-t-il à nouveau de se faire entendre, en vain.

Rechignant à rejoindre la mêlée pour séparer ce beau monde, surtout dans son état frêle, alors que ses jambes se rappelaient à lui, il fut surpris d'entendre un sifflement, et encore plus que celui ci ramena le calme immédiatement.
Une petite dame, borgne, pleine d'autorité... Il la reconnut immédiatement à sa cicatrice et son œil de verre. Tatie Anna. Lorsqu'elle venait au manoir elle les régalait tous avec des récits de ses aventures et les derniers commérages, et parfois elle passait sous le manteau quelques confiseries. Ou, plus tard, pour les engueuler lui et Ulricht après une énième échauffourée étudiante dans Middenheim. Ou alors c'était pour les sortir des geôles du guet et leur passer un savon comme peu en étaient capables.

Par son simple regard, fixant un à un les participants dont elle avait l'attention, elle éteignit l'incendie qui menaçait d'éclater.
Il y avait de ces personnes dans la vie, dont chaque parole se devait d'être soigneusement écoutée et pesée, portant une autorité dans le verbe. Et ceux agissant outre étaient soit téméraires, soit stupides, et en payaient le prix. Tatie Anna était l'une de ces personnes. Aussi, lorsqu'il fut fixé de son regard, il eu comme réflexe instinctif de baisser les yeux et à nouveau se mordre la lèvre. Comme s'il était toujours le gamin qu'elle avait eut à aller chercher aux geôles du guet après une soirée trop arrosée impliquant des étudiants, le guet, une âne et un bordel... Shallya lui épargne les souvenirs embarrassants de cette horrible soirée, tâche indélébile à l'image d'homme responsable qu'il était aujourd'hui. Ou du moins espérait être.

Lorsque la matriarche lui tendit son bras, pas de questions, de réflexions ou d'hésitation, comme un chien bien dressé il prit celui ci. Il y avait des comportements que l'on ne pouvait dépasser avec certaines personnes. Et tatie Anna était de ces gens là. Comme une patrouille bien disciplinée, le reste de la famille leur emboîtèrent le pas, deux par deux en colonne.
Pas loin de Diederick se trouvait son épouse qui s'était magistralement débrouillée pour changer les idées à Han, le bambin désormais en train de s'amuser à marcher sur le banc, à jouer les équilibristes qu'ils avaient observés un soir du nouvel an à Nao-Suzu.
On avait heureusement réussi à s'arranger pour lui trouver une robe de deuil à sa taille, et celle ci lui allait bien d'ailleurs. Comme un gant. Quelques pensées lubriques percèrent le le mur érigé par le chagrin, rapidement noyées lorsqu'ils les témoignèrent, le faisant sourire, sans que celui ci n'aille cependant jusqu'aux yeux.

C'est lorsque Gao Li, nom de courtoisie Maria, lui lança une pique bien sympathique que son sourire atteignit finalement la pupille de ses yeux.

Ce sont des gens bien, lui dit elle en chuchotant dans sa langue natale, avant de rediriger son regard sur Han, le sourire toujours au lèvres.

C'est néanmoins là qu'il se demanda ou était passée Tian Yi. Elle était restée dans la chapelle avec lui jusqu'au bout.... Elle n'y était pas retournée tandis que tout le monde avait les yeux ailleurs ? Ou en train de se cacher dans le Morrspark, si ?
Se retournant, il fut soulagé de découvrir que celle ci s'était trouvée une nouvelle victime en la personne de cousine Marfa. Une heureuse surprise d'ailleurs que celle ci ne semblait guère s'offusquer de la curiosité de sa fille.
Il était un peu surpris que Marfa s'habille ne garçonne, mais après presque douze ans en Cathay, cela ne le choquait guère plus que cela. Oui, les normes sociales impériales s'attendaient à ce qu'une femme porte une robe, soit belle et se taise. Oui, que Marfa s'habille en garçon devait être choquant pour le reste de la famille. Oui c'était une injure au rang de leur famille si prestigieuse... Mais était-ce plus choquant que de découvrir qu'il était courant au Cathay que d'avoir un ''ami'', lorsque l'on montait dans l'échelle sociale ? Et que celui ci se retrouvait dans votre lit presque autant, sinon plus, que la première épouse ? Pas plus que ça. Il s'y était habitué. Alors que sa cousine s'habille en homme, pourquoi pas, tant qu'elle prenait garde aux normes sociales impériales.
Non, il était plus surpris qu'Ulricht laisse faire. Il était curieux de pouvoir discuter avec Marfa pour rattraper les années perdues.

À son côté, tatie Anna le branchait sur l'ambiance familiale. Ainsi semblait il que quelques uns de ses courriers, véritables bouteilles lancées à la mer, étaient parvenues au reste de la famille. Que quelque correspondance remise à des marchands de passage ait été remise à l'autre bout du monde relevait de la providence. Ranald devait l'avoir à la bonne en cela.
Il esquissa quelques expressions à mesure que Anna poursuivait les nouvelles. Un chagrin à la mention du deuil déjà ancien. Un sourire aux mentions de leurs bêtises de jeunesse et les réactions d'Ulricht père à leurs escapades. Un intérêt prit à la mention des cures des shalléennes.

Néanmoins, ces retrouvailles cessèrent lorsqu'ils atteignirent la périphérie du cimetière. Les coches et gardes du corps étaient toujours présents, aux aguets, mais un nouveau groupe était là. Il reconnaissait les pelisses tachetées portées par ces hommes. Pareils animaux pouvaient être trouvés dans la pampa de Sudenburg. Les chevaliers-panthères. L'ordre martial à la botte du graf de la cité du loup blanc. Et à leur tête un homme grand, au front dégarnit, pas encore détruit entièrement par la calvitie, et habillé avec style. Il avait aux doigts des bagues indiquant un certain rang et niveau de richesse, réveillant chez Diederick quelques réflexes de cour qu'il avait acquis au Cathay. À raison puisqu'il se révéla être le chancelier du graf. Écoutant le reste, il arqua du sourcil comme si maître Sparsam n'était pas en train de se foutre de sa gueule à propos de sa santé. Diederick écouta néanmoins le reste de ce que ce pince sans rire avait à raconter, en essayant de se doter de son expression la plus impassible possible. Celle là même qu'il adoptait lorsqu'il était confronté à un contrôle fiscal pointilleux par un fonctionnaire tatillon.

Maître Sparsam, commença Diederick de sa voix sifflante, c'est surprenant comme invitation. C'eut été avec plaisir.
Cependant. Dit il en indiquant par un geste du bras le gros ''mais'', en désignant le reste de la famille et sa personne en habits de deuil. La nouvelle de mon rétablissement est.... il fut prit d'une toux à nouveau. Il restait quelques morceaux du mollard qui s'attardaient dans sa gorge, gênant son élocution. Exagérée. Son excellence est elle d'humeur... il fit une pause pour respirer. Il parlait trop. Sa voix commençait à prendre un son rauque. Il avait vivement besoin de sa tisane au miel. À reporter ? Je ne suis pas... Au mieux.... il se mis à tousser une, deux, trois fois, avant que les restes du gros machin dans sa gorge ne dégagent assez pour lui permettre de s'éclaircir la voix. Les fragments du mollard avaient quittés sa gorge pour entrer désormais dans sa bouche, et leur goût le dégoutait. faisant un pas de côté, il tourna le buste pour cracher cette saloperie dans le caniveau, afin de ne pas réaliser la manœuvre de face par rapport à son vis-à-vis, tout roturier qu'il était. Une fois libéré de ce poison il reprit sa position initiale.

De ma forme, conclut il, avec une gorge désormais éclaircie.

La balle était dans le camp du chancelier. Implicitement Diederick lui avait tendu le bâton. Quitte à voir si Sparsam insisterait, lui indiquant ainsi que le Todbringer, non, n'apprécierait pas un report, ou bien de laisser la chose en l'état et implicitement signifier au von Bildhofen que oui, Todbringer n'était pas le genre de salaud à convoquer un noble en habit de deuil au sortir d'un enterrement, tout en retard qu'il soit.

''Attend un seconde... Est ce que Boris Todbringer est le genre de psychopathe à commettre un impair pareil ? Réfléchis... De quoi te rappelles tu de Boris ? Non. Rien ne me vient en tête. Et je ne suis clairement pas en forme... Et pourtant ''monsieur'' Josef Sparsam indique que le graff est heureux de m'apprendre en forme. Donc il m'informait déjà que ma santé ne concernait pas le graff ? Je n'arrive pas à penser droit... tendons lui une dernière perche au cas où.''

Mais si son excellence tient tellement... à me voir, cousin Arnulf vient aussi.

S'il y avait des escaliers, il préférait avoir le secours d'un bras solide pour lui sauver la face. Tatie Anna était parfaite pour le rôle, mais il préférait qu'elle reste avec le restant de la famille, et surtout qu'elle aide Maria et les enfants avec le reste des von Bildhofen. Il savait qu'avec elle ça filerait droit et personne ne viendrait chercher des puces à Maria. Puis elle avait tout un rayon d'anecdotes embarrassantes sur lui à raconter à son épouse. Elles devraient pouvoir s'entendre et garder les enfants jusqu'à ce qu'il revienne. Car il ne souhaitait pas emmener Maria et laisser les enfants tous seuls.

Si finalement il s'avérait que son instinct était exact, que cette invitation était "fortement recommandée", alors il demanderait à cousin Arnulf de l'accompagner, justifiant qu'il ne voyait personne d'autre de plus approprié pour l'aider à vaincre les escaliers. Et aussi prendre de ses nouvelles et de Stefan Todbringer, durant le trajet. Dans tous les cas il ne fermait pas la porte, la laissant entrouverte. Au chancelier de faire appel à son jugement personnel et d'insister, ou de laisser tomber la chose. Dieux que la cour était épuisante. Sa migraine revenait le lancer, et il s'essuya le front de son mouchoir tandis que son regard se remettait à divaguer. Vivement qu'il prenne un bon cidre chaud aux épices, ou une tisane au miel. Et un bon bain également.

Re: [L'Ennemi Intérieur] [Diederick] Les Deux Empereurs

Posté : 14 oct. 2023, 21:27
par [MJ] La Fée Enchanteresse
Sparsam ne sembla pas penser grand-chose du refus — en tout cas, il ne s’en formalisa pas. Bien au contraire ; il répondit presque du tac-au-tac après la dernière phrase de Diederick, et reprit avec un air emprunté :

« Monseigneur, si vous n’êtes pas rétabli, il est inutile d’aggraver votre santé pour ce qui devrait être un moment agréable. J’informerai Son Excellence que vous n’êtes pas en état de le voir.
Si nous pouvons faire quoi que ce soit durant votre résidence à Middenheim, sachez que nous nous tenons à votre disposition.
Mesdames, messeigneurs. »


Et sur ce, il fit un hochement de tête, tourna les talons, et parti les mains dans le dos aussi vite qu’il était apparu, suivi derrière par les Panthères dont les harnois cliquetaient alors qu’ils lui emboîtaient le pas.
En revanche, à son bras, tante Anne montra clairement sa désapprobation : en faisant la moue et en fronçant les sourcils, elle avait l’air de méchamment juger Diederick.

« Si tu te sens faible et triste, il vaut mieux rester cloîtré chez toi, oui.
Allez. Tout ça a assez pris de temps comme ça. »


Et là-dessus, elle lâcha le bras de son neveu, et s’éloigna toute seule d’un pas vif vers les voitures, vite escortée par des arbalétriers qui lui ouvrirent la porte de son carrosse dans lequel elle grimpa toute seule, ignorant la main serviable que lui offrait l’un des gardes.
Visiblement, Diederick avait fait quelque chose de mal — le laissant deviner seul ce qui l’avait vexée. En tout cas, Maria fit les gros yeux, visiblement interloquée par telle réaction.

Plus agréable, en revanche, Richter vint tapoter gentiment l’épaule de Diederick.

« C’est bien mon vieux. De montrer qu’on est pas les putains de Todbringer. Le vieux loup aime bien claquer des doigts et nous convoquer de temps à autre, mais c’est important de lui montrer qu’on est pas ses sbires.
– Il aime bien te convoquer, corrigea Marfa d’un air distrait.
– Ma douce et tendre sœurette, la prunelle de mes yeux, ma puce… S’il y a bien un Bildhofen qui ne sera jamais convoqué par Todbringer, c’est toi. Ouch. »

Marfa serra des dents. Elle ouvrit sa bouche pour dire quelque chose, mais tante Anna dans sa voiture dépassa sa tête et gronda aussi fort que possible avec sa voix grésillante aux cordes arrachées :

« Bon, magnez-vous, vous aurez le temps de vous entre-toucher la nouille plus tard ! »

Si les von Bildhofen incarnaient une des lignées les plus respectueuses, prestigieuses et puissantes de l’Empire, Anna n’en avait jamais eu la prestance. Peut-être que le Middenland avait un peu trop déteint sur elle, comme sur le reste de la lignée. En tout cas, elle semblait terrifier tout le reste de la famille, car ils se taisaient tous et reprenaient le chemin dans les voitures. Richter se permit tout de même d’arrêter Diederick alors qu’il allait monter dans la voiture réservée pour lui et sa famille qu’il avait empruntée à l’aller :

« Montez avec moi et notre dame-tante, mon vieux. Nous allons discuter un peu le temps de faire le chemin.
En plus, je pense que ma sœur veut faire connaissance avec votre famille. »


Marfa approuva avec un sourire et un hochement de tête. Et donc, Diederick s’avança un peu chancelant vers la petite voiture du milieu. Il se retrouva dans un petit habitacle, où deux grandes banquettes fourrées se faisaient face, séparées d’une tablette : il était donc devant tante Anne, tandis qu’à sa gauche Richter s’installait, et que le siège vide était réservé à Ulricht-Père. Tout le reste de la famille montait dans les voitures plus grandes, mais il fallait le dire, nettement moins luxueuses : parce que ce petit véhicule compensait sa taille réduite par du joli ameublement — il y avait là des armoires contenant des bouteilles d’alcool, des caissettes à bijoux, et tout un tas de babioles qui feraient le plaisir des bandits de grand-chemin. Ce dernier point expliquait probablement le cerclage en fer et les barreaux aux doubles-vitres en verre.

La voiture démarra et reprit son chemin dans les rues de Middenheim. Ils avaient rendez-vous dans une auberge qui avait été privatisée pour profiter d’un repas de famille, mais visiblement, il y aurait un peu de discussion en chemin.
Richter sortit à nouveau de son manteau sa pipe, sûrement juste par réflexe. Mais en regardant Diederick à côté de lui, qui avait bien toussé ses glaires tout à l’heure, il décida de la ranger. Anna lui demanda pourtant de faire quelque chose avec ses mains :

« Servez-nous à boire, sire Richter.
– Bien sûr. Sire père, voudriez-vous sortir des verres ? »

Ulricht obéi d’un signe de tête.
C’était très subtil, mais Diederick relevait l’insulte ; alors que le paternel était réduit à une tâche très domestique, c’est Richter qui naturellement se voyait proposé le rôle de l’échanson. Anna jouait à un jeu bizarre, où elle mettait bien en avant l’impétueux jeune homme. Celui-ci se mit debout, ouvrit une petite armoire en hauteur, et sorti une jolie bouteille en verre qu’il déboucha tout en la tenant fermement sous l’aisselle. Alors qu’il servit les quatre verres en cristal posés par son padré devant les quatre passagers, Diederick put voir l’étiquette : Château-Lyrie, du cognac Bretonnien.
Un alcool illégal dans l’Empire, à cause des sanctions économiques contre les assauts réguliers du duché de Parravon sur le Reikland — des dizaines d’autres biens du pays voisin étaient d’ailleurs concernés, comme leur verrerie, leurs meubles, ou leurs armes ; mais bizarrement pas leurs matières premières, parce que l’Empire avait un appétit d’ogre en grains, laines et minerais pas chers, mais c’était un détail.

« Comme je vous disais tout à l’heure, c’est bien que vous ayez refusé l’invitation de Todbringer. C’est mieux de rester soudés et en famille, en un tel moment.

– Todbringer ne signifiait aucune insulte. Il allait probablement vous présenter ses condoléances en personne. Il vous a beaucoup demandé, sire Diederick, et il a même demandé à venir à votre chevet. Votre épouse a refusé à cause de votre état de santé — il est vrai que nous n’étions même pas certain que vous restiez parmi nous à votre arrivée à Middenheim…
– Croyez pas que vous soyez populaire auprès de Todbringer pour autant. Il va vous témoigner d’un respect disproportionné pendant toute votre résidence à Middenheim, vous allez voir : mais c’est parce qu’il pense pouvoir atteindre votre frère à travers vous.
Il est persuadé que le Middenland, et donc la famille von Bildhofen, sont ses vassaux. Il se comporte de façon de plus en plus oppressante envers nous.

– Il vous a offert une place dans son palais, cher fils, grogna Ulricht.
– Notre branche est peut-être le côté malade et appauvri des Bildhofen, mais malgré tout, j’ai plus d’aspirations dans la vie que de devenir le domestique de Todbringer, sire père. On ne peut pas tous devenir l’un de ses mignons.
– Non, vous préférez vivre aux crochets de votre père et mère, comme c’est respectable de votre part.
– Du calme, Ulricht. Vous servez tous deux la famille : Vous en étant proche de Todbringer, Richter en restant à Salzenmund. L’important c’est de toujours rester soudés entre nous, peu importe les chemins que nous prenons dans la vie. Quand on écorche un homme, qu’on retire tout ce qu’il est, c’est la famille qui se retrouve en dessous de tout.
N’est-ce pas, Diederick ? C’est pour cela que vous êtes revenu, pour servir notre famille ? »


Elle attendit une réponse, probablement pour mettre fin à une énième dispute entre le père et le fils.

Et dans tous les cas, Ulricht reprit.

« Le Middenland, et l’Empire en général, ont changé en votre absence. Il y a des choses qui sont pareilles, mais on sent le vent tourner…
La fortune des von Bildhofen a connu des hauts et des bas. Votre frère Léopold, a, en grande partie, été un excellent duc — mais il fait face à de nombreux défis. Nous l’aidons du mieux que nous pouvons de notre côté du pays, mais ce n’est pas aisé.
Todbringer a été un allié solide et fidèle de notre dynastie. Il envoie très régulièrement des militaires dans la Drakwald contre les Bêtes de la forêt, par exemple.

– Mais ça lui est monté à la tête. Vous devriez voir comment son conseil parle de votre grand-frère : ils font des plans où il est mêlé sans l’en informer. C’est absolument insultant. »
Jet d’intelligence : 18, échec
Jet de convenances sociales : 5, réussite
Jet d’histoire : 4, réussite

Re: [L'Ennemi Intérieur] [Diederick] Les Deux Empereurs

Posté : 15 oct. 2023, 12:30
par Diederick von Bildhofen
Visiblement les réflexions de Diederick n'étaient que châteaux de sables, ceux ci s'écroulant aux premières vagues, alors que maître Sparsam acceptait poliment ses raisons pour retarder l'entrevue. Et mieux encore, Diederick n'avait pas eut à jouer la comédie plus que ça pour se peindre sous un mauvais jour. Juste écouter son corps tout au plus. En revanche, le regard mauvais de tatie était étrange ; il ne comprenait cette soudaine et inexpliquée antipathie à son égard. Quel impair avait il bien pu commettre pour obtenir ce mauvais œil ?
Abandonnant son bras, sa tante grimpa dans le carrosse avec mauvaise humeur. Quelque peu déboussolé, le rescapé des eaux chercha du regard autour de lui le reste de la famille afin de voir ce qu'il en était de pareille réaction. En vain. Tout le monde était en train d'embarquer, seule son épouse était encore là, à l'interroger du regard vis à vis de cette étrange échange. N'étant guère plus avancé qu'elle, il ne put que lui hausser les épaules et lui adresser un regard similaire pour lui répondre.
C'est ce moment là que Richter lui tapota l'épaule pour lui adresser une étrange forme de soutien. Cela était pour le moins inattendu au vu de son regard torve précédent. Diederick était de l'impression que son cousin l'avait en faible estime, quelque chose qu'il attribuait au fait d'avoir "prit" son frère Ultricht. Mais non. Rien à voir. Le cadet de la branche de Middenheim semblait juste de froid avec les cousins du côté Todbirnger. Il y avait visiblement des tensions entre les branches familiales. Quelque chose de mauvais augure, mais il n'en pensa guère plus.

''Espérons que ça ne dégénère pas en querelle dynastique. La force d'un clan comme le notre n'est décuplée que lorsque unit vers un but commun. M'enfin, nous restons de famille donc le temps devrait faire son ouvrage.''

Sauf que ces réflexions furent mises en doute à l'innocente réflexion de Marfa. Une fois, c'est un hasard, deux fois, une coïncidence, trois fois, un complot. Et il semblait, s'il n'y avait pas complot, qu'en tout cas il y avait anguille sous roche. Mais inutile de s'en faire pour le moment. Il apprendrait davantage en écoutant et pourrait faire son jugement ultérieurement une fois toutes les cartes en main.

Retournant à sa famille, Diederick aida Han à monter à bord de la voiture, portant celle ci à bout de bras, bien que l'effort suffise à le rincer. Heureusement Maria qui était déjà à l'intérieur l'attrapa avant qu'il ne se fatigue de trop. Quand vint le tour de Tiana, Richter le retint au dernier moment pour l'inviter à voyager avec lui et leur tante.
Regardant sa cousine, son épouse, puis Tiana qui semblait excitée à l'idée de voyager avec Marfa, Diederick soupira avant d'acquiescer.

Tu me raconteras ? Lança-t-il à son épouse, d'un regard désolé, avant de suivre son cousin.

Titubant une fois ou deux en direction du transport au centre du convoi, Diederick accéda enfin à celui ci. Avec Richter dans son ombre, prêt à tout moment à le soutenir - ce qui fut nécessaire - afin de l'empêcher de se gameler sur le pavé. Confronté ensuite à la marche pour monter à bord, il s'approcha du véhicule. Ensuite, prenant un grand bol d'air, il leva du genoux sa jambe gauche, pour placer le pied à l'intérieur du véhicule. Une fois fait, malgré que déjà son genoux le tirait, il plaça une main sur le bord de la porte, tandis que de l'autre, il invitait l'un des passagers à lui prendre le bras pour le hisser. Heureusement sa tante et Ulricht étaient en bonne forme physique. Pas comme lui. Et Richter était dans son dos pour le pousser, au cas où.
Une fois hissé à bord, il s’assit lourdement sur une banquette fourrée, réussissant à ne pas se gameler sur la petite tablette. Et immédiatement être rappelé par ce que la richesse de la famille pouvait produire en terme de luxe : un habitacle petit mais riche et confortable. Les belles armoires de bois en essences rares, laquées et les belles sculptures et ferronneries cuivrées couvrant comme des lierres les portes de celles ci. La verrière teintée de couleurs derrière laquelle se trouvaient les alcools. Les quelques boites métalliques dans lesquelles se trouvaient l’orfèvrerie à bord. Le plafond peint avec goût, représentant des motifs agréables pour l’œil. Et bien d'autres signes de richesse, de noblesse, qui étaient la marque des anciennes familles. Car la noblesse n'était pas qu'une accumulation de biens. C'était aussi une manière d'être. Et pour le meilleur moyen pour se distinguer des nouveaux riches et puissants marchands, quoi de mieux que le bon goût. La richesse sans donner l'impression de l'étaler, mais sans non plus donner dans la pieuse l'humilité.

Bien que ses années en Cathay l'aient contraint à voir à la baisse son standing, apprendre à cuisiner, faire son linge et autres tâches quotidiennes. Traducteur, ça ne payait pas assez pour se permettre d'entretenir de nombreux serviteurs. Heureusement qu'à côté il y avait de nombreux ''extras''.

Confortablement installé sur les coussins à bord, Diederick ne fut que peu mal à l'aise lorsque leur transport, inévitablement, roula sur des nids de poules. Cela avait l'avantage de ne pas faire empirer son mal de tête. Il semblait être sur la voie de la guérison, Shallya soit louée. Il eut par ailleurs l'heureuse surprise de voir Richter se retenir de fumer à l'intérieur. Ouf. Il n'aurait pas l'impression de mourir étouffé par son propre sang, aussi lointain était il dans l'arbre généalogique.
La suite, en revanche, lui fit hausser les sourcils d'incompréhension. Quelque chose devait lui échapper. Les mauvaises humeurs de son corps devaient lui jouer des tours, car il était persuadé que son père, pardon, Ulricht père, avait été.... Non. C'était là tout simplement ridicule. Ils étaient ici en famille. C'était tout à fait informel. Il devait se faire des idées. Même si une impression désagréable ne venait désormais lui souffler à l'oreille, et qu'il n'arrivait pas pleinement à s'en débarrasser.
Quoiqu'il en soit, Richter leur servit tous à boire, bien que Diederick fasse signe à son cousin de ne pas lui servir de cognac. Certainement, en d'autres occasions il eut apprécié que son palais redécouvre le goût de l'alcool bretonnien ; hélas, il avait besoin d'avoir l'esprit clair pour la journée. L'ivresse ne viendrait qu'en soirée.

Cidre faible, réussit il à éructer. Un fond. Et du miel ?

L'alcool bretonnien était certes bon et cher car illégal dû aux sanctions de l'Empire en représailles face aux escarmouches avec Parravon, mais dans son état, quelque chose de bien plus léger lui ferait du bien.
Sirotant du bout des lèvres la boisson, Diederick se contenta de ne participer à la discussion que lorsque directement adressé, tant pour protéger sa voix que pour glaner le plus d'informations possibles. Après tout, ce sont c'est l'homme qui parle peu dont les mots sont d'or. Et mieux valait se taire que parler pour ne rien dire. Surtout dans son état.
Ce qui ne l'empêchait pas de cogiter. Et ce qu'il apprenait était très préoccupant.
Ainsi le graf avait essayé de venir à son chevet, uniquement pour se faire renvoyer par sa délicieuse Maria, inquiète de son bien être. C'était tout elle. Il eut aimé être conscient durant le moment. La simple imagination de la scène réussi à lui faire sourire, celui ci atteignant les yeux.

"Tensions entre notre famille et le lointain cousin de Middenheim. Tatie essaie de... Quoi ? Garder les ponts entre les deux ouverts ? Lla voix de la sagesse qui parle ? Prônant le compromis ? Un dialogue civil ? Et c'est quoi cette histoire de vasselage ? Cela fait un moment que les duchés du Middenland et de la Drakwald ne sont plus unis à cause de ces foutus ranaldiens. A moins que cela ait changé ? Reste qu'il est de l'intérêt des deux provinces de rester en bons termes. La Drakwald est bien assez dangereuse comme ça. Richter et Ulricht sont en froid. Il ne réalise pas qu'une place dans le palais du graf ouvre la porte à des postes de pouvoir ? Todbringer peut le placer dans des sinécures où il peut faire preuve de ses compétences et obtenir richesse et pouvoir, tout en maintenant de bonnes relations avec la famille ? A moins que Todbringer littéralement prenne Richter pour son domestique ? Ulricht n'est pas un idiot. Tatie semble être la voie de la raison, ou du moins joue la conciliation en présentant les choses avec une tierce perspective. Quel est le jeu de Todbringer ? Diviser les Bildhofen, acheter la branche de Middenheim ? L'évincer ? La famille... Argh, foutue migraine...''

Lorsque vint son tour pour s'adresser au reste, Diederick choisit de présenter la vérité. Pourquoi était il rentré au juste ? Par mal du pays ? Peut être. Mais l'Empire ne lui manquait pas plus que ça. Le confort matériel, le luxe, peut être un peu. Pour rentrer à la maison ? Sans doute pas. La maison était là où se trouvait le cœur. Et son cœur était à Nao-Suzu. Par devoir ? Oui. Mais pas envers les von Bidlhofen. Pas ceux auxquels faisait référence Anna. Non. Par devoir pour présenter à ses enfants et sa femme le reste de leur famille. Pour que ses enfants prennent conscience que par-delà le bout du monde, ils ont d'autres possibilités, d'autres opportunités, que celles offertes au Cathay où ils seraient restreints de par leur parenté. Et par piété filiale, car une petite voix dans sa tête lui chuchotait, parfois, qu'il serait nécessaire de présenter à son père ses petits enfants, et obtenir de lui son approbation quand au choix de sa partenaire pour la vie. Cela et le remord de ne pas avoir ramené Ulricht aux siens. De lui avoir failli.
Servir la famille ? Non. Rentrer pour la famille ? Oui. Mais qu'était-ce que servir ? La servitude et le service, la loyauté... Tout cela n'était pas exactement la même chose.

Le sang... Est plus épais que l'eau. Les enfants... Méritent de découvrir... Leur famille.

Cela, il n'avait guère eut à réfléchir pour l'affirmer. C'était naturel. Mais pour la partie plus importante aux yeux de tante Anna, plusieurs secondes eurent à s'écouler avant qu'il ne puisse répondre sincèrement. Servir renvoyait à la soumission. Était il prêt à se soumettre ? Non. Allait il abandonner son nom et les siens ? Certainement pas. Non. Son sentiment à l'égard des siens était différent, outre l'amour qu'il avait pour certains membres de sa famille. Non. Il n'était pas là pour servir.

Un mot : Loyauté. Quand il ne reste plus rien. Personne. Seul le sang reste. Le sang... Ne ment pas.

La famille était quelque chose de différent que le souverain. On obéit au souverain. Mais la famille ? À celle ci on est loyal, même si l'on est en colère, on se bat, on se hait. Mais on ne verse pas le sang. Et l'on ne peut exiger une fidélité sans faille. Seule la loyauté est attendue. Le reste se gagne.

Sirotant son cidre, légèrement distrait par l’arôme de celui ci, il écouta d'une oreille seulement le reste de la discussion. La mention de son frère lui rappela l'importance de leur échange et il se massa les tempes pour se recentrer sur ce qui était ici discuté.

Mauvaise communication ? Quand se sont ils... Parlés, face à face, la dernière fois ? Essaya-t-il de proposer à Richter, cherchant à savoir jusqu'où allaient lesdits plans qui n'informaient pas Léopold. Ce dernier restait après tout le suzerain nominal de Todbringer...

''Quoique... Est ce à Léopold de traiter de... Non. J'espère que ce n'est pas ce que je pense...''

Lorsque Richter enfonça le clou en mentionnant à nouveau son grand frère, il manqua de s'étouffer. C'était clairement suspect.,
Lorsqu'il réussit enfin à chasser l'alcool qui s'était enfoncé dans la mauvaise trachée, Diederick interrogea du regard Ulricht. Voilà qu'il se mettait à avoir la chaire de poule.

Mon père ? Malade ?

Re: [L'Ennemi Intérieur] [Diederick] Les Deux Empereurs

Posté : 17 oct. 2023, 22:20
par [MJ] La Fée Enchanteresse
À la première question de Diederick, les trois Bildhofen semblèrent chacun réfléchir intérieurement. Mais alors que la demande était formulée à Richter, c’est son père qui répondit le premier :

« Le grand-duc du Middenland est venu pour la dernière fois à Middenheim il y a six ans, à l’occasion du grand carnaval. Au départ, tout se passait très bien, ils ont signé de nouvelles provisions d’alliance militaire et de libéralités commerciales, mais après, il y a eu l’affaire des fiançailles…
Boris Todbringer souhaitait que sa bâtarde, Katarina, se lie par fiançailles au premier-né de Léopold, Primus. J’étais persuadé que Léopold serait réceptif à l’idée : ça renforcerait les liens d’alliance anciens entre les Bildhofen et les Todbringer, nos deux maisons n’ont qu’à gagner à se rapprocher et se renforcer mutuellement. Mais Léopold a traîné des pieds, évité le sujet, et quand le chancelier Sparsam a alors dit que l’union des deux serait une condition nécessaire au renouvellement des traités entre Middenheim et le Middenland, il est entré dans une colère noire… Il a dit devant tout le conseil du Graf que ce n’était pas à Todbringer de prendre des décisions matrimoniales à sa place, et il a immédiatement pris son hôtel et a quitté net les festivités pour rentrer à Carroburg.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis, en grande partie grâce à moi et dame Anna. Boris Todbringer s’est rendu trois fois dans la Drakwald pour combattre les bêtes et soulager la position difficile de Léopold face à la forêt. Mais il souhaite toujours que Primus et Katarina s’épousent — maintenant qu’ils ont tous les deux les âges pour se marier, la question est plus d’actualité que jamais. Et je ne pense pas que Léopold soit dans une position de refuser. Il a désespérément besoin d’alliés, et Todbringer devient de plus en plus populaire du côté du Middenland. »

Middenland et Middenheim se devaient normalement d’être égaux, deux provinces indépendantes, avec chacune ses lois, son Électeur, et son croc runique ; mais à l’origine, il ne s’agissait que d’une seule même province géante, le pays des Teutogens, et Boris possédait bien le croc runique historique du Middenland. Si les hasards de l’histoire, les rébellions nobiliaires, et un cambriolage de serviteurs de Ranald n’étaient pas intervenus, ce serait toujours le cas aujourd’hui. Le Middenland avait récupéré le croc de la Drakwald, puis la famille von Bildhofen, exilée de Nuln après la mort de Magnus, se retrouva dans le grand nord.
Todbringer et von Bildhofen avaient lié leurs destins. Le premier Todbringer à être reconnu dirigeant de Middenheim était le fils croisé des deux familles, l’arrière-grand-père de Boris. En miroir, Gunthar von Bildhofen, le frère de Magnus, avait pris le Middenland grâce à l’argent et aux soutiens des Todbringer : à cette époque, les deux patries n’étaient encore qu’une seule, avant la nouvelle indépendance du Middenland en 2429. Tant d’histoires d’unions et de trahisons, d’alliances et de guerres séparaient Middenheim et Middenland, Thuringiens et Teutogens, mais au-delà de toutes ces escarmouches et ces rivalités, les deux maisons régnantes semblaient être faites l’une pour l’autre.
Visiblement pourtant, ce n’était pas au goût du grand frère de Diederick, qui semblait refuser de lier à nouveau sa famille, alors qu’apparemment il n’était pas capable de tuer des hommes-bêtes sans Boris. Quelle pouvait bien être la raison de cette hypocrisie ?

Mais la seconde question de Diederick sembla surprendre ses proches. Ulricht fronça des sourcils, Anna se releva dans son siège, tandis que Richter regarda tout le monde un par un. Et c’est avec une petite voix qu’il dit à voix haute ce qu’on avait peut-être pas compris :

« Il n’est pas au courant. »

Ulricht regarda avec une certaine gêne tante Anna. La matrone des von Bildhofen soupira du nez. Elle regarda Diederick qui se tenait en face d’elle, droit dans les yeux, et dit d’une façon froide et directe, comme on enlevait très vite un bandage sur une plaie à un enfant :

« Votre sire père, Siegfried von Bildhofen, est mort le 14 Ertezeit 2503, de causes de maladie — dans ses deux dernières années, il était souvent atteint de goutte et d’hémorragies. Votre sire frère, Léopold, avait déjà été entraîné à prendre le pouvoir pendant sa maladie ; comme voulu par testament de votre père, il a donc reçu le Croc Runique, et a été couronné par les prêtres de Sigmar et Ulric dans la chapelle de Carroburg,
Il est un excellent grand-duc, même s’il n’est pas toujours dans le Middenland proprement dit : il passe aussi du temps dans les terres ancestrales de notre maison au Wissenland, ou à Altdorf. Épaulé par votre autre frère, Siegfried, ils forment pourtant un excellent couple qui résiste pour protéger notre patrie. »


Huit ans. Huit ans que le père de Diederick était mort. Il n’avait jamais été prévenu, pas comme la mort de l’Empereur Luitpold qui avait été assez retentissante pour qu’on en parle dans l’ambassade Impériale auprès de l’Empereur-Dragon.
Jet d’histoire : 7, réussite

Re: [L'Ennemi Intérieur] [Diederick] Les Deux Empereurs

Posté : 18 oct. 2023, 11:55
par Diederick von Bildhofen
"Léopold a donc prit une colère à la suggestion que le renouvellement du traité soit conditionnel à un arrangement matrimonial. Question étant : Léopold a-t-il saisit l'occasion pour se doter d'une excuse afin de briser les négociations ? Ou bien a-t-il toujours été pareille tête brûlée ? A moins que les choses aient été présentées par Sparsam avec autant de tact qu'au Morrspark ? Et Léopold est en difficulté ? Refus du mariage, difficulté, opportunité présente... Poursuivrait il des ambitions dans le sud pour Primus ? A quoi bon chercher les étoiles quand le sol se dérobe sous ses pieds ? Je ne peux pas me faire d'avis sans revoir Léopold. Dieux je ne l'ait pas vu depuis plus de dix ans ! Et même avant cela je me suis plus souvent entretenu avec lui par courrier que face à face ! Comment a-t-il changé depuis lors ? Mais s'il souhaite poursuivre des ambitions dans le Sud... Pourquoi se limiter au Reik ? Cathay, ses soieries et son thé... Un mariage avec un gouverneur... Juste une pensée. Concentres toi.''

2429 avait été une année noire. Ces foutus ranaldiens dérobant le croc runique du Middenland, donnant alors lieu à la partition entre Middenheim et Carroburg malgré les liens de famille. Cette division avait affaiblie en ensemble politique s'étendant du Reik jusqu'à la mer des Griffes, et si des liens avaient été maintenus en place, l'entente entre les provinces n'avait jamais retrouvée une pareille force telle qu'auparavant. La richesse du Sud, les bras de Middenheim et les bois et mines du Nordland.... Réunir à nouveau cet ensemble avait été une ambition tout à fait compréhensible. Un solide bloc ulricain face au vélléités sigmarito-taalites. De quoi résister aux provinces plus riches du Sud. Las, si l'union faisait la force, les volontés de parvenir à celle ci semblaient être inversement proportionnelles aux querelles d'ego s'étripant à travers la Drakwald.
Heureusement que Ulricht et Anna semblaient être là pour arrondir les angles et garder la porte ouverte. Pour le moment.

Soudainement, lorsque Diederick mentionna son père, l'air dans le carrosse sembla se refroidir instamment. Des mines étranges, gênées, s'échangèrent avec ses cousins. Etait il donc si malade pour que l'on hésite à aborder le sujet ? Avec un peu de chance son fils parviendrait à arriver à Carroburg pour lui présenter ses petits enfants à temps.
Ou du moins fut-ce ce que considéra Diederick avant qu'Anna, avec la délicatesse d'un collecteur d'impôt, ne lui révèle son sort.

Mort. Il était mort. Depuis huit ans. De maladie. Il était âgé, oui. Mais l'image, les souvenirs qu'il avait de son paternel... Une flopée de souvenirs se bousculaient dans le crâne du Bildhofen. Un homme imposant. Grand gaillard. Charpenté. Une voix puissante. Un géant. Du haut de ses épaules il pouvait observer le monde. Un rire tonitruant. Une histoire racontée au coin du feu. Un bureau glacial éclairé à la bougie. Un regard sévère teinté de déception. Le repas avec oncle et cousin Ulricht. Les jours passés à s'amuser dans les écuries. L'annonce qu'il allai devenir pupille. Les lettres échangées. Puis plus rien. Pendant huit ans.
Il avait été si fier à l'idée de le retrouver. De lui présenter ses petits enfants. Son épouse. Ses accomplissements, aussi modestes étaient ils au regard de la succession à laquelle Léopold était préparé.
Et il apprenait qu'il était mort. La simple image de son géniteur, malade, affaiblit dans son lit, lui était étrangère. Il avait toujours été si fort à ses yeux. Il n'arrivait pas à l'imaginer. Alors qu'il avait été au plus faible de son état, il n'avait pas été là pour son père. Il l'avait abandonné. Il l'avait failli. Il l'avait déçu. À jamais.

Pendant un moment, il fixa le mur du carrosse lui faisant face, comme si ses interlocuteurs étaient invisibles. Il sentait les larmes lui venir aux yeux, mais celles ci ne venaient guère lui mouiller les joues. Il avait déjà pleuré au temple. Ses yeux étaient déjà rouge du chagrin.

Le tintement des fers des chevaux du convoi contre le pavé de la rue seul venait rompre le silence qui s'était installé dans l’habitacle. Jusqu'à ce qu'une trompette ne résonne dans celui ci, lorsque Diederick se moucha bruyamment dans son mouchoir, afin de faire sortir un filet de morve.

Il essaya de parler, mais s'arrêta au dernier instant, la bouche ouverte comme une carpe, ne sachant que dire, pour bêtement la refermer. Il voulait retrouver son épouse. La serrer dans ses bras. L'écouter chantonner une berceuse. Jouer avec ses cheveux et s'endormir. La serrer dans ses bras et faire passer ce moment, cette douleur qu'il avait dans la poitrine, cette boule qui semblait l'aspirer.
Il était mou. L'apathie s'était emparée de lui. Son corps reposait mollement contre la banquette, la tête avachie dans l'angle. Il termina son verre de cidre d'un coup avant de le reposer négligemment sur la table.

Un instant il se massa la tempe avant de se passer les doigts sur la paupière, chassant les résidus de pleurs et de sel cristallisé.
Les ténèbres étaient confortables. Il souhaitait rester là. Dormir. Mais il avait froid. Il tremblait. Geignait. Il avait si froid. Il avait tellement sommeil. Les yeux toujours fermés, il tremblait. Il avait la chaire de poule et toussotait par moment. Les ténèbres étaient sur lui et il souhaitait qu'elles l'engouffre.

Si seulement Gao Li était là. Il avait besoin d'un câlin.

Re: [L'Ennemi Intérieur] [Diederick] Les Deux Empereurs

Posté : 18 oct. 2023, 22:08
par [MJ] La Fée Enchanteresse
Diederick ne répondant que par le silence, il y eut un grand sentiment de gêne qui s’empara de tous les protagonistes. Richter regarda le fond de son verre avant de boire, Ulricht regarda par la fenêtre, tandis qu’Anna continuait de scruter son neveu tout droit, comme si elle attendait une réaction de sa part.
Ce long instant de flottement, qui dura au moins deux grosses minutes, fut heureusement dissipé par l’intervention d’Ulricht-père :

« Son Altesse Léopold est en ce moment même à Kastof — il fait le siège d’un château qui a fait rébellion contre lui. Nous envoyons provisions et argent à son camp de guerre, en partance pour cette nuit ; si vous souhaitez lui écrire une lettre, je vous arrangerai évidemment encre et papier. Nous ne l’avons pas encore prévenu de votre retour dans l’Empire, même s’il l’apprendra tôt ou tard. »




Le convoi se retrouva à faire le tour de l’immense Grand Parc, un îlot de buissons, jardineries, et lacs de la taille de tout un quartier — en regardant par la fenêtre si on tirait le rideau, on pouvait découvrir l’endroit le plus beau de tout Middenheim, si on exceptait ses temples. Des petits canaux pour faire de la barque, des animaux exotiques qu’on pouvait rencontrer en se promenant, et puis, dressé solidement en plein centre, l’immense stade Bernabau et ses cinq mille places de gradins et de fosse, où l’on offrait de grands jeux de courses de chariot, de combats de gladiateurs, et surtout, où l’on disputait les matchs officiels de la ligue de Middenball, le sport national de la patrie Teutogen.

Les voitures se retrouvèrent alors à ralentir sec et à passer en fille indienne au milieu des rues étroites du Freiburg. Son nom n’était pas usurpé — le Freiburg était un microcosme, très différent du reste de la ville. C’était le quartier des étudiants, des cafés à la mode, des librairies et des cabarets. C’était, surtout, l’arrondissement où l’on pouvait trouver le temple de Sigmar — l’un des rares lieux-saints de la Comète si haut dans l’Empire — ainsi que la guilde des sorciers, le plus ancien établissement d’étude des arcanes et du surnaturel de toute la nation, plus vieux encore que les collèges d’Altdorf établis par Magnus il y a deux cents ans.
C’était un quartier de la classe moyenne, de la jeunesse, des érudits. Pas vraiment un lieu pour les aristocrates, mais les von Bildhofen étaient des aristocrates un peu étranges. Diederick se souvenait que ces lieux étaient forts plaisants, c’était probablement là qu’il avait eu l’envie de voyager.
Et Richter, grommelant, fit une remarque :

« C’est moi qui aie choisi l’établissement. C’était le café préféré d’Ulricht, si je ne me trompe pas. »

Les voitures s’arrêtèrent devant un grand immeuble bourgeois à la jolie façade. L’enseigne montrait une représentation d’un amphithéâtre. L’Écolier. Oui, Richter n’avait pas tort. C’était le rade préféré d’Ulricht, une sorte de taverne plutôt haut-de-gamme, mais sans prétention non plus, où les étudiants de Middenheim se retrouvaient pour jouer au Alvatafl et discuter politique, de comment ils allaient changer l’Empire et le Vieux Monde tout entier une fois adultes. C’était presque un crime en fait d’avoir privatisé un tel endroit ; où les jeunes rêveurs désœuvrés de la ville allaient passer leur après-midi ?

On ouvrit la porte. Richter offrit son aide à Diederick pour qu’il descende. Dehors, celui-ci pouvait observer comment sa fille embêtait franchement Marfa : elle la saoulait de question qu’elle posait à toute vitesse dans son reikspiel malhabile et peu exercé, lui demanda si elle savait monter à cheval, si elle avait elle-même un cheval, si elle pouvait aller faire du cheval avec elle… Marfa se contentait de rire aux éclats avec un franc sourire, tandis que Maria essaya de calmer gentiment sa fille en lui caressant les cheveux.



À l’intérieur, pas mal de choses semblaient avoir changé. La décoration était toujours assez familière, mais il y avait plus de lumière, grâce à l’adjonction de nouvelles fenêtres, et une extension avait été bâtie en fond, jouxtant un abri pour chevaux à l’extérieur. Les propriétaires étaient différents eux aussi : Hugo Schmidt, le neveu de l’ancien taulier, avait repris l’affaire avec sa femme Petra, et les deux saluèrent les nouveaux arrivants — ils avaient l’air aimables et avenants, un beau couple de quarantenaires en pleine forme. Et puis, à l’intérieur, on voyait une toute petite scène pour les concerts (Vide), un long bar rempli à craquer de bouteilles derrière, et de grandes tables dans tous les sens où les familles commencèrent à se séparer.

Diederick se retrouva avec son épouse. Dans sa langue maternelle, Gao Li qui s’assit à ses côtés lui parla gentiment :

« Tout va bien ? Tu as l’air très fatigué. »

Alors qu’ils discutaient ensemble, Diederick vit à sa gauche un jeu de Alvatafl qui traînait tout seul. Il avait fait de nombreuses parties quand il était jeune. Un jeu de stratégie asymétrique, il opposait un joueur Nain avec 48 pièces contre un joueur Elfe avec 12 — le but des Nains, avançant très lentement, étant de bloquer et de tuer le prince Elfe qui doit réussir à s’échapper du jeu.

Re: [L'Ennemi Intérieur] [Diederick] Les Deux Empereurs

Posté : 22 oct. 2023, 14:37
par Diederick von Bildhofen
C'est dans un état de somnolence que Diederick évolua à durant le reste du trajet. Son corps était dans l'habitacle, mais son esprit était ailleurs. Fatigué, à moitié endormi, las, il ne payait guère attention au reste de la conversation. A peine eut il entendu qu'il pouvait écrire une lettre à Léopold.
Par la fenêtre du carrosse, il regardait par moment l'environnement. Par moment ses yeux ne distinguaient qu'un mélange de couleurs, par d'autres ils observaient avec grand détail des lieux, faisant resurgir des souvenirs longtemps enfouis depuis qu'il avait quitté la cité du loup blanc.
Les canaux, où, avec des amis du collegium, se déroulaient les compétitions de courses de barques. Au bord de l'eau où certaines festivités impliquant de l'alcool avaient lieu. Les souvenirs de baisers échangés à la lumière seule des lunes. Les brutales compétitions qui avaient lieu dans le stade Bernabau. Les altercations violentes qui avaient lieu avec les agents des parieurs de rois-loups. Les solides empoignades avec les soutiens des équipes adverses. Le sang qui arrosait le gazon en certaines occasions où la violence des jeux venait s'infiltrer dans les gradins.
Bientôt leur convoi s'engouffrait dans les entrailles du Freiburg, patrie des étudiants moins aisés que leurs collègues aristocrates, mais également lieu de loisirs plus accessibles, plus "démocratiques", où brassait tant la plèbe que les sangs bleus. Où s'organisaient les meilleures festivités nocturnes. Et où l'histoire ancienne de Middenheim se trouvait, tel que l'établissement de la guilde des sorciers ou le temple de Sigmar. Nombre de bons souvenirs lui revenaient. Les graffitis inscrits à la va vite avec Ulricht et d'autres étudiants sur les murs de l'école sigmarite alors qu'ils étaient solidement imbibés. Les compétitions à qui le mieux pourrait boire une bière dans chaque taverne jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un et d'autres jeux de jeunes et immatures étudiants. Des moments fort embarrassants. Surtout lorsque le guet leur tombait dessus dans leur pire moment. Combien de jeunes hommes avaient été arrêtés en état d'ivresse pour ''viol de mobilier urbain'' et ''nudisme en état d'ivresse'' ? Sans doute trop pour la morale et la dignité des coupables.

C'est Richter qui le tira de ses rêveries et de son état maussade en lui lançant une pique, lui valant un air renfrogné de sa part. Était il obligé de remuer le couteau dans la plaie ? Oui, sans doute un peu. Après tout, il devait lui en vouloir de lui avoir prit son frère. De l'avoir projeté à la succession de leur branche, avec toutes les responsabilités qui y étaient liées.

L’Écolier. Moult soirées s'étaient écoulées en ce lieu, à mi chemin entre la taverne et l'établissement haut de gamme. Il n'y avait pas la prétention d'en faire le rendez-vous de toute la noblesse de l'Empire, et ça convenait très bien aux locaux. Si vous aviez un karl en poche et du temps à tuer, c'était là où il fallait aller. Ambiance chaleureuse et conviviale. Bonne nourriture et boissons. Mobilier confortable et de bon goût. Moult soirées étudiants à refaire le monde, à promettre de changer l'Empire pour permettre aux vrais aristocrates de mener les masses ignorantes vers le progrès et la liberté, de remettre ces arrogants reiklandais à leur place et faire du collegium une vrai université et ainsi damner le pion aux rustres de Nuln et Altdorf. Puis aux discours de perdre en consistance à mesure que l'alcool coulait à flot jusqu'à ce que les pires ivrognes viennent à gêner les joueurs d'Alvatafl et qu'on en vienne aux poings dans la cour.
Et ils avaient réservés l'ensemble du bâtiment ? Ce n'était pas très sympathique pour le reste de la clientèle. Il eut été plus urbain de n'en réserver qu'une grande salle ou une partie de l'établissement. L'étage peut être ?

Les voitures arrêtées devant la belle façade de l'établissement, un valet ouvrit la porte tandis que Richter sorti le premier après avoir rangé verres et bouteilles. Malgré ses piques, il offrit à Diederick son aide pour sortir de l'habitacle. Refusant de se manger le pavé au vu de ses jambes molles, il accepta le bras et l'épaule de son cousin, descendant péniblement du carrosse.
Une fois dehors, il reçu la douce caresse des rayons du soleil. Il était bien là. Si seulement il pouvait rester comme ça. Si ce n'était pour ses jambes, et le vent. Une douce brise, certes, mais même cela, s'il n'y prêtait pas attention, pouvait suffire à le gêner.
Un peu mal à l'aise avec sa migraine, il essaya de retrouver le reste des siens. Tian Yi, ou Tiana, fut la plus aisée à retrouver. Le son de sa voix, posant moult et moult questions à sa cousine Marfa, lui permit de retrouver le reste du groupe. Elle semblait avoir trouvée en Marfa une oreille dans laquelle elle pouvait écouler son flot de questions. Sa curiosité insatiable se déversait sur sa pauvre cousine. Si seulement elle pouvait avoir la même diligence avec ses études.... Mais elle n'avait que quatre ans. Il fallait que jeunesse se passe après tout. Elle avait encore le temps pour que Diederick lui enseigne ses courtoisies. Lui même se souvenait difficilement de ce qu'il faisait à cet âge. Lire et passer du temps avec les animaux et dans les arbres ? Il avait été très timide jusqu'à ce qu'il rencontre Ulricht. Très renfermé, aussi avait il parfois du mal avec l'exubérance de sa fille. Elle était bien trop extravertie par rapport à lui. Non pas que ce soit une mauvaise chose par ailleurs.
Et Marfa semblait s'amuser. Pas de mal à la laisser continuer... Pour l'instant.

S'avançant dans leur direction, Diederick s'approcha subrepticement de Tian Yi... En vain. Celle ci était tellement occupée à assaillir de questions Marfa qu'elle ne le remarqua pas s'approcher. Enfin, derrière elle, il lui tapota l'épaule gauche alors qu'il était derrière son épaule droite.
Surprise, Tian Yi se retourna du côté de l'épaule droite avant de faire un tour complet et de sourire en voyant son père lui répondre en animant ses lèvres vers le haut, son sourire atteignant ses yeux.

Tiana. Une question... à la fois. Sinon tatie Marfa... Ne peut pas répondre. D'accord ? Lui demanda-t-il avec une sourire.

Et elle s'exécuterait... Jusqu'à ce que sa curiosité reprenne la main dans cinq, dix ou quinze minutes, mais inéluctablement, Tian Yi oublierait ses courtoisies jusqu'à ce qu'elle babille encore et encore. Au point qu'elle ne s'arrêterait que lorsqu'elle oublierait de respirer, ses parents lui disaient elle.

Quand à Han Lei, il avait une main dans la jupe de sa mère et observait de ses gros yeux les environs. Lui passant la main dans les cheveux, Diederick mis un genoux à terre pour se mettre à son niveau, bien que Gao Li l'ait instinctivement aidé à ne pas s'écrouler au sol, dans l'effort.

Tout va bien Han Lei ? On va bientôt manger, lui souffla-t-il, pour essayer de le rassurer. Il semblait avoir dépassé sa peur du Morrspark, mais l'on était jamais trop prudent.

Tiré sous l'épaule par son épouse, il se releva avec effort, ses genoux venant trembler sous l'activité. Une fois debout, il regarda des yeux Marfa pour lui hocher la tête, la remerciant d'avoir donné de son temps à Tiana.
Bras dessus bras dessous, Diederick et son épouse pénétrèrent dans l’Écolier avec le reste de la famille pour aller s'installer à leur place.
Les lieux avaient légèrement changés. L'éclairage avait été amélioré, avec de plus grandes ouvertures et de nouvelles fenêtres. Il y avait aussi eu un agrandissement dans le fond, et un abri pour les cheveux au dehors. Les propriétaires aussi avaient changés. L'homme avait quelque chose de familier dans la carrure. C'est lorsqu'il se présenta que Diederick put mettre la main sur le souvenir qu'il cherchait. Celui d'un jeune homme à qui Schmidt enseignait les cordes. Visiblement le neveu avait reprit l'affaire. Il n'y avait pour le moment personne sur la scène. Le bar n'avait pas changé, toujours aussi rutilant et, derrière celui ci, ce beau et long miroir coûteux sur le mur. De même que les innombrables bouteilles derrière le comptoir, collection de mille et un breuvages exotiques, plus pour la décoration que les clients, bien que certains particuliers se prêtent au défi d'étancher leur soif de ceux ci. Il avait lui même été surpris par l’arôme de poulet qu'il avait eu dans le palais, lorsqu'il avait bu un verre de cet alcool dans lequel avait macéré un serpent depuis longtemps mort. Mais le reste de la boisson l'avait envoyé sommeiller pour le reste de la soirée.

Indiquant aux enfants de rester avec tatie Marfa cinq petites minutes, il mena son épouse dans un coin de la taverne qu'il connaissait de mémoire. Plus ou moins à l'abri du regard du reste du clan qu'ils étaient, derrière une colonne, Diederick embrassa de ses bras Gao Li. Son corps tremblait alors qu'elle répondait à son câlin en lui caressant le dos à travers les vêtements de deuil. Ils restèrent ainsi peut être une minute, jusqu'à ce qu'il soit enfin calmé. Décollant son visage de son épaule dans laquelle il s'était réfugié, Diederick soupira péniblement, pour admettre la terrible vérité dans la langue de son épouse.

Mon père... Est mort. Huit ans.

N'en pouvant plus, Diederick renoua le contact avec son aimée dans un second câlin. Serrant de ses bras faibles son aimée, celle ci lui répondit de même, faisant bien attention à ne pas exercer une trop grande force sur le corps encore fragile de son époux. Les deux passèrent ainsi un moment à se consoler mutuellement, Gao Li lui soufflant de doux mots en cathayen, tandis que Diederick geignait et gémissait dans ses bras.

Lorsqu'enfin ils sortirent de leur cache pour rejoindre le reste du clan, ils rejoignirent leur table où se trouvaient leurs enfants et Marfa. Les plats avaient été servis aux invités. Potages, tartines et apéritifs divers.
Tian Yi était en train de s'efforcer de ne pas poser de questions la bouche pleine à Marfa, mais c'était là bien difficile pour elle de s'auto-discipliner. Han Lei, lui, écoutait d'une oreille, tandis qu'il goûtait à petites bouchées tout ce qui passait à sa portée, méfiant de la cuisine avec laquelle il n'était pas encore tout à fait acclimaté. Marfa, elle, piochait dans les tartines de fois gras et de pâté entre chaque cuiller de potage au poisson.
S'installant à côté de sa fille, Diederick commença à ingurgiter péniblement le potage. Le liquide lui faisait souffrir de la gorge, mais sa richesse lui redonnait des forces. Cette recette de soupe de poisson, dans laquelle de fins morceaux d'oignons, d'ail, d'herbes et de champignons avaient été mélangés et fris au beurre avant d'être noyés dans l'eau de la marmite, à laquelle poivre et sel avaient été ajoutés, avait de quoi mettre l'eau à la bouche même des morts. Mais même l'odeur et le goût de la nourriture ne parvinrent à véritablement le sortir de cet étrange état catatonique. Il était là, présent aux côtés de ceux qu'il aimait, sans pour autant être véritablement présent.

À côté des rafraîchissements se trouvaient de bonnes tartines de saumon et de beurre. Par ailleurs, il picora dans les restes de table de ses enfants, ceux ci laissant implicitement sur le côté ce qu'ils n'aimaient pas.

Relevant la présence d'un serveur qui se mouvait entre les tables, Diederick attira son attention pour une commande spécifique.

Une tisane. Miel et menthe garçon, et de se détourner prestement pour toussoter sur le côté.

Le reste du repas se déroula de manière cordiale, Gao Li faisant de son mieux pour limiter le flux de paroles sortant de la bouche de Tian Yi en lui rappelant ses courtoisies, tandis que Han Lei posait par moment quelques questions, sur ce qui se trouvait sur la table.
Par miracle vint un moment où les enfants virent leur curiosité temporairement rassasiée. Assez pour laisser Marfa respirer et manger, et Diederick d'avoir une discussion beaucoup plus posée avec elle. Au vu du brouhaha ambiant en provenance des tables voisines, le von Bildhofen avait à se pencher à son oreille pour se faire entendre sans avoir à exploser sa propre voix.

Merci d'avoir été patiente... Avec eux, dit il avec un mince sourire.

Buvant une petite gorgée de sa tisane qui était arrivée depuis, le mourant eut le plaisir de se rendre compte que sa tasse avait été bourrée de miel. Ce n'était presque plus une tisane au miel mais un miel à la tisane à ce compte là. Et l'effet sur sa gorge était agréable.

Si tu commences à fatiguer, n'hésites pas à le montrer. On prend le relais.

Nouvelle gorgée de tisane et tartine de saumon, alors qu'elle lui répondait.

Qu'est devenue Marfa "pieds nus" ? Lui demanda-t-elle, un mince sourire en coin. Tu as appris... l'escrime, finalement ?

Il avait de vagues souvenirs de Marfa, imitant grossièrement Ulricht et Diederick lorsque ceux ci s’entraînaient avec des armes de tournois. Marfa, elle, se cachait pour les observer et ensuite les imiter avec un manche à balais ou un branche quand elle pensait que personne ne regardait. Et garde à elle si Hildegarde la surprenait.

Que deviens tu, ces temps ci ? Conclut il, avec un regard sincère. Je crois me rappeler... Tousse. Des dessins au charbon ? Ultricht t'a trouvé.... un tuteur d'Altdorf ? dit il d'un ton curieux. Peut être était-ce de là que venait son goût pour ce style vestimentaire particulier ? A moins qu'elle même n'ait passé du temps à Altdorf ? Pour fréquenter les milieux artistiques ? Ou alors c'était tout simplement pour ennuyer ses parents, dans un geste de rébellion. A moins qu'elle ne butine de ce côté là.... Non pas qu'il puisse la juger de ce côté là. Après tant de temps au Cathay, il avait goûté à ce côté là du drap. Avant son mariage, cela va de soit. Puis il était ivre aussi. Cela avait aidé. Regardant sa famille autour de la table, il se concentra à nouveau sur Marfa. J'aimerai envoyer un croquis... de nous tous, à mon frère. Je vais lui écrire, ce soir.

Prenant une nouvelle gorgée de sa tisane, Diederick prit la pleine mesure de la réponse de sa cousine, hochant de la tête, mouvant un sourcil et faisant les gros yeux à mesure qu'il l'écoutait, communiquant davantage avec son corps et ses expressions que par son verbe.

Puis, alors qu'il s'apprêtait à remercier la garçonne pour aller visiter d'autres membres de la famille, il s'arrêta au dernier moment.

Une dernière chose. Anna m'a parlé de mon neveu. Un mariage avec Katarina. La fille du graf. Tu connais celle ci ?



Après sa discussion avec Marfa, il enjoignit sa famille à aller rencontrer le reste du clan avec lui. Cela risquait peut être d'ennuyer les enfants, et si ceux ci se révélaient inattentifs, alors il leur inviterait à passer du temps avec ''tatie Anna'', qui aurait sans doute des histoires à leur raconter, tandis que lui même et leur mère continueraient à socialiser.

Ainsi, aidé de Gao Li pour quitter la table, ils se dirigèrent vers Arnulf. Toujours sa tisane au miel à la main, il s'installa à sa tablée, après lui avoir demandé du regard s'il était disposé à le recevoir.
Lourdement, il s'écroula sur le banc, à côté de lui, avant de reprendre boire une nouvelle gorgée de son breuvage si agréable.

Arnulf.

Que dire de plus. C'était un bagarreur, ou du moins était-ce le souvenir qu'il avait de lui.

Templier du coup. Vocation ou aventure ?

Écoutant avec attention les raisons données par Arnulf quand à son engagement, Diederick essaya d'imaginer les efforts qu'il aurait à commettre pour regagner sa carrure passée. Le poison avait littéralement fait fondre ses muscles. Mais voilà qu'Arnulf abordait certaines anecdotes concernant ses activités avec sa nouvelle fraternité.

Ton chapitre descend... dans la Drakwald ? Hommes bêtes et bandits ?

Aidé de Maria à ses côtés, les trois échangèrent anecdotes de campagnes et combats vécus, en essayant de garder ceux ci appropriés pour les oreilles des enfants. Ils étaient si jeunes. Peu à peu, Diederick fit tourner la discussion sur le Middenland. Les politiques de Todbringer. De Léopold. Les dernières tentatives de ces fichus reiklandais sigmarites de mettre leurs sales pattes puantes et gluantes dans leur belle province, jaloux qu'ils étaient. Puis, d'un ton se voulant moins détaché, Diederick l'interrogea sur cette rébellion dont il avait entendu parler, à laquelle était confronté Léopold. Était-ce là quelque chose de sérieux, ou bien l'habituel féodal refusant de payer ses taxes jusqu'à ce qu'on montre les muscles ?



Le temps passé avec Arnulf fut intéressant, mais comme toute bonne chose, celle ci toucha à sa fin, et Diederick entreprit de retrouver Richter.
Soufflant des narines pour se relever, il s'appuya sur la table pour ne pas tomber à rebord du banc. Donnant cette fois ci quartier libre à sa famille, ils étaient libres de continuer à écouter les anecdotes d'Arnulf, ou bien d'aller rencontrer d'autres membres de la famille. Lui, se dirigea d'un pas malhabile vers son autre cousin, désormais propulsé à la tête de la branche de Middenheim.

Atteignant enfin sa table, il trouva Richter en compagnie de jeunes hommes de son âge, tous pleinement plongés dans une discussion. Faisant le choix d'en sortir son cousin discrètement, Diederick lui tapota l'épaule de sa main libre. Retourné, il lui indiqua du bras un coin de la taverne où se trouvait au loin un plateau de jeu d'Alvatafi.

Acquiesçant, Richter et lui même traversèrent les îlots de cousins, oncles et neveux, butant par moment sur une jambe, un sac ou un pied de chaise, l'un d'entre eux faisant par ailleurs tomber à la renverse Diederick, avant de n'être soutenu in-extremis par son antipathique compagnon.

Lorsqu'ils arrivèrent enfin à la table où le plateau de jeu avait été laissé, le von Bildhofen se laissa tomber lourdement sur la chaise avant de soupirer péniblement et de se resservir une nouvelle gorgée de tisane. La dernière. Avisant le serveur, il lui demanda de lui resservir ''la même chose''.

Tous deux installés, Diederick pu reconsidérer l'aspect de son cousin. À travers la jungle de cheveux blonds de son cousin, il pouvait voir par-delà ceux ci ses yeux aux pupilles grises le juger. L'impression antipathique à son égard qui se dégageait du personnage le mettait mal à l'aise, et il ignorait comment dépasser celle ci. Comment reconstruire une relation avec lui malgré le décès d'Utricht. Fallait il qu'il le confronte ouvertement en crevant immédiatement l'abcès, ou bien qu'il essaie de redécouvrir le jeune homme ? C'est finalement cette deuxième option qui prévalu. Après avoir choisit de jouer les nains – hors de question de jouer en premier avec ces saloperies de sangsues aux longues oreilles – Diederick fit entamer à ses pièces une progression en colonne.

À mesure que les joueurs s'échangeaient des pièces au cours de leur partie, uniquement troublée par les éventuels curieux, dont Tian Yi, le rescapé de la mer des Griffes essaya de briser le silence gênant qui s'était installé.

Salzenmund ?

Il était sincèrement curieux de connaître l'histoire derrière cette controverse qui semblait énerver Arnulf.

Ils passèrent ainsi quelques minutes à s'échanger anecdotes et histoires sur la capitale de la baronnie. Diederick du temps où lui même et Ulricht y étaient entrés, jeunes loups aux longues dents, découvrant chaque débit de boisson, chaque tripot, temple et taverne avant de continuer vers le nord ; Richter de son côté à parler de sa vie sur place.

Le jeu continua jusqu'à sa conclusion, puis on échangea les camps. Dans l'intervalle où il convenait de ranger et replacer les pions sur la table de jeu, Diederick reprit la conversation.

Katarina Todbringer. Peux tu me la décrire ? Des rumeurs ?

Cette manche ci, les elfes de l'ulricain placèrent leur prince en appât, le faisant reculer petit à petit tandis que ses gardes du corps lardaient de leurs traits ses poursuivants. Il visait là une victoire par extermination. Une tactique assez hétérodoxe. Et qui se payait si l'adversaire ne se laissait pas tenter par l'appât.

Cette rébellion concernant Léopold... Tu as des détails ?

Le jeu touchant à sa fin, Diederick ne put ne put se retenir pour finalement parler du rinophant dans la pièce.

Richter... Ultricht et toi... Vous me blâmez, n'est ce pas ? Tu me hais ? demanda-t-il d'une petite voix craintive.