La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.
« Près de ma dame et loin de mon vouloir,
Plein de désir et crainte tout ensemble,
Le cœur me faux et le parler me tremble,
Quand dois-je dire ce qu’il me faut vouloir.
Je dis : « Belle, vous me faites douloir,
Mais au besoin craint mon propos m'emble »
Près de ma dame et loin de mon vouloir.
Or ai-je mis toutes à nonchaloir,
Pour une seule à qui tout bien s'assemble.
Oserai-je me débucher du tremble,
Pour requérir ce qui me prête valoir
Près de ma dame et loin de mon vouloir ? »
– Sire Théodoric, Duc de Brionne.
La côte d’Orléac était clémente. Une matinée d’été, la chaleur tempérée par une douce alizée qui balayait la plage à marée basse, projetant quelques fines bourrasques de sable vers les yeux des pêcheurs à pied qui se pressaient le long de la ligne d’horizon pour chercher des coquillages et des palourdes afin de remplir leurs filets. Le ciel était parcouru de quelques goélands qui tombaient en piqué pour avaler les poissons, rivalisant ainsi avec les nombreuses péniches de solides gaillards partis avant l’aube, et dont on pouvait à présent percevoir les ombres fort lointaines, leur vision ondulant sous l’action de la chaleur ; Aucun d’entre eux ne rentrerait avant midi, les épaules couvertes de coups de soleil, pour aller vendre le produit de leur labeur sur les étals des marchands des faubourgs. Probablement que nombre d’entre eux nécessiteraient quelques onguents sur leurs peaux rougies et pelées. C’était après tout un de ces nombreux maux de la vie de tous les jours que le Temple de Shallya devait s’occuper – lorsqu’il n’était pas débordé par des afflictions bien plus urgentes.
Orléac était un bourg étrange. Bâtie à flanc de falaise, la grande citadelle noble s’étendait en toute sûreté, triomphante avec son donjon élancé vers les cieux, la solide pierre blanchie à la craie pour la rendre plus élégante, il était impossible d’échapper à sa marque à l’horizon. Mais cette citadelle insolente s’étalait de haut en bas, en même temps que les revenus de ses habitants. La « ville-moyenne », centre historique, où l’on trouvait entre autres le marché, ou l’édifice dans lequel le petit Éloi avait trouvé la vie dix-neuf ans plus tôt, était principalement réservée aux bons bourgeois, aux commerçants, aux roturiers bien installés dans la vie. Et plus l’on descendait vers la rade, plus on se regroupait sur le long plateau inondable lors des mauvaises années de grandes crues, autour des embarcadères de chaloupes et petites cogues de marchands de sel et d’étoffes ; on se mettait à côtoyer les familles de manœuvriers, les matelots à la journée, les jeunes hommes et femmes qui avaient quitté les champs où l’on fait pousser de l’épeautre et paître des moutons pour tenter leur chance à la fortune salariée.
Bien peu y parvenaient véritablement. C’était une misère que Éloi s’était mis à partager dans une étrange cohabitation. En ce début de matinée, loin de s’occuper des corvées habituelles du temple, et qui avaient bien assez rythmé sa plus jeune enfance, on l’avait chargé comme d'ordinaire d’aller prêter main forte aux sœurs Annabelle et Michelle au sein de la chapelle de la « ville-basse », qui désignait cette grosse extension de faubourgs autour de la rade.
La chapelle n’était pas le bâtiment le plus grand, mais il était notable car il était le seul bâti en pierre, robuste et solide ; Les lois somptuaires de Bretonnie réservent normalement la pierre naturelle aux seuls aristocrates, mais les Cultes ont toujours su obtenir des parrainages et des exemptions de la part des sires du Royaume. Au milieu des entrepôts en bois ou en brique recouverts de plâtre, et des cabanons de pêcheurs remplis de torchis, la chapelle avait profité d’une merveilleuse concession ; elle disposait d'une magnifique vue sur le Grand Océan, mais était construite sur une petite butte telle que même lors de la crue d’il y a dix ans, la montée de l’eau n’avait pas atteint le potager. Une statue en granit représentant une colombe battant de ses ailes décorait l’entrée. Un seul étage, adjoint d’un grenier et d’une cave. L’autel avec ses bougies, ses petites sculptures tantôt de colombe, tantôt de petites effigies boisées de la bonne Shallya pleurant, était le lieu où n’importe qui, à n’importe quelle heure de la journée, pouvait venir s’agenouiller pour dire quelques dévotions, laisser une maigre pièce, et repartir chez lui plus dévot. Mais le principal intérêt du bâtiment qui réclamait une permanence constante d’une prêtresse était un service de dix lits, dans une pièce bien à l’écart, et qui permettait donc de soigner épisodiquement et gratuitement quelques personnes qui avaient besoin d’aide. Il s’agissait principalement de s’occuper de blessures de tous les jours : Des coupures avec un couteau à huîtres, une entorse à la jambe, parfois des choses plus graves et plus inquiétantes en cas de rixe. Généralement, la prêtresse se contentait d'être rapidement consultée, de recommander des prières et quelques herbes, mais il était fort possible de laisser quelqu’un en observation pendant toute une nuit voire plusieurs jours. C’était un fier service qui était rendu aux pauvres gens, et qui fonctionnait constamment grâce aux généreux dons de Sybille de Carqueray, seigneuresse d’Orléac.
« Hé bien dites donc Éloi, je te dérange ? Tu n’as pas des pots d’onguents à étiqueter ?! »
Sœur Michelle prit le garçon à rêvasser près du penon de la chapelle. Une solide quinquagénaire, ridée et dodue, elle avait déjà une chevelure très grisâtre malgré son âge encore relativement jeune ; C’était probablement la faute à la difficulté de son travail et de la tâche qu’elle y menait. Si Éloi la connaissait depuis toujours, sœur Michelle préférait passer le plus clair de son temps dans la chapelle de la ville-basse plutôt qu’au sein du temple de la ville-moyenne. C’était une femme sévère, dure, qui n’avait jamais eu un seul mot tendre pour Éloi, à l’inverse des nombreuses corvées qu’elle ne cessait de lui imposer comme s’il était le dernier de ses larbins. Et pourtant, il était impossible de ne pas lui reconnaître la pureté de sa foi ; Si elle était rêche et pète-sec, elle était aussi une personne vive, active, qui savait se faire respecter de tout le monde. Lors de la crue, alors qu’Éloi n’était qu’un gamin, il avait pu la voir avec de l’eau jusqu’aux cuisses, en train de diriger les bonhommes du bourg pour qu’ils se dépêchent d’aller transporter des enfants ou des femmes âgées en toute sécurité, n'hésitant pas s'il le fallait à rouspéter des sergents. Elle parlait mal, elle parlait dur, mais il n’y avait personne dans les mauvais quartiers d’Orléac, même parmi les prostituées et les truands, qui ne lui faisait pas une courbette en la voyant.
Éloi la connaissait sommes toutes assez peu. Elle avait la fonction au sein du temple « d’hôtelière », ce qui voulait dire qu’elle devait diriger l’accueil des malades et des vagabonds. Les jours de fêtes, elle pouvait se montrer plus souriante et plus ouverte, mais généralement assez peu sur son histoire personnelle. La seule chose énigmatique, est qu’elle portait une robe blanche et non une robe jaune : Il était donc certain qu’elle avait une ascendance noble. Pourtant, elle n’avait jamais eu de particule ni de domaine attaché à son patronyme. Elle n’était que Michelle.
« Je l’ai déjà chargé de faire tout cela, ma sœur ! Frère Éloi a terminé depuis seulement dix minutes ! – Dix minutes, et il n'y a pas du temps à mettre à profit en dix minutes ? Ne vous a-t-on pas appris que oisiveté est mère de tous les vices ?
Je vais recevoir des patients et je ne veux pas qu’ils découvrent un jeune homme qui attend ainsi devant la porte ; Va donc ranger le cagibi du potager, ça sera occuper ton temps utilement, et ça te fera les muscles ! »
Le potager était une jolie concession qui venait avec la chapelle. La terre était arable, et riche. Pourtant, la chapelle n’en tirait pas un véritable profit : Toutes les carottes et les choux qui poussaient servaient uniquement à nourrir gratuitement les malades et les indigents. Le principal intérêt était pour les patients alités, qui retrouvaient progressivement l’utilisation de leurs membres. Afin de s’assurer que tout aille bien, Michelle leur demandait d’aller bêcher et racler la terre. Cela permettait notamment aux infirmes qui n’avaient rien d’avoir l’impression de rendre quelque chose aux sœurs qui avaient généreusement payé ses soins, et puis, comme elle disait, ça fait les muscles. Âgée, grassouillette, et se mettant souvent la main au dos à cause d’une vilaine fracture de la hanche qu’elle avait subit cinq ans auparavant, elle comptait sur les très rares hommes du Temple comme le jeune Éloi pour s’occuper de toutes les corvées « manuelles », comme porter les estropiés ou, en l’occurrence, aller mettre de l’ordre dans les outils gardés dans le cagibi à l’autre bout du terrain.
Il n’était pas fermé à clé. Rien n’était jamais fermé à clé, même dans une chapelle qui avait des objets liturgiques en or ou en argent, au milieu d’un quartier chaud connu pour ses larcins et ses mauvais garçons. Rares sont les êtres assez vils pour oser cambrioler un Temple de Shallya.
« Hé, dis-moi voir Éloi ; Tout va bien ? »
Sœur Annabelle avait arrêté Éloi sitôt Michelle partie à l’intérieur du temple pour ouvrir un petit bureau sur une porte à gauche de l’autel, l’endroit où elle recevait en privé certains malades ; La chapelle disposait en effet d’une ouverture un peu plus discrète, accolée aux barrières de fer qui délimitaient la concession, de manière à faire passer certaines personnes qui auraient honte, pour une raison ou une autre, d’être vues entrant dans un Temple de Celle-qui-Guérit. Notamment lorsqu’il s’agissait de jeunes filles.
Annabelle était une femme à la trentaine bien entamée. Petite, des cicatrices de vérole sur ses pommettes, des cheveux frisant gras, elle avait des dents tordues qu’on voyait très bien lorsqu’elle souriait ; Et elle souriait très souvent. De toutes les prêtresses qu’avait pu connaître Éloi dans sa vie, Annabelle était peut-être l’une des plus joyeuses, recevant souvent des remontrances de la part de la Prieuse Clémence lorsque ses rires résonnaient dans l’écho de la nef. Toujours avenante et gentille, peut-être même un peu trop, elle était du genre à donner la Bonne Shallya sans concessions à tout le monde ; Un gamin taquin aurait aisément abusé de sa confiance, mais même lorsqu’elle s’en rendait compte, il semblait qu’il y avait vraiment trop de bonté dans son cœur pour qu’elle puisse avoir de la rancune envers quiconque.
Il y a trois ans, lors du Jour des Lys, elle avait confié lors d’une longue discussion intime avec Éloi qu’elle était une épouse mariée avant d’arriver au temple, ayant fui un mari qui la battait, ce qui expliquait ses quelques molaires manquantes. Il n’était pas certain que ce soit un secret qu’elle confiait à beaucoup de gens au sein du Temple, Éloi n’avait aucun moyen d’en être sûr, mais il était rare de découvrir quelqu’un d’aussi avenant dans la communauté.
« Je veux dire…
Pour ton départ, tu… Tu...
Tu n’es pas trop triste ? »
C’était aujourd’hui le jour fatidique. À moins qu’il n’ait du retard, le prêtre errant de Shallya devait arriver à Orléac aujourd’hui. La Prieuse Clémence avait appris ceci à Éloi il y a deux mois : Officiellement, l’abbatiale Shallya-d’Orléac confiait à Éloi l’insigne honneur de faire le pèlerinage jusqu’à Couronne avec un groupe de prêtres hommes qui se grossirait au fur et à mesure du voyage, afin de se recueillir et faire des offrandes sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame-de-Couronne, saint-siège de la religion de Shallya à travers le Vieux Monde tout entier. En réalité, Éloi avait assez bien compris ce qui se cachait derrière un pèlerinage aussi long, qui l’éloignerait de son petit village qu’il avait toujours connu pendant au moins un an ; On cherchait à créer une vocation chez lui. Les hommes ne sont pas censés vivre en communauté au sein du culte, on les préfère errants, évangélistes, se baladant de village en village.
Le prêtre devait rester quelques jours à Orléac pour se reposer, mais ensuite, il prendrait Éloi sous son aile. Si le départ ne devait être temporaire, il n’était pas certain qu’il en reviendrait.
Garde-moi, ô Shallya, je t’en supplie, de cette amère mélancolie qui ce matin m’étreint.
Car mon cœur est triste hélas, et mon esprit chagriné. Mon regard embrumé se perd dans la contemplation de l’horizon, comme pour y noyer cette émotion que j’espère passagère. Sous les doux alizés, le flot régulier de la basse marée se fait le calme reflet de mon âme troublée. Nul embrun marin ne vient essuyer ces larmes que je sens déjà perler. La gorge serrée, les mains nouées, je laisse le vent emporter mes regrets vers le large, sa fugace caresse trop vite évanouie. Cet instant si précieux me semble sonner comme un adieu, et je me sens mourir un peu.
Difficile de me résoudre à quitter la ville qui m’a vu grandir. J’en ai parcouru les rues, arpenté les pavés, foulé les pontons. Son sable grossier, ses goélands me sont familiers. Au fil des ans, selon ta volonté, je me suis efforcé d’en aider les bonnes gens, m’appliquant dans le moindre des gestes qu’on me confiait. Des distributions de pain à ceux dans le besoin, jusqu’aux soins prodigués en ton nom, de la ville haute au faubourg, j’ai tissé des liens ici. Sœur Annabelle dit qu’on laisse toujours un peu de soi où que l’on aille. Si je dois partir aujourd’hui pour mieux servir, je souhaite de tout mon être que ce soit le cas…
Le rappel à l’ordre de Sœur Michelle résonne à mes oreilles, et la honte me saisit. Il ne convient pas de s’apitoyer ainsi sur son propre sort, alors même que l’on peut œuvrer pour le bien d’autrui. Pourvois aux besoins de ton prochain avant les tiens, répétait-on tout au long du noviciat. Faisant volte-face, je me trouve quasiment nez-à-nez avec l’austère mère hôtelière, me toisant d’un air sévère. Courbant l’échine sous le poids de la remontrance, je porte respectueusement quelques doigts à mon cœur selon le geste consacré, oubliant tout à ma confusion l’avoir déjà saluée ce matin. Les yeux baissés, j’évite de soutenir son regard, lui signifiant ainsi la reconnaissance de mon tort. Sœur Michelle supervisait déjà l’accueil des suppliants avant ma propre naissance, et fait montre d’une dévotion et d’une rigueur à la hauteur de son expérience. Son exigence à mon endroit constitue pour moi une chance évidente, et je lui dois beaucoup. Fermant longuement les paupières pour en chasser l’émotive onde, je m’apprête machinalement à obtempérer, lorsqu’une familière voix retentit. Le bref échange qui s’ensuit me fait retrouver un semblant de sourire alors que l’altruiste Sœur Annabelle me sauve la mise, s’attirant pour partie les vertes remarques de Sœur Michelle. Sa présence enjouée me met du baume au cœur, et c’est reconnaissant que je m’en vais d’un bon pas au potager attenant à la chapelle.
Franchir le portillon du potager ravive mes pensées, et c’est l’esprit troublé que je trouve machinalement mon chemin le long des petits sentiers. Ce petit lopin de terre de l’ordre, je l’ai arpenté, bêché, cultivé à maintes reprises au cours des récentes années, sous la vigilante férule de mes aînées. Autour de moi, des plants de navets, de choux, de carottes et de fèves manifestent des signes de maturité ; quelle pitié que je doive partir alors que vient tout juste l’heure de les récolter. De ma modeste contribution à la tenue de ce potager, j’éprouve malgré tout une certaine fierté, et il me peine de devoir manquer cette période de l’année. Embrassant du regard les carrés de laitues, j’ouvre pensivement le battant du petit cagibi en appentis. L’intérieur en est relativement désordonné, comme à l’accoutumée : nombreux sont les fidèles invités à venir contribuer à racler la terre, sans pour autant bien ranger. Redressant quelques bêches et râteaux en équilibre précaire ici ou là, je jette aussi un œil aux étagères sur lesquelles sont entreposés plusieurs pots de graines et semis. Parmi eux, les fèves, je me souviens avoir appris comment les semer l’année passée : après le labour, on trace des sillons puis on sème tout du long, avant de recouvrir soigneusement de terre. D’ordinaire, on procède aux semences au printemps pour une récolte à l’automne, mais ici, le climat est plutôt clément, et on peut s’en sortir en faisant l’inverse, pour une récolte au printemps. De fait, le pèlerinage va aussi me faire manquer les quelques semis d’automne. Il y a quelque chose de réconfortant dans le travail de la terre, estompant les pensées les plus amères ; à cela aussi, je dois renoncer.
Sœur Annabelle me hèle, et je m’en retourne aussitôt vers l’entrée du potager, où elle m’attend, le sourire empreint de sollicitude. Les yeux voilés de larmes qui ne veulent pas couler, je sens ma gorge se serrer. Annabelle va me poser la question qui blesse : je la connais suffisamment pour me douter de ce qu’elle compte me demander. Parvenu à son niveau, je noie mon regard éploré dans ses bienveillantes prunelles, dans l’espoir bien vain que passe mon chagrin.
« Je veux dire…
Pour ton départ, tu… Tu...
Tu n’es pas trop triste ? »
Je ne cache pas mes larmes. Je n’ai pas honte d’avoir mal. Je sais déjà qu’on ne me jugera pas. Pourtant, quelque chose retient mes pleurs, une douloureuse pudeur les réservant au malheur d’autrui. Deux doigts sur le cœur, je m’humecte la lèvre inférieure, cherchant des mots qui ne viennent pas. Bienveillante, Annabelle me laisse le temps, la lueur dans ses prunelles levées vers moi suffisant à me témoigner sa compassion à mon endroit. Hésitant, larmoyant, je réponds péniblement, faisant fi du lourd sanglot qui couve dans ma voix.
« Mon… mon cœur saigne à l’idée de vous laisser.
Je ne me rendais pas compte que ça ferait… si mal le moment venu.
Je sais que je dois y aller, et je ne doute pas que Notre-Dame-de-Couronne est un lieu à nul autre pareil, mais… »
Une larme trouve finalement son chemin le long de ma joue, épanchant ma peine, ruisselant jusqu’au menton.
Modifié en dernier par [MJ] La Fée Enchanteresse le 28 juin 2020, 13:29, modifié 1 fois.
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Frère Éloi Voie du Prêtre Mystique
Profil : For 9 | End 9 | Hab 8 | Cha 11 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 8 | Tir 8 | Mag 14 | NA 1 | PV 75/75
États temporaires Une vie de Paix : +1 à tout jet visant à guérir un patient blessé, malade ou empoisonné. La vie avant tout : doit tenter d'interrompre les affrontements auquel il assiste, à moins que le combat ne soit mené contre des ennemis.
Compétences :
- Maîtrise de l'Aethyr (1)
- Coriace : -1D3 dégâts subis.
- Réflexes éclairs : +1 aux tests d'initiative en situation de surprise.
- Résistance accrue : +1 aux tests d'endurance.
- Sang froid : +1 aux tests de caractéristiques effectués en situation de stress ou tension.
- Volonté de fer : +1 aux tests de volonté.
- Traumatologie : Sait administrer les premiers soins ou favoriser une guérison plus rapide.
- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien.
- Langage secret (Classique) : Capable d'écrire et de lire le Classique.
- Législation : Sait manipuler le droit à son avantage.
- Doctrine du Culte (Shallya)
- Cuisine : Se débrouille en cuisine. +1 pour détecter des substances nocives dans la nourriture.
- Empathie
- Affûtage mental
- Incantation - Shallya
- Sens de la magie
Équipement porté sur soi :
8 sous d'argent 8 deniers
- Bâton de marche
- Robe de bure jaunie / Tenue en lin / Ceinture / Sandales
- Grande sacoche contenant couverts, rations diverses
- Livre de prière de Shallya
- Amulette de Shallya
Annabelle s’efforça de sourire à Éloi ; Mais il était très clair que c’était un sourire triste, légèrement tremblant à la commissure des lèvres. Alors que le jeune homme tentait de contenir ses larmes, la prêtresse l’attrapa et le colla contre lui pour l’enlacer. Elle avait eu souvent l’occasion de l’embrasser dans leur vie commune, mais aujourd’hui, il n’était plus un garçon. Il était assez grand pour la dépasser, et elle n’avait plus à s’agenouiller pour le recouvrir de ses bras.
« Oh, Éloi… Ne pleure pas, sinon je vais pleurer aussi, et qu’est-ce que va dire Michelle alors ? »
Elle força un rictus à sa tentative de plaisanterie. Posa sa main sur le torse du jeune homme, là où se trouvait son cœur.
« Écoute, je vais pas te mentir comme les autres sœurs. Je vais pas te répéter que, tu as bien de la chance d’aller à Couronne, que Shallya sera avec toi, que tu vas avoir l’honneur de la servir, et patati et patata… Non pas que ce soit faux, mais je sais que tu l’as bien compris tout ça.
Non, ce que je vais te dire, Éloi, c’est que c’est normal d’être triste. Mais tu ne t’en vas pas. Orléac est chez toi et sera toujours chez toi, peu importe le chemin que tu prends.
Même quand je serai toute vieille comme Mère Clémence, je penserai à toi ! »
Elle ébouriffa ses cheveux, les yeux un peu brillants de larmes. Sa voix était un peu cassante.
« Allez, tu vas me faire pleurer ; File donc ranger le cagibi. C’est pas comme si tu partais aujourd’hui.
Profite de ta journée. Une fois que tu auras tout bien rangé, tu pourras aller faire ce que tu veux, si tu veux te promener en ville. Je couvre tes arrières, t’inquiète pas. »
Elle fit un signe de tête vers la chapelle, et probablement l’acariâtre sœur Michelle.
Éloi entra donc faire sa corvée dans l’abri au fond du potager. Il y avait là tout un tas d’attirails en fer qui furent achetés avec l’argent des dons ou offerts par les paysans relevant du ban d’Orléac. Si les malades qu’on collait à labourer le potager étaient très volontaires pour travailler, il est vrai qu’à la fin de la journée ils avaient la méchante tendance à mettre les bêches et les houes un peu n’importe comment, malgré les remontrances de Michelle qui répétait les dangers de trébucher sur quelque chose. Il fallait donc empiler les bâtons et les binettes, refermer les sacs de semences, et passer un petit coup de balais pour retirer la terre.
Finalement, Éloi avait fini dans les temps, et n’avait même pas été trop épuisé. Même après avoir passé toute la matinée à soigneusement écrire à l’encre sur les étiquettes des bocaux que les sœurs à la corvée d’infirmerie avaient déposés dans la ville basse par voie du Gros Pierrot ; Ce solide bonhomme était un oblast de Shallya, un titre qui sonnait pompeux pour désigner un imbécile de quarante ans, légèrement lent mentalement mais très volontaire, et qui tous les matins et tous les soirs tirait sa grosse charrette et son âne de la chapelle jusqu’au temple pour bouger tous les matériaux ou transporter les malades alités. Une blague commune à Orléac était de se demander qui de Pierrot ou de son âne était le plus idiot. Enfin, il avait déposé trois grosses palettes remplies de pots et de bocaux à l’aurore, mais il n’avait pas pris le soin de bien les ranger comme il fallait. Cela vaudrait certainement quelques engueulades entre Michelle et les infirmières lorsqu’elle remontrait là-haut.
À présent, il devait être onze heures, l’heure à laquelle les pécheurs allaient commencer à rentrer pour transporter le produit de leur pêche jusqu’à la ville-moyenne. Aujourd’hui était le jour du marché, donc le moment où il y aurait peut-être le plus d’attraction. Après une matinée à être resté dans l’ombre et la fraîcheur de la pierre, peut-être qu’Éloi allait pouvoir profiter de la vivacité du bourg. Orléac n’était pas un petit village – pas une grande ville non plus, certes, mais c’était le jour de la semaine où on avait l’occasion de croiser des marchands tout bien vêtus, sentir des odeurs de pain d’épice et de parfum, voir les rabatteuses charmer les matelots et les petits malfrats jouer aux dés dans la fange, avant de se faire rouspéter par les éboueurs tirant leurs wagons à bras pour débarrasser la voirie non-pavée de détritus. C’était également une vie qu’Éloi avait eu à expérimenter enfant. Lorsqu’il profitait de ces rares moments où il n’avait pas à soigneusement lire sous l’autorité de la préchantresse ou participer aux corvées que lui donnait la prieuse Clémence, il pouvait vagabonder dans le quartier, à jouer et faire le zouave avec les gamins d’Orléac, quand bien même sa robe jaune et le pendentif de Shallya autour de son cou détonait beaucoup et lui attirait des engueulades bien plus franches des boutiquiers du coin.
Avec un peu de chance, peut-être pourrait-il même croiser quelques nobles.
Oh, fidèle Annabelle. Qu’importe que je peine à te soumettre mes tracas, puisque tu me lis ainsi à livre ouvert. Quel lien de cœur privilégié que celui que nous partageons, pour que tu éventes encore mes angoisses et mes doutes. Depuis toutes ces années, tu m’as pris sous ton aile ; tu es mon abri dans la détresse, mon refuge dans la tourmente. De mon for intérieur, tu as gardé la clé. Shallya m’en soit témoin, il n’y a que ton sein pour épancher mes chagrins.
Le contact de mon aînée m’apaise, bien plus encore que les mots. Je sens l’orage de mon cœur refluer, remplacé par une forme de lucidité. Je le sais, je suis apeuré, effrayé de grandir, triste de tout quitter. Toute ma vie, j’ai été entouré ; maintenant plus qu’hier, je crains que l’éloignement n’ai raison de ces liens. Pour ton service, ô Shallya, je veux bien tout laisser, et sillonner les routes si telle est ta volonté. Je peux consentir à me languir de mon pays, de mes amis, à ne plus chérir que leur souvenir, puisque je dois partir, peut-être sans revenir. Mais je t’en supplie, aide-moi à surmonter cette douleur au creux de mon cœur : permets-moi de les revoir encor, donne-moi la force de leur faire mes adieux.
A la faveur de notre étreinte, j’acquiers l’intime certitude que l’affliction d’Annabelle est bien plus dure qu’il n’y parait, qu’elle n’en surmonte la rigueur qu’à force de discipline et de volonté, pour me consoler. J’ai l’étrange intuition que je ne dois pas m’éterniser, la libérer de ma proximité sous peine de la faire flancher. Rasséréné par notre contact prolongé, je parviens à afficher un pâle sourire, en réponse à sa proposition.
« Tu es d’une nature si généreuse, Annabelle.
Ne change pas, tu as les mains de Shallya. »
***
Quelque temps plus tard, m’étant acquitté de mes attributions à la chapelle, je ne me fais pas prier pour saisir la proposition d’Annabelle, et m’en aller vaquer pour le reste de la journée. Hors de question pour autant de transiger avec le service de la déesse : les voies de Shallya sont nombreuses et fécondes, et l’occasion m’est aujourd’hui donnée de panser ma souffrance au contact de celles des autres. Certain que Shallya me guidera, je n’ai donc qu’à décider de la direction. Afin de combler la brèche de ma détermination, j’opte pour la remontée vers la ville haute, un itinéraire dont je suis coutumier. Parcourant successivement les quartiers de la rade, le faubourg attenant jusqu’au plateau, et enfin la ville haute, sise plus haut encore, j’aurai ainsi l’occasion de me remémorer bien des choses avant qu’Orléac ne soit plus pour moi qu’un souvenir.
Je n’ai jamais rien connu d’autre, mais je sais qu’Orléac est un bourg atypique. Ici, plus qu’ailleurs peut-être, aisance et misère sont immédiatement apparentes. Au sein de cette même rade dont je remonte la grand-rue aux pavés fatigués, les plus humbles docks et pontons sont placés à l’opposé du port de la maison Carqueray d’Orléac, où mouille l’imposant galion de la famille régnante. Je ne suis guère savant en matière de politique brionnoise, mais je sais au moins que le seigneur Lothaire est décédé il y a de cela plus d’un an, ne laissant comme héritier que sa fille Sybille, dont le mariage inopiné avec un chevalier errant fait encore jaser dans la ville haute. Mais ici, dans le bas faubourg, les préoccupations des gens sont bien plus simples : on s’efforce de vivre au jour le jour, et de traverser les épreuves que la vie fait. Lorsque de grands malheurs frappent Orléac, ces quartiers aux précaires structures de bois sont toujours durement touchés, qu’il s’agisse d’épidémies ou de crue décennale, dont la dernière remonte à dix ans maintenant. Pour autant, les gens d’ici comptent aussi parmi les plus enjoués qu’il m’ait été donné de rencontrer ; en dépit des embûches de la vie, les habitants d’ici sont plus avenants, plus reconnaissants aussi. Les serviteurs de Shallya sont bien accueillis, et chacun est plutôt enclin à prendre soin de son prochain. Ici-bas, je me sens chez moi.
Les pavés se font plus réguliers sous mes pas tandis que je remonte vers le cœur surélevé du faubourg. L’essentiel de la population d’Orléac habite ici, hors les murs, mieux lotis néanmoins que la ville basse. C’est en ces rues et ruelles qu’étant enfant, je me suis fait des amis : le gros Pierrot, par exemple, me laissait monter dans sa charrette étant plus jeune, lors de ses allées et venues entre le temple et la chapelle. Il faut dire que je n’étais qu’un petit garçon maigrichon, qu’il pouvait alors hisser d’une seule main jusque dans son chariot. Les années ont passé, et j’ai appris à mieux le connaître, à en apprendre davantage sur son compte. Il a beau avoir le double de mon âge, on se ressemble plus qu’il n’y parait lui et moi : lui non plus n’a pas connu ses parents, laissé sur le perron de Shallya-d’Orléac étant nourrisson. La plupart des gens rient de son prétendu manque d’esprit, mais derrière cette simplicité se cache un homme bon, d’une profonde gentillesse. Pas plus tard que ce matin, en descendant à la chapelle, il m’a offert son vieux bâton de marche, me confiant qu’il saurait en trouver un autre. Cette attention m’a profondément touché ; je n’ai pas trouvé les mots pour le remercier.
Plus récemment, c’est aussi sur la charrette de Pierrot que j’ai rencontré le petit Garin, jeune sacripant de treize printemps, à la tignasse blond cendré et au regard insolent. Je ne sais pas trop qui sont ses parents, mais il va et vient dans tous les coins du faubourg, un sac de chanvre sur ses maigres épaules, proposant à qui veut bien l’entendre de leur racheter vieux linges et objets usés en fer, pour les revendre par la suite. Je pense qu’il travaille sous la férule de chiffonniers plus âgés, quoique je ne lui ai jamais demandé. Lorsque nos chemins se croisent autour du chariot du gros Pierrot, nous parlons plutôt de sujets plus heureux, tels que ses rêves et projets les plus extravagants. Garin déborde d’énergie et d’enthousiasme, alors même que son existence quotidienne est si précaire que je m’en suis parfois ouvert à Sœur Annabelle. C’est au contact de ce petit garnement que j’ai pris conscience de tout le bien que l’on peut faire autour de soi par quelques mots et un sourire. Soulager les peines de cœur, c’est aussi lutter contre les malheurs du monde, et ça ne coûte qu’un peu de temps, sans nécessiter de solliciter l’attention de Shallya.
Fidèle à cette conviction, je m’arrête par moments pour échanger avec certains passants et commerçants. Ces contacts des plus simples me réchauffent le cœur, indépendamment des soucis évoqués. En permettant aux gens de se confier, en leur glissant quelques sincères mots d’encouragement, je me sens -non, je me sais- utile. Au demeurant, j’en apprends sur les préoccupations des petites gens, autant d’informations pouvant se révéler précieuses à mes sœurs. Chemin faisant, je remarque une altercation entre un modeste commerçant et deux enfants aux vêtements de toile sale. Il m’apparaît bientôt que les indigents garnements ont dû commettre quelque larcin, causant l’ire de l’adulte. C’est jour de marché, les rues sont bondées, mais nul ne semble prêter attention. M’approchant, j’entreprends de me faire voix d’apaisement auprès du modeste marchand, espérant négocier un heureux dénouement. Obtenant bientôt l’indulgence de l’individu à l’endroit des enfants, je m’assure que ces derniers ont rendu leur larcin, en échange de quoi je leur remets à chacun une des miches de pains que je transporte en tout temps avec moi. Ce type de situations fait en effet partie intégrante de mon quotidien à Orléac, pour peu que je ne passe pas tout mon temps à l’ombre de murs de pierre. Après être resté un moment à converser, l’homme retrouve bientôt une certaine bonhomie, me confiant que son jeune fils s’est levé souffrant le matin même. Ne pouvant néanmoins le distraire davantage de son commerce en ce jour privilégié, je le quitte bientôt, non sans lui avoir fait promettre de venir quérir l’assistance shalléenne si la situation devait perdurer.
Le soleil brionnois est encore au zénith alors que, remontant toujours la grand-rue du faubourg en direction de la ville haute, je passe devant l’établissement du vieux Roscelin. Aubergiste réputé du faubourg d’Orléac, Roscelin est un individu aussi bourru que barbu, dont la prime rousseur se fait maintenant bien grisonnante. Loyal et dévot, l’homme a bénéficié de faveurs shalléennes étant plus jeune, et s’attache depuis à donner en nature au temple d’Orléac, à présent que sa situation bien établie le lui permet. J’ai appris à le connaître au gré de ses dons de pain rassis, qu’il nous remet régulièrement pour distribution aux plus fragiles. A l’écouter, le pain rassis est même plus nourrissant et plus léger que le pain plus tendre, étant plus sec. Un sourire aux lèvres à l’évocation de cette vieille rengaine, je passe mon chemin, préférant grignoter du bout des lèvres un modeste quignon tiré de mon sac, plutôt que de déranger Roscelin à une heure d’affluence, un jour de marché. Le connaissant, il saura tôt ou tard dans la journée que je suis passé.
***
Après une autre heure d’errance et de flânerie, me voici rendu aux portes du bourg même, prêt à passer dans l’enceinte des blancs murs d’Orléac le haut. Sise sur la partie la plus surélevée du plateau dominant la rade, la ville fortifiée s’élève à l’aplomb des blanches falaises brionnoises, dominant le port privé de la famille Carqueray d’Orléac, les élégantes tours de la citadelle seigneuriale toisant fièrement l’horizon. En ces murs, seule la population la plus aisée peut résider, et toute activité est bien plus étroitement surveillée que dans les faubourgs. En cette enceinte se trouve également l’abbatiale Shallya-d’Orléac, regroupant le temple et ses principales dépendances.
Foulant les rues bien entretenues de la ville haute, je ne trouve guère de visage familier à saluer. Non pas que les habitants d’ici me soient tous étrangers, il en est simplement bien peu avec qui j’ai développé une relation de sincère amitié. La mère Flochard, dont la draperie se profile sur ma gauche, compte parmi ces rares résidents laïcs de la ville haute que j’ai vraiment appris à connaître au fil des ans. Lors de notre rencontre fortuite, l’année de la grand crue, j’avais été chargé de lui porter une requête de la part de la prieuse Clémence, comptant sur son soutien. Très bien reçu par cette bourgeoise pourtant fort affairée, je me suis trouvé bien malgré moi invité à rester un moment, orphelin de neuf ans écoutant poliment cette veuve quinquagénaire conter ses mésaventures passées. Une malheureuse épidémie lui avait pris son fils et son mari cinq ans plus tôt, la laissant seule gestionnaire de la draperie. Elle réitère depuis régulièrement son invitation, sous différents prétextes, me relatant les derniers commérages politiques, revenant parfois sur son propre passé. C’est assez récemment que j’ai enfin pu comprendre la raison de son intérêt persistent à mon endroit : à l’en croire, mes yeux lui rappellent ceux de ses aimés disparus. Je ne vois dès lors pas de mal à lui donner satisfaction lorsqu’elle le requiert, si cela peut l’aider à surmonter sa peine.
La foule abonde toujours sous le soleil au zénith. Le contact de la population ces dernières heures m’a soulagé de l’appréhension pesant sur mon cœur. La tristesse ne m’étreint plus autant qu’auparavant, remplacée par une sensation d’accomplissement. Tandis que mes pas me guident intuitivement vers la place du marché, je songe à la suite de ma journée, envisageant un moment de rentrer au temple pour y méditer, et purifier mon esprit de ses tourments passagers.
Modifié en dernier par [MJ] La Fée Enchanteresse le 01 juil. 2020, 14:24, modifié 1 fois.
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Frère Éloi Voie du Prêtre Mystique
Profil : For 9 | End 9 | Hab 8 | Cha 11 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 8 | Tir 8 | Mag 14 | NA 1 | PV 75/75
États temporaires Une vie de Paix : +1 à tout jet visant à guérir un patient blessé, malade ou empoisonné. La vie avant tout : doit tenter d'interrompre les affrontements auquel il assiste, à moins que le combat ne soit mené contre des ennemis.
Compétences :
- Maîtrise de l'Aethyr (1)
- Coriace : -1D3 dégâts subis.
- Réflexes éclairs : +1 aux tests d'initiative en situation de surprise.
- Résistance accrue : +1 aux tests d'endurance.
- Sang froid : +1 aux tests de caractéristiques effectués en situation de stress ou tension.
- Volonté de fer : +1 aux tests de volonté.
- Traumatologie : Sait administrer les premiers soins ou favoriser une guérison plus rapide.
- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien.
- Langage secret (Classique) : Capable d'écrire et de lire le Classique.
- Législation : Sait manipuler le droit à son avantage.
- Doctrine du Culte (Shallya)
- Cuisine : Se débrouille en cuisine. +1 pour détecter des substances nocives dans la nourriture.
- Empathie
- Affûtage mental
- Incantation - Shallya
- Sens de la magie
Équipement porté sur soi :
8 sous d'argent 8 deniers
- Bâton de marche
- Robe de bure jaunie / Tenue en lin / Ceinture / Sandales
- Grande sacoche contenant couverts, rations diverses
- Livre de prière de Shallya
- Amulette de Shallya
À Orléac, on ne devine pas que l’on vient d’entrer dans la ville-haute uniquement parce qu’on a franchi l’une des trois portes creusées dans les murailles, ce gros corps de garde à double-herses relevées en journée, surveillé par une petite escouade d’hommes d’armes peu vigilants, à moitié endormis sur leurs lances, portant la livrée de la maison de Carqueray ; Une hydre de sable, de gueules. Ou bien, « un monstre noir sur fond rouge », si on ne possédait pas le langage héraldique.
On devine qu’on entre dans la ville haute surtout parce que les chemins creusés entre les maisons se dotaient de pavage. Éloi ne passait plus ses sandales dans une espèce de terre séchée par le soleil d’été, mais devait maintenant se déplacer sur ces pierres finement taillées et emboîtés, un véritable piège mortel en hiver lorsque la pluie a tourné en une pellicule de verglas glissante.
La plupart du temps, la ville haute est douce et reposante. En journée, les gens travaillent, et ils se camouflent donc dans ces ateliers et ces petites maisons de guildes, pour que les hommes puissent tailler des pierres et les femmes filer des vêtements. Il n’y a bien que les enfants et les vieillards pour flâner. Ici, les rues sont non seulement propres, mais décorées. Entre les habitations, les seigneurs d’Orléac ont eu à cœur, au fur et à mesure des générations, de faire entretenir des petits jardins, de mettre en place des fontaines, des kiosques ou des statues, un luxe qui permet de faire travailler quantité de petites mains chargées de rendre Orléac belle.
Mais aujourd’hui était un jour de marché. S’il y en avait un une fois par semaine d’ordinaire, il s’agissait généralement de produits très simples produits issus des villages aux alentours ; Les gens sortaient s’acheter du fromage, quelques pièces de fabriques, une petite écharpe et des œufs, des produits bien peu coûteux de ce style. Mais avec l’été bien entamé, Orléac allait bientôt suivre la tradition des Foires Brionnoises. Depuis un millénaire, Orléac faisait partie du chemin que les commerçants devaient suivre, avant de bifurquer par Cambrieux, Clermont-d’Aquitanie, Lichy, Marcheduc, et enfin Castel-Brionne. Les Foires Brionnoises étaient le moment où toutes les denrées du monde venaient se presser sous la statue du Duc-Tancrède et devant la fontaine de Taal et Rhya nus en Amoureux. C’étaient les jours où on pouvait toucher la texture de la dentelle, sentir l’odeur âcre du kvas Kislévite, et découvrir des gros messieurs colorés, en dépit des lois somptuaires qui ne concernent pas les étrangers, leurs vêtements coupés de manières peu communes aux négociants de vin et cognac du crû.
Le kiosque devant un Duc Tancrède de marbre blanc avait été décoré de bannières armoriés. Quelques manutentionnaires portaient des paquets de planches et mettaient en place des stands, sous le regard de voyers les bras croisés, qui contrôlaient bien toute l’installation. Il y avait bien quelques marchands en train de gagner leur croûte au milieu du capharnaüm ; Un raccommodeur de chaises quinquagénaire cessa son œuvre pour se signer discrètement au passage d’Éloi. Un poissonnier braillard amusait des mégères tandis que des garçons derrière s’activaient à toute vitesse pour débarquer de la sardine qui avait été pêchée aux aurores. Ça sentait des odeurs différentes dans tous les sens.
Pressé par la foule agitée, Éloi se retrouva dans l’ombre de Tancrède. L’imposant chevalier figé dans le marbre gardait une sale mine, une cicatrice barrant son œil droit, une grosse épée en granit à son flanc droit. Une volée de pigeons décolèrent de son ailette peinte lorsque le prêtre se retrouvait près d’eux ; Ils décollaient en fait pour aller harceler un boulanger qui avait fait tomber des miettes en présentant ses pains sur sa table pliante. Éloi se retrouvait à l’écart du marché, et c’est là qu’il tomba sur une petite scène qui se jouait à l’écart.
Le pilori de la place du marché était occupé. La tête et les poignets coincés dans le carcan de bois, un homme chauve, une grosse tache de vin rougeâtre, sûrement de naissance, marquant sa joue et son œil gauche. Il était gras, laid, et mal habillé. Autour de lui, trois sergents en livrée ricanaient, tandis qu’un beau jeune homme blond tout bien vêtu, barbe courte et entretenue, chaperon bleu sur la tête, doublet de velours sur le corps, une épée à la ceinture, se reposait nonchalamment sur le carcan de bois en croquant dans une pomme.
L’homme au pilori bougea dans tous les sens, en essayant de retirer sa tête. Ses vains mouvements ne provoquèrent qu’un petit rire de la part du mangeur de pomme – rire repris tout de suite dans un écho grotesque, probablement forcé, par les sergents en livrée, sûrement un mimétisme destiné à le caresser dans le sens du poil.
« M’sieur, m’sieur, j’ai… J’étouffe ! – Tu t’étouffes tout seul en bougeant, répondit le mangeur de pommes la bouche pleine. Ta journée va être très longue, alors détends-toi. – Pitié… Pitié, m’sieur, juste… Juste un peu moins serré… M’sieur... »
L’homme à la tache chercha de la pitié dans le regard du sire. Il n’en trouva pas. Il observa les quelques bourgeois passant, trop occupés à aller faire leurs courses pour prêter leur oreille à quelqu’un d’accroché au pilori, quelque que soit la raison. Il chercha peut-être de l’aide chez les hommes d’armes ; Mais les sergents, soit par peur du noble, soit par cruauté, se contentèrent de lui montrer des sourires aux dents jaunes, en coin.
Enfin, il trouva Éloi. Il lança son regard bovin directement vers lui ; Un de ses œils louchait, probablement par strabisme, un défaut que le jeune prêtre connaissait pour l’avoir lu dans des ouvrages.
Et alors, le condamné l’implora lui directement :
« Mon frère, pour la bonne Shallya ; Pitié, aidez-moi ! »
Le mangeur de pommes sembla remarquer le jeune prêtre seulement maintenant. Il avala son fruit, croisa les bras, et l’observa en fronçant les sourcils. Leurs paires d’yeux se croisaient, se jaugeant probablement mutuellement.
C’est là qu’Éloi reconnut ce visage : Il ne l’avait jamais vu autrement que de loin, et en armure, sur des lices de tournoi. Mais là, il se tenait bien en face de lui, en chair et en os.
Drogo de Carqueray. Seigneur-consort d’Orléac. Un chevalier errant de quelques exploits, pourtant inconnu de presque tous. On ne sait trop comment, il avait réussi à conquérir le cœur de la seigneuresse Sybille. Et en un mariage clandestin, fuyant tous les deux au cours de l’hiver, il avait réussi à multiplier sa fortune. De quoi faire rêver tous les petits chevaliers de Brionne qui sont élevés aux histoires romantiques et rocambolesques.
Il regardait Éloi avec une sale mine. Les deux devaient avoir presque le même âge, Drogo ne donnait pas l’impression d’avoir plus de vingt ans.
Jet d’intelligence d’Éloi : 4, réussite. Éloi reconnaît le seigneur.
Progressant prudemment au sein de l’agitation ambiante, je prends soin de ne point heurter mon prochain. C’est donc lentement que je me déplace sur les blancs pavés de la place du marché, me gardant de toute collision avec les passants affairés. Si certaines menues bousculades ne peuvent être évitées, je m’empresse de m’excuser le premier, quand bien même le heurt ne serait pas de mon fait. Accaparé par mes pensées, songeur au sein de la mêlée, je me laisse guider au gré du flux et reflux des badauds anonymes, emporté par la foule, émergeant parfois de ma rêveuse flânerie pour répondre au pieux salut de l’un, ou d’un autre, rendre le geste de la main.
Bientôt écarté par le mouvement de l’abondante cohue, je trouve un instant de répit dans l’ombre du Duc Tancrède, dont l’austère statue domine la place. Surpris, étourdi, je reste là, me dérobant un moment à l’astre brionnois. Un groupe de pigeons me surprend de son soudain envol, m’enveloppant d’un tonnerre de battements d’ailes, délaissant de concert le seigneur de marbre. Sous l’égide sculptée du chevalier, mon regard se perd dans la vague contemplation de mes environs. L’extrémité opposée du square bondé semble moins chahutée, du côté de la réputée fontaine des amoureux, celle-là même dont les corps enlacés m’a souvent distrait lorsque je passais à proximité, coupable tentation plusieurs fois confessée, je l’espère pardonnée. L’air est porteur de fragrances épicées, dont la fugace senteur, légère et passagère, s’estompe dès lors l’on essaie d’en saisir la discrète saveur. Cette Orléac m’est aussi chère que celle du faubourg ; elle est propice aux rêves, permet de s’évader.
Une plainte étouffée, de mesquins ricanements. Non loin sur ma gauche, un pauvre hère occupe le pilori, pour le méchant amusement de quelque soldatesque. De prime abord, mon cœur se serre devant cette scène commune de maltraitance. Ma déesse abhorre en effet la violence, même la plus invisible, bégnine ou quotidienne. J’ai beau savoir que ces traitements ont régulièrement cours en ces murs, mon âme en abhorre la détestable gratuité. Quittant mon refuge ombragé, je commence à contourner l’impassible Duc pour m’éloigner, reconnaissant à regret mon impuissance. C’est alors, en cet instant de lâcheté lasse et résignée, que j’entends le supplicié me héler. Interdit, je m’immobilise, paupières closes, maudissant silencieusement ma couardise. Une honte pulsatile m’emplit à mesure que mon cœur s’emballe. En l’intimité de mon for intérieur, la culpabilité m’assaille, et je me jette l’opprobre. Ouvrant les yeux, résolu à affronter le jugement de mon prochain, je croise un tout autre regard, empli de défiance à mon égard.
Drogo de Carqueray, improbable parti de la seigneuresse Sybille d’Orléac, héritière de feu Lothaire de Carqueray. Je connais son visage, pour l’avoir déjà observé à l’occasion de joutes et tournois, quoique jamais d’aussi près. Pour être honnête, il me jauge probablement aussi pour la première fois. J’ai immédiatement conscience, même à cette distance, que l’étiquette veut que je détourne les yeux. Je m’autorise pourtant, l’espace d’un instant, à lui rendre son regard. Il n’y a pas à dire, comme dirait l’ami Roscelin, on se ressemble assez. Bon, il est mieux fait que moi, et remplit bien ses atours de velours. Mais à l’exception de ça et de la pilosité faciale, on a sensiblement le même âge, la même taille, la même tignasse couleur de paille. Rhya nous a fait sacrément semblables, mais je ne sais si c’est une bonne chose, parce qu’il l’a manifestement remarqué lui aussi. Les bras croisés, il me toise, faisant peu cas des serviles ricanements des trois sergents. Mon regard s’abaisse prestement vers les pavés, et je me mets en mouvement.
Je n’ai guère le choix. Un pas après l’autre, je m’avance vers eux, m’efforçant en chaque instant de contrôler le tremblement croissant qui secoue mes genoux. Cette appréhension m’étonne, car la foule alentours demeure pour l’heure indifférente à la scène d’humiliation. Incertain quant à la raison de mes actions, je profite de l’éternité de ces maigres instants pour sonder mon cœur. Je ne souhaite manifestement pas seulement m’enquérir de l’état du supplicié. Non, il y a quelque chose de nouveau, de plus curieux, une égoïste intuition. Si je dois bientôt quitter Orléac pour d’autres horizons, j’aimerais juger par moi-même du tempérament de son jeune seigneur.
Parvenu à respectueuse distance de mon curieux alter ego, j’ôte ma capuche, et m’incline maladroitement, les doigts sur mon cœur aux assourdissants battements. Retrouvant prudemment le regard du nobliau, je m’assure un instant qu’il ne m’apostrophe pas, de peur de couvrir sa voix. Je m’adresse ensuite à lui avec toute la gauche réserve du jeune clerc que je suis, fleurissant mon langage de lettré, tâchant de ne pas le fâcher. Ce faisant, je guette le fond de ses prunelles, veillant l’orage, et peut-être son sentiment à mon endroit.
« Shallya vous garde, mon sire.
Pardonnez mon audace, c’est un tel honneur…
Souffrez-vous que je m’enquière de l’état de ce pauvre hère, afin de m’assurer qu’il puisse endurer votre ire ? »
Usage, s’il est possible, de la compétence Empathie au cours de l’échange (mentionnée dans la narration).
A défaut de disposer d’Etiquette, Éloi fait tout ce qui lui semble adéquat pour apaiser son souverain, ou du moins ne pas l’irriter davantage qu’il ne l’est.
Modifié en dernier par [MJ] La Fée Enchanteresse le 04 juil. 2020, 13:12, modifié 1 fois.
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Frère Éloi Voie du Prêtre Mystique
Profil : For 9 | End 9 | Hab 8 | Cha 11 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 8 | Tir 8 | Mag 14 | NA 1 | PV 75/75
États temporaires Une vie de Paix : +1 à tout jet visant à guérir un patient blessé, malade ou empoisonné. La vie avant tout : doit tenter d'interrompre les affrontements auquel il assiste, à moins que le combat ne soit mené contre des ennemis.
Compétences :
- Maîtrise de l'Aethyr (1)
- Coriace : -1D3 dégâts subis.
- Réflexes éclairs : +1 aux tests d'initiative en situation de surprise.
- Résistance accrue : +1 aux tests d'endurance.
- Sang froid : +1 aux tests de caractéristiques effectués en situation de stress ou tension.
- Volonté de fer : +1 aux tests de volonté.
- Traumatologie : Sait administrer les premiers soins ou favoriser une guérison plus rapide.
- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien.
- Langage secret (Classique) : Capable d'écrire et de lire le Classique.
- Législation : Sait manipuler le droit à son avantage.
- Doctrine du Culte (Shallya)
- Cuisine : Se débrouille en cuisine. +1 pour détecter des substances nocives dans la nourriture.
- Empathie
- Affûtage mental
- Incantation - Shallya
- Sens de la magie
Équipement porté sur soi :
8 sous d'argent 8 deniers
- Bâton de marche
- Robe de bure jaunie / Tenue en lin / Ceinture / Sandales
- Grande sacoche contenant couverts, rations diverses
- Livre de prière de Shallya
- Amulette de Shallya
Si Éloi avait l’intelligence de ne pas regarder Drogo directement dans les yeux, le nobliaud ne lui retournait pas la politesse. Grimaçant, bras croisés, il observait le petit prêtre, le détaillait assez longuement. Les paroles mielleuses du serviteur de Shallya semblaient être à son goût, parce qu’un petit sourire fini par naître à la commissure de ses lèvres, sans pour autant améliorer sa physionomie ; C’était un sourire qui paraissait en fait assez cruel.
« Souffrez-vous… Tu connais bien tes manières, toi. C’est bien.
Mais comme je m’y attendais en voyant un serviteur de la Colombe, tu viens te mêler de ce qui ne te regarde pas. C’est quelque chose qui me fascine toujours avec votre religion. M’enfin. On m’entendra pas dire du mal d’Elle. Approche donc. »
L’humilié leva ses yeux bovins, à strabisme, pour regarder un Éloi à présent tout proche de lui. Drogo se saisit d’un bout de ses cheveux pour le tirer et l’étrangler un peu plus dans le carcan.
« Il va très bien, contrairement à ce qu’il prétend. Il n’a même pas été bastonné, bien que ce soit un sort que je pourrais très bien lui réserver ;
Mon bon frère, tu as devant toi un vagabond. Il a déjà reçu une notice du bailliage l’enquérant de trouver un emploi ou de quitter les murs de la ville. À la place, ces sergents que tu vois me disent qu’ils l’ont trouvé dans les faubourgs à nourrir les chiens errants, alors que nous avions eut des ennuis l’hiver dernier à devoir payer un bourreau à basses-œuvres pour égorger les chiots sans maîtres. – Oui-da ! Fit un homme d’armes bien dodu après que Drogo lui ait fait un signe de tête pour lui signifier qu’il avait la permission de parler. Pis qu’ce gus il est ben connu ; Un vaurien, fait rien d’ses journées, pendant qu’les honnêtes gens passent leur vie à s’casser l’dos. Fait la manche pour survivre, ça fait fuir les gens d’passage au marché. – Pis si vous m’permettez m’sire, reprit un second homme d’armes bien plus chétif et plus petit qu’Éloi, céti qu’on a trouvé des cartes sur lui ; Qu’il joue au bonneteau ! Que les truands pis les fidèles de Ranald qui jouent au bonneteau !
– Oui-da. Pis y s’amuse à jouer avec les enfants d’la p’tite place ; Qu’c’est bizarre, un gros vioc comme lui qui s’amuse avec des enfants. C’louche. On a r’çut des plaintes, nous. Qu’on fait not’ boulot. »
Encastré dans le carcan, ses cheveux tirés par Drogo, l’homme au cou grassouillet, accompagné d’un double-menton, était incapable de se défendre des accusations colportées à son encontre. À la place, son visage commençait à violacer, face à la sévère strangulation du seigneur contre lequel il ne pouvait lutter que par de vains coups de nuque. Il s'étranglait dans des gargouillis tout près d'Éloi, ses yeux apitoyés, injectés de larmes, dardés vers le prêtre salvateur.
« Je sais que la Déesse que tu sers pleure pour tous ses enfants. Mais ce que je fais là, c’est la justice pour Orléac. Je ne souhaite pas mettre en colère Shallya, aussi, j’aimerais que tu comprennes que ce que je fais là est… Permis. Légal.
Tu comprends ? »
Jet de charisme d’Éloi (Bonus : +2 pour la bonne lèche) : 5, réussite.
Difficile, d’aussi près, de s’interdire de soutenir trop longtemps le regard de Drogo de Carqueray. Il me faut en effet mobiliser toute la discipline cléricale dont je suis capable pour résister à la tentation de longuement dévisager le chevalier. Si ce-dernier conserve mon attention pleine et entière, j’arrache à grand renfort de volonté mon regard de celui du prince, lui substituant successivement sa main tourmentant le supplicié, les boutons de son doublet, les pavés à nos pieds. Ce-faisant, je peine évidemment à deviner plus avant l’humeur du jeune seigneur à mon égard. C’est donc avec la plus grande pudeur que je me risque par moments à le jauger sommairement de l’œil.
Il serait bien vain de m’émouvoir de sa condescendance à mon endroit, car elle va bien de soi : n’est-il pas noble, quand je ne le suis pas ? Qui serais-je, de fait, pour m’offusquer d’être ainsi considéré ? Il sied tant à son sang qu’à son rang de dispenser torts et jugements. Il ne me revient pas d’interférer avec la justice de mon seigneur, ni de contester sa décision concernant ce pauvre larron : tout au plus puis-je tenter de l’infléchir, s’il est possible. Il me faut pour ce faire soigner mes mots, en peser la teneur, en mesurer la portée avant même de les prononcer. Je ne peux parler à cœur ouvert avec lui, car de tempétueuses remontrances seraient aussi vaines qu’inconsidérées. Non, il me faut certainement continuer de le flatter, éviter de le fâcher, persévérer en vue de m’attirer sa faveur.
A tort ou à raison, je crois relever en sa voix plusieurs émotions. Derrière ce premier masque de fierté moqueuse, propre à sa noble condition, mon seigneur affiche en effet sinon de la piété, du moins une forme de respect pour Celle dont je me fais le messager. Cette modeste impression m’emplit tout à la fois d’un élan d’assurance et d’une vague d’humilité : je me sens conforté, épaulé, mais aussi intimidé à l’idée de représenter tout un clergé. Je prends soudain conscience que l’occasion qui m’est donnée d’adresser la parole à Drogo de Carqueray implique une certaine responsabilité, celle de ne pas causer de tort à toute ma communauté. Pour autant, je me dois de parler pour défendre les préceptes shalléens, d’essayer au moins de le persuader de leur bien-fondé.
Alors que les mots prennent forme dans mon esprit, et que de Carqueray finit de s’exprimer, il me semble enfin déceler une dernière intention dans son intervention. Relevant fugitivement les yeux pour en chercher confirmation en ses prunelles, j’éprouve une fugace mais vive intuition : après m’avoir abordé avec assurance, mon prince semble à présent quérir mon assentiment. Se pourrait-il qu’en son for intérieur, le jeune seigneur estime manquer de légitimité, au point de chercher validation de ses actions auprès d’un humble oblat shalléen ? Frappé par les implications d’une telle hypothèse, je m’évertue néanmoins à finir de m’exprimer de façon soignée et contrôlée.
« Je ne doute, messire, ni de la véracité de vos dires, ni de la pureté de vos intentions.
Les dieux ont confié ce pays à votre protection, et son peuple à votre noblesse d'âme. Les ballades retiendront votre grandeur de cœur.
L’humble oblat que je suis ne peut guère qu’imaginer la teneur d’une telle responsabilité ; il me revient quant à moi d’apaiser les douleurs des corps et des cœurs. »
Cherchant à nouveau son regard, un frisson dans la voix, je cherche mes mots, hésitant, nerveux, anticipant déjà l’apparition de la colère au fond de ses yeux.
« Je puis lutter contre bien des malheurs, juste seigneur, mais… vous seul pouvez dispenser miséricorde à votre peuple. »
Usage de la compétence Empathie au cours de l’échange (mentionnée de façon filée dans la narration).
Le but n’est pas tant de s’en servir pour l’émouvoir que de chercher à étayer ou infirmer ma perception de ses émotions.
Modifié en dernier par [MJ] La Fée Enchanteresse le 04 juil. 2020, 13:12, modifié 1 fois.
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Frère Éloi Voie du Prêtre Mystique
Profil : For 9 | End 9 | Hab 8 | Cha 11 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 8 | Tir 8 | Mag 14 | NA 1 | PV 75/75
États temporaires Une vie de Paix : +1 à tout jet visant à guérir un patient blessé, malade ou empoisonné. La vie avant tout : doit tenter d'interrompre les affrontements auquel il assiste, à moins que le combat ne soit mené contre des ennemis.
Compétences :
- Maîtrise de l'Aethyr (1)
- Coriace : -1D3 dégâts subis.
- Réflexes éclairs : +1 aux tests d'initiative en situation de surprise.
- Résistance accrue : +1 aux tests d'endurance.
- Sang froid : +1 aux tests de caractéristiques effectués en situation de stress ou tension.
- Volonté de fer : +1 aux tests de volonté.
- Traumatologie : Sait administrer les premiers soins ou favoriser une guérison plus rapide.
- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien.
- Langage secret (Classique) : Capable d'écrire et de lire le Classique.
- Législation : Sait manipuler le droit à son avantage.
- Doctrine du Culte (Shallya)
- Cuisine : Se débrouille en cuisine. +1 pour détecter des substances nocives dans la nourriture.
- Empathie
- Affûtage mental
- Incantation - Shallya
- Sens de la magie
Équipement porté sur soi :
8 sous d'argent 8 deniers
- Bâton de marche
- Robe de bure jaunie / Tenue en lin / Ceinture / Sandales
- Grande sacoche contenant couverts, rations diverses
- Livre de prière de Shallya
- Amulette de Shallya
Il était étrange de la part d’un seigneur de clamer haut et fort que le culte de Shallya n’a pas à se mêler des affaires de justice, pour lui demander son assentiment un instant juste après. Éloi avait bien noté cette contradiction ; Mais pour quelle raison est-ce que Drogo faisait cela ? Est-ce que c’était par cruauté, pour montrer au prêtre de Shallya de quels droits il dispose par le titre de sa jeune épouse ? Est-ce que c’était par piété, le jeune homme étant un craignant-Dieu terrifié à l’idée de mettre en colère une Déesse qui pèse les actes de ses enfants ? Est-ce que c’était par jeu, par curiosité ?
Difficile de savoir. Drogo n’avait pas l’air d’être le genre d’homme particulièrement impassible, mais c’était en fait l’inverse qui jouait contre Éloi. Trop jeune, trop vif, il n’arrêtait pas de passer de la grimace au sourire, en changeant de ton à chaque phrase, comme si lui-même n’était pas sûr de savoir ce qu’il était en train de faire.
En tout cas, si Drogo écoutait bien un Éloi qui avait décidé de plier l’échine plutôt que de confronter le sire du haut de son for spirituel, ce n’était pas le cas des Hommes d’Armes ; Les trois lançaient de mauvais regards en croix au prêtre. Tous, pourtant, baissaient les yeux si Éloi se mettait à scruter leurs mines. Peut-être ne parlaient-ils pas pour éviter d’attirer le courroux du seigneur.
Peut-être aussi parce qu’ils avaient de très bonnes raisons de ne pas s’en prendre à Shallya. C’était une Déesse qui était présente dans toutes les âmes des Bretonniens. C'était une nation du Vieux Monde où tous les habitants l'honoraient. Même les pêcheurs priant Manaan souriaient en voyant une colombe dans le ciel. Même les forestiers sacrifiant pour Taal quittaient leurs clairières chaque semaine pour déposer des fleurs et des plantes devant les sanctuaires de Celle-qui-Pleure. Même les chevaliers rutilants de la Dame rengainaient leurs épées au fourreau et s’agenouillaient humblement au moment de passer sous le linteau d’un temple de la Mère.
Qu’il le veuille ou non, le petit oblat, à moitié assermenté, trop masculin pour espérer gravir les échelons de la hiérarchie ecclésiastique, avait autour de son cou, et dans son petit jouet offert par ses sœurs lorsqu’il était enfant, le symbole d’une force psychique et institutionnelle qui semblait assez puissante pour forcer des gros bonhommes violents, portant guisarme, à réfléchir avant de serrer le poing.
« Hm. »
Le petit seigneur agitait bêtement la tête de haut en bas à chaque phrase qu’Éloi prononçait. Peut-être que les compliments d’Éloi étaient un peu trop gros pour être sincères ; En tout cas, quoi qu’il en pense, il semblait être le genre d’homme qui aimait être caressé dans le sens du poil. Peut-être pour se sentir rassuré sur ses prétentions ; Il n’était, après tout, pas véritablement le seigneur d’Orléac ; Il était l’époux de la seigneuresse d’Orléac. C’était très différent. Éloi savait que Drogo n’était pas vraiment populaire en ville. Trop inconnu pour être aimé. Personne ne parvenait vraiment à mettre un visage sur son nom. Il lui restait encore tout à prouver. Et en prenant le pouvoir, lui et Sybille avaient fâché tant de vassaux affamés et de capitouls intéressés ; Depuis un an et demi, c’était un grand chamboulement qui s’était déroulé sur la Haute-Ville, quand bien même les pêcheurs d’écrevisses et les fileuses de robes de la Basse-Ville n’en ressentaient pas encore les conséquences.
« Et donc… Tu voudrais apaiser les douleurs de cet homme ? Peu importe qui c’est ? Peu importe quels crimes il a commit ?
C’est quelque chose que j’ai toujours trouvé admirable parmi les serviteurs de Shallya. Je peux pas me mettre en travers de ça. »
Il parut hésitant. Agita la tête.
« Mais quelle importance ?
Ma justice ça consiste à le punir. Je peux l’humilier, pour ça que je l’ai mis au pilori. Je peux le bastonner. Je peux le bannir de la ville.
Qu’est-ce que ça t’apportes, de lui panser dès à présent ses plaies, si je dois le faire souffrir juste ensuite ? Ça n’a pas beaucoup de sens. Ça te ferait perdre ton temps. »
Éloi n’était pas un docteur en théologie. Il était juste un oblat de dix-neuf piges qui, s’il était bien plus éduqué que la moyenne – certainement bien plus qu’un chevalier errant comme Drogo – était bien mal choisi pour parler de Shallya.
Mais voilà. Maintenant, Drogo lui avait mis le grappin dessus, et c’était à lui de faire l’examen de conscience du sire.
Au moins, l’avoir parlé avait servi à faire lâcher la prise de Drogo sur les cheveux du pauvre humilié. Le larron se mettait maintenant à retrouver son souffle, haletant.
Jet d’empathie : 11, échec. Aucune information supplémentaire débloquées.
Jet de charisme (Bonus : +4, bonne impression et réussite précédente) : 17, échec.
Jet d’intelligence : 5, réussite
Le comportement du chevalier me conforte dans l’impression que j’en avais, celle d’un jeune homme tenaillé par son manque de popularité, tiraillé entre différentes injonctions, dépassé par un rôle pour lequel il n’était pas préparé. En témoigne ses expressions changeantes tandis qu’il me laisse le flatter, sa mine hésitante lorsque vient le moment de répliquer. Si je suis désormais certain qu’il apprécie d’être ainsi encensé, je crains de bientôt le lasser, alors même que je peine à le convaincre. Il n’a pas relevé ma supplique déguisée, et se retranche maintenant derrière un pragmatisme justicier. Sa curiosité à mon sujet ne saurait trop durer : si le temps m’est compté, je dois lui parler plus franchement, quand bien même la prieuse Clémence pourrait nourrir des sermons entiers sur le sujet. Car Drogo de Carqueray ne m’écoutera bientôt plus le moins du monde, si je ne trouve pas de pont pour enjamber le fossé de méfiance que je sens déjà se creuser sous nos pieds.
A quoi bon ? Car telle est sa question. Pourquoi se pencher sur son prochain, s’il est certain de ne pas connaître de lendemain ? A quoi bon retarder le jugement de la Chouette, l’invitation du Corbeau ? N’est-ce pas là perpétuer les souffrances de Celle-qui-Pleure ? Ces simples pensées me marquent d’autant plus que je n’ai pas d’argument à leur opposer. Interloqué, désemparé, mon assurance effondrée, je cherche en moi une réponse qui ne vient pas. Le doute me saisit, je le sens me ronger. De mon for intérieur, Drogo de Carqueray vient à son insu de bousculer un pilier, par ignorance, curiosité ou cruauté. Dissimulant mon embarras derrière mes paupières closes, je m’accorde un instant pour renouer avec ma piété, pour me recomposer une fragile sérénité.
« Mais quelle importance ? Ça n’a pas beaucoup de sens. »
Oh, Shallya, pardonne mon inexpérience. De mon service comme de mes vœux, je connais le sens, mais me voilà pourtant bien en peine de l’exprimer. Je ne peux me confier à ce chevalier, il n’en serait que plus moqueur quand bien même lui ouvrirais-je mon cœur. Je me sens animé, ô Mère des miséricordes, d’abord par ton amour à l’égard de mes semblables, par cette infinie compassion dont je me fais le relais. Mais lui, Mère, ne connait pas ta bonté : il l’a faite taire en devenant chevalier. Il te respecte pourtant, je le vois, je le sens, alors même qu’il me jette sa propre perplexité au visage. A travers moi, c’est vers toi qu’il se tourne, à toi qu’il s’adresse. C’est donc de toi que je dois tirer ma réponse.
Le doute reflue pour l’heure, et j’émerge de mes pensées. Il ne m’aura pas fallu longtemps pour sonder mon cœur, un court moment tout au plus. Subitement inspiré, je me penche vers le supplicié, poussé par l’intuition que je n’en aurais peut-être plus l’occasion après avoir rétorqué au doute du prince. Mon geste précédant ma parole, je viens déposer un baiser sur le front du condamné, me substituant l’espace d’un instant à l’éclat du soleil sur son crâne ruisselant. Sa peau est moite, son hygiène aussi pauvre que sa situation, mais je tâche d’en faire abstraction. Me redressant, je soutiens avec ferveur et conviction le regard de Drogo, tournant le dos à la soldatesque que je sais moqueuse. Serein face à mon seigneur, je m’applique à lui expliciter calmement le sens de mon engagement, à l’affut du moindre signe d’emportement.
« Nul temps n’est perdu, mon sire, au service de Celle-qui-Pleure.
Sa compassion nous accompagne en maints moments de notre vie, de notre premier souffle à notre dernier.
Le moindre des honneurs à lui rendre est de témoigner la même considération à notre prochain. »
Si Drogo n’est pas plus réceptif, je pense lâcher l’affaire et m’en aller en direction du temple. Après tout, le but était davantage de le sensibiliser que d’obtenir grâce pour le supplicié.
EDIT : Je tente de bénir le supplicié (Détresse retardée) en vu de sa punition à venir, avant de m'en retourner.
Usage de la compétence Empathie à l'égard de Drogo si tu estimes qu’un dernier jet peut être tenté.
Modifié en dernier par [MJ] La Fée Enchanteresse le 06 juil. 2020, 14:58, modifié 1 fois.
Raison :+4 XP / Total : 25 XP
Frère Éloi Voie du Prêtre Mystique
Profil : For 9 | End 9 | Hab 8 | Cha 11 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 8 | Tir 8 | Mag 14 | NA 1 | PV 75/75
États temporaires Une vie de Paix : +1 à tout jet visant à guérir un patient blessé, malade ou empoisonné. La vie avant tout : doit tenter d'interrompre les affrontements auquel il assiste, à moins que le combat ne soit mené contre des ennemis.
Compétences :
- Maîtrise de l'Aethyr (1)
- Coriace : -1D3 dégâts subis.
- Réflexes éclairs : +1 aux tests d'initiative en situation de surprise.
- Résistance accrue : +1 aux tests d'endurance.
- Sang froid : +1 aux tests de caractéristiques effectués en situation de stress ou tension.
- Volonté de fer : +1 aux tests de volonté.
- Traumatologie : Sait administrer les premiers soins ou favoriser une guérison plus rapide.
- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien.
- Langage secret (Classique) : Capable d'écrire et de lire le Classique.
- Législation : Sait manipuler le droit à son avantage.
- Doctrine du Culte (Shallya)
- Cuisine : Se débrouille en cuisine. +1 pour détecter des substances nocives dans la nourriture.
- Empathie
- Affûtage mental
- Incantation - Shallya
- Sens de la magie
Équipement porté sur soi :
8 sous d'argent 8 deniers
- Bâton de marche
- Robe de bure jaunie / Tenue en lin / Ceinture / Sandales
- Grande sacoche contenant couverts, rations diverses
- Livre de prière de Shallya
- Amulette de Shallya