Le soleil venait de toucher l’horizon lorsque Kiar’sh arriva à la Porte Sud de la ville. Même à cette heure, peu de temps avant que l’accès à la cité se close, le gigantesque portail était encombré de convois marchands. La Porte Sud était en effet une porte commerciale utilisée par des marchands de Tilée et des importateurs de matériaux de grandes dimensions ; elle donnait sur la Faulestadt, un quartier esthétiquement abominable où étaient rassemblées toutes les activités industrielles, fort nombreuses, du Joyau de l’Empire.
Kiar’sh songea que si cette porte était la meilleure pour partir vers les Principautés, il eût peut-être été néanmoins préférable de choisir un autre point de départ : les piétons avaient en effet pour habitude de sortir de la ville par une autre ouverture, car les gardes se devaient d’inspecter toutes les cargaisons passant par la Porte Sud et l’attente pouvait être très longue. Par ailleurs, il s’agissait de la Porte la mieux défendue de la cité, protégée par deux tours contenant chacune plusieurs balistes et un escadron de soldats, ce qui n’était pas pour satisfaire le vampire.
Tandis que le Dragon de Sang nourrissait ses amères réflexions, il aperçut le silhouette de von Landa, toujours encadrée de ses massifs gardes du corps, qui lui faisait signe d’approcher. Rejoignant son compagnon de voyage, Kiar’sh remarqua qu’il portait un sac de voyage sur le dos, et une outre de peau en bandoulière ; par ailleurs, il avait changé de tenue, et les habits de cuir brun qu’il portait à présent semblaient plus accès sur la praticité que l’élégance, tout en restant seyants.
Visiblement, von Landa n’était pas qu’un simple aristocrate indolent, et il avait probablement lui aussi un certain passé d’aventurier. L’aristocrate claqua des mains, et un de ses gardes tendit deux lames enfournées au Dragon de Sang ; les dégainant, Kiar’sh constata que sans être des chefs d’œuvres d’armurier, elles étaient d’une qualité appréciable.
-Chose promise, chose due, siffla von Landa. Eh bien ma foi, nous pouvons nous mettre en route. Hermann, je compte sur vous pour garder mes affaires en ordre. Mon absence ne durera pas longtemps. Sur ce…
Le vampire se sépara de ses prétoriens, talonné par Kiar’sh, et les deux compagnons s’avancèrent tranquillement sous la Porte Sud, doublant les caravanes qui y stationnaient. Le Dragon de Sang se demanda un instant pourquoi aucun des multiples gardes présents ne les arrêtaient pour les fouiller, mais il perçut un échange de regard entre son compagnon et un des sergents stationnés sous la Porte, et il supposa que quelque pot-de-vin devait se dissimuler dans cette affaire.