Mais pourquoi parler de lieux ? Zkit ne savait certainement même pas le nom de la cité où il était mis en vente si ?
Toujours étant qu’Irrisus parvint tout de même à fourguer son reptile. Ce fut le 4 du mois de Sigmarzeit, en l’an 2525, selon le calendrier impérial.
Mais pourquoi parler de dates ? Zkit ne savait sûrement même pas que l’on pouvait compter autrement le temps qu’en lunes et en saisons, si ?
Parlons plutôt de son acheteur et de ce qui s’en suivit. L’homme était de l'aristocratie terrienne des bordures du fleuve. A la question sempiternelle de Zkit : « Toi bon maître ? », il avait répondu, et ce fut la seule fois qu’il adressa la parole au saurus :
« Je suis sévère mais juste, lézard. Travaille dur et tu seras bien nourri… Et surtout ne m’adresse plus jamais la parole, sans cela tu connaîtras le plus cruel aspect de Monsieur Fouettard, ton contremaître. »
Ledit Fouettard lui fut alors montré. C’était un grand gaillard sinistre à la barbe aussi noire que son œil était mauvais. Il portait bien évidemment un fouet à la ceinture, et Zkit en tâta s’il désobéit. Mais nous verrons cela en tant voulu.
Les premiers mots que lui dit alors Fouettard de son air teigneux furent les suivants :
« Salut, l’croco… Avec moi tu t’tiens à carreaux, tu fais correc’ ton boulot et tu vis correc’. Tu m’les casse, et tu traînes les socs et les charriots comme un vulgaire bourrin à t’en péter le dos. »
Les présentations furent ainsi faites, et le nom de son acheteur ne lui fut pas connu.
Ce dernier possédait une vaste plantation de céréales à l’est de la cité, en bordure du grand fleuve. Les moissons arrivant, l’on avait acheté Zkit pour cela. Attaché par une chaîne de cheville à dix autres esclaves, il était censé couper les blés armé d’une faux, en rythme, au son d’un tambour. La cloche sonnait la pause bienvenue, mais au vu de son physique impressionnant, bien que le travail fut rude, il n’éreintait pas notre Saurus… Les champs s’étalaient à perte de vue, à se demander s’il en verrait jamais le bout, et il fallait dix mains pour compter grossièrement le nombre des esclaves qui œuvraient là sous les ordres de Fouettard et de ses fouetteurs.

Le matin ils mangeaient une bouillie de gruau, le midi la même bouillIe, mais agrémentée de chiches bouts de poissons, et le soir idem. Ils dormaient par dix sous des préaux précaires mais il ne faisait pas froid. Ils étaient toujours attachés ensemble par les chevilles et la chaîne finissait incrustée dans une énorme roche trop lourde pour être portée même à vingt… Ses compagnons de chaînes étaient constitués de deux orques, quatre humains blancs à la barbe claire dont un borgne, deux autres au teint foncé et imberbes et d’un demi ogre au regard vide…
Les fouetteurs les changeaient chaque soir de place au sein de la chaîne…
Après son premier jour, Zkit n’avait encore frayé avec aucun de ses "camarades"…

