- Prêtre Bretonnien révolutionnaire
Les roues du chariot tremblent, alors que le prisonnier à l’intérieur, Arnaud d’Aquitanie, est secoué comme une prune. Depuis presque deux jours, le premier en bonne partie encore des les montagnes du massif Orcal, il est attaché. Il sent mauvais, son corps du poignet aux hanches est douloureux, et il est fatigué. Le coche est peu bavard, mais les gendarmes autour, eux, n’arrêtent pas de parler pour tuer le temps. Ils mentionnent les problèmes de Brionne, la situation entre le Parravon et le Reikland. Beaucoup de choses qui échappent au pèlerin, lui qui ne sait même pas lire. Au moins il est protégé de la pluie, le chariot à un couvert en tissu.
Accusé d’hérésie, un crime extrêmement grave, avec en plus une figure majeure de la nation contre lui, une damoiselle du Graal. Soudain, la secousse diminue, la pierre sous les roues devient de la terre, ils sont sortis d’Orquemont et de ses nombreux massifs. L’herbe est haute et verte, des petits cours d’eau abreuvent la terre, et des arbres feuillus se tiennent par petits groupes. Il y a des tours de pierres au loin, des structures simplistes anciennes, et parfois un gibet ou une potence avec encore un squelette dedans rappelle la nature réelle du pays. C’est un paysage beau et vivant. C’est un paysage Bretonnien.
« OHÉ LES CASQUÉS !
On passe dans le coin sans me passer le salut ? »
Le convoi fait halte, et malgré ses liens, le forestier parvient à passer sa tête juste à l’extérieur en se penchant. D’abord aveuglé par le soleil d’après-midi, il plisse les yeux et voit quelque chose qui reflète encore plus la lumière. Une forme énorme. Un chevalier, en armure complète. Ses pas se font bien entendre, faisant cliqueter son armure. Il est grand, très grand même, et large de carrure. Sa tenue est de rouge, et son symbole est un aigle à deux têtes. Ce n’est pas un petit noble.
« Vous avez le mien, de salut, cela devrait vous suffire pour nous laisser passer céans, oui ? »
Alors que la dame avance, au fur et à mesure où elle approche, elle ralentit, vite même. L’homme a deux têtes de plus qu’elle, il n’est pas seulement très grand. Il est surnaturellement immense. Est-ce un ogre et non pas un homme sous cette armure rutilante ?
« Je reconnais votre autorité en tant que seigneur et sujet du Roy, madame. »
Le visage de la damoiselle redevient léger, et ses épaules descendent.
« Mais… »
Elle se retourne encore, et cette fois, elle ne peut s’empêcher de cacher sa colère.
« Mais quoi enfin ???
Mon devoir, ainsi que la position qui m’est conférée en tant que Marquis, me force à vous arrêter le temps que vous m’expliquez pourquoi vous avez un détenu en transit sur mes terres.
Il s’agit d’un hérétique, marquis, rien de plus, rien de moins. Après enquête, nous avons des preuves, ainsi qu’une confession sur association de malfaiteurs. »
Elle montre un sourire, cependant, le marquis ne bouge pas d’un centimètre. Les gendarmes sont tendus, la plupart échangent des regards, ne sachant pas du tout quoi faire.
« C’est donc un condamné alors, madame ? Il a bien été mis en examen, jugé, puis condamné, et tout ceci dans une cour reconnue par un marquis, n’est-ce pas ? »
En une seconde, le visage de la puissante gardienne devient plus blanc que la neige, elle ouvre la bouche, mais se retient de répondre.
« C’est justement le but de notre visite, marquis.
Et bien la prochaine fois, bien que j’espère qu’il n’y en ai pas une, vous passerez par mon château, qui était deux routes à gauche auparavant de la ville. Je vais donc me permettre une chose, excellence. »
D’un signe de la main, il ordonne aux gardes du convoi de sortir le prisonnier. Arnaud est soulevé, puis mit à genoux devant le marquis. Son heaume cache ses yeux, et pourtant, le jeune homme sent le regard qui pèse sur lui. Alors qu’il lève les yeux pour le regarder, celui-ci adresse la parole, d’une voix plus calme.
« Dis-moi, garçon. Tu es coupable ? »




