Leçon de cuisine, tome un
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Re: Leçon de cuisine, tome un
Tout gastronome le sait, certaines des plus succulentes recettes du répertoire des grands chefs proviennent de fait de ces pays lointains, aux consonances étranges et aux aliments bigarrés. Un peu d'exotisme pour titiller les papilles, un feu inconnu pour ravir l'estomac, une étrange alternance des saveurs... autant d'atouts qui assurent bien souvent le succès d'un plat exotique bien préparé. La recette que je vais vous présenter est tirée de mes voyages en Tilée, et m'a été confiée par le cuistot même du Prince des Voleurs du désert. Ce plat raffiné, chers lecteurs, n'est autre que le fameux Tajine de Djinn au Bleu et Paprika et requiert, comme toujours, un soin particulier dans sa préparation...
INGREDIENTS:
Tout d'abord, un vaste plat à Tajine, de bonne qualité, peint de caractères divers entrelacés. Un grand nombre de briques. Du Bleu du vert Korh, du paprika, du riz, du blé, des amandes. Une pomme de terre ou deux; un thaumatomètre (un prêtre peut faire l'affaire). De la farine. Huit litres de bière naine qualité supérieure en fût. Votre matériel habituel de cuisine (notez que l'objet contondant n'est pas requis pour cette recette). Un tapis volant (pour la variante 1) ou un matériel de marche dans le désert (chameaux, etc, pour la variante 2). Du nécessaire à thé d'Arabie. Un autel portatif envers votre dieu favori (celui du prêtre si vous en avez un peut parfaitement faire l'affaire). Un guide local.
AVERTISSEMENTS:
Les difficultés de reproduction du Djinn et son mauvais caractère reconnu (sadisme, mégalomanie, etc.) ont considérablement réduit les effectifs de cette espèce. Nous vous enjoignons naturellement à ne pas aller à l'encontre de la législation internationale en allant troubler le Djinn dans les espaces protégés qui lui sont réservés (contactez l'ambassade du Sultanat à Altdorf pour plus de d'informations, et en cas de doute). Les auteurs ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des actes de braconnages culinaires de lecteurs n'ayant pas suivi ces consignes, et de l’empalement qui en résulterait. Méfiez-vous toujours d'un Djinn en solde, qui signe bien souvent l'illégalité de son acquisition.
Le Tajine de Djinn au Bleu et Paprika est une recette coûteuse et complexe qui peut prendre des années de réalisation en fonction de la chance du préparateur. Quel que soit votre découragement (blues) ou votre impatience ( du djinn), nous vous enjoignons néanmoins à toujours respecter, pour votre sécurité, les instructions qui suivent, dans leur totalité.
PROTOCOLE: Etape 1, préparatifs divers.
Le plat à Tajine est au coeur du processus de cuisson; une mauvaise préparation de ce dernier viendrait à ruiner tout votre travail. Cette étape est donc essentielle.
Premièrement, contactez un maître des runes nains habilité par la Guilde des Maîtres des Runes* (voir notre liste des forteresses partenaires en fin d'ouvrage). Il s'agit, en échange de votre bière XXL* d'obtenir de lui qu'il grave sur votre Tajine une Rune D'Antimagie (ce qu'il ne ferait ordinairement jamais, le Tajine n'étant pas un matériel noble pour un nain sobre). Vous remarquerez que la rune va se dissimuler subtilement dans les peintures de votre Tajine. Ne vous étonnez pas, c'est fait exprès... Rendez-vous ensuite en Arabie.
Etape 2, chaud devant.
A proximité d'une rivière, bâtissez un four dont la hauteur sera exactement celle de votre plat tissé de rune, afin qu'il s'y encastre parfaitement. Usez pour cela de vos briques et de la glaise de la rivière comme mortier, qui sous le soleil de cette riante contrée ne tardera pas à durcir. Tout ceci est expliqué en détail dans l'excellent troisième volume de cette collection (NdE: Volume 3, petits fours, apéritifs et autres préparatifs, A PARAÎTRE). Contrôlez bien que le plat s'y insère exactement; un jeu d'un sixième de pouce suffirait à gâcher la recette.
Emplissez le Tajine de bleu, de patates et d'un peu de paprika, en procédant comme suit: les rondelles de patate dessous, les tranches de Bleu dessus, et un mince saupoudrage de l'épice.
Selon la variante choisie, arpentez ensuite le désert à pied (variante 2) ou en tapis volant (variante 1) avec votre guide, afin de trouver le Djinn idéal. A chaque fois que vous dressez le camp, dressez également votre autel, cierge allumé, à proximité du camp, éventuellement en marmonnant faussement des prières. Notez qu'il vaut mieux éviter ici la présence du prêtre, qui fera fuir l'ingrédient. Si votre autel semble d'un coup s'effondrer, ou que vos cierges s'éteignent, le djinn est là: passez à l'étape suivante.
Etape 3, acquérir un Djinn authentique à peu de frais.
Ne perdez pas de temps. Jetez vivement de la farine en direction de l'autel, et approchez une torche. Vous distinguerez bientôt, grâce à la farine fixée sur lui, la silhouette humanoïde du génie. Parlez-lui en terme sympathiques, puis annoncez que vous êtes à la recherche d'un maître, en tant qu'esclave évadé, mais qu'il faudra qu'il soit plus fort encore que votre maître précédent, le grand Al Akh Azam. Le génie vous affirmera qu'il est absolument meilleur que cet homme-là, et vous demandera si ça vous va. Attention, il faut répondre non! Sans ça, la recette est perdue. Proposez-lui plutôt trois défis. Il devrait accepter.
Si le génie refuse, gare, il s'agit peut-être d'un Djinn Médiocrement Joueur. Dans une telle situation, partez sans demander votre reste.
S'il accepte, les choses sont bien engagées. Mais l'humeur d'un Djinn étant aussi changeant que la flamme, dépêchez-vous avant que sa confiance ne s'Effrite. Deux défis auront pour but de le pousser à croire en lui; demandez-lui donc de se grandir jusqu'à ce que sa tête touche les nuages, puis de se grossir jusqu'à ce que son ventre soit plus large que votre tente.
Le troisième défi consistera à lui demander s'il est capable en rétrécissant de rentrer dans le plat à Tajine. Naturellement, ricaner à cette étape de la recette risque de corser les choses, attendez pour cela que le Djinn soit entré. S'il refuse parcequ’il est méfiant (ou qu'on lui a déjà fait le coup), recommencez l'étape 2. S'il rentre en rigolant devant la facilité de l'exercice, pas de doute, vous tenez votre dernier ingrédient! Notez que c'est ici que prend toute son importance la face cachée de la rune. Assurez-vous cependant de garder ce plat absolument fermé jusqu'à la conclusion de la recette; la rune d'anti-magie devrait garantir qu'il ne se changera pas en autre chose qu'en fumée dont, on le sait, les forces de pressions sur les bords d'un plat à Tajine ne sont que de 1/3nmVm, où Vm vitesse moyenne et n nombre de petits éléments de Djinn, mais je m'égard. Il suffit de savoir qu'il ne parviendra pas à pousser le couvercle. Vous noterez cependant que le volume du Djinn influe pour ce qui est de la pression qu'il exerce, il faut donc savoir choisir sa taille.
Etape 4, cuisson et dégustation.
La suite est d'une simplicité enfantine: retraversez le désert sans jamais relâcher le couvercle (suite à de nombreux cas de décès, nous déconseillons l'utilisation d'une simple corde le retenant), puis retrouvez votre four et glissez le plat à l'intérieur. Ce passage, qui est en quelque sorte le moment de vérité de la recette, est toujours un peu angoissant: soit le four retient effectivement le couvercle fermé, soit non. Mais comme disait un ami cuistot, dans tous les cas, vous dégusterez!
Pendant que vous chauffez le Génie, faites cuire le riz aux amandes, et surveillez votre thaumatomètre. Lorsqu'il ne distinguera plus qu'une vague pulsation liée à la rune, c'est que c'est cuit pour lui! Sortez le tajine du feu, ouvrez-le, et vérifiez que le djinn a bien déteint sur les patates. Versez ensuite cet assaisonnement sur le riz, et consommez en famille, avec le thé et, pourquoi pas, le nain, le prêtre et le guide!
Ah, il faut bien que je vous prévienne: tout au long de la partie qui le concerne, le Djinn -s'il a une voix qui porte- tentera toute sorte de stratagèmes pour se libérer, menaces et promesses. Il est bien évident qu'il faut refuser avec la dernière énergie. Mais honnêtement, qui relâcherait un Djinn qui lui promet tout l'or de la terre alors qu'il peut à la place le manger avec un assaisonnement divin? Pas nos avisés lecteurs, j'en suis sûr...
* Appellation contrôlée
Nous tenons à remercier tout particulierement MJ Djinn pour sa bienveillance lors de la conception de cette recette, et son immense tolérance lors de nos essais.
Imprimeies Impériales d'Altdorf, 2507, exemplaire 0000001
Le Tajine de Djinn au Bleu et Paprika est copyright Von AdeldochTm pour tout le Vieux Monde, Terres Chaotiques incluse.
INGREDIENTS:
Tout d'abord, un vaste plat à Tajine, de bonne qualité, peint de caractères divers entrelacés. Un grand nombre de briques. Du Bleu du vert Korh, du paprika, du riz, du blé, des amandes. Une pomme de terre ou deux; un thaumatomètre (un prêtre peut faire l'affaire). De la farine. Huit litres de bière naine qualité supérieure en fût. Votre matériel habituel de cuisine (notez que l'objet contondant n'est pas requis pour cette recette). Un tapis volant (pour la variante 1) ou un matériel de marche dans le désert (chameaux, etc, pour la variante 2). Du nécessaire à thé d'Arabie. Un autel portatif envers votre dieu favori (celui du prêtre si vous en avez un peut parfaitement faire l'affaire). Un guide local.
AVERTISSEMENTS:
Les difficultés de reproduction du Djinn et son mauvais caractère reconnu (sadisme, mégalomanie, etc.) ont considérablement réduit les effectifs de cette espèce. Nous vous enjoignons naturellement à ne pas aller à l'encontre de la législation internationale en allant troubler le Djinn dans les espaces protégés qui lui sont réservés (contactez l'ambassade du Sultanat à Altdorf pour plus de d'informations, et en cas de doute). Les auteurs ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des actes de braconnages culinaires de lecteurs n'ayant pas suivi ces consignes, et de l’empalement qui en résulterait. Méfiez-vous toujours d'un Djinn en solde, qui signe bien souvent l'illégalité de son acquisition.
Le Tajine de Djinn au Bleu et Paprika est une recette coûteuse et complexe qui peut prendre des années de réalisation en fonction de la chance du préparateur. Quel que soit votre découragement (blues) ou votre impatience ( du djinn), nous vous enjoignons néanmoins à toujours respecter, pour votre sécurité, les instructions qui suivent, dans leur totalité.
PROTOCOLE: Etape 1, préparatifs divers.
Le plat à Tajine est au coeur du processus de cuisson; une mauvaise préparation de ce dernier viendrait à ruiner tout votre travail. Cette étape est donc essentielle.
Premièrement, contactez un maître des runes nains habilité par la Guilde des Maîtres des Runes* (voir notre liste des forteresses partenaires en fin d'ouvrage). Il s'agit, en échange de votre bière XXL* d'obtenir de lui qu'il grave sur votre Tajine une Rune D'Antimagie (ce qu'il ne ferait ordinairement jamais, le Tajine n'étant pas un matériel noble pour un nain sobre). Vous remarquerez que la rune va se dissimuler subtilement dans les peintures de votre Tajine. Ne vous étonnez pas, c'est fait exprès... Rendez-vous ensuite en Arabie.
Etape 2, chaud devant.
A proximité d'une rivière, bâtissez un four dont la hauteur sera exactement celle de votre plat tissé de rune, afin qu'il s'y encastre parfaitement. Usez pour cela de vos briques et de la glaise de la rivière comme mortier, qui sous le soleil de cette riante contrée ne tardera pas à durcir. Tout ceci est expliqué en détail dans l'excellent troisième volume de cette collection (NdE: Volume 3, petits fours, apéritifs et autres préparatifs, A PARAÎTRE). Contrôlez bien que le plat s'y insère exactement; un jeu d'un sixième de pouce suffirait à gâcher la recette.
Emplissez le Tajine de bleu, de patates et d'un peu de paprika, en procédant comme suit: les rondelles de patate dessous, les tranches de Bleu dessus, et un mince saupoudrage de l'épice.
Selon la variante choisie, arpentez ensuite le désert à pied (variante 2) ou en tapis volant (variante 1) avec votre guide, afin de trouver le Djinn idéal. A chaque fois que vous dressez le camp, dressez également votre autel, cierge allumé, à proximité du camp, éventuellement en marmonnant faussement des prières. Notez qu'il vaut mieux éviter ici la présence du prêtre, qui fera fuir l'ingrédient. Si votre autel semble d'un coup s'effondrer, ou que vos cierges s'éteignent, le djinn est là: passez à l'étape suivante.
Etape 3, acquérir un Djinn authentique à peu de frais.
Ne perdez pas de temps. Jetez vivement de la farine en direction de l'autel, et approchez une torche. Vous distinguerez bientôt, grâce à la farine fixée sur lui, la silhouette humanoïde du génie. Parlez-lui en terme sympathiques, puis annoncez que vous êtes à la recherche d'un maître, en tant qu'esclave évadé, mais qu'il faudra qu'il soit plus fort encore que votre maître précédent, le grand Al Akh Azam. Le génie vous affirmera qu'il est absolument meilleur que cet homme-là, et vous demandera si ça vous va. Attention, il faut répondre non! Sans ça, la recette est perdue. Proposez-lui plutôt trois défis. Il devrait accepter.
Si le génie refuse, gare, il s'agit peut-être d'un Djinn Médiocrement Joueur. Dans une telle situation, partez sans demander votre reste.
S'il accepte, les choses sont bien engagées. Mais l'humeur d'un Djinn étant aussi changeant que la flamme, dépêchez-vous avant que sa confiance ne s'Effrite. Deux défis auront pour but de le pousser à croire en lui; demandez-lui donc de se grandir jusqu'à ce que sa tête touche les nuages, puis de se grossir jusqu'à ce que son ventre soit plus large que votre tente.
Le troisième défi consistera à lui demander s'il est capable en rétrécissant de rentrer dans le plat à Tajine. Naturellement, ricaner à cette étape de la recette risque de corser les choses, attendez pour cela que le Djinn soit entré. S'il refuse parcequ’il est méfiant (ou qu'on lui a déjà fait le coup), recommencez l'étape 2. S'il rentre en rigolant devant la facilité de l'exercice, pas de doute, vous tenez votre dernier ingrédient! Notez que c'est ici que prend toute son importance la face cachée de la rune. Assurez-vous cependant de garder ce plat absolument fermé jusqu'à la conclusion de la recette; la rune d'anti-magie devrait garantir qu'il ne se changera pas en autre chose qu'en fumée dont, on le sait, les forces de pressions sur les bords d'un plat à Tajine ne sont que de 1/3nmVm, où Vm vitesse moyenne et n nombre de petits éléments de Djinn, mais je m'égard. Il suffit de savoir qu'il ne parviendra pas à pousser le couvercle. Vous noterez cependant que le volume du Djinn influe pour ce qui est de la pression qu'il exerce, il faut donc savoir choisir sa taille.
Etape 4, cuisson et dégustation.
La suite est d'une simplicité enfantine: retraversez le désert sans jamais relâcher le couvercle (suite à de nombreux cas de décès, nous déconseillons l'utilisation d'une simple corde le retenant), puis retrouvez votre four et glissez le plat à l'intérieur. Ce passage, qui est en quelque sorte le moment de vérité de la recette, est toujours un peu angoissant: soit le four retient effectivement le couvercle fermé, soit non. Mais comme disait un ami cuistot, dans tous les cas, vous dégusterez!
Pendant que vous chauffez le Génie, faites cuire le riz aux amandes, et surveillez votre thaumatomètre. Lorsqu'il ne distinguera plus qu'une vague pulsation liée à la rune, c'est que c'est cuit pour lui! Sortez le tajine du feu, ouvrez-le, et vérifiez que le djinn a bien déteint sur les patates. Versez ensuite cet assaisonnement sur le riz, et consommez en famille, avec le thé et, pourquoi pas, le nain, le prêtre et le guide!
Ah, il faut bien que je vous prévienne: tout au long de la partie qui le concerne, le Djinn -s'il a une voix qui porte- tentera toute sorte de stratagèmes pour se libérer, menaces et promesses. Il est bien évident qu'il faut refuser avec la dernière énergie. Mais honnêtement, qui relâcherait un Djinn qui lui promet tout l'or de la terre alors qu'il peut à la place le manger avec un assaisonnement divin? Pas nos avisés lecteurs, j'en suis sûr...
* Appellation contrôlée
Nous tenons à remercier tout particulierement MJ Djinn pour sa bienveillance lors de la conception de cette recette, et son immense tolérance lors de nos essais.
Imprimeies Impériales d'Altdorf, 2507, exemplaire 0000001
Le Tajine de Djinn au Bleu et Paprika est copyright Von AdeldochTm pour tout le Vieux Monde, Terres Chaotiques incluse.
Anton von Adeldoch, Noble du Sudenland, lien vers l'aventure en cours: http://warforum-jdr.com/phpBB3/viewtopi ... 380#p97380
Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges
Fr.N.
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Re: Leçon de cuisine, tome un
Soyons francs : quiconque est adepte de bonne chère et bon vin s’est déjà heurté aux regards infiniment dégoûtés des conspirateurs de l’esprit contre le corps, de ceux pour qui on ne saurait penser et manger, vivre et créer, briller et cuisiner dans le même temps et la même vie. Oh oui, ils sont nombreux ceux qui, béotiens des casseroles, défavorisés des papilles et atrabilaires du souper étouffent chaque jour sous la chape de plomb de leur mépris la cuisine qui fête tant le corps et de ce fait ne saurait que nuire à la Très Noble Pensée. Parce que je suis intimement convaincu que gastronomie et entendement peuvent être davantage liés qu’on ne voudrait le croire, parce que je pense que servir le corps sert l’esprit, parce que, enfin, je juge essentiel de s’opposer à tout prix à la doxa des brutes ignorants, celle des ascètes bornés et des contempteurs du corps bouffis de jalousie haineuse, je me propose d’illustrer aujourd’hui une citation, bien connue de nos assidus lecteurs -« Les convictions sont des ennemis de la vérité bien plus dangereux que les mensonges »- et à la porté philosophique indéniable, à l’aide d’une anecdote culinaire cocasse, si exotique même que j’aurais été le premier à crier à l’affabulation si la chose ne m’était arrivée en personne il y a de cela quelques années… Mais vous en jugerez par vous-même !
Cette histoire commence, avec la décennie précédente, dans la capitale d’un quelconque comté nordique. Lequel, exactement, voilà bien ce que je ne saurais plus dire ; était-ce le Nordland ? L’Ostermark ? Peu importe à vrai dire. Présent à cette époque pour affaires d’Etat, je m’étais lié avec la plus délicieuse fille de Kislev que l’Empire n’ai jamais vue sur ses terres, la flamboyante Anna K., qui exerçait alors par ses inventions éblouissantes et ses allures exotiques une fascination sans partage sur les fashionables du crû. Sans considération pour les riches tables de la cour, nous avions néanmoins pris nos habitudes dans un troquet isolé dont le cadre charmant nous faisait oublier la désastreuse imitation de nourriture Kisleviste qu’on y servait. A vrai dire, la taverne était surtout un point de ralliement pour tout ce que le comté comptait de Fils du Froid, aux yeux desquels la « duchesse K. » était bien sûr une reine absolue ; et je ne compte plus les batailles rangées homériques que jouèrent et rejouèrent pour elle ces briscards couturés portant hache et peau d’ours, ni les gargantuesques beuveries sous couvert de nostalgie auxquelles j’assistai alors sous l’œil amusé de ma belle passion nordique.
Mais nous parlions de convictions. Revenons-y. Il me faut préciser qu’à cette époque –oh, aujourd’hui, comme je ris de cette candeur de jeunesse !- je comptais parmi les plus fervents défenseurs du purisme culinaire ; pourfendeur des Avant-Gardistes dont je devais devenir si proche par la suite, récusant la Nouvelle Vague du Moot -et vouant indifférement au feu chacune de ses épigones-, je profitais de chaque occasion donnée pour ériger les Classiques en modèles et porter les traditions des Anciens aux nues. « C’était un Adeldoch » fut même pendant un temps une expression très en vogue dans certains milieux de Nuln pour désigner un repas de qualité et mais si ultra-orthodoxe qu’il n’eut dérogé deux siècles plus tôt à la table de l’Empereur… Pour moi, les lettres de noblesses de la gastronomie s’écrivaient en lettres millénaires, et je me faisais fort de porter toujours plus loin dans l’Histoire cet idéal entretenu ! En bref, j’avais façonné un idéal contre lequel je laissais se briser avec mépris tout ce qui ne lui appartenait pas. Et c’est la fin de ces illusions que je souhaite vous narrer.
Le basculement culinaire qui mit fin si brutalement à mes paradigmes et à mes convictions (« plus dangereuses pour la vérité que les mensonges », n’est-ce pas…)est venu sous la forme simple mais étonnante d’un saltimbanque visiblement tiléen que le tenancier avait toléré dans sa grande salle. Il n’était jamais venu jusqu’alors ; mais ses remarques grivoises et ses cabrioles linguistiques de corps de garde, parfaitement taillées pour son publique, lui assuraient un franc succès. Le drôle, fort de ses talents, s’était ensuite rapproché de notre table où il avait bien vu que la chère K. le regardait avec amusement ; moi-même, pourtant peu réceptif de nature aux calembours triviaux et truculents, je me surpris à sourire vaguement en attente, peut-être, d’une bonne surprise. Soyons honnête, il y eut bien surprise, mais elle fut mauvaise. Cessant brusquement ses plaisanteries et ses imitations, comme pour forcer sa chance, le misérable se saisit de l’assortiment de tourtes posé devant nous et entreprit de démontrer ses talents de jongleur ! Je dois dire que je restais sous le choc.
Bien sûr, il est difficile pour le lecteur moderne baignant dans les ultimes soubresauts du classicisme culinaire moribond de saisir tout à fait le sens de ma colère et ma stupeur. On ne pense plus aujourd’hui comme il y a seulement quinze ans, et la cuisine moderne a marqué tous les esprits du sceau d’une certaine tolérance ; mais je suppose que tous les anciens comprendront ma réaction indignée et la scène, a posteriori assez ridicule, qui s’en suivit. Je me levai et, conjuguant en une sentence tous les commandements millénaires des chefs vénérables d’antan, j’assénai au sinistre iconoclaste la condamnation sans concession de ses misérables blasphèmes ; droit dans mes bottes ; sûr de mon droit ; je rugis !
« Cessez immédiatement ! Par tous les Dieux on ne joue pas avec la nourriture ! »
Le misérable, bien sûr, se retira honteusement sous les regards courroucés : magnanime, j’avais repoussé la proposition du tavernier de le faire pendre instantanément pour outrage. L’homme en parut presque dépité, et j’ai longtemps essayé de me convaincre que ce zèle merveilleux ne cachait pas seulement la peur vénale de perdre ma clientèle, mais qu’il s’y trouvait aussi quelque part un souci de l’éthique culinaire classique. Je n’y suis jamais vraiment parvenu. Ce qui est certain en revanche, c’est que rien n’aurait pu préjuger de ce qui allait se passer ensuite. Alors même que je saisissais mon verre pour noyer dans l’hydromel le goût amer que m’avait laissé l’outrage, « la duchesse » me dit quelque chose qui faillit bien me tuer tant je m’en étouffai. Elle, elle que je savais sensée et douée d’une grande érudition, m’asséna sans y paraître une réplique qui aujourd’hui encore me fait légèrement frissonner tant elle me semblait à l’époque impossible : « Vous savez baron, il existe en Kislev des plats parmi les plus sophistiqués du monde. Des plats raffinés, auxquels seuls les plus insensés cuisiniers s’attaquent. Et qui sont aussi des jeux…».
Je restais coi, ne sachant que dire ni que penser ; cela me semblait tellement ridicule, tellement insensé que je crois que tout autre qu’elle eût goûté à une bordée d’ironie dont il ne se serait pas relevé. Des plats qui seraient aussi des jeux ? Et pourquoi pas de la musique qui tondrait le gazon ? Parce qu’il s’agissait d’Anna, je me tus ; mais mon regard traduisit si amplement mes pensées que ses grands yeux moqueurs ont tout saisi sans qu’une parole de ma part ne soit nécessaire. J’attendais d’en savoir plus ! Je n’ai pas été déçu.
Elle a ri de ma méfiance, et a crié deux trois mots, dans cette langue si étrange à laquelle même notre intimité n’a jamais pu me faire prendre goût. Je ne sais si elle s’adressait au seul patron ou à tous ses clients, mais aussitôt toutes les conversations de l’auberge se sont tues. Un peu inquiet, je nous ai vu devenir en un instant la cible de regards lourds venus des quatre coins de la salle ; un murmure, sourd et indistinct, s’est levé puis tut. Et, lentement par petits groupes, les consommateurs se sont tous levés et ont quitté la salle. Bientôt, ne restèrent plus que les plus effrayants des baroudeurs nordiques, qui scrutaient leurs choppes d’un air songeur. Un géant qui, j’en jurerais, frôlait de sa tignasse rêche un plafond pourtant haut de cinq pied et demi se leva à son tour, un air furieux sur le visage, jeta une pièce au tavernier et quitta les lieux. Ne restaient alors, K. et moi mis à part, que quatre clients auquel il fallait encore ajouter un aubergiste devenu soudain très, très sombre. Puis plus lus personne ne se leva. Parcourant rapidement sa salle du regard, sans un mot lui aussi, l’homme rougeaud fit lentement le tour de la pièce et condamna méthodiquement portes et fenêtres avant de se retirer dans son arrière-boutique. Il y eut des chocs, des bruits de vaisselle que l’on violente, puis le grincement. C’était un grincement sinistre, une caricature de grincement, un son parti du rauque pour violemment percuter les aigus et dont le crissement sans pitié se prolongeait au son sifflé d’un appel d’air. Un grincement du genre de ceux qui ne peut seproduire qu’avec des gonds que l’on a soigneusement non-graissés avec un acharnement féroce pendant plus d’un demi-siècle. Le cri d’un métal qui gémit en s’ouvrant parce qu’il connaît les horreurs qu’il dissimule. Et j’ai vu les quelques bougies glauques qui jetaient avec peine leurs lumières sur nos faces rongées par une peur ancestrale osciller comme si elles essayaient désespérément de s’éteindre et ne se maintenaient qu’eût égard aux lois les plus physiciennes de la réalité.
Soyons clairs. Un Adeldoch n’est certes pas un froussard. Eh bien je confesse volontiers qu’en dépit (ou était-ce à cause ?) du sourire angélique de ma voisine, j’étais terrorisé.
A cet instant toutefois, tous se lèvent, abandonnant leurs chopines comme si elles avaient perdu toute importance ; sur un geste d’Anna, je me joignis au mouvement général et pris place à la grande table hexagonale autour de laquelle tous s’assemblèrent. A ce stade, aucun mot n’avait encore été échangé, et n’eussent étés les regards angoissés ou diaboliquement fixes de ceux qui me faisaient face, j’aurais cru à une mystification. Ma belle nordique elle-même semblait un peu moins assurée à présent, et je ne fus pas long à constater qu’elle se mordillait la lippe nerveusement. Ce qui ne me rassura aucunement, quoique je fis bien sûr tout mon possible pour garder contenance devant ces nordiques orgueilleux.
Quelques dizaines de battement de cœur plus tard, les doubles-portes derrière le comptoir s’ouvrirent en grand, pour laisser venir à nous le maître queux et deux apprentis visiblement très mal à l’aise. La démarche était solennelle, mais les regards fuyants ; l’un apportait six couteaux ainsi que six planches de liège qu’il disposa devant chacun des convives avec une telle réticence qu’il les jeta presque ; le second portait un curieux dessous de plat métallique et circulaire, brutal de simplicité, monté sur une base cylindrique. On eut dit comme une large roue horizontale sur un épais essieu. L’ayant posé au centre avec une sorte d’emphase, le garçon s’empara du disque supérieur et lui imprima un mouvement de rotation qui se conserva bien longtemps après qu’il ait lâché ; ce que voyant, le plus vieux des kislevistes attablés hocha gravement de la tête. Je ne sais s’il s’agissait d’un signal, mais les deux apprentis filèrent comme si Morr était à leur trousse, et je ne les revis plus par la suite. En revanche, le patron, lui s’approcha : il tenait à la main un plat gigantesque et fumant, qu’il posa sur la roue horizontale du centre de la table. Tous se penchèrent pour le contempler.
La galette, puisque c’en était une, faisait au bas mot deux cent pouces de circonférence ; d’une teinte brune noyée sous les fumerolles, elle possédait une croûte craquelée et comme ancienne, sur laquelle se lisait pourtant un entrelacs délicat de motifs tracés avec de la praline toute fraîche; ces longs filigranes qui s’entremêlaient et se croisaient sans cesse étaient d’un rouge presque sanguin. Ils dessinaient une figure très particulière, difficile à saisir, mais je puis affirmer qu’il s’agissait six fois de la même figure répétée sur chaque sixième de la pâte. L’objet était quoi qu’il en soit fascinant ; et chacun d’entre nous était plongé dans l’observation du dessin qui lui faisait face lorsque le chef revint avec un couteau étincellent qui jurait significativement avec l’état d’entretien du reste de son service. Une arme élancée et visiblement tranchante, au long manche damasquiné. Fort gentiment, voyant l’état d’ahurissement complet dans lequel je me trouvais, le gros homme m’adressa un sourire approbateur, comme pour m’encourager et me féliciter de quelque chose. Le plus troublant était bien sûr de ne pas savoir pourquoi cette lueur de respect dans son regard. Visiblement, je venais de me lancer sans le savoir dans une activité dangereuse, mystique, et totalement illégale, et ce sans avoir même rédigé un testament préalable…
A ce stade de mes réflexions, l’adorable kisleviste à laquelle je devais tout ce mystère se leva et fit tourner la roue d’un geste. Et resta figée. Chacun du reste était hypnotisé par la lente révolution opérée par la monstrueuse galette ; à ma gauche, un homme récitait furieusement dans sa barbe (qu’il avait abondante) ce qui ressemblait fortement à une prière à la quasi-totalité du panthéon du Vieux Monde, dieux maudits et reliques oubliées inclus. A ma droite, Anna, toujours debout, avait sans y prendre garde croisé deux de ses beaux doigts blancs. En face de moi, un gamin à l’air bravache tressaillait chaque fois que le plat entamait un nouveau tour. La tension était palpable. Le plat s’immobilisa.
Ce qui me paraît le plus amusant avec le recul, c’est que j’étais si terrifié que j’étais incapable de lever la voix pour demander ce dont, au fond, il en retournait. A vrai dire si j’avais su, il ne fait absolument aucun doute que j’aurais quitté la taverne à la seconde même, perdant du même coup Anna et un peu de mon ego…mais je ne savais rien heureusement. Et j’ai donc continué à trembler violemment, sans comprendre pourquoi, lorsqu’Anna s’est emparée du couteau et a prélevé avec un soin immodéré le sixième qui lui faisait face. Sur sa plaque de liège, désormais, se trouvait le morceau de galette le plus terrifiant que j'eus vu de mon existence ; sur les bords de sa part, la rune sanglante brillait lorsque la lame du couteau se retira. Anna, sans bouger davantage, semblait rassembler son courage. Puis tout fut très rapide : elle s’est assise, s’est emparée bravement de son propre couteau puis m’a regardé, brièvement, sourire crispé, avant qu’il ne plonge au cœur même du dessin. J’ai vu autour de la table toutes les épaules se rétracter d’un spasme. Il ne s’est rien passé. Comme encouragée, elle a piquée de son couteau une bouchée de la part, et l’a avalée sans bruit. Yeux fermés. Il ne s’est rien passé. Elle a continué, bien sûr. Et nous tous, avec nos yeux fixés sur elle, et tous ces frissons de l’assemblée, à chaque nouvelle entaille dans le graphe praliné ! Mais il ne s’est rien passé… Alors elle a terminée sa part avec un sourire plus franc, comme de victoire, puis m’a tendu le couteau doré. Je me suis levé.
A cet instant, je ne me faisais plus guère de soucis. Je ne comprenais pas exactement ce que craignaient ces cinglés de kislevistes dans cette galette, allergie à la frangipane ou indigestion, mais je me sentais assez honteux de m’être laissé prendre à leurs manœuvres et j’étais bien décidé à en finir au plus vite avec cette farce. J’ai découpé ma part avec l’habilité consommée du consommateur effréné de galette frangipannée, puis je l’ai engloutie sans piper mot avec une cadence et une méticulosité prononcée. La scène s’est probablement déroulée en moins de trois minutes, durant lesquelles je n’ai absolument pas fait attention à ce qui m’entourait ; la galette, un peu sèche, était tout à fait honorable au vu de l’ordinaire de l’établissement. Je piquai du doigt les ultimes miettes, négligemment, puis levai finalement les yeux vers les autres. A ma grande surprise, et de façon un peu troublante je dois dire, certains étaient bouche bée ; mon voisin de gauche avait la fixité d’une statue et le plus vieux, un Norse terrifiant, fixtournait vers moi des yeux brillants. Quant au regard qu’Anna a posé sur moi, eh bien, disons simplement que je n’ai plus jamais vu un tel regard dans les yeux d’une femme depuis. Et dans les siens, c’était à se damner sans l’ombre d’une hésitation, croyez-moi.
Il est assez amusant de savoir que la part piégée était la suivante, de sorte que, si la roue eût trouvé bon de cesser sa rotation un sixième de part plus tôt, j’eu rencontré Morr bien avant la rédaction du présent ouvrage ; à la grande contrariété de nos chers lecteurs je n’en doute pas. Le choc fut d’ailleurs assez brutal et immédiat : quoiqu’il eut attaqué la part par un bord et non par le centre comme la courageuse Anna, mon voisin de droite trouva directement la Sève, la perça, et fut propulsé en arrière avec un effet de flammèches bleutées du plus bel effet. Il pulvérisa deux chaises, scinda en deux une table et s’écrasa contre le mur avec un grésillement de mauvais augure, mais je ne me souviens pas de l’avoir entendu crier. Le plus étonnant, je crois, est que personne n’a fait un mouvement pour lui ; pour ma part, j’étais bien trop occupé à m’empêcher de défaillir pour songer à faire quoi que ce soit d’autre. Le malheureux a brûlé ainsi d’une flamme verte pendant dix minutes, sans jamais mettre le feu à ses alentours ; Anna m’a affirmé qu’il était mort à la seconde même où il avait percé la croûte de la galette et qu’il ne souffrait de fait déjà plus. Je ne suis pas allé vérifier. Au bout de vingt minutes, de toute façon, le corps a simplement disparu dans un sifflement.
Sauf les pieds. Assez curieusement, ils sont restés sagement sous les débris de la chaise pulvérisée, à ma gauche. Je n’ai jamais su pourquoi.
Ce fut ma première rencontre avec la très secrète Roulette Kisleviste. Si je me suis bien gardé d’y rejouer, j’avoue que je garde depuis une certaine fascination pour ce jeu monstrueux. Je ne souhaite pas divulguer ici sa recette. J’en aie juré le secret il y a longtemps, et il ne m’appartient pas. Je peux tout de même vous éclairer un peu sur la préparation qui, après tout, me fut expliquée par Anna elle-même alors que les autres survivants dévoraient goulûment leurs parts respectives de galette. Il semblerait qu’il existe en Kislev un antique rituel qui permette de réduire en poussière des démons ; mais se peut qu’au moment d’être bannis les démons parviennent in extremis à solidifier de la magie noire pour échapper à leur sort et s’y réfugier, espérant gagner le temps nécessaire pour se reconstruire; même s’ils sont effectivement pulvérisés, on retrouve alors une pâte noire ,solide et dangereuse, au milieux des cendres... Bref, je passe les détails techniques qui n’intéressent certainement pas nos lecteurs ; mais le substrat d’âme du démon réfugié dans une magie solide que l’on recueille (dite « sève ») est inséré dans un des sixièmes de la galette, elle-même scellée par des sceaux cabalistiques tracés à la praline (oui, je sais. On n’a qu’à dire que c’est le Nord, et leur pardonner). Les galettes les plus populaires sont celles où l’on ajoute aussi le reste de la poussière du démon, inoffensif, ce qui donne un goût fort et suave à la fois (je peux certifier à nos lecteurs qu’à part un accroissement temporaire de l’énergie physique, il n’y a pas grande différence de goût avec la mélasse). Faire tourner la galette permet de désigner la part de chacun de façon neutre et aléatoire ce qui, évidemment, est très important pour que le jeu soit réussi. Celui qui tire la Sève (appelé le « roi », du fait d’un humour nordique assez décalé je trouve) reçoit de plein fouet l’énergie emmagasinée du démon qui cherche à retourner dans ses enfers pour se reconstituer. Inutile de préciser qu’il ne le vivra pas bien ; statistiquement, il ne le vivra d’ailleurs pas du tout.
Je ne cherche pas ici à prononcer de jugement moral ; ce n’est pas ici mon propos ; Mais force est de constater que, tant qu’on ne perd pas, c’est plutôt amusant…
On peut jouer avec la nourriture ; je dois dire moi-même que, une fois le choc passé, j’ai beaucoup ri, beaucoup bu avec les autres pour fêter la mémoire de notre Roi, et revus mes positions. Mes convictions ont changé, et je sais désormais qu’elles peuvent être dangereuses pour la vérité ! Désormais je m’en méfie volontiers. Ceci dit, soyons honnête : s’il est surtout quelque chose dont je me méfie beaucoup plus qu’avant, c’est bien entendu tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une galette…
…
J’ai du quitter la ville peu après. Ayant appris ma soi-disant « bravoure » face à la terrible Roulette dont beaucoup avaient eu peur, les trois-quarts des kislevistes de la ville ont décidé qu’il était de leur devoir de jouer avec moi pour regonfler l’honneur de Kislev. Sigmar et les autres me pardonneront aisément je crois : j’ai laissé là l’honneur de l’Empire, et j’ai chevauché aussi vite que possible vers Altdorf, ses intrigues et des dangers finalement très, très, très rationnels. Mais rassurez-vous : la belle Anna K. s’est délicatement laissée convaincre de m’accompagner pour voir à quoi ressemblait la Cour de l’Empereur. Ce fut un de mes meilleurs séjours à la capitale.
Et naturellement, elle y fit un tabac.
Les Auteurs tiennent à réaffirmer avec force que ce texte ne saurait en aucun cas être assimilé à une valorisation même partielle du suicide. Nous tenons à souligner à nos lecteurs que toute manipulation démonologique sur le territoire de l’Empire, à but culinaire ou non, est passible de poursuites inquisitoriale sous dénomination d’hérésie selon la Magna Carta de 1234 et les Ordonnancements Impériaux dits « de Darius » du 16 et 17 Sigmarzeit 1234. Et ne saurait en tant que telle aucunement être cautionnée par les auteurs
Ce texte est ©vonAdeldoch pour tout le Vieux Monde, Sud-Cathay inclus.
…
Cette histoire commence, avec la décennie précédente, dans la capitale d’un quelconque comté nordique. Lequel, exactement, voilà bien ce que je ne saurais plus dire ; était-ce le Nordland ? L’Ostermark ? Peu importe à vrai dire. Présent à cette époque pour affaires d’Etat, je m’étais lié avec la plus délicieuse fille de Kislev que l’Empire n’ai jamais vue sur ses terres, la flamboyante Anna K., qui exerçait alors par ses inventions éblouissantes et ses allures exotiques une fascination sans partage sur les fashionables du crû. Sans considération pour les riches tables de la cour, nous avions néanmoins pris nos habitudes dans un troquet isolé dont le cadre charmant nous faisait oublier la désastreuse imitation de nourriture Kisleviste qu’on y servait. A vrai dire, la taverne était surtout un point de ralliement pour tout ce que le comté comptait de Fils du Froid, aux yeux desquels la « duchesse K. » était bien sûr une reine absolue ; et je ne compte plus les batailles rangées homériques que jouèrent et rejouèrent pour elle ces briscards couturés portant hache et peau d’ours, ni les gargantuesques beuveries sous couvert de nostalgie auxquelles j’assistai alors sous l’œil amusé de ma belle passion nordique.
Mais nous parlions de convictions. Revenons-y. Il me faut préciser qu’à cette époque –oh, aujourd’hui, comme je ris de cette candeur de jeunesse !- je comptais parmi les plus fervents défenseurs du purisme culinaire ; pourfendeur des Avant-Gardistes dont je devais devenir si proche par la suite, récusant la Nouvelle Vague du Moot -et vouant indifférement au feu chacune de ses épigones-, je profitais de chaque occasion donnée pour ériger les Classiques en modèles et porter les traditions des Anciens aux nues. « C’était un Adeldoch » fut même pendant un temps une expression très en vogue dans certains milieux de Nuln pour désigner un repas de qualité et mais si ultra-orthodoxe qu’il n’eut dérogé deux siècles plus tôt à la table de l’Empereur… Pour moi, les lettres de noblesses de la gastronomie s’écrivaient en lettres millénaires, et je me faisais fort de porter toujours plus loin dans l’Histoire cet idéal entretenu ! En bref, j’avais façonné un idéal contre lequel je laissais se briser avec mépris tout ce qui ne lui appartenait pas. Et c’est la fin de ces illusions que je souhaite vous narrer.
Le basculement culinaire qui mit fin si brutalement à mes paradigmes et à mes convictions (« plus dangereuses pour la vérité que les mensonges », n’est-ce pas…)est venu sous la forme simple mais étonnante d’un saltimbanque visiblement tiléen que le tenancier avait toléré dans sa grande salle. Il n’était jamais venu jusqu’alors ; mais ses remarques grivoises et ses cabrioles linguistiques de corps de garde, parfaitement taillées pour son publique, lui assuraient un franc succès. Le drôle, fort de ses talents, s’était ensuite rapproché de notre table où il avait bien vu que la chère K. le regardait avec amusement ; moi-même, pourtant peu réceptif de nature aux calembours triviaux et truculents, je me surpris à sourire vaguement en attente, peut-être, d’une bonne surprise. Soyons honnête, il y eut bien surprise, mais elle fut mauvaise. Cessant brusquement ses plaisanteries et ses imitations, comme pour forcer sa chance, le misérable se saisit de l’assortiment de tourtes posé devant nous et entreprit de démontrer ses talents de jongleur ! Je dois dire que je restais sous le choc.
Bien sûr, il est difficile pour le lecteur moderne baignant dans les ultimes soubresauts du classicisme culinaire moribond de saisir tout à fait le sens de ma colère et ma stupeur. On ne pense plus aujourd’hui comme il y a seulement quinze ans, et la cuisine moderne a marqué tous les esprits du sceau d’une certaine tolérance ; mais je suppose que tous les anciens comprendront ma réaction indignée et la scène, a posteriori assez ridicule, qui s’en suivit. Je me levai et, conjuguant en une sentence tous les commandements millénaires des chefs vénérables d’antan, j’assénai au sinistre iconoclaste la condamnation sans concession de ses misérables blasphèmes ; droit dans mes bottes ; sûr de mon droit ; je rugis !
« Cessez immédiatement ! Par tous les Dieux on ne joue pas avec la nourriture ! »
Le misérable, bien sûr, se retira honteusement sous les regards courroucés : magnanime, j’avais repoussé la proposition du tavernier de le faire pendre instantanément pour outrage. L’homme en parut presque dépité, et j’ai longtemps essayé de me convaincre que ce zèle merveilleux ne cachait pas seulement la peur vénale de perdre ma clientèle, mais qu’il s’y trouvait aussi quelque part un souci de l’éthique culinaire classique. Je n’y suis jamais vraiment parvenu. Ce qui est certain en revanche, c’est que rien n’aurait pu préjuger de ce qui allait se passer ensuite. Alors même que je saisissais mon verre pour noyer dans l’hydromel le goût amer que m’avait laissé l’outrage, « la duchesse » me dit quelque chose qui faillit bien me tuer tant je m’en étouffai. Elle, elle que je savais sensée et douée d’une grande érudition, m’asséna sans y paraître une réplique qui aujourd’hui encore me fait légèrement frissonner tant elle me semblait à l’époque impossible : « Vous savez baron, il existe en Kislev des plats parmi les plus sophistiqués du monde. Des plats raffinés, auxquels seuls les plus insensés cuisiniers s’attaquent. Et qui sont aussi des jeux…».
Je restais coi, ne sachant que dire ni que penser ; cela me semblait tellement ridicule, tellement insensé que je crois que tout autre qu’elle eût goûté à une bordée d’ironie dont il ne se serait pas relevé. Des plats qui seraient aussi des jeux ? Et pourquoi pas de la musique qui tondrait le gazon ? Parce qu’il s’agissait d’Anna, je me tus ; mais mon regard traduisit si amplement mes pensées que ses grands yeux moqueurs ont tout saisi sans qu’une parole de ma part ne soit nécessaire. J’attendais d’en savoir plus ! Je n’ai pas été déçu.
Elle a ri de ma méfiance, et a crié deux trois mots, dans cette langue si étrange à laquelle même notre intimité n’a jamais pu me faire prendre goût. Je ne sais si elle s’adressait au seul patron ou à tous ses clients, mais aussitôt toutes les conversations de l’auberge se sont tues. Un peu inquiet, je nous ai vu devenir en un instant la cible de regards lourds venus des quatre coins de la salle ; un murmure, sourd et indistinct, s’est levé puis tut. Et, lentement par petits groupes, les consommateurs se sont tous levés et ont quitté la salle. Bientôt, ne restèrent plus que les plus effrayants des baroudeurs nordiques, qui scrutaient leurs choppes d’un air songeur. Un géant qui, j’en jurerais, frôlait de sa tignasse rêche un plafond pourtant haut de cinq pied et demi se leva à son tour, un air furieux sur le visage, jeta une pièce au tavernier et quitta les lieux. Ne restaient alors, K. et moi mis à part, que quatre clients auquel il fallait encore ajouter un aubergiste devenu soudain très, très sombre. Puis plus lus personne ne se leva. Parcourant rapidement sa salle du regard, sans un mot lui aussi, l’homme rougeaud fit lentement le tour de la pièce et condamna méthodiquement portes et fenêtres avant de se retirer dans son arrière-boutique. Il y eut des chocs, des bruits de vaisselle que l’on violente, puis le grincement. C’était un grincement sinistre, une caricature de grincement, un son parti du rauque pour violemment percuter les aigus et dont le crissement sans pitié se prolongeait au son sifflé d’un appel d’air. Un grincement du genre de ceux qui ne peut seproduire qu’avec des gonds que l’on a soigneusement non-graissés avec un acharnement féroce pendant plus d’un demi-siècle. Le cri d’un métal qui gémit en s’ouvrant parce qu’il connaît les horreurs qu’il dissimule. Et j’ai vu les quelques bougies glauques qui jetaient avec peine leurs lumières sur nos faces rongées par une peur ancestrale osciller comme si elles essayaient désespérément de s’éteindre et ne se maintenaient qu’eût égard aux lois les plus physiciennes de la réalité.
Soyons clairs. Un Adeldoch n’est certes pas un froussard. Eh bien je confesse volontiers qu’en dépit (ou était-ce à cause ?) du sourire angélique de ma voisine, j’étais terrorisé.
A cet instant toutefois, tous se lèvent, abandonnant leurs chopines comme si elles avaient perdu toute importance ; sur un geste d’Anna, je me joignis au mouvement général et pris place à la grande table hexagonale autour de laquelle tous s’assemblèrent. A ce stade, aucun mot n’avait encore été échangé, et n’eussent étés les regards angoissés ou diaboliquement fixes de ceux qui me faisaient face, j’aurais cru à une mystification. Ma belle nordique elle-même semblait un peu moins assurée à présent, et je ne fus pas long à constater qu’elle se mordillait la lippe nerveusement. Ce qui ne me rassura aucunement, quoique je fis bien sûr tout mon possible pour garder contenance devant ces nordiques orgueilleux.
Quelques dizaines de battement de cœur plus tard, les doubles-portes derrière le comptoir s’ouvrirent en grand, pour laisser venir à nous le maître queux et deux apprentis visiblement très mal à l’aise. La démarche était solennelle, mais les regards fuyants ; l’un apportait six couteaux ainsi que six planches de liège qu’il disposa devant chacun des convives avec une telle réticence qu’il les jeta presque ; le second portait un curieux dessous de plat métallique et circulaire, brutal de simplicité, monté sur une base cylindrique. On eut dit comme une large roue horizontale sur un épais essieu. L’ayant posé au centre avec une sorte d’emphase, le garçon s’empara du disque supérieur et lui imprima un mouvement de rotation qui se conserva bien longtemps après qu’il ait lâché ; ce que voyant, le plus vieux des kislevistes attablés hocha gravement de la tête. Je ne sais s’il s’agissait d’un signal, mais les deux apprentis filèrent comme si Morr était à leur trousse, et je ne les revis plus par la suite. En revanche, le patron, lui s’approcha : il tenait à la main un plat gigantesque et fumant, qu’il posa sur la roue horizontale du centre de la table. Tous se penchèrent pour le contempler.
La galette, puisque c’en était une, faisait au bas mot deux cent pouces de circonférence ; d’une teinte brune noyée sous les fumerolles, elle possédait une croûte craquelée et comme ancienne, sur laquelle se lisait pourtant un entrelacs délicat de motifs tracés avec de la praline toute fraîche; ces longs filigranes qui s’entremêlaient et se croisaient sans cesse étaient d’un rouge presque sanguin. Ils dessinaient une figure très particulière, difficile à saisir, mais je puis affirmer qu’il s’agissait six fois de la même figure répétée sur chaque sixième de la pâte. L’objet était quoi qu’il en soit fascinant ; et chacun d’entre nous était plongé dans l’observation du dessin qui lui faisait face lorsque le chef revint avec un couteau étincellent qui jurait significativement avec l’état d’entretien du reste de son service. Une arme élancée et visiblement tranchante, au long manche damasquiné. Fort gentiment, voyant l’état d’ahurissement complet dans lequel je me trouvais, le gros homme m’adressa un sourire approbateur, comme pour m’encourager et me féliciter de quelque chose. Le plus troublant était bien sûr de ne pas savoir pourquoi cette lueur de respect dans son regard. Visiblement, je venais de me lancer sans le savoir dans une activité dangereuse, mystique, et totalement illégale, et ce sans avoir même rédigé un testament préalable…
A ce stade de mes réflexions, l’adorable kisleviste à laquelle je devais tout ce mystère se leva et fit tourner la roue d’un geste. Et resta figée. Chacun du reste était hypnotisé par la lente révolution opérée par la monstrueuse galette ; à ma gauche, un homme récitait furieusement dans sa barbe (qu’il avait abondante) ce qui ressemblait fortement à une prière à la quasi-totalité du panthéon du Vieux Monde, dieux maudits et reliques oubliées inclus. A ma droite, Anna, toujours debout, avait sans y prendre garde croisé deux de ses beaux doigts blancs. En face de moi, un gamin à l’air bravache tressaillait chaque fois que le plat entamait un nouveau tour. La tension était palpable. Le plat s’immobilisa.
Ce qui me paraît le plus amusant avec le recul, c’est que j’étais si terrifié que j’étais incapable de lever la voix pour demander ce dont, au fond, il en retournait. A vrai dire si j’avais su, il ne fait absolument aucun doute que j’aurais quitté la taverne à la seconde même, perdant du même coup Anna et un peu de mon ego…mais je ne savais rien heureusement. Et j’ai donc continué à trembler violemment, sans comprendre pourquoi, lorsqu’Anna s’est emparée du couteau et a prélevé avec un soin immodéré le sixième qui lui faisait face. Sur sa plaque de liège, désormais, se trouvait le morceau de galette le plus terrifiant que j'eus vu de mon existence ; sur les bords de sa part, la rune sanglante brillait lorsque la lame du couteau se retira. Anna, sans bouger davantage, semblait rassembler son courage. Puis tout fut très rapide : elle s’est assise, s’est emparée bravement de son propre couteau puis m’a regardé, brièvement, sourire crispé, avant qu’il ne plonge au cœur même du dessin. J’ai vu autour de la table toutes les épaules se rétracter d’un spasme. Il ne s’est rien passé. Comme encouragée, elle a piquée de son couteau une bouchée de la part, et l’a avalée sans bruit. Yeux fermés. Il ne s’est rien passé. Elle a continué, bien sûr. Et nous tous, avec nos yeux fixés sur elle, et tous ces frissons de l’assemblée, à chaque nouvelle entaille dans le graphe praliné ! Mais il ne s’est rien passé… Alors elle a terminée sa part avec un sourire plus franc, comme de victoire, puis m’a tendu le couteau doré. Je me suis levé.
A cet instant, je ne me faisais plus guère de soucis. Je ne comprenais pas exactement ce que craignaient ces cinglés de kislevistes dans cette galette, allergie à la frangipane ou indigestion, mais je me sentais assez honteux de m’être laissé prendre à leurs manœuvres et j’étais bien décidé à en finir au plus vite avec cette farce. J’ai découpé ma part avec l’habilité consommée du consommateur effréné de galette frangipannée, puis je l’ai engloutie sans piper mot avec une cadence et une méticulosité prononcée. La scène s’est probablement déroulée en moins de trois minutes, durant lesquelles je n’ai absolument pas fait attention à ce qui m’entourait ; la galette, un peu sèche, était tout à fait honorable au vu de l’ordinaire de l’établissement. Je piquai du doigt les ultimes miettes, négligemment, puis levai finalement les yeux vers les autres. A ma grande surprise, et de façon un peu troublante je dois dire, certains étaient bouche bée ; mon voisin de gauche avait la fixité d’une statue et le plus vieux, un Norse terrifiant, fixtournait vers moi des yeux brillants. Quant au regard qu’Anna a posé sur moi, eh bien, disons simplement que je n’ai plus jamais vu un tel regard dans les yeux d’une femme depuis. Et dans les siens, c’était à se damner sans l’ombre d’une hésitation, croyez-moi.
Il est assez amusant de savoir que la part piégée était la suivante, de sorte que, si la roue eût trouvé bon de cesser sa rotation un sixième de part plus tôt, j’eu rencontré Morr bien avant la rédaction du présent ouvrage ; à la grande contrariété de nos chers lecteurs je n’en doute pas. Le choc fut d’ailleurs assez brutal et immédiat : quoiqu’il eut attaqué la part par un bord et non par le centre comme la courageuse Anna, mon voisin de droite trouva directement la Sève, la perça, et fut propulsé en arrière avec un effet de flammèches bleutées du plus bel effet. Il pulvérisa deux chaises, scinda en deux une table et s’écrasa contre le mur avec un grésillement de mauvais augure, mais je ne me souviens pas de l’avoir entendu crier. Le plus étonnant, je crois, est que personne n’a fait un mouvement pour lui ; pour ma part, j’étais bien trop occupé à m’empêcher de défaillir pour songer à faire quoi que ce soit d’autre. Le malheureux a brûlé ainsi d’une flamme verte pendant dix minutes, sans jamais mettre le feu à ses alentours ; Anna m’a affirmé qu’il était mort à la seconde même où il avait percé la croûte de la galette et qu’il ne souffrait de fait déjà plus. Je ne suis pas allé vérifier. Au bout de vingt minutes, de toute façon, le corps a simplement disparu dans un sifflement.
Sauf les pieds. Assez curieusement, ils sont restés sagement sous les débris de la chaise pulvérisée, à ma gauche. Je n’ai jamais su pourquoi.
…
Ce fut ma première rencontre avec la très secrète Roulette Kisleviste. Si je me suis bien gardé d’y rejouer, j’avoue que je garde depuis une certaine fascination pour ce jeu monstrueux. Je ne souhaite pas divulguer ici sa recette. J’en aie juré le secret il y a longtemps, et il ne m’appartient pas. Je peux tout de même vous éclairer un peu sur la préparation qui, après tout, me fut expliquée par Anna elle-même alors que les autres survivants dévoraient goulûment leurs parts respectives de galette. Il semblerait qu’il existe en Kislev un antique rituel qui permette de réduire en poussière des démons ; mais se peut qu’au moment d’être bannis les démons parviennent in extremis à solidifier de la magie noire pour échapper à leur sort et s’y réfugier, espérant gagner le temps nécessaire pour se reconstruire; même s’ils sont effectivement pulvérisés, on retrouve alors une pâte noire ,solide et dangereuse, au milieux des cendres... Bref, je passe les détails techniques qui n’intéressent certainement pas nos lecteurs ; mais le substrat d’âme du démon réfugié dans une magie solide que l’on recueille (dite « sève ») est inséré dans un des sixièmes de la galette, elle-même scellée par des sceaux cabalistiques tracés à la praline (oui, je sais. On n’a qu’à dire que c’est le Nord, et leur pardonner). Les galettes les plus populaires sont celles où l’on ajoute aussi le reste de la poussière du démon, inoffensif, ce qui donne un goût fort et suave à la fois (je peux certifier à nos lecteurs qu’à part un accroissement temporaire de l’énergie physique, il n’y a pas grande différence de goût avec la mélasse). Faire tourner la galette permet de désigner la part de chacun de façon neutre et aléatoire ce qui, évidemment, est très important pour que le jeu soit réussi. Celui qui tire la Sève (appelé le « roi », du fait d’un humour nordique assez décalé je trouve) reçoit de plein fouet l’énergie emmagasinée du démon qui cherche à retourner dans ses enfers pour se reconstituer. Inutile de préciser qu’il ne le vivra pas bien ; statistiquement, il ne le vivra d’ailleurs pas du tout.
Je ne cherche pas ici à prononcer de jugement moral ; ce n’est pas ici mon propos ; Mais force est de constater que, tant qu’on ne perd pas, c’est plutôt amusant…
On peut jouer avec la nourriture ; je dois dire moi-même que, une fois le choc passé, j’ai beaucoup ri, beaucoup bu avec les autres pour fêter la mémoire de notre Roi, et revus mes positions. Mes convictions ont changé, et je sais désormais qu’elles peuvent être dangereuses pour la vérité ! Désormais je m’en méfie volontiers. Ceci dit, soyons honnête : s’il est surtout quelque chose dont je me méfie beaucoup plus qu’avant, c’est bien entendu tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une galette…
…
J’ai du quitter la ville peu après. Ayant appris ma soi-disant « bravoure » face à la terrible Roulette dont beaucoup avaient eu peur, les trois-quarts des kislevistes de la ville ont décidé qu’il était de leur devoir de jouer avec moi pour regonfler l’honneur de Kislev. Sigmar et les autres me pardonneront aisément je crois : j’ai laissé là l’honneur de l’Empire, et j’ai chevauché aussi vite que possible vers Altdorf, ses intrigues et des dangers finalement très, très, très rationnels. Mais rassurez-vous : la belle Anna K. s’est délicatement laissée convaincre de m’accompagner pour voir à quoi ressemblait la Cour de l’Empereur. Ce fut un de mes meilleurs séjours à la capitale.
Et naturellement, elle y fit un tabac.
Les Auteurs tiennent à réaffirmer avec force que ce texte ne saurait en aucun cas être assimilé à une valorisation même partielle du suicide. Nous tenons à souligner à nos lecteurs que toute manipulation démonologique sur le territoire de l’Empire, à but culinaire ou non, est passible de poursuites inquisitoriale sous dénomination d’hérésie selon la Magna Carta de 1234 et les Ordonnancements Impériaux dits « de Darius » du 16 et 17 Sigmarzeit 1234. Et ne saurait en tant que telle aucunement être cautionnée par les auteurs
Ce texte est ©vonAdeldoch pour tout le Vieux Monde, Sud-Cathay inclus.
Modifié en dernier par Anton le 07 juil. 2014, 00:37, modifié 1 fois.
Anton von Adeldoch, Noble du Sudenland, lien vers l'aventure en cours: http://warforum-jdr.com/phpBB3/viewtopi ... 380#p97380
Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges
Fr.N.
Fr.N.
- Anton
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- Profil : Venez découvrir mon livre de recette http://warforum-jdr.com/phpBB3/viewtopi ... 177&t=3179
Re: Leçon de cuisine, tome un
Les vrais cuisiniers savent chercher des recettes originales même dans les lieux les plus troubles. Cell-ci est issue...Non, en fait, vous devriez parvenir à deviner par vous-même. Excellente dégustation, cher lecteurs!
OUVERTURE
Il était un mat'lot
Qui s'appelait Jojo
Qui avait bourlingué
Sur toutes les marées
Connu comme le loup blanc
Parfois même d'ses enfants!
Rien ne lui faisait peur
Pas même les profondeuuuuuuuuurs...
REFRAIN
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
COUPLETS
V'là qu'un beau jour la fille de l'armateur
Lui dit : Jojo, toi qui est beau mat'lot
Tu n'irais pas me cueillir d'ces belles fleurs
Qu'on dit pousser aux jardins des bulots ?
Qu'on dit pousser aux jardins des bulots...
J'en voudrais mettre, en guise de faveur
A mon corsage, çui qui baille un peu trop
Et l'bon Jojo, qu'avait l'oeil enquêteur
Devient tout rouge et s'étrangle comm'y faut...
Devient tout rouge et s'étrangle comm'y faut!
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Aussi l'Jojo, bien mandé par sa belle
S'est dit, allons, c'est parti mon Jojo
J'ai t'jours aimé fleurir les jouvencelles
Ma grosse épée se rouillait un peu trop
Ma grosse épée se rouillait un peu trop !
Le voilà donc parcourant les tonnelles
Cherchant ce qui deviendrait son bateau
La bon'Fortune est parfois bien cruelle:
Dame! Seule "Igor" était prête à prendre l'eau!
Dame! Seule "Igor" était prête à prendre l'eau!
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Or donc Jojo contemplant ce débris,
S'disait : Malheur ! Moi le preux chevalier
J'dois me taper la prêtresse du roulis
C'est pas jojo, va falloir écoper...
C'est pas jojo va falloir écoper !
Allons Jojo, hauts les cœurs, pour ta mie!
Allons séant affronter la marée,
Aussitôt dit, voiles dehors, tout l'fourbis
Las! Dame Igor entreprit de couler...
Las! Dame Igor entreprit de couler!
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Comble de la guigne, c'que Jojo ignorait
C'est que les cales du malheureux rafiot
Avaient servies de cache et de relais
A d'braves mat'los chagrinés par l'impôt
A d'braves mat'los chagrinés par l'impôt...
Aussi chaque lame pourfendant dame Igor
Am'nait à l'eau divers sacs mystérieux
Bien vite la mer pourtant bleue à tribord
Fut à bâbord d'un curieux blanc laiteux
Fut à bâbord d'un curieux blanc laiteux...
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Les faux-sauniers connaissaient leur affaire
C'était leur sel qu'Jojo voyait dans l'eau
Y'en avait tant saturant l'atmosphère
Qu'une énorme soif envahit le bateau...
Qu'une énorme soif envahit le bateau !
Mais un calmar, vingt mille lieux en dessous,
Fut par le sel empêché de poursuivre
Sa partie d'chasse: il avait soif itou!
V'là qu'sur l'Igor il pointe ses huit guivres...
V'là qu'sur l'Igor il pointe ses huit guivres...
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
C'est qu'les ruffians, seul l'calmar le savait
Avaient planqué dans la cale autre chose
Le vrai remède aux soif mal tempérée:
Quinze tonneaux d'rhum et une belle cirrhose...
Quinze tonneaux d'rhum et une belle cirrhose!
Maitre Calamar investit la voie d'eau
D'un geste expert il se purge de son sel
Ah quelle beuverie ! Et sous les yeux d'Jojo!
Puis sitôt saoul il s'endort face au ciel
Puis sitôt saoul il s'endort face au ciel
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Et c'est alors que Jojo le malin
Se dit : mon gars, voilà bien l'occasion
Preux chevalier, sans monture, c'est tintin
L'était bien temps d'avoir mon prop'dragon!
L'était bien temps d'avoir mon prop'dragon!
Ni une, ni deux, d'un coup de pied terrib'
V'là la misaine de l'Igor sur le pont
Ni une, ni deux, d'un coup d'javlot horrib'
V'là le calamar nanti d'un pieux sur l'front!
V'là le calamar nanti d'un pieux sur l'front!
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Et l'brav'Jojo agrippé au piton
Dicta ses ordres à grands coups de tatane,
A dos d'calmar il a vu les grand fonds
Mais la pauv'bête avait bien mal au crâââââââne...
Mais la pauv'bête avait bien mal au crâââââââne!
Il y cueillit mille fleurs très propices
A contenter les beaux yeux de la belle
Pour qu'elle veuill'bien l'accueillir dans ses...CUISTRE!
Ce qu'elle lui fit, seul Jojo s'en rappelle...
Ce qu'elle lui fit, seul Jojo s'en rappelle!
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
ENVOI
Me direz-vous, et le bon calamar
A-t-il cuvé tout son saoul sous les mers?
Mais pas du tout, car son beau front camard
Le destinait à se faire brochet...
Le destinait à se faire brochet!
On l'a donc cuit dans une grand' rôtissoire
Agrémenté de bon sel et de rhum
La légende veut qu'encore sous l’arrosoir
Sa langue cherchait à laper tout le rhum...
Sa langue cherchait à laper tout le rhum!
Oui, bien sûr c'est une recette un peu simpliste...mais je ne m'en lasse pas, et vous?
L'auteur tient à remercier tout particulièrement les auteurs de sa jeunesse, et tout spécialement J.V. et ses "vingt mille lieux" pour avoir tôt formé son âme d'enfant aux vicissitudes de la vie.
On notera que le calamar géant peut être une propriété privée, et que la chasse en eaux profondes est désormais répréhensible, d'après le traité de Bayonne sur les eaux internationales.
Transcription : Anton von Adeldoch, licence 1436219 pour tout le Vieux Monde, Atlantide incluse
.
OUVERTURE
Il était un mat'lot
Qui s'appelait Jojo
Qui avait bourlingué
Sur toutes les marées
Connu comme le loup blanc
Parfois même d'ses enfants!
Rien ne lui faisait peur
Pas même les profondeuuuuuuuuurs...
REFRAIN
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
COUPLETS
V'là qu'un beau jour la fille de l'armateur
Lui dit : Jojo, toi qui est beau mat'lot
Tu n'irais pas me cueillir d'ces belles fleurs
Qu'on dit pousser aux jardins des bulots ?
Qu'on dit pousser aux jardins des bulots...
J'en voudrais mettre, en guise de faveur
A mon corsage, çui qui baille un peu trop
Et l'bon Jojo, qu'avait l'oeil enquêteur
Devient tout rouge et s'étrangle comm'y faut...
Devient tout rouge et s'étrangle comm'y faut!
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Aussi l'Jojo, bien mandé par sa belle
S'est dit, allons, c'est parti mon Jojo
J'ai t'jours aimé fleurir les jouvencelles
Ma grosse épée se rouillait un peu trop
Ma grosse épée se rouillait un peu trop !
Le voilà donc parcourant les tonnelles
Cherchant ce qui deviendrait son bateau
La bon'Fortune est parfois bien cruelle:
Dame! Seule "Igor" était prête à prendre l'eau!
Dame! Seule "Igor" était prête à prendre l'eau!
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Or donc Jojo contemplant ce débris,
S'disait : Malheur ! Moi le preux chevalier
J'dois me taper la prêtresse du roulis
C'est pas jojo, va falloir écoper...
C'est pas jojo va falloir écoper !
Allons Jojo, hauts les cœurs, pour ta mie!
Allons séant affronter la marée,
Aussitôt dit, voiles dehors, tout l'fourbis
Las! Dame Igor entreprit de couler...
Las! Dame Igor entreprit de couler!
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Comble de la guigne, c'que Jojo ignorait
C'est que les cales du malheureux rafiot
Avaient servies de cache et de relais
A d'braves mat'los chagrinés par l'impôt
A d'braves mat'los chagrinés par l'impôt...
Aussi chaque lame pourfendant dame Igor
Am'nait à l'eau divers sacs mystérieux
Bien vite la mer pourtant bleue à tribord
Fut à bâbord d'un curieux blanc laiteux
Fut à bâbord d'un curieux blanc laiteux...
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Les faux-sauniers connaissaient leur affaire
C'était leur sel qu'Jojo voyait dans l'eau
Y'en avait tant saturant l'atmosphère
Qu'une énorme soif envahit le bateau...
Qu'une énorme soif envahit le bateau !
Mais un calmar, vingt mille lieux en dessous,
Fut par le sel empêché de poursuivre
Sa partie d'chasse: il avait soif itou!
V'là qu'sur l'Igor il pointe ses huit guivres...
V'là qu'sur l'Igor il pointe ses huit guivres...
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
C'est qu'les ruffians, seul l'calmar le savait
Avaient planqué dans la cale autre chose
Le vrai remède aux soif mal tempérée:
Quinze tonneaux d'rhum et une belle cirrhose...
Quinze tonneaux d'rhum et une belle cirrhose!
Maitre Calamar investit la voie d'eau
D'un geste expert il se purge de son sel
Ah quelle beuverie ! Et sous les yeux d'Jojo!
Puis sitôt saoul il s'endort face au ciel
Puis sitôt saoul il s'endort face au ciel
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Et c'est alors que Jojo le malin
Se dit : mon gars, voilà bien l'occasion
Preux chevalier, sans monture, c'est tintin
L'était bien temps d'avoir mon prop'dragon!
L'était bien temps d'avoir mon prop'dragon!
Ni une, ni deux, d'un coup de pied terrib'
V'là la misaine de l'Igor sur le pont
Ni une, ni deux, d'un coup d'javlot horrib'
V'là le calamar nanti d'un pieux sur l'front!
V'là le calamar nanti d'un pieux sur l'front!
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Et l'brav'Jojo agrippé au piton
Dicta ses ordres à grands coups de tatane,
A dos d'calmar il a vu les grand fonds
Mais la pauv'bête avait bien mal au crâââââââne...
Mais la pauv'bête avait bien mal au crâââââââne!
Il y cueillit mille fleurs très propices
A contenter les beaux yeux de la belle
Pour qu'elle veuill'bien l'accueillir dans ses...CUISTRE!
Ce qu'elle lui fit, seul Jojo s'en rappelle...
Ce qu'elle lui fit, seul Jojo s'en rappelle!
Eeeeeet pourtant croyez moi le Jojo
Il avait vu -et pas qu'en buvant d'leau!
De drôles d'oiseaux
De drôles d'zozo
Des tas d'machins, tentacules où il fauuuuuuuuuuut....
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
Mais jamais, jamais
Au plus fort du chaos
Ne s'inquiétait
Ce briscard de Jojo!
ENVOI
Me direz-vous, et le bon calamar
A-t-il cuvé tout son saoul sous les mers?
Mais pas du tout, car son beau front camard
Le destinait à se faire brochet...
Le destinait à se faire brochet!
On l'a donc cuit dans une grand' rôtissoire
Agrémenté de bon sel et de rhum
La légende veut qu'encore sous l’arrosoir
Sa langue cherchait à laper tout le rhum...
Sa langue cherchait à laper tout le rhum!
Oui, bien sûr c'est une recette un peu simpliste...mais je ne m'en lasse pas, et vous?
L'auteur tient à remercier tout particulièrement les auteurs de sa jeunesse, et tout spécialement J.V. et ses "vingt mille lieux" pour avoir tôt formé son âme d'enfant aux vicissitudes de la vie.
On notera que le calamar géant peut être une propriété privée, et que la chasse en eaux profondes est désormais répréhensible, d'après le traité de Bayonne sur les eaux internationales.
Transcription : Anton von Adeldoch, licence 1436219 pour tout le Vieux Monde, Atlantide incluse
.
Anton von Adeldoch, Noble du Sudenland, lien vers l'aventure en cours: http://warforum-jdr.com/phpBB3/viewtopi ... 380#p97380
Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges
Fr.N.
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