Et c’est donc ainsi que Gehnrir Mâchecrâne se retrouva une fois encore à arpenter les sentiers boueux de l’Ostermark qui longeaient la rivière Blut. Cette fois ci cependant, il était muni d’un plein tonnelet d’eau de vie, qui aurait rendu un nain aveugle mais dont le petit goût de malt était tout à fait savoureux, et était précédé d’un habitant du cru équipé de moustaches assez efficaces pour encaisser huit jours de miettes de pain sans sourciller. L’autochtone marchait d’un bon pas, douze bons pieds devant l’Ogre. Ce qui était relativement sage en soi, car lorsque le tonnelet fut siphonné moins d’une demi-heure plus tard, le mastodonte hésita plus d’une fois à transformer le pauvre Mitvas en rillettes, et si la proximité avait permis une action immédiate au lieu d’imposer le temps de la réflexion... Qu’est ce qui le retint de céder à cette impulsion bestiale ? La perspective d’être pourchassé par les villageois une fois qu’ils auraient constaté sa disparition, ou bien la perspective d’être fléché à vue par les guerriers qui montaient certainement la garde devant la prochaine ville s’ils se pointait la gueule ruisselante de sang frais et une botte entre les dents ?
Ou bien était-ce la terreur de s’étouffer avec les bacchantes gargantuesques ? L’Histoire ne le dit pas.
Quoi qu’il en soit, à mesure que les deux lascars progressaient vers la civilisation, l’Énorme nota une dégradation progressive mais significative dans la flore locale, faite à la main par des êtres portant fer et feu. D’aucun penseraient qu’un esprit aussi obtus aurait eut peine à noter quelque chose qui ne le concernait pas aussi directement qu’un coup d’épée dans la bouche ou l’odeur de la soupe du soir. Mais au-delà de l’instinct quasi animal dont le peuple pesant faisait preuve au quotidien, il était surtout connu pour résider dans un milieu assez hostile pour que ses résidents pratiquent eux-même le pillage et la rapine à un niveau professionnel. Et en règle générale, repérer les traces d’une escarmouche passée permettait d’esquiver l’embuscade suivante. Le mastodonte fit part de ses observation au paysan, qui lui répondit laconiquement qu’il ne s’agissait là que de l’œuvre de la dernière bande de Nordiques en maraude. Dans leur malheur, les habitants du coin avaient eut de la chance, car les barbare avait malencontreusement croisée la route d’une horde de peaux-vertes descendues des montagnes pour raser le même hameau, et tout ce beau monde s’était joyeusement étripaillé pour départager qui aurait la priorité. Cela avait laissé le temps à un contingent de soldats d’arriver sur ces entrefaits pour achever les survivants avant qu’ils n’aient le temps de s’enfoncer d’avantage dans les terres.
L’improbable duo chemina donc dans la lande, où la mort et la vie se livrait une bataille sans merci, pendant encore de longues heures à peine marquées par les reniflements de l’humain et les gargouillis intestinaux de l’Ogre. Et soudain, la ville apparut au détour d’un vallon. Osterwald, comme la nomma Mitvas (quel drôle d’idée de donner un nom à un endroit qui n’était pas un site sacré, ou la tanière d’une bête légendaire) se révéla dans toute sa splendeur, c’est à dire grise et morne à l’image de sa région, mais le style exotique de l’enceinte de pierre qui la ceinturait, ponctuée de hautes tours, fascina Gehnrir qui se perdit vite dans la contemplation de l’édifice. Sans aucune mesure avec la géométrie et la rigueur des nains, l’application et l’ingéniosité des humains dépassait toutefois largement celle dont son propre peuple faisait preuve, et un tel ouvrage couplé au relief abrupte de son pays natal pouvait facilement rendre tout une zone absolument inattaquable. Mais il réalisa aussitôt que dans les Montagnes des Larmes, le temps nécessaire à l’érection de tels bâtiments serrait irrémédiablement perdu, au détriment d’activités capitales comme le désossage de la dernière proie ou la mise en place du tournoi de lutte hebdomadaire. Y’a des priorités quoi, merde ! Et puis pourquoi passer du temps à construire un mur qui serait laissé à l’abandon quelques semaines plus tard lorsque le campement serait levé ?
Le seul chemin d’accès à l’intérieur de la cité passait par un trou dans le mur, qui était toutefois obstrué par une imposante grille en fer qui venait juste de se refermer après le passage d’un vieillard menant une charrette remplie de carottes. Quatre humains engoncés dans des livrées au tintement métallique semblaient filtrer le passage. L’un d’entre eux, qui avait l’air d’être le plus ancien, était assis sur une caisse dans laquelle il venait de ranger une poignée de pièces, tandis que les trois autres s’appuyaient mollement sur leurs piques en s’échangeant quelque plaisanteries qu’on devinait être à forte teneur en philosophie. Tout ce petit monde se ressaisit néanmoins à la vue du monstre qui se dirigeait vers eux. L’un d’eux, un jeunot avec des bras de poulet, s’avança courageusement, braquant son arme en direction des arrivants.
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" Halte qui voilà !"
Son comparse, un autre jeunot avec une barbiche à peine plus épaisse qu’une touffe de dessous de bras, l’interpella d’un ton hésitant.
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"Heuuu t’es sûr que c’est ça la formule ? C’est pas « Halte au grabuge ! » ?"
Cela sembla déstabiliser le jeunot qui, après un coup d’œil circonspect à son collègue, eut toute les peines du monde à retrouver une contenance.
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"Attends, tu me mets le doute là… Halte quel que soit votre âge ! Non…"
-
"Halte nom d’un chien ! Ah non, toujours pas…"
- "Vos gueules !"
Le troisième larron, plus âgé et visiblement excédé par les bouffonneries des deux bleus, les bouscula pour venir se planter devant Mitvas qui, ayant déjà ralentit le pas, s’arrêta complétement. Mais par dessus l’épaule du paysan, le soldat fixait intensément Gehnrir d’un regard dépourvu de peur, mais qui irradiait d’une froide détermination. Ce qu’il déclama ensuite d’une voix forte et claire était d’avantage destiné à l’Ogre qu’au local qui connaissait déjà la politique de l’endroit.
-"Halte ! Par décret, nul n’entre dans la ville sans payer l’octroi, qui est d’un Sous de cuivre par jambe qui foule le sol. Payez ou passez votre chemin !"
Le ton était calme, mais ne souffrait aucune contestation. Gehnrir constata d’ailleurs que les décibels avaient attirés l’attention d’une poignée d’autres humains bardés de fer qui glandaient au sommet des remparts, et qui à présent tenaient leurs arcs prêts. Le jeunot à barbiche chuchota à son ami.
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"Bah tu vois, j’aurais jamais réussi à me rappeler de tout ça…"
L’autre lui répondit par un coup de coudes dans les côtes pour lui signifier que s’ils voulaient bouffer ce soir, il valait mieux la boucler définitivement. Là dessus, le vétéran, toujours silencieux et détendu, se leva à son touret s’avança de quelques pas, la main droite tendue, mais la main gauche posée sur le manche de sa longue épée qu’il portait au côté. Mitvas, sans broncher, sorti deux sous de cuivre de sa bourse et obtempéra sans rechigner. Le vieux fit un signe à l’un des gardes sur le toit, et la herse s’ouvrit dans un grincement infernal. Le paysan s’engouffra dans l’ouverture et y disparut avant que l’Ogre n’ait eut le temps de lui demander s’il pouvait payer pour lui. Il se trouvait donc là comme un con, à soupeser le pour et le contre de l’emploi de la méthode Ogre. D’un côté, la caisse pleine des pièces de la journée était à portée de massue, uniquement protégée par quatre humains dont deux moins épais qu’un sandwich de gnolbar. De l’autre, il n’était pas certain de pouvoir venir à bout des deux plus vieux assez vite pour empêcher les archers de lui trouer la peau, et il en savait suffisamment sur les humains pour se douter qu’ils avaient des renforts quelque part, qui n’attendaient qu’un mot pour le déborder comme une meute de hurleurs nocturnes.
Et puis même s’il mettait la pogne sur une belle quantité de cuivre, où est-ce qu’il irait le dépenser ? Au fond de la forêt ? Non bien sûr, cette ville était le seul habitat viable à des lieues à la ronde… Et puis il pouvait trouver du travail ici, pour bien plus qu’une poignée de piécettes. Ainsi donc, l’Ogre se saisit de sa bourse, y farfouilla de ses gros doigts gourds, et déposa 2 sous de cuivre dans la main du garde en affichant son plus beau sourire.
« Pas d’soucis mon gars ! J’espère juste qu’la visite vaudra l’coup d’œil. Tiens… »
Le garde empocha l’argent (enfin, le cuivre…) et fit à nouveau signe d’ouvrir la herse.
- "Bien, vous pouvez entrer. Ne faites pas de grabuge inutile, et tout se passera bien."
C’était une notion relativement sujette à interprétation du point de vue d’un Ogre, mais chaque chose en son temps. Gehnrir exprima sa coopération en levant le pouce et en exhibant encore plus ses chicots éclatants… Avant que le jeunot aux bras de poulet ne lui exprime son désarroi.
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"Par contre vous devriez arrêter de sourire, c’est hyper malsain…"
L’ogre s’engagea alors sous l’arche de pierre, et commença à errer au hasard dans la fourmilière humaine, se fiant d’avantage à son nez qu’à son cerveau pour s’orienter dans les ruelles tortueuses et humides. Il remonta la piste d’une poulet en train de rôtir à la broche jusqu’à arriver à un marché fortement peuplé malgré l’heure tardive et le fait qu’une bonne partie des commerçants commençaient à fermer boutique. Il put toutefois mettre la main sur cinq belles pièces de viande qu’il fourra dans sa gibecière, avant de s’enquérir d’un endroit où passer la nuit. Le boucher, bien aimable, lui indiqua une taverne à proximité de la rivière (qui courrait dans la ville), et qui se trouvait être attenante au comptoir commercial de la ville, le passage obligé de toutes caravanes et convois qui passaient dans le coin. Si la Gueule le voulait, peut-être trouverait-il son bonheur là bas ?
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Gehnrir paie l'octroi, et achète pour 25 sous de cuivre de viande
dépense totale : -2 pistoles d'argent / -7 cuivre
Puis il se dirige vers la taverne la plus fréquentée par les voyageurs et les commerçants.