La population rurale de l'Ostermark est composée de gens capables et autonomes qui se battent souvent aux côtés des Kislévites contre les pillards Nordiques. Wolfram Hertwig dirige sa province depuis Bechafen, situé dans le Nord.
Le grincement de la charrette s’éloigna de plus en plus à mesure que Juliette s’en allait dans la direction que Stefan lui avait indiquée. Le vent s’était fait plus fort, depuis que la nuit était tombée, et, dans la rue, des feuilles mortes tourbillonnaient en permanence, s’accrochant de temps à autre dans ses mèches noires dépassant de son chapeau. Elle passa devant un grand porche de pierre aux grandes portes ouvertes, et nota la particularité de chacun des deux piliers ; l’un était noir, l’autre, blanc. En jetant un coup d’œil à l’intérieur, l’on pouvait distinguer un large escalier s’enfonçant dans les entrailles de la terre, et pourtant, il semblait y résider une quiétude et une paix comme nulle part ailleurs. De hauts murs de pierre délimitaient une enceinte mystérieuse au-dessus de l’escalier dans lequel s’engageait une silhouette vêtue d’une grande robe noire comme la nuit qui s’annonçait. Le temple de Morr, pouvait songer la jeune femme, quand bien même n’en avait-elle sûrement jamais vu.
Test de commérage : as usual
Des passants la croisaient, la doublaient, mais tous, lorsqu’ils n’étaient pas arrêtés afin de discutailler, cherchaient à éviter de mettre les pieds dans ces flaques d’eau croupies qui tapissaient le sol, et Juliette s’attelait à les imiter. Quelques paroles parvinrent toutefois à ses oreilles alors qu’elle frôlait différents groupes de personnes.
«… cousine peut pas être aussi belle que la margrave, impossible ! Cette dernière a certainement jeté un maléf… »
«… ces soldats, là, quel bordel. Ça prend toute la place, ‘peut plus s’loger, et y m’ont même piqué une poule ! »
Un nouveau grincement attira l’attention de la voyageuse, et ses yeux bleus se levèrent en direction d’une enseigne plantée dans le torchis d’un bâtiment. Un mouton grossièrement représenté brillait sur le bois de pluie qui se balançait, souffleté par le vent, et dont la dorure commençait à s’effriter. L’on y percevait, au-travers de ces petites fenêtres à carreaux huilés, des éclats de rire, et des discussions animés, tout autant que le scintillement jaunâtre de bougies disposées sur le rebord des vitraux. Il s’agissait sans aucun doute de l’auberge dont lui avait parlé Stefan. Et elle poussa la porte de bois.
L’endroit, bien que grand, était bondé. Une foule hétéroclite buvait, mangeait, rirait dans cette salle où la fumée s’accumulait au plafond, noircissant de plus en plus de suie le bois alors qu’on levait les yeux vers le haut.
Deux haflings étaient en tête à tête avec deux énormes tourtes, et s’en empiffraient, mettant des miettes partout, jusqu’à s’en faire exploser le bide, un serveur elfe s’affolait à servir de bières, de vins, de laits de chèvre, les différents bras qui se levaient, le hélant à son passage. Un nain, membre du guet semblait-il, avait, étrangement, déjà abandonné le combat, son visage à la grande barbe reposant désormais face contre le bois de la table, sa grosse main serrée autour de l’anse d’une choppe à moitié vide. Un prêtre musculeux, vêtu d’un robe noire au tissu couteux et blasonné d’une grande tête de loup blanc était en train de faire un concours de bras de fer en compagnie de deux soldats. Sur une table de six, une jeune femme aux atouts convaincants et proposant de lire dans les lignes de la main pour trois sous était en train de deviner le futur de trois autres miliciens qui, eux, accordaient bien d’avantage d’importance aux charmes de la prétendue « oracle » qu’à ce qu’elle était en train de leur dire, et celle-ci paraissait en être totalement consciente.
Enfin, un dernier soldat et deux autres elfes étaient en train de jouer aux dés, et tout cela faisait qu’il ne s’y trouvait pas une table de libre ; toutes étaient occupées –mais pas complètement-, par ces différents protagonistes.
Lorsque Juliette s’était avancée dans la taverne, découvrant les lieux, bon nombre de visage s’étaient tournés en sa direction, et, en dépit de sa misérable vêture, au moins une personne de chaque tablée l’avait enjointe à se joindre à eux –si ce n’était le nain imbriaque-, chacun étant charmé de son regard bleuté et de l’innocence juvénile mais gracieuse de ses traits.
Dans le fond se tenait l’aubergiste, un homme costaud au regard franc, dont la barde commençait à grisonner. En ce moment, il était en train d’alterner entre le fait de laver les plats et les coupes et à remplir quelques-unes de ces dernières.
Quelques prix :
# Bain : 3 sous
# Repas médiocre : 1 sou
# Repas moyen : 2 s
# Bon repas : 3 s
# Repas « d’aristocrate » : 5 s
# Lit : chambre privée : 2 pistoles
# Lit : simple abri dehors + foin pour matelas : 1 sou
# Alcool fort : 3 sous
# Ale (pinte) / hydromel / lait de chèvre : 1 sou
# Ecuries, par cheval et par nuit : 4 s
Lorsque Juliette Dickens pénétra dans l’établissement que lui avait indiqué Stefan, la jeune fille fut frappée par la fumée qui s’accumulait dans la pièce principale. L’intérieur du Mouton à Cinq Pattes était chaleureux et plein de vie. L'odeur de viande grillée et de fumée emplissait la taverne en même temps que les commandes qui fusaient et les discussions animées. Ces dernières se turent d'ailleurs quand la jeune fille fit son entrée dans la salle commune. Les clients attablés ça et là l’observèrent sans un mot dans un examen que Juliette devina comme obligatoire à tout étranger. Enfin, les visages se détournèrent et le brouhaha des conversations reprit.
Un serveur elfe passait de table en table pour amener des plats de victuailles et des choppes alors qu’il emportait les assiettes vides. Dans le fond de l’établissement, celui qui devait être le propriétaire de l'établissement servait également des choppes tout en gardant un œil sur les différents clients. Ce fut la première fois que Juliette vit un elfe. Quand ce dernier passa devant elle, la jeune fille remarqua qu’il ne glissait pas sur le sol, comme elle l’avait d’abord cru, mais qu’il marchait avec une telle grâce qu’il donnait l’impression de juste effleurer la terre qu’il foulait.
Juliette Dickens sentit sa mâchoire se décrocher devant sa magnifique silhouette. Vêtu d’une tenue verte, cet elfe avait les traits fins et sa peau d’albâtre paraissait douce comme le visage d’un poupon. Ses yeux étaient sombres et ovales, et sa chevelure dorée laissait apparaître ses oreilles pointues aux courbes délicates. Mais ces pensées s’évanouirent quand il lui adressa un sourire hésitant, et Juliette manqua de défaillir en voyant une telle beauté dans un geste aussi simple.
Elle sentit son cœur se soulever lorsqu’elle réalisa complètement qu’elle regardait le visage d’un elfe. Les seigneurs de la forêt.
Juliette Dickens s’avança entre les tables, à la recherche d’une place pour manger, en sentant derrière elle le regard des clients qui la suivaient du regard. Alors qu’au moins une personne de chaque tablée l’invitait à se joindre à eux, la jeune fille se rendit compte que l’auberge était pleine et qu’il ne restait plus aucune table vide. Elle allait devoir s’installer avec des inconnus.
La jeune fille décida finalement d’aller s’asseoir à la table d’un soldat et de deux elfes qui étaient en train de jouer aux dés. Elle pourrait au moins observer cette magnifique race de plus près. Mais avant de se diriger vers cette table, Juliette alla au comptoir et commanda un repas, un lait de chèvre et une chambre privée pour la nuit. L’aubergiste la regarda et lui indiqua que sa commande lui serait portée à sa table.
Elle se dirigea donc vers l’humain et les deux elfes.
« Puis-je m’installer à votre table, messires ? »
Alors qu’elle posait sa question, Juliette Dickens ne cessait de regarder le soldat droit dans les yeux, trop impressionnée pour s’adresser aux elfes.
Un bon repas + un lait de chèvre + une chambre privée = 2 pistoles et 4 sous
Juliette Dickens, Voie de la Belle Mort (Beauté Mortelle) Profil: For 11 | End 10 | Hab 11 | Cha 12 | Int 10 | Ini 12 | Att 11 | Par 9 | Tir 11 | NA 1 | PV 95/95
«Bienvenue au Mouton à Cinq Pattes ! Ouais, je sais, c’est curieux comme nom, mais c’était déjà comme ça quand j’ai repris l’commerce. A vrai dire, ‘paraît que, y’a des générations d’ça, un mouton à cinq pattes est né, ici. Alors les répurgateurs se sont pointés dans ce qui était une ferme, à l’époque, et y z’ont commencé un interrogatoire bien… poussés. Tant que ça, que la famille a avoué avoir traité avec les Dieux Sombres. Ouais. Et pourtant, tous les autres paysans avaient juré qu’ils étaient totalement innocents, une famille bien comme les autres, respectables et tout. Mouais, les répurgateurs…
Enfin bref ! Qu’est’-c’que j’vous sers, ma p’tit dame ? Ok, un repas, un lait de chèvre, et une chambre privée pour m’dame ! J’vous servirai quand ça s’ra prêt, vous en faites pas. »
L’homme empocha les deux pistoles et les quatre sous avant de laisser tomber cette perpétuelle vaisselle qu’il avait à faire pour s’en aller préparer le repas de Juliette. Celle-ci se détourna du comptoir, cherchant une place où elle pourrait s’assoir. Elle croisa divers regards, curieux, interrogateurs, neutres, alors qu’elle déambulait à travers les rangées de chaises et de tables, lesquelles avaient toujours un emplacement qui se ferait un plaisir d’être occupé. Elle n’avait que l’embarras du choix. Ce fut subjuguée par la rencontre avec ce premier elfe qu’elle choisit de se tourner vers les deux autres qui partageait leur tablée avec un des soldats, et lorsque, n’osant pas regarder en face ces deux étranges créatures, elle posa sa question au soldat, celui-ci questionna à son tour du regard ses vis-à-vis, qui hochèrent simplement et lentement de la tête. Le soldat fit alors un signe de la main, invitant la jeune femme à prendre place.
L’homme se présente en te serrant la main, un grand sourire chaleureux aux lèvres, et dit se prénommer Erik. Il désigne les deux elfes, les appelant Cavindel et Dolwen, tout en précisant bien, esquissant une grimace, qu’il ne s’agit là que de noms de voyage « facilement compréhensibles et prononçables pour les humains ». Erik semble apprécier que tu ne regardes que lui, dans ta peur de regarder les deux elfes, et tu apprends rapidement qu’il est un de ces jeunes soldats, simple fils de fermier, qui a été enrôlé dans l’armée il y a de cela un mois et demi afin de combattre l’armée de Crom, au sud de la région. Il ne sait pas véritablement se battre, mais en apprend chaque jour d’avantage au sein du camp d’entraînement, semblant très volontaire. Sous son uniforme de soldat, il semble vêtu convenablement, ni misérablement, ni richement, et une épée dans un fourreau –qui t’a également permis de le désigner comme tel, est accrochée à son flanc.
En face de vous se tient les deux elfes, très calmes, très sereins ; stoïques. Ils ne montrent aucune expression, fidèle à eux même, se contenant de poser sur toi un regard tout à fait neutre, placide. Cependant, leurs visages ainsi inexpressifs ne sont pas pour autant dépourvus de charmes, et dans leur rigueurs, leurs traits restent extrêmement doux et gracieux. Ils semblent distants, ne participant pas à la conversation, alors qu’Erik en dit d’avantage sur lui-même et qu’il te demande gentiment ton nom, si tu es nouvelle en ville et, si oui, ce que tu viens faire ici.
Ainsi, les deux elfes, habillés somme toute assez richement, un arc posé à terre contre la table, semblent distants, éloignés, comme si ce qui se passe en ce bas monde ne les concerne nullement ; ils se contentent de boire le contenu de leur coupe avec une patience infinie.
«Et le repas pour madame, ainsi que le lait de chèvre !, annonça le tavernier en apportant avec lui la commande de Juliette. Et pour vot’ chambre, c’est la deuxième à gauche quand vous montez à l’étage. Bon appétit ! »
L’homme posa devant la jeune femme une auge délicieusement fumante, dont la fragrance la fit saliver une nouvelle fois. Il s’agissait d’un épais ragoût de viande de mouton et de légumes en toute sorte, avec une sauce au vin coupé, d’un gros quignon de pain, d’une tourte, et d’un petit morceau de fromage ; bien plus que ce que la voyageuse avait coutume de manger dans son village d’autrefois.
Alors que Juliette attaquait son navarin avec férocité, Erik et les deux elfes s’étaient remis à jouer aux dés. Du coin de l’œil, la jeune femme les observa. Il s’agissait d’un jeu de hasard employant cinq dés, et l’on pouvait, au cours de trois lancers, choisir quels dés l’on gardait, quels dés l’on relançait, le but étant de faire des combinaisons tel que des carrés, des suites, des brelans, des paires ou doubles paires.
Et lorsque la jeune femme eût terminé son repas, Erik lui demanda si elle souhaitait jouer en leur compagnie.
Il est plutôt difficile de simuler ce genre de jeu ici, aussi, si jamais tu acceptes, je jetterais simplement les dés et comparerais les résultats ; le plus élevé sera le meilleur.
Tu peux choisir ta mise qui sera alors suivie par les autres joueurs, et le gagnant remporte le tout. Dis-moi aussi combien de partie tu veux faire. o/
Mais tu n'es pas non plus obligée, et faire autre chose.
(Et, je le signale parce qu'il est possible de perdre tout cela dans le texte, Erik te pose quelques questions).
Juliette Dickens gratifia le jeune soldat d’un petit sourire, alors que ce dernier acceptait qu’elle se joigne à eux, avant de s’installer à côté du jeune homme et face aux deux elfes. Le soldat se prénommait Erik et les deux elfes, Cavindel et Dolwen.
Et alors que le jeune soldat commençait à la questionner, Juliette se demandait ce qu’elle devait lui répondre. Elle se dit finalement qu’elle devait garder tout de même un voile de mystère autour d’elle.
« Je me nomme Juliette et je viens d’un petit village proche de Nachdorf. Je l’ai quitté pour trouver du travail à Eisental. »
Alors qu’elle terminait sa phrase, le tavernier fit son apparition avec la commande de la jeune fille sur un plateau en bois. Juliette sourit en voyant ce bon repas approcher.
« Et le repas pour madame, ainsi que le lait de chèvre ! Et pour vot’ chambre, c’est la deuxième à gauche quand vous montez à l’étage. Bon appétit ! »
Tandis que l’humain et les deux elfes se remettaient à jouer aux dés, Juliette Dickens plongeait sa cuillère dans l'épais brouet odorant qu'on lui avait apporté. Il était nourrissant et épicé à son palais, juste ce qu'il fallait pour chasser plaisamment la faim qui avait commencé à la tenailler avec un peu trop d'insistance. Elle termina son repas avec la tourte et le fromage, arrosant le tout avec du lait de chèvre. La paysanne n’avait jamais autant mangé de sa vie.
Lorsque Juliette eut terminé son repas, Erik lui proposa de venir jouer avec eux aux dés. La jeune fille refusa poliment.
« Non, merci. »
Elle resta quelques minutes à contempler la salle, observant les moindres faits et gestes des clients de l’auberge du Mouton à Cinq Pattes…
Si rien ne se passe, Juliette rejoint sa chambre pour dormir.
Juliette Dickens, Voie de la Belle Mort (Beauté Mortelle) Profil: For 11 | End 10 | Hab 11 | Cha 12 | Int 10 | Ini 12 | Att 11 | Par 9 | Tir 11 | NA 1 | PV 95/95
A son refus Erik haussa les épaules, retournant alors son attention sur les deux elfes et la partie qui allait s’engager. Juliette les regarda un petit instant, et osa jeter quelques coups d’œil en direction de ces êtres surnaturels qu’elle ne connaissait pas. Contrairement au soldat, empressé de commencer à jouer, les deux étrangers restèrent l’on ne pouvait plus calme, se contentant de rassembler lentement les dés ainsi que la petite boîte dans laquelle ils allaient être jetés. Erik trépignait d’impatience, secouait les petits cubes avant de les lancer, suivait avec attention leur mouvement lorsqu’ils roulaient dans la boîte, poussait des exclamations de surprises, de joie, ou de colère en fonction du résultat. Il avait l’œil étincelant et le geste frénétique, tandis que les deux elfes, eux, conservaient une expression tout à fait stoïque. Ils n’avaient pas encore ouvert la bouche depuis que Juliette était là, pas encore prononcé la moindre parole, et se contentaient d’agir silencieusement, notant du regard les résultats, donnant ou récupérant une mise dans le mutisme le plus total. Cela dit, quand bien même demeuraient-ils aphones, ils n’affichaient aucune mauvaise intention, ne donnait aucune mauvaise impression. Au contraire, jusqu’à dans leur lancer de dés le plus basique, ils restaient nobles et gracieux. Ils étaient là pour jouer, et ne sentaient pas le besoin de se livrer à d’autre action qu’à leur jeu.
Dans l’auberge, les deux haflings avaient commencé à entamer, semblait-il, deux autres tourtes, et, sous leur tunique, leurs ventres paraissaient bien plus rebondis qu’auparavant, signe qu’ils avaient véritablement mangé avec excès, et qu’ils n’en étaient peut-être pas à leur première tourte lorsque la jeune femme était arrivée. Le serveur se contenta juste de leur apporter leur nouveau repas, tout en récupérant les miettes abandonnées sur la table. Il pouvait être curieux que les deux semi-hommes n’eussent pas poussé leur gourmandise jusqu’à se régaler également de ces menus morceaux de tourte.
Les trois soldats et la gourgandine avaient passé un cap, et, si les trois hommes continuaient de payer la jeune femme, ce n’était certainement plus pour qu’on leur contât la bonne aventure ; l’on se rassemblait de plus en plus autour de l’unique présence féminine, et les mains commençaient à se perdre de façon alarmante sous les vêtements, d’un côté comme de l’autre. Et quelques minutes plus tard, ils montèrent tous ensemble, et, eu égard à ce qu’ils étaient en train de faire, la morale aussi bien que l’éthique leur en furent reconnaissants.
Le nain était toujours allongé sur sa table, et ronflait à présent au rythme d’un souffle tonitruant. Le serveur se garda bien d’aller le réveiller pour lui conseiller de regagner sa chambre, ou même de le déplacer alors qu’il était en train de roupiller. L’on ne pouvait savoir quel eût été son comportement s’il avait appris qu’on l’ avait porté, et, dans l’hypothèse où il se serait réveillé que pour recommencer à boire, cela faisait toujours une personne de moins à servir, à l’heure actuelle.
Enfin, il sembla que le prêtre d’Ulric avait gagné le concours auquel il s’était adonné en compagnie des deux derniers soldats, et réclamait déjà deux choppes pour lui tout seul, sous le regard apitoyé des deux autres. Apparemment, c’était aux perdants de payer la boisson, mais, s’ils affichaient au début un air de déconfiture, ils ne tardèrent guère à suivre l’uricain dans sa beuverie. Et bientôt des chants paillards et des éloges lupins vinrent recouvrir le brouhaha de la taverne.
Autrement, l’on parlait de tout et de rien. Ainsi, la nouvelle arrivée de soldats avait en partie appauvri la ville en nourriture, la vidant quelque peu de ses réserves. Les fermes tournaient à plein régime, le meunier était débordé, devant chaque jour fournir d’avantage de farine pour les boulangers qui ne savaient plus où donner de la tête. Les charrettes ne venaient pas aussi souvent qu’elles le devraient afin de ravitailler Eisental, mais cela, quand bien même la ville s’appauvrissait en ration, elle ne faisait que renforcer l’économie des artisans et des fermiers. Le fermier Albrecht Reickmar avait perdu la moitié de son troupeau de moutons la semaine dernière. La fille du tenancier de l’autre taverne s’était cassé la cheville, et il avait dû embaucher une nouvelle servante. Au contraire, l’une des servantes du margrave avait disparu depuis quelques années déjà, et l’on disait qu’il cherchait maintenant à en prendre une nouvelle. Le temple de Sigmar, qui s’était fait volé un tableau, venait de récupérer une copie conforme à l’original. Il paraissait que le margrave avait eu une relation avec la fille du forgeron, et une autre avec la servante qui avait précédé l’elfe qui servait ici. Kristof était actuellement en procès contre la veuve de Mérandi parce que cette dernière avait fait bâtir un mur pour délimiter leurs propriétés respectives, tout en grignotant une bonne part de terrain du premier.
Et en attendant, toujours pas de traces de Stefan. Et Juliette, après avoir souhaité la bonne nuit à sa tablée, s’en alla dans sa chambre, suivant les indications de l’aubergiste. L’escalier était de bien meilleure facture que celui de la « taverne » précédente ; il ne craqua pas sous la jeune femme. Le couloir était plus vaste, mieux construit, tout comme la chambre, plus grande et véritablement pourvue d’un lit, qui, quoi que sommaire, sentait terriblement bon le frais et le confort. Juliette posa sa gibecière au pied de son lit, et se fourra dans les draps, sentant déjà le sommeil la gagner. Et cela en dépit des cris et des petits rires qui provenaient de ce qui devait être la chambre des trois soldats et de la diseuse de bonne aventure.
En cette fin d’après-midi, tout le monde est fatigué. Le travail à la mine est éreintant, laborieux, monotone, et les visages sont tirés, creusés, noirs de poussière. Certains toussent, après des années passées à respirer cette poussière de minerai, mais tout le monde est content d’arrêter le travail en ce début de soirée. Ta mère, vivante, et toi, ainsi que tous tes frères et sœurs, ont déjà quitté la gueule ténébreuse de la montagne, et vous attendez le patriarche de la famille, qui tarde à revenir. Les heures passes, et vous restez devant, sans rien faire, mués par une force invisible qui vous pousse à demeurer là, et à attendre son retour. L’angoisse monte, tu as la chair de poule. Ta mère gigote sur place, Balderich danse d’un pied sur l’autre. Attente, oppression sombre pesant mystérieusement sur vos épaules. Enfin, il est là. Il sort de la mine, souriant. Il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Soulagée, tu ne peux t’empêcher de lui sauter dans les bras. Il te tient fort contre lui, riant, disant que tout va bien.
Une odeur écœurante te prend alors violement le nez. L’odeur de la mort. Tu te recules brusquement, que pour découvrir que celui qui te tenait dans ses bras n’est pas autre que la goule que tu as tuée hier, le visage déchiqueté et suintant un pu noirâtre. Elle se jette violement sur toi, et ses griffes s’enfoncent dans la chair tendre de tes bras.
Juliette se débattit comme une forcenée dans son lit, donnant coups de main et coups de pieds, avant de se rendre compte que ce qui la tenait désormais n’était pas une goule mais un soldat qui la contemplait. Pas de bonne humeur du tout. Et trois autres gardes étaient là également, l’épée au clair, prêt à intervenir au moindre mouvement douteux.
«C’est toi la gamine qui voyage avec Stefan ? Alors, vous êtes de mèches, tous les deux, c’est ça, hein ? Un cavalier est venu cet aprèm’ pour nous conter le vol de l’oratoire de Shallya et de votre fuite suspecte. Et aussi que t’as un marteau et des clous dans ton sac. Exactement le genre de truc qu’y faut pour décoller la colombe de l’autel, bha tiens. Dommage pour toi, mais après un interrogatoire musclé, l’gars a avoué pour le tableau sigmarite qu’il avait piqué ici, et pour toi aussi. T’es bon pour la taule, et pour l’même genre de traitement jusqu’à ce que t’avoues où t’as planqué la colombe, chérie.»
Après avoir fini son repas, Juliette Dickens décida de rejoindre sa chambre privée. La jeune fille suivit les indications que lui avait données l’aubergiste et arriva devant une porte dans laquelle elle introduisit la clef qu’elle venait d’acquérir.
Elle entra alors dans une pièce assez propre, à son grand soulagement. Bien plus en tout cas que la taverne précédente. Juliette était tout simplement ravie. Depuis combien de temps n’avait-elle pas vu un lit ? Pour la première fois depuis un moment qui lui parût être une éternité, la jeune paysanne pouvait enfin aspirer à un repos bien mérité.
Ce n'est pas sans soulagement que Juliette Dickens se glissa entre les couvertures, après avoir retiré l’intégralité de ses vêtements. La jeune fille soupira sous la caresse des draps qui effleurèrent sa peau dévêtue tout en appréciant, après plusieurs jours dans la nature, le moelleux incomparable d’un matelas. Elle se mit à ressasser les évènements passés tout en goûtant au confort de dormir enfin sur un véritable matelas. Extenuée, la jeune fille s’endormit très rapidement…
… … …
Juliette Dickens se réveilla en sursaut, se redressant d’un bond sur son lit inondé de sueur. La douleur causée par son père/goule persista quelques secondes. Foutu cauchemar !
C’est alors qu’elle remarqua les quatre gardes qui se tenaient en cercle autour de son lit, leurs armes au clair.
« C’est toi la gamine qui voyage avec Stefan ? […] Dommage pour toi, mais après un interrogatoire musclé, l’gars a avoué pour le tableau sigmarite qu’il avait piqué ici, et pour toi aussi. T’es bon pour la taule, et pour l’même genre de traitement jusqu’à ce que t’avoues où t’as planqué la colombe, chérie.»
Le masque était tombé bien vite : Stefan était le voleur ! Juliette pesta intérieurement, elle n’aurait jamais dû monter avec cet inconnu. Mais un autre élément vint frapper la jeune fille de plein fouet : sa nudité. Juliette fut soudainement prise d’un accès de panique. Allaient-ils abuser d’elle une fois qu’ils découvriraient qu’elle ne portait aucun vêtement ? Les choses se passaient mal, c’était un fait.
« Non, s’il-vous-plaît, écoutez-moi… Je n’y suis pour rien dans cette histoire. J’ai rencontré cet homme à Nachdorf et il m’a demandé si je voulais faire le voyage jusqu’à Eisental avec lui. Vu qu’il avait une charrette, j’ai accepté cette offre. Mais une fois arrivé ici, nous nous sommes séparés. Vous pouvez même demander à l’aubergiste et à Erik, un soldat, ils vous confirmeront que je suis ici, dans l’auberge, depuis hier soir… S’il-vous-plaît, je vous en supplie, vous devez me croire… »
Baratin ; même si je doute que cela fonctionne sur ces rustres
Juliette Dickens, Voie de la Belle Mort (Beauté Mortelle) Profil: For 11 | End 10 | Hab 11 | Cha 12 | Int 10 | Ini 12 | Att 11 | Par 9 | Tir 11 | NA 1 | PV 95/95
Oh, j’imagine que baratin pourrait bien aller, là-dedans, d’autant plus que ton mensonge serait encore plus crédible vu qu’il s’agit de la vérité (uh ?). +1 pour baratin, et le malus que tu aurais dû recevoir parce que le type n’est pas content est annulé grâce à ta nudité (opportuniste).
Jet de charisme : X-1
Le soldat est tout énervé. Visiblement, avoir été appelé aussi tard dans la nuit –ou tout le matin selon les points de vue- ne l’a vraiment pas enchanté, et il est resté insensible à la beauté de la nuit et de ses étoiles scintillantes, semble-t-il. Ses grosses et rudes mains de militaire te serrent bien trop fortement tes bras, laissant de grandes marques blanches sur ta peau là où le sang ne circule plus, et il n’a qu’une envie, te secouer comme un prunier pour te faire sentir son mécontentement.
Pourtant, alors que tu prends la parole, le suppliant de ton innocence vis-à-vis de cette affaire dans laquelle tu n’as pas trempé, il hésite fortement, sa conviction de ta culpabilité s’effritant soudainement. Si tes grands yeux bleus le regardent, au bord des larmes, les siens, lui, regardent nettement autre chose de plus intéressant, avant de devenir vitreux, songeurs. Puis, bien que les paroles de la jeune femme aient été sur le point de faire mouche, il se reprend soudainement.
«Paroles de voleuse, ça, marmonna-t-il, avant de hausser le ton. Ouais, paroles d’une putains de voleuse ! ‘L’disent toutes ça, toute façon ! Et puis… Et puis.. Mais qu’est-c’tu m’chantes, aussi ? Qu’est-ce que ça peut faire que tu aies été à la taverne hier soir quand tu es arrivée durant l’après-midi, et que le vol avait été fait le matin même, sérieux ? Allez, habille-toi. Et nous on va te surveiller, hein, faudrait pas non plus que l’on dise qu’une gamine comme toi as pu nous échapper, hein les gars ? »
Et les gars rétorquèrent par des rires gras, ne manquant pas une miette du spectacle lorsque la jeune femme se rhabilla sous leurs regards lubriques. Les commentaires en tout genre ne manquèrent pas du fuser dans tous les sens. On fouilla également sa bourse, et son contenu se volatilisa soudainement. C’était qu’elle en « aurait pas besoin en prison, d’ça ».
A peine fût-elle vêtue que deux soldats l’empoignèrent par le bras et la traînèrent en-dehors du bâtiment. Sur leur passage, les passants se retournaient, jetant un coup d’œil curieux au groupe emmenant leur prisonnière, tout comme l’avaient fait ceux occupant l’auberge, la tête à l’entrebâillement des portes des chambres, lorsque Juliette avait quitté la sienne avant d’avoir été embarquée le long du couloir.
Finalement, les étoiles ne scintillaient pas dans le ciel, non, et en dépit de la faible luminosité ambiante de la ville, l’on ne voyait rien, là-haut. Sûrement que d’épais et gros nuages pommelaient à nouveau la voute céleste, comme toujours. L’humidité était présente, bien trop, et l’air s’était fortement rafraîchi, devenant collant, mouillé, presque, et Juliette ne regrettait que trop ses couvertures et ses draps secs, ainsi que le matelas qui l’était tout autant. En prison, si telle était véritablement sa destination, où allait-on bien pouvoir la colloquer ? Il était certain qu’elle ne bénéficierait pas même du « confort » qu’elle avait eu tout au long de son enfance, et elle pouvait s’estimer heureuse si elle obtiendrait un coin empli de foin moisi par la flotte, empestant la merde. Et avec qui serait-elle ? Toute seule, avec d’autres femmes, ou… Avec d’autres types ? Elle déglutit à cette simple idée, et une vague de désespoir la submergea soudain.
Si elle tenta de résister quelque peu, les gardes ne resserrèrent que d’avantage l’étau de leur poignet sur les bras de la jeune femme. Certainement allait-elle avoir des bleus le lendemain.
Ils entrèrent dans un bâtiment reculé dans le village, aux murs de pierre. Le vestibule était garni de plusieurs torches déversant une lumière chétive et orangée dans la pièce que surveillaient deux autres miliciens.
« Tiens, vlà qu’on t’en ramène une autre fit le rustre à l’un des deux guetteurs, à celui qui devait être le véritable gardien de la prison. Une voleuse qui tardera pas à avouer son crime, comme toujours.
- Si tard… ? Bon, bha on va tâcher de lui dégotter un cachot, quoi… L’est pas dangereuse, au moins ?
- Depuis quand t’as peur des femlettes, toi, hein ? Nan, totalement innocente.. ‘Fin presque. Elle mord juste un peu, ‘core que ça te déplairait pas à un certain endroit, toi, hein ? »
L’homme ricana devant l’expression sceptique du geôlier. Le premier attacha les mains de la jeune femme dans son dos, avant de la laisser à la garde du second milicien du bâtiment. Et il partit, bien accompagné de son petit groupe de soldats.
Alors que le milicien la tenait fermement, le gardien s’empara d’un vieux registre que des rats avaient dû grignoter, d’une plume et d’un petit pot d’encre.
«Bon.. , soupira-t-il. Nom, prénom, âge, et raison de l’arrestation, s’t’eu’plaît. »
Pestant à mi-voix contre ce réveil tout sauf délicat, Juliette Dickens enfila ses vêtements sous les regards pervers des quatre gardes présents dans sa chambre. Ils l’a fouillèrent et deux soldats l’attrapèrent par les bras avant de se mettre en route. Le discours de la jeune fille n’avait pas réussi à convaincre les gardes et d’ailleurs, ces derniers venaient de lui dérober l’intégralité de sa bourse. Voilà qu’elle retombait dans la pauvreté…
Juliette essaya de se débattre. En vain. Vidée et désarmée, les efforts de la jeune paysanne étaient aussi futiles que ceux d’un enfant dans la gueule d’un crocodile. Les deux soldats la maitrisèrent en leur sein et l’immobilisèrent de leurs poignes fortes comme l’acier.
Des larmes d’impuissance coulèrent sur ses joues…
Le petit groupe traversa la ville sous les regards embrumés des matinaux… Voilà qu’on la prenait pour une voleuse ! Juliette se sentait totalement passive, comme vidée de toute résistance. Elle n’avait l’impression de n’être que la spectatrice de sa longue marche vers la prison et se contentait d’observer ce qui lui arrivait sans réellement y participer. Tant de choses s’étaient passées. Elle était épuisée.
Ils entrèrent finalement dans un bâtiment en pierre où de véritables geôliers les attendaient. Les quatre soldats laissèrent Juliette en compagnie des geôliers et ils partirent. Une des gardiens de prison attrapa un vieux registre ainsi qu’une plume et de l’encre avant de lever les yeux vers la jeune fille :
«Bon.. Nom, prénom, âge, et raison de l’arrestation, s’t’eu’plaît. »
Juliette Dickens n’avait même pas la force pour mentir et elle décida de jouer la carte de la sincérité, sachant pertinemment que la carte du mensonge ne la mènerait nulle part.
« Juliette Dickens, 16 ans. On m’accuse d’avoir volé la colombe de l’oratoire de Shallya… »
Déglutissant nerveusement, Juliette Dickens plongea ses yeux dans ceux du geôlier.
Juliette Dickens, Voie de la Belle Mort (Beauté Mortelle) Profil: For 11 | End 10 | Hab 11 | Cha 12 | Int 10 | Ini 12 | Att 11 | Par 9 | Tir 11 | NA 1 | PV 95/95
Préférerais-tu les combats contre des goules ? n_n
J'aime bien cette réponse évasive sur la colombe, qui se révèle, en fait, ambiguë... Même si je ne pense pas que cela fût fait exprès. x)
«Hein ? C’est pas une colombe, sur l’oratoire, qu’y’a, mais un cœur avec une petite larme en dessous… L’homme regarda Juliette d’un œil sceptique avant de jeter un coup d’œil tout aussi perplexe en direction de la porte que venaient d’emprunter les soldats, se grattant la tête.
Mouais… J’comprends pas trop la raison, là. M’fin, bon, j’vais faire mon travail, pis c’est tout. »
Haussant les épaules, il sortit un trousseau de clefs, en choisit une, et ouvrit une lourde porte de bois. Lui emboitant le pas, le garde qui tenait la jeune femme le suivit, contraignant la captive à faire de même. Le sol avait été creusé quelque peu, et ils durent descendre plusieurs marches avant d’accéder à un couloir au dallage humide sur lequel des empreintes mouillées et noires de traces de pas ne cessaient de s’y imprimer à mesure que l’on marchait dessus. Il n’y avait pas que le sol qui était humide. L’air l’était également, bien d’avantage que ne l’était celui que l’on trouvait à la surface, et des petites gouttelettes perlaient sur les barreaux des différentes cages, ne renforçant que d’autant plus la température glaciale des lieux.
Sur son passage, l’ancienne mineuse put voir beaucoup de cellules, bien plus qu’elle n’aurait pu le croire. Eisental étant la plus grande « ville » des environs, elle était la seule à disposer d’une prison, et toutes les personnes incriminées étaient automatiquement conduites ici, lorsqu’elles n’étaient pas exécutées sur place après un jugement expéditif, pour faire de la place et ne pas s’embarrasser de menus détails. Il était vrai que s’entraver d’un prisonnier pour le conduire aussi loin afin de le juger était tout à fait inutile lorsque l’on savait qu’il était coupable. Autant exécuter la possible sentence sur place, au grand dam des « coupables ».
Beaucoup de visages apparurent d’entre les barreaux des cellules à la lumière de la torche que portait le gardien, curieux de savoir la raison pour laquelle celui-ci osait soudainement s’aventurer en cet endroit oublié. L’homme marchait bien au milieu du chemin, à égale distance au milieu des cages, et, aux vues de ce qu’il se trouvait à l’intérieur, il s’agissait sûrement là d’une bonne précaution. Et lorsque l’on découvrit que le nouveau prisonnier était en fait une belle jeune femme au trait d’adolescente et au regard d’un bleu profondément innocent, des murmures se mirent à courir de cellule en cellule.
« M’la taperait bien…
- R’garde moi ça…
- Ouais, j’ai vu…
- Héhéhé…
- Putain d’veinard qui l’aura avec lui…
- Ici, ici ! »
Un petit homme aux yeux de fouine interpela le gardien, sautant sur place et faisant de grands signes, afin qu’il refourguât Juliette dans sa cage, un autre se contenta de les regarder passer silencieusement, une force de la nature siffla sur son passage, une femme lui jeta un regard noir, un type marqué par la petite vérole abaissa ses chausses et fit travailler son bras doit de façon frénétique, déshabillant la jeune femme du regard, un gosse d’une dizaine d’années utilisa sa seule main disponible pour tenter de jeter sur le dernier garde des restes de nourriture moisie, l’autre ayant été grossièrement coupée au niveau du poignet.
Ca puait la pourriture, la mort, la sueur rance, la crasse et la merde, ici, en dépit de cette froideur censée atténuer un tant soit peu les odeurs, et l’humidité ambiante traversait les vêtements, imprégnant le tissu aussi bien que les remugles, vous souillant de flotte et de miasmes fétides. Si les périodes de grosses chaleurs préservaient cette espèce de cave de l’humidité, il valait mieux ne pas penser à ce que pouvait être l’odeur derrière ces barreaux qui ne voyaient jamais la lueur du soleil.
Le gardien menant la marche s’arrêta enfin devant une cellule, qui s’avéra être vide, au plus grand soulagement de Juliette qui sentit dès lors un grand poids en moins dans le ventre. Le garde lui retira les liens de ses poignets meurtris, avant de la pousser sans ménagement dans l’ergastule. Et dans le dos de la « coupable », un horriblement grincement de gonds rouillés arracha l’air autour d’elle, la définissant la captive comme telle.
La lumière de la torche disparue au loin, plongeant Juliette dans l’obscurité.
***
Dormit-elle ou non ? Toujours fut-il qu’au bout de plusieurs heures, le jour entra par un minuscule soupirail situé à deux mètres et demi au-dessus de sa tête. Une lumière maladive que vomissaient ce même genre d’ouvertures situées dans chaque cellule, et par lesquelles, aussi, pissait la pluie. Et les pierres entourant Juliette étaient tapissées d’une mousse grasse et verdâtre qui suintait des gouttes de la même couleur, humidifiant quelque peu la terre battue qui définissait le sol ainsi que le tas de foin parcouru de vermines, de pourriture, et de rognures d’ongle. Pour couronner le tout, il s’exhalait une odeur à vous faire gerber d’un pot de chambre dont le contenu n’avait pas dû être vidé depuis longtemps.
«Eh, eh, mais t’es qui, toi ? » Juliette releva la tête en direction de cette voix qui provenait de la cellule d’en face. Si l’on ne devait pas manger grand-chose dans ce sous-terrain fétide, l’homme avait d’extraordinaire que, en dépit de ses haillons crasseux et trous dans le tissus, indiquant vraisemblablement qu’il était là depuis un certain temps, il arborait un double menton tandis qu’un ventre grassouillet débordait du bas de sa « tunique ».
«Eh, d’où tu sors, ma jolie ? C’quoi ton nom ? T’en as bien un, non ? Eh, putains, j’te cause, t’as trop souvent la bouche pleine pour pouvoir parler ou quoi ? On veut voir comment t’es foutue, lança-t-il alors que d’autres, après avoir passé la tête par curiosité entre les barreaux, hochaient la tête en signe d’acquiescement, de mauvais sourires aux lèvres. Bha allez, fais pas non plus ta noble, sale gueuse, r’tire ta tunique, qu’on voie c’qui a en d’sous ! »
Et elle reçut bon nombre de ces galantes invitations tout au long de cette journée qui n’en finissait pas. La faim la tiraillait de plus en plus alors que les secondes goutaient tout doucement, que les minutes s’allongeaient d’heure en heure, et que ces dernières s’égrenaient paresseusement. Ses mains, ses pieds étaient froids, trop froids, tout comme ses vêtements teintés de rosée croupie. Et en dépit de cela, sa bouche ne tarda pas à être aussi sèche qu’un tas de cendre.
Alors que le petit groupe avançait dans le couloir, la lueur de la torche éclairant furtivement les cellules, Juliette Dickens entendit quelques propos inquiétants de la part des prisonniers. Des mains sales aux ongles misérables émergeaient d’entre les barreaux, implorant avec force gestes les geôliers, ces derniers les évitaient avec une adresse relevant d’une longue habitude. La jeune fille remarqua un homme marqué par la vérole se faire du bien en découvrant sa silhouette. Elle fut choquée. L’ambiance était angoissante et elle espérait ne pas tomber dans la cellule d’un dégénéré.
Une porte s’ouvrit et les geôliers s’arrêtèrent devant elle ; l’un d’eux lui délia les mains. Juliette regarda ses bourreaux, les traits vides de toutes émotions, avant que ces derniers ne la poussent sans ménagement dans sa cellule. Alors qu’elle se relevait, la jeune paysanne entendit qu’on verrouillait la porte.
Les pas des geôliers s’éloignèrent, entrainant avec eux la lumière et les cris des prisonniers sur leur passage. Moins d’une minute plus tard, le silence et l’obscurité avaient repris leurs droits.
Juliette Dickens se tenait dans une cellule tout ce qu'il y avait de plus sordide. Au moins, elle était seule. Et c'était déjà un confort qui lui était cher, tenta de se convaincre la jeune fille en essayant d'ignorer les relents de pourriture qui inondaient l'endroit. Une odeur rance de transpiration, d’urine et de déjection stagnait dans l’air. La prison était humide et silencieuse. Le clapotis régulier de gouttes d’eau tombant dans une flaque marquait invariablement chaque seconde.
Juliette cligna des yeux pour chasser les larmes brouillant sa vision. Elle allait devoir attendre que quelqu’un vienne la libérer ou que les miliciens attrapent le véritable voleur de l’oratoire de Shallya.
Il se passa plusieurs heures avant que le jour fasse son apparition par le minuscule soupirail situé dans sa cellule. Plusieurs heures durant lesquelles le corps de la jeune fille s’affaiblit tandis que sa soif s’intensifia. Une attente rendue encore plus insupportable par les cris des autres prisonniers.
«Eh, eh, mais t’es qui, toi ? […]Bha allez, fais pas non plus ta noble, sale gueuse, r’tire ta tunique, qu’on voie c’qui a en d’sous ! »
Juliette Dickens comprit rapidement qu’il lui serait extrêmement difficile de se reposer, voir de s’endormir, dans cet endroit. Les prisonniers ne cessaient de lui adresser de galantes invitations. La paysanne attrapa avec précaution le pot de chambre et jeta son contenu en direction de la cellule d’en face.
« Ferme-la, gros lard ! »
Son pot de chambre vidé, Juliette rassembla la paille répandue dans sa cellule dans une tentative désespérée pour repousser le froid. Puis, elle s’adossa contre la froide cloison de sa cellule, le plus loin possible des autres criminels. La journée allait être longue, très longue…
Juliette Dickens, Voie de la Belle Mort (Beauté Mortelle) Profil: For 11 | End 10 | Hab 11 | Cha 12 | Int 10 | Ini 12 | Att 11 | Par 9 | Tir 11 | NA 1 | PV 95/95