J'm'appelle Rodolf. Rodolf Hirt. Car je suis bouvier. Hirt. Simple non ? C'est que les gars par chez moi ils connaissent pas la poésie, ils font au plus simple. Au village y avait les Müller, les Hirt, les Pächter ou les Schuster. Vous avez saisi.
Enfin j'étais bouvier. Avant. Avant la guerre. Puis je suis pas sûr de l'avoir vraiment été. Faut avouer que j'ai pas bougé de là où je suis depuis la guerre. Vous savez. Contre les Norses. Ce qui est marrant. Enfin c'est Rummo qui trouve ça marrant. C'est qu'on est à Wolfenburg. Et que Wolfenburg c'est la ville du loup. Et que mon dieu à moi c'était le Loup. Mais que l'Ostland, c'était des Sigmarites. Je sais pas si Rummo trouve vraiment ça drôle mais ça occupe nos nuits. Faut dire qu'elles sont longues.
Du coup je vous la refait. Je suis Rodolf. Je suis né au Nordland. Dans les prés salés qui bordent la mer. Je me souviens mal de plein de choses mais je me souviens du sel qui gouttait sur nous lorsqu'on faisait face à l'eau. Des pêcheurs dans leurs petits bateaux. Des marins d'en face qui venaient échanger des fourrures contre notre alcool. Je me souviens d'avoir été un bon môme. Je faisais ce que les grands disaient. Je disais quoi faire aux petits. La vie était simple. J'avais pas la calebasse en miettes à l'époque. J'étais grand d'après les autres. Je le suis toujours y paraît. Mais c'est Rummo qui parle et il a plus ses guibolles. Forcément il est plus petit. Et en plus il est... De Verezzo je crois. On dit comme ça. Mais du coup j'étais grand et fort. Et je suis devenu bouvier. Je crois. Les souffles chauds des vaches. Les cris du vieux quand je surveillais pas les vaches. Il était tout en cris en fait. Comme si il n'avait été qu'un son. Et y avait ma blonde aussi. Notre cabane. Notre petit logis. Ma blonde voulait qu'on ait des enfants. J'étais pas contre. Puis y a eu la guerre.
Elle me manque. Ses yeux, ses cheveux, sa voix, quand elle me parlait. Quand elle était gentille. Quand elle était forte. Mais pourtant je n'arrive pas à la recoller dans mon esprit ma blonde. J'ai que des morceaux d'elle. Mia me dit que c'est à cause d'un trau-ma-tisme. Que c'est à cause de ma tête en vrac. Elle m'a dit plein de choses Mia. J'ai pas tout compris. Wenceslas et Rummo m'ont simplifié. Ils disent que mon esprit est comme ma tête. Mes pensées sont des vaches que j'ai oublié de surveiller je crois.
Et pourtant c'était important de les garder. Mais les Hommes sont venus. Les Soldats. Les beaux Soldats du Grand-Prince. Et avec eux les moins beaux. Les Pächter, les Schuster, les Müller. Et moi, le Hirt. Plein de monde marchait. Soldats, miliciens, hommes des bois. Toute la bonne bidasse dure du Nordland. On est pas si dur en fait. Des lames d'acier et des fers de hache nous passent au travers. Comme de la bidoche. Mais quand j'ai laissé ma Blonde, le Vieux et mes vaches ça je savais pas trop bien. C'était la Guerre. Et l'Empire avait besoin de moi ont dit les Hommes.
Ma blonde pleurait. Elle m'a dit que les Hommes ne revenaient pas des guerres. Que j'aurais dû lui donner des enfants. Le Vieux a pleuré. Il a dit que j'étais comme un fils. Les siens étaient partis avec le Grand-Prince Nikse contre le Bois de la Sorcière. C'était y a longtemps. Mais les vieux en étaient amères. C'était maintenant la notre de guerre. Et l'Empire avait besoin de bouviers.
Je sais qu'en emportant mon barda pour rejoindre les troupes je me suis retourné. J'arrive juste pas à me souvenir de ma Cabane et de la Femme qui pleurait devant. Elle disait que j'étais un homme et qu'on ne revenait pas des guerres. Elle avait raison.





