Manifeste philosophique pour la réhabilitation des valeurs de la monarchie druchii, ou les essais de Cœur de Lame.

Où s'écrivent les histoires, hors du temps et des règles compliquées du monde réel...
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Thalysandre
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Manifeste philosophique pour la réhabilitation des valeurs de la monarchie druchii, ou les essais de Cœur de Lame.

Message par Thalysandre »

Préface :
Cet ouvrage est imprimé avec l'accord du service de censure officiel de Naggarond,
Approuvé par :
La reine mère, dame Morathi de Ghrond,
La délégation à la censure religieuse présidée par Hellebron de Har Ganeth,

Et avec l'accord de tous les elfes vivants cités.


Achevé d'imprimer à Naggarond, en l'an 5279 du règne du roi sorcier.

Notes de l'éditeur:
L'ouvrage que vous tenez entre vos mains se veut un compte rendu des pensées et des essais du notable Dhaerin Cœur de Lame. Cet ouvrage peut-être vu comme une synthèse magistrale des pensées positives du druchii moderne, rendu par le prisme de l'enseignement moral et disciplinaire. C'est une ode du cœur à la gloire du régime monarchique du roi sorcier ainsi qu'une réflexion profonde sur les tenants et aboutissants de l'autocratie en Naggaroth. Cette œuvre pourra être (prise dans une conception presque purement morale mais aussi spirituelle et religieuse) considérée comme "un bréviaire des honnêtes elfes", un livre de chevet empli des réflexions les plus formidables et les plus éminentes de notre temps, ayant les propriétés d'un livre de prière pour sa faculté d'apaiser l'âme et d'une dissertation de précepteur pour modeler l'esprit dans la forme lumineuse de la connaissance idoine et des valeurs essentielles du druchii. En d'autres termes, on peut considérer que les essais de Cœur de Lame sont une référence morale et philosophique regroupant tous les questionnements de l'elfe moderne et apportant à chacun d'entre eux une réponse remplissant tous les prérequis à la constitution du ciment d'un esprit fort, puissant, stable et contemporain s'épanouissant dans la plénitude morale, religieuse et politique de Naggaroth. C'est, à sa manière, un pamphlet sur les six grandes conceptions de l'autocratie druchii, philosophique, spiritualiste, morale, religieuse, éthique, et enfin réaliste. Il conforte l'esprit de l'elfe dans la justesse du point de vue droit et dans la valeur absolue de la mentalité orthodoxe, d'un conservatisme moderne, loin des arriérismes ou des solutions anarchiques des plus pitoyables esprits qui se bousculent hélas encore à ce jour sur notre continent. Les essais de Cœur de Lame, c'est la confirmation de notre justesse morale éternelle et parfaite et un plaidoyer rassurant à l'intention de la jeunesse contemporaine des elfes en proie au doute ou aux questionnements. C'est, enfin, un ouvrage à mettre entre toutes les mains, et particulièrement celles des enfants et des plus jeunes elfes afin de modeler leurs esprits encore tendres dans le moule strict, actif, puissant et sublime du druchii parfait à la morale et à l'idéologie irréprochable. C'est une déclaration d'amour à la discipline et une émanation de la volonté profondément sincère de Cœur de Lame d'ériger une génération future au moins aussi grande et solide que celles de ses aïeuls. Cela ne se critique pas, cela s'admire, et cela se consomme dans toute la prude candeur de l'amour du savoir et de la discipline. C'est avec un respect religieux que le lecteur doit plonger entre ces pages et s'imprégner de la discipline et de la science du vétéran grandissime dont la force d'âme définit les contours de ce qui sera bientôt le surelfe de demain.
Biographie de Cœur de Lame :
Le lecteur avide de savoir demandera assurément à connaitre mieux la vie du nommé Dhaerin Cœur de Lame, esprit fort et loyal à qui la vertu et la fidélité à son roi sorcier a inspiré les réflexions qui emplissent cet ouvrage. Il est important pour comprendre pleinement les essais de savoir ce que cet éminent individu a accompli sa vie durant. Dhaerin Cœur de Lame, contrairement à beaucoup, ne prétend pas enseigner depuis les hauteurs une philosophie de l'ambition démesurée, mais au contraire est un être tiré vers le firmament par son humilité et sa dévotion surelfique. Philosophe, il l'est par une connaissance approfondie, réfléchie, et expérimentée que chaque questionnement que l'elfe traverse. Stoïque dans ses convictions, il a toujours su garder ses idées philosophiques envers et contre tout. Actuellement agent de Naggarond, il officie comme inspecteur au service de sa majesté le roi sorcier, et se voue entièrement à son devoir, un dévouement qui l'aura inspiré dans ses pensées et qui nous l'espérons inspirera de même nos lecteurs.
Sa naissance est nimbée d'un certain mystère. Probablement né à Har Ganeth, les sources se contredisent quelques fois, mais une chose sûre est que le jeune Dhaerin n'a jamais connu de père, ce qui motivera peut-être longtemps après son désir d'adopter une fille. Quoi qu'il en soit, ses plus jeunes années en tant qu'elfe passèrent dans une masure de Har Ganeth, asservi par la femme qui l'avait mise au monde, une sorcière qui d'après l'aveu de Cœur de Lame lui même était une perfide conspirant contre le roi sorcier. Celle-ci espérait un fils doué de magie pour mener à bien ses sinistres projets au profit du dieu que l'on ne nomme pas, mais par chance, Dhaerin était tout à fait dépourvu des spécificités qui auraient permis ce dessein, alors sa génitrice se vengeait de cet échec sur lui avec cruauté. Tout comme certains philosophes anciens le préfiguraient, la pénibilité de l'existence est le terreau indispensable à l'apparition de l'esprit philosophe, et c'est sans doute à force d'être assailli de vicissitudes que Cœur de Lame (qui ne portait pas encore ce nom de pouvoir) s'est forgé l'âme stoïcienne à même de surpasser les doutes et les douleurs de l'existence par le calme, le sang froid, et la puissance brute comme le veut l'esprit druchii.
Toujours est-il que Dhaerin fut libéré de ce calvaire un beau jour par l'apparition de ce qu'il décrivit lui même comme "le spectre d'un espoir sanglant", c'est à dire par un assassin de Khaine qui surgit d'une ombre et trancha la gorge de sa mère avant de disparaitre. Cœur de Lame avouera plus tard n'avoir jamais connu l'identité de l'assassin et n'avoir jamais ressenti le besoin de la connaitre. Cet événement a été un marqueur dans sa vie puisqu'il a alors commencé à prendre des décisions pour lui même et s'est dès lors attaché à toujours agir avec morale et discernement. Il se lança bien sûr aussitôt dans son service militaire, se distinguant au combat à de nombreuses reprises contre les primates barbares du nord et des rebelles insurgés contre la couronne du glorieux roi sorcier.
Parallèlement, il entama des études de droit à Har Ganeth, se trouvant longtemps dans la fonction de démasquer les criminels avant de les conduire aux exécuteurs pour qu'ils soient sacrifiés à Khaine. Il fit face à la lie de la gent elfique et en ressortit intact avec une force morale impressionnante, tout en rendant hommage à Khaine pour chaque tâche accomplie avec succès.
Après une carrière honorable dans cette matière en même temps que celle militaire, Dhaerin eut une occasion de se distinguer en révélant une trahison au sein de son régiment. Il chevaucha éperdument jusqu'à Naggarond et se présenta devant la tour du roi sorcier où il se prosterna et récita durant sept heures une longue louange composée par ses soins entièrement en vers pour affirmer son dévouement à Malekith, acte qui lui obtint d'entrevoir le maitre de la garde noir et de l'entretenir des événements qui avaient éveillés sa suspicions. Après cet acte de foi, démontrant sa loyauté désintéressée envers la cause du roi sorcier, il se vit proposer un poste en tant qu'agent de la couronne qu'il accepta comme une bénédiction.
Dhaerin passa plusieurs siècles à servir Malekith comme ses yeux, ses oreilles, et parfois même son porte paroles. Inspecteur des armées, consultant militaire, et agent politique du roi sorcier, il développa ses talents innés de perspicacité et d'intuition, et aiguisa sa force d'esprit jusqu'à la rendre létale. Il acquit son nom de pouvoir, "Cœur de Lame", après avoir tué un elfe dissident sans rien faire d'autre que le regarder dans les yeux avec toute la puissance écrasante de sa détermination et de son esprit supérieur. Encore à ce jour, il n'a pas pu être prouvé qu'il ait utilisé du poison.
Il fut dépêché à Ghrond, pour donner son soutien à la garnison concernant les assauts des barbares simiesques du nord. Un incident aux circonstances mystérieuses l'a amené à se réveiller un soir en voyant son bras droit amputé par une lame d'une précision chirurgical, et à côté de lui un message de menace sur du vélin. C'est au cours d'un combat qu'il perdit son bras droit. Suite à cela il fut muté à un poste plus tranquille, qui lui donna le temps de philosopher et de se dédier à l'œuvre de sa vie. c'est à cette époque qu'il adopta une fille (Dhaerin Cœur de Lame n'ayant jamais eu l'occasion de se marier) nommée Llangollen, une orpheline qui depuis lors l'accompagne dans ses missions d'inspection. Dans cet ouvrage, "les essais de Dhaerin Cœur de Lame", on retrouve essentiellement une retranscription des dialogues réels entre le père et sa fille, Cœur de Lame s'étant donné pour devoir de modeler sa descendante de manière qu'elle puisse elle aussi porter ce nom de pouvoir. Les essais constitue une pièce d'une valeur inestimable sur l'éducation des jeunes elfes, et met l'accent sur l'importance d'une éducation droite et rigoureuse tout en permettant au philosophe de développer ses pensées les plus abouties de manière succincte et efficace afin d'imprégner l'âme des plus jeunes elfes des valeurs impérative de la discipline et de l'ordre moral, spirituel et réaliste.
Commentaire critique :
Les essais de Cœur de Lame sont une œuvre fondamentale à la formation de l'esprit critique et philosophique du druchii. On y retrouve tous les éléments de la philosophie elfique des ainés dispensée de la manière la plus savoureuse et intriquée dans des dialogues avec une sagesse et une prestance inouïe pour mieux satisfaire l'appétit de savoirs du lecteur fiévreux. C'est un pamphlet philosophique et politique sur la justesse, sous tous ses aspects, et le philosophe s'efforce sans cesse de souligner la préexistence du bon et du mauvais comportement. On pourrait supposer que cet essai philosophique ne se centre que sur la philosophie morale et dédaignerait la métaphysique et la critique de l'art et du spirituel, mais ce serait se tromper fortement sur l'essence même de sa philosophie et de sa sagesse qui est ce qu'il y a de plus elfique au monde. Il s'inscrit dans l'opposition la plus totale à la décadence sous toutes ses formes, décadence morale, mais aussi physique et intellectuelle. Les problématiques de la morale sont aussi celles de la physique et de la conception de l'univers, et le lecteur trouvera tout cela dans cet ouvrage édifiant, le tout emmêlé dans la forme touchante du père enseignant à sa fille, répondant aux questions de la jeunesse qui sont énoncées de la bouche même d'une jeune druchii. Le style toutefois met parfois plus en avant l'issue philosophique voire politique et les conclusions que les effets esthétiques de la forme. Les dialogues ont beau être vrais, la personnalité de Cœur de Lame leur donne une teneur rigide, presque fade, ou plutôt ils le seraient s'ils n'étaient pas relevés du sel de la science. Sans doute est-ce là un effet voulu par Cœur de Lame, et une part intégrante de sa personnalité qui refuse les fioritures et réclame, voire exige, un dévouement simple, direct et absolu. Inconditionnel en somme. Quand on connait l'elfe on comprend pourquoi il se sert si peu des formes mielleuses, quand bien même les rares traces de douceur et de vie qui embaument son œuvre sont le lait qui la rend digeste pour tous et chacun. Ses commentaires portent sur la valeur intrinsèque du dévouement de soi au mouvement global, immuable et totalitaire, alors sans doute se perdre en effets de personnalités et de candeur personnelle n'était pas envisageable. Cet aspect illustre en lui même l'évolution des personnages, notamment la progression de Llangollen vers sa perfection personnelle, qui nous amène à une conclusion d'une splendeur occultant tous les défauts précédemment cités. En vérité, cet ouvrage raconte la progression vers un état de surelfe parfait, et n'hésite pas à nous montrer de quelle manière ce chemin est parfois à l'inverse de ce que l'instinct nous dicte, d'où l'intérêt (et la nécessité) de dompter cet instinct pour le soumettre à la volonté suprême, c'est à dire celle du roi sorcier. Déroutant au début, "les essais" nous mène toutefois assez délicatement vers sa conclusion d'une admirable rigidité qui, si elle peut surprendre, apparaitra après réflexion comme étant une évolution tout à fait rationnelle des concepts qui sont définis dès le départ. Le nouvel elfe réside dans ces pages, et il n'est pas celui que vous croyiez !

Chapitre 1er
* * * De la question de la vie, de l'essence, et de son utilité. Première partie :

Par une journée moite que nous étions en chemin pour une mission d'inspection, j'aperçus chez ma fille un mouvement étrange. Comme nous passions dans les allées dégagées de Clar Karond, vastes avenues empestées de crasses animales et des rebuts de la société, je la voyais lever son visage vers les airs, comme si un sixième sens l'avait avertie que quelque chose qui ne se passerait pas de son attention se produirait vers ces canopées.
Le ciel était d'un gris argent tant la couverture des nuages était unie et la pluie fine s'écoulait sans heurt et sans cesse, mais en suivant le regard de Llangollen je vis au sommet d'une tour, un logement communautaire où devait résider une famille entière générations et générations s'empilant littéralement les unes au dessus des autres, la silhouette d'un elfe. Il était parfaitement seul, parfaitement intact, en vêtements simples mais pas spécialement dépenaillés.
Il bondit, de son propre chef, et s'écrasa dans une ruelle. Nous ne vîmes pas beaucoup plus que quelques projections de tripes et de sang, suivis d'une agitation minime. Quelques esclaves déguerpissaient, leurs maitres les appelaient, et une poignée d'elfes s'approchèrent pour contempler la chose avec une curiosité macabre. Lorsque nous passâmes à côté, je vis les yeux pourpres de Llangollen fureter en un éclair vers le corps déchiré auquel je n'accordais pas un gramme de mon attention.

« Une trahison à son échelle. Sans valeur. » dis-je sans tourner la tête.

Nous fîmes quelques moments plus tard notre entrée dans la caserne. l'humidité était omniprésente, le sol était crasseux et le bois des meubles menacés par les moisissures. Nous prîmes place dans le vestibule, le temps d'être annoncés et que le capitaine rassemble ses elfes. C'est alors que je remarquai le regard de ma fille, tout à fait désorienté, dirigé partout ailleurs que sur les objets, le sol et les choses matérielles que nous étions venus inspecter. Ses mains caressaient ses poignards, et ses yeux caressaient le vide. Je devinai sans difficultés que son esprit encore jeune absorbait une information puissante avec doutes et hésitations, comme par peur d'être face à un problème par trop conséquent pour pouvoir être assimilé simplement. Son esprit désirait graver une information sur son âme, mais son subconscient s'y refusait. Cela résultait en un désœuvrement qu'elle aurait pu cacher à tous sauf à moi son père. Constatant que nous aurions du temps devant nous, je concluais que le mieux était de lancer aussitôt un dialogue pour tuer le problème avant qu'il n'ait pu faire le moindre dégât.

Dhaerin Cœur de Lame :
Une question rôde dans ton esprit, incapable de trouver le meilleur moyen d'en sortir. je le pressens et je le vois bien assez bien.


Llangollen :
Est-ce à dire que je suis si facile à lire ?


Dhaerin Cœur de Lame :
Ça n'est pas la question que tu voulais me poser. À celle là, tu sais déjà que la réponse est oui et non.


Llangollen :
Pardonnez moi, père. Je ne vais pas perdre votre temps et le mien. Je me demande si le suicide peut être jugé d’une quelconque manière. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Est-ce ni l’un ni l’autre ?


Dhaerin Cœur de Lame :
Ma fille, je vais être clair afin que ton esprit cesse de suite de naviguer dans la brume : ce que cet elfe a commis tout à l’heure était un acte de trahison. Je développerais pourquoi tantôt, mais avant je veux que tu remplace ces deux termes de ton vocabulaire.


Llangollen :
Pardon, lesquels ?


Dhaerin Cœur de Lame :
Bien et mal. Bien et mal existent, mais ne sont pas des concepts pertinents dans notre esprit. Nous devons les remplacer par bon et mauvais. Tu fais, comme beaucoup, la confusion des deux. Notre langue est équivoque, laisse libre à interprétations, mais c’est précisément la raison pour laquelle je pense que nous devons nous efforcer toujours d’être aussi précis qu’il se peut dans notre usage des mots. La différence entre un terme et un autre peut tenir à un rien phonétique, à une infime subtilité dans le tracé de son sigle, à d’infinies variations du trait, mais cette différence que je fais entre bien et bon ainsi qu’entre mal et mauvais nous nous devons de la noter. Non pas, je le répète, que bien et mal n’existent pas, mais que ces concepts ne sont pas pertinents pour un druchii moderne. Peut-être le furent-ils à une époque, et encore, mais ils ne le sont plus. Khaine n’a pas de concept de bien et de mal, uniquement du bon et du mauvais, le fort et le faible d’une part, mais aussi de la bonne et de la mauvaise force. Ici, la question que tu te posais n’était pas de savoir si le suicide est bien ou mal, car aux yeux de celui qui se suicide il est toujours bien pour lui, et aux yeux de ses proches il est toujours mal. Mais cet acte est il bon ou mauvais ? La réponse je te la donne : il est mauvais.


Llangollen :
Comment l’est-il ? Car au fond, n’est il pas infiniment plus innocent que le meurtre d’autrui ? N’avez vous pas dit vous même à propos de cet elfe décédé : « sans valeur » ?


Dhaerin Cœur de Lame :
Ma chère, la portée du suicide va bien au delà du seul soi. C’est là une chose de que nombreux elfes feraient bien de comprendre. Un acte ne se limitera jamais à « soi » que ce soit dans sa portée physique, morale, ou spirituelle. Être actif, c’est agir avec ou sur autrui. Pourtant il peut être sans valeur, et cela s’explique aisément. L’elfe ne peut pas être envisagé comme une volonté particulière nageant au dessus du flot. Cela mène à la perdition et au gaspillage, des énergies physiques et psychiques. Pour cela, il faut comprendre que l’âme de l’elfe est et doit demeurer attachée à ses devoirs, devoirs qui sont des actions proposées par un référentiel idéologique.


Llangollen :
Vous sous-entendez que la liberté mène l’elfe à perdre sa valeur ?


Dhaerin Cœur de Lame :
En quelque sorte. De nombreux elfes s’abandonnent à une existence de plaisirs immédiats et futiles qui au final ne créent rien, aucune matière, aucune énergie virile et puissante n’est dégagée dans l’accomplissement d’un objectif. C’est pourquoi je parle de devoir, opposé au libéralisme. Mais pour être plus clair, le suicide en soit n’est pas un acte insignifiant, c’est l’elfe qui devient insignifiant par cet acte. Le manquement au devoirs, lui, demeure un acte impardonnable et une trahison. Pour cela, je vais devoir définir pour toi le sens que je donne au concept de lâcheté. Car le suicide d’un elfe peut et doit être jugé de la même manière que la lâcheté.


Llangollen :
Mais, attendez. N’y a-t-il pour vous aucune circonstance ou le suicide est justifié ? Par autre chose que la lâcheté j’entends.


Dhaerin Cœur de Lame :
Si l’on y réfléchis bien, le suicide est toujours une façon de fuir quelque chose.


Llangollen :
Mais et s’il s’agissait de fuir l’échec. Ne peut-on pas triompher de quelque chose de cette manière ?


Dhaerin Cœur de Lame :
Même en recommandant son âme à Morai’Heg, on ne peut pas donner un sens pragmatique au suicide. Être druchii c’est avant tout se définir dans le sens d’une force active, et renoncer à son souffle vital et à son âme ne peut en aucun cas servir l’accomplissement de ce devoir. Un elfe qui ne verrait que le suicide comme moyen d’atteindre une victoire quelle quelle soit est soit aveugle, soit stupide, soit plus probablement malhonnête et lâche. Je définis le lâche comme une absence totale de ce qui fait l’elfe et à plus forte tendance encore, de tout ce qui fait le druchii. C’est une question de rupture dans le flux de la grande volonté, celle qui décide pour tous les elfes. Un elfe lâche est un elfe qui réfute son essence et se place en dehors de cette volonté commune. La lâcheté est avant tout un acte d’égoïsme, et c’est cela même qui caractérise avant tout le suicide. Le suicide a toujours des conséquences, qu’on les désire ou non, et en règle générale il force autrui à prendre les responsabilités laissées en plan par le lâche qui les a fui. L’exemple le plus célèbre restera sans doute Bel-Shanaar, l’usurpateur et le lâche ultime, qui usurpa une fonction qu’il ne méritait pas et la quitta par lâcheté en abandonnant son peuple dans une crise qu’il aurait eu le devoir de résoudre lui même. Heureusement, et c’est là que je reviens au fait que l’elfe suicidé est insignifiant, la volonté suprême, celle qui globalise et qui concentre les âmes de tous les elfes, ne cesse jamais d’exister elle. Cette volonté est éternelle, puisqu’elle s’incarne en la personne du roi sorcier, et le roi sorcier est éternel.


Llangollen :
Mais alors, pourquoi l’elfe que nous avons vu a-t-il fui son devoirs ? Qu’est-ce qui crée cette lâcheté si criminelle qu’elle détruit l’âme avant le corps et pousse l’elfe dans le sens inverse de la volonté commune ? Est-ce la faiblesse ? Une perversion de l’âme ? Ou existe-t-il tout simplement des circonstances qu’aucun elfe ne peut affronter ? Pour que son essence soit pervertie, faut-il que le choix de l’elfe soit pervers, ou l’essence précède-t-elle l’existence et l’elfe est-il condamné par une perversion instillée depuis longtemps avant dans son âme et son esprit, qui, comme une maladie incurable sur laquelle il n’avait aucun pouvoir, le mènera en son terme vers la lâcheté que nous avons vue ?


Dhaerin Cœur de Lame :
Il n’y a pas qu’une réponse à ce questionnement. La faute n’est pas seulement celle de l’elfe suicidé, mais il est tout sauf innocent. La lâcheté s’infuse dans l’âme comme une bile dont il faut empêcher l’apparition au plus tôt. Mais il faut comprendre que l’essence n’existe et ne se définit que par sa valeur active. Figure toi un flot, comme un vaste canal coulant dans une direction unique avec un courant constant : c’est la volonté commune, la force et l’essence de tous les elfes mis en commun dans une œuvre unique et grandiose. L’esprit qui définit cette volonté, c’est notre roi sorcier. Idéalement, tous les elfes devraient être issus de ce flot, comme autant que goutte d’eau dans un courant stable, mais il subsiste des imperfections. Le canal de la volonté commune est une configuration pensée par notre maitre à tous, qui vise à formater l’elfe, à le définir de la façon idoine, à faire de lui un druchii. Note bien le sens du mot druchii, car il est le plus important. Nous en revenons à notre définition du bon et du mauvais, mais les forces contraires à ce courant uniques, quelle que soit la direction qu’elles supportent, sont le fruit de mouvements parasites, de manipulations extérieurs et d’empoisonnements de l’eau, de l’essence, par des venins divers. Le mauvais peut venir d’une infinité de choses, mais la seule à pouvoir la réparer, c’est la volonté suprême. Je te détaillerai plus tard la différence entre volonté suprême et volonté commune, mais sache que c’est avant tout grâce à la sagesse du roi sorcier que les elfes peuvent voir et distinguer clairement la voie idoine. S’ils la suivent ou en suivent une autre n’est que la conséquence de nombreux choix, pas nécessairement les leurs, mais de choix tout de même. Rien en ce flot n’est dû au hasard, et les circonstances naturelles laissent toujours à l’elfe suffisamment de volonté pour choisir quelle nature son essence adoptera, et si son essence est pervertie par influence extérieure, il demeure des moyens d’amputer la corruption, mais aucun de ceux-ci ne passe par l’ambition, l’égoïsme ou la lâcheté. Telle est la tragique conclusion que de nombreux elfes tentent bêtement d’écarter, et telle est celle qu’aurait dû trouver le suicidé de tout à l’heure. Maintenant, je vois que l’on vient nous chercher. Nous reprendrons cette conversation plus tard, mais j’espère avoir déjà suffisamment éclairé ton esprit.


Llangollen :
Je vous rassure, vous y êtes parvenu, père. Je vous suis.



Un valet vint nous quérir et sans surseoir nous nous levâmes pour aller accomplir notre devoir.
Thalysandre, Maitre d'arme
Profil: For 11 | End 7 | Hab 9 | Cha 9 | Int 8 | Ini 10 | Att 9 | Par 9 | Tir 9 | NA 1 | PV 50/50
Aia Malékith, aralta condolva !

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