À la carrure épaisse, et aux avant-bras aussi larges que les cuisses du jeune homme, l’artisan le jauge. Sa tenue est simpliste comparée aux autres, presque citadine. Une simple ceinture de cuir avec de nombreux compartiments retient son ventre arrondi de sortir de sa chemise grise. Son gilet de cuir a tous ses boutons, mais ils ne sont pas fermés. Des lourdes bottes, semblables à des briques au vu de leur forme, tiennent ses pieds au sol et nulle part ailleurs.
Dans une petite pièce à côté, se tiennent son atelier ainsi que les différents râteliers, équipés jusqu’au cou d’armes et d’équipements. Une enclume, ainsi qu’un fourneau est maintenu à bonne température. Ici, les décorations sont minimes, ou alors entièrement faites en différents métaux. En examinant l’espace d’un peu plus près, il remarque que chaque élément est rangé par taille et par utilité. Les outils ainsi que les clous sont donc à gauche. Les pièces comme les clefs de tirants, les crosses ou encore les chaînes sont juste à côté. Plus loin, les armes, ainsi que les armures. Une logique indescriptible et incompréhensible suit le reste.
Le forgeron hausse un sourcil et croise les bras en entendant l’idée de faire du troc. D’un petit grognement, il regarde la dague posée sur une des tables. Légèrement effilée et dentée, sans parler de la crasse qui est restée accrochée dessus, cette lame n’est qu’une ombre de ce qu’elle était autrefois. Cela doit bien faire des mois que cette arme l’accompagne. L’empreinte du temps étant bien plus visible que prévu, la Miséricorde est dans un état bien triste.
« Quel gâchis, trop grande pour ouvrir des lettres, trop petite pour faire une vraie différence. On dirait une épée qui a peur d’en être une. »
Les mots de l’armurier sont justes, bien plus qu’il ne l’imagine. Les lois somptuaires sont une chose bien compliquée pour la plupart des Bretonniens, mais tous connaissent l'une d’elles par cœur. Il est interdit pour tout autre qu’un noble, de porter une épée. Cependant, les dagues ne sont pas soumises à cette règle, une dague étant une lame moins longue que l’avant-bras. Les yeux perçants et enflammés du nabot se tournent ensuite vers le bijou.
« C’est déjà mieux.
Mais qu’est-ce ? »
L’air avide du nain, passe à l'incompréhension la plus totale. Alors que la pièce, marquée par le buste du Roi Gilles le Breton, est posée sur la table, ses yeux s’écarquillent. Sa bouche s’ouvre, montrant deux rangées de dents aussi blanches que carrées. Ses paupières se ferment et s’ouvrent aussi vite qu’elles le peuvent, alors que ses épaules se lèvent à la hauteur de ses oreilles. Entendant la pseudo-justification de l’humain, sa mâchoire se serre, et un silence glacial vient s’installer. Une veine apparaît sur son front et pulse avec la force d’un marteau sur une enclume. Sa peau devient presque rouge et les traits de son visage s’étirent tandis que ses orbites viennent se fixer sur le pèlerin. Une véritable haine, brûle dans ses globes oculaires. Comme une bouilloire remplie d’eau, on pourrait jurer qu’il fume.
Avant même d’avoir le temps de réagir, une main vient lui saisir le col tandis qu’un pied lui écrase les orteils. Tiré de sa hauteur, une claque vient le réveiller et l'étourdit en même temps. Un véritable torrent d’injures et de salive lui couvre le visage et lui remplit les oreilles qui commencent à siffler.
« Écoute-moi bien, tête d’umgak! Tes pièces d’or ne sont même pas de VRAIES pièces d’or ! Pour cent parties d’une pièce d’or, une de tes pièces en vaut dix de moins rien qu’en poids ! Et je ne parle même pas de sa composition foireuse, quasiment toujours mélangée avec d’autres métaux pauvres !
Mon matériel n’est pas pour des faiblards comme toi, espèce de pisse-lait. Tu me parles de tuer des urkis ? J’arrachais des têtes d’urkis bien avant que ton père n’ai des rêves mouillés envers l’animal qui t’a servi de matrone !
Si tu continues de me parler de tes pièces, je vais t’enfoncer ma botte de plomb si profondément dans le fondement que tu perdras les poils pubiens qui te servent de perruque ! Je vais te flageller avec ma barbe ! Je vais prendre deux billes de plomb et les souder là où ta virilité aurait dû pousser !
Alors écoute-moi bien sale imberbe, si tu parles encore une fois de rabaisser mon art à la hauteur du torche-cul que tu appelles de la monnaie, je t'enverrai rejoindre tes ancêtres honteux ! Par le tourillon de Grimnir ton existence est une insulte à la mémoire de Sigmar Dawr et une honte pour ton roi. Je préférerai encore fondre mes armes ou les offrir à des elfes plutôt que de te laisser mettre ta sale patte graisseuse dessus. »
Abasourdi dans tous les sens du termes, le pauvre homme ne peut que bégayer face à la tempête de colère, la boule de furie qui s’est déchaînée sur lui. Jeté dehors, le cul par terre et les pieds à l’air, il pense enfin que le calme est revenu. Cependant, deux petits objets, lancés à très grande vitesse, viennent lui marquer le front, tandis qu’une lame se plante verticalement juste devant son entrejambe. Deux portes se rejoignent, créant un peu plus de tonnerre dans les souterrains. Si il y avait des mouches, on pourrait les entendre tant aucun autre son n’ose se faire entendre. Après une petite minute de torpeur, Arnaud d’Aquitanie examine ce qui l’entoure. Tout le monde, sans aucune exception, regarde soit ses pieds, soit son assiette.
La soirée continue, mais sans la tranquillité précédente. Plusieurs des nabots barbus parlent dans leur langue, doucement, échangeant autant de mots que de reniflements, soupirs et onomatopées aléatoires. L’ambiance gâchée, pour la deuxième fois, ne revient pas à sa légèreté précédente.
Dans des petits heerbedden, les pèlerins sont amassés dans un coin d’une grange vide. Autrefois peuplée par des boucs, celle-ci est plutôt confortable, bien que son odeur soit particulièrement puissante. Quelques minutes à s’en inoculer, et aucun n’y prête la moindre attention. La nuit est calme, et il est difficile de ne pas s’enfoncer profondément à la frontière du royaume de Morr…
Le lendemain, réveillé et en train de ranger ses affaires, Jennequin s’approche et tape sur son épaule afin d’avoir son attention. Son visage est encore partiellement endormi, et des cernes montrent qu’il manque de sommeil. Ses habits sont propres, et il a remplacé la corde-ceinture qui tenait sa bure par une chaîne en métal.
« Bon matin, frère Arnaud. Je ne vais pas tourner autour du pot, nous avons des problèmes. Pour la suite, à vrai dire.
Notre bon Sire aimerait que nous partions plus profondément dans les terres, au-delà de la Mortepasse vers le mont du Dragon. Hélas, le seul pont qui permettait d’éviter les falaises a été détruit il y a quelques années. Il faut donc trouver un autre passage dans les environs. Étant donné les incursions des orcs, c’est certains qu’il y en a au moins un.
De plus, des observations des rangers nains ont aussi vu d’autres pèlerins dans les environs, à l’est. Pieux-Perrot pense sincèrement qu’il serait judicieux de les ramener ici, afin de… compenser les dernières pertes. Avec une lettre de marque, il faudra les convaincre…
Il nous faut des volontaires pour les deux tâches. Te sens-tu d'attaque pour l’une d’elles ? »
Il lève les mains, attendant poliment la réponse de son camarade pèlerin. Les autres autour de lui, écoutent attentivement. La curiosité est forte, par ici. Ils savent pertinemment qu’en fonction du choix du jeune homme, ils seront soit adjoints à lui, soit forcés d’être volontaires désignés pour l’autre mission.










