[Camila] Sang & Vin

La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Brionne n’était ni la ville la plus riche, ni la plus peuplée, ni la plus ancienne de Bretonnie. Mais elle avait, au moins vue de loin, une beauté digne des plus grands fantasmes des peintres ; une presque-île naturelle, qui se coupait presque entièrement du continent certaines marées hautes, c’était une ville brillante de mille feux, car sa production la plus importante était le verre qui recouvrait les fenêtres de toutes les maisons aux bâtiments à l’architecture typiquement Bretonnienne — copiée, sans trop le savoir, des Elfes qui avaient habité le continent il y a de cela des millénaires. Brionne était brillante, Brionne était blanche. On disait que c’était la ville des amoureux, et des preux chevaliers, et son grand Hall des Ménestrels attirait les meilleurs des poètes et des trouvères du pays, qui venaient se défier dans des joutes de paroles, qui finissaient souvent en vraies joutes à la lance. C’était une vision à couper le souffle, de découvrir Brionne la première fois, quand on remontait le Golfe de Bidouze contre les courants et les alizées balayant les champs méridionaux…



Brionne était la Cité des Voleurs. C’était la cité des pirates et des corsaires. C’était la capitale de l’invasion de l’Estalie. C’était de là que le Navarral Bretonnien était dirigé depuis des siècles, et les Brionnais avaient tué quantité d’Estaliens de Bilbali au cours des décennies précédentes. Encore aujourd’hui, les capitaines Bretonniens de cette ville pouvaient parfois faire fortune en lançant leurs coquilles de noix contre les navires marchands qui montaient d’Alquézaro vers Marienburg. Étrange ville pour les Garcias de choisir de débuter. Quand le charme de la cité se dissipait, et qu’on entrait dans le Marais, la grosse masse inondable et grouillante de moustiques en contrebas de la cité, plongée presque perpétuellement dans l’ombre à cause de la hauteur immense des bâtiments qui s’élevaient sur les monts de l’île, on découvrait une toute autre Brionne.

Cela faisait une semaine que le Léon de Oro, brigantine prise au royaume de Magritta par des pirates de l’Estalie du nord, s’était retrouvée à jeter l’ancre au milieu du dédale de Brionne. Les accents et les têtes de l’équipage n’attiraient que des grimaces et des poings serrés de la part des locaux, et si l’équipage était silencieusement loyal, il y avait dans les tripes un mauvais pressentiment, et derrière l’oreille, une vilaine pensée de polichinelle qui contaminait tout le monde sans que personne n’ose formuler de sa bouche son idée :
« Puta, qu’est-ce qu’Esteban veut qu’on vienne foutre ici ?! »

Il était rare que le capitaine agisse sans au moins informer l’équipage de ce qu’il prévoyait de faire, au moins dans les grandes lignes. Il y a un mois, il avait choqué tout le monde en disant qu’il comptait aller à Brionne pour vendre les prises qu’ils avaient pu faire sur des navires de Magritta — Brionne n’était pas la cité constamment rivale avec leur royaume à eux ? Les Bretonniens n’étaient-ils pas racistes des Estaliens ? Ne risquaient-ils pas tous de finir pendus au moindre prétexte ? Que nenni : ils pourraient déverser pour pas cher des denrées sur cette cité où les douaniers sont permissifs pourvus qu’on glisse quelques sous dans leurs poches, et puis, ils allaient pouvoir profiter des bordels et des tripots d’une de ces cités décadentes, avec peu de foi d’une Bretonnie qui aimait les plaisirs et les délices… Mais oui une semaine qu’ils étaient là, sur les quais, et qu’ils commençaient à écouler leurs prises et leur camelote — à vil prix et de mauvais gains, parce qu’apparemment, les marchands locaux étaient de vrais rats prêts à négocier le moindre tapis pour quelques piécettes, d’une façon fort misérable. Ils n’avaient pour l’heure pas avoir eu l’air de gagner grand-chose, et ils n’avaient qu’à peine pu faire le tour du propriétaire. Le Marais semblait chaud, et dangereux, ce qui n’était probablement pas du tout à déplaire pour Camila, mais ses deux grands frères, étonnamment protecteurs, lui avaient interdit de s’éloigner du navire. Et Esteban partait parfois des heures entières, en ville, avec d’autres de l’équipage pour « affaires ». Voulait-il rencontrer du monde ? Camila connaissait trop son frère pour ne pas se rendre compte qu’il prévoyait encore un de ses plans. L’ambition, le désir de se faire respecter… Cela faisait beaucoup trop de choses.

Il faisait beau. Trop beau. Trop chaud. C’était une journée d’été. Même avec l’ombre portée par la montagne et les bâtiments, le soleil de plomb d’un ciel sans nuages faisait chauffer l’eau. Le temps était caniculaire, et étouffant. Sur le bateau, certains des matelots étaient tombés malades. Et avec le couvre-feu de force imposé à Camila, cela promettait d’être à nouveau une journée chiante et sans saveur. Assise en tailleur dans la cale, elle jouait aux cartes avec Min, Tonton, et une jeune mousse mousse de treize piges qui s’appelait Léona. Se rinçant le gosier avec du mauvais rhum, grignotant des noix qui donnaient des coliques au ventre, les quatre suaient à grosses gouttes, alors qu’ils n’arrêtaient pas d’échanger de la camelote et des jetons à toute vitesse. Les quatre conversaient de tout et de rien en sabir, cet étrange mélange d’estalo-tiléano-bretonni compréhensible uniquement des marins. Ils parlaient du beau temps, de la canicule, et de la chiasse. Une semaine horrible, de fatigue et d’ennui, et si Esteban continuait de n’en faire qu’à sa tête, combien de temps ça allait continuer ?

C’est Léona qui craqua la première. La jeune fille n’avait pas l’habitude d’attendre sans rien faire. Pas comme Tonton, toujours calme en toutes circonstances, ou Min, qui était habituée à demeurer muette et réservée. La petite Estalienne était une semi-Irranaise, son père était un barbare des montagnes au milieu de l’Estalie, et elle en avait gardé un visage dur, étonnamment charismatique, si laid qu’elle en devenait très belle, aussi ironique que cela puisse paraître… Elle semblait admirer Camila. Ou la considérer comme une grande sœur. Ce n’était pas tout à fait réciproque : elle n’était pas sur le navire depuis assez longtemps, orpheline recrutée à quai l’année dernière à la va-vite par un Esteban se sentant trop chevaleresque pour sa profession. Mais voilà que, s’étirant comme un chat, la petite fille lança à Camila :

« Mais il fout quoi ton frère ? Il a vraiment prévu de nous laisser crever ici éternellement ?! »

Tonton jeta trois pièces devant lui, et se plaignit :

« Patience est mère de toutes les vertus. Je relance.
Tu apprendras à apprécier ces moments de flottements. Ils permettent de se ressourcer… »


Difficile de donner raison à Tonton. La moitié de l’équipage avait la diarrhée, on crevait de chaud, et on était entouré de xénophobes qui devaient maudire le bateau qui squattait les quais. Jusqu’ici, l’accueil n’était pas génial…
Mais Léona se mit debout, et sembla presque sauter sur place :

« Allons, on est à Brionne ! C’est la ville des beaux chevaliers, de la musique dans les rues, de la fête tout le temps, et on est enfermés là ?!
Vous êtes même pas un peu curieux ? Qu’est-ce qu’on risque à juste hanter le Marais ? Si quelqu’un nous cherche des noises, je suis sûr que Camila va les boxer ! »


Elle mima un combat face à la grande dame, et lui fit un clin d’œil.

« Sérieux, une petite virée, là, c’est pas mieux qu’attendre ton frangin ?!
– Ton capitaine, corrigea froidement Min avec son accent Cathayen.
– Non je parlais de l’autre », répondit Léona du tac-au-tac en tirant la langue…
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Camila Garcia
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Camila ne saurait dire ce qu’elle détestait le plus. En temps normal, ce serait sans doute l'inaction, le fait de devoir attendre, sur le bateau, depuis des jours à ne rien faire, du moins rien de productif. Boire, jouer, dormir, suer. Rien d’autre. D’autre autre côté, la chaleur étouffante qui régnait à bord, mêlée à la puanteur du marais, de la sueur et de la chiasse la répugnait au plus haut point.

Encore une fois, ses frangins s’étaient fait la malle, partant en ville avec quelques membres de l'équipage pour “affaires”, interdisant du même coup à Camila de quitter le navire. Et puis quoi encore ? Camila devait rester là, se tournant les pouces, s’emmerdant, tout ça en écoutant les pleurnichements de Léona. Pour la troisième fois aujourd’hui, le petit groupe jouait aux cartes. Bouffant des noix dégueulasses, les oreilles bercées par les bruits de chiasses explosives de leurs compagnons malades. Camila soupira, jetant une poignée de pièce sur le tas d’un geste las.

Léona s’embarqua dans un grand discours, du haut de ses treize ans. Glorifiant les aptitudes presque divines (selon elle) au combat de Camila. Cette dernière regardait sans écouter et sans voir aussi, perdue dans ses pensées. C’était comique de voir la p’tite merdeuse en admiration devant Camila, la complimentant sans relâche, l’Estalienne était souvent partagée sur sa façon d'interagir avec la gamine. Parfois elle voulait lui donner une bonne taloche derrière les oreilles, dans un but purement éducatif, évidemment. Parfois, une bonne tape dans l’dos pour l’encourager. Mais moins fort la prochaine fois se disait Camila, sa première démonstration d’affection avait envoyé valser la gamine directement sur le pont, y laissant une dent au passage.

La mousse était à bout, râlant (encore une fois), tandis que Dawg (encore une fois) tentait de la calmer à grand renfort de phrases toutes plus philosophiques les unes que les autres. Mais le microbe avait raison, Camila en avait assez. Et assez, c’est assez. La jeune femme saisit l’occasion lorsque Dawg se leva, dans le but d’aller se chercher quelques rafrâichissements. Une fois éloigné, Camila se leva à son tour.

“Léo, va chercher Mr Glasspoole puis retrouve moi sur le pont dans dix minutes. Pas un mot à Dawg.”

Camila s’éloigna d’un pas décidé vers sa cabine, Min sur les talons, tandis que Léona affiche un grand sourire,

“Je sais ce à quoi tu penses, ton frère sera pas content du tout.”

“On s’en fout d’mon frère. J’en ai marre de rester assise sur mon cul à rien faire.”

“La ville est dangereuse, c’est pas pour rien qu’Esteban a ordonné des rondes en plus …”

“Ouais ouais c’est cool. On va juste faire un tour, on sera revenu avant qu’ils reviennent. En plus on amène Glasspoole.”

Camila allait ouvrir la porte de sa cabine, mais Min lui empoigna fermement le bras, la retournant vers elle.

“Nous ?”

Camila empoigna doucement, mais avec fermeté la gorge de la petite cathayenne, se servant d’elle pour ouvrir la porte, la repoussant jusqu’au mur opposé, son visage à seulement quelques centimètres du sien. Camila affiche un grand sourire.

“Tu vas me laisser y aller seule ?”

“Tu sais bien que non.”

“Je sais” Camila ricana puis l’embrassa, avant de la relâcher et de rassembler ses affaires.



***



Une dizaine de minutes plus tard, Camila était sur le pont, Min sur les talons. Léona et Mr Glasspoole était déjà là, discutant avec l’un des membres d’équipage en faction.

“Bon, vous êtes prêt ? Faudrait y aller si on veut rentrer avec mes frangins.”

Le garde en faction lança un regard interrogateur à Camila, comprenant ce qu’elle avait l’intention de faire. Glasspoole, lui aussi semblait dubitatif.

“On va faire un tour en ville, faire quelques emplettes et acheter une glace au microbe” Elle désigna Léona.

L’homme de garde s'apprêta à dire quelque chose, mais le regard que lui lança Glasspoole lui ferma le caquet rapidement. Il s’éloigna, grommelant qu’il n’avait rien vu. Camila ricana. La loyauté de Glasspoole envers elle l’étonnait toujours. La jeune femme était rassurée d’avoir un tel protecteur pour surveiller ses arrières. En revanche, elle ne l'amenait pas pour son esprit, non, pour ça, Min était la parfaite compagne. Rusée, douée avec les mots et les flatteries, la Cathayenne rattrapait régulièrement les maladresses et lacunes de Camila lors de ses interactions sociales limitées.

“C’est quoi qu’on faire ?” demanda Mr Glasspoole dans un Estalien des plus approximatif, une langue résonnante, chantante, mélodieuse, que le colosse des Terres du Sud avait le plus grand mal à formuler.

“On va juste faire un tour, juste tous les quatre, on devrait pouvoir se mêler à la foule sans trop de problèmes. J’sais pas pour vous, mais j’irais bien goûter leurs spécialités locales, j’en ai ma claque de manger des noix pis d’boire du rhum brûlant.”

Hormis Min, qui lançait un regard moitié amusé, moitié réprobateur à Camila, les deux autres laissèrent échapper un bon cri d’approbation. La jeune femme lança un regard vers sa petite troupe. Ils ne prenaient pas grand risque se disait-elle. Elle portait comme à son habitude son sabre et son pistolet. Min avait avec elle son sabre recourbé tandis que Mr Glasspoole avait apporté ses cestes cloutés et son tromblon. Précaution probablement inutile, personne ne remarque un petit groupe de pirate se mêlant à des centaines de leurs semblables sur les quais bondés de Brionne.

“Essaie de ne pas nous attirer des ennuis d’accord” Min venait de rejoindre Camila tandis que le groupe descendait à quai. “On n’y va pas pour chercher la bagarre ou montrer qui à la plus grosse. On fait un tour, puis on rentre”

“Oui maman”

Min soupira, moitié désabusée, moitié amusée. Zoné avec Camila apportait à chaque fois son lot de surprises. Charmante et chevaleresque comme son frère, mais aussi tête dure, gonflée et bagarreuse comme son autre frère. Le pire cocktail qu’un Garcia puisse arborer.

“C’est parti !!!” Camila sauta les derniers pieds qui séparaient la passerelle de bois chancelante du quai, se réceptionnant avec assurance, dans une pose ridicule, mais se voulant impressionnante dont elle avait le secret.

Quelque chose disait à Min que cette petite expédition ne serait pas de tout repos.
Modifié en dernier par Camila Garcia le 21 août 2025, 03:52, modifié 2 fois.
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" La seule loi qui compte est ce qu'un homme PEUT faire et ce qu'un homme NE PEUT PAS faire."

Camila Garcia

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Entamedi 28 Thermidor 1534 | Angestag 28 Sommerzeit 2512.


Le quartier du Marais de Brionne était un cloaque immense. Il n’y avait pas d’autre mot plus convenable pour désigner cette construction urbaine vétuste, humide, perdu au milieu d’un étang mal asséché et pavé à la va-vite. Même à l’ombre des grands bâtiments, la chaleur d’un été caniculaire était étouffante — Camila n’avait pas marché plus de cinq minutes qu’elle était déjà, comme le reste du groupe, couverte de sueur et avec la gorge prise par la lourdeur de l’atmosphère. Les odeurs n’étaient pas mieux ; ça sentait un peu partout les déchets, le fumier en décomposition, et la poiscaille qui pourrissait trop vite. Cette dernière odeur était de loin la plus pénétrante…

…Plus que tout, Brionne était peuplée. On disait de la Bretonnie que c’était le pays le plus peuplé de tout le Vieux-Monde, une véritable nation pleine. La taille de Brionne était physiquement limitée par le fait d’être une île, et pourtant, on voyait partout des gens ; le Marais avait été transformé en véritable bidonville, remplie de bâtiments de fortunes, de constructions fragiles montées les unes sur les autres, des vieilles maisons en pierre s’effritaient, celles en bois pourrissaient sur place, on voyait des trous de fourmis dans les charpentes et de la moisissure sur les colombages. Partout autour de Camila, il n’y avait que des pêcheurs descendant de petites barques, des pontons pleins d’enfants, des gens pieds-nus ou en chemises courtes qui allaient et venaient en se bousculant, des charrettes à bras portés par des brocanteurs, et puis, des voix… Le sabir était parlé partout, la langue des marins, mélangée par tous les migrants de diverses nations qui avaient fini par atterrir ici. On criait très fort, pour proposer aux passants d’acheter du poisson, du fer blanc, des fripes, des paniers, des marrons, des oranges… La cité paraissait si dynamique, agitée à toute vitesse, et pourtant si pauvre.

Camila guidait le groupe dans un tour du propriétaire. Elle nota vite que, dans l’endroit où ses frères avaient jeté l’ancre, il y avait une place d’importance un peu plus grande — c’était la place Sainte-Barbe. Une sorte de grosse esplanade cabossée et terreuse, constituée autour d’une fontaine à l’eau stagnante, qui était surmontée d’une magnifique statue de la-dite Barbe, une âme vénérée par la religion de Shallya, une Bilbalienne tuée par des Hommes-Bêtes il y a deux mille ans de cela ; on l’appelait Barbara en Estalien. Sa statue était fort jolie, en marbre blanc peint, et au milieu de la misère du quartier, la belle Barbe souriante et les bras ouverts semblait offrir aux gens du quartier son réconfort…

Pas de glace à l’horizon. Les seuls stands de bouffe, pour l’instant, c’était des aspics, des anguilles, et des cuisses de grenouilles. Des fruits en provenance du sud semblaient déjà plus intéressants, mais les agrumes coûtaient fort cher. De quoi décevoir Léona, qui se plaignait ouvertement et se demandait s’ils ne pouvaient pas trouver une pâtisserie, pour goûter des spécialités plus typiques de la Bretonnie — hélas, le quartier du Marais semblait juste n’être qu’un gros cloître pour les étrangers, un ghetto ethnique où la bande du navire semblait tout à sa place ; rien à voir avec la beauté des flèches des cathédrales bien au-dessus de leurs têtes… La ségrégation spatiale était verticale. Plus on était en bas, plus on ne valait rien. Brionne, vue d’en bas, ressemblait malheureusement trop à Sartosa ou Bilbali…

Alors que le groupe marchait un peu en rond au milieu du labyrinthe qu’était le Marais, Camila avait pu noter qu’un bonhomme ne cessait de les observer ; un gars qui avait la trentaine, nu-pieds, un chapeau en paille sur la tête. Maigrelet et trop peu habillé pour cacher quelque chose, comme une arme, sur lui. Tandis que Camila se faisait un plan mental de l’endroit pour essayer de comprendre à quoi Brionne pouvait ressembler et offrir, voilà que le bonhomme prit son courage à deux mains, s’approcha, et, malgré l’inquiétude qui pouvait naître de Glasspole, s’adressa à eux directement :

« Ladies, sir, if I may, it would seem you are all quite lost… »

Il parlait dans un bretonni approximatif. Avec un accent estalien du nord. Un Bilbalien, le beau et grand royaume du nord de l’Estalie d’où les Garcias étaient originaires — hélas, une ancienne puissance aujourd’hui en plein appauvrissement, et subissant la pression diplomatique et militaire du géant Bretonnien voisin. Quand il comprit que Camila était une compatriote, il eut un grand sourire et se corrigea aussitôt :

« Hé, hé, hé, idiot que je suis, Ranaldo me joue des tours ; j’aurais dû savoir qu’une femme si belle que vous ne pouvait venir que du royaume de Sa Majesté Juana
Mon nom est Diaz. Vous semblez être fraîchement débarqués du bateau, sans vouloir insulter vos mises et… Vos odeurs…

– On peut pas dire que tu sentes la rose non plus, pesta Léona en tirant la langue.
– Non, c’est sûr ! Je connais bien ce quartier, pas mal de Brionne en fait — les gens qui y sont, les beaux endroits à voir, ceux à éviter… Peut-être vous voudriez profiter d’un bon bain, ou avoir un bel hôtel ?
J’offre aux nouveaux-venus en ville mes services… De guide. Pour la très modique somme de seulement un sou d’argent par heure, je peux vous amener à tous les endroits que vous pourrez chercher ! »
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Camila Garcia
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Camila croisa les bras, interrompu par le soi-disant “Diaz”. Maigre, un chapeau de paille sur les oreilles. Un va-nu-pieds de plus est. Mr Glasspoole fit un pas en avant pour probablement lui démonter la tête à lui qui les empêchait d’avancer, mais Camila le retint. Elle le regarda encore une fois de haut en bas, devant reconnaître qu’il avait un accent effectivement familier. Après un regard échangé avec Min, elle s’adressa finalement à lui, prenant un air blasé.

"M'ouais ... s'tu l'dis. Toute façon, Mr Glasspoole vas t'garder à l'oeil. ALors dis moi, y'a quoi comme place qui valent la peine d'être vues ici ? Y fait chaud et j'commence à en avoir marre de c't'odeur dégueulasse."

Camila se décida, pour le moment, à accorder au type le bénéfice du doute, de toute façon, il avait l'air d'un abruti. Il ne devait probablement pas être assez malin pour élaborer un tel plan. L’abruti affiche un large sourire avant de répondre.

"Ah pour l'odeur, malheureusement, je n'y peux pas grand chose... Sans sous-entendre qu'elle vous suit, bien sûr" Fit-il fait en souriant. "Les thermes Elfes sont toujours ouvertes au public pour deux piécettes, mais elles sont remplies de gens... Pas forcément très fréquentables. Si vous avez faim, je connais quelques tavernes sympas. Et puis, Brionne est une ville magnifique, tellement d'endroits à voir... Vous avez de la chance, vous arrivez juste avant le solstice d'été ! Il va y avoir plein de monde en ville et des réjouissances immenses pour honorer les Dieux. Brionne promet d'être grandiose. La canicule n'endort pas ici, elle remet de l'aplomb, et vous êtes sûrs de quoi trouver à boire pour pas cher à presque chaque coin de rue. Dans un autre domaine, je... Connais aussi les adresses utiles... Un barbier, un forgeron, un tailleur de vêtements, un... Prêteur-sur-gage... Tout ce qui peut vous renseigner, je saurai vous y amener."

Camila se tourna vers le petit groupe, les interrogeant du regard. Oui, évidemment, elle l'aurait deviné, à la vue de leur sourire béat à la mention de “boire” et, évidemment, l’éventualité de nourriture. "J'pense que mes compagnons ont faim, et soif. Ça va nous changer d'l'ordinaire du bord. J'en ai marre de bouffer des noix et du rhum chaud." Camila soupira. "Va pour d'la bouffe pour commencer, mais pas un resto d'bourgeois"

"Aaah, ça dépend de votre bourse, ça..." Dit-il d'un air nonchalant. "Et de ce que ces messieurs-dames aiment bien avoir dans leur panse..."

Évidemment, le lascar voulait probablement avoir un aperçu de la grosseur de leurs escarcelles. Mais Camila ne se laissa pas avoir et, comme tout gobelin, répondit à sa question par une autre question.

"Tu m'as pas dis qu'tu connaissais les bonnes places ? Quelque part ou la bouffe est correcte et nous refilera pas la chiasse"

Le groupe approuva d'un grognement, tandis que Diaz fit la moue, marquant une pause de quelques secondes. Il reprit cependant rapidement son sourire hypocrite (d’abruti).

"Certes, de grands critères dignes de gens de grand circuit... Hé bien, j'ai un endroit sympathique à vous faire découvrir alors, oui."

"Bon ... ok. Léo, files-lui une pièce"

Étonnement, la gamine paya le type sans râler sur le pourquoi elle devait débourser.

“A la bonne heure”

Il invita le groupe à le suivre, les guidant à travers les ruelles malfamées, terreuses, mais heureusement sèches. Point de boue, d’eau sale, rien. Enfin, ça puait tout de même. Il y a avait là un monde fou, pirates, marchands, clochards, enfants, touristes et, le petit groupe ne pouvant le rater tant il y en avait, des prostituées. Des courtisanes en collants, des femmes en robes échancrées un peu tailladées, certaines maquillées de blanc et d'autres avec des visages très juvéniles ; elles attendent devant des portes d'immeubles, près de lampadaires, en groupe. Plus étonnant encore, il y a ce qui semble être clairement des hommes, rasés de près, aux cheveux mi-longs, qui ont les mêmes vêtements féminins et des espèces de masque de papier ou de feutre qui représentent des chats. Tous sont reconnaissables à un signe distinctif : ils et elles ont des têtes de roses rouges attachées à leurs vêtements, qui les font détonner dans l'environnement et distinguer du reste des passants.


"Brionne est une magnifique ville, à la longue histoire ; elle est une ancienne cité Elfe, figurez-vous ! Le joyau de la côte Bretonnienne. Si vous avez la moindre question, je peux y répondre !"

“Euh … c’est quoi c’t’affaire là … c’est … Oye ! Mr Glasspoole !” Camila appela le colosse, dont l’attention semblait porter vers l’une des grandes “femmes”.“Celle-là tu f'rais mieux d'faire gaffe , leur paquet est probablement aussi gros que l'tiens"

Le groupe ricana, se moquant du pauvre Glasspoole, qui pâlit en lorgnant du côté de l’entrejambe de la personne.

Le guide va sourire, et hocher de la tête : "La bougrerie est interdite par la loi en Bretonnie. Punie de prison, voire de mort pour les offenses répétées. Mais voyez-vous, ces honnêtes miauleurs cachent leur visage et se vêtissent d'habits de femmes, alors, les juges ne peuvent pas les poursuivre... Vous allez vite découvrir que les Bretonniens sont comme ça. Ils adorent faire des lois puis trouver des moyens de les bafouer, des règles pour avoir le plaisir de les enfreindre. Quant à... l'armement de ces miauleurs... Hé bien, je ne ferai pas de commentaire, n'étant pas un client de ces gens-là, mais on me dit que certains n'ont effectivement pas à se plaindre."

"Ouais ... mais nan, j'te confirme qu'on est pas client non plus " Camila haussa les épaules. "Bon c'est où ton "endroit sympathique? "

"Patientez deux semaines à Brionne, et je pense que vous changerez d'avis... Si le colosse le souhaite, je sais où les chats font leur litière..." Fit-il fait en jetant un œil taquin à M. Glasspoole.

Le colosse ne prit pas cela à la légère, il fusilla le type du regard. Mais fut vite calmer par Min qui lui répliqua d’un ton sec qu’ils n’étaient pas ici pour foutre le bordel.

"Les filles ... ou même les gars c't'une chose mais ça nan. Oublie. Non merci" Camila frissonna, il y avait quelque chose de tordu là-dedans. Elle ne comprenait pas ce qui pouvait amener à ça et, franchement, elle s'en foutait au plus haut point. Elle ne voulait rien savoir de cela et le chassa de son esprit.

Le guide va continuer le chemin, en ricanant : "La pudibonderie va mal vous allez ici, mais vous le découvrirez assez vite... Les Brionnois ne prient les Dieux que le huitième jour de la semaine, presque par honte..." Il va indiquer du doigt une autre voirie, menant au-dessus d'un minuscule canal d'eau creusé en plein air, pour être à présent face à une jolie échoppe ouverte en train de faire cuire des tartes et des tourtes à toute vitesse, l'odeur de viande cuite alléchant les babines et faisant presque oublier les odeurs d'égout proche. Il y a un monde fou ; toutes les tables et les chaises sont prises, et les gens, des matelots, des pirates, des tisserandes, des enfants, et même quelques curés ont pris d'assaut tous les endroits où s'asseoir, et on voit même des gens manger assis sur des tonneaux, des murets, des pans de murs, ou juste bêtement debout adossés à quelque chose. Visiblement, l'endroit a un succès fou, une file se formant à l’avant de l’échoppe.

"J'vous présente le Chez André, le meilleur vendeur de plats du Marais. Ne demandez pas l'origine de la viande, c'est un... Mélange de plein de trucs, mais camouflé dans tellement d'épices que c'est bon et ça passe tout seul. Les marins qui arrivent à Brionne se ruent là."

Le quartier n’était pas du tout fréquentable, même si des familles marchaient aux alentours, l’endroit semblait mal famé. Une bande de gosses était d’ailleurs en train de se bagarrer dans un coin, sans que personne ne semble le moins du monde inquiété par l’évènement.

Camila soupira, visiblement, il n'y avait aucun endroit dans cette basse-ville qui ne soit envahi de monde. Il est vrai que l'odeur de la boustifaille chaude était tentante, et l'estomac de Camila gargouilla.

"Léona, toi et Mr Glasspoole allez faire la file et ramenez nous à manger." Alors que le duo s'éloignait pour rejoindre la queue, Camila se tourna vers Diaz. "Sinon y'a un coin où un peu s'poser proche ?"

"Il y en a, oui" Va faire le guide en réfléchissant. "L'avantage de manger ici c'est que vous pouvez aller où vous souhaitez ensuite... Mais avec cette chaleur... Qu'avez-vous envie de découvrir, mademoiselle ?"

Elle regarda Min. "Un endroit où on peut s'laver ça s'rait bien."

"On pourra donc aller aux thermes Elfes, les bains publics, il y en a un peu partout à Brionne, même dans le Marais - c'est propre même si c'est un peu vétuste, en revanche, il y a toujours un monde assez fou... À moins que vous préféreriez vous laver directement dans la mer ?"

"Va pour les trucs elfes ... Glasspoole s'occupera d'nous faire d'la place" Elle ricana.

Le guide va faire la moue. "Votre colosse va attirer l'attention, en effet... Essayez quand même d'être un peu discrets... La ville a... Quantité de gens costauds dans son genre, si je puis me permettre."

Camila haussa les épaules et se tourna vers Min. "T'en penses quoi ?"

Min va réfléchir, et minauder d'une petite voix suave : "Nous ne sommes pas le genre de personnes qui se fondent dans la masse, Camila... Mais monsieur Glasspoole sait être attachant quand il veut. J'ai bien envie de voir à quoi ressemblent les bains publics. Mais, on dit que les Bretonniens y ont des mœurs légères."

"Tu vas m'faire croire que ça te dérange ? " Camila fixa Min un sourire moqueur aux lèvres.

Elle va pencher la tête de côté, et lever les yeux au ciel. "Si ça ne vous dérange pas de faire baver la galerie, madame Garcia... J'espère juste que Glasspoole se tiendra tranquille, on ne le manque pas quand quelque chose l'intéresse."

“Va pour les bains alors. On attend qu’les deux autres arrivent avec la bouffe, on s'mange un morceau et on y va. C’est bon pour toi ?” Elle se tourna vers Diaz.
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" La seule loi qui compte est ce qu'un homme PEUT faire et ce qu'un homme NE PEUT PAS faire."

Camila Garcia

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Camila] Sang & Vin

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Le guide avait trouvé un coin parfait pour manger pénard ; il avait fallu un peu se faire les mollets à traverser un vieux coupe-gorge puant, juste au-dessus des canaux Elfiques de la ville (Et certainement pas entretenus depuis l’ère des Longues-Oreilles…), et passer devant un vieux portail rouillé, mais finalement, un beau coin de pique-nique avait été trouvé : une sorte de grande trouée dans la masse d’immeubles du Marais de Brionne, qui permettait d’avoir une vue plongeante sur l’eau azur de la rade. Le soleil vif se reflétait sur l’eau, et l’on pouvait voir des dizaines et des dizaines de bateaux de toutes les tailles s’éloigner au large, ou bien aller tenter leur chance près des bancs de poissons et les quelques baleines dont on devinait l’existence par quelques minuscules sphères ovales loin à l’horizon, à condition seulement de bien froncer des paupières pour ne pas être trop ébloui par le soleil…
À gauche, on voyait la ville. La grande et belle Brionne, et toutes ses promesses. En contre-plongée, on voyait l’immensité de son esplanade, l’immense sculpture représentant un Hippogriffe qui trônait depuis sa titanesque estrade d’albâtre, large comme la coque d’un galion. La flèche de la cathédrale Shalléenne semblait presque gratter vers les nuages, et n’était en fait dépassée que par le donjon des ducs avec ses courtines fines, crénelées de magnifiques fenêtres en verre de toutes les couleurs, et parcourue de lierre.

C’était beau. Brionne puait, était chargée de monde, caniculaire… Mais elle était belle à couper le souffle. La vue rendait sûrement les tourtes d’André meilleures encore, bien qu’après avoir passé des jours et des nuits à manger des fruits secs, il n’y avait que de quoi se régaler pour Camila — la viande, probablement pas les meilleurs morceaux d’une carcasse de bœuf, avaient été mélangés avec force d’épices conquises par la lame aux peuples colonisés par le grand royaume de Bretonnie, et donc une bonne saveur fumée et épicée allait dans le fond de la gorge. Il y avait de quoi se tacher la chemise et se rendre les doigts collants, ce qui rendrait sans doute le passage aux thermes plus salvateur encore…



La bande à Garcia dût retraverser une petite partie du Marais, avec tout ce qui se faisait en cris, en mouvements, en harangues, en tas de foule à travers laquelle couper. Une petite scène étrange se joua au passage d’une place à l’autre : Camila vit, debout sur un parapet, une prêtresse de Shallya habillée d’une longue robe jaune fort simple, capuchon sur la tête, ceinture en corde autour de la taille, en train de prêcher — accompagnée de solides aumônières grasses et costaudes, la prêtresse en habit de moniale haranguait tout à chacun contre la luxure, l’avarice, les péchés capitaux, et appelait au don, à la confession, et à la nécessité de vivre une vie pleine de tempérance… Beaucoup de Brionnois tournaient autour d’elle, en priant et en baissant la tête, et la collecte de pièces d’argent pour le culte semblait fort généreuse à en juger par la caissette en bois d’ébène qu’une des chanoinesses portait devant elle pour forcer les passants à contribuer au sauvetage de leur âme.

Changement de décor en découvrant les Thermes. De l’extérieur, on aurait dit un palais : un grand bâtiment antique, avec des colonnes en marbre et de longs escaliers blancs. La façade était lézardée, couverte de végétation, et d’anciennes statues avaient les visages et les corps à moitié effacé. Diaz, à jamais prêt pour une leçon d’histoire, ne put s’empêcher de pérorer avec son accent Bilbalois très hospitalier :

« Les thermes de Brionne ont été constituées à l’ère des Elfes, quand la cité leur appartenait, il y a de cela des millénaires, bien avant que les Bretonni n’entrent ici… Elles sont encore entretenues et très populaires. Faites attention, néanmoins — la régisseuse des thermes est sous la protection du Cartel des Poings. »

Min sembla réagir ; elle tiqua des lèvres et demanda des précisions :

« J’en ai entendu parler… C’est la guilde des voleurs locale ?
– Le Cartel des Poings est une alliance des différents gangs, bandes d’enfants sauvages, mafias et cercles de faussaires qui agissent à Brionne. Un… Moyen pour eux de mettre en commun leurs affaires et d’éviter des compétitions trop violentes et trop gênantes. Il n’y a pas un denier qui circule dans cette ville sans que le Cartel des Poings est courant. Partout où la loi n’a pas cours, c’est eux qui la font.
Le régisseur des thermes est officiellement nommé par l’évêchesse de la ville, car c’est officiellement un établissement de soins religieux et protégé par Shallya, mais le Cartel des Poings demande sa part sur les opérations. En échange, ils y maintiennent l’ordre… Il est donc déconseillé de tenter une bagarre, ou de voler dans les sacs des autres patients, si vous ne voulez pas finir marqué par le Cartel. Ils ont des… Méthodes particulièrement violentes pour se faire respecter.
Mais on pourra en parler plus tard. »


À l’entrée des thermes, on était accueilli par un grandiose hall d’entrée, très humide, mais où il sentait soudain très bon. Une jolie dame quinquagénaire à l’entrée nota l’arrivée de tout le monde, et demanda pas moins de 4 sous de cuivre à chacun du groupe — une sacrée petite somme, dore et déjà. Diaz chuchota un moment avec Glasspoole, et, pour une raison totalement inconnue, celui-ci accepta de dépenser son argent durement gagné pour le simple intérêt du freluquet. La dame de l’accueil invita les hommes et les femmes à se séparer, chacun vers une grande pièce différente pour pouvoir se changer ; quelques casiers étaient présents pour ranger ses vêtements et ses affaires, et visiblement, personne ne craignait les vols, probablement pour la raison donnée précédemment par le guide…
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Les thermes étaient un bâtiment magnifique, visiblement en bien meilleur état : des statues de grands hommes et femmes Elfes dénudés, en poses complexes, avaient été sans doute restaurées par des sculpteurs, tandis qu’on voyait au sol des mosaïques décorées. Il y avait dans tous les sens des bains, froids, chauds, ou tièdes, et des salles à part pour prendre des « bains secs » à base de vapeur.

Mais ce qui était plus étonnant, c’est comment les thermes semblaient être un vrai lieu de vie. Des servantes en peignoir passaient avec des plateaux contenant des cruches de vin épicé, des masseurs offraient leurs services, de même qu’un barbier qui était en train de couper les cheveux d’un homme particulièrement costaud et couvert de tatouages. Quelques enfants jouaient en se jetant un ballon, et quelques femmes un peu à part portaient une rose dans leurs cheveux, ce qui laissait deviner qu’elles étaient peut-être des prostituées… Un monde fou et hétéroclite causait dans tous les sens : un groupe de vieux hommes gras qui rigolaient ensemble, une jeune femme à la peau diaphane et blanche se prélassait seule à l’écart, une bande de vauriens aux gueules couturées faisaient des longueurs en nageant dans le grand bassin glacé pour visiblement s’échauffer les muscles.

La seule chose que tout ce monde avait en commun, c’est qu’ils étaient nus comme Taal et Rhya : les Bretonniens n’avaient visiblement pas beaucoup de pudeur, et même Min, qui était couverte d’une serviette, se mit surprenamment à un peu rougir…
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Camila Garcia
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Honnêtement, la bouffe était correcte. Même bonne. Il faut dire qu’après des semaines passées à bord, ajouté à cela la quarantaine forcé pendant que ses frangins allaient et venaient, n’importe quelle bouffe qui sortait de l’ordinaire en valait la peine. Camila dévora sa part de tourte à la viande, ne semblant guère prêter attention à son origine. Le petit groupe avait trouvé un endroit relativement tranquille -disons qu’il n’était pas noir de monde- d’où ils apercevaient la rade de Brionne, il y avait encore plus de navires que Camila pensait, ainsi qu’un nombre plus grand encore d’embarcations de pêche.

Camila se leva, observant sur sa gauche la ville qui se livrait sous son regard. L’esplanade, la cathédrale, plus loin les palais de la noblesse, l’architecture. C’était une belle ville, une très belle ville. Dommage qu’elle puait tant. Parlant d’odeurs, Camila jeta un oeil derrière elle pour voir si ses compagnons avaient fini de baffrer, elle souhaitait se mettre rapidement en route pour les bains, histoires de se débarrasser de la sueur, la saleté et l’odeur qui suivait leurs sillages.

Sous la guidance de Diaz, la troupe se remit en marche, pénétrant dans les dédales du marais une fois encore. Tout un chacun restait sur ses gardes, plusieurs des lascards croisés semblaient des plus suspects. Toutefois, aucuns d’entre eux ne s’aventura à chercher des noises au groupe, leur nombre ainsi que la présence immense de Mr Glasspoole suffisait à leur faire garder leurs distances.

La scène d’une prêtresse haranguant la foule, parlant de repentance, de vices, et de plein d’autres conneries du genre décrocha un sourire à Camila. “Acheter un pardon pour quelques piécettes, c’est bien une connerie de citadins”. La jeune femme ricanna, se décrochant un regard mauvais de l’une des aumonières. Une jeune femme très laide. Camila n’y prêta guère attention et continua sa route.

Changement de décor, au détour d’une ruelle, la groupe atteignit finalement les thermes. La mousse laissa échapper un “waow” devant une telle splendeur. Si l’on avait dit à Camila qu’un prince y vivait, elle l’aurait cru sans poser de questions. Vaste, faste, majestueux. Immense, de grande colonnes de marbres ornaient les murs où courait un vif lierre, serpentant entre les statues et ornements qui décoraient la façade du bâtiment.

« Les thermes de Brionne ont été constituées à l’ère des Elfes, quand la cité leur appartenait, il y a de cela des millénaires, bien avant que les Bretonni n’entrent ici… Elles sont encore entretenues et très populaires. Faites attention, néanmoins — la régisseuse des thermes est sous la protection du Cartel des Poings. »

« J’en ai entendu parler… C’est la guilde des voleurs locale ?

– Le Cartel des Poings est une alliance des différents gangs, bandes d’enfants sauvages, mafias et cercles de faussaires qui agissent à Brionne. Un… Moyen pour eux de mettre en commun leurs affaires et d’éviter des compétitions trop violentes et trop gênantes. Il n’y a pas un denier qui circule dans cette ville sans que le Cartel des Poings est courant. Partout où la loi n’a pas cours, c’est eux qui la font.
Le régisseur des thermes est officiellement nommé par l’évêchesse de la ville, car c’est officiellement un établissement de soins religieux et protégé par Shallya, mais le Cartel des Poings demande sa part sur les opérations. En échange, ils y maintiennent l’ordre… Il est donc déconseillé de tenter une bagarre, ou de voler dans les sacs des autres patients, si vous ne voulez pas finir marqué par le Cartel. Ils ont des… Méthodes particulièrement violentes pour se faire respecter. Mais on pourra en parler plus tard. »


Diaz avait donner le ton. Camila comprenait un peu plus à présent ce qui pouvait intéresser ses frères dans une ville comme celle-ci. Les malandrins qui géraient toute cette mafia devaient faire plus d’or en une heure que les Garcia en un an de pillages.

Quelques instants plus tard, les poches allégées de quelques sous, le groupe se sépara, hommes d’un côté, femmes de l’autre, pour aller se changer dans les vestiarium qui leurs furent indiqués. De nombreux serviteurs allaient et venaient, tenant propres les installations, aussi, d’un sourire charmeur, Camila obtint de l’une d’elle le nettoyage de leurs vêtements.

Camila, nue, fixa d'un regard en riant une Min mal à l’aise, tentant de préserver à la vue du monde sa nudité alors qu’elle se nouait maladroitement une serviette autour de la taille. La Cathayenne lança un regard réprobateur à Camila, ce qui ne fit que la faire rire davantage. Se nouant une serviette autour de la taille, la pirate guida les autres vers la sortie des vestiaires, allant à la rencontre des deux autres lascars.

Dès leur entrée dans les salles d’eau, Camila laissa échapper un “woaw” à son tour. L’endroit était incroyable. Un grand nombre de personnes se tenaient là, encore plus de serviteurs, des prostituées à la rose rouge, des pirates, des familles, des vieux hommes très moches -surement très riches- avec de jeunes et jolies jeunes femmes. Tous et toutes étaient nus, comme des vers. Camila le fit remarquer avec un clin d'œil coquin à Min, qui se refusa à enlever sa serviette. Bientôt, Mr Glasspoole et Diaz, qui ne manqua pas de descendre le regard sur la poitrine de Camila, avant de le détourner, probablement par “professionnalisme”.

Diaz expliqua en détail ce que chaque partie des thermes servaient, l’utilité des divers bassins, froids, chauds, à la vapeur sèche ou encore humide. Alors qu’il poursuivait son monologue, le groupe s’approcha d’un bassin d’eau tiède, d’où une douce odeur s’échappait. Ni une ni deux, Camila retira sa serviette et se jeta à l’eau. L’effet fut immédiat, l’eau vint lécher son corps, rinçant la transpiration, la crasse accumulée, rafraichissant le corps brûlant de la jeune femme. Prenant une grande inspiration, Camila se tint au fond du bassin pendant une longue minute, avant de revenir à la surface. Les autres l’avaient rejointe dans l’eau, soupirant d’aise et de satisfaction. Tous sauf Min, rougissante, assise sur le bord du bassin, toujours serrée dans sa toge de bain. Camila sortit de l’eau, se tenant debout devant Min, nue, les mains sur les hanches.

“Bon … t’as fini d’faire la gueule, allez dans la flotte .. .tu pue “ Ricana Camila

“J’veux pas … j’sui …”

SPLATCH !

Mr Glasspoole venait de saisir Min dans ses immenses bras, pour la balancer dans l’eau sous le fou rire général du groupe. La jeune femme, désormais nue et trempée se jeta sur le colosse pour tenter de le noyer ou que sais-je. La scène était hilarante, la petite cathayenne contre le géant noir. Camila ria de bon cœur avant de regarder autour d’elle. Non loin, proche d’un bassin d’eau froide, à l’écart de tous, une jeune femme aux cheveux bruns et à la peau blanche, de neige se prélassait là, seule.

Sa beauté frappa Camila, c’était la première fois qu’elle voyait une telle beauté exotique -pour elle- et, tandis que la bataille continuait entre Glasspoole et Min, encouragés par Léona, Camila s’approcha de la jeune femme blanche, d'un pas sur, une démarche un peu aguichante, avec un grand sourire confiant. Elle vint se glisser dans le bain d'eau glacé à ses côtés, lui adressant un "bonjour" charmeur

La femme leva un regard qui balaya Camila de la tête aux pieds, lui faisant un très léger signe de la main avant de porter son regard sur la mosaïque au mur adjacent.

Camila suivit son regard, le portant elle aussi sur la mosaïque qu'elle regarda quelques instants. L'eau glacée était bien plus froide qu'elle ne l'avait pensé, et bientôt, l'effet du froid se fit voir sur sa peau et ailleurs. "Ça représente quoi ces mosobique ?" Demanda t-elle d'un ton se voulant expert.

La jeune femme tiqua des lèvres et parla avec un accent Bretonni très clair et hautain. "Mosaïque. Veuillez ne point écorcher ma langue, je vous prie... ...Cette œuvre est censée représenter les étoiles et constellations telles que perçues et étudiées par les Elfes en l'Antiquité."

"Milles pardons mademoiselle, loin de moi l'idée d'insulter votre belle langue" Sa voix commençait doucement à trembler. " Vous aimez les étoiles ? "

Elle crispa la mâchoire, probablement à cause du froid. Elle regarda Camila dans les yeux, une main sur la tempe: "C'est encore pire quand vous essayez de parler proprement, Estalienne. J'aime observer les étoiles en paix."

Camila hocha la tête, souriant à la jeune femme, puis se contenta de regarder à nouveau la mosaique, assise proche de la jeune femme, sans rien dire. La petite avait du caractère, Camila aimait cela.

La belle jeune femme crispa des lèvres, l'air apparemment très agacée. Elle resta là un moment, toujours prélassée dans le bain, totalement nue et sans aucune pudeur, les bras étendus sur le rebord. Glacée jusqu'aux os, Camila ne bougea pas, c'était comme si elle était engagée dans un combat silencieux, elle ne sortirait pas la première. On pouvait à présent entendre ses dents claquer.

La jeune femme ne va pas encore rester bien longtemps dans le bain froid : elle va se lever, remonter à la surface et s’apprta alors à sortir lorsque Camila s’adressa à elle. "Ok, je m'avoue battue ... comment vous faites pour supporter d'l'eau aussi froide que ça ... c'est quoi l'plaisir l'a d'dans ?" Camila se sera la poitrine, tremblante.

La jeune femme fit la moue, et, levant fièrement le menton, répondra un peu sèchement : "Le but n'est pas que ce soit agréable, mais que cela vivifie le sang. On alterne entre les bains chauds, tièdes et froids - et quand on est motivé, on sort dans la cour faire de l'exercice. C'est quelque chose que nous avons hérité des Tiléens. Mais je ne sais pas si les Estaliens sont du genre à se laver..."

“Moi oui ! Sinon j'srais pas entré ici. J'en ai bien besoin ... Ça vous dérangerait d'me montrer ? J'sais pas vraiment ...ou j'dois aller" Camila prit un ton des plus doux, dosé, un savant mélange de confiance et d'hésitation.

La jeune femme se retourna, regardant Camila de la tête aux pieds. Puis, pouffa d'un air méchant : "Il est certain que vous en aviez bien besoin. Vous avez besoin d'un rasage et d'une exfoliation... Heureusement, les deux prestations sont accessibles ici... Je comptais passer un peu de temps dans les bains chauds pour suivre. Mais ai-je vraiment envie de vous servir de...Guide ? "

"Ah non un guide c'est bon, j'ai d'jà donné. Disons que nous sommes deux femmes prenant soin de leurs corps. J'promets d'pas vous embêter." Camila lui offrit un sourire sincère.

"Une jeune Estalienne qui veut se faire belle... Je ne donne pas de conseils de beauté, je ne suis pas ce genre de femmes, et j'aime bien la solitude. Mais enfin, si cela vous plaît de me coller, je ne vais pas vous chasser..."Continua t-elle d’un ton supérieur et apprêté, avant de continuer vers les grands bassins de bains chauds

"Qui y a t-il de mal à ça, qu'une Estalienne veuille ressembler un peu à vous ? La beauté des bretonnienne est encensée même dans mon pays" Camila la suit alors, marchant à ses côtés, la pâleur de la jeune femme contrastant avec la peau bronzée de la pirate.

La jeune femme va esquisser un bref sourire - le compliment a l'air de lui faire plaisir. "Hé bien, qu'elle lèche sans bornes... C'est apprécié, jeune fille. Quel est ton nom d'ailleurs, jeune fille ?"

"Camila." Elle souria, ravie d'avoir fait mouche.

"Camille. ... C'est joli, cela vous va bien." Elle rentra dans le bain tandis que Camila remarqua que les gens alentour buvaient du vin épicé, servit par plusieurs valets. Elle entra dans le bain à son tour. "Puis-je au moins vous faire offrir quelque chose à boire si le cœur vous en dit ?"

La bretonienne pouffa d’un rire sec, méchant "Toi, m'offrir quelque chose ? Voilà un faux-pas tout à fait grossier. Ce sont les personnes de qualité qui offrent." Et alors qu'elle s'enfonce dans le bain, elle va lever très haut sa main et claquer bruyamment et fermement plusieurs fois, pour forcer un valet à approcher : "Garçon, servez deux hypocras pétillants." et le valet, en sueur dans ses habits courts, va hocher de la tête et vous poser chacun une coupe sur le rebord.

"Et c'est quoi qu'les personnes d'ma qualité peuvent faire alors pour vous ? " Camila semble un peu vexé par son commentaire. Elle soupire d'aise alors que l'eau chaude la réchauffe. La jeune femme s'assoit alors exactement comme la bretonnienne précédemment. Les bras écartés, sans aucune pudeur, offrant une vue pleine à la brune.

"À votre accent, je n'imagine pas que votre lignage soit bien élevé... Et je ne sais pas si vous êtes entrée dans ces termes pour le raffinement... Mais, il faut admettre que vous n'êtes pas désagréable à l'œil. On peut trouver des usages pour vous." Elle va garder son sous-entendu flottant dans l'air, alors qu'elle attrape sa coupe et boit l'hypocras en bonnes gorgées, la dame ayant visiblement une descente exercée.

"Pour une peinture ou une statue comme vous ? "Camilla ricanna, buvant une gorgée de vin. Remarquant la descente de la femme, elle accéléra la cadence, reprenant son espèce de défi.

Ne voyant pas l'hypocrisie, elle va froncer des sourcils en voyant la descente de Camila, comme si elle tiquait de tes manières soiffardes. Passant une main dans ses cheveux courts, elle va souffler : "J'ai toujours des usages pour les jeunes filles. Mais vos tatouages, même s'ils sont très exotiques, vous donnent un aspect... Marginal."

"Marginal ... j'ai pas vu beaucoup d'monde comme moi. Ni comme vous d'ailleurs ... z 'êtes une très belle femme, comme j'en ai jamais vu avant " Camila reprit une autre longue gorgée. "Vous parlez d'quels usages ? J'ai d'jà un boulot moi"

"Vous ne devez pas sortir beaucoup le Festag..." elle va faire à ton compliment, mais en souriant quand même et en penchant la tête pour montrer son cou. "Quel emploi avez-vous donc ?"

“Marin”

Elle pouffa. "Ma pauvre... Des semaines en mer, au milieu d'un équipage de vauriens... Ils doivent vous en faire voir des vertes et des peu mûres."

"Oh vous z'inquiétés pas m'dmoiselle. Ils ont appris qui faut pas m'chercher des noises. Mais vous avez raison ... c'pour ça qu'j'aprécie aussi l'moment présent avec vous. Ça m'change d'mon ordinaire" Camila leva son verre à l'attention de la bretonienne.

Elle hocha la tête et leva son verre en le gardant près de sa bouche en guise de réponse. "Apprécie donc, jeune fille. Tu es tatouée partout, donc ?"

Camila se leva, tournant doucement sur elle même, laissant la jeune femme inspecter son corps entier.

La dame observa silencieusement, toujours assise, en buvant. "Signifient-ils quelque chose ?"

"C'est une amie à bord qui m'les as fait. Une amazone .. c'est supposé d'être des sortes de bénédictions et d'protections chez eux." Camila se rassit, plus proche de la jeune femme.

"Oh. Intéressant..." Elle fera, cette fois sans ironie ou sarcasme. Elle continuera de jouer avec ses cheveux et regardera un peu plus intensément Camila, son visage, son corps. "Et quelle est donc ton histoire, Camille ? Comment t'es-tu retrouvée sur un bateau avec une Amazone ?"

"C'est l'navire d'mes frangins. Enfin, d'mon père avant mais maint'nant c'est eux les cap'taines" Camila n'est pas le moins gêné du monde.

"Oh, une affaire familiale ?" Elle souriait. "Sont-ils titrés ? Noblesse chevaleresque ou d'extraction ?"

"Tout c'que j'sais c'est qu'y paraît qu'ma mère était la fille d'un riche bourge ... mais j'l'ai pas connue"

Elle se tordit les lèvres à nouveau - un tic de visage fréquent de ce que pouvait remarquer Camila. "Ah, je vois... Une fille qui n'a pas eu de mère. Cela n'a pas dû aider votre caractère, à ce qu'on en dit."

"Ouais ... j'suis c'que tu peux appeler un garçon manqué " Camila ricana. "Mais j'connais quand même quelques trucs" Camila haussa les épaules, terminant son verre de vin.

"Vous", corrigea-t-elle. Elle regarda Camila de côté. "Vous faites malgré tout très féminine, mais peut-être parce que je vous vois en habit Rhyannais... J'ai déjà fréquenté des femmes plus... Inverties, si j'ose dire. Une expérience assez peu typique des milieux Bretonniens..."

"Invertie ? C'est quoi ça ?" Demanda Camila incrédule.

"Pas très convenable, disons..." elle va continuer en se pinçant les lèvres, aimant apparemment beaucoup l'euphémisme.

"Tu parles des types en robe que j'croisais dans la rue tantôt ?"

Elle ouvrit la bouche d’étonnement "Oh non, les mialeurs... C'est pour amuser les hommes qui veulent changer de goûts. Pas le genre de... Personnes que je fréquente habituellement."

"Mais j'suis certaine qu'z'avez jamais fréquenté d'personne comme moi, une belle p'tite Estalienne euh ... marginale" Camila souria

Elle ricana, regardant à nouveau en penchant la tête de côté. "En effet. J'ai peu l'habitude des marginales exotiques qui ont encore l'air toutes belles... Tu devrais faire attention à toi, pas mal de mauvaises gens en mer voudraient t'acheter."

"Ah ... qu'ils essaient, j'suis pas du genre à m'laisser faire ma belle d'moiselle"

Elle souria d'un air vilain. "Un petit conseil : Ne bravade pas trop fort. À Brionne, c'est pris au pied de la lettre, et ça attire des problèmes... ...Tu devrais le prendre pour un compliment. Moi je t'achèterais à beau prix..." Fit-elle, montrant ses dents blanches.

"Pourquoi m'ach'ter .... vous m'avez pour rien dans l'moment" Camila se leva, venant s'asseoir sur le rebord du bassin, se laissant tranquillement sécher.

"Qu'est-ce que je viens de te dire, Camille ? Ne dis pas des propos qui peuvent être pris au pied de la lettre. Un grand méchant Bretonnien penserait qu'il peut t'enlever..." Dit-elle avec le même sourire de vaurienne.

Camila haussa les épaules. "Ça l'air compliqué votre ville. Pourquoi m'enlever moi quand il y a ... toi juste devant."

Elle mettra une main sur son torse et faire semblant d'être choquée : "Han, est-ce une menace ? Je souhaite bien du courage aux truands qui s'en prendraient à moi. Mon mari est un homme relativement puissant..."

“Relativement ? J'suis pas en reste non plus .. et mes frangins ont l'avantage de pas être connus ici ..."

"Mon mari est un sire de Granvelle - même si je ne pense pas que cela te dise grand chose... C'est une grande dynastie du pays. Il faut avouer que cela offre des avantages... Je ne te conseille donc pas d'avoir de vils projets à mon égard."

"Vils ? Au non, loin de là mon attention. J'apprécie moi aussi la belle compagnie ... Je ne comptais pas vous faire d'mal ... au contraire "

"Hé bien, tu n'as pas la langue dans ta poche, en tout cas, Camille." Elle va siffler et faire un signe au garçon de tout à l'heure, pour avoir un nouveau verre. "Tu suis souvent des femmes d'un rang infiniment supérieur au tiens dans des bains ?"

"Seulement quand elles sont aussi belles que vous"

Elle fit la moue. "La cause facile... Tu traînes trop avec des marins, Camille. En espérant que tu n'en as pas copié les mœurs ou l'appétit..."

"J'ai appris pas mal d'Esteban ... il vous plairait, belle gueule, belle apparence, j'pense qu'même vous vous l'penserez noble"

Elle fit une mine débectée. "Des rumeurs que j'entends sur les marins, je pense l'intéresser moins que mon époux, fort malheureusement."

"Vous ignorez donc que pour les estaliens, rien ne compte plus qu'une femme ? Parait qu'mon père à kidnappé ma mère .. .en tout cas c'est l'histoire officielle. Pis mon frangin a déjà ramé seule en chaloupe pour rejoindre terre et voir une fille alors qu'il était recherché pour être pendue dans c'te bourgade là."

Pensive, elle penchera à nouveau sa tête de côté pendant un instant : "Hé bien j'essayerai de ne pas trop attirer son attention, alors."

"j'lui parlerais pas d'vous"

"Han, trop aimable..." elle va faire d'un air désintéressée, comme si elle avait attendu une autre réponse.

"Z'avez l'air déçue ... J'parie qu'c'est pas vot' mari qui s'ra du genre à faire ça hein ?" Camila lui dira ça de femme à femme, montrant un rare moment de féminité et de sensibilité.

Elle souria. "Cherches-tu à me provoquer, Camille ? Hélas non, en effet, mon mari ne m'a pas kidnappée...

"J'pourrais l'faire" Camila ricana, s'approchant de la jeune femme.

"Comme je l'ai dis, je ne le conseille pas... Tiens donc ton rang, petite. C'est moi qui pourrait t'acquérir."

Camila fit la moue "Et de quel usage j'serai pour vous ?"

Elle souria "On peut être imaginatifs, Camille." Dit-elle d’une petite voix. "Pour l'heure, vous pouvez m'huiler, je souhaite faire de l'exercice", commanda t-elle avant de se diriger tout droit vers la cour extérieure des thermes.
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" La seule loi qui compte est ce qu'un homme PEUT faire et ce qu'un homme NE PEUT PAS faire."

Camila Garcia

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