Il avait ensuite couru toute la nuit et le jour suivant, n'arrivant pas à dormir tant la peur de se réveiller face au Répurgateur lui tailladait les entrailles. Il arriva ainsi à Wurtbat où, toujours dans le but de fuir le plus vite et le plus loin possible, il avait signé pour ce boulot ingrat qui devait le mener jusqu'à Moussillon, une ville du Royaume de Bretonnie, où il espérait être assez loin des dévots de l'Empire. Il ne connaissait pas les lois de ce pays-là, mais une chose était claire, il ne voulait pas finir comme torche humaine du village sur un bûché.
Grogmar repensait à ce qu'il venait de vivre en sommeillant quelque peu quand un coup de cuillère sur la tête le sortit de sa rêverie. Un gros bonhomme, la mine ravagée par l'alcool, lui cria alors dessus :
-T'es pas là pour dormir, gamin ! Alors, du nerf ! Ces patates ne vont pas s'épluchées toutes seules ! Et tant qu'on y est, tu laveras le plan de travail et la cuisine après !
Grogmar sembla décontenancé par cette dernière remarque. Mais, la fatigue et l'étonnement n'aidant pas, il ne réussit à balbutier que ces quelques mots :
-Mais... quand... quand je mange moi... alors ?
Il n'eut pour seule réponse qu'un nouveau coup de louche et une série de juron. Puis le chef cuisinier partit s'occuper de plats sur le feu et d'autres idiots qui comme lui avaient cru que le voyage serait plus agréable planqué en cuisine. Le jeune homme le maudit intérieurement avant de continuer à faire sa tâche ingrate.
Après celle-ci, le marmiton lui redemanda de nettoyer, déprimant du même coup le nécromancien qui avait espéré que ce dernier eut oublié. Il ne put donc manger qu'une fois son travail terminé et autant dire que celui-ci était de taille. La cuisine ne semblait pas avoir été nettoyé depuis tellement de temps que la crasse s'était incrusté jusqu'à la plus infime fibre de bois de cette partie du navire et Grogmar dut vider des dizaines et des dizaines de seaux remplit d'eau devenue noir comme ses cheveux pour qu'enfin ce soit propre. Ainsi, il ne put manger qu'un repas froid bien qu'aillant miraculeusement été épargné par les rats. Il s'endormit ensuite comme une masse, n'arrivant même plus à penser au Répurgateur qui devait sans-doute le traquer maintenant que sa fuite avait dû être éventée. Bien qu'avec l'attention que lui portait ses parents, il n'était même pas certain que quand on leur posera la question, ils sachent répondre qu'il existait ou était encore en vie.
Le lendemain matin, il fut accueilli par un étrange sourire par le Marmiton. Ce dernier n'en revenait pas que Grogmar ait réellement nettoyé tout le pont comme il le lui avait demandé. Il comprit alors que cette épreuve était une sorte de biseautage que les nouveaux aides subissaient. Mais qu'il était le seul à avoir été jusqu'au bout. Le nécromancien lui en voulu immédiatement, comment avait-il osé ! Mais il se rendit bien vite compte qu'il était inutile de chercher à lutter. Pas maintenant, pas aujourd'hui. Un jour, il pourra revenir et il brûlera cette infâme navire avec ce type à l'intérieur, puis il le réanimera pour qu'il puisse le servir le restant de sa misérable existence.
Pour l'heure, il rongea son frein et décida simplement d'afficher un sourire et de jouer le jeu de la personne dévouée. Cela marcha fort bien sûr cette gourde de vin ambulante qui le prit en affection, ne lui confiant plus que des tâches simples et beaucoup moins fatigante que de peler les patates pour un équipage entier durant toute la journée. Il devint ainsi livreur de vinasse du navire. La boisson coulait relativement vite, car bon nombre de ses mécréants étaient heureux de quitter cette terre maudite sur la voie la plus sûr. Car d'aucun disait que les Vampires ne pouvaient pas aller sur l'eau, ce qui, forcément, rassure quand on est sur un bateau.
La première halte se fit deux jours après le départ dans le patelin qui se faisait appeler Kemperbad, ville-franche devenue comme tel grâce à une charte d'un empereur satisfait d'une cargaison de vin et qui avait annulé ses obligations envers le Reikland. Le chef du navire semblait vouloir y acheter de nombreuse marchandise, dont du vin pour ses hommes et le convoie ne repartit que le lendemain matin tandis que l'aube n'était pas encore levée. C'est qu'il avait un horaire à respecter et que le capitaine ne comptait pas y couper. Ainsi, la prochaine halte ne se ferait qu'à Altorf où on débarquerait l'ensemble du matériel qui sera immédiatement remit sur des chariots pour voyager jusqu'au Défilé de Hache. Soit, seulement dans deux jours.
Les vents favorables permirent de n'en prendre qu'un et demi, libérant une demi-journée pour décharger la marchandise et une bonne nuit de sommeil tout frais payé dans un petit bâtiment de la compagnie qui possédait le navire et la ligne commerciale que Grogmar accompagnait. Le lit était sommaire, mais même ça était meilleur que la paillasse sur laquelle il avait l’habitude de dormir chez lui ou encore l'amaque qui lui avait servi de lit pendant quatre jours. Il profita du fait que ses « camarades » soient de sortie pour faire la fête pour quant à lui étudier un peu plus son livre de magie. Il n'avait pas osé le faire pendant tout le voyage, car le navire ne lui offrait pas vraiment d'endroit pour le faire tout en lui permettant de cacher son livre dans son sac de voyage. Les fêtards ne rentrant que bien plus tard que la mi-nuit, il eut tout le loisir d'user les bougies de la compagnie pour lire et ensuite faire semblant de dormir quand les premiers revinrent. Tout en ayant bien prit soin de bien replacer son précieux objet dans sa cachette de fortune.
Le départ fut donné le lendemain matin, ce qui provoqua une jurée d'insulte bien vite réprimée par le Chef de Caravane. Cette dernière était constituée de plusieurs attelages sous-bâches et était escortée par une troupe deux fois plus importante que celle qui était autrefois sur le navire. Signe plus qu'évocateur que le danger était bien plus grand sur terre que sur fleuve. Mais il fallait bien cela pour pouvoir traverser cette gigantesque chaîne de montagne qu'était les Montages Grises.
La partie terrestre du voyage fut bien moins tranquille que sa partie fluviale. Mais aucun brigand n'osa vraiment s'opposer à une troupe en arme. Tout du moins, les seuls témoignages que le nécromancien put voir furent les dépouilles d'une dizaine de marauds proprement massacrés par les défenseurs du convoi. Ces derniers n'avaient même pas pris la peine de les dépouiller, laissant le travail aux charognards de leur espèce. Mais qu'auraient-ils pu prendre qu'ils n'avaient déjà ? Des nouvelles armes ? Vous voulez parler de la vouge rouillée ou de la hache émoussée qui servaient d'arme à la plupart des cadavres rencontrés. Le jeune homme ne put toutefois pas s'empêcher de se dire qu'il s'agissait d'un gâchis. Après tout, ces corps auraient pu être relevé. Enfin, les mécréants ne pouvaient pas comprendre cela.
C'est ainsi qu'ils passèrent Bogenhafen sans même s'y arrêter. La vitesse du convoie, permise par le fait que l'escorte était presque uniquement constituée de cavaliers avançant au trot était suffisante pour avaler la distance entre la ville de Altorf et la puissante forteresse de Helmgart en seulement quatre jours. Temps qui aurait facilement pu être doublé si le voyage avait été fait à pied. Ce qui plus énormément au jeune fuyard qui appréciait de plus en plus de mettre le plus de chemin entre lui et tout éventuel poursuivant. Surtout qu'il était maintenant presque totalement certain que l'on ne le retrouverait jamais. Car qui pourrait penser qu'un fugitif serait l'aide marmiton d'une caravane en partance vers la Bretonnie ? Personne, il en était certain. Ainsi, un éventuel traqueur ne le chercherait pas aussi loin. Cela permit à Grogmar de bien mieux dormir durant le reste du voyage.
Les quelques haltes durant le trajet ne durait que le temps d'abreuver les chevaux et de réapprovisionner les gourdes des hommes, tâche qui incombait toujours à Grogmar et qui lui prenait tout son temps. Il n'allait pas s'en plaindre quand il voyait les autres aides qui devaient continuer à travailler dans leurs chariots, restant assit parfois durant des heures entières sur des lattes de bois qui s'étaient visiblement données comme but de transformer le postérieur de leurs utilisateurs en fourmilière de douleur. Tant l'impression de ne plus sentir ses jambes tout en ayant horriblement mal à ces dernières devenait de plus en plus forte au fur et à mesure que le voyage avançait. Autant dire qu'avoir le droit de courir pour se dégourdir les jambes n'avait pas déplut une seconde au jeune Nécromancien.
Ils arrivèrent peu avant le coucher du soleil en vue de l'imposante forteresse qui semblait être une tour plantée dans la roche et cerclée d'une imposante muraille. Le tout semblant surplomber le défiler qui devait se trouver derrière. Le chef de la Caravane ordonna de monter le camps à l'extérieur de la structure militaire en formant une formation défensive, car il ne fallait pas trop compter sur la garnison pour venir les aider le cas échéant. Après une courte, mais instructive, investigation, Grogmar découvrit que la compagnie refusait de payer les droits de logement exorbitant, selon elle, que leur réclamait le Fort pour la nuit. Ce qui expliquait qu'il faille dormir sous tente un jour de plus. On lui apprit également que l'on reprendrait un autre navire une fois en Bretonnie et cela jusqu'à Mousillon. Ce qui, franchement, plus énormément au jeune homme qui commençait sérieusement à avoir mal aux fesses et à la nuque et un peu partout également à force de respectivement rester assit toute la journée et de dormir dans le même chariot avec les mêmes planches cherchant perpétuellement à te tuer ou en tout cas à te faire perdre un membre.
FIN DE LA PREMIERE SEMAINE DE VOYAGE[/align]