De la façon d'être intronisé guerrier du chaos !

Cette cité bretonnienne est également connue sous le nom de Cité des Damnés. Au cours des quinze cents dernières années, Moussillon s’est transformée d’un petit hameau en une vaste et sordide cité. Elle est bâtie dans un endroit particulièrement hostile des rives de la rivière Grismerie. Chaque printemps, les crues balayent les bidonvilles et submergent les rues sous plus de trente centimètres d’une eau fangeuse. Le froid et l’humidité envahissent les moindres fissures : le bois pourrit et se rompt, les pierres s’effritent et les champignons recouvrent tout. Plus de la moitié des maisons de la ville sont vides, témoignage de l’épidémie de choléra d’il y a deux siècles. La ville ne s’est jamais remise de cette hécatombe et est réputée pour être la plus miséreuse de toutes les cités bretonniennes.

Modérateur : Equipe MJ

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Absinthe de Fléole

De la façon d'être intronisé guerrier du chaos !

Message par Absinthe de Fléole »

Les effroyables rumeurs qui accompagnaient la simple évocation de Moussillon n'étaient donc pas des racontages oisifs de salon .
Ailleurs en Bretonnie , nombres de déviances étaient tolérées , se pratiquant dans des sociétés secrètes , jusqu'à , dit-on , dans les recoins les plus sombres du palais de Oisillon ; mais ici , l'effroi de cette décadence s'affichait ostentatoirement et n'étonnait plus personne . C'était la commune mesure .

Ainsi , installé dans un estaminet , Absinthe se réjouissait du spectacle édifiant de la rue .

Dans l'indifférence résignée des passants hagards qui pataugaient dans le cloaque , un mendiant moribond , effroyable et déformé , faisait tinter sa timbale , alors qu'un groupe d'enfants en guenilles , à l'aide de bâtons , fouillaient les entrailles gonflées d'un cadavre de chien , mort là , semble t-il , depuis plusieurs jours.

Du seul trou de lumière sale qui éclairait le pittoresque de l'arrière-salle de l'établissement , se détachaient les ombres des clients putréfiés par le mauvais vin. Au fond , à la même table , un vieil homme rabougri et grotesque et son compagnon , personnage jovial et rebondi , attiraient l'attention malicieuse de Absinthe .

Il s'empara de son nécessaire d'écriture .

A juste titre , il avait envisagé que l'ambiance putride de la cité des damnés l'inspirerait et déjà , il savourait le burlesque de cette parodie d'intronisation , que , s'ils existaient vraiment , Zuvassin et Nécoho ne renieraient pas .

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Absinthe de Fléole

Re: De la façon d'être intronisé guerrier du chaos !

Message par Absinthe de Fléole »

Absinthe s'approcha de la table et s'adressa à eux en ces termes :

"Excusez moi chers Messieurs , puis-je m'inviter à votre table ?"

Et avant que le vieil homme n'eut achevé un grommèlement inarticulé qui témoignait autant de son agacement que de l'étonnement, il était attablé , et dans un mouvement théâtral , avait déposé sa bourse et le papier entre leur godet .

"Le contenu de cette bourse est à vous , vous n'avez qu'à lire ce papier"

Maintenant qu'il se trouvait plus près de eux , Absinthe pouvait profiter du spectacle de leur terrible physionomie .
Le vieil homme ratatiné ressemblait à un vieil ceps de vigne déformé et noueux tandis que l'autre accrochait son sourire béat et figé à un visage replet .

"S'cusez monseigneur mais savons pas lire"

Le crétin à la face ahurie chuintait un babil lancinant .

"Plussss , il en faut plusss , que j'lui ai dis , plusss..."

Tout les deux guignaient la bourse.

Absinthe , qui n'avait pas envisagé cette perspective , indiqua d'un signe de main à son valet saturnin que celui-ci leur soufflerait le texte et repoussant sa chaise , il s'agenouilla .

"Nous.....Zuvassin au toucher délétère....et.... Nécoho le sceptique.....(crache et tousse )....le c'hmin d' la ruine et de l'en....tro.......pu"

"Pie , entropie....c'est entropie qu'il faut dire.."
reprit Absinthe sans lever la tête .

Par un moulinet de la main , Il fit signe de rependre.

L'autre continuait en se frottant les mains
"Plussss , il en faut plusss , que j'lui ai dis , plusss..."

"Heu...Le Ch'min d'l'entropie....f'saisons de vous ....le.......pourrisseur des dieux...et par la..."

Absinthe se releva et s'épousseta.

"Je crois que ce sera suffisant , je vous remercie"

Il prenait la direction de la sortie .

"Hééééé , qu's'est pas ce que nous z'avions dis , qu'est-c'est hééééé"

La bourse était remplie de petits cailloux .

"Votre minable prestation ne vaut guère plus"

Et il sortit de l'estaminet visiblement contenté.
Il jugeait avec ironie que ce pastiche d'adoubement était suffisamment grotesque pour satisfaire Zuvassin et Nécoho.

Absinthe avait pour intention de se rendre à Couronne et pour ce faire , il envisageait de faire le voyage jusqu'à la capitale Bretonnienne par voie maritime ou , au cas échéant , par diligence .
Mais le port était désert , seul quelques groupes de chiens errants fouillaient des monticules de denrées qui terminaient de pourrir sur les quais.
Il y avait bien longtemps qu'aucun navire n'avait trempé sa coque dans les eaux spongieuses de la baie .
Les derniers équipages qui avaient remonté la vallée marécageuse du fleuve de grismérie jusque à Moussillon avaient découvert avec ébahissement l'horreur de la décrépitude qui ravageait la cité et depuis , tous se détournaient .
Quant aux nombreuses compagnies de transport qui témoignaient de l'activité florissante que connaissait la cité du temps ou on la nommait encore la perle de la cote ouest , toutes étaient fermées .
Leurs chevaux étaient tous morts de maladie et pourrissaient dans les enclos .

Absinthe s'amusait à établir une plaisante analogie entre la situation actuelle de la ville et le cadavre du chien dont s'amusaient les enfants :Les voyageurs du vieux monde écartaient leur chemin avec abomination de cette souillure alors que les parasites qui se repaissaient de sa putréfaction avaient trouvé refuge dans la chaleur de ses viscères .

En se dirigeant vers la porte sud , il se résignait donc à faire le voyage à pied jusqu'à la prochaine ville ou il espérait trouver un relais de diligence .

Il voulu enlever son heaume pour savourer une dernière fois la terrible iniquité qui scellait la ville des damnés mais n'y parvenant pas , il fallait se rendre à l'évidence , il se trouvait prisonnier à l'intérieur de son armure.
Cette malédiction était le gage de son intronisation car Zuvassin , dans sa dérision , était susceptible d'affliger ceux qui étaient assez déments pour s'imprégner de son esprit .

Il avait déjà troqué son nom pour le sobriquet de "Absinthe de fléole" , et maintenant , cette armure terminait de le soustraire à la vue de l'humanité .

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