[Ahmès] La Porte des Esclaves

Image
Par delà le Grand Océan, bien à l’ouest du Vieux monde, se trouve le continent de Naggaroth, terre des sinistres Elfes Noirs. C’est une région aride et sauvage que les rayons du soleil réchauffent rarement, tant la couche nuageuse y est épaisse, et de terribles tempêtes s’y déchaînent régulièrement.

Modérateur : Equipe MJ

Avatar du membre
[MJ] La Fée Enchanteresse
Warfo Award 2021 du meilleur MJ - Élaboration
Warfo Award 2021 du meilleur MJ - Élaboration
Messages : 953
Autres comptes : Armand de Lyrie

Re: [Ahmès] La Porte des Esclaves

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Les excuses d’Ahmès furent tout simplement ignorées par Skaris et Rayth : les deux grands aristocrates n’avaient ni trinqué, ni grommelé une politesse, ni même en fait levé l’œil après son tout petit discours. En fait, les deux avaient bu avant l’assassin, le snobant royalement.
Lhunara, elle, lui offrit un sourire crispé, trahissant sa gêne.

« Je crois que vous n’avez pas du tout compris ce que j’ai voulu dire, maître Thallan…
La question n’est pas de savoir si vous insultez ou honorez la mémoire de sieur Tevras Drakilos — c’est un non-sujet, votre avis n’est absolument pas demandé. Non. La chose qui va vous attirer des ennuis dans cette ville, c’est de comparer la vie — et la mort — de votre père à celle d’un Seigneur du Banc. »


Rayth montra elle une grimace pincée et sévère, un peu comme ces statues de Morai-Heg. Elle coupa la parole à sa voisine de table d’un geste de la main, et rétorqua avec une voix plus posée, mais également plus éloquente.

« Ce qu’elle veut dire, avec un peu trop de politesses d'ailleurs, c’est que si la matriarche Sighi Drakilos vous entendait dire que vous vous associez à son deuil, elle vous arracherait la gorge avec ses dents.
Qu’est-ce que tu crois, Thallan ? Que parce que t’as brossé un truand-en-chef à l’étage et que t’as posé ton cul sur ce tabouret, t’es notre égal ? T-t-t-t. Crois-moi, si tu veux nous plaire — si tu veux me plaire, c’est certainement pas avec tes paroles que tu vas le faire.
Maintenant joue, putain. »


Et Skaris, hilare, gloussa d’un petit rire fluet. Et pour la cinquième ou sixième fois en un quart d’heures, il se remit à tripoter la main d’Ahmès.

« Des vieux noms, des vieilles familles… Les aristocrates y tiennent. Vous savez que c’est mon arrière-arrière-arrière-arrière-et-des-poussières-grand-mère qui a découvert le passage vers le grand continent du Cathay ? C’est important l’héritage.
Nan, être poli avec nous sert à rien. Y a d’autres moyens pour traîner avec nous — devinez lesquels. »


Et alors qu’il disait ça, par pur hasard, le regard d’Ahmès croisa celui de Lhunara.
La Lucari fit un clin d’oeil qu’elle aurait peut-être voulu discret à Skaris. Il est vrai qu’elle s’appelait Lucari, et que elle, son nom de famille n’avait strictement rien inspiré au vieux Masthel — elle n’avait pas d’ancêtres prestigieux, et n’avait hérité de pas grand-chose. Pourtant, elle ne subissait pas les insultes et les remontrances des deux gosses d’archi-puissants.

Le jeu continua. Et à nouveau, Lhunara joua l’extrême prudence en se couchant quasiment immédiatement. C’était à présent Rayth qui prenait l’initiative, en forçant Ahmès et Skaris à la suivre tout en pressant sa mise.

Le compliment du Druchii la fit grincer des dents, comme si elle n’était pas déjà assez crispée. Mais toute pleine de colère qu’elle était ce soir, il semblait bien que l’envie de se faire mousser était plus forte que son sale caractère. Elle releva le menton, bomba les lèvres, et agita la tête, approuvant avec une grande certitude son avis sur sa forme physique.

« Je suis une formidable corsaire, oui. Enfin, bien assez pour maintenir l’ordre sur un pont et grimper à l’abordage. Je suis d’une race qui commande plus qu’elle n’exécute, quand bien même parfois il faut rappeler un peu aux exécuteurs pourquoi c’est moi qui dirige.
T’en penses quoi, Thallan ? Y a des muscles sous ta robe. Mais tu crois que ça suffit à impressionner quelqu’un comme moi ? »


Elle fit un signe de tête à Lhunara.

« C'est pas seulement pour tes muscles qu'on t'apprécie, hein, sombretrait ?
– J’ai pas envie de jouer à ça ce soir, Rayth, s’il te plaît.
– Mais quelle pisse-froide… Heureusement t'es pas toujours comme ça. »

Jet d’observation (Malus : -2) : 5, réussite.

Jet d’endurance (Note : Masthel t’as sûrement mithridaté la gueule pour que tu résistes aux poisons ; Si tu me dépenses 25 XP à ton prochain péage on pourra considérer que t’as « Résistance Accrue - Poisons ». Peut-être que je peux le compter dès maintenant) : 19, échec automatique. Bon, bah, ok, de toute façon ça n’aurait rien changé.
→ Tu ne sais pas encore quels sont les symptômes de l’alcool fumant que t’as pris, mais tu vas pas tarder à le savoir mon grand.

Jet de charisme (Malus : -4) : 5, ça passe quand même.

→ On va continuer de jouer en privé pour pas que la partie en posts dure dix mille ans. Mais, si tu veux faire des trucs à table, n’hésite surtout pas — tu peux aller pisser en privé avec Skaris, par exemple, surtout vu comment le gars tient à te tripoter la main. C’est plus compliqué d’avoir Rayth ou Lhunara en privé, mais si tu veux tenter des trucs, bah, mes messages privés discord sont ouverts. C’est toujours emmerdant les posts avec plein de dialogues comme ça donc si t’as peu de matière à répondre on trouvera forcément un truc à deux :orque:
Image

Avatar du membre
Ahmès
PJ
Messages : 45

Re: [Ahmès] La Porte des Esclaves

Message par Ahmès »

Image
LA PORTE DES ESCLAVES


Plus le temps passait, et plus il haïssait ces nobliaux. Ces parangons de fourberie, d’audace et de fausse compassion pouvaient, tour à tour, jouer la carte de la bigote outragée puis celle du despote de droit atavique. Les répliques et sermons lui tombaient sur le coin de la figure comme autant de mises en gardes, comme autant de façon de balayer ses tentatives de faire émerger son intérêt pour les choses de ce monde. Il avait l’amère et systématique sentiment d’être replongé dans la fange de l’indécence chaque fois qu’il tentait d’en sortir la tête, Rayth s’amusant à pointer chaque parole comme s’il s’agissait d’une calomnie. Elle se plaisait à le remettre à sa place, elle, héritière de Karond Kar. Peut-être parce qu’elle voulait écraser Clar Karond à travers son rejeton, naufragé du Bréa. Peut-être parce qu’elle prenait tout simplement plaisir à tordre tous ses adversaires en s’emparant de la place de juge.
L’assassin n’ignorait pas les préceptes de cette méthode qui consistait à faire procès à la moindre chose pour se donner prestance et noyer sa victime dans des torrents de culpabilité.
Il l’avait vécu tout un temps, avec son maître.
Mais réaliser que l’attitude de Masthel se retrouvait dans celle des sieurs et des dames de grandes lignées ne lui paraissait pas acceptable.

Il fallait être aussi talentueux que son Maître, avant de vouloir imiter ses petites manies.

La partie continuait, après un silence pieux qui ne manqua pas de signer d’un constat unanime le refroidissement de l’atmosphère. Heureusement, l’alcool était là. Skaris aussi. Encore une fois, la main opportuniste et prétendument amicale de Skaris vint se perdre son bras et le souiller de son parjure. L’assassin déglutît, à la fois parce qu’il devait ravaler sa fierté et faire profil bas, mais aussi parce que l’envie le démangeait de récupérer cette lame de basse facture et de l’utiliser pour découper chaque doigt de cette main profane qui ne cessait de cherchait son bras. Il avait déjà compris depuis les prémisses de sa rencontre avec le truand que ce dernier cherchait à le façonner à son image ; à lui inculquer des leçons de bonnes grâce pour se le mettre en poche. N’importe qui l’aurait compris. Mais ce qu’il y avait d’insupportable dans l’âme tourmentée du sicaire, c’était qu’il n’avait même pas eu à le deviner. Non. La méthode qu’utilisait Skaris était criarde, dégoulinante, puante et intimiste. Elle empestait tellement qu’elle le mettait hors de lui. Ce druchii n’en méritait qu’à peine le nom. Il n’avait aucune retenue, pas l’ombre d’un secret.
Skaris était une vermine inconsistante qui ne méritait guère qu’il s’y arrête. Même son exécution ne faisait aucun sens. Il y avait trop d’alcool dans le corps de ce soiffard pour qu’il espère seulement que son sang puisse sustenter les désirs de Khaine sans en troubler la saveur. Cet apôtre du chaos, d’une médiocrité absolue, ne valait pas mieux qu’un singe.

Mais elle. Elle, c’était une autre histoire. Elle possédait du tact, du toupet, et glissait dans le débat comme une dague. Il y avait une sorte de poésie dans sa façon de poignarder. Rayth éclipsait totalement les deux autres. Plus le temps passait, et plus elle devenait l’objet d’une convoitise plus marquée, plus électrique pour l’âme magnétisée du sicaire. Elle était plus exquise. Pas le genre de Skaris qu’on pourrait abattre à l’improviste et jeter par-dessus le pont.
Non. Rayth avait quelque chose de plus qui la rendait supérieure. L’exquise envie de l’occire ne pouvait être perdue trop vite. Elle méritait d’être chassée, puis dupée, amadouée puis trahie, avant que son corps ne plonge dans le Chaudron de Sang. Elle mourrait, à l’instar des deux autres, mais de manière bien différente.
De toute façon, tous ceux qu’il avait rejoint à cette table étaient morts dès l’instant où l’assassin avait posé ses yeux sur eux.

Le reflet doré de ses prunelles, justement, s’arrêta un instant sur le faciès éclipsé de la druchii la moins envahissante du lot : Lhunara, sa priorité. Il ne lui trouvait malheureusement rien de romantique, contrairement à ce qu’il pouvait ressentir vis-à-vis de l’Uroxis. Trop timorée, trop fragile à son goût. Lhunara, une Sombretrait de l'Etat-Major du Drachau ? Une farce. Et alors que le jeu se poursuivait et que la dernière mise était scellée, il se décida à lui adresser un léger sourire.
Pourquoi n’avait-il pas songé plus tôt à se montrer plus empathique à l’égard de la pauvre Lucari, perpétuellement mise aux bans du jeu ?

Les deux survivants de ce tour, Skaris et Rayth, découvrirent la River card. La dernière des cinq cartes à se révéler aux joueurs. Le cloporte des Fellheart, analysant cette dernière, toqua sur la table avec ses phalanges : c’était un check. Une méthode qui consistait à s’épargner la mise. Si Rayth l’imitait, alors les deux pouvaient sceller le tour sans mettre de souverains d’or dans le tas. Loin d’être une approche couarde, le check était un art entre le désintérêt et le bluff. Peut-être le Fellheart le faisait-il pour duper Rayth : ne parions rien, je n’ai pas de jeu. Rayth refusa et misa un souverain d’or. Elle l’exhortait à payer. Skaris l’observa, puis fixa la table. Avait-il réussi à la faire miser comme il l’entendait ? Pourrait-il faire grossir l’enchère et lui rafler plus qu’elle ne l’eusse estimé ?
Il se coucha. Rayth, avec un malheureux souverain d’or, l’avait réduit au silence ; alors même qu’elle n’avait peut-être pas de jeu. Une rouste qui ne l’obligeait même pas à révéler ses cartes : impossible de savoir sur quoi misait l’Uroxis. Elle empocha les gains, offrant son air tutélaire à la tablée : c’était elle, la reine. Les Fellheart pouvaient bien avoir bonne réputation au-delà des océans. A Karond Kar, les Uroxis régnaient et commandaient. Sans Lokhir pour les élever, les Fellheart n’étaient rien face à elle.
Ahmès observa, et apprît. Il prit un malin plaisir à concevoir ces rivalités sous cet angle.
Sitôt les jetons disparus, les cartes retournèrent à leur maître : le croupier reprit, et remît au carré pour entamer la nouvelle manche. De mélanger, ce dernier s’enquît et bientôt les quatre druchii découvrirent une nouvelle main.

Ahmès possédait deux nouvelles cartes, pathétiques en apparence. Un trois, et un huit, de trèfle tous deux.

Tous les druchiis entrèrent de nouveau en jeu, alors qu’Ahmès portait une fois de plus son verre à ses lèvres, profitant de l’instant pour scruter les environs, comme à son habitude. Sur une table un peu plus loin, les joueurs ne soufflaient pas un traître mot, rivés qu’ils pouvaient être sur leurs mises. C’était plus silencieux, bien plus silencieux. Ceux-là ne semblaient pas prendre le même plaisir que ceux de sa table. Ici, le jeu était un argument pour humilier, pour se hisser plus haut que les autres : c’était un moyen et non une fin en soi. Là-bas, l’enjeu était uniquement monétaire. Bien triste, songea-t-il. Il revint à ses convives, sans ranimer le débat.

Lhunara était grosse blinde, ce qui signifiait qu’elle était la première à miser. Elle tenta de checker même la mise de départ, comme si elle voulait garder ses économies près d’elle. Cela ne faisait aucun sens. Les autres ne l’entendirent pas de cette oreille, et tous misèrent deux bons souverains d’or. Ahmès ne sut s’il s’agissait là d’une peur intestine ou d’une prudence maladive de la part de la Lucari. Cela n’augurait rien de bon pour ses affaires.
En tant qu’assassin, il détestait les gens trop prudents.

Flop. On brûlait la carte de la pioche en l’écartant du tirage, comme si on déballait la pioche. Les trois premières cartes étaient ensuite révélées. L’humain, qui portait encore le masque de Loec, Dieu des farces et des vengeances, les aligna parfaitement. Le sourire qui s’imprimait sur son masque tourmenta Ahmès alors qu’il l’observa à la distribution. Il haïssait Slaanesh parce que c’était un Dieu du Chaos. Mais il appréciait davantage Loec, du panthéon elfique, car c’était une entité des ombres, de la duperie et de la vengeance. Jamais le désir de punir son Maître n’avait disparu de son esprit. Peut-être Loec pourrait-il lui accorder ses grâces, s’il arrivait à le convaincre. Mais comment s’y prendre ?

Un roi de trèfle, un deux de pique, un as de trèfle. Malheur. Les deux têtes les plus puissantes se suivaient. Lhunara checka, mais Skaris plaça tout de suite deux souverains d’or, comme appâté par le gain. Rayth et Ahmès suivirent.

Lhunara se coucha, encore. L’elfe noir qui présageait de l’abattre voulut d’abord pousser un soupir, traduire son mécontentement par cette marque de colère. Se coucherait-elle jusqu’à ne plus rien avoir ? Attendait-elle que le nombre d’antagonistes se clairseme pour mettre son argent en jeu ?

Il opta pour une stratégie plus subtile. Il avait vu son clin d’œil adressé à Skaris. Il avait vu avec quel culot Rayth l’avait étouffé. Alors il voulut rentrer dans la manigance. Il voulut le faire sous l’œil attentif du masque de Loeth.

« Je ne sais si cette volonté de se coucher systématiquement fait partie d’une tactique, mais si tel est le cas, je suis impatient d’en découvrir le résultat. »

C’était une façon de l’encourager, d’acheter son courage. De plébisciter sa méthode, tout en l’invitant à révéler un côté plus… théâtral. Il voulait qu’elle brille, enfin. Mais pour ce tour-là, c’était trop tard : déjà le tas de jetons était mis de côté, et il ne restait plus que trois joueurs à se disputer le gain.

Turn card. La quatrième. L’avant-dernière. Un six de cœur.
Ahmès ne possédait que du trèfle. Il n’avait aucune paire pour se prémunir d’une éventuelle défaite. A cet instant, il était assuré de sa perte : avec son trois et son huit, il ne pouvait envisager aucune suite. Sur la table s’étalaient un Roi et son As, trônant sur tout le reste, et un deux misérable. Aucune suite n’était possible au-dessus de l’As ; ainsi, la continuité de l’As et du Roi ne pouvaient être accordés qu’en présence d’une Dame, et d’un Valet. Quiconque possédait ces deux têtes n’avait qu’à attendre un dix, et il s’octroyait une suite royale ; rien qu’on pouvait concurrencer avec une paire malheureuse.
Quand bien même un trois ou un huit sortaient pour le gratifier d’une paire, il demeurait encore trop faible au regard de cet As et de ce Roi qui continuaient de clore tout débat possible. C’était comme mettre un ogre dans une école humaine.
En revanche, il y avait un espoir.

Celui d’une cinquième carte, possédant la couleur du trèfle. La couleur. La suite et la paire étaient inférieures à une ligne parfaite de couleur trèfle.
Ahmès suivît. Dans sa réserve personnelle, il possédait encore 14 souverains d’or. Lhunara en avait 16, Skaris 23, et Rayth 26. Il était le dernier de la bande. Mais ce tour pouvait tout changer.
Le croupier engloba le tas. Ahmès adressa alors un regard à Rayth puis, par spontanéité, se mit à raconter une partie de lui-même.
Ou du moins, de Thallan.

« J’aime les jeux, mais j’aime encore plus le combat. A Clar Karond, nous avons toutes sortes de distraction nous aussi, pour tromper le temps. Comme vous ici, nous possédons une arène où s’entretuent humains, elfes et bêtes. Des bêtes, nous en avons beaucoup. Mais ce que je préfère, et de loin… »

Il eut un sourire très large.

« … c’est la chasse aux esclaves. C’est une chose magnifique, vous devriez voir ! Les Sombretrait, d’ailleurs, font des merveilles… Imaginez… »

Il écarta ses bras, repoussa Skaris et passa sa main au-dessus de la table comme s’il désignait un paysage.

« Au-delà de nos remparts, des champs et des carrières s’étalent du fleuve Rouge-Venin jusqu’aux pins de la Crète du Couchant. Ma famille possède une centaine d’esclaves qui pilonnent la pierre à longueur de journée, et nous exportons de larges blocs jusqu’à la capitale. Tout autour, nous sommes encerclés par des forêts noires. Je suppose que vous avez déjà compris où je veux en venir. Parfois, ces forêts envoûtent notre main d’œuvre et jettent sur eux un mal incurable qui porte un nom : liberté. »

Il se gaussa, ses épaules remontant en même temps que les secousses qui agitaient son rire.

« Alors ils tentent l’escapade ! Ils fuient comme de l’eau qui vous glisse entre les doigts ! Mais figurez-vous qu’ils souffrent d’un autre mal, ces malheureux : ils parlent beaucoup. »

Ses deux mains se jetèrent sur la table et puis il avança son visage, tourna sa tête et plongea ses yeux froids dans ceux de Skaris. Sa parole fut alors plus sombre, plus venimeuse. Il sifflait comme le serpent.

« S’ils n’ont pas été trahis avant, ils s’échappent. Mais si vite sont-ils partis, si vite nos chevaucheurs sont à leur trousse. Parfois, ils se sauvent par dizaine et puis, comme on les harcèle, ils se divisent. Au bout du compte, ils sont toujours obligés de se cacher. Et c’est là le moment le plus exquis. Lorsque vous voyez une ombre filer, et que vous la traquez. Vous ne pouvez voir cet esclave, non, mais vous pouvez le sentir. C’est là toute la quintessence d’Anath Raema. Elle instille en vous une soif de sang extraordinaire, et plus vous sentez le parfum de la peur, plus l’excitation monte. Alors, soudain, l’esclave se débusque ! C’est l’ordalie ! Voila un être doté d’une force qu’il ne faut pas sous-estimer, messieurs-dames, car la peur est une arme mortelle même entre les mains d’un enfant ! Vous entamez une lutte pour la survie, et ce genre de moment reste gravé dans votre vie à tout jamais, car c’est un combat à mort dont l’ampleur de la tragédie est multipliée par le temps et les efforts que vous avez consentis pour débusquer cette victime ! »

De la façon dont il expliquait cela, on se croyait au cœur de la chasse. Mais soudain, il retomba sur sa chaise, jeta son dos en arrière et pris une distance considérable avec la table, laissant ses mains en évidence dessus. Il passait à un aveu moins charmant.

« Parfois, on ne se méfie pas assez malheureusement. C’est aussi le moment propice pour certains assassins de passer à l’action. Mon père est mort lors d’une chasse. Mais pas de la main d’un esclave. Il est mort assassiné par le retourneur de tête : Headturner. »

Son regard, assombri, se tourna vers Lhunara. C’était elle, la prochaine.

« Headturner décapite ses victimes, énucle leurs yeux puis les reloge dans leurs orbites, afin que même au-delà de la mort, sa victime soit en mesure de voir sa sentence. On raconte que Khaine peut voir à travers ces yeux la qualité du travail de l’assassin. C’est un psychopathe qui démembre les corps, les rhabille parfois ou les laisse en l’état : il les mutile et les recompose comme s’il s’agissait d’une œuvre d’art, afin de satisfaire le Faiseur de Veuve. Mais ce n’est pas tout. Headturner prépare le terrain. Il s’annonce toujours par quelque chose : il commence par un crime qu’il signe à sa façon, puis il s’invite chez vous. Il vous vole quelque chose, il laisse un message, il fait flamber votre manoir ou inonde vos entrepôts, il détourne vos stocks, il mutile vos esclaves ou empoisonne vos chevaux. Il y a toujours un sinistre qui témoigne de sa présence. Vous savez qu’il est là, mais vous ne le voyez pas. Il vous offre des indices. Headturner a joué avec les enfants humains de nos esclaves avant d’assassiner mon père, et c’est comme ça que nous avons su qu’il était sur la liste. Il a attendu quatre mois, le temps que sa vigilance s’endorme, pour prendre sa vie. Je me demande même s’il n’a pas orchestré lui-même la fuite d’esclaves. Comment savait-il où mon père irait ? Je n’en sais rien. Cet assassin est une énigme. »

Le croupier était en attente. Par son discours, Ahmès lui interdisait d’intervenir : il aurait été malvenu de déranger quatre druchii en pleine conversation.

« Et il est ici. »


Sa voix siffla d’un air très grave. Ce mensonge avait été façonné de toute pièce : il avait inventé l’histoire lui-même, comme pour rendre sa position plus crédible. Il n’avait pas vraiment eu besoin de convaincre les autres druchii de sa lignée mais il savait qu’il était toujours préférable de raconter les mensonges avant qu’on le lui demande : c’était une façon de repousser un interrogatoire qui ne lui aurait guère profité.
Au demeurant, il jubila intérieurement. Il avait parfaitement raison : Headturner ne pouvait être plus proche, puisqu’il n’était autre que lui-même.
Nul n’avait vraiment fait les frais de Headturner, à part cette corsaire qu'il avait assassiné quelques jours plus tôt, en offrande à Khaine. En fait, ce nom n’existait même pas, pour l’heure. Mais Ahmès commençait à construire sa légende, doucement, si vrai qu’il se sentait plus proche que jamais de l’adoubement de son Mentor.
S'il voulait de la clientèle, il fallait que sa réputation monte et que sa cote grimpe, elle aussi. C'était le moment parfait.
Masthel était sans doute déjà affairé à brûler les stocks du père de Lhunara. Après le crime qu’avait commis Ahmès et la mise en scène qu'il avait orchestré avec son cadavre, l’histoire se recoupait : le meurtre symbolique révélant sa présence devait déjà courir les rues, et le un signe annonçant sa cible ne tarderait pas. L'entrepôt du père de Lhunara Lucari juste après sa signature.
Elle saurait, à cet instant, qu'Headturner aurait un contrat sur la tête d'un Lucari.
Il lui laisserait le temps de se préparer, d’essayer de protéger son père. Mais il ne le ferait pas n’importe comment. Sa stratégie était déjà presque rodée.

C'est cela qui est horrible, avec les assassins. On sait qu'ils sont là, mais on ne sait ni quand, ni comment ils vont frapper.
La moindre inattention est pourtant fatale.

Il se réhaussa, poussa un soupir et reprit un air plus apaisé.

« Navré de vous infliger ça, mais si d’aventures vous en entendez parler, vous savez que je suis là. J’ai juré de venger la mort de mon père. Headturner doit payer. Mais en attendant… »

Il indiqua la carte manquante sur le plateau.

« C’est l’heure de la dernière carte. »

Le trèfle, coûte que coûte.
Bon, désolé pour le pavé !
Comme vu en PV sur Discord, la partie continue. La Fée, je te laisse le plaisir de briser le suspens sur la dernière carte (j'en ai encore des frissons !).
Concernant Ahmès, il tente d'amadouer Lhunara Lucari en associant sa "lâcheté" à une possible stratégie.
Puis il invente une légende, celle de Headturner, afin d'intimider ses interlocuteurs et de faire monter... sa propre réputation, en fait. Je te laisse lancer des dés de perspicacité ou tromperie si tu estimes que ça peut donner un petit plus au rp.
Bonne lecture !
Ahmès Rahadriel Rohomir | Voie de l'assassin elfe noir
Profil : For 8 | End 10 | Hab 10 | Cha 10 | Int 8 | Ini 10 | Att 10 | Par 10 | Tir 10 | Foi | Mag | NA 1 | PV 16/55
Fiche personnage : Lien

États Temporaires
* Exsangue : Après avoir perdu beaucoup trop de sang, tu es anémié. Tous les efforts physiques se font avec un malus de -1.

Compétences
  • Combat
    • Ambidextrie (A)
    • Acrobatie de combat (A)
    • Esquive (A)
    • Parade (A)
    • Tir à déclenchement rapide (B)
  • Perception
    • Acuité visuelle (B)
    • Lecture sur les lèvres (E)
    • Vision nocturne (E)
    • Sixième sens (B)
  • Adresse
    • Déplacement silencieux (B)
    • Mort silencieuse (B)
    • Escalade (B)
    • Camouflage (B)
    • Vol à la tire (B)
  • Physique
    • Résistance accrue (B, Spécialisation : Poison)
  • Connaissances
    • Préparation de poisons (E)
    • Piégeage (A)


Avatar du membre
[MJ] La Fée Enchanteresse
Warfo Award 2021 du meilleur MJ - Élaboration
Warfo Award 2021 du meilleur MJ - Élaboration
Messages : 953
Autres comptes : Armand de Lyrie

Re: [Ahmès] La Porte des Esclaves

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Rayth regarda Ahmès droit dans les yeux. Tout, tout, droit. Et elle n’ouvrit ses lèvres scellées que pour rétorquer froidement :

« C’est vrai qu’ils sont cons vos esclaves.
Ils…
Parlent trop. »


Et elle se retourna pour faire un signe de tête au croupier. Et c’est juste par cette phrase qu’elle balaya du revers de la main tout le long discours de l’assassin.
Histoire de renforcer un peu plus la pique, Lhunara caqueta de rire, tandis que Skaris lui tripotait encore et toujours le poignet.

« Des tarés y en a toujours eu partout mon garçon ! Mais allez, va, y font jamais très long feu, les tarés !
Arracher des yeux, et puis quoi encore… Y en a qui savent vraiment pas quoi inventer pour se rendre intéressants. »


Le croupier, aux émotions impossibles à lire sous son masque de Loec, était resté stoïque dans un garde-à-vous militaire. Quand Ahmès demanda la dernière carte, il la déposa en annonçant très froidement la suite :

« Couleur au trèfle. Maître Thallan remporte la mise. »

Aucune réaction. Ni de colère, ni de joie. Tous les joueurs se contentèrent de juste remettre leurs cartes, laissèrent l’humain déplacer les jetons pour enrichir Ahmès, et, alors qu’on pouvait presque entendre une mouche voler, voilà que l’on déplaçait les blindes et que le sacrifice de Loec recommençait à couper son tas de cartes et en redistribuer deux à tout le monde.

Le Délice commença alors à faire effet.

Pour l’heure, les symptômes ne parurent pas trop violents ; L’assassin se sentait plutôt adouci, avec de légers vertiges qui semblaient le faire basculer à droite et à gauche. Il sentait ses yeux être très humides, et devait battre des paupières bien plus régulièrement. Il sentait un grattement dans sa gorge, et des démangeaisons sous les aisselles — mais hormis ça, il avait également l’impression que ses sens étaient plus « piquants », comme s’il repérait mieux les odeurs ou les sons de la pièce.

Et tout le monde rejouait. Probablement que tout le monde était sur un pied d’égalité, et que ses trois comparses de jeu étaient aussi abrutis par le poison que lui.



À la prochaine manche, un événement assez inattendu secoua finalement la table ; Lhunara, de nature fort prudente et silencieuse, décida de faire un tapis. Ahmès se coucha, mais les deux autres décidèrent de mordre à l’hameçon. Dévoilant tous les trois leurs cartes, les deux aristocrates purent papillonner des cils en se rendant compte d’un souci dans le jeu de la suicidaire.

« Mais…
Mais enfin Lhunara… T’as rien ! »


La Lucari haussa des épaules. Rayth se fendit d’un rire mesquin :

« T’es vraiment pas dans ton assiette ce soir — Thallan est vraiment si inintéressant que ça ?
– J’ai des trucs à faire. Prenez ma mise que je puisse rentrer chez moi. »

Rayth tira la langue à Skaris.

« Tu seras gentilhomme et t’iras raccompagner ta copine, alors ?
– C’est que trente souverains d’or.
– Dommage. »

Le croupier abattit la 4e carte.
Et d’un coup, Lhunara se retrouva avec une paire supérieure à celle de Rayth — un simple chiffre dédoublé lui permettait de vaincre.

Silence, si ce n’est le croupier qui, sans émotion aucune, annonçait le résultat :

« Paire de dix, trèfle et pique — gain pour maîtresse Lhunara Lucari.
Maître Skaris Fellheart, je suis au regret de vous informer que vous avez fait faillite. Le jeu s’arrête ici pour vous. »


Skaris demeurait figé tel une statue. Il se mit à visiblement pencher, et c’était presque comme s’il allait s'effondrer de son tabouret.
Mais soudainement, son visage s’illumina de joie. Il pouffa d’un rire fluet, et claqua deux fois la table avec la paume de sa main :

« Quel farceur ce Loec !
– Hé bien, c’était… Inattendu…
– Si tu gagnes c’est toi qui me payeras le dîner, hein ma harpie ? »

Lhunara lui fit un petit sourire gentil, et bomba ses lèvres comme pour lui faire un bisou.
Rayth, par contre, était devenue blanche. Blanche comme un linge. Alors que le croupier lui retirait une grosse partie de ses gains pour les rabattre contre sa voisine de table, elle eut un petit hoquet, comme si elle s’apprêtait à dégueuler.
Puis, elle reprit des couleurs : elle devint toute rouge.

« De la triche…
C’est…
C’est de la putain de triche… »

Lhunara fit semblant de ne pas l’entendre. Elle mit ses jetons en ordre, tandis que Skaris sautait de son tabouret, faisait le tour de la table, et s’approchait dans son dos pour lui masser les épaules avec un grand sourire. La Lucari ne semblait pas s’en formaliser, et même au contraire ; elle qui avait passé la soirée à être entièrement passive et froide, la voilà qui semblait se détendre.

Mais Rayth eut une pure expression de haine. La voilà qui fermait son poing, et qui frappa le bois de la table, assez fort pour que ça attire les regards d’autres joueurs dans la salle.

« Comment t’as pu faire un tapis avec rien, et gagner ainsi ?!
– Loec, mon amie ! Loec était avec ma Lhunara !
J’encule Loec ! C’est de la triche, merde !
– C’est le Délice qui parle, Rayth, répondit très calmement la jeune Elfe. Hé, tout va bien, tu n’as pas encore perdu, tu-
– Sale chiennasse !
Tu crois que parce qu’on est chez Malsydrior tu vas te défiler ?! Toi et moi, dehors, maintenant ! Je vais t’apprendre des putains de manière ! »
Jet de charisme d’Ahmès : 20, échec critique. Le pire score possible et imaginable. Par pur principe, je vais quand même lancer des jets de « résistance mentale », parce que si ce que tu dis est absolument inintéressant, peut-être que eux peuvent aussi rouler des 20.

Lhunara, Skaris et Rayth : 4, 12, 8 → Skaris te trouve un peu riremarrant. Les deux autres femmes en ont strictement rien à foutre de tes racontars.

C’est à peu près à la fin de ton récit que les symptômes du Délice font effet. Grâce à ton magnifique 19, tu es victime d’un des pires effets possibles.

Symptômes : Hallucinations légères, hyper-sensibilité.
Le « good » : Tu gagnes un +2 en Perception
Le « bad » : Tu gagnes un -2 en INT et à tout jet demandant un effort physique (ATT, TIR, PAR, etc.)
Image

Avatar du membre
Ahmès
PJ
Messages : 45

Re: [Ahmès] La Porte des Esclaves

Message par Ahmès »

Image
LA PORTE DES ESCLAVES


Son discours, qu’il avait tenté d’agrafer à la tension du jeu pour lui donner plus de générosité, fut assassiné par un silence guindé. Il n’en resta que du néant, un néant dans lequel il s’enfonçait de plus en plus. Rayth balaya toute cette invention en quelques mots et fit table rase de la légende. Elle écrasa sa logorrhée comme si elle voulait s’essuyer les bottes avec. Tout ce qui lui importait était de savoir qui allait rafler la mise, et si oui ou non le poisson ferré par Malsydrior en valait la peine. Elle admonesta les joueurs d’un regard dédaigneux. Ahmès se sentît mal à l’aise, mauvais discoureur, piètre interprète. Un sentiment de nullité gonfla en lui.
Tout ce parcours, tous ces efforts, tous ces enseignements… pour être aussi mauvais ? Il eut envie de chialer toutes les larmes de son corps. Mais ce n’était pas le moment.
Il était mauvais. Dans tous les sens du terme. Mais il arrivait que les plus mauvais l’emportent.

Il se tût, ravala sa salive et plongea son regard sur la table, désemparé. Sur sa nuque roula une perle de sel, en l’attente du dénouement de ce tour. Déjà le Délice lui donnait des vertiges. Le croupier retourna la carte.

Un trèfle. Il avait bien fait d’y croire. La carte de l’espoir qu’il avait attendu était là, juste sous ses yeux. Et c’était la dernière. Une magnifique Dame et ses trois branches rondes et noires.
Le duel commença. Il ne restait plus que lui et le Fellheart.
Skaris fit l’entame avec trois souverains d’or. Le sicaire relança de deux pour deux modiques arguments. Le premier était que plus tôt, Rayth l’avait fait taire en pariant plus gros que lui. Elle avait raflé la mise sans dévoiler son jeu et s’il pouvait en faire autant, cela l’arrangeait. Le deuxième était qu’il faisait monter la mise en provoquant Skaris. Il le poussait à faire un petit pas de plus. A prendre un risque encore plus grand.
Lui-même en prenait, des risques. Les souverains d’or, dans sa réserve personnelle, avaient fondu comme neige au soleil. Et si Skaris avait un vrai jeu ? Quelque chose de supérieur à la couleur ?
Skaris ne suivit pas. Non. Il relança d’un autre souverain d’or, répondant à la provocation par la provocation. Il avait quelque chose. Il n’aurait jamais été aussi loin autrement.
Ahmès n’était pas coutumier de ce jeu ; tout juste avait-il appris, une fois, avec son maître. Mais il savait qu’une couleur valait beaucoup. Beaucoup. Beaucoup trop pour se coucher.
Il suivit. Au total, vingt-sept souverains d’or dormaient dans le tas. La tension était comble.

Skaris révéla son jeu : un brelan de Rois. Une formidable collection de trois têtes couronnées.
Mais le brelan était inférieur de deux crans à la couleur. Le trèfle l’emporta.

Et puis ses yeux s’humectèrent de perles salées, sans qu’elles n’émergent en larmes. Son ventre ronfla et ses démangeaisons l’assaillirent alors que son front continuait de perler. Plus loin, une main s’abattit sur la table. Il riva ses yeux dessus, surpris par le bruit ; surpris, surtout, par sa précision.

Il eut besoin de sentir le dossier de sa chaise et se renversa en arrière, tendit ses jambes et inspira un grand bol d’air. En vain. L’air était lourd dans la pièce, et s’il n’avait eu de dossier, peut-être aurait-il basculé vers l’arrière involontairement. Il faisait tout juste assez chaud pour que cela l’entraîne vers une certaine torpeur sans le faire basculer dans la faiblesse. En bougeant ses doigts, il sentit une sorte d’engourdissement léger. Ses nerfs papillonnaient sous sa peau. Bizarrement, il se sentait assez bien malgré que l’atmosphère fusse un tantinet suffocante : trop de monde, trop de murs.

Et Skaris qui continuait de lui accrocher le bras.

Nouveau tour, nouvelles cartes. Il était la grosse blinde. Être grosse blinde signifiait qu’il était le premier à parler, et qu’il était dans l’obligation de sacrifier ses deux premiers souverains d’or, quoiqu’il en pense ou veuille. Chaque tour devait susciter un gain minimum et celui qui était grosse blinde assurait ce gain. Il misa, joua. Les mises l’emportèrent jusqu’à une confrontation directe face à Rayth. Il triompha, avec une paire de dames contre une paire de valet. Une victoire très serrée. Il eut un malin plaisir à subtiliser le tas de souverains d’or au nez et à la barbe de l’Uroxis. Il ne cacha pas sa satisfaction. Le Délice faisait effet et ôtait une partie des filtres qui marbraient habituellement son faciès. Il ramassa dix-huit souverains d’or.

Le tour suivant fut celui du rebondissement. Le tapis de Lhunara. L’incroyable tapis de Lhunara.
Les deux dernières cartes étaient encore absentes. C’était un pari fou, un risque inconsidéré. Le genre de risques qu’on n’attribuait généralement qu’à Lokhir Fellheart, quand il se lançait à travers vents et marées contre des dangers insondables. Ahmès n’était pas fou au point de se risquer dans cette aventure. Il se coucha.
Mais le deux autres, aussi fous qu’elles, suivirent. A ce niveau, puisque la mise était fixée, chacun était forcé de montrer son jeu. Skaris et Lhunara n’avaient rien. Skaris devait être encore plus fou que Lhunara, à la réflexion : il avait misé ses derniers souverains d’or. Lui comme Lhunara, si l’un ou l’autre perdait, alors le jeu s’arrêtait.
Le pire, c’est qu’ils n’avaient rien. Seule Rayth, qui les toisait avec une paire de six, avait eu des raisons logiques de s’engager.

Les deux nouvelles cartes se révélèrent, et contre toute attente, Lhunara s’octroya une paire supérieure à celle de Rayth. Elle rafla la mise : trente-cinq souverains d’or.
Lhunara se refit une beauté avec trente-cinq souverains d’or. Ahmès pouvait encore la courtiser avec quarante-et-un.
Rayth était réduite à la mendicité, avec ses trois dernières pièces. Elle avait perdu toute sa fortune sur ces deux derniers tours. La superbe avec laquelle elle avait mené la barque sur le début de partie avait disparu. Tout s’effondrait.

Skaris, ébahi, observa ce qui se déroulait sous ses yeux. Il était fini. Tout son argent s’était envolé sur un tour surnaturel ; ou plutôt, il avait tout sacrifié pour l’amour du risque. Mais il ria bien vite, conscient que ces pertes seraient bientôt de l’histoire ancienne. Après tout, son frère était arrivé avec toute une cargaison d’alcool, de bêtes et d’esclaves, le tout venu de la belle Bretonnie. Il pouvait bien se permettre quelques créances.
Rayth, quant à elle, mit un certain temps avant de troquer le masque blafard de la stupeur pour celui d’une fureur carmine : les vapeurs du Délice quittèrent les tendresses de l’indolence et s’embrasèrent comme si tout à coup l’alcool avait servi de comburant. Elle entra dans une rage folle et outrageuse.

La noblesse montra son vrai visage : celui d’une gamine capricieuse qui inondait d’injures la chance de Lhunara. Elle déversa tout son fiel sans la moindre retenue dans un dégueulis de parjures qu’elle osa même devant le masque de Loec à son encontre, devant son œil cyclopéen, devant d’autres druchiis, en plein cœur du repère de Malsydrior. Grave erreur. Ahmès avait rarement vu d’autres elfes blasphémer un de leurs suzerains panthéoniques. Il s’était toujours considéré comme un obligé de ces derniers. Mais aviser que Rayth se permettait ces injures devant un des rejetons promis à Loec lui semblait pire que tout ce qu’il avait pu envisager.
Il observa cet œil silencieux qui scrutait leur table. Hypnotisé, son corps faillit chavirer. Il pouvait s’agir d’un masque, il n’arrivait pas à se sortir de l’esprit que le Dieu des vengeances et des farces était là, quelque part, à les observer. Il n’acceptait pas qu’on l’insulte.
Il regarda, embrumé. Rayth lui donnait encore une bonne raison de la pourfendre.

Comme il la voyait exulter, Ahmès ne se rendit pas compte qu’il divaguait. L’espace d’une seconde, il crut voir la langue de Rayth siffler comme celle d’un serpent, et sa voix, qu’il trouvait très féminine, se mua en quelque chose d’orageux, comme un grondement dans une caverne.
Tout alla au ralenti, comme si le temps s’étirait sous yeux, comme s’il était happé hors du rythme naturel des choses et qu’on cherchait à l’emporter sur d’autres récifs. Les yeux noyés dans cette intrigue, il n’eut aucune réaction quand Rayth voulut sortir afin d’obliger Lhunara à quitter la table pour aller régler ses comptes.

Il resta là, pensif, contemplatif d’un endroit qui se muait, par instant, en quelque chose d’irréel. Il pouvait entendre les autres druchiis. Il pouvait même percevoir le trajet de leurs postillons qui s’échouaient lentement aux devants de leurs lèvres remuantes. Mais il ne pouvait les comprendre. Ils parlaient un dialecte inconnu, une sorte de langage guttural et barbare.

Un éclair de lucidité le rattrapa et il réalisa que rien n’avait bougé. Il était toujours au même endroit, toujours au même moment. Rayth sermonnait Lhunara. Il tourna les yeux et rencontra le sourire de Skaris. Il était moqueur. Il s’adressait à lui mais alors qu’il articulait quelque chose, sa voix mua et encore une fois, tout se prolongea dans une langueur étrange. Les yeux rieurs du Fellheart étaient rivés sur lui. Il lui parlait, il évoquait quelque chose, mais quoi ? Ce langage était imperceptible.

Une seconde. Ce n’était rien qu’une seconde, mais elle avait été étirée en une infinité de fractions étalées sur ce qui paraissait être d’autres secondes, encore plus longues. La minute était torturée par équarrissage. Tout juste possédait-il, ça et là, des épisodes de lucidité. Heureusement, ces visions ne duraient qu’un court instant, un très court instant. Il ignora Skaris, bascula sa tête en arrière et ferma les yeux. Il inspira une grande bouffée d’oxygène, comme s’il perçait la fine pellicule de la surface alors que son corps était plongé dans un océan de torpeur. Juste une belle grande bouffée d’air. Il ne mit pas longtemps à comprendre que le Délice faisait effet et c’était peut-être pire de connaître la cause de son état. Puisse Khaine lui pardonner. Puisse Khaine lui pardonner…

Il rouvrit les yeux. Les traits de Rayth s’étaient métamorphosés. Elle ressemblait à un squelette froid qu’on se refuserait à approcher. Lhunara s’écrasait.

« De l’eau. »

Il observa le croupier.

« Je veux de l’eau, tout de suite. Maintenant. »

Ses yeux avaient changé. Il avait tenté d’être charmeur, un peu docile, attrayant.
Mais il se rendait à l’évidence que ce n’était pas lui. Non. Il était manifestement plus doué pour ouvrir un ventre que pour ouvrir le débat.
Le croupier n’eut même pas le temps de faire un mouvement. Les sens de l’assassin étaient exacerbés, tout autant que son impatience.

« Maintenant ! »

C’était le seul à qui il pouvait s’en prendre et comme Rayth se déchaînait sur Lhunara, il se déchaînait à son tour sur plus faible que lui. Or ici, seul le singe, malheureux, pouvait être objet de son ire sans que le spadassin n'en pâtisse en retour. Il attendît que le singe s’exécute en ne cachant rien de sa colère. Il se préoccupa peu de ce que les nobliaux avaient à régler. Ils pouvaient bien s’étrangler devant lui qu’il les laisserait faire.
Parfois l’indifférence est le pire des mépris.
Ahmès Rahadriel Rohomir | Voie de l'assassin elfe noir
Profil : For 8 | End 10 | Hab 10 | Cha 10 | Int 8 | Ini 10 | Att 10 | Par 10 | Tir 10 | Foi | Mag | NA 1 | PV 16/55
Fiche personnage : Lien

États Temporaires
* Exsangue : Après avoir perdu beaucoup trop de sang, tu es anémié. Tous les efforts physiques se font avec un malus de -1.

Compétences
  • Combat
    • Ambidextrie (A)
    • Acrobatie de combat (A)
    • Esquive (A)
    • Parade (A)
    • Tir à déclenchement rapide (B)
  • Perception
    • Acuité visuelle (B)
    • Lecture sur les lèvres (E)
    • Vision nocturne (E)
    • Sixième sens (B)
  • Adresse
    • Déplacement silencieux (B)
    • Mort silencieuse (B)
    • Escalade (B)
    • Camouflage (B)
    • Vol à la tire (B)
  • Physique
    • Résistance accrue (B, Spécialisation : Poison)
  • Connaissances
    • Préparation de poisons (E)
    • Piégeage (A)


Avatar du membre
[MJ] La Fée Enchanteresse
Warfo Award 2021 du meilleur MJ - Élaboration
Warfo Award 2021 du meilleur MJ - Élaboration
Messages : 953
Autres comptes : Armand de Lyrie

Re: [Ahmès] La Porte des Esclaves

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Le garçon au masque de Loec ne trembla pas lorsqu’Ahmès lui ordonna de l’eau. Il ne bougea pas d’un pouce. Fixe, quasiment vissé au sol, il faisait l’erreur d’ignorer l’assassin.
Lorsqu’il répéta son ordre en criant le délai qui lui laissait pour obtempérer, « Maintenant », l’humain tourna bien son étrange masque moqueur, et ses yeux seuls observèrent tout droit le tueur.

Il osait le défier, et l’affronter. Jamais aucun humain qu’Ahmès n’avait rencontré de toute sa vie n’avait osé le regarder de cette façon — du moins, aucun humain qui était enchaîné à Naggaroth.

Avec une voix calme, et harmonieuse, mais très ferme dans sa douceur, il l’intima de baisser d’un ton.

« Je vous ai entendu la première fois, maître Thallan.
Je partirai en quête d’un verre d’eau dans les plus brefs délais.
Une fois que ce dérangement aura cessé. »


Lhunara ne répondant pas au défi de Rayth, la grande aristocrate vit sa rage être décuplée. Les pupilles dilatées, les dents en train de claquer, tous les traits de son visage étaient torturés alors qu’elle se forçait à afficher une sorte d’immonde grimace incontrôlée.

« Je viens de mettre ton honneur en doute, Lhunara !
– Je sais. J’ai entendu, répondit d’un air grave et à voix basse la jeune femme, ses yeux se fixant sur quelque chose à l’horizon, le mur à l’autre bout de l’établissement. Peut-être par peur de provoquer son « amie » ?
– Tu es une tricheuse ! Et une salope ! Une sous-race ! Je t’offre l’occasion de prouver que tu vaux quelque chose — mais t’es trop lâche, hein ?!
Tu peux t’payer un champion, j’le bute aussi ! Tu payes un putain d’Ogre j’le bute ! Mais non seulement t’es lâche, mais t’es pauvre en plus, hein ?!
REGARDE-MOI DANS LES YEUX ! »


Lhunara refusa. Elle continua de paisiblement fixer son point dans le vide. Rayth, elle, haletait, comme une timbrée.
Et finalement…

Elle lâcha l’affaire.

Comme Ahmès, elle se retourna vers l’humain au visage de Loec, et le pointa du doigt.

« Un croupier qui sait pas tenir sa table… Une putain d’insulte… Un putain de vol…
J’exige d’être remboursée. Entièrement. Entièrement. Et aussi que Malsydrior te coupe quelque chose pour me l’offrir en dédommagement — une livre de ta chair, je la boufferai saignante. »


Et comme face au serviteur de Khaine, l’avertissement de l’héritière d’une des anciennes et puissantes maisons d’une cité comme Karond Kar ne provoqua pas même une chair de poule chez le petit singe. Toujours dans la même posture, neutre, droite, et sans aucune colère ou crainte dans sa voix, il répondit avec son ton expressif et clair.

« Malsydrior Dents-Acérées est un homme qui respecte les premiers pairs de son illustre ville. Mon maître m’a instruit que si un joueur exigeait le remboursement de sa mise, je me devais d’obéir. Et si mon martyr vous satisfait, peut-être pourrait-il y consentir, après tout. Je lui demanderai.
Mais Malsydrior est un homme qui n’aime ni les esclandres, ni les accusations. Si je devais ouvrir un coffre pour vous rendre votre or, soyez tout de même avertie que vous sereiz bannie à perpétuité de l’enceinte du Bréa. Et que vous risqueriez d'induire sa rancune, fort tenace.
Rancune qui prendrait effet dès cette heure. »


Au comptoir, un Elfe mal habillé s’avachit en gardant une main à son veston.
Près du passage des chiottes, le Nain de tout à l’heure arriva en s’étirant.
De l’autre côté de la salle de jeux, un truand aux longues oreilles bailla.

Rayth n’était pas chez elle. Mais elle avait encore trop de fierté ou de force pour se rendre.

« Ce ne sont que trente souverains. »

Et comme un perroquet, Rayth répéta, à voix basse.

« Trente souverains… C’est que trente souverains… Trente putains de souverains… J’paye des putes… Trente souverains… »

Et en titubant, elle fit un pas en arrière. Et comme un spectre vidé de toute vie, la voilà qui regagnait la sortie en murmurant.
Tout le monde la regardait. Elle leva la tête, et soudain, tous les Druchii attablés cessèrent de la dévisager et faisaient comme si elle n’était pas là.

Le calme était enfin revenu, et le singe fit un signe de tête à Thallan.

« À présent, je vais vous chercher un verre d’eau.
La mise de maîtresse Rayth Uroxis sera placée au pot de la partie suivante. »


Et il se congédia de lui-même, avec une révérence fort polie.

Silence gênant. Lhunara reprend son verre de Délice, et le descend. Skaris fait un petit rire gêné, en désignant la sortie du pouce.

« Héhé… Impressionnante cette Rayth… Enfin, c’est quand même incroyable, c’est-
– Ferme ta gueule.
– Je… ‘fin…
– T’aurais pu me défendre. Putain, elle a raison, t’es vraiment qu’une fiotte Skaris. »

Le Fellheart lâcha ses épaules et eut un pas de recul, les yeux tout écarquillés. Et le regard maintenant brillant de fureur, Lhunara montra les dents à Ahmès.

« Y a quelques jours, Malsydrior m’a dit que j’étais invitée à une table de jeu. Je ne joue jamais. Jamais. Mais je sais que quand Malsydrior invite quelqu’un, on est assez intelligent pour pas refuser. C’est que quelqu’un voulait me voir et me rencontrer.
Je suis pas complètement conne, Thallan. Skaris est un dégénéré qui jouerais avec des humains pour son fric, et Rayth buterait une table entière si elle devait perdre, comme tu viens de le voir. Je devine donc, par élimination, que c’est toi le petit con qui a demandé à Malsydrior une faveur pour nous réunir.
Je te demanderai pas c’est quoi ta relation entre toi et le chef du Cartel — pas le genre de questions qu’on pose. En revanche, là où tu vas me répondre, et tu vas faire très gaffe à ce qui sort de ton claque-merde, c’est d’où t’as appris mon nom et qu’est-ce que tu me veux. »


Et avant qu’Ahmès puisse répondre, elle fit un signe de la main pour qu’il se taise.

« Et me répète pas tes bobards soporifiques de vengeance ou de Headhunter ou toutes ces putains de conneries, je me torcherais pas avec.
Tu me dis directement, d’où tu me connais et ce que tu me veux. Maintenant. »
Image

Avatar du membre
Ahmès
PJ
Messages : 45

Re: [Ahmès] La Porte des Esclaves

Message par Ahmès »

Image
LA PORTE DES ESCLAVES


Rayth érupta comme un volcan au milieu des eaux : finalement, cette rage ne fit que quelques dégâts sous la surface et fut bien vite endigué par l’omniprésence, autour d’elle, du pouvoir ubiquiste de Malsydrior. Ahmès, s’il avait été mécontent de voir avec quelle confiance le singe lui avait répondu, avait particulièrement aimé la façon qu’avait eu ce dernier de faire taire la bouche médisante de la druchii. Pourtant, quelque chose au fond de lui, vampirisant le bonheur dont il aurait pu se repaître, interdisait toute réjouissance : cette tournure l'arrangeait, certes, mais cette confiance des singes face à ses semblables lui donnait envie de les broyer et de les pendre aux portes du Bréa. Si grand fusse le talent de ces singes d'obédience acquise, si nobles fussent leurs manières, si sagaces fussent leurs discours ; si interdite demeurait la folie de se révolter contre la race supérieure. En d'autres circonstances, l'assassin aurait pu bondir, trancher cette gorge imberbe et inonder d'un liquide carmin le masque de Loec. Hélas, il ne fut pas assez stupide pour imaginer que Rayth ne l'aurait pas fait avant lui et si même une dynaste retenait sa fougue dans l'épave qu'était cette cachette, fort était à parier qu'un étranger devait se retenir de sombrer dans la démence ; au risque de remplir le chaudron de sang.
Il pinça ses lèvres en se retenant de basculer, le Délice faisant encore effet. Plusieurs doutes tapissaient le fond de son esprit. Principalement, il songea que punir toute une cité exigerait une bien longue débâcle pour laquelle il n'avait pas encore les armes.
Glisser sa dague sous la gorge de ce fameux Prince du Dessous ne suffirait pas. La tête de l'Hydre tombée, une autre repousserait.

C’était trente souverains de perdus pour l’Uroxis. La conclusion de l'incident se résumait à cela. Une misérable perte, assortie d'une disgrâce qui s'engluerait sur son nom pendant quelques temps, probablement. Mais sur le cimetière de sa défaite naitrait quelque chose. L'honneur enterré serait fertile, enfanterait le désir coupable d'une vengeance.
Et la vengeance est une chose qui plait toujours à ceux qui veulent se remplir les poches.

Le calme retombé, l'atmosphère se délia. Le silence s'évapora à la faveur d'un nouveau brouhaha. Ce fut alors au tour de Lhunara Lucari d’entrer en scène. Comme si elle reprenait vie après avoir été étouffée pendant trop longtemps, elle ourdît de mettre au clair les nuances cachées de ce traquenard. Le sicaire, suspendu à sa tirade et dans la ligne de mire de la sombretrait, fut alors l'objet d'une colère froide. Le genre de colère qu'on redoute parce qu'elle n'embrume pas l'esprit de celui qui la déchaîne : une colère très précise qui détricote point par point toutes les mailles du problème et qui déshabille et désarme celui qui est l'objet de la fureur. Le genre de colère, précisément, qui ne sombre pas dans la confusion et n'aveugle pas son hôte. Le genre de colère qui permet de frapper juste et d'asséner un coup fatal, sans qu'on puisse s'en prémunir. Skaris n’osa rien, impressionné par un tel retournement. Si Lhunara faisait la timorée devant Rayth, c'était un autre genre de diable lorsqu'elle pouvait libérer ses propres pulsions.

Ahmès jubila.

« Quel spectacle ! »

Elle s’était éveillée. Elle montrait enfin son vrai visage. Les feux qui dansaient dans ses yeux lui réchauffèrent le coeur. Cette force de caractère était plaisante, redoutable, infiniment plus belle que cette réserve dont elle avait fait preuve jusque-là. Les assassins n'aiment pas les prudents. Ils se délectent de la haine, du ressentiment, de la folie inconsciente, de la rage intérieure, du feu qui brûle, de la tempête qui déchire tout autour d'elle. Bouleversa, il la contempla comme un rare diadème, comme s'il avait trouvé la perle enfouie sous la carapace.
Elle surgissait enfin du néant, la favorite du Drachau, la terrible sombretrait, la fine fleur des Lucari. Ce qui la retenait avec la présence de l’Uroxis s’était envolé et, libérée de ses chaînes, enfin, elle rugissait comme un minotaure.

Sous son sternum papillonna une pulsion singulière, une envie de meurtre légitime, de droit méritée par l'arbalétrière. Un ricanement secoua la gorge du spadassin comme il jubilait de l'intérieur mais se tût très vite, devant la fureur de son interlocutrice.

D’instinct, il se recula au fond de son siège. La prudence envolée s'accompagnait d'une fureur qui pouvait vite se transformer en tragique règlement de compte. Cette façon qu'avait sa proie de le tenir dans sa ligne de mire le soumît à une certaine forme d’inquiétude. Il laissa glisser cette émotion sur son visage, rendant ses traits perméables à la peur.

La peur est le lot de tous, même des plus braves. Et si le Délice sait la diminuer, il ne la détruit pas pour autant.
Ce qui différencie les assassins des autres néanmoins, c'est le plaisir coupable que prennent ces tueurs en devenant le maître de cette angoisse mortelle. Occire sous la frayeur d'être soi-même occis est une chose fantastique. Offrir la mort n'est-il pas aussi amusant que la fuir ?

Il déglutît, prit un timbre monocorde et se figea. Ses deux mains planèrent jusqu’à se poser délicatement sur la table de jeu.

Il misa deux souverains d’or.

« Vous avez vu clair dans mon jeu. C’est moi qui ai demandé à vous réunir, tous les deux. Je vous suggère, si vous y consentez, que nous continuions cette partie tandis que je vous explique ce pour quoi je vous ai mandé à cette table. Nous devons finir la partie, pour ne pas éveiller les soupçons. »

Il jeta un œil autour de lui. Le croupier n’était pas encore revenu. Ses orbes pivotèrent alors en direction de Skaris.

« Je suis arrivé ici grâce à la Tour de l’Effroi Béni. L’Arche de ton frère, oui. Nous avons mis à sac les côtes de la Bretonnie. Lokhir est impressionnant. Je n’ai jamais vu pareil bretteur que le Kraken. Moi, en revanche… disons que je compte plus sur la qualité de mes sens que sur l'endurance de mes muscles. »

Comme le croupier revenait, il se pencha en avant.

« Je suis un espion. Ma spécialité consiste à écouter aux portes et si vous voulez votre réponse, ma chère Lhunara, voilà comment j’ai entendu parler de Lhunara Lucari et de Skaris Fellheart. Je ne peux pas vous en dire plus. Trop d’oreilles trainent ici. Un grave danger plane sur vous deux. Je peux vous aider, moyennant… »

Ils se douteraient ce que cela voulait dire. Le croupier arrivait. Il se redressa et s’exclama bien fort, comme s'il veillait à ce que ce dernier ne soit pas au fait de ces informations. Il les invita à comprendre qu'il s'agissait peut-être d'un ennemi.
Il révéla ainsi à sa cible qu'elle était en danger ; tout en buvant à la même table qu'elle. L'assassin, et sa victime, réunis à la même table, respirant le même air vicié, échangeant quelques mots, pariant les mêmes sommes, jouant les mêmes cartes : l'ode à la tragédie avait commencé depuis quelques temps désormais, et ne se suffirait pas de chanter tant qu'une conclusion de sang ne viendrait clore cette aventure.

« … une juste rétribution. Tout s'achète ici. Même moi. »
Ahmès Rahadriel Rohomir | Voie de l'assassin elfe noir
Profil : For 8 | End 10 | Hab 10 | Cha 10 | Int 8 | Ini 10 | Att 10 | Par 10 | Tir 10 | Foi | Mag | NA 1 | PV 16/55
Fiche personnage : Lien

États Temporaires
* Exsangue : Après avoir perdu beaucoup trop de sang, tu es anémié. Tous les efforts physiques se font avec un malus de -1.

Compétences
  • Combat
    • Ambidextrie (A)
    • Acrobatie de combat (A)
    • Esquive (A)
    • Parade (A)
    • Tir à déclenchement rapide (B)
  • Perception
    • Acuité visuelle (B)
    • Lecture sur les lèvres (E)
    • Vision nocturne (E)
    • Sixième sens (B)
  • Adresse
    • Déplacement silencieux (B)
    • Mort silencieuse (B)
    • Escalade (B)
    • Camouflage (B)
    • Vol à la tire (B)
  • Physique
    • Résistance accrue (B, Spécialisation : Poison)
  • Connaissances
    • Préparation de poisons (E)
    • Piégeage (A)


Avatar du membre
[MJ] La Fée Enchanteresse
Warfo Award 2021 du meilleur MJ - Élaboration
Warfo Award 2021 du meilleur MJ - Élaboration
Messages : 953
Autres comptes : Armand de Lyrie

Re: [Ahmès] La Porte des Esclaves

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Le retour de l’humain croupier empêcha Lhunara de répondre. Mais la petite noble avait bien écouté tout ce que Ahmès avait pu lui dire, sans l’interrompre, sans résister, ou sans poser de questions.
Skaris, en apprenant l’origine du corsaire, prit bien une inspiration ; mais il suffit que sa petite amie lève la main, et le voilà qui avait scellé ses lèvres quasi-immédiatement, sans oser piailler. Peut-être était-ce à cause de la drogue, mais il était comme retourné dans l’enfance, tout debout qu’il était, à lentement se balancer de gauche à droite tel un chiard qui avait envie de pisser.

Dans tous les cas, que sa cible soit sidérée, colérique, apeurée, ou circonspecte, l’assassin eut du mal à le deviner. Si dans un premier temps, il distinguait bien quelques traits sur son visage, mais elle se contenta vite de soupirer, et de reprendre un verre de son Délice afin de maîtriser ses nerfs, quand bien même elle avait dit, au début de la partie, qu’elle ne souhaitait pas vraiment en boire…

« Maître Thallan, maîtresse Lhunara, nous pouvons reprendre la partie à deux. »

Lhunara tiqua des lèvres. Elle tapota sur la table. Sa voix se calma. Elle se fit soudain plus courtoise.

« La soirée entre amis est ruinée, et vous devez comprendre à présent que je ne suis pas la meilleure joueuse que vous trouverez si c’est ce qui vous amuse.
Vous êtes en train de me mener, Thallan, aussi, vous n’avez aucune raison logique d’accepter ce que je vais vous demander, et aucune obligation non plus, mais je vous demande quand même…
Voudriez-vous bien que nous jouions à la mort subite ? »


Le croupier regarda Thallan. Il n’osa rien dire. Peut-être qu’un humain qui donnait un conseil à un Druchii serait trop facilement égorgé la seconde qui suit… Le joli garçon au masque de Loec se permettait beaucoup de choses, mais même lui avait ses limites.

« On dévoile nos cartes, maintenant. Gagnant prend tout, perdant repart sans rien. »

Le serviteur de Khaine décida d’accepter ce jeu improbable. Le croupier, toujours aussi flegmatique et calme, accepta sans broncher.
Il attrapa les cartes, les mélangea, et il distribua les mains, cette fois-ci face retournée, afin que tout le monde puisse observer la partie.

Lhunara n’avait rien — un deux et un six qui n’étaient pas assortis. Ahmès avait à peine mieux, mais lui pouvait compter sur un Roi. Cette fois-ci, le monarque qui était dessiné sur la carte d’un air moqueur, c’était Caledor le Second… En train de porter sa tête décapitée entre ses mains.

On dévoila les trois premières cartes. Il n’y avait rien. Et la quatrième, était un simple deux. Les yeux de Skaris s’écarquillèrent, tandis que Lhunara soupira de contentement en fermant les yeux — comme quoi, la partie qu’elle ignorait ne la laissait pas si différente que ça.

« Paire de deux. Maîtresse Lhunara, félicitation pour votre victoire et vos gains. Maître Thallan, je me désole du manque de ferveur que Loec a démontré à votre égard — mais dans tout jeu, il y a des perdants et des gagnants. »

Avec son joli ton fort flegmatique, on pourrait presque déceler une pique envers l’aristocrate qui, rendue folle, avait quitté précipitamment la partie.
Il était assez malin pour attendre qu’elle ait quitté l’établissement pour se permettre de tels écarts.

« Maîtresse Lhunara, mon maître Malsydrior va vouloir vous rencontrer et vous remettre vos gains en personne — puis vous faire sortir par une issue plus… Discrète.
– Oui, je sais comment est Malsydrior. J’aimerais bien que ce soit le plus bref possible. »

Le croupier fit un discret signe de main vers le Nain de devant. Ce brave barbu attrapa une sorte de petite malle posée sur une armoire, et se dirigea tout droit vers la table. Il grimpa sur un petit escabeau, l’ouvrit, et commença à récupérer toutes les pièces d’or qui se baladaient un peu partout.
Alors que Lhunara se levait, Skaris tendait sa main pour la lui prendre et la suivre ; le Nain, qui avait pourtant les yeux rivés sur le magot, parvint sans interrompre son rangement à lever sa grosse poigne, et stopper le petit frère de Lokhir dans son mouvement net en lui écrasant le poignet. Lhunara tiqua des lèvres.

« Il est avec moi.
– Maître Skarris est un enfant de grande famille. Nous préférons assurer votre sécurité en-
– Je vais répéter la phrase très élégamment, le Singe, et tout va atteindre ton petit cerveau. Il est… avec moi. »

Le croupier fit un long signe du front, et le Nain lâcha Skaris net. Dame Lhunara siffla alors à l’intention d’Ahmès.

« Le bar ici a une bonne sélection. Prends-toi un verre, n’importe lequel, c’est sur mon ardoise. Mais te défonce pas non plus.
Dans vingt minutes précises, pas une avant, tu sors dehors et tu prends la première ruelle à droite. Tu vas tout droit. Y a ma voiture.
On va discuter ensemble en privé. »


Et voilà que les deux amoureux s’éloignaient tout rapidement, tandis que l’élégant croupier se plaça au service d’Ahmès ; s’il voulait boire, quelque chose de chaud ou frais, se rafraîchir avec une serviette, discuter ou obtenir ce qu’il souhaitait, le croupier se montra fort accorte et serviable.
Quand le Nain eut terminé de remplir la malle, il la ferma, l’attacha à son poignet avec une menotte, et le voilà qui disparaissait par une sortie différente de celle des deux parieurs.




Vingt minutes plus tard, Ahmès quittait le Bréa. Il n’avait pas pressenti de raisons de se méfier de Lhunara, et de chercher à partir plus tôt ou obtenir une escorte, ou quoi que ce soit d’autre qu’il aurait pu imaginer pour couvrir ses arrières. Sans Masthel qui était parti ailleurs pour obéir à ses ordres, c’est absolument seul qu’il monta des escaliers pour remettre le nez dehors.
Il pleuvait. Une fine averse qui le força à fermer les boutons de son long imperméable pour couvrir ses vêtements nobles. Fort heureusement, on lui avait tout rendu — il possédait à nouveau ses armes et ses lames, même s’il avait laissé sur la table la plus grosse partie de l’avance offerte par Trathil Fellheart-Alethi…

Il y avait du monde autour du Bréa. Des corsaires qui allaient-et-venaient, pas mal de Druchiis rejettés à l’entrée par les videurs. Mais il lui suffit de franchir une ruelle, et il quittait vite cette foule bruyante et ces paires d’yeux nombreuses — il suivait le chemin où il avait attiré une jeune femme qu’il avait sauvagement assassinée, aussi, il ne savait que trop bien comment un homme pouvait être tranquille dans ce genre de boyau étroit et capricieux.

La ruelle déboucha sur une rue. Deux chevaux attendaient, liés à l’attelage d’une voiture. C’était là où Lhunara lui avait donné rendez-vous, il en était certain. Il s’avança tout droit, quand il entendit des bruits de pas derrière lui.

Il sentit quelque chose de pointu contre son rein droit. Deux bonhommes étaient arrivés dans son dos par surprise et l’entouraient. L’un lui attrapait le bras et le forçait dans une clé, tandis que celui à sa dextre, en train de le menacer de quelque chose (Un couteau ou le carreau d’une arbalète à main ?) lui chuchota quelque chose d’une voix nasillarde et désagréable.

« Tout doux, tout doouuux…
T’es nerveux y paraît, faudrait pas me rendre nerveux non plus. »


Il ne les avait pas du tout entendus arriver. Le Délice, pourtant, le rendait plus sensible à tout ; il sentait son cœur pulser, il ne cessait de renifler très fort, il avait quelques sueurs froides… Mais peut-être que, déconcentré par le bruit de la pluie qui dégoulinait le long des gouttières, il s’était momentanément rendu sourd au couinement de semelles de bottes humides.

On le fit avancer de trois pas. Lhunara, Skaris, et une troisième personne dépassèrent les chevaux et regardèrent Ahmès. Ce nouveau-venu était un gros Elfe, bien plus grand que l’assassin, et très musclé, comme on imaginait mal les Elfes être musclés…

« C’est lui ?
– Lui-même.
Thallan… Si c’est bien ton nom, merci d’avoir attendu et d’être venu ici avec une bonne obéissance. Tu rends les choses tellement plus faciles. »


Skaris, les mains dans les poches, se balançant toujours de droite à gauche, ouvrit son claque-merde :

« Tu veux que je discute avec Lokhir ? Il peut peut-être me-
– Je veux surtout que tu fermes ta gueule, s’il te plaît. Tu en as assez fait ce soir.
Capitaine Kandroth, amenez Thallan au palais du Drachau, enfermez-le dans les oubliettes. J’informerai le prince de cette affaire personnelle. Vous pouvez prendre mon véhicule pour l’extraire discrètement.

– Entendu, seigneuresse amirale.
– Skaris, on rentre ensemble chez moi. J’ai besoin d’un putain de bain, et que tu me baises. »

Elle se retourna net à 180°, claqua des doigts, et Skaris la suivie derrière comme un petit chien.

Kandroth fit un pas en avant. Avec ses yeux qui s’habituèrent à l’obscurité, l’assassin pouvait voir que ce gros bonhomme avait un grand, grand sourire sur le visage.

« Lâchez-le. »

L’Elfe en train de faire une clé-de-bras obéit, et les deux dans son dos firent deux pas pour s’écarter.

« T’as deux choix, mon garçon.
Ou bien tu mets les mains derrière ta tête, et tu te laisses gentiment faire… C’est le choix pas drôle.
Ou bien…
Ou bien, tu tentes quelque chose d’ultra stupide. »


Et le capitaine fit craquer ses phalanges.
Image


Le capitaine Kandroth.

Jet d’intelligence de Lhunara : Caché. Tu n’as aucune idée de ce qu’elle en pense.
Tu n’as pas de compétence empathie ou associée, donc ça va être compliqué…

Jet de « 6e sens » : 13, échec
Jet de perception (Bonus : +2 grâce au Délice) : 19, échec.

Te voilà bien dans la merde.
Image

Avatar du membre
Ahmès
PJ
Messages : 45

Re: [Ahmès] La Porte des Esclaves

Message par Ahmès »

Image
LA PORTE DES ESCLAVES


La pointe qui guettait son dos lui glaça le sang. A côté de cela, la clé de bras fut peut-être plus douloureuse mais davantage accommodante, pour la simple raison qu’il pouvait tenter de la fuir. Les carreaux, c’était autre chose.

Lhunara l’avait trahi. Après avoir empoché ses deniers, raflant une mise sacrifiée, elle n’avait pas tardé à s’éclipser en prenant Skaris à son bras. Luttant contre les effets du Délice, Ahmès n’y avait vu que du feu : benêt comme un âne, il avait laissé faire. Dédiant sa malchance à l’œil de Loec, dardant d’un mauvais air la concupiscence qui empestait dans le Bréa, le sicaire abasourdi par tout ce pamphlet d’émotions vives avait plongé dans une introspection un tantinet longuette, en quête de réponses. Il n’avait rien trouvé de particulier, sinon la sottise d’être resté oisif face au plan machiavélique qui se dressait à nul doute contre lui.

Quelques minutes plus tard, il se trouvait dans une positon fort inconvenante, peu désirable, critique. La calèche avait emporté sa cible, et son adoubement paraissait vouloir être retardé par un ennui de plus, un obstacle supplémentaire s’invitant devant lui avec la ganache du malheur.

Tous ses sens exacerbés, le spadassin lorgna sur la fuite de l’utopie qu’il s’était faite. Il fallait un certain talent pour être un assassin reconnu, capable du genre de stratagème dont il espérait s’enorgueillir. Poussin, il avait voulu voler comme un aigle. Il était cependant encore trop tôt pour espérer caresser l’horizon des étoiles avec ses plumes cendrées ; au risque de s’y brûler les ailes et de chuter des cieux, tel un ange damné. Il n’était pas prêt à embrasser les royaumes éthérés qui dépassaient la surface du globe. Il fallait encore rester terre à terre, et embrasser la vilénie de Karond Kar.

Sur ordre du Capitaine Kandroth, ses geôliers le relâchèrent. Ce ne fut ni par clémence, ni par justice de leur part. A contrario, ils obéissaient docilement peut-être par crainte aux lubies sanguinaires de leur chef. Kandroth voulait se faire un druchii. Ses mains craquèrent tandis qu’il mettait ses doigts en extension. Le regard du sicaire s’attarda un instant sur ces phalanges énormes, disgracieuses, rustiques et sales. Il ne fallait pas être un érudit du Temple de Khaine pour comprendre qu’il n’avait aucune chance. Le monstre en face de lui était à l’évidence un virtuose de la castagne, un baroudeur aux os trop épais pour pouvoir les briser. Il se demanda seulement si sa dague saurait trouver une place dans un squelette si épais ; si elle n’était pas promise à rebondir contre un humérus ou un fémur, tout juste bonne à égratigner l’écorce impénétrable de ce pugiliste.

Il ne lui restait que sa langue et son agilité, intellectuelle et gymnique, pour espérer faire feu de cette débandade.

« Je préfère largement les oubliettes à la seule idée, effrontée, d’un duel contre vous, Capitaine Kandroth. Il faut savoir reconnaître la frontière qui sépare le courage de l’inconscience : admettons que je m’en sorte contre vous, il me resterait vos deux compères. Je ne puis, seul, défaire trois braves. »

Il commença à monter ses mains avant de se figer à mi-chemin, paumes en évidence. Il adressa alors un sourire intrigué à Kandroth, sans chercher à observer derrière lui : il fallait déguiser la posture sans susciter le doute. Vaguement, il apercevait le Bréa un peu plus loin. C’était une porte de sortie, mais peu fiable : Malsydrior ne voudrait certainement le prendre sous sa protection, pour la simple raison qu’ils n’avaient pas encore fait affaire.
Toutefois, s’il s’avérait que l’apprenti d’un des plus incroyables assassins de son temps soit aux abonnés absents depuis sa dernière visite dans le sanctuaire du Prince du Dessous, il ne faisait presque aucun doute que la situation tournerait à la catastrophe. Masthel savait faire parler même les plus corrompus, et Malsydrior n’avait aux yeux du sicaire pas l’ombre d’une chance face à son maître.
Alors, il suffisait peut-être de se laisser faire et d’attendre que tout dérape.

« Cependant. »

Il monta encore légèrement ses mains mais ne les passa pas derrière sa tête. Il accompagna le geste d’une mise en garde, prêt à passer à la menace. Pas celle de passer à l’acte, évidemment. Il avait bel et bien fait comprendre qu’il se refusait à tout débat physique. Mais celle, sans doute, du mauvais augure. Le genre de menace qui s’embusque sous l’hypothèse.

« Je dois vous apprendre que je suis déçu de la tournure que prennent les évènements. Le rôle d’un espion consiste à informer son client des dangers qui planent sur son destin, contre rétribution proportionnelle à la valeur de l’information qu’il propose. Je conçois l’ire de la Lucari, et pourtant je ne peux cautionner l’affront que vous me réservez. Ainsi puis-je vous avertir que ma langue de dira rien si je suis traité comme un otage. Strictement rien. Vous aurez beau me torturer, me tordre le bras, me saigner, pas une seule bribe de réponse de ce que j’ai à vous révéler ne viendra de ma bouche. Votre maîtresse se condamne, Capitaine. Vous savez que je dis la vérité, puisque vous êtes assez proche des druchiis au pouvoir pour savoir qu’ils suscitent la convoitise d’autres envieux prêts à devenir des meurtriers pour leur voler cette prestigieuse position. Vous savez aussi que si j’ai invité la Lucari au Bréa, c’était pour être sous la protection de quelqu’un ; oseriez-vous penser que je n’ai pas pris mes dispositions en cas de trahison ? Sans nouvelle de ma part, mes alliés risquent malheureusement de devenir vos… ennemis. »

Il porta enfin ses mains derrière son cou.

« Alors, Capitaine, deviendrez-vous le geôlier qui enfermera tout espoir pour la Lucari de rester vivante ? Allez-vous enfermer le secret qui rôde dans ma bouche et condamner la malheureuse ? Oserez-vous, docilement, obéir à cette colère aveugle qui a embrasé le cœur de Lhunara ou aviserez-vous, par sagesse, de prendre en considération que vous deviendrez peut-être le héros qui a sauvé la vie de cette dernière parce que vous avez eu la sagacité de comprendre que je n’aurais jamais cherché à rencontrer Lhunara si je n’étais pas de votre côté ? Raisonnez la Lucari, proposez une offre et je parlerais. J’en profiterais pour louanger votre intelligence. »

Les mains sur la nuque, Ahmès était prêt. Il lui suffisait d’agripper son col pour ôter son haut de forme et s’en servir de voile ; voile dont il comptait bien se servir pour désorienter le tireur situé derrière lui, en couvrant sa tête. Il lui suffisait alors de courir et d’escalader, de profiter de son agilité en milieu urbain pour mettre de la distance entre ces monstres et lui.
Sauf si, d’aventures, il parvenait peut-être une fois à convaincre par le Verbe.
Ahmès Rahadriel Rohomir | Voie de l'assassin elfe noir
Profil : For 8 | End 10 | Hab 10 | Cha 10 | Int 8 | Ini 10 | Att 10 | Par 10 | Tir 10 | Foi | Mag | NA 1 | PV 16/55
Fiche personnage : Lien

États Temporaires
* Exsangue : Après avoir perdu beaucoup trop de sang, tu es anémié. Tous les efforts physiques se font avec un malus de -1.

Compétences
  • Combat
    • Ambidextrie (A)
    • Acrobatie de combat (A)
    • Esquive (A)
    • Parade (A)
    • Tir à déclenchement rapide (B)
  • Perception
    • Acuité visuelle (B)
    • Lecture sur les lèvres (E)
    • Vision nocturne (E)
    • Sixième sens (B)
  • Adresse
    • Déplacement silencieux (B)
    • Mort silencieuse (B)
    • Escalade (B)
    • Camouflage (B)
    • Vol à la tire (B)
  • Physique
    • Résistance accrue (B, Spécialisation : Poison)
  • Connaissances
    • Préparation de poisons (E)
    • Piégeage (A)


Avatar du membre
[MJ] La Fée Enchanteresse
Warfo Award 2021 du meilleur MJ - Élaboration
Warfo Award 2021 du meilleur MJ - Élaboration
Messages : 953
Autres comptes : Armand de Lyrie

Re: [Ahmès] La Porte des Esclaves

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Le problème, lorsqu’on décide de parler, c’est que c’est toujours plus simple quand l’auditoire est réceptif. Et visiblement, le gros Elfe balourd aux bras énormes qui se tenait devant lui avec son sourire dérangé, n’était pas le genre de personne qui se préparait à tailler le bout de gras sous la pluie, dans cette ruelle.

Ahmès prépara en secret son prochain coup. Mais il lui aurait mieux fallu agir tout de suite, car il commit une grossière erreur.

« Vous aurez beau me torturer, me tordre le bras, me saigner, pas une seule bribe de réponse de ce que j’ai à vous révéler ne viendra de ma bouche. »

Il venait de menacer Kandroth avec du bon temps.

Le serviteur de Khaine n’eut pas le temps de prononcer sa deuxième phrase. Il vit que le capitaine ferma son poing, et, très vivement, lui enfonça tout droit son bras en pleine direction de son abdomen.
La violence absolument terrible du coup sidéra Ahmès sur place — il pouvait sentir la douleur se réverbérer à travers l’entièreté de ses organes, jusqu’à endolorir même son cœur. Tout figé qu’il était, il n’eut aucun moyen de se défendre face au prochain assaut du capitaine ; Kandroth le tira contre lui, et commença à lui attendrir les reins de la même manière qu’on attendrit une cuisse de poulet. Il malaxa le flanc de son dos par une pluie de coups enchaînés les uns sur les autres, si bien qu’Ahmès ne put même pas crier. Ses mandibules crispées n’auraient pu être ouvertes que par un cric.

Pour achever son adversaire, Kandroth tenta de lui donner un gros coup de pied dans la rotule. Par pur instinct, Ahmès put faire un pas en arrière ; il tomba sur l’un des deux Elfes dans son dos, qui le repoussa en avant en le faisant trébucher.

Kandroth s’étira comme un chat en grognant.

« Pas très costaud, mon garçon !
Alleeeeez, un peu de nerf ! »
Jet de charisme d’Ahmès (Malus : -4) : 18, échec à plate couture, no souci.

Attaque d’opportunité de Kandroth : 2
Esquive d’Ahmès (+1 Acrobatie de combat) : 20, échec critique.
Offre de nouvelle attaque d’opportunité de Kandroth : 6, confirmée

[(FORx2 : 20) + (10)] – [(END : 10)] = -20 PV, reste 35
[(FORx2 : 20) + (1)] – [(END : 10)] = -11 PV, reste 24.

Nouveau round :

Kandroth a l’initiative.

Attaque : 14, passe pas.

À Ahmès.
Image

Avatar du membre
Ahmès
PJ
Messages : 45

Re: [Ahmès] La Porte des Esclaves

Message par Ahmès »

Image
LA PORTE DES ESCLAVES


Le poing fusa à travers l’atmosphère en louvoyant l’air autour de lui, puis s’enfonça avec une sidérante violence dans l’estomac. L’onde collatérale fit vibrer tout le squelette de l’ombrageux sicaire à tel point que son corps, accablé par une furieuse douleur, se plia en deux. Ahmès bafouilla dans un dégueulis de bave et de sang qui jaillît de sa bouche tandis que les ruades se multipliaient contre son enveloppe de chair. Avec tous ses sens en alerte, il considéra la violence de ce qui faisait naufrage sur lui, d’énormes comètes dévastant ses organes et ses os, secouant même l’âme à travers la peau. Hélas, il ne fut pas assez faste pour échapper assez vite à cette herculéenne sanction. Comme un lièvre dans la patte d’un ours, il fut admonesté d’une ire imparable.

Au milieu du déluge de poings qui fondait sur lui, il reconnut un coup de botte. Cette fois les automatismes qu’il avait acquis durant son entraînement firent leur preuve. Il décala son appui et la jambe s’envola aux vents, mais sitôt qu’il reprit de la distance il fut rapatrié vers son sort par une main qui le rejeta vers la fatalité. Avec une sorte de tension de tragédie, il vit le monstre tendre ses membres, et grossir la faiblesse de l’assassin. La fuite était l’unique option possible.

« A défaut de nerfs, moi, au moins, j’ai une cervelle. »

C’était un comble, pour celui qui avait plongé vers les ennuis comme le pire des ahuris, de dire cela. La dextre du meurtrier en devenir glissa vers sa bouche et essuya le sang qui venait de perler à la commissure de ses lèvres noires ; avec un air farouche, il observa son antagoniste, trop bien bâti pour lui. Hélas, sa répartie ne valait pas plus qu’une simple distraction bonne à lui acheter un peu de temps. Ses yeux roulèrent autour de lui. Il sonda son environnement pour y percevoir une porte de sortie. En quelques coups, il avait plus ou moins su comprendre le jeu de son adversaire : brutal, offensif, sans leurre. Kandroth chargeait dans un acte frontal, plongeait sur ses coups pour appuyer leur force et abasourdir son gibier. Profitant d’une carrure à nulle autre pareille, il infligeait la rouste en comptant sur la supériorité de sa masse physique et musculaire. Ce n’était pas forcément idiot. C’était efficace, surtout.

Après analyse, le cabalistique Thallan banda ses muscles et écarta ses appuis, orientant ses épaules pour se positionner en demi-garde. Incantant les vestiges de ses forces amoindries par les précédents assauts, il tendît sa volonté sur l’autel de la peur : il fallait consentir à se battre ou mourir. Comme pour répondre à cet appel intérieur, ses bras montèrent devant lui et au bout de ceux-ci, ses mains se tendirent en griffes, imitant en cela le style de la manticore. Menton rentré entre ses deux épaules fragiles, il dévoila une posture propice à la contre-attaque, donc, basée sur l’esquive.

« Viens. »

Il était temps de fuir.
Pour expliciter ce post, Ahmès tente donc une analyse de l'environnement pour étudier le meilleur itinéraire pour fuir, puis adopte une posture propice à l'esquive. Son objectif sera donc de profiter de l'attaque adverse pour prendre la poudre d'escampette, si possible en comptant sur l'avancée de Kandroth pour passer dans son dos et "déranger" l'arbalétrier (car Kandroth sera alors entre lui et Ahmès).
Ahmès possède la compétence Esquive et Acrobatie de Combat. Il est également spécialisé dans l'Escalade Urbaine et le déplacement en milieu urbain (Déplacement silencieux urbain).
Ahmès Rahadriel Rohomir | Voie de l'assassin elfe noir
Profil : For 8 | End 10 | Hab 10 | Cha 10 | Int 8 | Ini 10 | Att 10 | Par 10 | Tir 10 | Foi | Mag | NA 1 | PV 16/55
Fiche personnage : Lien

États Temporaires
* Exsangue : Après avoir perdu beaucoup trop de sang, tu es anémié. Tous les efforts physiques se font avec un malus de -1.

Compétences
  • Combat
    • Ambidextrie (A)
    • Acrobatie de combat (A)
    • Esquive (A)
    • Parade (A)
    • Tir à déclenchement rapide (B)
  • Perception
    • Acuité visuelle (B)
    • Lecture sur les lèvres (E)
    • Vision nocturne (E)
    • Sixième sens (B)
  • Adresse
    • Déplacement silencieux (B)
    • Mort silencieuse (B)
    • Escalade (B)
    • Camouflage (B)
    • Vol à la tire (B)
  • Physique
    • Résistance accrue (B, Spécialisation : Poison)
  • Connaissances
    • Préparation de poisons (E)
    • Piégeage (A)


Répondre

Retourner vers « Naggaroth »