[Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.

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[MJ] Kriegsherr
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Re: [Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

Message par [MJ] Kriegsherr »

Tu regagnes tous tes PVs. Libre à toi de dépenser tes xps quand tu le souhaites, durant ce scénario, à chaque distribution d’xps (car tout le scénario peut justifier une évolution). Profil mis à jour.
Il fallut encore quelques heures avant que la caravane ne reparte, escortée par l'armée de l'arrogant seigneur Foulques de Valfleuve, le temps de soigner les blessés, d'enterrer les morts et de réparer les dégâts causés essentiellement par l'attaque des trolls.
Du petit village, il fallut plusieurs jours pour arriver à la forteresse de Foulques de Valfleuve où il comptait loger Raël et Aziz pendant quelques jours, le temps pour les marchands du convoi de compléter de nouveau leur escorte. Même si la plupart des paysans se dispersèrent en chemin, le comte-paladin les ayant levés de force au sein des nombreux villages dont ils disposaient, la route fut relativement tranquille. Pareillement, la plupart des chevaliers vassaux de Foulques de Valfleuve et disposant d’un fief se retirèrent pour rentrer dans leurs castels respectifs.

Seuls restaient une poignée de chevaliers, accompagnés de quelques hommes d’armes, d’archers et d’écuyers expérimentés. Mais la région était sûre et avait été suffisamment pacifiée par la croisade contre les peaux-vertes pour ne pas craindre d’attaque. Au final, c’est au terme d’un trajet bien long et monotone qu’ils arrivèrent devant un grand château sis sur une motte de terre artificielle d’une soixantaine de mètres de hauteur. Situé dans la région la plus riche du duché de Gisoreux, non loin de la ville éponyme et capitale du duché, le château du comte-paladin était impressionnant. Son donjon était rond, au sommet de la butte. Il dominait de toute la hauteur de sa double enceinte de pierres taillées les alentours, de riches et calmes terres arables, parsemé de villages prospères. Non loin coulait la Grismerie, servant à la fois d’artère commerciale et de moyen d’irrigation pour les champs alentours.

Lorsque le convoi approcha de la première enceinte, ils furent accueillis par les habitants comme il se devait. Ou du moins, le Duc le fut. Ses hommes avaient de loin repéré sa bannière et s’étaient préparés en conséquence. Quelques chevaliers, ainsi qu’une douzaine d’hommes d’armes les attendaient en haie d’honneur juste devant les portes de la première enceinte, puis les suivirent à l’intérieur.

C’est alors qu’ils allaient passer ces portes que Raël remarqua l’ingénieux système défensif du château-fort. Des douves profondes avaient été creusées et étaient alimentées en eau par une déviation d’une partie des eaux de la Grisemerie. Pour franchir l’obstacle, il fallait qu’un pont-levis s’abaisse. Mais ce n’était pas tout. Il fallait ensuite franchir une première porte épaisse de chêne massif renforcée de bandes de métal, et une herse en bois renforcé de fer. Puis, il y avait une seconde porte en bois de hêtre, plus fine celle-là, mais tout de même de retenir des envahisseurs à la force surhumaine armés de haches et de massues pendant une ou deux minutes au moins.

Une fois la première enceinte passée, on se retrouvait dans la basse-cour. Là s’était développé et vivait un véritable village de deux ou trois cent âmes au moins, sans compter les gardes pour lesquels deux grands corps de garde étaient disposés aux entrées.

Les hommes d’armes restants, ainsi que les archers et les marchands s’arrêtèrent ici. Visiblement, le seigneur n’était pas le seul à être le bienvenu, car, pour ses sujets, la présence d’une caravane de riches marchands était une aubaine rare à ne surtout pas manquer. C’était réciproque, apparement car Jeannot Fitzgodric et ses suivants semblaient eux aussi soulagés de faire une halte sur le trajet, et de pouvoir conclure des affaires mutuellement avantageuses avec les locaux. Même les mercenaires étaient contents : ils allaient pouvoir dépenser dès maintenant leur or durement gagné à la bataille.

Indifférent à cette agitation, n’accordant pas un seul regard à ses paysans ni aux marchands et aux soldats de fortune, Foulques de Valfleuve et sa suite, dont faisaient partie Raël Khem et Aziz, arrivèrent au pied de la butte, sur laquelle était construite une seconde enceinte murale également en pierre de taille, mais plus fine et sans doute beaucoup plus ancienne que l’enceinte extérieure, qui semblait relativement récente. Elle était entourée d’un fossé, et l’on pouvait la franchir par une porte flambant neuve entièrement recouverte d’acier d’excellente qualité, et en soulevant une herse elle aussi entièrement en métal. Là encore, il y avait un pont levis qu’on devait au préalable abaisser pour franchir l’obstacle du fossé.

Visiblement, Foulques de Valfleuve roulait sur l’or, car ces aménagements avaient dû couter une fortune. Et si, à l’en croire, il disposait personnellement de cinq châteaux, sans compter ceux de ses nombreux vassaux, il devait réellement être un homme très puissant.

A la différence de la première enceinte garnie de tours à intervalles réguliers, l’enceinte intérieure ne disposait de tours qu’au dessus de la porte principale. En temps de paix, comme maintenant, il n’y avait que quelques gardes sur les murs, ici et là. Mais en temps de guerre, la forteresse pouvait accueillir une forte garnison, de plusieurs centaines d’hommes au maximum.

La haute-cour, de l’autre côté de l’enceinte, était un endroit dégagé, avec des services minimums. Des écuries, une forge seigneuriale, un accès au donjon, un puits intérieur, très utile en cas de siège de la citadelle au cas où la première enceinte tomberait, et un espace dégagé pour les manœuvres diverses, qui permettait également de pratique la joute. Au fond de la place, non loin du magnifique donjon rond qui trônait au sommet de la motte, il y avait quelques jardins soigneusement entretenus. Les seigneurs mirent pied à terre sur la place et laissèrent à leurs écuyers le soin de les mener à l’écurie. L’un d’entre eux se chargea d’Asaph, en glissant au passage un compliment au scythien.


-Très bel animal, messire. Soyez sur que nous nous en occuperons en lui accordant toute l’attention qu’il mérite.

La troupe suivit Foulques de Valfleuve qui avançait d’un pas énergique en grimpant comme si de rien n’était la petite côte qui menait à sa demeure. Arrivé à la porte, deux serviteurs lui ouvrirent sans qu’il ne leur accorde un regard.
Les deux lourds battants de chêne s’écartèrent pour révéler un hall qui s’ouvrait sur un escalier en colimaçon à gauche, qui montait et descendait, une petite porte à droite et une grande porte juste devant. Cette dernière était ouverte, et révéla une sorte de salle de réception très spacieuse, recouverte de tapisseries représentant des scènes de bataille et de chasse, mais relativement bien éclairée par des lustres et des hautes et fines fenêtres, trop petites pour laisser passer un homme, cependant. Le sol était parqueté et tapissé, et recouvert de quelques herbes traditionnelles de la noblesse bretonnienne.

Là, au centre de la pièce, attendaient un jeune homme, une femme et deux jeunes filles, tous vêtus richement, en seigneurs qu’ils étaient. Le jeune homme d’une vingtaine d’années, épée à la ceinture, portait une tunique brodée d’armoiries proches de celles de Foulques de Valfleuve. A vrai dire, c’était les mêmes, avec un lambel d’argent à 3 bandes ajouté en brisure par-dessus. Si Raël avait connu les règles de l’héraldique, il aurait reconnu là le signe qu’il s’agissait probablement d’un fils non héritier de Foulques. En y regardant de plus près, les deux filles, dont l’une était âgée d’environ onze ans, l’autre de quatorze, portaient certaines pièces de leur robes bleues frappées avec des armoiries semblables, mais chacune avec une particularité spécifique, une brisure. La plus grande portait une bordure d’argent, et la plus petite portait même une double brisure, un lambel et un bâton péri en bande. Quant à la femme, en robe blanche, elle portait une chevalière avec les armoires familiales, entourée d’une filière d’argent. Elle était grande et blonde, ses cheveux tirant même sur le blanc, d’une quarantaine d’années au plus, un air sévère sur le visage. Son port altier et ses manières raffinées parfaitement maîtrisées ne révélaient absolument rien de ses émotions, son visage impénétrable.

Les deux petites étaient respectivement blonde pour la plus grande, et rousse pour la plus jeune. Leurs mines joyeuses s’étaient illuminées en voyant les seigneurs rentrer dans la pièce où elles les attendaient, et il avait fallu que leur mère, la femme bonde, la retienne discrètement pour que la plus petite ne se précipite pas vers l’entrée. La plus grande, âgée de quatorze ans, semblait vouloir imiter sa mère dans sa posture, mais avec moins de réussite, sa mine ravie ne dissimulant rien de sa fierté et de sa joie de revoir son père. Le fils, lui, arborait un sourire satisfait, il était de taille moyenne et avait des cheveux mi-longs châtain clair.

Lorsqu’il les aperçut, le visage de Foulques de Valfleuve s’éclaira d’un sourire paternel et fier de lui, et il marcha droit vers eu de son pas rapide et résolu. La femme fit une révérence, imitée aussitôt par les trois jeunes filles, tandis que le jeune homme mettait un genou au sol. La première à parler fut l’épouse, qui salua son mari d’un simple baisemain suivi d’un laconique.


-Cher époux.

Ce à quoi Foulques répondit :

-Bertrade, mon épouse, vous m’avez manquée.

Puis il se tourna vers ses filles qu’il serra dans ses bras toutes deux, y compris la plus grande qui perdit tout aspect « adulte » à ce moment. Elle n’était après qu’une jeune adolescente dont le père rentrait de la bataille. Bertrade regardait la scène d’un air neutre, indéchiffrable.

-Sybille ! Marguerite !

-Papa !

-Père, heureuse de vous revoir.

Puis, enfin, il se tourna vers son fils, qui le salua d’un signe de tête avant de parler :

-Père, j’ai géré le château comme vous le désiriez pendant votre absence. Il n’y a eu aucun incident à signaler.

Foulques remercia son fils et le gratifia d’un sourire :

-Je n’en doutais pas, Henri, je n’en doutais pas. Mais dit moi, où sont ta sœur et tes frères ?

-Eudes s’entraîne avec Geoffroy dans la salle d’armes. Mathilde est avec eux, père.

-Bien, mais j’en oubliais de vous présenter notre invité et son fils. Voici Raël Khem, le meilleur guerrier de son peuple, des barbares du Sud connus sous le nom d’arabéens. Il vient pour participer à un tournoi organisé par les gueux de L’Anguille. Je l’ai invité ici pour prendre une leçon avant qu’il aille se faire ridiculiser en public là-bas.

A ces mots, il y eu un petit rire partagé par l’assistance, mais pas par la famille de Valfleuve. Le jeune fils toisa le scythien et lui tendit la main, non sans un petit sourire ironique aux lèvres, il semblait, comme son père, persuadé de sa supériorité.

-Henri de Valfleuve, chevalier du royaume et second fils de Foulques de Valfleuve.

A ce moment, la plus petite des filles du comte-paladin, Sybille, la rousse de onze ans qui dévisageait avec curiosité le scythien, ne put retenir un commentaire :

-Alors c’est un arabéen, comme ceux qui ont tué notre ancêtre aux croisades ?

La remarque jeta un froid dans l’assistance, tandis que cette fois, c’était Aziz qui devait se retenir pour ne pas éclater de rire devant la mine furieuse de Foulques et l’expression outrée de son fils. Sybille, elle, n’arrivait pas à comprendre ce qu’elle avait dit de mal, et se demandait pourquoi tout le monde la regardait avec tant d’insistance...
NB : Bien que Foulques ait gardé son accent, je ne l’écris plus ainsi par souci de commodité. ;)
Blasons familiaux : Père (armes pleines)
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Femme : Bertrade :
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1er Fils (pas encore apparu dans l'histoire, 22 ans) :
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2ème Fils : Henri de Valfleuve (20 ans) :
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1ère fille : Mathilde de Valfleuve (19 ans) :
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3ème fils : Geoffroy de Valfleuve (18 ans) :
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4ème fils : Eudes de Valfleuve (16 ans) :
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2ème fille : Marguerite de Valfleuve (14 ans) :
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3ème fille : Sybille de Valfleuve (11 ans) :
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Le Q.G. de Kriegsherr se trouve ici:
http://warforum-jdr.com/phpBB3/viewtopi ... 493#p70493

Et vous pouvez donner un grade au Kriegsherr ici:
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Raël Khem
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Re: [Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

Message par Raël Khem »

Le voyage fût l'occasion pour Raël de se détendre enfin et de profiter de la beauté des paysages Bretonnien. Son intention première n'avait pas été de faire du tourisme, mais il était bien obligé d'admettre que les prairies verdoyantes dans lesquelles Asaph vagabondait à la nuit tombée étaient bien plus attrayantes que les larges dunes de sables du désert infini. Quoique, se promener dans les palmeraies de Numas, une jeune femme à côté de soi, volant les dates à des paysans hilares et avides de commentaires salaces... C'était aussi une expérience intéressante!
Toujours était-il que les forêts s'enchaînaient aux plaines, si bien qu'un jour les deux hommes du Sud restèrent pétrifiés d'admiration pour un grand champs de tournesol, tout à fait naturel, dont la beauté jaune les émerveilla.

Ainsi se poursuivit l'avancée, avec l'escorte qui diminuait à vue d'œil à chaque arrêt. Au début, Raël s'en inquiéta mais on le rassura bien vite sur le potentielle présence d'ennemis dans la région, qui avait été purifiée par le feu et l'acier.
D'ailleurs, le Scythien en profita pour observer les puissants Chevaliers du Royaume. Tout encagés dans de la ferraille et resplendissant au soleil du midi, ils avaient des allures de statues. Enfin, de statues immobiles, notre guerrier ayant parfois eu affaire à des ushabtis bien actifs qui avaient tentés de lui trancher la tête alors qu'il avait accidentellement marché sur une dalle piégée dans une pyramide. En tout cas, il se réjouissait d'avance à l'idée de les affronter!

Pour ce qui était du château, Raël n'était que difficilement impressionnable. Il venait d'un pays où le gigantisme était devenu une règle et où pendant des millénaires chaque noble un tant soit peu important avait fait bâtir de grandes pyramides pour leur servir de dernière demeure, les villes nécropoles. Sans compter les vestiges des temples et des colosses de granit d'époques lointaines...
Malgré cela, l'ensemble de la forteresse impression grandement le guerrier, qui observa avec intérêt les différentes défenses prévues et souhaita ne jamais avoir à les traverser.
Il n'aimait pas ces gens, mais ils s'y connaissaient en matière de guerre, il n'y avait pas à en douter!

Toujours était-il qu'ils finirent par arriver et chacun poussa un soupir de soulagement, on entraîna Asaph alors qu'un petit groupe se formait autour de la jument pour la mirer et que Raël était conduit à la suite du souverain dans les fortifications ultimes et seigneuriales. Il n'empêchait que tout ici sentait l'or et la grandeur... Le Scythien comprenait de mieux en mieux à qui il avait affaire.
Avant même le jeune homme, ses sœurs et sa mère, ce que remarqua le guerrier fût le foin posé au sol. Avait-on idée de faire ça en intérieur, sur des parquets tapissés? Il soupira en arabéen:


-"Pays de cons."

Son regard se posa ensuite sur le quatuor qui attendait patiemment qu'ils daignent faire leur entrée. Un garçon un peu plus jeune que lui, une adolescente, une jeune fille et une femme blonde, assez jolie selon ses critères, qui semblaient... Froide. Elle lui faisait penser aux sarcophages des femmes nobles de l'ancienne Nehekhara, avec le teint trop parfait, trop immobile, trop peu humain.
La scène qui suivi, avec le seigneur Foulques qui baisa la main de sa femme pendant qu'elle lui parlait de façon neutre et désaffectée acheva de glacer le sudiste. Un peu d'amour envers sa dulcinée, était-ce trop demander? Il ne demandait pas de jouer de la mandoline dès qu'elle franchissait une porte, mais d'avoir un comportement plus joyeux envers elle qu'envers son domestique.

Heureusement, la rencontre plus chaleureuse entre l'homme et ses filles raviva quelque peu le cœur du Scythien. Ah! Au moins ceux-là s'aimaient... Avec un sourire il se tourna vers Aziz qu'il gratifia d'un coup sur l'épaule et lui souffla dans leur langue maternelle:


-"Tu devrais essayer d'aller voir la petite après, vous vous entendrez bien je pense!"

Il afficha ses dents dans un large plaisir en imaginant Aziz et la petiote marcher main dans la main dans la cour, insouciant du temps qui passe... Jusqu'à ce que cet enfoiré de Foulques de Valfleuve ne se retourne et présente son fils à Raël avant de lancer une pique au guerrier concernant sa défaite et humiliation inévitable. Ce dernier voulu se défendre quand la petite, dénommée apparemment Sybille, posa une question qui jeta un froid total sur l'assemblée et le petit rire d'Aziz.

Le Scythien resta stoïque, tentant de ne pas éclater de rire à son tour. Mais comme il en avait envie pourtant... A se taper sur les genoux!
Il se pinça la jambe pour se retenir et dit, étouffé:


-"Je suis Scythien, pas arabéen, pas le même peuple... Mais qui sait, si votre ancêtre a été vaincu au combat, peut-être un miracle me sauvera-t-il au tournoi...

Je vous salue tout de même Dames et... Messire Henri... Je suis Raël Khem, guerrier. Et voici Aziz Khem, mon fils. Va les saluer, Aziz."


Et pour joindre le geste à la parole, il tendit son avant-bras au jeune Henri de Valfleuve pour qu'ils se le serrent mutuellement, à la manière impérialo-sudiste.
Modifié en dernier par [MJ] Kriegsherr le 15 févr. 2016, 13:17, modifié 1 fois.
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Raël Khem, Maître-d'armes Scythien
Profil: For 14 | End 14 | Hab 11 | Cha 10 | Int 10 | Ini 15 | Att 16 | Par 16 | Tir 8 | NA 3 | PV 105/105
Lien Fiche personnage:

http://warforum-jdr.com/wiki-v2/doku.ph ... _rael_khem
Equipement:

Compétences:
Compagnon : Aziz, voleur
Profil : For 6 | End 6 | Hab 11 | Cha 7 | Int 8 | Ini 10 | Att 8 | Par 9 | Tir 9 | NA 1 | PV 40/40
Compétences : Fuite (1) Chance (1) Escamotage (1) Mendicité (1) Vol à la tire (1)

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[MJ] Kriegsherr
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Re: [Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

Message par [MJ] Kriegsherr »

Le malaise ambiant s’amplifia encore après la remarque de Raël qui jeta un froid glaçant sur l’assemblée. Les visages outrés des seigneurs présents reflétaient leur état d’esprit. Ils étaient scandalisés par la situation, mais ne pouvait rien faire sans offenser l’hospitalité du maître des lieux. Mais la poignée de main avec Henri de Valfleuve n’en fut pas moins chaleureuse malgré tout. Le jeune fils avait gardé malgré tout un sourire confiant, et répondit pour détendre l’atmosphère. Il semblait avoir pris, ou plutôt feindre d’avoir pris ce qu’avait dit Raël pour une pure plaisanterie.

-Un miracle, assurément, il en faudrait un, car même les elfes ne font pas le poids face aux bretonniens dans les arts martiaux !

Quant à Aziz, lui, il ne se fit pas prier et s’approcha de la famille du maître des lieux sous les regards médusés des nobles. Il tendit la main à Henri en disant :

-Bonjour seigneur.

Ce à quoi le chevalier, sans doute peu préparé à ce qu’on le salue ainsi, hésita un instant, ne sachant trop que faire, avant de serrer la main du petit sans rien dire, et de rapidement reporter son regard sur Raël. Visiblement, il semblait avait avoir été coupé dans ses pensées et avoir beaucoup de mal à se reconcentrer pour en retrouver le fil. Mais avant qu’il ait eu le temps de faire ou dire quoi que ce soit, Aziz le dépassa pour arriver au niveau des autres de Valfleuve de la salle. Peu à même du protocole bretonnien, il salua dans le désordre, se présentant d’abord devant Marguerite qui, l’air à moitié flatté, à moitié outrée, lui tendit négligement la main de la même manière que sa mère l’avait fait, comme pour l’imiter. Elle fut d’autant plus surprise lorsqu’au lieu du baisement traditionnel, Aziz, qui ignorait cette forme de salutation, lui serra énergiquement la main en lui disant d’un ton amical, dans un reikspiel mal assuré et au très fort accent :

-Salut ! Moi c’est Aziz. Tu t’appelles Mergrite, c’est ça ?

Ecarlate, gênée et totalement prise au dépourvu, Marguerite balbutia d’un ton mal assuré :

-Heu, non, Marguerite de Valfleuve.

-Margrite ?

-Non. Mar-gue-rite. Comme la fleur, vous savez ?

-Tu portes le nom d’une fleur ? C’est joli. Je savais pas qu’il y avait une fleur qui s’appelait Mar-gue-rite.

-Heu… Oui, c’est ça, Marguerite, c’était mieux cette fois, presque ça.

La scène était surréaliste. Plusieurs nobles à côté de Raël échangèrent des regards et durent se détourner pour éviter d’éclater de rire. D’autres, comme Henri, était pétrifiés de stupéfaction, comme s’ils n’arrivaient pas à en croire leurs yeux. D’autres encore étaient rouges de colère et ne se maintenaient qu’à grand peine de corriger ce petit impertinent qui osait ainsi s’approcher et adresser la parole aussi vulgairement à la fille du comte-paladin, sans même saluer sa mère auparavant, comme l’aurait voulu la bienséance. Foulques était de ceux-là, mais un regard échangé avec sa femme, qui avait gardé son air glacial, mais dont les yeux semblaient encore plus froids si toutefois c’était possible, le dissuada d’agir.

La maîtresse de maison émit une petite toux parfaitement maîtrisée, qui sembla ramener sa fille à elle. Un seul regard, un seul son qui avait rappelé sa présence avait suffi à faire retrouver ses esprits à sa fille perturbée. Rouge pivoine, complètement honteuse, celle-ci lâcha la main d’Aziz qu’elle tenait toujours, et tenta, vainement, de retrouver un masque d’impassible noblesse. Tandis que le petit adolescent arabéen continuait, comme si de rien n’était : il voulut saluer Sybille, mais la mère s’interposa entre les deux et glissa un laconique et glacial :


-Merci, Aziz, je crois que nous savons qui vous êtes, maintenant.

Le ton de la femme n’admettait aucune réplique. Pas gêné ni honteux le moins du monde, le garçon haussa les épaules et retourna près de son père adoptif. Henri de Valfleuve, qui semblait encore paralysé par le choc, mit quelques secondes à reprendre, maladroitement :

-Hum, bon, bien. Et bien, voilà qui est fait. Maintenant que les présentations sont faites, que diriez-vous, avant de manger et d’aller vous reposer, de visiter la salle d’armes ?

Foulques se détendit un peu, il souffla un grand coup, comme pour chasser de son esprit ce qu’il venait de voir, puis répondit pour Raël :

-Bonne idée, mon fils. Ca me permettra de saluer le reste de mes enfants, et cela montrera à messire Raël Khem de quoi sont capables les nobles fils de la Bretonnie, dès leur plus jeune âge. Evidemment, nous ne pourrons nous-mêmes nous battre sitôt, car nous sommes tous fatigués en rentrant d’une longue chevauchée et de la guerre. Aujourd’hui, l’heure n’est pas à l’entraînement, mais aux festivités.
Cela-dit, dès demain, messire Raël, vous-même aurez un accès libre à cette salle. Et l’après-midi, si le cœur vous en dit, nous jouterons ensemble dans la cour du château.

La salle d’armes seigneuriale était une grande pièce qui se trouvait à la droite de l’entrée. On pouvait y accéder par de nombreuses portes, dont la petite porte qu’il avait déjà remarqué, mais pas uniquement.

On y trouvait des râteliers entiers de diverses armes de corps-à-corps d’entraînement de tous types. Epée, haches, marteaux, sabres, fléaux d’armes, dagues, masses,… Le tout à une ou deux mains. Il y avait également des gambisons pour se protéger, voire même des armures complètes pour s’entraîner au combat en armure lourde, et bien sûr des boucliers. Bien entendu, ces armes n’étaient pas conçues pour tuer, mais elles pouvaient néanmoins faire de gros bleus si l’on n’y prenait garde. Le sol et les murs étaient recouverts d’épais tapis qui y étaient solidement cloués, pour éviter toute détérioration ou toute blessure lors d’une chute.

En l’occurrence, trois personnes se trouvaient au centre de la pièce, deux qui se combattaient et une spectatrice qui avait un grand sourire sur le visage. Celle-là était assurément Mathilde de Valfleuve, l’aînée des filles du compte-paladin. Elle avait dix-neuf ans, et se targuait d’être une sublime jeune femme. Son visage était semblable à celui d’une déesse, d’une rare perfection, son rire envoûtant, ses dents blanches sans défaut, ses yeux verts d’émeraude captivants. Une magnifique chevelure blonde cachée en grande partie sous une coiffe, comme pour toutes les bretonniennes ou presque complétait le tout.
Quant aux deux combattants, on n’aurait pas pu les décrire, cachés sous leurs protections de la tête aux pieds. Leurs heaumes complets empêchaient même de voir leurs visages.

Les nouveaux spectateurs entrèrent sans faire de bruit, afin de ne pas perturber le combat en cours. A vrai dire, même la spectatrice était tellement absorbée par le spectacle qu’elle n’avait pas remarqué les nouveaux arrivants, restés au fond de la salle.

Les deux combattants se tournaient autour. Chacun avait une épée de bois à une main et un bouclier avec ses armoiries personnelles dessus. Le plus rapide à agir fut celui qui avait sur son bouclier un simple trait barrant le château central. Il lança son attaque et passa facilement la garde de son adversaire, complètement débordé, qui fut projeté à terre, malgré son gambison, par le coup qui l’atteignit dans les côtes. Il lâcha au passage son épée qui atterrit à deux mètres de lui.

Pourtant, pour un habitué du combat comme Raël, le coup n’était pas si violent que ça, compte-tenu de la protection. Peut-être devait-il avoir une ecchymose sans importance, tout au plus. Mais le plus jeune fils du Duc se tortilla au sol en gémissant et en pleurnichant comme s’il était au bord de l’agonie. Voyant cela, son grand frère qui l’avait vaincu tendit son épée à sa sœur, la spectatrice, et voulut se rapprocher pour l’aider à se relever.

Pendant ce temps, sa grande sœur se moquait de lui, imitant les cris d’un bébé et en le rabaissant :


-Ouin, ouin, Geoffroy il m’a encore fait mal ! Hahahaha ! Si tu te voyais, Eudichounet, tu es pitoyable. Tu ne serais même pas capable de vaincre une femme !

Sans doute vexé, froissé dans sa fierté, le vaincu, qui traînait toujours au sol, repoussa violement la main tendue de son frère et se releva tout seul après avoir ramassé son épée à quatre pattes. Puis, sans prévenir, il leva son arme pour frapper sa sœur qui riait toujours aux éclats. Il l’aurait blessée si, au dernier moment, cette dernière n’avait pas levé l’épée d’entraînement que lui avait confiée Geoffroy pour aller relever son frère. Elle n’eut aucun mal à parer le coup, et s’enchaîna un combat violent entre les deux frère et sœur.

Humilié, l’homme avait pour lui l’avantage de la colère et de l’équipement : en effet, il avait gardé son bouclier à son bras et portait toujours ses protections. La jeune fille, elle, n’avait rien d’autre que son épée d’entraînement nue pour se défendre, elle n’arrêtait pas de rire et de narguer son frère en combattant. Il y eut un enchaînement de parades et de ripostes. Les coups étaient féroces, mais de qualité médiocre, tout juste digne de novices. Puis, enfin, la sœur trouva la faille dans la garde de son frère. Profitant d’une de ses attaques trop hardie, elle prit de fer en écartant l’épée adverse, et envoya un grand coup d’estoc dans la foulée en plein dans la casque de son frère, qui s’effondra sur le sol une deuxième fois en l’espace d’une minute, sonné et humilié par sa propre sœur, alors même qu’il avait l’avantage des armes.

Ricanant toujours, Mathilde de Valfleuve eut tout le loisir de mettre son pied gauche sur la poitrine de son frère au sol, son pied droit venant écraser sa main droite en lui arrachant un hurlement de douleur aigu et intense, l’obligeant à lâcher son épée. Puis, avec la pointe de son épée, méprisante, elle fit arracha le heaume de son frère, et plaça ensuite la pointe de l'arme sur son cou.

Eudes pleurait de honte, de rage et d’impuissance. Son fin visage était rouge. Il pleurait à chaudes larmes, tandis que du sang lui sortait des narines. Son nez délicat n’était pas cassé, mais il avait pris un choc. Très beau, l’adolescent qui devait avoir seize ans, un âge considéré comme adulte dans un grand nombre de contrées, mais il semblait frêle et raffiné, pas du tout bâti sur le modèle de son père ni de ses frères. Il avait des cheveux roux clairs coupés au bol, mais était sinon imberbe. Il hurlait d’une voix suraigüe, demandant misérablement grâce pour que sa sœur arrête de lui écraser la main et la poitrine et de lui piquer la gorge.

Outre les filles et la femme de Valfleuve, qui avaient toutes détourné le regard pour s’épargner la vue d’une telle violence, ce spectacle navrant répugnait à nombres de seigneurs présents. Certains hochèrent la tête négativement, d’autres la détournaient, ne voulant pas avoir à supporter cette scène affligeante. D’autres, encore, riaient aux éclats ou se moquaient d’Eudes. Foulques de Valfleuve, écarlate tout comme son jeune fils vaincu, ne semblait pas s’amuser du tout, lui, contrairement à l'aînée de ses filles. Cédant à sa colère, il hurla :


-ASSEZ ! Ma fille, ce n’est pas le rôle d’une Dame de Valfleuve de se comporter de la sorte. Disparaissez de ma vue, immédiatement ! Geoffroy, pourquoi n’êtes vous pas intervenu pour stopper cela ? Pensez-vous cette attitude digne d’un chevalier ? Sortez aussi ! Quant à vous Eudes,…

Le comte-paladin semblait ne pas trouver les mots pour s’adresser à son fils. Mais le regard de déception, et même de dégoût qu’il lui lança suffisait à exprimer tout le mépris qu’il ressentait à son égard. Etrangement, Foulques lui-même semblait souffrir de la situation, peut-être même plus encore que son fils, encore étendu au sol. Son visage était torturé, avant qu’il ne se détourne pour retourner à la salle de réception.

Mathilde et Geoffroy avaient immédiatement quitté les lieux sur les ordres de leur père, ils devaient déjà être dans leurs appartements respectifs.

Humilié et vaincu, Eudes resta seul, allongé et sanglotant sur le tapis de la salle d’armes.



Pendant ce temps, le comte-paladin, encore trop secoué par ce qu’il avait vu pour parler, sortit dans la cour en laissant plantés dans sa salle de réception le reste de sa famille, ses invités et ses vassaux. Henri, son second fils, prit donc ses responsabilités, et se chargea de Raël et d’Aziz :


-Hum. Désolé de vous avoir infligé ce pitoyable spectacle, messire Raël Khem. Maintenant, pour la suite de la journée, et bien, je pense que vous devez avoir envie de vous laver, de manger et de vous reposer, c’est bien normal, après tout, après votre voyage éreintant.

Si vous le voulez bien, je vais appeler un domestique pour vous montrer vos chambres et vous permettre de vous baigner si vous le souhaitez.
Le dîner sera servi dans quelques heures, tout juste le temps pour vous de vous installer et de vous préparer. Mais Norbert vous expliquera tout cela plus en détail.
Norbert !


-Oui, votre seigneurie ?

-Montrez donc à nos invités leurs appartements, aidez les à prendre un bain, et assurez-vous qu’ils soient présentables et sachent quoi faire ce soir, au repas. Je compte sur vous, Norbert, vous serez tenu personnellement responsable de toutes les fautes de nos invités. Après tout, ils sont étrangers, et ne sauraient eux-mêmes être au courant de nos us et coutumes, c’est bien normal, on ne peut leur en tenir rigueur. Mais ce n’est pas votre cas, en revanche…

A ces mots, le domestique, qui devait avoir dans les quarante ans, et en faisait déjà cinquante, pâlit. Nul doute qu’il serait sévèrement châtié en cas d’erreur protocolaire ou de comportement de la part d’Aziz et son père. Mais le paysan n’avait pas le choix et répondit :

-Bien, votre seigneurie.

Reprenant, Henri compléta :

-Mais avant cela, vous avez peut-être des questions ?
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Raël Khem
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Re: [Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

Message par Raël Khem »

Lors de la discussion de la petite Marguerite avec Aziz, le Scythien couva son protégé d'un fier sourire paternel. Qu'y avait-il de plus beau que de voir son héritier se faire une nouvelle camarade de jeu pour les jours à venir? Aziz grandissait, il devait gagner en indépendance et se faire ses propres amis, c'était un fait! La réaction des nobles à l'arrière, que Raël sentait fulminant, troubla d'ailleurs beaucoup le guerrier. Voir deux enfants faire connaissance avec toute l'innocence de leur jeunesse, en quoi cela pouvait-il être un problème? Décidément, ces bretonniens étaient des gens bien étranges!

La mère mit d'ailleurs rapidement fin aux salutations, bloquant Aziz dans son élan et provoquant un hoquet de surprise chez le maître-d'armes qui ne s'attendait pas à une telle réaction. Heureusement, Henri et Foulques semblèrent reprendre leurs esprits. Leur proposition, déjà de manger et de se reposer dans un lit chaud et douillet, ravivèrent la flamme de l'envie du Scythien! Mais, malheureusement ou heureusement, les maîtres de maison décidèrent de d'abord lui présenter la salle d'entraînement. Curieux de voir à quoi pouvait ressembler un entraînement en Bretonnie, Raël les suivit sans sourciller, gratifiant Aziz d'un clin d'œil, d'un sourire, d'une tape sur l'épaule au passage et ajoutant en arabéen:


-"Le petit Aziz courtise de nobles dames à présent? Petit profiteur!"

La salle d'armes semblait très bien fournie en armes et armures diverses et variés, dont certaines que le combattant n'avait jamais vu ou presque, ces objets n'étant pas produits dans son pays. Au centre, une jeune femme, assez belle pour qu'on la regarde mais qui manquait cruellement d'un bronzage digne de ce nom. Devant elle, dans un duel presque sans merci, deux hommes s'affrontaient. Enfin, un combattait l'autre qui tentait de se défendre comme il pouvait était plus exact, tant le second se montrait incapable de riposter de façon efficace.
Pire, lorsque le second reçut un coup, qui pourtant, porté par une simple épée de bois, il s'en retrouva jeté à terre et gémissant. C'était... Ridicule. Soit, se prendre un coup n'était jamais agréable, mais de là à geindre alors qu'il était porté par une lame de bois... D'ailleurs, celle qui devait être la fameuse Mathilde ne s'y trompa pas et se moqua de son frère. Certes, Raël ne pouvait lui donner tort, mais les liens de la famille étaient sacrés, alors...


-"Bande de cramés*..."

La suite fût juste trop idiote pour pouvoir être décrite. Le vaincu s'empara de son arme et attaqua la jeune femme, qui parvint malgré tout à le mettre à terre avec une certaine facilité. Leur technique était méprisable, leur honneur inexistant. C'était ça la fine fleur de la chevalerie? A s'en demander si les croisades n'étaient pas qu'une légende d'ivrognes inventée de toutes pièces.

D'ailleurs le père Foulques semblait peu goûter à la démonstration, pas plus que les autres nobles de la pièce, tant son regard fulminait de colère de voir son fils vaincu ainsi. Il explosa dans un élan de fureur et partit, plantant là ses invités et laissant Raël coi. Ce dernier était d'ailleurs plus que déçu par le spectacle, il croisa le bras et lâcha un long soupir. Si c'était là ce que la Bretonnie avait de mieux à offrir, autant s'en aller tout de suite au tournoi et rafler la mise.


-"Les agneaux de Bretonnie finiront mangés par le lion du désert à ce rythme."

Ensuite il écouta Henri de Valfleuve lui présenter ses excuses et mettre à leur disposition un serviteur pour les guider dans les méandres du protocole bretonnien. Voilà qui promettait.

-"Et bien, tout cela me semble parfait. Je vous demanderais juste s'il serait possible que l'on me prête une pierre à affûter. Ma lame s'est émoussée à force de tuer des gobelins. Comme ces créatures peuvent-être repoussantes..."

Mieux valait rester simple pour le moment. Ils étaient invités par leurs "sauveurs", autant se montrer aimable, quitte à les humilier en combat plus tard.

-"Oh et d'ailleurs, m'accorderez-vous l'honneur de mon premier duel contre un chevalier bretonnien?"
* Raël fait ici référence aux gens que la chaleur du désert a rendu complètement fous.
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[MJ] Kriegsherr
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Re: [Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

Message par [MJ] Kriegsherr »

Lorsque son père adoptif le taquina sur ses salutations à Marguerite, Aziz, un air penaud et mêlé d’incompréhension sur le visage, lui répondit en ces termes, en arabéen :

-Je ne comprends pas, seigneur : ces gens sont étranges ! Je les saluais comme vous me l’aviez demandé, et là… Vous avez vu comme moi ce qui s’est passé.

Mais il fut interrompu par l’étrange spectacle qu’il leur avait été donné de voir dans la salle d’entraînement et ne parut plus y penser par la suite.

Après que le comte-paladin ait quitté le bâtiment et que son second fils se soit occupé des invités à sa place, ce dernier sourit aux demandes du scythien, auquel il s’empressa de répondre d’un ton courtois :


-Bien, ce sera fait. Et si vous le désirez, vous pourrez confier à Norbert vos armes et armures, pour qu’il les fasse entretenir et réparer à l’armurerie du château. Cela vaut également pour vos vêtements. Nos couturières et lavandières se feront un devoir de les recoudre et de les laver, afin qu’ils soient comme neufs.
En attendant, pour ce soir, je vous conseille de venir dans les tenues qui vous seront prêtées pour l’occasion.

Quant à ce qui concerne le duel, et bien, je suppose, oui, si toutefois j’en ai le temps. J’ai eu à gérer ce fief pendant l’absence de mon père, et je devrais lui faire un rapport détaillé demain matin. Peut-être vous faudra-t-il vous contenter d’affronter mes frères en attendant. Mais ne vous en faites pas, nous trouverons le temps de croiser nos lames demain, je vous le promets.

Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, mes devoirs m’appellent.


Et le fils du seigneur prit congé de ses hôtes, les laissant aux bons soins du dénommé Norbert. De sa voix soumise, le domestique invita les étrangers à la suivre :

-Si ces messieurs veulent bien se donner la peine de me suivre, je leur montrerai leurs appartements. Dois-je vous préparer une seule chambre, ou préférez-vous deux chambres proches ? Le sire Henri n’a rien dit là-dessus, libre à vous de choisir.

Raël lui indiqua sa préférence pour une seule chambre, avec deux lits, ce à quoi le serviteur acquiesça d’un très classique signe de tête affirmatif accompagné d’un non moins classique :

-Comme vous voudrez, monsieur. Venez, c’est par ici, au quatrième étage.

Norbert leur servit de guide, et les mena vers l’escalier en colimaçon, qu’ils empruntèrent vers le haut. Après avoir monté une bonne volée de marche, ils se retrouvèrent dans un petit couloir qui donnait sur plusieurs portes. Le domestique expliqua :

-Au premier étage sont logés la famille de Valfleuve, ils ont un accès direct à la salle d’armes, la salle de réception et la salle à manger du rez-de-chaussée. Au second, on trouve les invités de marque et les vassaux les plus influents. Au quatrième, les autres invités et les vassaux les moins importants. Le cinquième est en général réservé à la garde et aux serviteurs, on y trouve aussi un peu de tout. Ensuite, c’est le toit du donjon. Au sous-sol, il y a les réserves et d’autres choses peu intéressantes.

Vous aurez cette chambre, que l’on gardait prête pour des invités.


Dit-il en ouvrant une porte de chêne renforcée de fer en y faisant jouer une clef d’acier. Toutes les portes et serrures du château, même intérieures, semblaient renforcées et presque neuves. Visiblement, le comte-paladin avait profité de sa richesse pour sécuriser au maximum ses châteaux, ou du moins celui-ci. Le lourd battant s’ouvrit sans un grincement et sans effort sur une pièce moyennement spacieuse, d’une trentaine ou quarantaine de mètres carrés, dont une bonne partie était prise par des meubles imposants. Deux lits à baldaquins, de grands coffres et des armoires, sans compter une table de bureau et trois chaises de bois ouvragées. La lumière était assurée de nuit par des bougeoirs dispersés dans la pièce, même s’il y avait également des torchères aux murs. Deux minces fentes pratiquées dans l’épais mur de pierre (il devait mesurer plus d’un mètre et demi d’épaisseur, au bas mot) assurait un faible éclairage naturel, que l’on pouvait neutraliser en fermant un volet fendu d’une petite croix tout juste suffisante pour laisser tirer un archer ou un arbalétrier en cas de siège. Il y avait également, avant le volet, un carreau de verre, une fenêtre qu’on pouvait ouvrir ou fermer à souhait. L’endroit aurait pu être très agréable s’il n’avait pas ce côté si militaire que l’on percevait malgré le vernis de confort apporté par les meubles qui y avaient été disposés.

Le domestique confia la clef des lieux à Raël Khem, en lui disant que de toute façon, il possédait un double et même un passepartout au cas où, mais qu’il valait mieux ne pas oublier sa clef tout de même. Il y avait également moyen de barrer la porte de l’intérieur, auquel cas il ne serait pas possible de l’ouvrir de l’extérieur, il faudrait l’enfoncer. Mais Norbert déconseilla fortement aux invités de s’en servir.


-Ne faites pas attention aux planches de chêne près de la porte, elles servent à la barrer, mais vous ne devriez pas en avoir besoin.

Dans ces armoires, vous trouverez des habits plus convenables pour le dîner de ce soir. Vous n’avez qu’à me remettre les vôtres, ainsi que votre armure, messire Khem, de manière à ce que je puisse les amener auprès de ceux qui les entretiendront et les laveront afin que vous les retrouviez comme neuf dès demain matin.

Pendant ce temps, je vais vous chercher votre pierre à aiguiser et ordonner que l’on prépare votre bain, messieurs. Si vous avez besoin de quelque chose, demandez moi, je serai non loin.


Et il fut fait comme Norbert l’avait dit. Après une petite demi-heure, on frappa à la porte, et plusieurs serviteurs entrèrent, portant de lourds baquets remplis d’eau chauffée, ainsi que des savons, et des serviettes. Puis, les serviteurs qui avaient apporté les baignoires s’en allèrent, non sans avoir au préalable emporté les vêtements et les armures de leurs hôtes.
Et Norbert, sans doute soucieux de plaire à ceux dont le comportement allait déterminer s’il serait ou non puni, avait décidé de les mettre aux petits soins de deux jolies servantes brunes d’une vingtaine d’années, à la poitrine et aux courbes généreuses.

Les deux firent une révérence maladroite, en échangeant quelques mots à voix basse en patois bretonnien totalement incompréhensible pour ceux qui n’était pas du coin. Mais elles rosirent légèrement et laissèrent échapper un gloussement de contentement en regardant la musculature impressionnante du guerrier du Sud. Visiblement, elles essayèrent toutes deux de se faire choisir par lui pour être affectée à la tâche de le laver, l’autre irait se charger du jeune Aziz.

Après que ce dernier eu fait son choix, l’heureuse élue, un grand sourire aux lèvres, alla chercher le savon, et frotta le corps du combattant qui pouvait se détendre tranquillement en se prélassant dans une eau chaude très appréciable. Aziz, lui aussi profitait d’un tel confort, un luxe normalement réservé aux invités de marques et aux seigneurs importants.

Enfin, après tant de jours, tant de mois à parcourir sans répit le Vieux-Monde et à se battre ici et là, Raël Khem pouvait goûter aux joies du repos et du confort. Il n’avait qu’à se laisser faire, les mains expertes de la servante déliant ses muscles tendus et endoloris, le massant et chassant toute courbature, toute douleur et toute trace de saleté à la fois. On s’occupait de lui à merveille, tel un sultan dans son harem, et il n’avait rien à faire, encore que… La petite qu’il avait choisie lui fit bien comprendre, sans avoir besoin de mots, qu’elle ne serait pas contre aller plus loin après le bain, s’il le souhaitait également, et celle qui s’occupait d’Aziz ne semblait pas en reste, jalouse qu’elle était de sa collègue. Ils auraient encore un peu de temps avant le dîner normalement, bien assez en tout cas pour faire ça dans les formes.

La seule chose qui pouvait gêner était la présence d’Aziz dans la chambre, qui était encore un peu jeune pour ce genre de choses, mais, tant que le soir n’était pas couché, on pouvait le laisser librement aller dans le château et la haute-cour, c’était sans danger et tout à fait autorisé.

…

Quelle que furent les choix de Raël, après encore quelques heures, vint le moment de se préparer à aller dîner. Aziz, qui était sorti pendant quelques heures explorer le château et ses environs après son bain, -si Raël l’avait permis, toutefois- était revenu à temps. Les deux étrangers n’avaient plus leurs vêtements habituels, envoyés au lavage et au rapiéçage, mais portaient des habits typiques de la bourgeoisie bretonnienne, qui leur avaient été fournis dans les armoires.

http://images.google.fr/imgres?imgurl=h ... AQrQMIcjAb

De couleur grise plutôt que bleue (le bleu étant réservé aux nobles).
Bientôt, il faudrait descendre au repas. Norbert frappa à la porte, et, dès qu’on lui permit d’entrer, expliqua :

-J’espère que vous vous êtes bien détendus, messires. Pour ce qui est du repas, je me dois de vous avertir de certaines règles de bienséance à respecter à la table du comte-paladin.

D’une part, il faudra s’asseoir aux places qui vous auront été attribuées. Ne vous en faites pas, je vous guiderai jusqu’à elles. Les hommes doivent se lever quand une femme pénètre dans la pièce et sont censés la laisser passer en premier, sauf pour monter un escalier, auquel cas, l’homme passe devant. Les femmes seront servies en premier, vous ne devez pas manger ni boire avant que la maîtresse de maison, Dame Bertrade, ait commencé.

Lorsque vous vous adressez à n’importe qui à la table du seigneur, il est de bon ton de le vouvoyer et de lui montrer le plus grand respect, et si c’est une femme, la plus grande courtoisie. N’oubliez pas que vous êtes leurs invités et qu’ils ont un rang social supérieur au votre en ce pays.

Cela vaut également pour Dame Sybille et Dame Marguerite, en dépit de leur jeune âge.


Ajouta le serviteur en se tournant vers Aziz en soupirant.

-En fait, le mieux pour ne pas faire d’erreur, serait peut-être que vous ne parliez pas du tout, sauf quand on vous pose une question ou qu’on vous y invite. Evidemment, éviter toujours de critiquer ou de porter atteinte d’une manière ou d’une autre à vos hôtes, et tout devrait bien se passer. Dans le doute, traitez-les comme vous le ferriez de vos propres seigneurs ou rois dans votre pays, ou encore feignez poliment de ne pas comprendre ce qu’ils ont dit si réellement vous ne voyez pas quoi dire.

Ne quittez pas la table sans permission de le faire. Mangez et buvez normalement, comme les autres, et d’une manière générale, imitez-les sans caricature dans le doute.

Vous avez des questions, remarques ou observations en tout genre, avant que nous y allions, messires Khem ?

Voilà, si tu pouvais me dire ce que tu fais pendant le temps après le bain, et si tu autorises ou non Aziz a aller explorer le château et ses environs pendant ce temps, ça me serait très utile, merci. ;)
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Re: [Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

Message par Raël Khem »

L'idée de devoir changer de vêtements n'enchanta pas vraiment le Scythien! Mais sa vieille toge traditionnelle le suivait depuis des mois et il était bien forcé d'admettre qu'elle avait fortement souffert des combats, des coups supportés, des cheveux, de la crasse des chemins et des égouts... En bref, qu'elle était bonne pour une remise à neuf. D'ailleurs il n'enviait pas les dames bretonniennes qui s'en chargeraient. Par contre la plus grande appréhension était de mise sur les tenues qu'ils allaient recevoir en échange. Raël n'avait pas encore osé en parler, mais il trouvait les costumes bretonniens du plus mauvais goût et de l'appareil le plus ridicule. Ces tenues souvent bouffantes, toujours dans des couleurs extravagantes et dont les couleurs s'agençaient aussi peu que possibles entre elles... Quelle horreur.

Une fois que la chambre fût choisie, on mena Raël et Aziz vers leurs appartements où ils eurent le plaisir de découvrir deux lits à baldaquins. Deux lits confortables et coquets, comme ils n'en avaient pas eu depuis longtemps. Ni une, ni deux, le temps de se déshabiller et de refiler leurs habits et de leur équipement, sauf le kopesh, et les deux sudistes de se jeter sur le lit pour en toucher le moelleux. Le guerrier s'allongea d'ailleurs carrément, laissant son dos profiter de la douceur des tissus et de la fraîcheur des draps. Un véritable délice! Par contre, sa surprise fût encore plus totale quand on fit entrer deux beaux brins de filles pour les laver, lui et le petiot. Bien sûr, il ne s'attendait pas à voir débarquer deux mégères, mais trouver deux damoiselles arriver avec le bain, même si elles étaient bien trop blanches à son goût, n'était pas pour lui déplaire.

Bien évidemment, les deux filles se ressemblant beaucoup et les deux lui faisant des clins d'œil, il choisit celle dont le sourire lui plut le plus! S'engagea alors un véritable duel entre sa propre résistance physique et l'appel corporel de la demoiselle. Un test de volonté réussi lui permit de résister à l'ardeur de la jeunesse, du moins le temps que la collègue de sa dame ait eu le temps de laver Aziz et que Raël lui demande gentiment, en arabéen:


-"Tu semblais bien t'entendre avec Marguerite tout à l'heure, non? Va la rejoindre, je suis sûr que vous avez un tas de choses à vous raconter! Sois juste de retour pour le diner."

Et une fois que le gamin fût rhabillé et sorti, Raël attrapa tour à tour les hanches de ses deux compagnes.

Ca faisait plaisir, parfois, le repos du guerrier.

...

Aziz revint à l'heure, alors que son maître avait congédié les damoiselles comblées et s'était vêtu de cette tenue ridicule. Ne lui restait plus qu'à écouter l'interminable diatribe moralisatrice du vieux serviteur qui semblait vraiment vouloir bien faire.
Autant lui faire plaisir, après tout, ces gens étaient des hôtes.


-"Non je n'ai pas de question. Aziz se tiendra tranquille et je tâcherai de ne pas nous humilier."

Secrètement il espérait que ce diner passerait vite pour que l'aube arrive. Cette attente insupportable du prochain combat le consumait.
Modifié en dernier par [MJ] Kriegsherr le 15 févr. 2016, 13:18, modifié 1 fois.
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Re: [Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

Message par [MJ] Kriegsherr »

Lorsque Raël avait permis à Aziz d’aller sortir rejoindre Marguerite, celui-ci ne s’était pas fait prier. Au contraire, il s’était empressé de s’habiller et avait quitté la chambre en remerciant son père adoptif. Visiblement, chacun s’était fait plaisir comme il l’entendait pendant son temps libre.
***


Mais maintenant que le garçon était revenu et que Raël était prêt lui aussi, il fallait passer aux choses sérieuses. Un dîner chez les de Valfleuve les attendait, et, aussi curieux que cela puisse sembler, parfois, en Bretonnie, ce genre de mondanités pouvait être plus dangereux encore qu’une armée entière de gobelins. Les alliances s’y faisaient et s’y défaisaient. Les règles du protocole et de l’étiquette étaient si nombreuses et si étranges dans cette étrange contrée, que l’on pouvait facilement offenser quelqu’un si l’on n’y prenait garde. Et offenser un hôte revenait à froisser l’orgueil des chevaliers bretonnien, qui n’étaient pas peu fiers. Sans-doute même n’étaient-ils dépassés en termes de suffisance que par les arrogants elfes, et en termes d’emportement pour la moindre atteinte à leur « honneur » que par les intraitables nains. Plus d’une fois, on avait vu une querelle lors d’un dîner se régler par un duel, voire même parfois une guerre entre fiefs.

Par chance pour lui, nul n’ignorait que Raël Khem et son fils Aziz n’étaient que des roturiers étrangers. Bref, à leurs yeux, ils n’étaient que des rustauds ignorants issus d’un peuple barbare et mal dégrossi. En somme, cela signifiait qu’on leur accorderait moins de crédit, mais qu’on leur pardonnerait aussi plus facilement leurs fautes en les considérant juste, non pas comme des offenses volontaires, mais comme des preuves supplémentaires de leur ignorance, s’il en fallait.

Les Khem, guidés par le fidèle Norbert, descendirent dans la salle à manger, une pièce au rez-de-chaussée, située à gauche de la salle de réception en venant de l’entrée, et donc symétriquement opposée à la salle d’armes en prenant la salle de réception comme axe. Bientôt, les trois hommes entrèrent dans la salle, où la plupart seigneurs attendaient déjà, le plus souvent debout devant leurs sièges respectifs. La famille de Valfleuve n’était pas encore là, mais n’allait certainement plus tarder. La grande table rectangulaire était dominée par deux grands fauteuils en bout de table, du côté opposé à l’entrée du donjon.
Les places de Raël et d’Aziz étaient également en bout de table, mais à l’autre bout, le plus éloigné des places d’honneur.
Soudain, une porte privée au fond de la pièce, située derrière les places des maîtres de maison s’ouvrit et la famille de Valfleuve presque au complet entra. Il manquait en effet l’aîné des fils de Foulques, un chevalier qui était probablement absent du château.

Evidemment, tout le monde se leva pour saluer l’arrivée des dames. Puis, la première, Bretrade s’assit prit place à la gauche de son époux, sur l’un des deux grands siège. Dès que la maîtresse de maison se fût assise, tout le monde fit de même, dans un grand brouhaha de discussions qui s’étaient interrompues un bref instant avant de reprendre, et de raclements de lourds fauteuils en bois massif.

Test sous INT de Raël : 1. Réussite critique.
Dans la cohue, Raël fut le seul à remarquer que la jeune adolescente, Marguerite de Valfleuve, avait cherché des yeux leurs place, et, que, pour lui répondre, Aziz lui avait adressé un grand sourire et un signe amical de la main. Audacieuse et osant prendre le risque de braver les conventions au nez et à la barbe de ses parents si stricts, la jeune noble lui avait répondu d’un petit signe de la main et d’un grand sourire dévoilant ses dents blanches parfaitement alignées.
Les trois filles de Valfleuve étaient assises du côté de la table où se trouvait leur mère, la plus grande, Mathilde, étant directement à sa gauche, puis venait Marguerite, et enfin Sybille. De l’autre côté, à la droite de leur père, les trois fils présents étaient de même assis du plus âgé au plus jeune. Ensuite venaient les seigneurs et leurs femmes, sans doute rangés par ordre d’importance. En dernier, enfin, il y avait Raël et Aziz.

Fort heureusement, le seigneur n’avait prévu qu’un simple repas, non précédé d’un discours et encore moins de paroles spécialement adressées à leurs hôtes. Les serviteurs apportèrent les victuailles, l’on attendit que la maîtresse de maison soit servie et mange une première bouchée, puis le repas commença, chacun plongé dans sa propre conversation.

Par pure politesse, le chevalier assis à côté de Raël, un jeune homme aux cheveux châtain et longs, qui devait avoir entre seize et dix-huit ans à peine, lui adressa la parole. Il était plutôt petit, mais d’une carrure normale. Il portait un vêtement rouge avec deux chevrons blancs couchés contournés, c'est-à-dire retournés d’un quart de tour, pointe vers la gauche, et une bordure blanche :


-Bonjour, messire Khem, je me nomme Thibault de Pongevin, chevalier errant, troisième et dernier fils de ma famille. Le comte-paladin m’a fait l’honneur de m’accueillir à sa table, car j’ai combattu à ses côtés et avec vous à la bataille du village du Coude-de-Vive-Eau. Pour tout vous dire, je compte moi aussi participer au tournoi de l’Anguille, et qui sait, si je le remporte, peut-être un suzerain me trouvera-t-il digne du titre de chevalier du royaume.

Si vous le souhaitez, demain, dès la première heure, nous pourrions croiser le fer afin de nous y préparer. On m’a conté de source sûre vos prouesses contre les peaux-vertes, et si l’on dit que vous êtes le champion de votre peuple, je pense que confronter nos styles de combat ne pourra qu’être une expérience unique pour chacun d’entre nous. Qu’en dites-vous, messire ?


Les rares dames et seigneurs alentours qui avaient prêté l’oreille à ce que venait de dire Thibault sourirent avec mépris. Une jeune dame particulièrement laide, mais qui semblait très imbue d’elle-même, en dépit de sa position à la table, à peine plus proche des Valfleuve que Thibault, répliqua avec mépris d’une voix forte et aigüe, sans laisser le temps à Raël de répondre. Elle avait la bouche pleine, mangeait salement avec ses doigts, en agitant un pilon de poulet accusateur vers Thibault de Pongevin. En outre, elle avait la robe tâchée et était l’image même de la grossièreté. La moitié de ses mots étaient déformés par sa mastication bruyante, et elle postillonnait et crachait des morceaux de viande un peu partout :

-Hé, vl’a qu’l’Thibault y parle à l’aut’arabéen comme si c’tait un vrai ch’valier !

Puis elle éclata de rire toujours, projetant des petits morceaux de nourriture à moitié mâchée un peu partout dans son assiette et sur la table. Plusieurs seigneurs et dames l’imitèrent, d’autres, dont la totalité des plus éminents nobles, la famille Valfleuve et certains des subalternes qui avaient un minimum de savoir-vivre et de notions de politesse, se drapant dans un mépris royal, faisant comme s’ils ne l’avaient pas vu. Ils n’appréciaient guère ce genre de laiderons qui se croyait tout permis, mais par leurs manières aussi laides que leur apparence, rabaissaient leur rang. Thibault était manifestement de ceux-là. Bien que blessé par l’attaque de la jeune femme, il ne répondit rien et fit comme s’il n’avait rien entendu, comme le voulaient les règles de la bienséance : on ne devait pas insulter, menacer, défier une femme, fut-elle impolie.
Raël, lui, put remarquer qu’Aziz échangeait avec Marguerite un regard de dégoût en montrant discrètement du doigt la jeune impolie. Puis, le petit arabéen l’imita grossièrement, mais silencieusement, minant en amplifiant ses manières. Il faisait semblant de cracher dans son assiette en faisant la grimace, et en agitant une cuisse de poulet accusatrice en direction d’un interlocuteur imaginaire. Comme nul ne lui prêtait la moindre attention, à l’exception de la seconde fille du comte-paladin, sa manœuvre ne fut pas remarquée et ne causa pas d’incident. A part Raël et Aziz, nul ne comprit donc pourquoi, à cet instant, le joli rire enchanteur d’une adolescente éclata à l’autre bout de la table. Bertrade lui accorda un regard étonné en levant un sourcil réprobateur, avant de retourner à sa discussion sérieuse avec son mari, ses fils les plus âgés et les seigneurs les plus importants. Sybille, qui était en discussion avec sa sœur, prit un air agacé sans-doute venait-elle de comprendre que Marguerite ne l’écoutait pas vraiment, et tourna la tête, boudeuse. Mathilde, elle, semblait dédaigner ses petites sœurs comme si elle n’avait pas moindre importance à ses yeux. Blasée, elle n’avait jeté à Marguerite qu’un regard ennuyé quand elle avait ri, comme si elle lui reprochait de trop lui rappeler son existence.

Mais les réactions des enfants n’étaient pas forcément les plus importantes, car, il se produisit un évènement complètement inattendu. Eudes de Valfleuve, le plus jeune des fils du maître de maison, celui qui s’était fait humilier en public par sa sœur qu’il avait lâchement attaqué, la honte de sa famille, semblait lui avoir entendu les paroles de la jeune fille laide. Car, bien qu’il fût censé plutôt s’intéresser à la conversation qui avait lieu autour de lui, entre les membres de sa famille et les plus importants de leurs vassaux présents, le jeune homme n’avait pas la tête à cela. Aussi se leva-t-il brusquement et affirma-t-il d’une voix qu’il voulait masculine, mais qui était pitoyable et sonnait comme celle d’un fausset :


-Dame Jonceline a raison ! Ces gueux mal dégrossis et puants n’ont pas leur place ici, et vous les traitez comme des seigneurs ? Etes vous donc des femmelettes pour accepter cet affront ? Et toi, Thibault de machin-chose, tu vaux à peine mieux, retourne dans ton coin de bouseux pleurer auprès de ton père au lieu de te donner des grands airs. Là-bas, tu pourras traiter ces voleurs comme des rois si ça te chante !
Non, demain, à la première heure, c’est moi-même qui me chargerait de corriger ces pouilleux et de leur apprendre leur vraie place : dans le caniveau. Ils ne sont même pas dignes d’être à la hauteur des bottes d’un noble comme moi, d’un sang aussi pur que le mien. Je les bouterais hors du royaume à coup d’épée de bois dans le derrière, s’ils osent relever mon défi !

Tout le monde s’était tu, et tous les regards s’étaient tournés vers Eudes. La plupart avec un air très sévère, les autres incrédules. Il venait d’insulter l’hospitalité de son père et de remettre en doute les décisions de Foulques. Pire encore, il venait d’insulter des membres de la noblesse, certes d’un rang bien inférieur à lui, mais tout de même. Thibault, la mine de marbre, semblait vouloir réagir, se lever pour relever l’affront qui lui était fait, mais il était partagé, car ce serait manquer au respect dû à son hôte, le comte-paladin Foulques. Dame Jonceline, le laideron, était flattée malgré tout de l’attention d’un noble de si haut rang. Mathilde seule semblait bien s’amuser, un sourire goguenard et suffisant sur le visage, elle observait les réactions et était à deux doigts d’éclater d’un rire franc : voire son frère et souffre-douleur préféré se ridiculiser en public semblait être source de plaisir sadique pour elle. Sybille et Marguerite, comme bon nombre de personnes dans l’assemblée, y compris leur père Foulques et leurs autres frères, semblaient outrées. Seule Bertrade avait gardé toute sa contenance seigneuriale, mais ses yeux lançaient des éclairs. Tout le monde attendait une réaction, sans savoir qui de la mère à la mine impassible, mais au regard tueur, du père qui était rouge comme une tomate et semblait fumer comme une cocotte minute en surpression prête à exploser à tout moment, de Thibault de Pongevin qui avait été insulté ou de Raël qui avait été non seulement offensé, mais défié, allait réagir le premier.


Ce ne fut pourtant aucun d’entre eux. Celui qui se leva le premier et répondit à l’attaque d’Eudes, c’était Aziz. Le petit s’était levé et avait dit, d’une voix bien plus mûre que le quatrième fils de Valfleuve, bien qu’il fut plus jeune d’au moins trois ans que ce dernier. Il parla dans un reikspiel approximatif, mais que tout le monde comprit très bien :


-N’insulte pas le nom de Khem, sidi ! Car chez nous on dit que « celui qui crache sur l’aigle dans le ciel doit s’attendre à ce que sa bave lui retombe sur la face ».

Puis, pour montrer le contraste, le jeune adolesent se tourna vers son père adoptif, et lui demanda d’un ton respectueux, empli de déférence :

-Si mon père me le permet, je relèverai moi-même le défi.

Il semblait sérieux, il croyait réellement en ses chances, mais était-ce également le cas de son père, Raël ? Et d'ailleurs, c'était l'une des premières fois que l'ancien gamin des rues s'avançait ainsi pour défendre son honneur et celui de son père dans un combat. Peut-être était-ce le signe qu'il avait grandi, ou encore qu'il s'était inspiré de la manière de faire de Raël, ou peut-être était-ce pour impressionner une certaine jeune fille blonde aux yeux gris-verts.
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Raël Khem
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Re: [Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

Message par Raël Khem »

Chacun se positionnait à sa place avant l'arrivée de la famille Valfleuve, tous discutant de bon cœur! Ce devait être ce que le vieux Norbert voulait dire par "ne vous asseyez qu'après les dames du château". Raël constata qu'il était avec Aziz en bout de table, sans doute aux places les moins importantes, rien de très étonnant en somme. Les rares qui n'étaient déjà assis s'étaient levés en voyant les régnants arriver, bien entendu, les deux hommes du Sud firent de même et suivirent les directives de bienséance qu'on leur avait indiqué. Ca ne coûtait rien après tout, même si l'envie de rompre le protocole pour s'amuser des réactions des bretonniens ne manquait pas de revenir en permanence.
Il revint d'ailleurs au galop quand Raël constata les petits signes que s'échangeaient Aziz et la petite Marguerite. Apparemment le gamin avait suivi le conseil de son tuteur et était parti explorer le château avec la belle petiote! Une relation saine avec une amie, voilà ce qui manquait à ce presqu'adolescent. Dire que d'ici trois ou quatre ans au plus il serait un adulte fait et indépendant... Cela paraissait si loin mais en même temps si proche!

Le sujet s'échappa momentanément de la tête du Scythien quand le repas arriva et que la femme du seigneur eut mangé sa première bouchée. Le guerrier empoigna donc une aile de ce qui devait être un poulet et croqua dedans avec plaisir, adorant le goût de cette viande rôtie!
Quand un jeune homme lui adressa la parole et lui proposa un entraînement à l'aube, le maître-d'armes lui sourit et répondit d'un ton plutôt neutre:


-"Je ne refuse jamais une occasion de croiser le fer! J'irai tout de même doucement au début, pour vous habituer. Je me bats généralement pour tu..."

La réflexion un peu grinçante du combattant fût interrompu par la raillerie incompréhensible d'une dame positionnée plus près des seigneurs et, sans doute, plus important en terme de rang que le chevalier auquel elle parlait. Son dialogue était si incompréhensible que le guerrier peinait à comprendre s'il devait le prendre mal ou juste comme un constat.
Il distribua juste un petit coup dans les cottes d'Aziz quand il constata que celui-ci faisait le pitre pour impressionner sa donzelle. Raël lui envoya en arabéen, autoritaire:


-"Ne fais pas le malin pour lui plaire. Tu auras tout le temps pour ça après le repas."

Fâché, il s'apprêtait à reprendre la discussion avec le jeune chevalier quand le fameux Eudes haussa la voix. Ce qu'il dit glaça le Scythien sur place.
Il pouvait tolérer de nombreuses choses et il pouvait même être assez ouvert pour comprendre que certains pays avaient des façons de se comporter barbare. Certes. Mais là il s'agissait d'une insulte claire et nette plus qu'une provocation en duel! Même à Numas, dans les salles si fermées de la noblesse, personne n'aurait osé parler comme ça à un invité, d'un guerrier et surtout pas d'un scythien.

Raël échangea un regard avec Thibault et se tournait vers le chevalier, couteau à la main, quand Aziz se leva et se déclara prêt à se battre en duel pour défendre l'honneur de son maître! Ce dernier resta figé à le regarder, la bouche entrouverte, estomaqué. Il avait tout prévu, sauf ce cas de figure! La raison était aisée à comprendre: il voulait passer pour un grand héros auprès de sa dame... C'était puéril.
Le regard sévère, furieux d'avoir été ainsi provoqué et doublé, le guerrier se leva à son tour et posa une main sur l'épaule de son protégé, lui enserrant l'épaule.


-"Tu commences à devenir un homme, Aziz, mais tu n'as que douze ans, tu es trop jeune, encore un enfant. Mais si tu y tiens je ne t'en empêcherai pas."

Il tourna alors son regard assassin vers Eudes de Valfleuve. Ce petit allait regretter amèrement ses paroles.

-"En revanche, après une telle insulte je n'accepterai pas un duel à l'arme en bois, non. Mon duel ne se fera que le métal à la main, jusqu'à ce que l'un d'entre nous meurt ou demande grâce.

Choisissez, messire. Un duel à l'arme en bois contre un enfant ou un duel à l'arme réelle contre l'homme que vous avez insulté. Et je réclame ce duel sur l'instant."
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[MJ] Kriegsherr
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Re: [Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

Message par [MJ] Kriegsherr »

Aziz baissa la tête aux remarques en arabéen de Raël au cours du repas. Contrairement aux fils et aux filles de la famille de Valfleuve, lui était obéissant et respectait la volonté de son père adoptif. Il hocha affirmativement de la tête en lui répondant :

-Oui, seigneur, comme tu voudras.

Mais un tel incident mineur fut vite oublié, au regard de ce qui s’était produit suite aux provocations d’Eudes, le quatrième fils. Car si la réponse d’Aziz était courageuse, sans doute s’était-il directement inspiré de son modèle pour avoir eu une telle réaction d’orgeuil, qu’il n’aurait certainement pas eue à l’époque où il volait pour survivre dans les ruelles d’Al-Haïkk. La réponse que son père lui fit lui plut énormément. Raël Khem n’était peut-être pas réellement le meilleur guerrier de son peuple, en tout cas, il ne l’était pas lorsqu’il était parti explorer de nouvelles terres pour récupérer les artefacts volés à son pays. Mais au fil des mois et des multiples affrontements qu’il avait livré contre toute sortes d’adversaires, des humains, des monstres, des religieux, des sorciers, des peaux-vertes, des trolls, et même un vampire, le combattant avait peu à peu perfectionné son art au point de devenir réellement un guerrier hors-pair. Il sentait qu’il n’était pas encore au sommet de son art, qu’il lui restait une marge de progression, mais il avait déjà parcouru un long chemin, et était déjà presque un maître d’armes accompli, même.

Le fait qu’un tel homme, qui savait se battre, accepte l’idée qu’Aziz se batte contre Eudes et l’y autorise était une marque de confiance que le jeune sut apprécier à sa juste valeur. Il inclina la tête devant son père adoptif pour le saluer, et le remercia en arabéen :


-Seigneur, je ferrai selon tes conseils. J’ai confiance en ton jugement, et je le respecterai. Si tu penses que je ne peux pas affronter ce jeune lâche, alors ainsi soit-il.

Quant à Eudes de Valfleuve, il avait cessé de rire, sa première réaction à la réponse d’Aziz, qu’il méprisait visiblement, et nettement pâli lorsque Raël donna la sienne. Ses traits de visage se décomposèrent, et il se tourna vers l’assistance avec un regard implorant, comme pour y chercher une aide. Apparemment, la perspective de combattre à armes réelle le terrifiait, et il balbutia une réponse d’un ton qu’il voulait arrogant et sûr de lui :

-Heu… Il n’y a pas de choix qui tienne ! Je dois d’abord répondre au premier qui m’a lancé un défi, à savoir ce mioche que je vais proprement moucher. Ensuite, et bien heu… Je serais sûrement trop fatigué pour enchaîner un second combat, ce ne serait pas équitable.

La pirouette était malhabile et Eudes était toujours aussi mal à l’aise, car l’on voyait bien, très clairement, qu’il n’avait aucune envie d’affronter ce Raël Khem dont on lui contait les prouesses à l’arme réelle. Certes, il ne l’avait jamais vu faire, et en tant que noble, il se pensait supérieur, mais il devait se montrer prudent.

Son père soupira et parla d’une voix lasse et autoritaire :


-Il n’y aura pas de massacre entre gens valeureux sur mes terres. Nous avons déjà suffisamment à faire avec les peaux-vertes, les chaotiques, et toutes les autres menaces sans que l’on se querelle entre nous pour des broutilles.

Messire Khem, sire Thibault de Pongevin, au nom des de Valfleuve, je m’excuse pour l’offense qui vous a été faite en ces lieux. Mon fils va retirer ce qu’il a dit et s’engager à s’amender de la manière qui vous semblera la plus honorable.

Quant à toi, Eudes, comment oses-tu bafouer ainsi les règles de l’hospitalité et remettre en doute le bien fondé des décisions de ton père ? Ces gens sont mes invités, et en tant qu’hôte, nous leur devons le respect. Tu seras bien entendu châtié pour tes fautes.


Vert de rage, Eudes dut se forcer et obtempérer. Il ne se sentait pas capable de défier son père ni de faire le paon devant lui.

-Comme il vous plaira, père.

Messire Khem, sire Thibault, je retire ce que j’ai dit et vous présente mes plus plates excuses. Je suis prêt à m’amender si je vous ai causé du tort.


-C’est bon. Quitte cette table maintenant ! Etes vous satisfaits ?

L’importun ainsi chassé sans cérémonie par son père, le repas put reprendre « normalement », même si l’ambiance était tendue et le silence qui régnait lourd comme du plomb. Plus personne, pas même Aziz et Marguerite, n’osait plaisanter ou ne serait-ce qu’ouvrir la bouche pour parler. Thibault hocha affirmativement la tête à la question du seigneur des lieux : il semblait se contenter des excuses publiques formalisées par Eudes de Valfeuve. Sans doute connaissait-il sa personnalité et avait-il eu vent des frasques de ce jeune raté qui compensait sa médiocrité par la provocation puis se défilait toujours. Le mieux était donc d’après lui d’ignorer le jeune coq, de ne pas lui accorde l’attention qu’il ne méritait pas, car il préférait juger sur les actes plutôt que les paroles.

Mais si tel était le raisonnement de Thibault de Pongevin, qu’en était-il de Raël ? Allait-il se contenter de la solution proposée par le comte-paladin ? Ou allait-il protester, réclament son duel, ou garder rancune de l’incident ? Et puis, il y avait toujours l’amendement honnorbale qu’Eudes s’était engagé devant témoins à accomplir : ce serait à Raël, celui qui avait lésé, de le choisir.
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Re: [Raël Khem] Le cheval, le corbeau et la relique.

Message par Raël Khem »

A la vue de l'air dépité d'Eudes de Valfleuve, le regard noir de Raël s'assombrit encore. Cet être pitoyable était tout ce qu'il haïssait: un lâche, un pleutre, un vantard et le tout rassemblé dans la pire engeance du monde: un bretonnien. Evidemment, le faible préférait sauter sur l'occasion que lui avait donné Aziz que s'en tirer à bon compte. Pour autant, personne autour de la table n'était duper une seule seconde: s'il voulait défier un enfant en duel c'était par crainte d'affronter un adulte avec de véritables armes, par crainte de devoir être un homme pour une fois.

Le Scythien, furibond, allait lui répliquer qu'il devait se comporter comme un guerrier et pas une lavette incapable de prendre le moindre risque quand la voix autoritaire, même si on sentait dedans la faiblesse et la fatigue de l'usure, du père Valfleuve retentit. Il força son fils à faire amende honorable dans une phrase d'excuse non-sincère et un exil de la tablée familiale.
Il se retourna ensuite, quand Eudes fût parti, demandant à ses invités si l'offense qui leur avait été faite été lavée. Thibault sembla accepter la chose plutôt bien, mais pas le Scythien. Qu'est-ce que c'était que cette mascarade? Comment ces gens pouvaient-ils espérer que quelques mots forcés pouvaient faire disparaître aussi aisément un manquement aussi grave à l'hospitalité et au respect des invités? C'était inconcevable.

Sa colère toujours aussi peu apaisée, Raël tourna son visage de Thibault à Foulques de Valfleuve et soupira:


-"Je considère l'insulte comme oubliée. Pourtant une provocation en duel m'a été faite, aussi j'attendrai votre fils à la première heure demain matin. Le combat sera à l'arme en bois. Je ne vous l'amocherai pas trop."

Avec la rapidité de la frustration, le guerrier se rassit sur sa chaise et tenta de se détendre. Demain il réglerait son compte à ce freluquet et tout serait oublié. Pour le moment il s'agissait surtout de chasser de son esprits les mauvaises pensées. Il se tourna vers Thibault et, tenta de briser le silence de plomb dans la salle, lui demanda

-"J'ai combattu des guerriers, des sorciers, des peaux-vertes, des... Mutants, je crois qu'on dit ça dans votre langue ainsi que des choses bien pires... Mais qu'est-ce qu'un chaotique? Je n'en ai jamais entendu parler..."
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