Cette cité bretonnienne est également connue sous le nom de Cité des Damnés. Au cours des quinze cents dernières années, Moussillon s’est transformée d’un petit hameau en une vaste et sordide cité. Elle est bâtie dans un endroit particulièrement hostile des rives de la rivière Grismerie. Chaque printemps, les crues balayent les bidonvilles et submergent les rues sous plus de trente centimètres d’une eau fangeuse. Le froid et l’humidité envahissent les moindres fissures : le bois pourrit et se rompt, les pierres s’effritent et les champignons recouvrent tout. Plus de la moitié des maisons de la ville sont vides, témoignage de l’épidémie de choléra d’il y a deux siècles. La ville ne s’est jamais remise de cette hécatombe et est réputée pour être la plus miséreuse de toutes les cités bretonniennes.
Albert, qui était assit sur un tabouret dans la cuisine, sursauta quand Neldrick hurla son nom. L'infirme se releva tant bien que mal et se précipita vers son maître en boitant. Il écouta la proposition morbide de son seigneur en le regardant de ses yeux enfiévrés.
- "Oui, oui sire. Nous avons un fumoir." dit-il en levant sa large manche, pointant un doigt tremblant vers une espèce d'armoire en bois vermoulu munie de deux grands battants. "Je peux ordonner au domestique qu'il en fasse de la viande séchée." souffla-t-il sans oser demander ce qui se tramait dans l'esprit malade de son maître."Ca ne devrai prendre que quelques jours, si on découpe des lamelles suffisamment fines ..."termina-t-il en posant le regard sur les morceaux de chair humaine qui reposaient dans le seau et sur le plan de travail.
Il y avait du sang partout. Le liquide carmin imbibait généreusement le tas d'habits déchirés qui appartenaient autrefois aux soldats de sire Rachard. Le plan de travail, les outils du serviteur, les torchons qui traînaient par là : tout était souillé par un rouge sombre dont l'odeur forte et métallique saturait désormais la pièce. Les fluides s'étaient écoulés à même le sol, tâchant la paille moisie et s'incrustant entre les pavés mal dessinés qui composaient le plancher de la cuisine. De grosses mouches commençaient déjà à envahir l'espèce et vrombissaient en se délectant des flaques et des filets qui n'avaient pas encore coagulés. La scène était tout bonnement répugnante.
C'est à cet instant que les nerfs du rebouteux lâchèrent. Alors qu'il rangeait son petit pot d'onguent une fois l'épaule du Crochet pansée, il fut saisi d'une quinte de toux grasse. Il ne semblait pas pouvoir s'arrêter et la toux redoubla de violence, l'obligeant à se plier en deux. Il fit quelques pas chancelants et glissa dans une flaque de sang avant de tomber lourdement sur le sol. son regard paniqué, enfoncé dans son visage pâle comme un mort, cherchait son salut en fixant des points imaginaires. Bientôt, le corps entier du pauvre bougre fût pris de convulsions et tous ses membres se mirent à trembler de manière incontrôlable alors que ses yeux se révulsaient dans leurs orbites. Le Crochet se releva et le regarda gigoter sur le sol avec une expression de dédain affichée. Il le poussa du bout du pied avant de lever les yeux vers Neldrick.
- "J'abrège ses souffrances, sire ?"
Mais alors qu'il disait ceci, le corps du rebouteux s'immobilisa d'un coup, comme s'il venait de rendre l'âme. Après quelques secondes de flottement, il se releva finalement sur les coudes et lança un regard étourdis aux gens présents, comme s'il venait de se réveiller d'un lourd sommeil. Sa capuche était retombée en arrière et ses cheveux gris et sales étaient collés à son front par la sueur.
J'en profite pour te dire ça maintenant : la gestion d'un domaine se déroule la plupart du temps sur le moyen ou long terme. Si d'aventure tu veux effectuer un ellipse narrative, n'hésite pas à me l'indiquer à la fin de tes posts. Décris moi avec précision ce que tu veux que Neldrick et ses sujets fassent pendant ce laps de temps, et je me charge du reste.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.
Le Rebouteux intrigue Neldrick qui se penche vers lui.
Que vient-il de se passer ? Avait-il attrapé quelque don du Père ? Un de ceux qui provoquent des crises, de plus en plus violentes, de plus en plus longues, jusqu'à ce que la vie ne soit que spasmes et gémissement d'agonie... qui sait ? Mais l'idée semble si délicieuse ! Toutefois, alors que le noble hume l'air gorgé de sang, il ne perçoit pas l'odeur viciée qui viendrait des sueurs d'un malade. Mais bon cela se perd peut être dans les effluves de sang et de mort. Avec un demi sourire il se redresse, il faudra garer un oeil sur le vieil homme, après tout, il peut devenir un excellent vecteur s'il est malade : un médecin qui répand le mal, quoi de mieux ? Il y a tant de belles choses à faire !
Chumba répond au crochet sans même quitter des yeux la source de cet intérêt nouveau.
« Non... je pense qu'il survivra. Et puis, il faut bien quelqu'un pour finir de soigner cette vilaine blessure non ? » - Il offre un sourire amusé à l'homme encore au sol - « Redresses le et guides le jusqu'à sa nouvelle chambre. Et refermes derrière toi, avec la barre : il serait déplaisant que quelqu'un dérage notre pauvre homme, il semble si fatigué ! »
Une cellule ne se trouve, après tout, pas toujours au sous-sol.
Puis, comme à son habitude, une fois ce sujet « réglé » Neldrick passe à autre chose. La viande, il y a aussi ce souci à mettre en place. La cuisine bretonnienne étant ce qu'elle est, faire passer un gibier pour un autre est chose courante : les épices multiples et les cuissons abusives visant à cacher la pourriture grandissante de la viande couvrant, en général, ses origines. Une tradition des plus agréables pour qui voulait faire manger de l'humain à un village proche...
« Fais donc cela Albert, fais fumer toute cette viande, prend une semaine s'il le faut, ne fait pas des tranches trop fines. Epices les biens, avec tout ce que l'on a, je ne veux pas un plat de noble non plus, mais que cela couvre le goût... comme d'habitude quoi ! »
En disant cela Chumba fait un grand geste de la main, comme pour signifier que les méthodes lui importe peu et, après tout, c'est le cas. Les moyens ne sont pas le plus important a ses yeux, non ce sont des résultats qu'il veut ! Et il sait que, d'après les histoires - et il y en a mainte à ce sujet dans le duché - qu'un homme qui mange trop souvent de l'humain se transforme en goule ! Créature immonde, puante et nécrophage dont les ongles garnis de chaire morte transmettent parmi les plus virulents des dons de Grand père Nurgle.
En soit, d'adorable bestiole que le Nobliau a bien l'intention de faire naitre aux alentour grâce à ses chargements de bidoche. Pourquoi Puits d'Aubon ? Mais tout simplement parce que c'est bien plus proche de ce cher Rachard que de lui-même - prendre le contrôle de ces créatures n'étant pas dans les compétences de Neldrick - et qu'il compte bien rendre la politesse à celui-ci : il veut tuer les créatures des environs ? Qu'il gâche donc la vie de ses hommes et ses ressources sur ces bouffeurs de cadavres.
« Une fois que ce sera prêt, nous irons distribuer cela aux pauvres âmes de Puits d'Aubon... » - il saisit dans le tas de vêtements le tabard encore ensanglanté - « Au nom de notre cher Rachard. »
* * *
La semaine qui suit est relativement calme.
Neldrick laisse à Albert et son serviteur la tâche de préparation - après tout, ils n'ont pas grand-chose d'autre à faire si ce n'est la véritable cuisine, le ménage n'étant pas, et de loin, une priorité à Castel Chumba. Lui s'occupe principalement de l'archer, accompagnant chaque jour le rebouteux pour assister aux soins, nourrissant le blessé dernier de bouillie et de paroles, comme on le fait avec un bébé chien. Et, après tout, le noble le voit ainsi.
Le corps du serviteur mort a rejoint ceux des deux « repurgateurs » pour passer à la casserole - s'il ont peut dire ainsi - et augmenter d'autant plus les réserves grandissantes de viande fumée. N'ayant pas vraiment de quoi nourrir les chevaux, deux ont servi a étoffer les réserve de viande du château - mise bien à part de celle pour le village - alors que l'autre allai servir d'attelage pour la future cargaison.
Découper des humains, les cuire, corrompre un homme, garder un rebouteux prisonnier et manger des coursiers... une semaine comme les autres à Sombrelâtre.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 07 déc. 2014, 14:59, modifié 1 fois.
Raison :6 xp / Total d'xp : 68
Nelrick Chumba, Noble (Voie de la Cour)
Profil(bonus/malus): For 8 | End 10 | Hab 8(6) | Cha 8 | Int 9 | Ini 8 | Att 8(6) | Par 8(6) | Tir 11 | NA 1 | PV 60/60
Lien Fiche personnage: Fiche de Chumba
-Objets : Briquet a silex, Gourde de vinasse et bijoux de mauvaise facture.
-Arme // Armures :
Arbalète – 34+1D8 – Perforante
Haubert – 11 pts de protection – HAB ATT et PAR -2
Épée courte - 12+1d6 - Rapide
-Compétences:
Combats
-Adresse au tir (Arbalète) : +1 à tous les tests de tir avec des armes de ce type.
Lettres et Sciences
-Alphabétisation : Sait lire et écrire, tout simplement.
-Confection de Maladies : Capacité de fabriquer maladies et encens maléfiques
-Doctrine du culte (Nurgle) : Connaissances approfondies du fonctionnement de ce culte.
Sociales
-Corruption : bonus de +1 à ses tests de corruption.
Nature
-Dressage : Possibilité de dresser les animaux (temps relatif au type de dressage)
Quand j'ai fait mention d'une ellipse, j'ai bien précisé que tu m'indiques combien de temps tu veux qu'elle dure en spoiler et ce que tu veux faire pendant ce temps. Le reste est de mon ressors ! Ca passera pour cette fois puisque de toute façon il ne devait rien se passer de notable, mais tiens toi le pour dit et fait ainsi la prochaine fois.
Pour l'heure, je te laisse faire un nouveau post pour introduire le départ de votre petite livraison à Puits-d'Aubon.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.
Neldrick sort doucement du castel. Il inspire un grand bol d'air humide venu des proches marécages, un sourire aux lèvres : ce parfum de moisissure et d'eau stagnante a sur lui un effet des plus agréables. Mais qui donc n'apprécie pas ce Doux duché ? Avec ses miasmes et ses habitants si sympathiques.
Parlant de personnes agréables, le Crochet est là, observant ce qui se prépare dans la cour avec un regard morne. Chumba hésite encore à la faire venir, après tout, c'est son soldat le plus efficace... et le laisser seul avec l'archer ne lui semble pas une bonne idée mais, d'un autre côté, quelqu'un doit bien tenir les murs. Laisser son fort sans défense n'étant pas une bonne idée dans un lieu aussi « paisible » que Moussillon ! Le gros problème étant de dissimuler sa mutation s'il venait... Y-a-t-il une cape assez grande ici ? Au pire, une draperie noire fera l'affaire, le tout étant que les manants ne comprennent pas la nature de notre homme.
Enfin, il y a encore quelques minutes pour y penser.
Le maître des lieux met donc pied dans la cour avec un sourire satisfait - profondément heureux que son plan soit enfin mis en place - son torse boudiné est caché sous la masse métallique de son armure qui, à chacun de ses pas, offre un concert de cliquètements et de crissement. Acier contre acier, cuir contre tissus. Neldrick a résisté à son habituelle « coquetterie » et porte de simple chausse noire - quoique tachées d'une matière crouteuse d'origine inconnue - glissée dans ses vielles bottes de cuir. Ne pouvant pas enfiler le tabard, bien trop grand pour lui, il garde ce dernier pour son garde du corps de la journée - encore à designer - il a tout de même mis une capeline, dissimulant son visage si reconnaissable dans les replis de la profonde capuche. Après tout, sa mise travaillée et son physique si unique son sans doutes connues de tout le Duché, inutile de se faire remarquer en recevant les acclamations de la foule ! La plèbe a souvent pour habitude de vénérer ceux qui sont au-dessus et cela peut être dérangeant - bien que tout à fait mérité d'après lui.
Il a aussi préparé un large morceau de tissus brunâtre qu'il attachera pour dissimuler le bas de son visage - Son masque n'étant définitivement pas dans la catégorie « discret » - pour être sûr que son signalement ne soit pas porté jusqu'aux oreilles de ce cher Sir Rachard.
Mieux vaut être prudent plutôt que de se retrouver avec un Noble enragé à sa porte !
Devant lui, le dernier cheval encore en vie - qui a d'ailleurs bien maigris depuis une semaine - est harnaché, avec difficulté, à la vielle charrette qui servait autrefois à transporter les surplus des récoltes pour les vendre ailleurs... quand il y avait encore du surplus. Le dernier serviteur du castel bataille ferme avec l'animal récalcitrant plus que rebelle, visiblement peu enjouée a l'idée de se faire rétrograder de monture à attelage. Dans l'ensemble de bois verdit et de clous rouillé du « véhicule » se trouvent trois lourds tonneaux emplis de viande séchée, ne remplissant même pas un quart de l'espace, ils sont attachés par d'épaisse corde de chanvre effilée par le temps et l'usage.
Tout, dans Sombrelâtre - si ce n'est tout le Duché - semble ainsi usé de toute façon.
Enfin, sauf la tête de Sir Chumba, qui est aussi fraîche qu'à sa naissance.
Ce dernier a d'ailleurs finit par se décider et il se tourne vers le crochet. Une moue étrange sur le visage, comme un père qui cède finalement au caprice d'un enfant. Sa voix est en accord avec cela, ses accents nasillards distordus par un genre de ton paternaliste improbable et répugnant.
« Crochet, c'est toi qui m'accompagnera ! » - étrangement, le mutant, lui, ne lui rend pas le sourire d'un enfant à qui on accorde un caprice... pas son genre surement - « Demande à Albert de te trouver un tissu noir assez grand pour couvrir tes attributs... tu sais comme est la plèbe avec les dons de notre cher Grand-père. Toujours méprisante de ce qui la dépasse ! »
Lui-même trouve, en fait, la mutation magnifique.
Neldrick est presque jaloux de ce magnifique cadeau mais se doute bien que Nurgle lui offrira, une fois suffisamment d'action accomplie en son nom un présent à la mesure de sa Noble personne ! Et puis, après tout, son corps est parfait même sans cela. C'est juste que son apparence peut devenir plus appréciable encore ! Mais il est vrai que, pour charmer les foules comme il sait - ou crois savoir - si bien le faire, Chumba doit garder un port relativement « humain ».
Mais son heure viendra, il le sait !
En parlant d'heure, il est temps de partir pour Puits d'Aubon !
Vérifiant rapidement que les réserves de nourriture préparées plus tôt sont dans la charrette, à côté des tonneaux, Chumba monte sur le banc de conduite - s'appuyant largement sur le serviteur et maculant ce dernier de la boue de ses bottes - rapidement suivit par notre cher découpeur de viande qui prend les commandes de l'attelage.
Il ne reste plus qu'à attendre le Crochet.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 10 déc. 2014, 16:26, modifié 1 fois.
Raison :6 xp / Total d'xp : 74
Nelrick Chumba, Noble (Voie de la Cour)
Profil(bonus/malus): For 8 | End 10 | Hab 8(6) | Cha 8 | Int 9 | Ini 8 | Att 8(6) | Par 8(6) | Tir 11 | NA 1 | PV 60/60
Lien Fiche personnage: Fiche de Chumba
-Objets : Briquet a silex, Gourde de vinasse et bijoux de mauvaise facture.
-Arme // Armures :
Arbalète – 34+1D8 – Perforante
Haubert – 11 pts de protection – HAB ATT et PAR -2
Épée courte - 12+1d6 - Rapide
-Compétences:
Combats
-Adresse au tir (Arbalète) : +1 à tous les tests de tir avec des armes de ce type.
Lettres et Sciences
-Alphabétisation : Sait lire et écrire, tout simplement.
-Confection de Maladies : Capacité de fabriquer maladies et encens maléfiques
-Doctrine du culte (Nurgle) : Connaissances approfondies du fonctionnement de ce culte.
Sociales
-Corruption : bonus de +1 à ses tests de corruption.
Nature
-Dressage : Possibilité de dresser les animaux (temps relatif au type de dressage)
Ils n'eurent pas à attendre longtemps. Le Crochet sorti de l'armurerie, vêtu d'une longue cape brune à capuche qu'il tenait fermée sur son torse d'une main, son crochet osseux caché dessous. Il traversa la cour boueuse à grandes enjambée et monta directement à l'arrière de la charrette, s’asseyant contre les tonneaux de viande humaine.
- "Je suis prêt, sire. On peut y aller." se contenta-t-il de dire d'un air sombre avant de rabattre la large capuche sur son visage mangé par la barbe.
Le serviteur, grelottant de froid, agita les rennes en faisant un appel de langue. La carne qui tirai la charrette poussa un hennissement et commença à avancer lentement. Les chiens aboyaient comme des beaux diables en voyant leur maître quitter le castel tandis qu'Eude et Bernard refermèrent le portail de la palissade après leur passage. L'équipage descendit lentement la petite butte sur laquelle était juchée la demeure des Chumba, traçant de larges sillons dans la boue derrière eux. Ils traversèrent la place du misérable village, sous les yeux des paysans difformes qui composaient les gens de Neldrick.
Comme majeure partie des habitants du Duché maudit, la plupart d'entre eux présentaient des difformités et des malformations qui semblaient banales sur ces terres : dos bossus, jambes arquées, yeux de tailles différentes, doigts et orteils en plus ... Qui plus est, leurs visages émaciés et sales portaient tous les traces de maladies contractées antérieurement. Les joues étaient creusées de petites cicatrices, marques de la variole moussue. Beaucoup avaient encore les yeux jaunes et les dents gâtées d'avoir survécu au purulent croup des marais. Ceux d'entre eux qui étaient encore vivants étaient les plus forts et les plus vigoureux, ce qui semblait difficile à croire tant on devinait leurs membres maigres sous leurs haillons sales et rafistolés. Quand bien même, comme tout paysan Moussillonnais se respectant, ces pauvres hères avaient appris à survivre chaque jour en évitant de trop accorder d'importance au lendemain tant l'avenir était sombre et imprévisible. Lorsque la charrette traversa le hameau de Sombrelâtre, les rares pouilleux présents inclinèrent la tête avec respect au passage de leur seigneur et vaquèrent à leurs tristes occupations sans demander leur reste.
C'est ainsi que Neldrick, Crochet et le serviteur s'enfoncèrent plus profondément dans les marais en direction du Nord. Ils suivaient une piste boueuse et jonchée de joncs qui serpentait entre les mares d'eau croupie et les fourrés touffus qui composaient le paysage principal de ces contrées. Loin à l'Est, au delà des brumes, ils pouvaient voir se dessiner les collines sombres qui surplombaient la vallée de la Grismerie et qui abritaient de grandes forêts et, disait-on, des hordes de monstres. Neldrick savait pertinemment que les rumeurs qui circulaient sur l'existence de démons sanguinaires aux allures de boucs n'étaient en rien des légendes, et les bruits du marécage n'étaient pas sans rappeler, par moment, les bramement sauvages qui résonnaient dans ses souvenirs. En effet, à mesure qu'ils progressaient dans les vapeurs fétides et s'éloignaient de Sombrelâtre, le terrain se faisait plus difficile et la nature viciée plus sauvage. De grands enchevêtrement de ronces noires bordaient la piste à peine visible dans ce parterre de joncs et de taillis épineux et ça et là, de grosses fleurs mauves aux pétales épais et charnus poussaient au milieu des chardons et des orties. Le noble corrompu connaissait cette plante et ses vertus, comme tous les habitants du Duché. La rose de Moussillon, malgré sa couleur vive et son aspect doucereux, était l'un des pires dangers du marais. Elle secrétait en effet une sève particulièrement venimeuse qui servait de base à de nombreux poisons locaux, tandis que son pollen était réputé pour plonger quiconque s'en approchait de trop près dans un sommeil lourd dont on ne se réveilla pas. On disait aussi que cette fleur ne poussait que dans le sol abritant des cadavres, ce qui était de toute façon chose commune dans le Moussillon.
Les roues de la charrette tournaient, indolentes, imprimant profondément leur marque dans le sol meuble et humide. Personne ne parlait et seul résonnait le bruit sourd des sabots du cheval qui s'enfonçaient dans la boue à chaque pas, tandis que la bête poussait par moment des hennissements bas et nerveux. De temps à autres, une corneille poussait son chant lugubre tandis qu'un crapaud croassait grassement, caché dans quelque mare putride. Ils ne croisèrent aucun voyageurs sur la piste de Puits-d'Aubon, si ce n'est deux maresquiers qui s'écartèrent pour leur laisser le passage. Ils regardèrent passer la carriole d'un air sombre, leurs longues cannes à pêche posées sur les épaules. Comme le reste des paysans, ils portaient des braies recousues maintes fois et souillées par la boue et le labeur, de larges chapeaux de paille tressée, ainsi que deux paniers en osier qu'il tenait sur le torse, pendu à leur cou. Ce devait être là qu'ils jetaient leurs prises avant de revenir au village et une fois la charrette passée, ils s'enfoncèrent dans les brumes et disparurent, s'en allant la Dame sait où capturer grenouilles, limaces et autres denrées peu ragoutantes.
Leur présence était néanmoins le signe que Puits-d'Aubon n'était plus très loin, ce qui réconforta Neldrick qu'une journée assit sur une planche en bois humide avait mit de méchante humeur. Son fessier lui faisait mal et le froid porté par les brumes ambiantes s'infiltrait dans sa cotte de maille. A mesure qu'ils se rapprochaient du village, ils passèrent devant plusieurs arbres décharnés et dépourvus de feuilles. A la place, le tronc et les branches semblaient enduites d'une épaisse pâte gluante et goudronneuse dans laquelle étaient prises des plumes noires et des pattes de corbeaux brisées. Rien d'incongru pour les passagers de la carriole cependant. C'était une pratique courante en Moussillon. Le rare gibier sain était réservé à la noblesse, et les manants en venaient à capturer ainsi des aigrettes, des corneilles et autres corbacs pour relever un peu leur menu de pain noir et de tubercules fades. Les oiseaux venaient se poser sur les rares arbres qui se dressaient dans le marais, et restaient collés à cette substance facile à obtenir puisqu'elle jaillissait elle-même du sol à certains endroits. Les paysans affamé n'avaient plus qu'à les cueillir avant de s'en repaître.
Enfin, ils aperçurent quelques lueurs qui perçaient à travers la brume, loin au delà de la piste. A mesure qu'ils se rapprochaient, ils pouvaient discerner une palissade et le toit de quelques masures qui se dressaient au delà. Ils arrivaient à Puits-d'Aubon tandis qu'autour d'eux, le marais semblait reculer petit à petit, comme s'il les régurgitait.
C'était un post délivré par l'office du tourisme de Moussillon ! Désolé pour la langueur du truc, en théorie après votre arrivée les choses devraient petit à petit prendre du rythme. Comme je l'ai dit dans la Forêt, je ne pense pas être en mesure de poster à nouveau avant le 18, alors prends ton temps pour répondre et pour ourdir ta machination diabolique !
Ce que tu sais de Puits-d'Aubon : c'est un village dirigé par le gouverneur Eugène de Bonpassant, au nom de Sire Rachard. Une cinquantaine d'habitants, cultures vivrières, rien d'exceptionnel.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.